4 octobre 1966 : il y a 60 ans, les Beatles apprenaient à vivre séparément — et préparaient sans le savoir leur révolution
Un mois après leur dernier concert, les Beatles ne vivent déjà plus comme un groupe. Le 4 octobre 1966, Ringo Starr rejoint John Lennon sous le soleil espagnol, George Harrison étudie auprès de Ravi Shankar en Inde et Paul McCartney explore de nouveaux territoires artistiques à Londres. Cette étrange journée de dispersion contient pourtant les germes de « Strawberry Fields Forever », de « Penny Lane » et de Sgt. Pepper.
Le 4 octobre 1966, les Beatles ne sont pas en studio. Ils ne donnent aucun concert. Ils ne participent à aucune émission de télévision et ne se réunissent même pas pour parler de leur prochain disque. Pour qui chercherait dans leur chronologie une journée spectaculaire, celle-ci pourrait presque sembler insignifiante. Pourtant, soixante ans plus tard, elle apparaît comme l’une de ces dates minuscules qui permettent de comprendre un immense basculement. Ce mardi d’automne, les quatre Beatles sont dispersés comme ils ne l’ont pratiquement jamais été depuis le début de leur ascension : John Lennon tourne un film dans le sud de l’Espagne, George Harrison approfondit en Inde sa découverte de la musique et de la spiritualité du sous-continent, Paul McCartney reste essentiellement plongé dans l’effervescence culturelle londonienne et commence à s’aventurer hors du cadre Lennon-McCartney, tandis que Ringo Starr et son épouse Maureen arrivent justement en Espagne pour retrouver John.
Il n’y a donc plus, physiquement, de Beatles.
Il y a quatre Beatles.
La nuance paraît minuscule. Elle change pourtant toute l’histoire du groupe.
Un peu plus d’un mois auparavant, le 29 août 1966, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr étaient encore ensemble sur la pelouse de Candlestick Park, à San Francisco, pour ce qui allait devenir leur dernier véritable concert devant un public payant. La décision de renoncer aux tournées n’avait pas encore fait l’objet d’un grand communiqué solennel, mais les quatre hommes savaient que quelque chose venait de s’achever. Pour la première fois depuis les années de Hambourg, leur calendrier ne serait plus structuré autour d’une succession infernale de concerts, d’avions, de conférences de presse, d’hôtels et de séances d’enregistrement organisées entre deux tournées.
Le 4 octobre est l’un des premiers jours où l’on peut observer concrètement les conséquences de cette libération.
John devient acteur.
George devient élève.
Paul devient compositeur en dehors du groupe et acteur de l’avant-garde londonienne.
Ringo devient, provisoirement, celui qui maintient le lien humain.
Et chacun de ces chemins reviendra quelques semaines plus tard alimenter les Beatles.
C’est précisément ce qui rend l’automne 1966 si fascinant. Les Beatles ne sont pas en train de se séparer, même si la presse commence déjà à le soupçonner. Ils sont en train de découvrir quelque chose de beaucoup plus dangereux et beaucoup plus fécond : ils peuvent exister individuellement en dehors des Beatles.
Puis ils vont revenir ensemble.
Et lorsqu’ils se retrouveront à Abbey Road le 24 novembre 1966, ils ne seront plus exactement les quatre hommes qui avaient quitté la scène de Candlestick Park.
Le premier morceau qu’ils enregistreront sera « Strawberry Fields Forever ».
Tout est là.
Sommaire
Le 4 octobre 1966 : une journée sans Beatles qui raconte pourtant toute leur histoire
Le fait précis qui inscrit le 4 octobre dans les chronologies Beatles est relativement simple : Ringo Starr et son épouse Maureen Starkey arrivent en Espagne pour rejoindre John Lennon, alors engagé dans le tournage de How I Won the War, le film antimilitariste de Richard Lester.
John se trouve dans le sud du pays depuis le 18 septembre, après une première période de tournage en Allemagne de l’Ouest. Il interprète le soldat Gripweed, personnage secondaire mais suffisamment important pour l’obliger à quitter provisoirement l’univers Beatles. Le tournage espagnol se déroule notamment dans la province d’Almería, dont les paysages désertiques sont alors utilisés par de nombreuses productions cinématographiques internationales.
Ringo et Maureen resteront plusieurs jours. Ils seront encore auprès de Lennon pour son vingt-sixième anniversaire, le 9 octobre.
Ringo expliquera bien plus tard pourquoi il avait entrepris ce voyage. Son témoignage est particulièrement révélateur : John était seul et avait besoin de compagnie. Les Beatles, malgré la fatigue accumulée et les tensions de 1966, continuaient à se soutenir profondément. Ringo se souvient avoir décidé avec Maureen d’aller retrouver John et raconte les conditions parfois assez chaotiques du séjour, les déménagements successifs et la chaleur espagnole.
Ce déplacement pourrait être considéré comme une simple visite entre amis.
Il raconte pourtant beaucoup plus.
Pendant les années de Beatlemania, John, Paul, George et Ringo n’avaient pratiquement jamais eu besoin d’organiser une visite pour se retrouver. Ils vivaient ensemble par obligation professionnelle. Ils voyageaient ensemble, mangeaient ensemble, donnaient des interviews ensemble, montaient sur scène ensemble et passaient des heures dans les mêmes studios.
À l’automne 1966, cette proximité automatique disparaît.
Pour voir John, Ringo doit prendre l’avion.
Et il le fait.
Cette différence est fondamentale.
Le groupe cesse progressivement d’être une communauté imposée par son calendrier pour redevenir, au moins momentanément, une relation choisie.
La veille, Brian Epstein avait dû assurer au monde que les Beatles existaient encore
Le contexte rend la scène presque cinématographique.
Le 3 octobre 1966, soit la veille de l’arrivée de Ringo en Espagne, Brian Epstein est obligé de démentir publiquement les rumeurs affirmant que les Beatles sont sur le point de se séparer et que Paul McCartney pourrait quitter le groupe.
La presse a de bonnes raisons de s’interroger.
Depuis la fin de la tournée américaine, personne ne voit plus les quatre Beatles ensemble.
John tourne un film.
George est parti en Inde.
Paul développe ses propres activités.
Ringo profite de la pause et s’intéresse notamment à différents projets personnels.
Aucun concert n’est annoncé.
Aucune tournée future n’est prévue.
Aucune séance d’enregistrement Beatles n’a lieu.
Pour une industrie habituée depuis 1963 à voir le groupe constamment en mouvement, cette immobilité collective ressemble forcément à une rupture.
Brian Epstein doit donc intervenir.
Il explique que John travaille avec Richard Lester, que Paul s’intéresse à la composition d’une musique de film et que les autres membres du groupe profitent de leurs activités personnelles. Les Beatles ne sont pas séparés.
Epstein dit vrai.
Mais les journalistes ont également perçu quelque chose de réel.
Les Beatles tels qu’ils avaient existé entre 1962 et l’été 1966 viennent effectivement de disparaître.
Ce qui naîtra à leur place sera un autre groupe.
29 août 1966 : le dernier soir de l’ancienne vie
Pour comprendre le 4 octobre, il faut revenir trente-six jours en arrière.
Le 29 août 1966, les Beatles donnent leur dernier concert officiel au Candlestick Park de San Francisco.
La soirée ne ressemble pas à l’apothéose que l’on pourrait imaginer aujourd’hui. Le stade n’est même pas plein. Environ 25 000 billets seulement sont vendus pour une enceinte pouvant accueillir beaucoup plus de spectateurs. Le vent et le froid de San Francisco rendent les conditions peu agréables. Le groupe joue onze chansons dans un dispositif sonore qui demeure dérisoire au regard de la taille du lieu.
Mais les Beatles savent.
Paul demande à Tony Barrow d’enregistrer le concert sur cassette. John et Paul prennent des photographies sur scène. George se souviendra que les quatre musiciens se sont même retournés pour poser ensemble devant un appareil photographique, conscients qu’il pouvait s’agir de leur dernière apparition de ce type.
La décision n’est pas annoncée publiquement.
Mais elle existe.
Ringo dira plus tard qu’à Candlestick Park, il était clair que tout cela devait s’arrêter. John était particulièrement déterminé. George également.
Paul avait longtemps résisté à l’idée.
Il considérait encore que jouer devant un public maintenait le groupe en forme. Les musiciens, pensait-il, devaient jouer. Mais même lui avait fini par céder.
Les tournées n’étaient plus seulement fatigantes.
Elles étaient devenues musicalement absurdes.
Pourquoi les Beatles ne pouvaient plus continuer à jouer sur scène
Le paradoxe de 1966 est cruel : les Beatles sont devenus de meilleurs musiciens et de meilleurs créateurs au moment même où leurs concerts deviennent de moins en moins capables de représenter leur musique.
Sur scène, ils utilisent toujours essentiellement deux guitares, une basse, une batterie et quelques voix.
En studio, ils viennent d’enregistrer Revolver.
Comment reproduire « Tomorrow Never Knows » devant 30 000 adolescents avec le matériel de sonorisation disponible en 1966 ?
Comment restituer « Eleanor Rigby » sans son octuor à cordes ?
Comment jouer « Love You To » sans les instruments indiens ?
Comment reproduire les effets de bandes de « I’m Only Sleeping » ?
Même « Yellow Submarine », apparemment simple, contient en studio toute une construction sonore faite d’effets, de voix et de bruitages.
La distance entre les Beatles de scène et les Beatles de studio est devenue trop importante.
Le public des concerts entend encore largement le groupe de « She Loves You ».
Les Beatles, eux, sont déjà ailleurs.
Ils ont besoin de tuer leur ancienne identité pour pouvoir continuer.
Une année 1966 devenue presque invivable
La lassitude ne vient cependant pas seulement de la musique.
L’année 1966 a été éprouvante.
En mars, John Lennon a déclaré à la journaliste Maureen Cleave que les Beatles étaient désormais « plus populaires que Jésus ». La phrase passe relativement inaperçue en Grande-Bretagne avant d’être reprise quelques mois plus tard aux États-Unis et de provoquer une violente polémique.
Des disques des Beatles sont brûlés.
Des radios les boycottent.
Des organisations religieuses protestent.
Le Ku Klux Klan intervient.
Des menaces sont proférées.
John doit s’expliquer lors d’une conférence de presse à Chicago au début de la tournée américaine.
Quelques semaines auparavant, le groupe a connu aux Philippines l’un des épisodes les plus inquiétants de toute son histoire. Après avoir involontairement décliné une réception organisée par Imelda Marcos, les Beatles deviennent presque des ennemis publics. Leur départ de Manille se déroule dans une atmosphère extrêmement tendue, avec insultes, bousculades et violences.
Au Japon, les concerts du Budokan avaient déjà nécessité un dispositif de sécurité impressionnant.
Partout, les Beatles ne voyagent plus vraiment.
Ils sont transportés.
Hôtels, véhicules blindés, avions, stades, loges, puis à nouveau avions.
La Beatlemania, qui avait été exaltante en 1963 et 1964, ressemble désormais à une prison extrêmement luxueuse.
Le 29 août 1966, ils en sortent.
Ils ignorent encore ce qu’ils vont trouver dehors.
Septembre 1966 : pour la première fois, chacun choisit sa direction
Après Candlestick Park, aucune réunion collective immédiate n’est programmée.
C’est presque révolutionnaire.
Pendant des années, chaque espace libre avait été rempli. Lorsque les Beatles ne donnaient pas de concerts, ils enregistraient. Lorsqu’ils n’enregistraient pas, ils tournaient un film. Lorsqu’ils ne tournaient pas, ils accordaient des interviews, participaient à des émissions ou préparaient le projet suivant.
À l’automne 1966, le vide apparaît.
John Lennon dira plus tard combien cette situation l’avait déstabilisé.
Que fait un Beatle lorsqu’il n’a plus à être un Beatle tous les soirs ?
La question semble philosophique.
Pour John, elle est presque angoissante.
Il choisit le cinéma.
George choisit l’Inde.
Paul choisit Londres, les arts et la composition.
Ringo choisit essentiellement sa famille, ses amis et quelques activités personnelles.
Quatre réponses différentes à la même question.
Et quatre réponses qui annoncent déjà les Beatles des années suivantes.
John Lennon s’enfuit dans un autre uniforme
How I Won the War : John sans Paul, George et Ringo
John Lennon avait déjà travaillé avec Richard Lester.
Le réalisateur américain avait dirigé A Hard Day’s Night en 1964 puis Help! en 1965. Son humour absurde, son rythme de montage et son regard ironique avaient énormément contribué à construire l’image cinématographique des Beatles.
Mais How I Won the War est différent.
Ce n’est pas un film des Beatles.
John y est seul.
Richard Lester adapte un roman de Patrick Ryan pour construire une satire sombre et volontairement dérangeante de l’héroïsme militaire. Michael Crawford interprète le lieutenant Goodbody. Lennon joue le soldat Gripweed.
Pour la première fois depuis l’explosion mondiale des Beatles, John Lennon participe à une production importante sans ses trois partenaires.
Cela implique quelque chose de très concret : il doit être simplement acteur.
Il n’est plus le leader d’un groupe.
Il n’est plus Lennon de Lennon-McCartney.
Il n’est plus celui autour duquel s’organise automatiquement la journée.
Il attend.
Il répète.
Il recommence des prises.
Il obéit aux indications du réalisateur.
Et surtout, il découvre les longues heures d’inactivité caractéristiques des tournages.
Ces heures vont devenir essentielles.
La coupe de cheveux qui annonce un autre John Lennon
Pour interpréter Gripweed, Lennon doit modifier son apparence.
Ses cheveux sont raccourcis.
L’événement semble aujourd’hui presque comique. Pourtant, la coiffure des Beatles était devenue depuis 1963 l’un des symboles les plus immédiatement reconnaissables de la culture populaire.
Couper les cheveux de John Lennon, c’était presque toucher à une marque déposée.
Les photographies prises pendant le tournage montrent déjà un homme différent.
Plus mince.
Moustachu par moments.
Cheveux courts.
Uniforme militaire.
Et surtout, les fameuses petites lunettes rondes qu’il porte pour le rôle.
Lennon était fortement myope mais avait longtemps évité de porter publiquement ses lunettes, notamment parce qu’elles ne correspondaient pas à l’image du jeune rocker qu’il avait construite depuis Liverpool.
Gripweed lui permet de les adopter.
Elles ne le quitteront pratiquement plus.
L’un des éléments les plus emblématiques de l’apparence future de John Lennon naît donc lorsque John cesse momentanément d’être un Beatle.
Le symbole est parfait.
Lennon face au vide : « Que fait-on lorsque tout cela s’arrête ? »
John reviendra plusieurs fois sur cette période.
Son témoignage dans The Beatles Anthology est particulièrement important.
Il explique qu’après l’arrêt des tournées, il ne savait littéralement pas quoi faire. Plutôt que de rentrer simplement chez lui et de profiter de Cynthia et Julian, il accepta presque immédiatement la proposition de Richard Lester.
Pourquoi ?
Parce que le silence lui faisait peur.
Depuis des années, sa vie avait été remplie par les Beatles.
Lorsque les concerts disparaissent, une question vertigineuse apparaît : que reste-t-il ?
John reconnaîtra que c’est pendant cette période qu’il commence réellement à envisager la possibilité d’une existence après le groupe.
Pas encore une séparation.
Pas encore un projet solo structuré.
Simplement l’idée.
La graine.
Il dira plus tard que cette expérience lui avait fait comprendre qu’un jour il devrait sortir du « palais », même s’il n’avait alors pas le courage de le faire.
Cette confession donne au séjour espagnol une importance considérable.
Trois ans avant l’arrivée d’Allen Klein.
Trois ans avant « Cold Turkey ».
Trois ans avant que John annonce à ses partenaires qu’il souhaite divorcer du groupe.
La question existe déjà.
Que suis-je sans les Beatles ?
Le 18 septembre : Lennon arrive dans le sud de l’Espagne
Après une première phase de tournage en Allemagne de l’Ouest, Lennon rejoint le sud de l’Espagne le 18 septembre 1966.
La province d’Almería est alors l’un des grands centres européens du cinéma international. Ses paysages arides ont attiré les productions de westerns et de films de guerre. Le désert de Tabernas, Carboneras, Cabo de Gata et d’autres secteurs de la région servent régulièrement de décors.
John séjourne d’abord dans un appartement proche de la mer avant de s’installer plus tard à Santa Isabel, vaste demeure aujourd’hui devenue la Casa del Cine d’Almería.
Il partage une partie de cette période avec Michael Crawford, l’épouse de celui-ci Gabrielle et leur entourage.
Neil Aspinall est également présent.
Mais quelque chose manque.
Les Beatles.
Et Ringo va précisément venir combler temporairement cette absence.
4 octobre 1966 : Ringo et Maureen arrivent en Espagne
Ringo n’a aucun rôle dans How I Won the War.
Il n’a aucune obligation professionnelle en Espagne.
Il vient voir son ami.
Dans ses souvenirs, il l’explique très simplement : John était seul.
La formulation est touchante lorsque l’on songe au personnage public de Lennon en 1966. L’homme est l’une des personnes les plus célèbres de la planète. Des foules attendraient pendant des heures simplement pour l’apercevoir.
Et pourtant, John Lennon est seul.
Ringo traverse l’Europe pour lui tenir compagnie.
Il vient avec Maureen.
Ils resteront au-delà du 9 octobre, date du vingt-sixième anniversaire de Lennon.
Cette visite révèle quelque chose que les récits de la fin des Beatles font parfois oublier : derrière les rivalités futures, les frustrations et les conflits commerciaux, les quatre hommes entretenaient une relation d’une intensité difficile à comparer à une amitié ordinaire.
Ils avaient grandi ensemble.
Ils avaient été pauvres ensemble.
Ils avaient découvert l’Amérique ensemble.
Ils avaient été enfermés dans des chambres d’hôtel ensemble.
Ils avaient affronté des foules hystériques ensemble.
Ils avaient eu peur ensemble.
Lorsque cette machine s’arrête, le manque apparaît.
Ringo va voir John.
Pas parce qu’EMI le demande.
Pas parce que Brian Epstein l’a programmé.
Simplement parce que John lui manque.
Ringo Starr : le Beatle que l’on sous-estime dans l’équilibre humain du groupe
La place de Ringo dans l’histoire des Beatles est souvent analysée sous l’angle musical.
Était-il techniquement virtuose ?
Quelle était son influence sur le son ?
Comment construisait-il ses parties de batterie ?
Ces questions sont légitimes, mais elles occultent parfois son autre fonction.
Ringo était un stabilisateur.
John, Paul et George se connaissaient avant lui. Ils partageaient une histoire de Liverpool, les Quarry Men, Hambourg et les premières années de formation. Ringo arrive officiellement en août 1962.
Paradoxalement, cette position légèrement extérieure lui permet souvent d’entretenir une relation moins compétitive avec chacun.
Il n’écrit pratiquement pas.
Il ne dispute donc pas à Lennon et McCartney l’espace réservé aux compositions.
Il n’est pas engagé dans la frustration croissante de George concernant le nombre de ses chansons retenues.
Il peut circuler.
Après la séparation des Beatles, cette caractéristique deviendra encore plus visible : Ringo travaillera avec John, George et Paul à différents moments, parfois lorsque les relations entre les trois autres sont particulièrement mauvaises.
Le voyage du 4 octobre 1966 préfigure déjà ce rôle.
Quand John se retrouve loin du groupe, Ringo vient.
Maureen Starkey : une présence qu’il ne faut pas effacer
Maureen accompagne Ringo.
Ce détail mérite d’être conservé car l’histoire des Beatles a longtemps réduit les épouses à l’arrière-plan alors qu’elles faisaient partie intégrante de la vie du groupe.
Maureen Cox avait épousé Ringo le 11 février 1965. Leur fils Zak était né en septembre de la même année. Jason naîtrait en août 1967.
En octobre 1966, Maureen a vingt ans.
Elle appartient déjà à ce cercle extrêmement restreint de personnes qui connaissent les Beatles non comme quatre icônes, mais comme quatre hommes.
Son voyage avec Ringo participe donc également à la reconstitution temporaire d’une petite cellule familiale autour de John.
Cynthia Lennon les rejoindra également dans cette période espagnole.
Pendant quelques jours, loin de Londres, les Beatles cessent presque d’être une entreprise.
Ils redeviennent un groupe d’amis.
Pendant ce temps, George Harrison est à plus de 7 000 kilomètres
Si John est en Espagne, George Harrison se trouve dans un univers complètement différent.
Le 14 septembre 1966, George et Pattie Harrison ont quitté Londres pour Bombay.
Ils voyagent sous les noms de « Mr and Mrs Sam Wells » afin d’éviter l’attention.
L’objectif principal est sérieux : George veut étudier le sitar auprès de Ravi Shankar.
Ce n’est pas un caprice touristique.
Ce n’est pas une séance photographique destinée à donner une couleur exotique aux Beatles.
George veut apprendre.
Cette distinction est capitale.
De « Norwegian Wood » à Ravi Shankar : George veut comprendre ce qu’il a découvert
Le sitar avait fait son apparition dans la musique des Beatles avec « Norwegian Wood (This Bird Has Flown) », enregistré en octobre 1965.
George avait alors utilisé l’instrument de manière essentiellement intuitive.
Il en aimait le son.
Mais il savait parfaitement qu’il ne maîtrisait ni la technique ni la tradition dont il provenait.
Au cours de 1966, son intérêt s’approfondit.
Sur Revolver, « Love You To » représente déjà une avancée spectaculaire. La musique indienne n’y sert plus simplement de décoration sonore. La structure elle-même s’éloigne du langage pop occidental.
George rencontre Ravi Shankar à Londres en juin 1966.
La rencontre change sa vie.
Shankar n’est pas seulement un instrumentiste exceptionnel. Il est un musicien formé dans une tradition extrêmement exigeante, porteur d’une conception de la musique qui implique discipline, apprentissage et philosophie.
George comprend rapidement qu’il ne pourra pas apprendre sérieusement le sitar entre deux concerts des Beatles.
L’arrêt des tournées lui offre enfin le temps.
Il part.
Le 4 octobre, George est en pleine métamorphose indienne
Lorsque Ringo arrive en Espagne, George se trouve depuis environ trois semaines en Inde.
Il a d’abord séjourné au Taj Mahal Hotel de Bombay.
La tentative d’anonymat ne dure pas longtemps.
La presse découvre sa présence.
George demande qu’on le laisse étudier tranquillement.
Il poursuit néanmoins son voyage et se rend notamment au Cachemire, où il séjourne sur un houseboat avec Pattie, Ravi Shankar et des proches.
Le contraste avec la vie Beatles est vertigineux.
Quelques semaines auparavant, George montait sur scène devant des dizaines de milliers de personnes dans des stades américains.
Désormais, il se réveille dans l’Himalaya et entend Ravi Shankar pratiquer dans une pièce voisine.
Il reçoit des leçons.
Il travaille sa position.
Il découvre le yoga.
Il visite des temples.
Il lit.
Il observe.
Il écoute.
Et surtout, il éprouve quelque chose qu’il décrira plus tard comme une sensation de libération.
George Harrison : « Je n’étais plus un numéro »
Le témoignage de George dans Anthology est l’une des clés de cette période.
En Inde, explique-t-il, il éprouve pour la première fois la sensation d’être libéré du fait d’être « un Beatle ou un numéro ».
Cette formule est essentielle.
John cherche en Espagne ce qu’il peut être sans les Beatles.
George trouve en Inde une première réponse.
Il peut être étudiant.
Il peut ne pas savoir.
Il peut s’asseoir devant un maître et apprendre.
Dans le monde occidental, George Harrison est l’un des guitaristes les plus célèbres de sa génération.
Face à Ravi Shankar et à la tradition musicale indienne, il redevient débutant.
Cette humilité va profondément transformer son rapport à la musique.
Elle va également modifier sa philosophie de vie.
Le voyage de septembre-octobre 1966 est ainsi beaucoup plus important que le séjour collectif des Beatles à Rishikesh en 1968 pour comprendre la spiritualité de George.
En 1968, le monde entier regarde les Beatles en Inde.
En 1966, George est encore essentiellement seul dans sa recherche.
C’est là que le changement profond commence.
L’Inde de 1966 prépare déjà « Within You Without You »
Il serait simpliste d’affirmer qu’une chanson précise naît directement le 4 octobre 1966.
Mais le George Harrison qui reviendra d’Inde le 22 octobre n’est plus celui qui était parti.
Son rapport à la composition change.
Son vocabulaire musical s’élargit.
Sa réflexion spirituelle devient plus structurée.
Quelques mois plus tard, il composera « Within You Without You », seule contribution de Harrison à Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.
Le morceau ne ressemble à rien d’autre sur l’album.
Il n’utilise pas les Beatles comme groupe rock traditionnel.
Il place la philosophie orientale au centre du texte.
Ce qui pouvait encore passer pour une curiosité sur « Norwegian Wood » devient une véritable voie artistique.
Le séjour de 1966 est donc l’une des sources souterraines de Sgt. Pepper.
Pendant que John se redéfinit en Espagne, George se redéfinit en Inde.
Deux voyages.
Deux crises identitaires.
Deux futurs Beatles différents.
Paul McCartney reste à Londres — mais voyage intellectuellement plus loin que les autres
Le cas de Paul est presque inverse.
Il n’a pas besoin de partir très loin pour découvrir un nouveau monde.
Il vit au cœur de Londres.
Et Londres, en 1966, est probablement l’un des endroits les plus excitants culturellement de la planète.
Contrairement à John, George et Ringo, Paul ne s’est pas installé dans la banlieue aisée du Surrey.
Il conserve une résidence londonienne à St John’s Wood, à quelques minutes des studios EMI d’Abbey Road.
Cette situation géographique devient culturellement décisive.
Paul fréquente les galeries.
Il rencontre des artistes.
Il s’intéresse au cinéma expérimental.
Il écoute Stockhausen.
Il découvre John Cage.
Il s’intéresse aux techniques de bandes magnétiques.
Il fréquente Barry Miles, Peter Asher, John Dunbar et Robert Fraser.
Il participe financièrement à l’aventure de l’Indica Bookshop and Gallery.
En d’autres termes, pendant que George cherche l’Orient, Paul explore l’avant-garde occidentale.
Les deux démarches finiront par se rencontrer dans la musique des Beatles.
Il faut corriger une petite légende autour du 4 octobre : The Family Way
On lit souvent que le 4 octobre 1966 Paul McCartney est déjà activement occupé à composer la bande originale de The Family Way.
L’idée générale est juste.
La chronologie précise demande davantage de prudence.
Paul s’est effectivement engagé dans le projet des frères Boulting durant cette période. Le film, adapté de la pièce All in Good Time de Bill Naughton, met notamment en vedette Hayley Mills, Hywel Bennett et John Mills.
McCartney accepte de fournir des thèmes musicaux.
C’est une étape historique.
Pour la première fois, il travaille sur un projet de composition important destiné à être publié sans que John Lennon soit réellement son partenaire.
Mais le travail ne doit pas être imaginé comme un album solo déjà en cours d’enregistrement le 4 octobre.
Les véritables séances orchestrales auront lieu plus tard, en décembre 1966, aux CTS Studios.
Paul fournit essentiellement des motifs mélodiques.
George Martin les développe, les orchestre et les transforme en une partition complète.
L’un de ces thèmes deviendra « Love in the Open Air ».
La distinction n’enlève rien à l’importance du projet.
Au contraire.
Paul McCartney découvre qu’il peut composer sans Lennon
Depuis 1957, l’identité musicale de Paul est profondément liée à John.
Lennon-McCartney n’est pas seulement une signature contractuelle.
C’est un système.
Une rivalité.
Une école.
Un moteur.
Chacun écrit de plus en plus souvent seul, mais l’autre reste présent comme juge imaginaire.
Avec The Family Way, Paul commence à tester une autre situation.
Il peut être engagé comme compositeur parce qu’il est Paul McCartney.
Pas parce qu’il représente la moitié de Lennon-McCartney.
Cette expérience est modeste par rapport à ce qui viendra plus tard.
Mais symboliquement, elle est considérable.
Exactement comme John découvre qu’il peut être acteur sans les Beatles et George qu’il peut être élève de Ravi Shankar sans les Beatles, Paul découvre qu’il peut recevoir une commande artistique individuelle.
Les quatre hommes commencent à comprendre qu’ils possèdent une valeur propre.
Ce sera une source d’enrichissement pour le groupe.
Puis, quelques années plus tard, une source de désintégration.
Londres 1966 : Paul au cœur de l’Underground
Il serait toutefois réducteur de résumer l’automne de Paul à The Family Way.
Son véritable laboratoire est Londres.
Quelques jours après le 4 octobre, le 15 octobre 1966, Paul assistera au lancement de l’International Times au Roundhouse.
L’événement réunit une grande partie de l’avant-garde londonienne.
Pink Floyd et Soft Machine y participent.
Yoko Ono intervient dans l’obscurité avec une performance conceptuelle.
Paul, selon les témoignages, apparaît déguisé.
Ce détail permet de mesurer l’écart entre l’image publique des Beatles et la vie culturelle que McCartney mène déjà.
Le grand public voit encore quatre garçons aux cheveux identiques.
Paul écoute déjà Stockhausen et fréquente l’art conceptuel.
Cette ouverture est essentielle pour comprendre la musique qui suivra.
Les boucles de bandes de « Tomorrow Never Knows » n’étaient pas un accident.
Les expériences de Sgt. Pepper ne surgiront pas miraculeusement d’Abbey Road.
Elles sont nourries par ce que les Beatles absorbent pendant cette période de liberté.
Paul et l’Indica Gallery : un détail qui changera aussi la vie de John
L’Indica Gallery occupe une place particulière dans cette histoire.
Paul participe à son développement avec Barry Miles, John Dunbar et d’autres acteurs de l’Underground londonien.
Il aide concrètement.
Il fréquente le lieu.
Il connaît les artistes qui y passent.
Un mois après notre journée du 4 octobre, le 9 novembre 1966, John Lennon s’y rendra pour découvrir l’exposition Unfinished Paintings and Objects d’une artiste japonaise encore relativement inconnue du grand public britannique.
Yoko Ono.
Ainsi, même les trajectoires individuelles des Beatles restent étrangement reliées.
Paul contribue à un lieu.
John y rencontre Yoko.
La vie privée et artistique des Beatles va en être bouleversée.
L’automne 1966 ressemble parfois à une série de petites portes que chacun ouvre sans savoir où elles conduisent.
Et Ringo, que fait-il lorsque les Beatles ne jouent plus ?
Ringo semble, au premier regard, suivre le chemin le moins révolutionnaire.
Pas de séjour d’apprentissage en Inde.
Pas de rôle important au cinéma.
Pas d’immersion spectaculaire dans l’avant-garde.
Mais cette apparente normalité est trompeuse.
Ringo est devenu père en septembre 1965 avec la naissance de Zak.
Après des années passées sur les routes, l’arrêt des tournées lui permet enfin de vivre davantage avec Maureen et leur enfant.
Il s’intéresse également à des activités commerciales et immobilières, notamment dans le secteur du bâtiment.
Cette volonté de construire quelque chose en dehors de la musique n’est pas anecdotique.
Les Beatles ont vingt-quatre à vingt-six ans.
Ils savent déjà que la Beatlemania ne durera pas éternellement.
Ils cherchent tous, à leur manière, ce qui pourrait venir après.
Ringo expérimente lui aussi cette question.
Mais le 4 octobre, son activité principale est beaucoup plus simple.
Il rejoint John.
Quatre individualités émergent du même costume
C’est peut-être le phénomène le plus spectaculaire de l’automne 1966.
Pendant les premières années de Beatlemania, l’image publique du groupe repose sur l’unité.
Même coiffure.
Costumes coordonnés.
Conférences de presse collectives.
Humour collectif.
Photographies collectives.
John, Paul, George et Ringo possèdent évidemment déjà leurs personnalités, mais la communication les présente comme les quatre éléments d’un même organisme.
Après l’arrêt des tournées, cette construction se fissure.
John devient l’acteur aux lunettes rondes.
George devient le disciple de Ravi Shankar.
Paul devient le Londonien avant-gardiste.
Ringo devient le père de famille et l’ami qui voyage pour retrouver John.
Même physiquement, ils commencent à diverger.
Moustaches.
Cheveux.
Vêtements.
Lunettes.
Couleurs.
L’image uniforme des quatre « moptops » est en train de mourir.
Lorsque Sgt. Pepper paraîtra huit mois plus tard, cette transformation sera devenue spectaculaire.
« Nous en avions assez d’être les Beatles »
Paul résumera plus tard cette période avec une franchise remarquable.
Ils en avaient assez d’être « les Beatles ».
Pas nécessairement assez les uns des autres.
Assez de l’image.
Assez des quatre jeunes garçons à frange.
Assez de devoir reproduire un personnage créé plusieurs années auparavant.
C’est une distinction fondamentale.
L’arrêt des tournées n’est pas un rejet du groupe.
C’est une tentative de le sauver.
Pour continuer, les Beatles doivent arrêter d’être ce que le public croit qu’ils sont.
Voilà pourquoi la pause de l’automne 1966 est si importante.
Elle leur permet de perdre temporairement leur identité collective.
Et c’est cette perte qui rendra possible leur renaissance.
En Espagne, John commence à écrire une chanson étrange
Pendant les longues périodes d’attente du tournage de How I Won the War, John joue de la guitare.
Une nouvelle chanson apparaît progressivement.
Elle n’a pas encore sa forme définitive.
Les premières esquisses sont hésitantes.
Les paroles évoluent.
Mais l’idée est là.
John travaille pendant plusieurs semaines sur ce qui deviendra « Strawberry Fields Forever ».
Il dira plus tard que la chanson lui avait demandé environ six semaines.
Ce détail relie directement le séjour espagnol à la prochaine phase des Beatles.
Le premier grand morceau enregistré après l’arrêt des tournées naît précisément pendant la période où Lennon tente de comprendre ce qu’il est sans le groupe.
Ce n’est pas un hasard.
« Strawberry Fields Forever » : Lennon retourne à Liverpool depuis l’Espagne
Strawberry Field était un foyer pour enfants de l’Armée du Salut situé près de la maison d’enfance de Lennon à Woolton.
John connaissait les lieux.
Il avait joué dans les environs.
Les fêtes organisées sur le site appartenaient à ses souvenirs d’enfance.
En Espagne, loin de Liverpool, loin d’Abbey Road et loin des autres Beatles, il revient mentalement vers cet endroit.
La chanson qui en résulte n’est pourtant pas une simple évocation nostalgique.
Elle est beaucoup plus étrange.
Lennon y parle de perception.
D’incertitude.
De différence.
De difficulté à communiquer.
Il qualifiera plus tard « Strawberry Fields Forever » de forme de psychanalyse mise en musique.
Voilà ce que produit la pause des Beatles chez John.
Pas une chanson sur les fans.
Pas une chanson destinée aux concerts.
Une plongée intérieure.
Ringo est-il présent lorsque « Strawberry Fields Forever » prend forme ?
Les témoignages permettent d’affirmer que Ringo a entendu John travailler sur la chanson en Espagne.
Les souvenirs liés au tournage évoquent Lennon jouant le morceau pendant son séjour et le faisant entendre à son entourage.
Il faut toutefois rester prudent sur les dates exactes de chaque fragment.
Les premières maquettes espagnoles ont évolué sur plusieurs semaines et la chanson que Ringo pouvait entendre au début d’octobre n’était pas encore celle qui serait enregistrée à Abbey Road.
C’est justement ce qui rend la scène fascinante.
Ringo ne découvre pas un futur classique terminé.
Il entend un chantier.
Quelques accords.
Des paroles encore mouvantes.
Une chanson qui cherche sa forme.
Moins de deux mois plus tard, il posera sa batterie dessus à Londres.
Entre les deux, les Beatles auront retrouvé leur identité collective.
Santa Isabel et la naissance d’un mythe
John s’installera durant son séjour à la villa Santa Isabel, aujourd’hui intégrée à la mémoire culturelle d’Almería sous le nom de Casa del Cine.
Le lieu est désormais indissociable de « Strawberry Fields Forever ».
Il faut néanmoins éviter de transformer chaque journée espagnole en légende parfaitement documentée.
Lennon commence à travailler sur la chanson pendant son séjour à Almería et l’élabore progressivement entre septembre, octobre et son retour en Angleterre.
Les différentes maquettes montrent une évolution considérable.
L’idée précède parfois les mots que nous connaissons.
La structure se transforme.
Le titre lui-même s’intègre progressivement.
L’histoire réelle est plus intéressante que l’image romantique d’un John soudainement frappé par l’inspiration devant un paysage espagnol.
« Strawberry Fields Forever » n’est pas une illumination.
C’est une recherche.
Exactement comme l’automne 1966.
Pendant que John regarde vers l’enfance, George regarde vers l’éternité
La simultanéité est extraordinaire.
John, en Espagne, retourne mentalement vers Woolton.
George, en Inde, s’éloigne radicalement de Liverpool.
L’un cherche son enfance.
L’autre cherche une tradition spirituelle millénaire.
Paul, à Londres, regarde vers le futur technologique et artistique.
Ringo circule entre les hommes.
Si l’on cherchait une métaphore parfaite des Beatles de 1967, elle serait déjà présente le 4 octobre 1966.
Quatre directions.
Un même groupe.
C’est précisément la tension qui donnera à leurs prochains disques leur extraordinaire richesse.
Revolver vient de sortir, mais les Beatles ont déjà dépassé Revolver
Il faut également se souvenir qu’en octobre 1966, Revolver est encore un disque récent.
L’album britannique est sorti le 5 août.
Deux mois seulement se sont écoulés.
Pour n’importe quel autre groupe, une œuvre aussi révolutionnaire aurait pu fournir une direction pour plusieurs années.
Les Beatles, eux, sont déjà en train de changer.
George approfondit la musique indienne au-delà de « Love You To ».
John prépare une composition plus introspective que « Tomorrow Never Knows ».
Paul absorbe encore davantage d’influences expérimentales.
L’arrêt des concerts enlève surtout une contrainte majeure : désormais, aucune chanson n’a besoin d’être reproductible sur scène.
Cette liberté va transformer Abbey Road en instrument.
La fin des concerts libère le studio
Avant août 1966, une question accompagne toujours plus ou moins l’enregistrement : comment le morceau pourra-t-il être joué ?
Après Candlestick Park, cette question disparaît.
Une chanson peut nécessiter dix pianos.
Des bandes à l’envers.
Un orchestre.
Des instruments indiens.
Des sons accélérés.
Des sons ralentis.
Des instruments inventés.
Peu importe.
Il n’y aura pas de tournée.
Le disque devient l’œuvre définitive.
C’est probablement la décision la plus importante de toute la carrière artistique des Beatles après leur rencontre initiale avec George Martin.
Le studio cesse d’enregistrer le groupe.
Le studio devient une partie du groupe.
Le silence d’octobre est donc trompeur
Si l’on consulte simplement une discographie, octobre 1966 paraît presque vide.
Pas de nouveau single britannique.
Pas de nouvel album.
Pas de concert.
Très peu de séances Beatles.
Pourtant, sous la surface, tout bouge.
John écrit.
George apprend.
Paul explore.
Ringo respire.
C’est une période de fermentation.
Les grandes transformations artistiques ne se produisent pas toujours devant des microphones.
Elles se produisent parfois lorsque les microphones sont éteints.
La presse croit voir une séparation
Pour les journalistes de 1966, la situation est inquiétante.
Le modèle économique du groupe pop repose sur une mécanique simple : disque, promotion, tournée, nouveau disque.
Les Beatles viennent de casser la mécanique.
Que signifie un groupe qui ne joue plus ?
En 2026, la question paraît presque étrange. Les artistes peuvent construire des carrières entières autour de productions de studio espacées, de vidéos et de sorties numériques.
En 1966, un groupe de rock est encore fondamentalement censé jouer.
Renoncer aux concerts revient presque à renoncer à sa définition.
D’où les rumeurs.
Les Beatles vont-ils se séparer ?
Paul part-il ?
John veut-il devenir acteur ?
George veut-il abandonner la pop pour la musique indienne ?
La réponse à toutes ces questions est à la fois non et un peu oui.
Ils ne veulent pas encore quitter les Beatles.
Ils découvrent simplement qu’ils ne sont pas seulement les Beatles.
Brian Epstein face à un groupe qu’il ne peut plus gérer comme auparavant
Pour Brian Epstein, la mutation est également profonde.
Son génie avait consisté à transformer quatre musiciens de Liverpool en professionnels capables de conquérir le monde.
Costumes.
Discipline.
Organisation.
Contrats.
Télévision.
Tournées.
Image.
Mais que devient le rôle du manager lorsque le groupe ne veut plus tourner ?
Une grande partie de la puissance d’Epstein provenait de sa capacité à organiser la carrière publique des Beatles.
À partir de l’automne 1966, le centre de gravité se déplace vers le studio.
George Martin devient plus important artistiquement.
Les Beatles prennent davantage de contrôle.
Leur autonomie individuelle augmente.
La structure qui les avait portés jusqu’au sommet commence donc, elle aussi, à perdre sa fonction initiale.
La mort brutale de Brian en août 1967 transformera cette fragilité en crise.
Mais dès octobre 1966, le modèle change.
Le paradoxe : s’éloigner pour mieux revenir
Ce qui distingue encore 1966 de 1969, c’est que les expériences individuelles nourrissent le groupe au lieu de le concurrencer.
George ne revient pas d’Inde pour enregistrer un album solo.
Il rapporte l’Inde dans les Beatles.
John ne garde pas « Strawberry Fields Forever » pour lui.
Il l’apporte aux Beatles.
Paul ne réserve pas ses expériences sonores à un projet personnel.
Il les injecte dans les Beatles.
Ringo revient naturellement derrière sa batterie.
C’est la différence fondamentale entre la dispersion de 1966 et celle de 1969-1970.
En 1966, chacun part chercher quelque chose.
Puis chacun revient avec ce qu’il a trouvé.
22 octobre : George revient d’Inde
George et Pattie rentrent en Angleterre le 22 octobre.
Le voyage a duré près de six semaines.
Le jeune homme qui revient n’a que vingt-trois ans.
Il possède déjà une expérience que peu de musiciens occidentaux de sa génération peuvent revendiquer : il a étudié directement auprès de Ravi Shankar et commencé à approcher la musique indienne non comme un effet sonore, mais comme un système culturel.
Cette transformation va avoir des conséquences sur les Beatles bien au-delà des sitars.
George introduit progressivement dans le groupe une réflexion plus structurée sur la spiritualité orientale.
En 1967, Pattie Harrison conduira les Beatles vers Maharishi Mahesh Yogi.
En 1968 viendra Rishikesh.
Mais la porte avait été ouverte avant.
À l’automne 1966.
John rentre d’Espagne début novembre
Lennon revient en Angleterre au début de novembre.
Il rapporte avec lui une apparence transformée, l’expérience d’un tournage sans les Beatles et une chanson encore inachevée.
Il continue à travailler « Strawberry Fields Forever » à Kenwood, sa maison de Weybridge.
Les maquettes enregistrées chez lui permettent d’entendre la chanson évoluer.
Elle est encore dépouillée.
Guitare.
Voix.
Puis Mellotron.
Expérimentations.
John cherche.
Ce qui arrivera ensuite à Abbey Road transformera radicalement la chanson.
Mais son cœur existe déjà.
Il a été trouvé dans la solitude espagnole.
Paul part à son tour
La géographie continue de bouger.
Le 6 novembre, Paul quitte l’Angleterre pour la France.
Il voyage discrètement.
Il expérimente même la possibilité de se déplacer sans être immédiatement reconnu.
Il retrouve Mal Evans à Bordeaux le 12 novembre.
Les deux hommes traversent ensuite une partie de l’Europe en voiture et envisagent un moment de rejoindre John en Espagne.
Mais le tournage est terminé.
Ils poursuivent alors leur voyage vers l’Afrique et partent en safari au Kenya, où Jane Asher les rejoint.
Sur le vol de retour vers Londres, le 19 novembre, Paul commence à développer l’idée qui deviendra celle de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band : pourquoi ne pas cesser symboliquement d’être les Beatles et jouer le rôle d’un autre groupe ?
L’idée est presque la synthèse parfaite des semaines précédentes.
Ils viennent tous d’expérimenter ce que signifie ne plus être un Beatle.
Paul propose maintenant d’en faire une méthode artistique.
« Et si nous n’étions plus les Beatles ? »
L’idée de Sgt. Pepper naît de la fatigue de l’identité Beatles.
Paul imagine des alter ego.
Lorsque John s’approchera du microphone, il ne sera plus nécessairement « John Lennon des Beatles ».
Il pourra incarner quelqu’un d’autre.
Même chose pour Paul.
Le groupe entier peut se libérer de son image en prétendant être un autre groupe.
Le concept ne sera jamais appliqué de manière parfaitement rigoureuse à toutes les chansons de l’album.
Mais psychologiquement, il est décisif.
Les Beatles utilisent la fiction pour échapper à leur propre célébrité.
Le 4 octobre 1966, ils le faisaient déjà dans la vie réelle.
John était Gripweed.
George était l’élève de Ravi Shankar.
Paul était le compositeur et l’homme de l’Underground.
Ringo était simplement Richie allant voir son ami.
Sgt. Pepper transformera cette expérience en esthétique.
24 novembre 1966 : les quatre Beatles sont à nouveau dans la même pièce
Puis arrive la date décisive.
Le jeudi 24 novembre 1966, les Beatles retrouvent le Studio Two d’EMI à Abbey Road.
Près de trois mois se sont écoulés depuis Candlestick Park.
Ils n’ont jamais passé une aussi longue période sans travailler ensemble depuis le début de leur célébrité.
George Martin est là.
Geoff Emerick est à la console.
Les quatre musiciens reprennent leurs instruments.
Quelle chanson choisissent-ils ?
« Strawberry Fields Forever ».
Difficile d’imaginer symbole plus parfait.
Le morceau né pendant la séparation devient le morceau des retrouvailles.
« Strawberry Fields Forever » : quatre individus redeviennent un groupe
John arrive avec la chanson.
Mais le disque que nous connaissons n’est pas une œuvre solitaire.
Paul apporte notamment le Mellotron et développe des idées musicales.
George intervient avec ses propres couleurs instrumentales, notamment plus tard le svarmandal indien.
Ringo construit une partie de batterie extraordinaire, inventive et profondément musicale.
George Martin et Geoff Emerick participent à la transformation technique.
Autrement dit, John a trouvé la chanson seul.
Les Beatles la rendent impossible à imaginer autrement qu’en Beatles.
C’est exactement le fonctionnement du groupe à son sommet.
L’individualité n’annule pas la collectivité.
Elle l’alimente.
Le 4 octobre contient déjà les ingrédients de « Strawberry Fields Forever »
Si l’on observe cette journée rétrospectivement, presque tous les éléments de la prochaine révolution sont déjà en place.
John est en Espagne, où naît la chanson.
Ringo arrive auprès de lui.
George est en Inde, d’où proviendra une partie de la palette sonore et philosophique nouvelle du groupe.
Paul développe à Londres sa fascination pour les technologies et les avant-gardes qui nourriront les arrangements futurs.
Ils sont séparés.
Mais leurs expériences vont bientôt être réunies sur bande magnétique.
C’est pourquoi le 4 octobre 1966 mérite mieux qu’une petite ligne dans une chronologie.
Il représente une photographie invisible du groupe au moment précis où sa seconde vie commence.
De groupe de scène à groupe imaginaire
Avant août 1966, les Beatles sont d’abord quatre hommes que l’on peut voir jouer.
Après novembre 1966, ils deviennent progressivement quatre hommes capables de créer une musique qui n’existe que sur disque.
Cette mutation change l’histoire de la pop.
Si les Beatles avaient continué à tourner, il est difficile d’imaginer Sgt. Pepper sous sa forme actuelle.
Les contraintes de la scène auraient continué à peser.
Les séances auraient été interrompues par les voyages.
Le temps de studio aurait été limité.
Au lieu de cela, entre novembre 1966 et avril 1967, ils peuvent consacrer des centaines d’heures à leur travail.
Pour Please Please Me, l’essentiel d’un album avait été enregistré en une journée.
Quatre ans plus tard, une seule chanson peut demander des dizaines d’heures.
Ce changement de proportion raconte l’évolution entière de la pop moderne.
Les Beatles ne meurent donc pas à Candlestick Park
On dit parfois que les Beatles de scène meurent le 29 août 1966.
La formule est juste.
Mais quelque chose naît immédiatement après.
Le silence.
L’espace.
La possibilité d’essayer.
La possibilité d’échouer sans public.
La possibilité de passer six semaines en Inde.
La possibilité de tourner un film.
La possibilité d’écouter Stockhausen.
La possibilité de travailler trois jours sur un son de quelques secondes.
Les Beatles avaient conquis le monde en courant.
Ils vont maintenant essayer de le réinventer en s’arrêtant.
Le 4 octobre 1966, personne ne peut encore imaginer Sgt. Pepper
C’est peut-être ce qui rend cette journée si émouvante à regarder soixante ans plus tard.
Nous connaissons la suite.
Eux non.
Nous savons que John va transformer ses esquisses espagnoles en « Strawberry Fields Forever ».
Nous savons que Paul va répondre avec « Penny Lane ».
Nous savons que George reviendra de l’Inde avec une vision artistique et spirituelle nouvelle.
Nous savons que le groupe va enregistrer Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.
Nous savons que John rencontrera Yoko Ono en novembre.
Nous savons que Brian Epstein mourra en août 1967.
Nous savons que la liberté acquise en 1966 finira aussi par permettre à chacun d’imaginer une carrière hors du groupe.
Mais le 4 octobre, rien de cela n’est écrit.
Il existe simplement quatre jeunes hommes de vingt-trois à vingt-six ans qui viennent de décider qu’ils ne veulent plus vivre comme ils ont vécu depuis quatre ans.
Une pause qui contient déjà la future séparation
Il serait néanmoins naïf de ne voir dans cette période qu’une renaissance heureuse.
La liberté individuelle découverte à l’automne 1966 possède une conséquence à long terme.
Une fois que John sait qu’il peut tourner sans les Beatles, George qu’il peut étudier et composer dans son propre univers, Paul qu’il peut travailler indépendamment et Ringo qu’il existe une vie familiale et professionnelle en dehors du groupe, il devient impossible de revenir complètement à l’ancien système.
Les Beatles vont encore produire leurs œuvres les plus ambitieuses.
Mais l’idée de l’individu est désormais installée.
George sera de plus en plus frustré lorsque ses compositions ne trouveront pas suffisamment de place.
John développera une vie artistique avec Yoko.
Paul multipliera les initiatives et prendra progressivement un rôle moteur qui irritera parfois ses partenaires.
Ringo quittera même temporairement le groupe pendant les séances du White Album.
Le processus de séparation de 1969-1970 ne commence évidemment pas le 4 octobre 1966.
Mais une condition essentielle apparaît alors : chacun sait désormais qu’une autre vie est possible.
Pourtant, en 1966, cette liberté les rend meilleurs ensemble
C’est là toute la beauté du moment.
La liberté individuelle n’a pas encore détruit la chimie collective.
Elle la régénère.
John revient avec « Strawberry Fields Forever ».
Paul avec des idées qui mèneront à « Penny Lane » et au concept de Sgt. Pepper.
George avec l’Inde.
Ringo avec son jeu toujours plus inventif et cette capacité à servir des morceaux devenus de plus en plus complexes.
La séparation géographique produit une concentration artistique.
Pendant quelques mois, l’équilibre est parfait.
Ils peuvent être eux-mêmes.
Puis redevenir les Beatles.
4 octobre 1966 : John et Ringo ensemble, George en Inde, Paul à Londres
Si l’on voulait résumer cette journée en une photographie, il faudrait en réalité quatre images.
Dans la première, John Lennon se trouve sous le soleil d’Almería, les cheveux coupés pour un rôle militaire, de petites lunettes rondes sur le nez, une guitare jamais très loin. Il attend entre deux prises de How I Won the War et cherche les mots d’une chanson étrange qui le ramène vers son enfance de Woolton.
Dans la deuxième, Ringo et Maureen viennent d’arriver en Espagne. Ringo n’a rien à promouvoir. Aucun concert ne l’attend. Il est simplement venu retrouver son ami parce que celui-ci lui manque.
Dans la troisième, George Harrison est en Inde. Il s’assoit avec son sitar, écoute Ravi Shankar et découvre l’immensité d’une tradition musicale dont il mesure enfin la complexité. Pour la première fois depuis des années, il éprouve la sensation de ne plus être seulement « George le Beatle ».
Dans la quatrième, Paul McCartney est à Londres. Il fréquente un monde d’artistes, d’écrivains, de cinéastes et de musiciens expérimentaux. Une commande de musique de film ouvre devant lui la possibilité de composer sous son propre nom. Quelques jours plus tard, il sera au Roundhouse avec l’Underground londonien.
Aucune de ces images ne ressemble aux Beatles.
Et pourtant, elles expliquent les Beatles qui vont venir.
Soixante ans plus tard, pourquoi cette journée compte toujours
Le 4 octobre 1966 n’est pas l’anniversaire d’un disque.
Ce n’est pas l’anniversaire d’une chanson.
Ce n’est pas celui d’un concert légendaire.
Il n’existe pas de photographie officielle des quatre Beatles prise ce jour-là pour figer l’événement.
C’est précisément pourquoi la date est intéressante.
Elle permet d’observer l’histoire lorsqu’elle ne sait pas encore qu’elle devient historique.
Les Beatles sont dans l’entre-deux.
La Beatlemania appartient déjà au passé.
La période psychédélique n’a pas encore véritablement commencé.
Les costumes gris ont disparu.
Les uniformes de Sgt. Pepper n’existent pas encore.
Entre les deux, il y a quelques semaines de liberté.
Et ce sont peut-être les semaines les plus importantes de leur carrière.
Le jour où les Beatles ont compris qu’ils pouvaient cesser d’être les Beatles
Le grand paradoxe de l’automne 1966 tient finalement dans cette idée.
Pour sauver les Beatles, John, Paul, George et Ringo doivent apprendre à ne plus être constamment les Beatles.
Ils doivent pouvoir disparaître.
Voyager.
Étudier.
Tourner.
Composer seuls.
Voir leurs familles.
Fréquenter d’autres artistes.
S’ennuyer même.
La machine doit s’arrêter pour que les individus réapparaissent.
Le 4 octobre 1966, ce processus est visible avec une netteté extraordinaire.
John a quitté le groupe pour quelques semaines et découvre une chanson qui deviendra l’un de ses sommets.
George a quitté l’Angleterre et découvre une philosophie qui transformera définitivement son œuvre.
Paul commence à construire une identité artistique dépassant largement le rock traditionnel.
Ringo, lui, démontre que la fin des obligations professionnelles ne signifie pas la fin de l’amitié : il traverse l’Europe pour retrouver John.
Un mois et demi plus tard, les quatre hommes se retrouveront à Abbey Road.
Le monde s’attend probablement à ce qu’ils fabriquent de nouveaux disques des Beatles.
Eux vont faire autre chose.
Ils vont réinventer ce que peut être un disque des Beatles.
Et, avec lui, une partie de ce que peut être la musique populaire.
Le 4 octobre 1966, aucun cri de foule ne couvre leurs instruments.
Il n’y a même pas d’instruments jouant ensemble.
Le groupe le plus célèbre du monde est silencieux.
Mais sous ce silence, Strawberry Fields Forever, « Penny Lane », « Within You Without You » et bientôt Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band commencent déjà, d’une certaine manière, à exister.
Les Beatles avaient cessé de courir.
Ils pouvaient enfin aller plus loin.
Repères chronologiques : de Candlestick Park à « Strawberry Fields Forever »
29 août 1966 — Les Beatles donnent à Candlestick Park, San Francisco, leur dernier concert officiel devant un public payant.
Début septembre 1966 — Le groupe entre dans sa première véritable période prolongée de liberté depuis le début de la Beatlemania.
14 septembre 1966 — George Harrison et Pattie Boyd quittent Londres pour Bombay afin que George étudie notamment le sitar auprès de Ravi Shankar et approfondisse son intérêt pour la culture indienne et le yoga.
16 septembre 1966 — John Lennon, Paul McCartney et Brian Epstein se retrouvent brièvement à Paris pendant une pause du tournage de How I Won the War.
18 septembre 1966 — Lennon quitte Paris pour le sud de l’Espagne afin de poursuivre le tournage du film de Richard Lester.
Septembre-octobre 1966 — Lennon commence à développer en Espagne la chanson qui deviendra « Strawberry Fields Forever ».
3 octobre 1966 — Brian Epstein dément publiquement les rumeurs de séparation des Beatles et celles affirmant que Paul McCartney pourrait quitter le groupe.
4 octobre 1966 — Ringo Starr et Maureen arrivent en Espagne pour rejoindre John Lennon.
9 octobre 1966 — Lennon fête ses 26 ans en Espagne entouré notamment de Cynthia, Ringo, Maureen et de membres de l’équipe du film.
15 octobre 1966 — Paul McCartney assiste au lancement de l’International Times au Roundhouse de Londres, manifestation emblématique de l’Underground britannique.
22 octobre 1966 — George et Pattie Harrison reviennent d’Inde.
Début novembre 1966 — John Lennon rentre en Angleterre et poursuit à Kenwood le développement de « Strawberry Fields Forever ».
9 novembre 1966 — John Lennon découvre l’exposition de Yoko Ono à l’Indica Gallery de Londres et rencontre l’artiste.
6-19 novembre 1966 — Paul voyage en France puis en Afrique avec Mal Evans et Jane Asher.
19 novembre 1966 — Pendant le voyage de retour du Kenya, Paul développe l’idée qui conduira au concept de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.
24 novembre 1966 — Les Beatles retournent ensemble aux studios EMI pour leur première véritable séance après l’arrêt des tournées. Ils commencent l’enregistrement de « Strawberry Fields Forever ».
Décembre 1966 — La musique de The Family Way, fondée sur les thèmes de Paul McCartney et orchestrée par George Martin, est enregistrée à Londres.
29 décembre 1966 — Les Beatles commencent l’enregistrement de « Penny Lane ».
Quelques dates seulement séparent donc le dernier concert américain des premières pierres de la période Sgt. Pepper. Entre les deux se trouve cette extraordinaire parenthèse durant laquelle les Beatles cessèrent momentanément de vivre comme un groupe pour revenir avec quatre mondes nouveaux à mettre en commun.












