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John Lennon avait-il perdu l’amour de la musique ? Sean Ono Lennon démonte un mythe, de la Cavern au Madison Square Garden et du Dakota à Double Fantasy

Par Clive Helday
John Lennon et la musique : le mythe démonté par Sean Ono Lennon

Le 30 août 1972, John Lennon monte deux fois sur la scène du Madison Square Garden de New York, l’après-midi puis le soir, pour les deux concerts One to One donnés au profit des enfants de l’institution de Willowbrook. Il en ressort avec une phrase qui fera le tour des biographies : c’était la meilleure musique qu’il avait pris plaisir à jouer depuis la Cavern, ou même depuis Hambourg. On a souvent lu dans cette phrase l’aveu d’un homme fatigué de la musique, qui ne retrouvait le plaisir que dans le souvenir de ses vingt ans. Son fils, Sean Ono Lennon, y voit tout l’inverse. Interrogé à la radio britannique à l’automne 2025, au moment de la sortie du coffret Power to the People, il a parlé d’un mythe : son père, dit-il, n’avait pas cessé d’aimer la musique, il avait cessé d’aimer une certaine forme de célébrité, et d’être un rouage de la machine pop. Alors que les concerts du Madison Square Garden s’apprêtent à sortir en Blu-ray, le 9 avril 2027, Yellow-Sub reprend la question à la racine. Lennon a-t-il jamais été dégoûté de la musique ? Ou seulement de ce que la musique avait fait de lui ?

En bref

  • La déclaration : sur la BBC Radio 6 Music, dans l’émission de Chris Hawkins, en septembre 2025, Sean Ono Lennon estime qu’il existe un mythe autour de son père : John n’aurait pas perdu l’amour de la musique, mais celui d’une certaine célébrité, et il en voulait à la machine pop de l’obliger à rester un Beatle.
  • La phrase de 1972 : John Lennon a dit du concert du Madison Square Garden qu’il était ce qu’il avait joué de plus plaisant depuis la Cavern ou Hambourg. C’est l’éloge de la scène, pas un adieu à la musique.
  • Le contexte : Some Time in New York City, l’album politique enregistré avec Yoko Ono et Elephant’s Memory, vient d’échouer commercialement ; le gouvernement Nixon cherche à expulser Lennon des États-Unis ; le FBI le surveille.
  • La suite : Lennon ne fera jamais de tournée. Mais il enregistrera quatre albums en trois ans, multipliera les apparitions et, pendant ses cinq années de retraite au Dakota, laissera des dizaines de maquettes, dont Free as a Bird, Real Love et Now and Then.
  • L’actualité : le film-concert Power to the People sort en double Blu-ray et en coffret de quatre Blu-ray le 9 avril 2027.
  • Six correctifs factuels sur la nationalité de Sean, sur le sens de la phrase de 1972, sur le dernier concert de Lennon, sur ses années de silence, sur le nombre de ses concerts et sur l’échec de Some Time in New York City.

Ce qu’a dit Sean Ono Lennon : un mythe, une célébrité, une machine

Une émission de radio et un coffret

L’entretien a été donné à la BBC Radio 6 Music, la station musicale de la BBC, à l’animateur Chris Hawkins, à la fin de septembre 2025. Sean Ono Lennon assurait alors la promotion de Power to the People, le grand coffret consacré aux années new-yorkaises de ses parents, sorti le 10 octobre 2025 : les deux concerts One to One du 30 août 1972 au Madison Square Garden, intégralement restaurés et remixés, une nouvelle version de l’album Some Time in New York City, et une masse de maquettes, de répétitions, de prises alternatives et d’enregistrements domestiques inédits. L’agence britannique PA Media a repris ses propos le 26 septembre 2025, et ils ont fait le tour de la presse anglophone sous un titre unique : John Lennon en voulait d’avoir à être un Beatle.

Interrogé sur l’idée, très répandue, selon laquelle son père aurait perdu au début des années 1970 sa passion pour la musique, Sean a répondu qu’il y voyait un peu un mythe. Il ne pense pas que son père soit tombé en désamour de la musique. Il pense qu’il était tombé en désamour d’une certaine forme de célébrité, et du fait de devoir appartenir à une machinerie, à une machine pop. Même s’il avait toujours été rebelle à l’intérieur de ce cadre, il en voulait, dit Sean, d’avoir à être un Beatle, d’une certaine manière, et il voulait vraiment passer à autre chose.

Il a ajouté que la relation de son père avec sa mère avait été le catalyseur de ce changement, et son symbole dans l’esprit de John. Il voulait devenir un artiste et un militant radical avec cette femme, Yoko, dont il était tombé amoureux. Il cherchait une nouvelle manière de faire les choses.

Les douleurs de croissance de Some Time in New York City

Sean Ono Lennon a aussi parlé de l’album que ses parents avaient publié quelques semaines avant les concerts de 1972, Some Time in New York City. Il le décrit comme un disque que les gens n’ont pas forcément aimé, et parle de douleurs de croissance. Les chansons, selon lui, sont excellentes, mais moins léchées que ce que le public attendait de John Lennon. Elles ont été enregistrées vite, de manière impulsive, dans un esprit rock and roll, presque punk, proto-punk dit-il. Le public n’était pas prêt pour cela, d’autant que le message politique était très lourd. Et quand le disque ne s’est pas vendu, cela a été dur pour eux.

Il a enfin évoqué un document extraordinaire du coffret : les conversations téléphoniques que John Lennon enregistrait lui-même à l’époque, parce qu’il soupçonnait l’administration Nixon et le FBI de le mettre sur écoute. Pour Sean, ces bandes sont plus franches qu’une interview, parce qu’il s’agit de l’acte le plus intime qui soit, une conversation privée. Les écouter, dit-il, c’est comme monter dans une machine à remonter le temps.

Pourquoi la phrase a frappé

La déclaration de Sean n’est pas une révélation au sens strict. Lennon lui-même a dit des dizaines de fois, de 1970 à 1980, à quel point le statut de Beatle lui pesait. Mais elle déplace la question. Depuis cinquante ans, une partie de la critique décrit le Lennon des années 1970 comme un artiste épuisé, qui aurait perdu l’inspiration après 1971, se serait égaré dans la politique, aurait gâché son talent pendant le Lost Weekend, puis aurait renoncé à la musique pour faire du pain au Dakota. Le récit se termine avec Double Fantasy, présenté comme un retour inespéré. Sean propose une autre lecture : il n’y a pas eu d’abandon de la musique, il y a eu une suite de tentatives pour faire de la musique hors de la machine. Ce sont ces tentatives que nous allons suivre, de la Cavern de 1961 aux maquettes du Dakota.

Correctif factuel n° 1 — Sean Ono Lennon n’est pas un producteur britannique

Plusieurs reprises anglophones de l’entretien de septembre 2025 présentent Sean Ono Lennon comme un producteur de musique britannique. C’est inexact. Sean Taro Ono Lennon est né le 9 octobre 1975 à New York, d’un père britannique et d’une mère japonaise, et il a grandi au Dakota, à Manhattan. Il est américain, vit dans l’État de New York, et sa carrière, de Cibo Matto à The Claypool Lennon Delirium, s’est faite aux États-Unis. Il est par ailleurs bien plus qu’un producteur : musicien, auteur-compositeur, multi-instrumentiste, cofondateur du label Chimera Music, oscarisé en 2024 pour le court métrage War Is Over! et récompensé d’un Grammy en 2025 pour le coffret Mind Games. Précisons enfin que l’âge de 49 ans qu’on lui donne dans ces articles était le sien en septembre 2025 ; il a eu 51 ans le 9 octobre 2026, comme nous le racontions dans notre portrait de Sean pour ses 51 ans.

La phrase de 1972 : la Cavern, Hambourg et le plaisir de jouer

Ce que Lennon a vraiment dit

La phrase de John Lennon sur le concert du Madison Square Garden est citée partout, mais rarement en entier. Sa forme la plus courte dit que ce concert a été la meilleure musique qu’il ait pris plaisir à jouer depuis la Cavern, ou même depuis Hambourg. Elle se poursuit, dans les versions plus longues reprises par le site officiel de John Lennon, par une comparaison avec la sensation que les Beatles éprouvaient quand ils se laissaient vraiment emporter. Lennon précise ce qu’il entend par là : à Hambourg, ils jouaient d’une façon, à la Cavern d’une autre, dans les salles de bal d’une troisième. C’était l’époque où ils jouaient de la musique, et c’est ce dont il se souvient le mieux et ce qu’il préférait.

Le magazine American Songwriter attribue cette déclaration à un entretien accordé au New Musical Express en 1972. Le site officiel de John Lennon la reprend dans sa présentation du coffret Power to the People, avec d’autres propos de la même veine : il dit avoir eu envie, après le concert, de partir sur la route et de jouer.

Relue en entier, la phrase ne dit donc pas que Lennon s’ennuyait en musique. Elle dit qu’il avait retrouvé, le 30 août 1972, un plaisir qu’il croyait perdu depuis 1963 : celui de jouer avec un groupe, devant un public qui écoute, pour le seul bonheur de jouer.

Correctif factuel n° 2 — La phrase sur la Cavern n’est pas un aveu de lassitude

On présente parfois la déclaration de Lennon sur le Madison Square Garden comme la preuve qu’il était désenchanté de la musique, puisqu’il lui fallait remonter à 1961 ou 1962 pour trouver un plaisir comparable. C’est un contresens. La phrase compare deux concerts et n’oppose pas la musique à autre chose. Ce que Lennon dit avoir perdu entre 1963 et 1972, ce n’est pas le goût de la musique, c’est le goût de la scène telle que la Beatlemania l’avait transformée : des concerts où l’on n’entendait plus rien sous les cris, des sets de trente minutes, des tournées de stades. Dans la suite de la même déclaration, il dit avoir eu envie de repartir sur la route. Le sens de la phrase est donc exactement celui que lui donne Sean : Lennon aimait jouer, il détestait la machine.

Hambourg, 1960-1962 : huit heures par nuit

Pour comprendre la comparaison, il faut se rappeler ce qu’était la scène pour les Beatles avant la célébrité. Le 17 août 1960, le groupe, avec John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Stuart Sutcliffe à la basse et Pete Best à la batterie, joue pour la première fois à l’Indra, un petit club de la Grosse Freiheit, dans le quartier de Sankt Pauli à Hambourg. Puis viennent le Kaiserkeller, le Top Ten, et enfin le Star-Club, en 1962. Les contrats imposent de jouer des heures entières, souvent jusqu’à quatre ou six heures par soir, parfois davantage les week-ends. Le patron du Kaiserkeller, Bruno Koschmider, exige du spectacle : il faut faire le show, mach Schau. Les Beatles apprennent à tenir une salle de marins et de prostituées, à étirer une chanson pendant vingt minutes, à improviser, à jouer tout ce qui leur passe par la tête, du rock and roll de Chuck Berry et de Little Richard aux standards de music-hall.

C’est à Hambourg, de l’aveu même de Lennon, que les Beatles sont devenus un groupe. Il a dit qu’il avait grandi à Hambourg, pas à Liverpool. Nous avons raconté cette période dans notre histoire de Buddy Holly et des Beatles et dans notre article sur Pauline Sutcliffe et Stuart.

La Cavern, 1961-1963 : le club où l’on entendait la musique

La Cavern, le club en sous-sol de Mathew Street, à Liverpool, est l’autre pôle de ce souvenir. Les Beatles y jouent pour la première fois le 9 février 1961, à l’heure du déjeuner, et y reviendront environ 290 fois jusqu’au 3 août 1963. C’est là que Brian Epstein les découvre, le 9 novembre 1961. La salle est minuscule, sans ventilation, la condensation ruisselle des voûtes et fait sauter les amplificateurs. Mais le public écoute. Les filles crient déjà un peu, les garçons regardent les guitares, et le groupe peut jouer ses propres chansons, en changer l’ordre, en essayer de nouvelles, plaisanter entre deux morceaux.

En août 1963, quand les Beatles jouent leur dernière Cavern, She Loves You va sortir. Trois mois plus tard, ils jouent devant la famille royale au Prince of Wales Theatre. Le club qui leur permettait d’entendre leur propre musique ne peut plus contenir leur public. Pour Lennon, c’est la fin d’une certaine idée de la scène.

La machine : comment la Beatlemania a tué le plaisir de jouer (1963-1966)

Des concerts qu’on n’entendait plus

De 1963 à 1966, les Beatles donnent des centaines de concerts. Mais ces concerts n’ont presque plus rien à voir avec la musique. Le cri continu du public couvre les instruments. Les amplificateurs Vox, même portés à cent watts en 1965, ne suffisent pas. Dans les stades, la sonorisation est celle des annonces sportives. Les Beatles ne s’entendent pas jouer, et Ringo Starr racontera qu’il devait suivre le mouvement des épaules de ses camarades pour savoir où ils en étaient dans la chanson.

Le 15 août 1965, au Shea Stadium de New York, devant plus de 55 000 personnes, le groupe joue une demi-heure à une centaine de mètres du public, séparé de lui par la pelouse d’un terrain de base-ball. Lennon, sur la fin, joue l’orgue avec le coude sur I’m Down et se met à rire : personne ne peut entendre ce qu’il fait. Le concert est historique, mais musicalement il ne compte pas.

Les set-lists se figent. Les Beatles jouent une douzaine de chansons en une demi-heure, toujours les mêmes, sans jamais intégrer en concert les morceaux de plus en plus complexes qu’ils enregistrent en studio. Aucune chanson de Revolver ne sera jamais jouée sur scène par le groupe.

Help! : le premier cri

C’est dans ce contexte que Lennon écrit, au printemps 1965, la chanson-titre du deuxième film des Beatles. Il expliquera plus tard que Help! était un véritable appel au secours, déguisé en chanson pop rapide : il traversait alors ce qu’il appelait sa période d’Elvis gros, enfermé dans sa maison de Kenwood, à Weybridge, gavé, ivre, entouré de gadgets, sans savoir qu’il était malheureux. La chanson a été écrite trop vite pour le film, et il regrettait qu’on l’ait accélérée pour la rendre commerciale. C’est déjà la plainte qu’on retrouvera dans la bouche de Sean soixante ans plus tard : la machine avait transformé une confession en produit.

1966 : Jésus, Manille et Candlestick Park

L’année 1966 achève de dégoûter Lennon de la vie de Beatle. En mars, sa phrase sur les Beatles plus populaires que Jésus, publiée sans écho dans l’Evening Standard, est reprise en juillet par un magazine américain pour adolescents. Des radios du sud des États-Unis organisent des autodafés de disques, le Ku Klux Klan manifeste, et Lennon doit présenter des excuses publiques à Chicago, le 11 août 1966. Un mois plus tôt, à Manille, les Beatles ont été pris à partie pour avoir décliné une invitation d’Imelda Marcos ; ils ont quitté les Philippines sous les coups et les insultes.

Le 29 août 1966, au Candlestick Park de San Francisco, les Beatles donnent ce qu’ils savent être leur dernier concert payant. Ils jouent onze chansons. Paul McCartney demande à leur attaché de presse, Tony Barrow, d’enregistrer le concert sur un magnétophone à cassette. Lennon et Harrison ont fait comprendre depuis longtemps qu’ils ne voulaient plus tourner. Lennon le résumera plus tard avec brutalité : les tournées des Beatles ressemblaient au Satyricon de Fellini.

Nous avons raconté cette année charnière dans notre article sur le 4 octobre 1966, le moment où les quatre Beatles apprennent à vivre séparément. Lennon, ce jour-là, est en Espagne, sur le tournage de How I Won the War. Il y écrit Strawberry Fields Forever. Il n’a pas cessé d’aimer la musique : il vient de cesser d’aimer la scène.

Le studio comme refuge, puis comme prison (1966-1970)

Sgt. Pepper : la musique sans la scène

La fin des tournées libère les Beatles. Pendant quatre ans, ils ne vont plus jouer qu’en studio, et c’est en studio qu’ils inventent Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, le White Album et Abbey Road. L’idée même de Sgt. Pepper, imaginée par McCartney, est un aveu : puisque les Beatles ne peuvent plus se produire en public, ils inventent un faux groupe qui donnera un faux concert, sur disque. La machine scénique est remplacée par la machine du studio, où l’on peut tout faire, sauf jouer ensemble devant des gens.

Pour Lennon, cette période est ambivalente. Il signe quelques-unes de ses plus grandes chansons, de A Day in the Life à I Am the Walrus. Mais il se sent de plus en plus étranger au fonctionnement du groupe, qu’il juge dominé par McCartney après la mort de Brian Epstein, le 27 août 1967. Il traverse une longue période de consommation de LSD, puis de doute. En 1968, sa rencontre avec Yoko Ono, que nous avons racontée dans notre grand article sur Yoko Ono avant John Lennon, lui ouvre un autre monde : celui de l’avant-garde, des happenings, de la musique faite de sons et de cris, de l’art comme participation.

Get Back : le désir de rejouer

Au début de 1969, c’est encore l’envie de rejouer ensemble qui guide le projet Get Back. Les Beatles veulent revenir à la simplicité, enregistrer des chansons en direct, sans surimpressions, et terminer par un concert. On évoque un amphithéâtre romain en Libye, un paquebot, une salle londonienne. Le projet s’enlise dans les studios de Twickenham, et le concert finit par avoir lieu sur le toit d’Apple, au 3 Savile Row, le 30 janvier 1969. Ce sera la dernière apparition publique des Beatles. Sur le toit, en plein vent, Lennon s’amuse visiblement. Il plaisante avec le public absent, chante Don’t Let Me Down en oubliant ses paroles, conclut par une blague restée célèbre sur l’audition qu’il espère avoir réussie. Il aime jouer. Il n’aime plus le groupe.

Rejouer sans être un Beatle : Toronto et le Lyceum (1969)

Dès septembre 1969, Lennon remonte sur scène, mais sans les Beatles. Le 13 septembre 1969, à la dernière minute, il accepte de jouer au Toronto Rock and Roll Revival, au Varsity Stadium de l’université de Toronto, devant environ 20 000 personnes. Il rassemble dans l’urgence un groupe improvisé : Eric Clapton à la guitare, Klaus Voormann à la basse, Alan White à la batterie, et Yoko Ono. Ils répètent dans l’avion. Le Plastic Ono Band joue des classiques du rock and roll, Blue Suede Shoes, Money, Dizzy Miss Lizzy, puis Yer Blues, Cold Turkey et Give Peace a Chance, avant de laisser Yoko Ono interpréter deux longues pièces vocales. Lennon a raconté avoir vomi de trac avant de monter sur scène : il n’avait pas joué devant un public payant depuis trois ans. Le concert devient l’album Live Peace in Toronto 1969.

C’est à son retour de Toronto que Lennon annonce en privé aux autres Beatles qu’il quitte le groupe. Le lien entre les deux événements est direct : jouer devant un public, sans être un Beatle, lui avait prouvé que c’était possible.

Le 15 décembre 1969, au Lyceum Ballroom de Londres, pour un concert au profit de l’UNICEF intitulé Peace for Christmas, le Plastic Ono Band réunit une formation encore plus étonnante : George Harrison, Eric Clapton, Klaus Voormann, Billy Preston, Keith Moon, Delaney and Bonnie, Bobby Keys et d’autres. Ils jouent deux morceaux, Cold Turkey et Don’t Worry Kyoko, ce dernier pendant une quarantaine de minutes. C’est la dernière fois que Lennon et Harrison jouent ensemble sur une scène. La captation sera publiée en 1972 sur le disque bonus de Some Time in New York City.

1970 : Lennon Remembers

En avril 1970, McCartney annonce publiquement la fin des Beatles. Lennon, qui avait quitté le groupe le premier, en est furieux. Il part à Los Angeles suivre la thérapie primale d’Arthur Janov, puis enregistre John Lennon/Plastic Ono Band, publié le 11 décembre 1970, l’album le plus dépouillé et le plus intime de sa carrière. Sur la chanson God, il égrène tout ce en quoi il ne croit plus, des idoles religieuses aux figures politiques et culturelles, jusqu’à Elvis, Dylan et, pour finir, les Beatles. Il conclut que le rêve est terminé.

Le même mois, il accorde à Jann Wenner, le fondateur de Rolling Stone, un long entretien publié en deux parties en janvier et février 1971, et repris en livre sous le titre Lennon Remembers. C’est le texte fondateur du mythe du Beatle désenchanté. Lennon y démolit la légende des Beatles, décrit les tournées comme une orgie de compromissions, dit que les quatre musiciens avaient dû se faire petits, s’humilier, jouer les gentils garçons pour réussir, et qu’il en avait gardé une immense rancœur. Mais à le relire, on voit bien que ce qu’il attaque n’est jamais la musique. C’est la célébrité, le personnage de Beatle, le mensonge de l’image publique. Exactement ce que dit Sean.

Ce que Lennon reprochait aux Beatles, selon ses propres mots

Dans l’entretien de 1970 avec Rolling Stone comme dans celui de 1980 avec Playboy, les griefs de Lennon se rangent en trois familles. Contre la scène : les concerts étaient devenus des cérémonies où personne n’entendait la musique. Contre l’image : les Beatles avaient dû jouer un rôle de garçons charmants, très éloigné de ce qu’ils étaient à Hambourg. Contre l’industrie : il avait le sentiment de travailler sous contrat depuis l’âge de vingt-deux ans, d’écrire des chansons sur commande pour des albums et des singles programmés. Aucune de ces critiques ne vise l’acte de composer, d’enregistrer ou de jouer.

New York, 1971-1972 : le rock radical

Un Beatle à Greenwich Village

En septembre 1971, quelques jours après la sortie d’Imagine, John Lennon et Yoko Ono quittent Tittenhurst Park, leur propriété anglaise, pour New York. Ils s’installent d’abord à l’hôtel St. Regis, puis, en novembre, dans un petit deux-pièces du 105 Bank Street, à Greenwich Village. Lennon ne reviendra jamais en Grande-Bretagne. Il se jette dans la vie militante new-yorkaise, se lie avec Jerry Rubin et Abbie Hoffman, figures de la contre-culture et du mouvement contre la guerre du Vietnam, et avec le poète John Sinclair, condamné à dix ans de prison pour la possession de deux joints. Le documentaire One to One: John & Yoko de Kevin Macdonald et Sam Rice-Edwards, sorti en 2025, a raconté en détail ces dix-huit mois.

C’est la période où Lennon est le plus visible sur scène depuis 1966. On l’oublie souvent, parce qu’aucune de ces apparitions n’est une tournée.

Le 6 juin 1971 au Fillmore East avec Frank Zappa

La première apparition new-yorkaise a lieu avant même le déménagement. Le 6 juin 1971, John Lennon et Yoko Ono rejoignent Frank Zappa et les Mothers of Invention sur la scène du Fillmore East pour le rappel, trois semaines avant la fermeture définitive de la salle mythique de Bill Graham, le 27 juin 1971. Ils jouent Well (Baby Please Don’t Go), un vieux titre de Walter Ward que Lennon chantait à Hambourg, puis une longue improvisation. Lennon s’amuse comme un gamin : il retrouve le chaos des clubs de Hambourg. L’enregistrement figurera sur Some Time in New York City, et Zappa reprochera plus tard au couple de s’être attribué la paternité d’une partie de ce qui avait été joué.

Ann Arbor, l’Apollo, le Mike Douglas Show

Le 10 décembre 1971, au Crisler Arena d’Ann Arbor, dans le Michigan, Lennon et Ono participent au concert Ten for Two, organisé pour la libération de John Sinclair, devant une quinzaine de milliers de personnes. Ils jouent quatre chansons acoustiques, dont John Sinclair, écrite pour l’occasion. Trois jours plus tard, Sinclair est libéré. Nous avons raconté cette histoire dans notre portrait de John Sinclair.

Le 17 décembre 1971, le couple chante à l’Apollo Theater de Harlem lors d’un concert au profit des familles des détenus tués pendant la révolte de la prison d’Attica, en septembre. Lennon y interprète notamment Attica State et Imagine, seul à la guitare.

Du 14 au 18 février 1972, John Lennon et Yoko Ono coaniment pendant une semaine entière le Mike Douglas Show, l’une des émissions de variétés les plus regardées de la télévision américaine de l’après-midi. Ils y invitent Jerry Rubin, Bobby Seale, le cofondateur des Black Panthers, le militant Ralph Nader, un spécialiste de la macrobiotique, et surtout Chuck Berry, l’idole de jeunesse de Lennon, avec qui il joue Memphis, Tennessee et Johnny B. Goode. On voit sur les images un Lennon ravi de jouer avec son héros. Il apparaît aussi au Dick Cavett Show, sur ABC, en septembre 1971 puis en mai 1972, avec Elephant’s Memory.

Elephant’s Memory, le groupe de rue

Pour donner un corps à son rock radical, Lennon cherche un groupe. Jerry Rubin lui fait découvrir Elephant’s Memory, une formation new-yorkaise de rock et de rhythm and blues, connue pour ses concerts militants et ses morceaux joués sur la bande originale de Macadam Cowboy. Le groupe est mené par le saxophoniste Stan Bronstein, avec le guitariste Wayne Gabriel, le bassiste Gary Van Scyoc, le claviériste Adam Ippolito et le batteur Richard Frank Jr. Lennon apprécie leur énergie brute, leur absence de vernis. C’est le contraire exact des Beatles : un groupe de bar, bruyant, sans star.

Avec eux, et avec Phil Spector à la coproduction, il enregistre au Record Plant de New York, en quelques semaines de mars 1972, l’album Some Time in New York City.

Some Time in New York City : l’échec

Le disque paraît aux États-Unis le 12 juin 1972, et au Royaume-Uni le 15 septembre. C’est un double album : un disque studio de chansons politiques, consacrées à l’Irlande du Nord, à la prison d’Attica, à la militante Angela Davis, à John Sinclair, à la condition des femmes, et un disque live réunissant le Lyceum de 1969 et le Fillmore East de 1971. La pochette imite la une d’un quotidien, à la manière du New York Times.

L’accueil est désastreux. La critique américaine juge les textes simplistes, sloganesques, indignes de l’auteur d’Imagine. Le single Woman Is the Nigger of the World, sorti en avril, est boycotté par la plupart des radios à cause de son titre. L’album ne dépasse pas la 48e place du classement Billboard, un échec sans précédent pour un ex-Beatle. Il fait mieux au Royaume-Uni, où il atteint la 11e place.

Ce que dit Sean Ono Lennon de ce disque en 2025 est sans doute la partie la plus intéressante de son entretien. Il ne défend pas l’album par piété filiale. Il en propose une lecture historique : Some Time in New York City était enregistré vite, brut, dans un esprit qu’on appellerait quatre ans plus tard punk. Les Clash, en 1977, feront exactement ce disque, et la critique les portera aux nues. Lennon et Ono avaient simplement quelques années d’avance, avec le handicap d’être des célébrités dont on attendait autre chose.

C’est un point capital pour notre question. L’échec de Some Time in New York City n’est pas l’échec d’un homme fatigué de la musique. C’est l’échec d’un homme qui cherche à faire une autre musique que celle que le public attend de lui. La machine pop, celle dont parle Sean, ce n’est pas seulement l’industrie : c’est aussi l’attente du public, qui veut que John Lennon reste un Beatle.

Correctif factuel n° 3 — Some Time in New York City n’a pas été un échec partout

On résume souvent l’histoire de Some Time in New York City à un naufrage commercial. C’est vrai aux États-Unis, où l’album plafonne à la 48e place du Billboard, la pire performance d’un album de Lennon de son vivant. Ça ne l’est pas au Royaume-Uni, où il atteint la 11e place des classements à l’automne 1972, malgré une sortie retardée de trois mois. Sa réputation critique, elle, a beaucoup évolué : longtemps considéré comme le plus faible des albums solo de Lennon, il est aujourd’hui souvent réévalué comme un document précieux sur l’époque et comme un précurseur du punk militant, lecture que défendait déjà Sean Ono Lennon en 2025 et que le coffret Power to the People, en le remixant, a contribué à imposer.

Nixon, le FBI et la menace d’expulsion

Il faut ajouter à cela un contexte politique écrasant, que le documentaire One to One et les bandes téléphoniques évoquées par Sean ont remis au premier plan. En février 1972, le sénateur républicain de Caroline du Sud Strom Thurmond adresse au ministère de la Justice une note signalant que Lennon et ses amis militants envisagent une tournée de concerts contre Richard Nixon, qui pourrait culminer à la convention républicaine de Miami, en août, l’année de la réélection du président. Il suggère d’expulser le Beatle. Quelques semaines plus tard, en mars 1972, les services de l’immigration refusent de prolonger le visa de Lennon et lancent une procédure d’expulsion, en s’appuyant sur sa condamnation de 1968 à Londres pour détention de cannabis. Le FBI le fait suivre, surveille ses fréquentations, compile un dossier.

La tournée anti-Nixon n’aura jamais lieu. Lennon y renonce, notamment parce que son avocat, Leon Wildes, le met en garde : toute provocation compromettrait sa défense. Le combat juridique durera plus de trois ans. Le 7 octobre 1975, une cour d’appel fédérale annule l’ordre d’expulsion, et Lennon obtient sa carte verte le 27 juillet 1976.

Voilà donc l’homme qui monte sur la scène du Madison Square Garden le 30 août 1972 : un musicien dont le dernier disque vient d’échouer, que le gouvernement des États-Unis veut chasser du pays, qui a dû renoncer à la tournée dont il rêvait, et qui joue pour la première fois depuis 1966 un concert complet en tête d’affiche.

Le 30 août 1972 au Madison Square Garden : ce que Lennon a retrouvé

Willowbrook et Geraldo Rivera

Les concerts One to One naissent d’un reportage télévisé. En janvier 1972, le jeune journaliste de la chaîne WABC, Geraldo Rivera, pénètre avec une caméra dans la Willowbrook State School, une institution publique de Staten Island qui accueille plus de cinq mille enfants et adultes atteints de handicaps intellectuels, dans des conditions épouvantables. Le reportage provoque un scandale national. Rivera organise un concert de bienfaisance et demande à John Lennon et Yoko Ono d’en être les têtes d’affiche. Ils acceptent, et achètent eux-mêmes une partie des billets pour les offrir à des bénévoles.

Le 30 août 1972, deux représentations ont lieu au Madison Square Garden, l’après-midi et le soir, devant un total de 40 000 spectateurs. Stevie Wonder, Roberta Flack, Sha Na Na et Melanie sont à l’affiche. Lennon et Ono sont accompagnés par Elephant’s Memory, renforcé par le batteur Jim Keltner. Les deux concerts rapportent plus d’1,5 million de dollars. Nous avons raconté en détail cette journée, sa captation et sa restauration, dans notre article sur l’édition en Blu-ray de Power to the People, et nous ne reprendrons ici que ce qui touche à notre question.

Un Lennon nerveux, puis heureux

Les témoins et les enregistrements montrent un Lennon d’abord tendu. Il n’a plus fait de concert complet depuis 1966. Sa voix est fatiguée à certains moments, ses présentations entre les chansons sont pleines d’autodérision, et il se trompe dans quelques paroles. Mais à mesure que le concert avance, il se détend. Il fait rire la salle, s’amuse avec les paroles de Come Together, transforme New York City en chronique de la soirée, chante Mother avec une intensité qui n’a rien perdu de la version studio de 1970, et termine sur Give Peace a Chance avec tous les invités. Il interprète aussi une version de Hound Dog, le classique de Leiber et Stoller popularisé par Elvis Presley, comme un clin d’œil à l’époque où il découvrait le rock and roll à Liverpool.

Le programme est en lui-même un manifeste. Lennon ne joue qu’une seule chanson des Beatles, Come Together. Tout le reste vient de ses albums solo et de ceux de Yoko Ono. Il ne vient pas faire revivre le passé : il présente ce qu’il est devenu. C’est ce concert-là, sans nostalgie, qui lui rappelle la Cavern et Hambourg.

Le désir de repartir sur la route

Selon les propos rassemblés par le site officiel de John Lennon, le concert lui donne envie de repartir sur la route et de jouer. Il n’en fera rien. Les raisons sont multiples : la procédure d’expulsion, qui lui interdit de quitter le territoire sans risquer de ne pas pouvoir y revenir ; les tensions avec Elephant’s Memory, dont il se séparera peu après ; la crise de son couple, qui éclatera un an plus tard ; et sans doute aussi la conscience que la tournée, telle que l’industrie l’organisait, le ramènerait à la machine qu’il voulait fuir.

L’émission de télévision tirée du concert est diffusée sur ABC le 15 décembre 1972. Le disque et la vidéo Live in New York City ne paraîtront qu’en 1986, six ans après sa mort, et le coffret Power to the People en 2025.

Le programme du 30 août 1972, chanson par chanson : un manifeste contre la nostalgie

Le meilleur argument en faveur de la thèse de Sean est peut-être le programme lui-même. La version du film Power to the People, qui combine les deux représentations, suit l’ordre suivant. Le détail de chaque titre montre ce que Lennon voulait faire entendre, et ce qu’il refusait de donner.

New York City et It’s So Hard : présenter le nouveau Lennon

Le concert s’ouvre sur New York City, une chanson de Some Time in New York City qui raconte, sur un rock très Chuck Berry, l’arrivée du couple à Manhattan, leurs rencontres, leurs concerts improvisés. Lennon commence donc par la chanson la plus autobiographique de son disque le plus récent et le plus mal reçu. Il enchaîne avec It’s So Hard, tirée d’Imagine, un blues lourd sur la difficulté de vivre. Pas de tube, pas de Beatles : le ton est donné.

Move On Fast, Born in a Prison, We’re All Water : la place de Yoko Ono

Trois chansons de Yoko Ono s’intercalent dans le programme : Move On Fast, Born in a Prison et We’re All Water, plus tard Open Your Box et Don’t Worry Kyoko. Le public new-yorkais, venu voir un Beatle, accueille ces titres avec une politesse variable. Mais Lennon y tient. C’est le sens même de ce qu’il dit être devenu : la moitié d’un couple d’artistes, et non une vedette accompagnée de sa femme. Sean, quand il parle de sa mère comme du catalyseur de ce changement, pense précisément à cela.

Well Well Well et Mother : l’héritage de la thérapie primale

Well Well Well et Mother viennent de John Lennon/Plastic Ono Band, l’album de 1970 né de la thérapie primale. Mother, chanson sur l’abandon par ses parents, se termine par une série de cris. La chanter devant vingt mille personnes au Madison Square Garden, c’est le contraire du divertissement : c’est faire entrer dans une arène la chanson la plus intime de sa vie. La version de 1972 est l’un des sommets du concert.

Instant Karma! et Imagine : les deux succès

Lennon accorde au public deux de ses succès solo. Instant Karma!, qu’il joue au piano électrique avec Yoko Ono assise à ses côtés, retrouve en concert la spontanéité de son enregistrement de 1970. Imagine, seul au piano, est accueillie par une ovation. Ce sont les deux seules concessions évidentes au public venu entendre des chansons connues.

Come Together : le seul titre des Beatles

Une seule chanson des Beatles est au programme : Come Together, la plage d’ouverture d’Abbey Road, écrite par Lennon en 1969. Le choix est significatif. C’est l’une des chansons les plus tardives et les plus personnelles de Lennon au sein du groupe, née d’un slogan de campagne pour Timothy Leary, et non un tube de la Beatlemania. Lennon s’amuse avec, change une phrase, fait rire la salle. Il ne joue ni Help!, ni Strawberry Fields Forever, ni Revolution.

Cold Turkey et Hound Dog : retour au rock and roll

Cold Turkey, chanson de 1969 sur le sevrage de l’héroïne, que les Beatles avaient refusé d’enregistrer, est jouée avec une rage intacte. Puis vient Hound Dog, le classique de Leiber et Stoller qu’Elvis Presley avait rendu célèbre en 1956, l’année où le jeune John Lennon découvrait le rock and roll. C’est le seul moment purement nostalgique du concert, et il ne renvoie pas aux Beatles, mais à l’adolescence de Lennon, avant même les Quarrymen. C’est la musique des débuts, celle qu’on jouait à Hambourg huit heures par nuit.

Give Peace a Chance : la fin collective

Le concert du soir se conclut sur Give Peace a Chance, avec tous les artistes de la journée sur scène, Stevie Wonder, Roberta Flack, Sha Na Na et Melanie, et une salle qui chante en chœur. La chanson, enregistrée en 1969 dans une chambre d’hôtel de Montréal pendant le bed-in, est l’antithèse absolue de la machine pop : une chanson de manifestation, faite pour être chantée par tout le monde. Nous en avons raconté l’histoire dans notre article sur Give Peace a Chance.

Ce que le programme démontre

Sur une quinzaine de titres, un seul vient des Beatles, cinq viennent de Yoko Ono, un est une reprise du rock and roll des années 1950, et le reste vient de ses disques solo, y compris le plus récent et le plus impopulaire. Un artiste fatigué de la musique et soucieux de plaire aurait fait l’inverse : il aurait aligné les tubes. Lennon fait le choix d’un concert d’artiste, qui assume ce qu’il est devenu. C’est exactement ce que Sean appelle vouloir passer à autre chose. Et c’est ce concert-là, sans concession, qui lui a rappelé la Cavern.

Après le Madison Square Garden : Lennon n’a pas quitté la scène

Le téléthon de Jerry Lewis, 6 septembre 1972

Une semaine après le Madison Square Garden, le 6 septembre 1972, John Lennon et Yoko Ono participent avec Elephant’s Memory au téléthon annuel de Jerry Lewis, au profit de la lutte contre la myopathie, diffusé en direct à la télévision américaine. Ils y jouent Imagine, une chanson de Yoko Ono, Now or Never, et Give Peace a Chance en version reggae. C’est la dernière apparition publique de Lennon avec un groupe à lui.

Le 28 novembre 1974 : Elton John et le Madison Square Garden, encore

Pendant le Lost Weekend, sa séparation de dix-huit mois d’avec Yoko Ono, Lennon joue sur le disque d’Elton John Lucy in the Sky with Diamonds, et Elton chante et joue sur Whatever Gets You Thru the Night, le single de Lennon tiré de Walls and Bridges. Elton lui fait promettre de monter sur scène avec lui si la chanson devient numéro un aux États-Unis. Lennon accepte, persuadé que cela n’arrivera pas. Le single atteint la première place du Billboard le 16 novembre 1974.

Le 28 novembre 1974, soir de Thanksgiving, Lennon rejoint donc Elton John sur la scène du Madison Square Garden, pétrifié de trac, pour trois chansons : Whatever Gets You Thru the Night, Lucy in the Sky with Diamonds et I Saw Her Standing There, cette dernière présentée par Lennon comme une chanson de son ancien fiancé Paul. Yoko Ono est dans la salle. Ils se retrouvent en coulisses. La réconciliation suivra quelques semaines plus tard. Nous avons raconté cette soirée dans notre article sur Walls and Bridges.

18 avril 1975 : la toute dernière scène

La véritable dernière apparition de John Lennon devant un public a lieu le 18 avril 1975, à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York, lors d’un gala télévisé en l’honneur du producteur britannique Lew Grade, A Salute to Sir Lew Grade. Lennon y chante Slippin’ and Slidin’ et Stand by Me, tirées de son album Rock ‘n’ Roll, ainsi qu’Imagine, accompagné d’un groupe baptisé pour l’occasion BOMF, dont les musiciens portent des masques à deux visages, une moquerie à l’adresse de Grade, avec qui Lennon était en procès à propos des droits de ses chansons. L’émission est diffusée en juin 1975. Ensuite, plus rien : Lennon ne remontera jamais sur une scène.

Correctif factuel n° 4 — Le Madison Square Garden n’est pas le dernier concert de John Lennon

On lit très souvent que les concerts One to One du 30 août 1972 ont été les derniers de John Lennon. Ils ont été ses derniers concerts complets en tête d’affiche, ce qui n’est pas la même chose. Lennon a encore joué en direct le 6 septembre 1972 au téléthon de Jerry Lewis, avec Elephant’s Memory ; le 28 novembre 1974 au Madison Square Garden, invité par Elton John pour trois chansons ; et une dernière fois le 18 avril 1975 au Waldorf-Astoria de New York, pour l’émission en hommage à Lew Grade, sa toute dernière apparition publique en musicien. L’affirmation inverse, celle qui fait de la soirée avec Elton John sa dernière scène, est donc elle aussi inexacte.

1973-1975 : le Lost Weekend, période la plus productive

Quatre albums en deux ans

Si Lennon avait cessé d’aimer la musique après 1972, les années suivantes le prouveraient. Elles prouvent le contraire. Entre l’été 1973 et le début de 1975, il enregistre et publie quatre albums sous son nom ou presque, en produit un pour un ami, et joue sur les disques de plusieurs autres.

Mind Games, enregistré à l’été 1973 au Record Plant de New York, avec cette fois des musiciens de studio chevronnés, paraît le 29 octobre 1973 aux États-Unis. C’est un retour à la chanson pop, après l’échec du rock militant. Puis vient la séparation d’avec Yoko Ono, à l’automne 1973, et le départ pour Los Angeles avec leur assistante May Pang. Là, Lennon entreprend avec Phil Spector un album de reprises de rock and roll, des chansons de sa jeunesse, dans des séances chaotiques qui s’arrêtent quand Spector disparaît avec les bandes. En mars et avril 1974, il produit pour son ami Harry Nilsson l’album Pussy Cats. Le 28 mars 1974, à Burbank, il improvise même une séance avec Paul McCartney, la seule fois où les deux hommes ont joué ensemble après la séparation, publiée plus tard en pirate sous le titre A Toot and a Snore in ’74.

De retour à New York, il enregistre en juillet et août 1974 Walls and Bridges, publié le 26 septembre 1974. L’album atteint la première place aux États-Unis, comme son single Whatever Gets You Thru the Night. Enfin, il récupère les bandes de Spector, complète le disque en quelques jours d’octobre 1974, et publie Rock ‘n’ Roll le 17 février 1975.

Elton John, David Bowie, Ringo, Mick Jagger

Pendant la même période, Lennon joue avec Elton John sur Lucy in the Sky with Diamonds, coécrit avec David Bowie et Carlos Alomar Fame, enregistré en janvier 1975 à l’Electric Lady Studios de New York, qui deviendra le premier numéro un américain de Bowie. Il écrit pour Ringo Starr, comme nous le racontions dans notre enquête sur les chansons que Lennon et McCartney ont écrites pour d’autres, et produit une version de Too Many Cooks pour Mick Jagger. Il passe ses nuits en studio, souvent avec Nilsson, Keith Moon et Ringo.

On peut juger cette période moins inspirée que les grandes années. Lennon lui-même la décrivait comme une parenthèse d’ivresse et de confusion, comme nous l’avons raconté dans notre article consacré à May Pang. Mais on ne peut pas y voir un homme qui n’aime plus la musique. C’est même, en volume, la période la plus productive de sa vie d’après les Beatles.

1975-1980 : la retraite au Dakota, un silence qui n’en était pas un

Pourquoi Lennon s’arrête

Le 9 octobre 1975, jour de ses trente-cinq ans, naît Sean Taro Ono Lennon. Deux jours plus tôt, la cour d’appel fédérale a annulé son ordre d’expulsion. Le 24 octobre paraît Shaved Fish, une compilation de ses singles. Et en janvier 1976 expire le contrat qui liait les Beatles, et donc Lennon, à EMI et Capitol depuis 1962. Pour la première fois de sa vie adulte, il n’est plus tenu par aucun contrat, aucun calendrier, aucune obligation.

Il décide de s’arrêter. Officiellement, il devient homme au foyer : il s’occupe de son fils, apprend à faire le pain, laisse à Yoko Ono la gestion des affaires du couple et de leur fortune. Il l’annoncera publiquement le 4 octobre 1977, lors d’une conférence de presse à l’hôtel Okura de Tokyo : le couple se retire pour élever Sean jusqu’à ses cinq ans.

En 1980, dans le long entretien qu’il accorde à David Sheff pour Playboy, Lennon expliquera ce choix avec des mots qui recoupent exactement ceux de son fils. Depuis l’âge de vingt-deux ans, dit-il en substance, il avait vécu sous contrat, en devant produire tant de chansons par an, tant d’albums, tant de singles. Il avait fini par écrire parce qu’il le fallait, et non parce qu’il en avait envie. Il ne voulait plus être un artiste qui travaille sur commande, et il voulait savoir s’il pouvait exister sans le personnage de John Lennon. La chanson Watching the Wheels, écrite pendant ces années, raconte précisément cela : un homme à qui l’on reproche de ne plus jouer le jeu, et qui se contente de regarder les roues tourner.

Des dizaines de maquettes

Le mythe veut que Lennon n’ait pas touché une guitare pendant cinq ans. C’est faux, et c’est sans doute le cœur de ce que Sean appelle un mythe. Pendant ces années, Lennon enregistre au Dakota, sur des magnétophones à cassettes et sur un magnétophone à bandes, des dizaines de maquettes, seul au piano ou à la guitare. Certaines sont des chansons achevées, d’autres des esquisses, des parodies, des blagues, des improvisations.

Trois d’entre elles sont devenues célèbres. Free as a Bird, enregistrée en 1977, et Real Love, dont plusieurs versions existent de la fin des années 1970, ont été complétées par Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr et publiées en 1995 et 1996 dans le cadre de l’Anthology. Now and Then, maquette de la même époque, a été achevée en 2023 grâce à la séparation des pistes mise au point par l’équipe de Peter Jackson, et elle est devenue le dernier numéro un des Beatles au Royaume-Uni. Nous l’avons raconté dans notre article sur la bande originale Imagine de 1988 et Real Love.

La série radiophonique The Lost Lennon Tapes, diffusée aux États-Unis de 1988 à 1992 à partir des archives confiées par Yoko Ono, en a révélé une grande partie au public. On y entend un Lennon qui joue tous les jours, essaie des accords, chante des standards, enregistre des chansons qu’il reprendra en 1980, comme Beautiful Boy, Watching the Wheels ou I’m Losing You.

Le Japon, Karuizawa et les Bermudes

Pendant ces années, la famille passe plusieurs étés au Japon, en particulier à Karuizawa, la station de montagne où Yoko Ono avait trouvé refuge enfant pendant la guerre. Lennon y apprend quelques mots de japonais, se promène à vélo, vit incognito. Nous avons évoqué ce lien dans notre article sur la jeunesse de Yoko Ono.

En juin 1980, Lennon part en voilier pour les Bermudes, une traversée au cours de laquelle il essuie une tempête et doit tenir la barre pendant des heures. Il en revient transformé, et passe plusieurs semaines dans une villa de Fairylands, sur l’île, à écrire. C’est là que naissent ou mûrissent la plupart des chansons de Double Fantasy et de Milk and Honey. Il a retrouvé, dira-t-il, la confiance de quelqu’un qui peut encore faire de la musique.

Correctif factuel n° 5 — Lennon n’a pas cessé de faire de la musique entre 1975 et 1980

On présente souvent la période 1975-1980 comme cinq années de silence musical complet, pendant lesquelles Lennon n’aurait plus touché un instrument. C’est faux. Il a cessé de publier et de se produire, pas de composer ni d’enregistrer. Les archives du Dakota contiennent des dizaines de maquettes datées de ces années, dont Free as a Bird (1977), Now and Then et Real Love, devenues des chansons des Beatles en 1995, 1996 et 2023, ainsi que des premières versions de plusieurs titres de Double Fantasy et de Milk and Honey. Ce qu’il a abandonné, c’est le calendrier de l’industrie : le contrat, l’album annuel, la promotion. Exactement ce que décrit Sean Ono Lennon quand il parle de la machine pop.

Double Fantasy : revenir sans redevenir un Beatle

Le 4 août 1980, Lennon entre à la Hit Factory de New York avec le producteur Jack Douglas et un groupe de musiciens de studio, dont le bassiste Tony Levin, les guitaristes Earl Slick et Hugh McCracken et le batteur Andy Newmark. Il signe avec un label tout neuf, Geffen Records, fondé par David Geffen, qui accepte sans écouter une note que l’album soit partagé à égalité avec Yoko Ono. Double Fantasy sort le 17 novembre 1980. Nous avons raconté ces séances dans notre récit des séances de Double Fantasy.

La manière dont Lennon revient dit tout. Il ne revient pas comme un ex-Beatle : il revient comme la moitié d’un couple, sur un album construit comme un dialogue entre ses chansons et celles de Yoko. Dans ses entretiens de l’automne 1980, il évoque la possibilité d’une tournée en 1981, avec Yoko. Il dit qu’il a hâte. Le 8 décembre 1980, il passe la soirée à la Record Plant, à mixer Walking on Thin Ice, la chanson de Yoko Ono qu’il considère comme la meilleure chose qu’ils aient faite, comme nous l’avons raconté dans notre chronologie de sa dernière séance. Il est assassiné en rentrant au Dakota.

Lire la phrase de Sean : trois Lennon dans un seul homme

Le musicien, l’auteur et la célébrité

Relue à la lumière de ces faits, la déclaration de Sean Ono Lennon distingue trois choses que le mythe confondait. Il y a le musicien, l’homme qui aime jouer avec un groupe devant des gens. Celui-là n’a jamais disparu : on le retrouve à Hambourg, à la Cavern, sur le toit d’Apple, à Toronto, au Fillmore avec Zappa, au Madison Square Garden, au Mike Douglas Show avec Chuck Berry. Il y a l’auteur, l’homme qui écrit des chansons. Celui-là non plus n’a jamais disparu, même pendant les années du Dakota. Et il y a la célébrité, le Beatle, le personnage public, l’objet de l’industrie et des médias. C’est celui-là que Lennon a voulu tuer, dès 1970, et c’est la seule chose qu’il ait vraiment abandonnée.

Le seul ex-Beatle qui n’a jamais tourné

La comparaison avec les trois autres Beatles éclaire ce choix. Paul McCartney a remonté un groupe dès 1971, Wings, et l’a emmené sur les routes dès février 1972, d’abord dans des universités britanniques, en arrivant sans prévenir, pour retrouver l’esprit des débuts, puis dans les stades du monde entier en 1975 et 1976. George Harrison a tenté une tournée nord-américaine en 1974, mal accueillie, puis a attendu 1991 pour une tournée japonaise avec Eric Clapton. Ringo Starr a fondé en 1989 son All-Starr Band, qu’il fait tourner depuis plus de trente-cinq ans. John Lennon est le seul des quatre à n’avoir jamais fait de tournée après les Beatles. Ce n’est pas qu’il n’aimait pas la scène : c’est qu’il n’a jamais trouvé, ou jamais eu le temps de trouver, la forme de scène qui ne serait pas la machine.

Correctif factuel n° 6 — Combien de concerts John Lennon a-t-il donnés après les Beatles ?

On lit tour à tour que Lennon n’a donné qu’un seul concert après les Beatles, ou deux, ou aucun en dehors du Madison Square Garden. La réalité est plus nuancée. Si l’on compte les concerts complets dont il était la tête d’affiche, il n’y en a eu que deux, le même jour : les représentations de l’après-midi et du soir du 30 août 1972. Mais il a joué en public bien plus souvent, en tête d’affiche avec des programmes plus courts à Toronto le 13 septembre 1969 et au Lyceum de Londres le 15 décembre 1969, en invité au Fillmore East avec Frank Zappa le 6 juin 1971, dans des concerts militants à Ann Arbor le 10 décembre 1971 et à l’Apollo de Harlem le 17 décembre 1971, à la télévision avec Chuck Berry en février 1972, au téléthon de Jerry Lewis le 6 septembre 1972, avec Elton John le 28 novembre 1974 et au gala Lew Grade le 18 avril 1975.

Yoko Ono, le catalyseur

Sean insiste sur un dernier point : la relation de son père avec sa mère a été, selon lui, le catalyseur et le symbole de cette volonté de sortir de la machine. C’est une lecture qui renverse la vieille accusation faite à Yoko Ono d’avoir détourné Lennon de la musique. Dans le récit de Sean, elle ne l’a pas détourné de la musique : elle lui a montré une autre manière d’en faire, celle de l’avant-garde, de la participation, de l’instruction, du geste politique. C’est exactement ce que nous montrions dans notre portrait de Yoko Ono avant Lennon : en 1966, elle pratiquait depuis dix ans un art qui refusait à la fois l’objet, le marché et la célébrité. Lennon y a trouvé une porte de sortie. Nous avons consacré à ce procès fait à Yoko Ono notre article pour ses 93 ans.

Sean Ono Lennon, gardien d’un autre récit

Du coffret Power to the People au Blu-ray de 2027

Ce n’est pas un hasard si cette mise au point vient de Sean. Depuis 2020, il supervise les grandes rééditions de son père : Gimme Some Truth en 2020, le coffret Mind Games en 2024, récompensé d’un Grammy en février 2025, et Power to the People en octobre 2025. Chacun de ces projets défend la même idée : le John Lennon des années 1970 n’est pas un artiste en déclin, mais un musicien en recherche. Le remixage de Some Time in New York City, en particulier, cherche à faire entendre ce que Sean appelle son esprit proto-punk.

Le 9 octobre 2026, pour les 86 ans de son père et ses propres 51 ans, Sean a annoncé, avec Mercury Studios et Universal Music Group, la sortie en Blu-ray du film-concert Power to the People, réalisé par Simon Hilton à partir des images tournées en 1972 par Steve Gebhardt. Il paraîtra le 9 avril 2027 en double Blu-ray et dans un coffret de luxe de quatre Blu-ray, comprenant le film en multi-écrans, les concerts de l’après-midi et du soir présentés séparément, le documentaire One to One: John & Yoko et un livre relié de 128 pages. La restauration a pris plus de vingt ans ; le son est proposé en stéréo haute définition, en 5.1 et en Dolby Atmos. Tous les détails figurent dans notre article consacré à cette édition.

Un fils qui n’a connu son père qu’en homme au foyer

Il y a enfin une dimension intime dans la déclaration de Sean. Il est né en 1975, au moment précis où son père quittait la machine. Le John Lennon qu’il a connu, de sa naissance à ses cinq ans, n’était ni un Beatle ni une vedette : c’était un père qui faisait le pain, jouait du piano à la maison et enregistrait des maquettes sur un magnétophone. Quand il dit que son père n’avait pas cessé d’aimer la musique, Sean parle aussi de ses propres souvenirs. Il a raconté qu’il associait la musique à son père, et que jouer de la musique lui donnait le sentiment d’être relié à lui. Nous avons raconté son parcours dans notre double portrait de Sean et de Charlotte Kemp Muhl et dans notre article sur l’héritage de John Lennon.

La célébrité dans les chansons de Lennon : quinze ans d’aveux

Le meilleur témoin de la relation de John Lennon avec la célébrité, ce sont ses chansons. De 1964 à 1980, il n’a cessé d’écrire sur le prix de la gloire, sur le personnage qu’on l’obligeait à jouer, sur l’envie de disparaître. Relues dans l’ordre, elles racontent exactement l’histoire que résume Sean. Nous ne reproduisons pas leurs paroles, qui restent protégées, mais nous en décrivons le propos.

I’m a Loser (1964)

Dès Beatles for Sale, publié en décembre 1964, Lennon glisse dans une chanson d’apparence country un aveu inattendu : le narrateur se présente comme un perdant qui cache sa détresse derrière un sourire et un masque. Lennon dira plus tard que c’était sa période Dylan, la première fois qu’il écrivait sur lui-même. Le contraste est saisissant : le groupe le plus célèbre du monde, au sommet de la Beatlemania, publie une chanson où son leader se dit en échec. Nous avons raconté la fatigue de cette année-là dans notre article sur Beatles for Sale.

Help! (1965)

Nous l’avons évoquée plus haut : la chanson-titre du film de 1965 est un véritable appel au secours, celui d’un homme de vingt-quatre ans qui regrette le temps où il était jeune et sûr de lui, et qui découvre que la célébrité l’a rendu dépendant des autres. Lennon dira que c’était l’une des seules chansons sincères de cette époque, et regrettera qu’on l’ait jouée trop vite pour qu’on l’entende.

Nowhere Man (1965)

Sur Rubber Soul, Lennon écrit le portrait d’un homme de nulle part, sans point de vue, qui ne sait pas où il va. Il racontera avoir écrit la chanson un matin où il ne trouvait plus d’idée, après des heures à chercher, et s’être rendu compte qu’il se décrivait lui-même. L’homme de nulle part, c’est le Beatle enfermé à Kenwood, au milieu de ses voitures et de ses jouets.

I’m Only Sleeping (1966)

Sur Revolver, Lennon fait l’éloge de la paresse et du droit de rester au lit, contre un monde qui court partout. C’est déjà Watching the Wheels, quatorze ans plus tôt : le refus de la course, le droit de regarder passer le monde. Nous lui avons consacré une histoire complète.

Strawberry Fields Forever (1966-1967)

Écrite en Espagne en septembre et octobre 1966, quelques semaines après le dernier concert des Beatles, la chanson revient au jardin d’un orphelinat de l’Armée du salut, près de chez sa tante Mimi, à Woolton, où il jouait enfant. Lennon y décrit un état d’isolement, le sentiment d’être différent de tous les autres, de ne pas être sur la même longueur d’onde que le monde. C’est la première grande chanson écrite après la fin de la scène, et elle tourne le dos à la célébrité pour revenir à l’enfance.

The Ballad of John and Yoko (1969)

En avril 1969, Lennon raconte en chanson son mariage à Gibraltar, le bed-in d’Amsterdam, la presse qui le poursuit, et se plaint d’être crucifié par les médias. Il enregistre le titre avec McCartney seul, les deux autres Beatles étant absents. La chanson est la première où Lennon fait de sa vie avec Yoko le sujet d’un single des Beatles. La célébrité y devient une matière à dérision.

Instant Karma! (1970)

Écrite, enregistrée et publiée en dix jours, en janvier et février 1970, avec Phil Spector, Instant Karma! est le contraire exact de la machine : une chanson pensée le matin, enregistrée le soir, en vente la semaine suivante. Lennon répétait qu’un disque devait sortir comme on sort un journal. C’est déjà l’esthétique de Some Time in New York City, deux ans plus tôt.

God (1970)

Sur John Lennon/Plastic Ono Band, la chanson God dresse la liste de tout ce en quoi Lennon ne croit plus, et la termine par les Beatles. Puis il annonce que le rêve est fini, qu’il était le rêveur et qu’il est désormais seulement John, avec Yoko. C’est l’acte de décès officiel du personnage de Beatle, prononcé par Lennon lui-même. Il ne renonce pas à la musique : il la met au service de ce nouveau personnage, plus nu.

Working Class Hero (1970)

Sur le même album, seul à la guitare acoustique, Lennon décrit la fabrication d’un héros populaire par un système qui l’humilie, le formate et le récompense. On y entend sa colère contre l’école, la classe sociale, la religion, la télévision, et implicitement contre la célébrité qui fait d’un garçon de Liverpool une idole. La chanson, qui contient un juron, sera interdite sur plusieurs radios.

Watching the Wheels (1980)

La chanson la plus directement liée à la déclaration de Sean est sur Double Fantasy. Lennon y répond à ceux qui lui reprochaient de ne plus jouer le jeu pendant ses années au Dakota, de ne plus être dans la course, de ne plus être une star. Il leur explique qu’il est content de regarder les roues tourner, et qu’il a cessé de jouer au grand manège. C’est le testament de l’homme qui a quitté la machine, et il est écrit, ironie de l’histoire, pour l’album qui marque son retour.

Nobody Told Me (1980)

Enfin, parmi les maquettes de 1980 achevées en 1984 sur Milk and Honey, Nobody Told Me regarde le monde avec un humour détaché : tout le monde parle, personne ne dit rien, et personne ne l’avait prévenu qu’il y aurait des jours pareils. Le ton est celui d’un homme apaisé, qui a retrouvé le plaisir d’écrire des chansons sans enjeu, pour le plaisir.

Ce qu’en ont dit les autres

George Harrison : les Beatles comme système nerveux sacrifié

George Harrison a été, des quatre, le plus constant dans la dénonciation de la Beatlemania. Dans le documentaire The Beatles Anthology, en 1995, il explique que les fans avaient donné leur argent et leurs cris, mais que les Beatles, eux, avaient donné leur système nerveux. Il disait aussi que le public s’était servi d’eux comme d’un prétexte pour devenir fou, avant de leur en faire porter la responsabilité. Ce constat, partagé par Lennon, n’a jamais conduit Harrison à abandonner la musique : il a simplement fui la célébrité, en s’installant à Friar Park, en se consacrant au jardinage, à la course automobile et à la méditation.

Paul McCartney : John voulait partir

Paul McCartney a longtemps porté le poids d’avoir annoncé la séparation. En octobre 2021, dans un entretien à la BBC Radio 4, il a rappelé que c’était John qui avait voulu quitter le groupe le premier, en septembre 1969, et qu’il voulait vivre sa vie avec Yoko, faire des bed-ins, des happenings, une autre forme d’art. Cette version recoupe celle de Sean : Lennon ne quittait pas la musique, il quittait les Beatles. McCartney a aussi raconté que, pendant les années du Dakota, il lui arrivait de passer voir John à l’improviste, et que celui-ci lui avait fait comprendre, un jour d’avril 1976, qu’il fallait désormais prévenir avant de venir : l’homme au foyer n’avait plus de temps pour le passé. Nous avons raconté leur dernière rencontre dans notre enquête sur la pizza chez Elaine’s.

Les musiciens de 1980 : un homme pressé de jouer

Les musiciens qui ont enregistré Double Fantasy à l’été 1980 ont tous décrit la même chose : un Lennon qui arrive avec des dizaines de chansons prêtes, qui connaît chaque partie, qui travaille vite, rit beaucoup, raconte des histoires des Beatles entre les prises et parle déjà du disque suivant. Le bassiste Tony Levin a souvent raconté sa surprise de trouver un homme si à l’aise et si concentré, après cinq ans d’absence. Le producteur Jack Douglas a expliqué qu’il avait fallu limiter le nombre de chansons tant Lennon en avait apporté. Rien, dans ces témoignages, ne ressemble à un homme fâché avec la musique.

Lennon lui-même, en 1980

Dans ses derniers entretiens, à Playboy, à Newsweek, à la BBC et à la station RKO le jour même de sa mort, Lennon dit à peu près la même chose que son fils quarante-cinq ans plus tard. Il explique qu’il voulait savoir s’il existait en dehors de son personnage, qu’il en avait assez d’écrire pour remplir des contrats, qu’il avait eu besoin de prendre du recul, et qu’il revenait parce qu’il en avait envie et non parce qu’il le fallait. Il parle aussi, souvent, de la peur de devenir une vieille vedette qui se répète. Il cite Elvis Presley, mort en 1977, comme l’exemple de ce que la machine fait aux artistes. Le dernier entretien, donné quelques heures avant sa mort, est au cœur du film de Steven Soderbergh présenté à Cannes en 2026, comme nous l’avons raconté dans notre article sur le dernier jour de John Lennon.

D’où vient le mythe du Lennon désenchanté ?

Lennon, premier artisan de sa légende

Si le mythe dénoncé par Sean a la vie si dure, c’est d’abord parce que Lennon lui-même l’a nourri. Dans Lennon Remembers, il dit sa haine des Beatles avec une violence qui marquera toute une génération de lecteurs. Dans la chanson God, il proclame la fin du rêve. En 1975, il disparaît sans explication publique pendant deux ans, puis annonce à Tokyo qu’il se retire pour élever son fils. En 1980, il raconte à Playboy qu’il a passé cinq ans à faire le pain et à s’occuper du bébé, sans évoquer en détail les maquettes enregistrées au Dakota. Le personnage du Beatle repenti, de l’homme qui a renoncé à la musique pour la vie, est en partie une construction de Lennon, qui tenait à ce que son retour de 1980 apparaisse comme un choix libre et non comme la reprise d’une activité jamais interrompue.

La critique des années 1970

La critique rock des années 1970 a ensuite installé l’idée d’un déclin. Après l’enthousiasme pour John Lennon/Plastic Ono Band et Imagine, la presse musicale américaine et britannique a jugé sévèrement Some Time in New York City, puis accueilli tièdement Mind Games, avant de saluer avec plus de chaleur Walls and Bridges et Rock ‘n’ Roll. Le récit qui s’est imposé est celui d’un artiste qui aurait donné le meilleur de lui-même en 1970 et 1971, puis se serait dispersé. Ce récit a sa part de vérité artistique, mais il confond la qualité des disques et l’amour de la musique : on peut faire des disques moins réussis par excès d’envie, pas par manque.

Albert Goldman et le portrait d’un reclus

Le coup le plus dur à la mémoire de Lennon est venu en 1988, avec la publication de The Lives of John Lennon, la biographie d’Albert Goldman. Le livre, fondé en partie sur des témoignages d’anciens employés du Dakota, décrit les années 1975-1980 comme celles d’un homme apathique, reclus, dépendant, enfermé dans sa chambre devant la télévision, ayant perdu tout désir de création. Il a été massivement contesté par les proches de Lennon, par McCartney, par de nombreux journalistes, et sa méthode a été très critiquée. Mais il a durablement imprimé dans l’opinion l’image d’un Lennon qui ne faisait plus de musique. La même année, la série radio The Lost Lennon Tapes, lancée à partir des archives de Yoko Ono, a apporté le démenti le plus convaincant : des heures d’enregistrements de ces années-là, où l’on entend un musicien au travail.

Le récit romantique du retour

Enfin, la mort de Lennon, trois semaines après la sortie de Double Fantasy, a figé le récit dans une forme tragique : un homme qui avait renoncé, qui revenait enfin, et qu’on a tué au moment du retour. Ce récit a besoin d’un long silence pour que le retour ait du sens. En le nuançant, Sean Ono Lennon ne diminue pas la tragédie : il la rend plus juste. Son père n’était pas un homme qui revenait à la musique après l’avoir quittée. C’était un homme qui revenait au public après avoir trouvé une manière de faire de la musique qui lui appartienne.

Ce que le mythe a de vrai

Il serait faux, pour autant, de balayer toute idée de lassitude. Lennon a bien connu des périodes de doute créatif. Il a confié, en 1980, qu’au début des années 1970 il lui arrivait de ne rien écrire pendant des semaines, et que la pression du succès des Beatles le paralysait. Il a reconnu que Mind Games avait été fait sans grande conviction. Et il est indéniable qu’il a renoncé à la scène, au moins jusqu’en 1980. Le mythe n’est pas totalement faux : il confond simplement plusieurs choses. Lennon a pu être lassé de lui-même, de son image, de l’industrie, de la scène. Il n’a jamais été lassé de la musique.

Et si Lennon avait tourné en 1981 ?

Ce qu’il annonçait

Dans plusieurs entretiens de l’automne 1980, Lennon et Ono ont évoqué l’idée de partir en tournée en 1981, pour défendre Double Fantasy et l’album suivant, déjà en partie enregistré pendant les séances de l’été. Lennon disait avoir envie de remonter sur scène, de jouer avec les musiciens de la Hit Factory, et même de revisiter quelques chansons des Beatles. Rien n’était organisé ni annoncé officiellement : il s’agissait d’intentions, exprimées au fil des conversations.

Une tournée hors de la machine ?

On ne peut que spéculer sur ce qu’aurait été cette tournée, mais la logique de toute sa trajectoire permet d’en deviner l’esprit. Lennon aurait sans doute voulu une tournée à sa mesure : des salles moyennes plutôt que des stades, un programme centré sur ses chansons récentes et celles de Yoko Ono, et sans retour nostalgique au répertoire des Beatles comme fonds de commerce. Ce qu’il avait aimé au Madison Square Garden en 1972, c’était précisément de présenter ce qu’il était devenu. En 1981, il aurait eu quarante et un ans, un fils de six ans, un contrat avec un label qui le laissait libre. Pour la première fois, la scène n’aurait peut-être pas été la machine.

Cette question n’aura jamais de réponse. Mais elle éclaire la phrase de Sean : quand il dit que son père n’avait pas perdu l’amour de la musique, il dit aussi que l’histoire de John Lennon s’est interrompue au moment où cet amour allait retrouver une scène.

Guide d’écoute : dix enregistrements qui montrent Lennon heureux de jouer

Pour juger sur pièces, voici dix enregistrements, du plus ancien au plus récent, où l’on entend John Lennon prendre plaisir à jouer, loin de l’image du musicien désenchanté.

  • Live! at the Star-Club in Hamburg, Germany; 1962. Enregistré à la fin de décembre 1962 sur un magnétophone d’amateur, publié en 1977. Le son est médiocre, mais on y entend ce que Lennon regrettait : un groupe de club qui joue pour rire, qui massacre et sublime les standards, qui s’amuse.
  • Live at the BBC (1994) et On Air (2013). Les séances radiophoniques de 1962 à 1965, enregistrées presque en direct, où les Beatles jouent leurs reprises préférées de Chuck Berry, Carl Perkins ou Arthur Alexander. C’est le plus proche, en qualité professionnelle, de ce qu’était la Cavern.
  • Le concert sur le toit d’Apple, 30 janvier 1969. Publié intégralement dans le cadre du projet Get Back en 2022. Lennon y retrouve en plein vent le plaisir de jouer avec le groupe, en riant de ses propres erreurs.
  • Live Peace in Toronto 1969. Le premier concert de Lennon sans les Beatles, avec Eric Clapton, Klaus Voormann et Alan White. Le trac s’entend au début, puis le plaisir des vieux rock and roll.
  • Le Lyceum, 15 décembre 1969, sur Some Time in New York City. Un Plastic Ono Band géant, avec George Harrison, pour une version tumultueuse de Cold Turkey.
  • Le Fillmore East avec Frank Zappa, 6 juin 1971. Lennon retrouve le chaos et l’improvisation de Hambourg, avec un grand bonheur évident.
  • Les concerts One to One, 30 août 1972, dans Power to the People. Le cœur du sujet : un concert complet, des chansons récentes, un groupe de rue, et la sensation qu’il comparait à la Cavern.
  • Elton John, Madison Square Garden, 28 novembre 1974. Publié en partie en face B et sur des rééditions d’Elton John. Trois chansons jouées dans un état de trac absolu, puis de joie.
  • Les maquettes du Dakota, 1976-1980. Publiées en partie dans le coffret John Lennon Anthology en 1998 et sur les rééditions de Double Fantasy. Un homme seul au piano ou à la guitare, qui joue pour lui.
  • Double Fantasy Stripped Down (2010). Le remixage dépouillé de Double Fantasy réalisé pour les 70 ans de Lennon, où l’on entend mieux sa voix et l’énergie des séances de l’été 1980.

Chronologie : John Lennon, la musique et la célébrité (1960-2027)

Date Événement
17 août 1960 Premier concert des Beatles à l’Indra de Hambourg
9 février 1961 Premier concert des Beatles à la Cavern de Liverpool
Décembre 1962 Dernier séjour à Hambourg, au Star-Club
3 août 1963 Dernier concert des Beatles à la Cavern
15 août 1965 Concert au Shea Stadium de New York devant plus de 55 000 personnes
11 août 1966 Excuses publiques de Lennon à Chicago après la polémique sur Jésus
29 août 1966 Dernier concert payant des Beatles, Candlestick Park, San Francisco
30 janvier 1969 Concert sur le toit d’Apple, dernière apparition publique des Beatles
13 septembre 1969 Plastic Ono Band au Toronto Rock and Roll Revival
Septembre 1969 Lennon annonce en privé aux autres Beatles qu’il quitte le groupe
15 décembre 1969 Concert Peace for Christmas au Lyceum de Londres, avec George Harrison
10 avril 1970 Paul McCartney annonce publiquement la fin des Beatles
11 décembre 1970 Sortie de John Lennon/Plastic Ono Band, avec God et Working Class Hero
Janvier-février 1971 Publication de l’entretien Lennon Remembers dans Rolling Stone
6 juin 1971 Lennon et Ono avec Frank Zappa au Fillmore East
Septembre 1971 Installation à New York
10 décembre 1971 Concert Ten for Two pour John Sinclair, Ann Arbor
17 décembre 1971 Concert au profit des familles d’Attica, Apollo Theater de Harlem
14-18 février 1972 Coanimation du Mike Douglas Show, avec Chuck Berry
Mars 1972 Début de la procédure d’expulsion de Lennon des États-Unis
12 juin 1972 Sortie américaine de Some Time in New York City (48e au Billboard)
30 août 1972 Concerts One to One au Madison Square Garden, après-midi et soir
6 septembre 1972 Téléthon de Jerry Lewis avec Elephant’s Memory
15 septembre 1972 Sortie britannique de Some Time in New York City (11e place)
15 décembre 1972 Diffusion du concert One to One sur ABC
29 octobre 1973 Sortie de Mind Games ; début du Lost Weekend
28 mars 1974 Séance improvisée avec Paul McCartney à Burbank
26 septembre 1974 Sortie de Walls and Bridges, numéro un aux États-Unis
28 novembre 1974 Lennon rejoint Elton John sur la scène du Madison Square Garden
17 février 1975 Sortie de Rock ‘n’ Roll
18 avril 1975 A Salute to Sir Lew Grade, dernière apparition publique de Lennon en musicien
7 octobre 1975 Annulation de l’ordre d’expulsion par une cour d’appel fédérale
9 octobre 1975 Naissance de Sean Taro Ono Lennon
24 octobre 1975 Sortie de la compilation Shaved Fish
Janvier 1976 Expiration du contrat avec EMI et Capitol
27 juillet 1976 Lennon obtient sa carte verte
1977 Maquette de Free as a Bird au Dakota
4 octobre 1977 Conférence de presse à Tokyo : retrait pour élever Sean
Juin 1980 Traversée vers les Bermudes et écriture de la plupart des chansons de Double Fantasy
4 août 1980 Début des séances de Double Fantasy à la Hit Factory
17 novembre 1980 Sortie de Double Fantasy chez Geffen
8 décembre 1980 Dernière séance à la Record Plant, assassinat devant le Dakota
1986 Sortie de Live in New York City, tiré des concerts de 1972
1988 Biographie d’Albert Goldman ; début de la série radio The Lost Lennon Tapes
2 novembre 2023 Sortie de Now and Then, tirée d’une maquette du Dakota
Septembre 2025 Entretien de Sean Ono Lennon à la BBC Radio 6 Music
10 octobre 2025 Sortie du coffret Power to the People
9 octobre 2026 Annonce du Blu-ray de Power to the People
9 avril 2027 Sortie prévue du double Blu-ray et du coffret de quatre Blu-ray

Pour aller plus loin : voir, écouter, lire

À voir sur YouTube

À écouter

  • John et Yoko, Power to the People (2025), le coffret des concerts One to One et des années new-yorkaises : en CD et vinyle.
  • Power to the People, film-concert, en double Blu-ray ou en coffret de quatre Blu-ray (avril 2027) : en précommande.
  • John Lennon et Yoko Ono, Some Time in New York City (1972), l’album proto-punk défendu par Sean : en CD et vinyle.
  • John Lennon, Live in New York City (1986), la première publication des concerts de 1972 : en CD et vinyle.
  • The Plastic Ono Band, Live Peace in Toronto 1969 : en CD et vinyle.
  • John Lennon, Mind Games, The Ultimate Mixes, le coffret primé produit par Sean : en double vinyle.
  • John Lennon, Walls and Bridges (1974) : en CD et vinyle.
  • John Lennon, Rock ‘n’ Roll (1975) : en CD et vinyle.
  • John Lennon et Yoko Ono, Double Fantasy Stripped Down (2010) : en CD.
  • John Lennon Anthology (1998), le coffret des maquettes et prises inédites, dont celles du Dakota : sur Amazon.
  • John Lennon, Gimme Some Truth (2020), la compilation produite par Yoko et Sean : en SHM-CD.

À lire

  • Jann Wenner, Lennon Remembers, l’entretien de décembre 1970 : sur Amazon.
  • David Sheff, All We Are Saying, l’entretien de 1980 pour Playboy : sur Amazon.
  • Jon Wiener, Gimme Some Truth: The John Lennon FBI Files, sur la surveillance de Lennon et la procédure d’expulsion : sur Amazon.
  • May Pang, Instamatic Karma, le Lost Weekend en photographies : sur Amazon.
  • Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle, pour les concerts de 1960 à 1966 : sur Amazon.

Questions fréquentes

Qu’a dit Sean Ono Lennon sur son père et la musique ?

En septembre 2025, sur la BBC Radio 6 Music, il a estimé qu’il existait un mythe : selon lui, John Lennon n’avait pas cessé d’aimer la musique, mais une certaine forme de célébrité, et il en voulait à la machine pop de l’obliger à rester un Beatle.

Que voulait dire John Lennon en comparant le Madison Square Garden à la Cavern ?

Il voulait dire que le concert du 30 août 1972 lui avait rendu le plaisir de jouer avec un groupe devant un public qui écoute, plaisir qu’il n’avait plus ressenti depuis les clubs de Hambourg et de Liverpool, avant la Beatlemania.

Quand ont eu lieu les concerts One to One ?

Le 30 août 1972, au Madison Square Garden de New York, en deux représentations, l’après-midi et le soir, au profit des pensionnaires de l’institution de Willowbrook, devant 40 000 spectateurs au total.

Combien d’argent ont rapporté les concerts One to One ?

Plus d’1,5 million de dollars de l’époque, au profit des personnes atteintes de handicaps intellectuels.

Le concert du Madison Square Garden était-il le dernier de John Lennon ?

C’était son dernier concert complet en tête d’affiche, mais pas sa dernière scène. Il a encore joué au téléthon de Jerry Lewis le 6 septembre 1972, avec Elton John au Madison Square Garden le 28 novembre 1974, et une dernière fois au gala en l’honneur de Lew Grade le 18 avril 1975.

John Lennon a-t-il fait une tournée après les Beatles ?

Non. Il est le seul des quatre Beatles à n’avoir jamais fait de tournée en solo. Il envisageait d’en faire une en 1981 avec Yoko Ono.

Pourquoi Some Time in New York City a-t-il échoué ?

L’album, très politique et enregistré rapidement, a dérouté le public et la critique. Il n’a atteint que la 48e place aux États-Unis, mais la 11e au Royaume-Uni. Sean Ono Lennon y voit un disque proto-punk en avance sur son temps.

John Lennon a-t-il arrêté la musique entre 1975 et 1980 ?

Il a arrêté de publier des disques et de se produire, mais pas de composer ni d’enregistrer. Il a laissé des dizaines de maquettes, dont Free as a Bird, Real Love et Now and Then, devenues des chansons des Beatles.

Pourquoi Lennon s’est-il retiré en 1975 ?

Pour élever son fils Sean, né le 9 octobre 1975, et parce que, libéré de son contrat avec EMI en janvier 1976, il ne voulait plus écrire et enregistrer sur commande.

Quelle est la dernière apparition publique de John Lennon en musicien ?

Le 18 avril 1975, à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York, lors de l’émission A Salute to Sir Lew Grade, où il a chanté Slippin’ and Slidin’, Stand by Me et Imagine.

Sean Ono Lennon est-il britannique ?

Non. Il est né à New York le 9 octobre 1975 et il est américain, même si son père était britannique.

Quand sort le Blu-ray Power to the People ?

Le 9 avril 2027, en double Blu-ray et en coffret de quatre Blu-ray avec le documentaire One to One: John & Yoko et un livre de 128 pages.

Qui jouait avec Lennon au Madison Square Garden en 1972 ?

Le groupe new-yorkais Elephant’s Memory, mené par le saxophoniste Stan Bronstein, renforcé par le batteur Jim Keltner, avec Yoko Ono aux claviers et au chant.

John Lennon détestait-il les Beatles ?

Il détestait ce que la célébrité des Beatles avait fait de lui, la Beatlemania, l’image et l’industrie, comme il l’a dit en 1970 à Rolling Stone. Mais il a toujours revendiqué la musique du groupe et repris plusieurs de ses chansons sur scène, de Come Together à I Saw Her Standing There.

Glossaire

  • One to One : nom des deux concerts de bienfaisance donnés par John Lennon et Yoko Ono au Madison Square Garden le 30 août 1972.
  • Willowbrook State School : institution publique de Staten Island pour personnes handicapées, dont les conditions furent révélées en 1972 par Geraldo Rivera.
  • Elephant’s Memory : groupe new-yorkais de rock et de rhythm and blues qui accompagna Lennon et Ono en 1972.
  • Plastic Ono Band : formation à géométrie variable créée en 1969 par John Lennon et Yoko Ono, sans membres fixes.
  • Lost Weekend : période de dix-huit mois, de l’automne 1973 au début de 1975, pendant laquelle Lennon vécut séparé de Yoko Ono, en partie à Los Angeles, avec May Pang.
  • Beatlemania : hystérie collective suscitée par les Beatles de 1963 à 1966, qui rendit leurs concerts presque inaudibles.
  • Maquette : enregistrement de travail d’une chanson, souvent réalisé seul, à la maison, avant l’enregistrement en studio.
  • Proto-punk : musique rock des années 1960 et du début des années 1970 annonçant l’énergie brute et l’esprit contestataire du punk de 1976-1977.
  • Homme au foyer : expression par laquelle Lennon désignait lui-même ses années 1975-1980 passées à élever Sean au Dakota.
  • Carte verte : permis de résidence permanente aux États-Unis, obtenu par Lennon le 27 juillet 1976 après plus de trois ans de procédure.

Sources et références

Sur la déclaration de Sean Ono Lennon : BBC Radio 6 Music, émission de Chris Hawkins, septembre 2025 ; dépêche PA Media de Casey Cooper-Fiske, 26 septembre 2025 ; The National Desk et WLUK, 26 septembre 2025.

Sur les concerts One to One et leur édition : site officiel johnlennon.com, présentation de Power to the People ; Guitar Player, 9 octobre 2026 ; American Songwriter ; Far Out Magazine ; documentaire One to One: John & Yoko de Kevin Macdonald et Sam Rice-Edwards (2025).

Sur Lennon et la célébrité : Jann Wenner, Lennon Remembers (Rolling Stone, 1971) ; David Sheff, entretien pour Playboy (1980) et All We Are Saying ; The Beatles Anthology (1995) ; Jon Wiener, Gimme Some Truth: The John Lennon FBI Files ; Albert Goldman, The Lives of John Lennon (1988) ; The Lost Lennon Tapes (1988-1992) ; BBC Radio 4, entretien de Paul McCartney, octobre 2021.

Références Beatles : Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle et Tune In ; Ian MacDonald, Revolution in the Head ; Barry Miles, The Beatles Diary ; Peter Doggett, You Never Give Me Your Money ; Keith Badman, The Beatles Diary Volume 2: After the Break-Up.

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