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Imagine: John Lennon, la bande originale de 1988 : l’histoire complète de la compilation qui réunissait le Beatle et le soliste, de Real Love à Imagine

Par Clive Helday
Imagine: John Lennon (1988) : l'histoire de la bande originale

Le 10 octobre 1988 sortait Imagine: John Lennon, l’album tiré du documentaire du même nom consacré à la vie de John Lennon. Pour la première fois, un disque officiel réunissait sur une même compilation le Lennon des Beatles et le Lennon soliste, de Twist and Shout à (Just Like) Starting Over. Vingt et une chansons, sur un double album, qui retraçaient vingt ans de carrière. Et, surtout, deux inédits : une maquette acoustique de Real Love enregistrée en 1979, qui allait devenir sept ans plus tard une chanson des Beatles, et une répétition d’Imagine captée en 1971, quelques instants avant la prise définitive. L’album se classe 31e aux États-Unis, 64e au Royaume-Uni, et devient disque d’or dans les deux pays. Il arrive aussi à un moment très particulier : deux mois après la parution d’une biographie à scandale qui salissait la mémoire de John. Voici l’histoire complète de ce disque, du film qu’il accompagnait, et de chacune de ses chansons.

En bref

  • La sortie : 10 octobre 1988, chez Parlophone et EMI au Royaume-Uni, chez Capitol aux États-Unis, en double album vinyle, puis sur un seul CD d’environ 74 minutes.
  • Le film : Imagine: John Lennon, documentaire d’Andrew Solt produit par David L. Wolper, sorti aux États-Unis le 7 octobre 1988 et présenté au Royaume-Uni le 25 octobre.
  • Le contenu : 21 titres, dont 10 chansons des Beatles et 11 enregistrements de la carrière solo.
  • Les inédits : une maquette de Real Love enregistrée en octobre 1979, et une répétition d’Imagine de 1971.
  • Les classements : 31e au Billboard 200, 64e au Royaume-Uni. Disque d’or aux États-Unis et au Royaume-Uni, de platine au Canada.
  • Les singles : Jealous Guy, publié le 3 octobre 1988, et Real Love, le 10 octobre.
  • Cinq correctifs factuels sur Real Love, les crédits, Mother, Imagine et A Day in the Life.

1988 : John Lennon, huit ans après

Une mémoire attaquée

Pour comprendre la place de ce disque, il faut se replacer en 1988. John Lennon est mort depuis presque huit ans. Yoko Ono a publié Milk and Honey en 1984, Live in New York City en 1986, et Menlove Ave. la même année, un recueil de prises alternatives et de chansons inédites. Les ventes des disques de John restent solides, mais aucune grande compilation officielle ne raconte encore l’ensemble de sa carrière. Les Beatles, eux, viennent seulement d’arriver sur CD, en 1987.

En août 1988 paraît aux États-Unis The Lives of John Lennon, une biographie de l’écrivain Albert Goldman, déjà auteur d’une biographie très controversée d’Elvis Presley. Le livre, de plus de 700 pages, dresse un portrait accablant de John : drogué, violent, manipulé par Yoko, reclus et dépressif dans ses dernières années. Il s’appuie sur des centaines d’entretiens, dont certains avec d’anciens employés du couple, mais multiplie les affirmations invérifiables et les interprétations malveillantes. Yoko Ono, Paul McCartney, les proches de John, la plupart des critiques dénoncent un livre de commérages. Paul appelle même les lecteurs à le boycotter.

Une réponse en images

Le film Imagine: John Lennon sort deux mois plus tard. Il n’a pas été conçu comme une réponse à Goldman : le projet est en préparation depuis plusieurs années. Mais le calendrier en fait, de fait, un contre-portrait. Là où le livre décrit un homme détruit, le film montre un artiste drôle, lucide, engagé, un père aimant. Et surtout, il donne la parole à John lui-même. La plupart des critiques de l’époque soulignent ce contraste, et beaucoup estiment que le film a contribué à neutraliser l’effet du livre.

Le paysage discographique de 1988

L’année 1988 est aussi un moment charnière pour le catalogue des Beatles. Les albums originaux du groupe sont arrivés sur CD au cours de l’année 1987, dans l’ordre chronologique. En mars 1988 sont publiés les deux volumes de Past Masters, qui rassemblent sur CD les singles et les titres qui ne figuraient pas sur les albums britanniques, comme Don’t Let Me Down, Revolution ou The Ballad of John and Yoko. Les fans redécouvrent les Beatles dans un nouveau format, et une nouvelle génération les découvre.

Du côté de John, Yoko a publié en 1986 deux disques posthumes. Live in New York City, au début de l’année, reprend une partie des concerts One to One de 1972. Menlove Ave., en novembre, propose des prises alternatives des séances de Rock ‘n’ Roll et de Walls and Bridges. Imagine: John Lennon arrive dans ce contexte comme la première grande synthèse de toute la carrière de John.

Le film : John Lennon raconté par John Lennon

Andrew Solt et David L. Wolper

Le film est réalisé par Andrew Solt, documentariste américain spécialisé dans l’histoire de la musique populaire, qui avait déjà réalisé This Is Elvis en 1981. Il est produit par David L. Wolper, l’un des grands producteurs de télévision américains, à qui l’on doit notamment la série Racines. Yoko Ono leur ouvre les archives personnelles de John et du couple : des centaines d’heures de films, de vidéos et d’enregistrements, dont une grande partie n’avait jamais été montrée au public.

Un récit à la première personne

Le parti pris du film est radical pour l’époque : il n’y a pas de narrateur extérieur. C’est John qui raconte sa propre vie, à travers des extraits de dizaines d’interviews données entre 1963 et 1980, montés de manière à former un récit continu. On l’entend parler de son enfance à Liverpool, de sa mère Julia, de la naissance des Beatles, de la Beatlemania, de Yoko, de la séparation du groupe, de ses années new-yorkaises, de son fils Sean. Quelques témoins complètent le récit, dont Yoko, Cynthia Lennon et Julian, mais c’est la voix de John qui domine.

Ce choix donne au film une intimité très forte, et une forme de réponse directe à Goldman : face à un biographe qui parlait à la place de John, le film laisse John parler pour lui-même.

La scène de Tittenhurst

L’une des séquences les plus célèbres du film montre une rencontre filmée en 1971 à Tittenhurst Park, la propriété de John dans l’Ascot. Un jeune vagabond américain, Curt Claudio, convaincu que les chansons de John lui sont personnellement adressées, s’est introduit dans la propriété. John, plutôt que de le faire chasser, sort lui parler, lui explique patiemment que ses chansons ne parlent pas de lui, qu’elles parlent de John lui-même et de sa vie, puis l’invite à entrer manger quelque chose. La scène, tournée à l’époque par les caméras qui filmaient le couple, est devenue l’un des moments les plus commentés du documentaire. Vue après l’assassinat de John par un admirateur obsessionnel, elle prend une dimension bouleversante.

Nous avons raconté le tournage du film Imagine de 1972, d’où proviennent une partie de ces images, dans notre enquête sur le film d’Imagine, tourné en même temps que le disque.

Liverpool, l’enfance et les débuts

Le film suit la vie de John dans l’ordre chronologique. Il s’ouvre sur son enfance à Liverpool : sa naissance le 9 octobre 1940, en pleine guerre, l’absence de son père, marin, l’éducation chez sa tante Mimi, à Mendips, la maison de Woolton, et la présence intermittente de sa mère Julia, qui lui apprend ses premiers accords au banjo. La mort de Julia, renversée par une voiture le 15 juillet 1958, est racontée par John lui-même, avec une franchise qui frappe les spectateurs.

Viennent ensuite les Quarrymen, le groupe de lycée qu’il forme en 1956, la rencontre avec Paul McCartney le 6 juillet 1957 à la fête paroissiale de Woolton, l’arrivée de George Harrison, les années de Hambourg, la Cavern, Brian Epstein, puis l’explosion de la Beatlemania. Le film consacre une large place à ces années de formation, qui éclairent ensuite les chansons les plus personnelles de John, de In My Life à Mother. Nous avons raconté ces années dans notre histoire du Merseybeat et dans notre récit du retour de John de Hambourg en 1960.

Le bed-in de Montréal et Al Capp

Une autre séquence marquante du film est tirée du bed-in de Montréal, en juin 1969. On y voit John et Yoko recevoir dans leur chambre d’hôtel le dessinateur de bandes dessinées américain Al Capp, auteur du célèbre Li’l Abner, figure conservatrice et provocatrice. La conversation tourne à l’affrontement. Capp multiplie les sarcasmes contre le couple, John garde son calme, puis finit par perdre patience. La scène montre un John militant, confronté à l’hostilité d’une partie de l’Amérique, quelques heures avant l’enregistrement de Give Peace a Chance dans la même chambre.

Les séances d’Imagine

Le film utilise aussi de nombreuses images tournées en 1971 pendant l’enregistrement de l’album Imagine à Tittenhurst Park : John au piano blanc, George Harrison à la guitare, Phil Spector derrière la console, Yoko dans le studio. Ces images, filmées à l’époque pour le film Imagine de 1972, permettent de voir naître certaines des chansons de la bande originale, dont How?, Jealous Guy et Imagine elle-même. C’est de ces séances que provient la répétition publiée sur le disque.

La sortie du film

Imagine: John Lennon sort aux États-Unis le 7 octobre 1988, deux jours avant ce qui aurait été le 48e anniversaire de John. Il est présenté au Royaume-Uni le 25 octobre 1988, puis sort en salles quelques jours plus tard. Distribué par Warner Bros., il reçoit dans l’ensemble un accueil favorable, en particulier pour la richesse de ses archives. Il est ensuite édité en vidéo, puis en DVD, et reste l’un des documentaires de référence sur John Lennon. Un livre, cosigné par Andrew Solt et Sam Egan, accompagne également sa sortie.

La bande originale : un disque à part

Les Beatles et le soliste réunis

La bande originale paraît le 10 octobre 1988. Elle est publiée par Parlophone et EMI au Royaume-Uni, sous la référence PCSP 722, et par Capitol aux États-Unis. Son originalité tient d’abord à son principe : réunir, sur un même disque officiel, des chansons des Beatles et des chansons solo de John. À l’époque, c’est rare. Les catalogues des Beatles et des carrières solo sont gérés séparément, et les compilations mélangeant les deux sont exceptionnelles.

Il existe un précédent : The Best of George Harrison, publié en 1976, qui consacrait une face aux chansons de George pour les Beatles et l’autre à sa carrière solo. Imagine: John Lennon va plus loin, en mêlant les deux périodes dans un ordre chronologique qui suit le film.

Le précédent de George Harrison

Le modèle de The Best of George Harrison mérite qu’on s’y arrête, car il éclaire, par contraste, le soin apporté au disque de John. En 1976, George vient de quitter EMI pour lancer son propre label, Dark Horse, et prépare l’album Thirty Three & 1/3. Capitol, qui détient encore les droits de ses enregistrements, publie en novembre 1976 cette compilation, en concurrence directe avec son nouveau disque. La face consacrée aux Beatles réunit Something, If I Needed Someone, Here Comes the Sun, Taxman, Think for Yourself, For You Blue et While My Guitar Gently Weeps ; l’autre face rassemble ses succès solo. George, qui n’avait pas été consulté, n’appréciait guère cette compilation.

Imagine: John Lennon, au contraire, est conçu avec l’accord et la participation de Yoko, comme le prolongement d’un film. Ce n’est pas un produit d’opportunité, mais un récit. Nous avons raconté la carrière de George à cette époque dans notre enquête sur sa traversée du désert.

Un double album de vingt et une chansons

L’album se présente sous la forme d’un double vinyle de quatre faces, avec vingt et une chansons. Sa durée totale, environ 74 minutes, permet ensuite de le rééditer sur un seul CD. La première face couvre les Beatles des années 1963 à 1967, la deuxième les années 1968 et 1969, la troisième le début de la carrière solo, et la quatrième les dernières années, de 1971 à 1980.

Face Titres Période
Face 1 Real Love, Twist and Shout, Help!, In My Life, Strawberry Fields Forever, A Day in the Life 1963-1967 (avec Real Love, 1979)
Face 2 Revolution, The Ballad of John and Yoko, Julia, Don’t Let Me Down, Give Peace a Chance 1968-1969
Face 3 How?, Imagine (Rehearsal), God, Mother, Stand by Me 1970-1975
Face 4 Jealous Guy, Woman, Beautiful Boy (Darling Boy), (Just Like) Starting Over, Imagine 1971-1980

Les producteurs

Les crédits de production reflètent cette double origine. Les titres des Beatles sont produits par George Martin. Give Peace a Chance est produite par John et Yoko. Les chansons de 1970 et 1971 sont produites par John, Yoko et Phil Spector. Mother, dans sa version de concert, est produite par Yoko. Stand by Me par John seul. Les trois chansons de Double Fantasy par John, Yoko et Jack Douglas. Un disque qui rassemble ainsi les quatre grands producteurs de la carrière de John.

Les classements

L’album atteint la 31e place du Billboard 200 aux États-Unis et la 64e place au Royaume-Uni. Ces positions modestes ne disent pas tout : le disque se vend régulièrement pendant des années. Il est certifié disque d’or aux États-Unis, pour 500 000 exemplaires, et au Royaume-Uni, pour 100 000 exemplaires, disque de platine au Canada et disque d’or en Suisse.

Face 1 : des Beatles à la révolution intérieure

Real Love, la maquette qui ouvre l’album

L’album s’ouvre sur un inédit, et le choix n’a rien d’anodin. Real Love est une chanson que John a travaillée au Dakota à la fin des années 1970, pendant ses années de retrait. Il en a enregistré au moins six versions de travail en 1979 et 1980. La chanson est d’abord liée à un projet de comédie musicale autobiographique que John envisageait d’écrire, sur l’histoire de son couple avec Yoko, puis elle se mêle à une autre ébauche, Real Life, avant de prendre sa forme définitive.

La version choisie pour la bande originale est la sixième prise, enregistrée en octobre 1979, à la guitare acoustique et au chant. On y entend John, seul, chanter une mélodie douce, presque une berceuse, sur l’idée que l’amour véritable met fin à la solitude. Placée en ouverture, avant les Beatles, elle donne à l’album une dimension posthume et intime : avant de raconter la gloire, le disque fait entendre John dans sa cuisine, quelques mois avant sa mort.

Correctif factuel n° 1 — Le Real Love de 1988 n’est pas la maquette utilisée par les Beatles

On lit souvent que la version de Real Love parue en 1988 est celle que Paul, George et Ringo ont complétée en 1995 pour en faire une chanson des Beatles. C’est inexact. John avait enregistré plusieurs maquettes de la chanson. Celle de 1988 est une version à la guitare acoustique, la sixième prise, d’octobre 1979. Les trois Beatles survivants ont travaillé, en 1995, sur une autre maquette, enregistrée au piano, de qualité sonore bien inférieure, qui a nécessité un important travail de restauration. Leur version, coproduite par Jeff Lynne, est sortie en single le 4 mars 1996 et ouvre l’album Anthology 2. La version au piano seul a été publiée à son tour en 1998 dans le coffret John Lennon Anthology.

Twist and Shout

Le premier titre des Beatles de l’album n’est pas une chanson de John, mais une reprise. Twist and Shout, écrite par Phil Medley et Bert Berns, crédité sous le pseudonyme de Bert Russell, avait été popularisée par les Isley Brothers. Les Beatles l’enregistrent le 11 février 1963, à la fin d’une journée marathon consacrée à leur premier album, Please Please Me. John, enroué, la chante en une seule prise, en forçant sur une voix qu’il sait déjà abîmée. C’est la date d’enregistrement la plus ancienne de l’album, et l’une des performances vocales les plus célèbres de l’histoire du rock. Elle résume le Lennon des débuts : un chanteur de rock and roll à la voix déchirée.

Help!

En 1965, John écrit Help! pour le deuxième film des Beatles. Il expliquera plus tard que c’était un véritable appel au secours, déguisé en chanson pop : en pleine Beatlemania, il se sentait perdu, mal dans sa peau, prisonnier de la célébrité. Il regrettera que la chanson ait été enregistrée trop vite, sur un tempo trop rapide, qui en masquait la détresse. Dans le film de 1988, elle marque le moment où le récit bascule de la joie des débuts à la fatigue de la gloire.

In My Life

In My Life, sur l’album Rubber Soul de 1965, est la chanson dont John disait qu’elle marquait le début de son écriture personnelle. Il y évoque les lieux et les personnes de sa jeunesse à Liverpool, avant de conclure que l’amour présent compte plus que tous les souvenirs. Le solo de piano, joué par George Martin à vitesse réduite puis accéléré pour sonner comme un clavecin, en est l’une des signatures. Nous avons raconté l’histoire de ce solo dans notre article sur le solo d’In My Life, et la nouvelle édition de Rubber Soul, qui vient de se classer deuxième au Royaume-Uni, dans notre article sur son retour dans les charts.

Strawberry Fields Forever

Publiée en février 1967 en double face A avec Penny Lane, Strawberry Fields Forever est l’une des chansons les plus audacieuses des Beatles. Elle doit son nom à un orphelinat de l’Armée du Salut proche de la maison de tante Mimi, à Woolton, dont John escaladait le mur pour jouer dans le jardin. La version finale est un collage de deux prises enregistrées dans des tonalités et des tempos différents, que George Martin parvient à assembler en accélérant l’une et en ralentissant l’autre. En 1985, le jardin mémorial créé par Yoko à Central Park reprendra ce nom.

A Day in the Life

La première face se termine sur A Day in the Life, la chanson qui clôt Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band en 1967, assemblée à partir d’un couplet de John, inspiré par des faits divers lus dans le journal, et d’une section centrale de Paul, reliés par deux montées d’orchestre et un accord final de piano qui résonne pendant près de quarante secondes.

Correctif factuel n° 2 — A Day in the Life sans la transition de Sgt. Pepper

Sur l’album Sgt. Pepper, A Day in the Life s’enchaîne sans interruption à la reprise de la chanson-titre, et ses premières notes sont recouvertes par les applaudissements de la fin du morceau précédent. La bande originale de 1988 présente pour la première fois une version avec une introduction nette, débarrassée de cette transition. C’est cette version qui sera reprise ensuite sur l’édition CD de la compilation 1967-1970, l’album bleu. Ce n’est donc pas un mixage différent de la chanson, mais une introduction isolée, qui permet de l’écouter indépendamment de l’album.

Face 2 : la révolution, Yoko et la paix

Revolution

Revolution, dans sa version rapide aux guitares saturées, est publiée en août 1968 en face B de Hey Jude. John y répond aux militants qui lui demandent de soutenir la révolution : il est pour le changement, mais pas pour la violence, et ne compte pas donner d’argent à ceux qui portent des portraits de Mao. Le texte, qui hésite dans d’autres versions sur la place de la violence, lui vaut à l’époque les critiques de la gauche radicale. Il marque l’entrée de la politique dans les chansons de John.

The Ballad of John and Yoko

Enregistrée le 14 avril 1969 par John et Paul seuls, sans George ni Ringo, The Ballad of John and Yoko raconte avec humour le mariage de John et Yoko à Gibraltar, le 20 mars 1969, et leur bed-in pour la paix à Amsterdam. Paul joue la batterie, la basse et le piano, John les guitares. Le refrain, qui mentionne la crucifixion, vaut à la chanson d’être interdite par plusieurs radios américaines. C’est une chronique en direct de la vie du couple, mise en musique en quelques heures.

Julia

Julia, sur l’Album blanc de 1968, est la seule chanson des Beatles que John enregistre totalement seul, à la guitare acoustique, en jouant en picking, une technique que lui avait apprise le chanteur folk Donovan en Inde. Elle est adressée à sa mère, Julia Lennon, morte en 1958, et mêle son souvenir à celui de Yoko, dont le prénom signifie en japonais enfant de l’océan. Nous l’avons racontée dans notre fiche Julia, et l’histoire de Julia et du père de John dans notre article sur la dernière rencontre de John avec son père.

Don’t Let Me Down

Publiée en avril 1969 en face B de Get Back, Don’t Let Me Down est une déclaration d’amour brute à Yoko, chantée à pleine voix. Les Beatles la jouent sur le toit de l’immeuble d’Apple, le 30 janvier 1969, lors de leur dernier concert. Billy Preston y joue du piano électrique. La chanson n’apparaît sur aucun album original des Beatles, ce qui rend sa présence sur la bande originale d’autant plus précieuse pour les auditeurs de l’époque.

Give Peace a Chance

La deuxième face se termine sur l’hymne de la paix enregistré le 1er juin 1969 dans la chambre 1742 de l’hôtel Reine Elizabeth de Montréal, pendant le second bed-in de John et Yoko. Des dizaines de personnes reprennent le refrain en chœur, dont Timothy Leary, Tommy Smothers et la chanteuse Petula Clark. La chanson est publiée en single sous le nom du Plastic Ono Band, avec un crédit Lennon-McCartney. Nous avons raconté son histoire dans notre article sur Give Peace a Chance.

Correctif factuel n° 3 — Give Peace a Chance n’a pas toujours été créditée à John seul

Les listes de titres actuelles indiquent que Give Peace a Chance est une chanson de John Lennon. C’est aujourd’hui exact, mais ce n’était pas le cas à l’origine. À sa sortie en 1969, la chanson était créditée à Lennon-McCartney, conformément à l’accord qui liait les deux auteurs, alors que Paul n’avait pas participé à son écriture. John a d’ailleurs souvent rappelé qu’il en était le seul auteur. Le crédit a été modifié dans les années 1990, pour ne plus citer que John. Selon les pressages, l’album de 1988 peut donc présenter l’un ou l’autre crédit.

Face 3 : le cri primal et le rock and roll

How?

La troisième face s’ouvre sur l’une des chansons les moins connues de l’album Imagine de 1971. How? est une suite de questions sans réponse : comment avancer quand on ne sait pas où l’on va, comment donner de l’amour quand on n’en a jamais reçu. C’est un prolongement direct de la thérapie primale qu’il avait suivie l’année précédente avec le psychologue Arthur Janov. Arrangée avec des cordes par Phil Spector, elle montre un John vulnérable, loin de l’image de l’hymne pacifiste qui donne son nom à l’album.

Imagine (Rehearsal), le deuxième inédit

Le deuxième inédit de l’album est une courte répétition d’Imagine, d’environ une minute et demie, enregistrée en 1971 dans le studio que John avait fait installer chez lui, à Tittenhurst Park, l’Ascot Sound Studios. On y entend John, au piano, montrer la chanson aux musiciens venus l’enregistrer avec lui, avant la prise définitive. La voix est plus hésitante, le tempo plus libre. C’est une fenêtre ouverte sur la naissance de la chanson la plus célèbre de sa carrière solo.

Correctif factuel n° 4 — La répétition d’Imagine n’est pas une maquette

On présente parfois la répétition d’Imagine publiée en 1988 comme une maquette, c’est-à-dire un enregistrement réalisé par John seul pour fixer sa chanson avant de l’apporter en studio. Ce n’est pas le cas. Il s’agit d’une démonstration de la chanson faite par John aux musiciens de séance, pendant les enregistrements de l’album en 1971, juste avant que soit captée la prise retenue. Elle n’a qu’environ une minute et demie, et ne contient pas l’intégralité de la chanson.

God

God, sur l’album John Lennon/Plastic Ono Band de 1970, est la chanson dans laquelle John fait la liste de tout ce en quoi il ne croit plus : la magie, la Bible, Jésus, Bouddha, Kennedy, Elvis, Dylan, et enfin les Beatles. Il ne croit plus qu’en lui-même et en Yoko. La chanson se termine sur l’annonce que le rêve est fini, une phrase que la presse a immédiatement interprétée comme l’épitaphe des années 1960. Billy Preston y joue du piano. Placée dans le film au moment de la séparation des Beatles, elle sert de pivot au récit.

Mother, en concert

Mother est la chanson d’ouverture de John Lennon/Plastic Ono Band, un adieu déchirant à sa mère Julia, morte en 1958, et à son père Alf, qui l’avait abandonné. Mais la bande originale de 1988 ne reprend pas la version studio de 1970.

Correctif factuel n° 5 — La version de Mother est celle du concert de 1972

La liste des titres de la bande originale ne précise pas l’origine de chaque enregistrement, et l’on suppose souvent que Mother y figure dans sa version studio de 1970. Ce n’est pas le cas. La version retenue est une interprétation en concert, enregistrée le 30 août 1972 au Madison Square Garden de New York, lors des concerts One to One donnés par John et Yoko au profit d’enfants handicapés. Elle avait été publiée pour la première fois en 1986 sur l’album Live in New York City. C’est le seul enregistrement en public de l’album, en dehors de Give Peace a Chance, captée dans une chambre d’hôtel.

Ces concerts de 1972, les seuls concerts complets donnés par John après les Beatles, ont été restaurés en 2025 et 2026 par l’équipe de son fils Sean, et réunis dans le coffret Power to the People, disponible ici. Nous avons évoqué ce coffret dans notre article sur la fausse photo de John et de Che Guevara.

Stand by Me

La troisième face se termine sur une reprise. Stand by Me, écrite par Ben E. King avec Jerry Leiber et Mike Stoller, et rendue célèbre par King en 1961, figure sur l’album Rock ‘n’ Roll de John, publié en février 1975. L’album, consacré aux classiques de sa jeunesse, est le fruit d’une histoire compliquée : des séances chaotiques avec Phil Spector en 1973, pendant le Lost Weekend, des bandes perdues puis retrouvées, et un procès avec l’éditeur Morris Levy. Stand by Me en est le titre le plus réussi, un hommage sincère aux chansons qui avaient donné envie au jeune John de faire de la musique. Publiée en single en 1975, elle entre dans les classements américains et britanniques. Nous avons raconté cette période dans notre récit du Lost Weekend et des retrouvailles de John et Julian.

Face 4 : de Jealous Guy à Imagine

Jealous Guy

La quatrième face s’ouvre sur Jealous Guy, de l’album Imagine. La mélodie remonte à 1968 : John l’avait écrite en Inde, à Rishikesh, sous le titre Child of Nature, avec des paroles inspirées d’une conférence du Maharishi. En 1971, il en réécrit complètement le texte pour en faire une confession : un homme qui reconnaît sa jalousie et demande pardon. C’est l’une des chansons les plus sincères de John. En mars 1981, la reprise de Roxy Music, hommage enregistré après sa mort, se hisse à la première place des ventes au Royaume-Uni. En octobre 1988, Jealous Guy est choisie comme premier single extrait de la bande originale. Nous l’avons racontée dans notre article consacré à Jealous Guy.

Woman

Woman, sur Double Fantasy en 1980, est la déclaration de reconnaissance de John envers Yoko, et à travers elle envers les femmes de sa vie. Publiée en single en janvier 1981, après sa mort, elle devient numéro un au Royaume-Uni. Nous en avons retracé l’histoire dans notre article sur Woman.

Beautiful Boy (Darling Boy)

Beautiful Boy (Darling Boy) est la berceuse que John a écrite pour son fils Sean, né le 9 octobre 1975. Il y lui promet que chaque jour, dans chaque domaine, les choses vont de mieux en mieux, et y glisse une phrase devenue proverbiale, selon laquelle la vie est ce qui arrive pendant qu’on est occupé à faire d’autres projets. Dans le film de 1988, la chanson accompagne les images de John père au foyer au Dakota. Sean avait alors 13 ans lorsque le film est sorti. Nous lui avons consacré un portrait dans notre article sur Sean Ono Lennon.

(Just Like) Starting Over

Premier single de Double Fantasy, publié en octobre 1980, (Just Like) Starting Over est un hommage aux chanteurs des années 1950, Roy Orbison, Elvis Presley, Buddy Holly, et un hymne au recommencement : un couple qui repart à zéro, après des années de vie commune. La chanson est en train de grimper dans les classements quand John est assassiné, le 8 décembre 1980. Elle devient numéro un aux États-Unis et au Royaume-Uni dans les semaines qui suivent. Nous avons raconté cette dernière journée dans notre récit du 8 décembre 1980.

Imagine

L’album se termine logiquement sur la chanson qui lui donne son titre. Imagine, enregistrée en 1971 à Tittenhurst Park, publiée en single aux États-Unis en octobre 1971, est devenue l’hymne pacifiste le plus célèbre du monde. John y invite à imaginer un monde sans paradis, sans pays, sans religion, sans possessions. Il disait lui-même que c’était le Manifeste communiste enrobé de sucre, ce qui expliquait son succès. La chanson a été inspirée en partie par les poèmes du livre de Yoko, Grapefruit, et en 2017, l’association des éditeurs musicaux américains a officiellement reconnu Yoko comme coautrice. Nous avons raconté son histoire dans notre fiche Imagine et sa postérité dans notre article sur les 86 ans de John.

L’album s’ouvre donc sur un John chantant seul l’amour véritable, en 1979, et se termine sur le même John chantant la paix en 1971. Entre les deux, vingt ans de chansons. La boucle est bouclée.

Ce que la sélection dit de John Lennon

Un autoportrait en vingt et une chansons

Relue dans son ensemble, la sélection de la bande originale dessine un portrait cohérent. Les chansons des Beatles retenues ne sont pas les plus grands succès du groupe, mais celles où John se met le plus à nu : l’appel au secours de Help!, les souvenirs d’In My Life, l’enfance de Strawberry Fields Forever, la mère de Julia, l’amour de Don’t Let Me Down. Les grands succès signés par Paul, comme Yesterday ou Hey Jude, en sont logiquement absents : c’est un disque sur John, pas sur les Beatles.

Les trois femmes de John

Trois figures féminines traversent l’album. La mère, Julia, dans Julia et Mother. L’épouse, Yoko, dans The Ballad of John and Yoko, Don’t Let Me Down, Woman et, en filigrane, Imagine. Et l’amour lui-même, dans Real Love, qui ouvre le disque. Entre les deux, le fils, Sean, avec Beautiful Boy. Le disque raconte autant une vie affective qu’une carrière musicale.

Le militant et l’homme privé

L’autre fil est celui de l’engagement : Revolution, Give Peace a Chance, Imagine. Le film et le disque ne séparent pas le John militant du John intime. Ils montrent un homme pour qui les deux ne faisaient qu’un, qui chantait la paix du monde et la paix de son couple dans le même souffle. C’est sans doute ce qui explique que cet album reste encore aujourd’hui l’un des plus justes portraits musicaux de John Lennon.

Les grands absents

Toute sélection suppose des absences, et celles de la bande originale ont souvent été relevées. Côté Beatles, on ne trouve ni I Am the Walrus, sommet du Lennon psychédélique, ni Come Together, pourtant l’une de ses chansons les plus célèbres, présente dans le film dans une version en concert, ni Across the Universe, que John considérait comme l’un de ses meilleurs textes. Côté carrière solo, manquent Instant Karma!, l’un de ses plus grands succès, Working Class Hero, Cold Turkey, Mind Games, Whatever Gets You Thru the Night, son seul numéro un américain de son vivant, ou encore Watching the Wheels.

Ces absences s’expliquent en partie par la logique du film, qui retient les chansons accompagnant les images, et par la contrainte du double album. Elles montrent aussi que le disque ne se voulait pas une compilation de succès, mais un récit. C’est ce qui le distingue des best of publiés ensuite, comme Lennon Legend en 1997.

Real Love : de la cuisine du Dakota aux Beatles

Les maquettes du Dakota

Si l’album de 1988 est resté dans l’histoire, c’est en grande partie grâce à Real Love. À sa sortie, la chanson est une découverte pour le public. Elle fait partie de la masse de maquettes que John a enregistrées chez lui, au Dakota, pendant ses années de retrait, sur des magnétophones à cassette, seul à la guitare ou au piano, parfois avec une boîte à rythmes. Yoko conserve ces cassettes. Certaines vont être révélées dans les années qui suivent.

The Lost Lennon Tapes

La même année 1988, une série radiophonique américaine, The Lost Lennon Tapes, commence à diffuser chaque semaine des enregistrements inédits de John issus des archives de Yoko : maquettes, prises alternatives, enregistrements domestiques. L’émission, diffusée jusqu’en 1992, fait découvrir aux auditeurs plusieurs versions de Real Love et de nombreuses chansons inachevées. Elle alimente aussi le marché des disques pirates, qui reprennent ces enregistrements.

1994-1995 : le projet Anthology

En 1994, les trois Beatles survivants, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, préparent The Beatles Anthology, un grand projet de documentaire télévisé et de disques retraçant leur histoire. Ils envisagent d’enregistrer de nouvelles chansons à partir de maquettes de John. Yoko leur remet plusieurs cassettes, dont Free as a Bird, Real Love et Now and Then.

Free as a Bird est terminée en 1994 et publiée en décembre 1995. Real Love est enregistrée en février 1995 au studio de Paul, dans le Sussex, avec Jeff Lynne, l’ancien partenaire de George dans les Traveling Wilburys, à la production. La maquette au piano utilisée est de mauvaise qualité : le son est voilé, la voix de John est mêlée au piano, et il faut un long travail de nettoyage pour l’exploiter. Les trois Beatles y ajoutent leurs instruments et leurs voix, Paul à la basse, George aux guitares, Ringo à la batterie. Nous avons raconté cette période dans notre article sur George Harrison et la musique de Paul McCartney.

1996 : un single des Beatles

La version des Beatles de Real Love sort en single le 4 mars 1996, avec en face B une version en concert de Baby’s in Black enregistrée au Hollywood Bowl en 1965. Elle ouvre l’album Anthology 2. Elle entre à la quatrième place des ventes au Royaume-Uni, malgré une polémique : la radio BBC Radio 1 refuse de l’inscrire dans sa programmation, la jugeant trop peu adaptée à son public jeune. La décision provoque un débat national et jusqu’à des questions au Parlement britannique. Aux États-Unis, la chanson entre également dans les classements.

En novembre 2025, de nouveaux mixages de Free as a Bird et de Real Love ont été publiés sur Anthology 4, le nouveau volume de la série Anthology, rééditée pour son trentième anniversaire.

Trois versions pour une chanson

Real Love existe donc aujourd’hui dans au moins trois versions officielles : la maquette à la guitare de 1979, parue en 1988 sur la bande originale ; la maquette au piano, parue en 1998 dans le coffret John Lennon Anthology ; et la version des Beatles de 1995, parue en 1996, puis remixée en 2025. Pour beaucoup d’amateurs, la version de 1988 reste la plus émouvante, parce qu’elle fait entendre John seul, sans aucun ajout, chantant une chanson qu’il n’a jamais terminée. Comme le rappelait le site de référence Beatles Bible, elle est aussi de bien meilleure qualité sonore que la maquette utilisée par les Beatles.

Les chansons du film absentes de l’album

Un choix forcément partiel

Le film Imagine: John Lennon contient bien plus de musique que l’album. Pour tenir sur un double disque, il a fallu faire des choix. Plusieurs chansons entendues dans le film n’apparaissent pas sur la bande originale. Parmi elles, des titres des Beatles comme Love Me Do, leur premier single de 1962, Lucy in the Sky with Diamonds, de Sgt. Pepper, I’ve Got a Feeling et Across the Universe, de Let It Be, ou encore une version de travail intitulée Everybody Had a Hard Year, ébauche d’une partie de I’ve Got a Feeling, alors inédite.

Le Lennon solo du film

Côté carrière solo, le film fait aussi entendre Oh Yoko! et How Do You Sleep?, toutes deux sur l’album Imagine, cette dernière étant la charge féroce de John contre Paul McCartney en 1971 ; Hold On, de John Lennon/Plastic Ono Band ; des reprises de Rock ‘n’ Roll comme Be-Bop-A-Lula et le pot-pourri Rip It Up / Ready Teddy ; et une version en concert de Come Together enregistrée en 1972 au Madison Square Garden. Ces choix montrent que le film n’élude pas les aspects plus sombres ou conflictuels de la carrière de John, comme sa rivalité avec Paul après la séparation.

L’accueil du disque

Une compilation pour un nouveau public

À sa sortie, l’album est accueilli comme une excellente introduction à l’œuvre de John, plus que comme un disque indispensable pour les connaisseurs, qui possèdent déjà la plupart des chansons. Le magazine britannique Q le chronique en décembre 1988 parmi les rééditions. Les critiques saluent la cohérence du parcours et la présence des deux inédits, tout en regrettant que la sélection des Beatles soit forcément arbitraire : où sont I Am the Walrus, Come Together ou Across the Universe ?

Un disque d’or durable

Les ventes, régulières, lui valent un disque d’or aux États-Unis et au Royaume-Uni et un disque de platine au Canada. Pour toute une génération d’auditeurs qui n’avaient pas connu les Beatles, l’album est la première rencontre avec John Lennon : un résumé de sa vie en musique, dans l’ordre, des débuts à la fin. C’est aussi l’un des premiers disques à imposer l’idée que l’histoire de John forme un tout, avec et sans les Beatles.

Les compilations de John Lennon après 1988

Lennon, le coffret de 1990

Imagine: John Lennon ouvre la voie à d’autres compilations. En 1990, pour ce qui aurait été le 50e anniversaire de John, paraît le coffret Lennon, quatre CD consacrés à sa carrière solo. En 1997, Lennon Legend, une sélection de ses plus grands succès solo, devient l’une des compilations les plus vendues de John. En 1998, le coffret John Lennon Anthology rassemble des maquettes, des prises alternatives et des enregistrements domestiques, dont la version au piano de Real Love. En 2005 suit Working Class Hero: The Definitive Lennon.

Gimme Some Truth, 2020

Pour les 80 ans de John, en octobre 2020, Yoko et Sean publient Gimme Some Truth, une compilation de 36 titres entièrement remixés à partir des bandes originales, sous la direction de Sean et de l’ingénieur Paul Hicks. C’est aujourd’hui la compilation de référence de la carrière solo de John, disponible notamment en SHM-CD. Nous avons évoqué l’une de ses chansons-phares dans notre article sur Gimme Some Truth.

Une différence essentielle

Aucune de ces compilations n’a repris la formule de 1988, qui mêlait les Beatles et la carrière solo. C’est ce qui rend Imagine: John Lennon unique : c’est, aujourd’hui encore, l’une des très rares compilations officielles qui racontent toute la vie musicale de John sur un même disque, de Twist and Shout à (Just Like) Starting Over.

L’héritage du film

Un modèle pour les documentaires musicaux

Le procédé d’Imagine: John Lennon, faire raconter la vie d’un artiste par sa propre voix, à partir d’archives, a été repris par de nombreux documentaires musicaux. On le retrouve dans The Beatles Anthology, en 1995, où les Beatles racontent eux-mêmes leur histoire, et plus récemment dans des films comme One to One: John & Yoko de Kevin Macdonald, en 2024, ou John Lennon: The Last Interview de Steven Soderbergh, présenté au Festival de Cannes en mai 2026, qui laisse John parler pendant toute la durée de sa dernière interview.

Albert Goldman, un livre oublié

Le livre d’Albert Goldman, lui, a mal vieilli. Ses principales affirmations ont été contestées par la plupart des biographes ultérieurs, de Philip Norman à Mark Lewisohn, qui lui reprochent ses sources douteuses et ses interprétations. Goldman est mort en 1994. Le film d’Andrew Solt, lui, continue d’être diffusé et étudié. Dans la bataille pour la mémoire de John Lennon, en 1988, la voix de John l’a emporté sur celle de son biographe.

2026, l’année des archives

Aujourd’hui, la mémoire de John est plus vivante que jamais. En octobre 2026, son fils Sean a annoncé la sortie en Blu-ray du film-concert restauré des concerts de 1972, d’où provient la version de Mother de la bande originale. Les archives que Yoko avait ouvertes en 1988 à Andrew Solt continuent de nourrir de nouveaux films et de nouveaux disques. Imagine: John Lennon était un premier pas. Nous avons raconté ce travail de mémoire dans notre article sur la postérité de l’œuvre de John.

Écouter l’album aujourd’hui

Le vinyle d’origine et le CD

Pour les collectionneurs, le double vinyle original de 1988, avec sa pochette ouvrante, reste l’objet de référence. On le trouve facilement d’occasion, dans ses pressages britannique, européen et américain. Le CD, qui réunit les vingt et une chansons sur un seul disque, est la manière la plus simple de retrouver l’album dans son ordre d’origine, qui compte autant que les chansons elles-mêmes.

Reconstituer le parcours avec les éditions récentes

Les auditeurs qui voudraient retrouver les chansons de la bande originale dans les mixages les plus récents peuvent piocher dans les éditions publiées depuis 2009 : les remasterisations des albums des Beatles, les éditions spéciales remixées par Giles Martin, de Sgt. Pepper à Rubber Soul, et pour la carrière solo les coffrets Imagine: The Ultimate Collection, Mind Games et Power to the People, ainsi que la compilation Gimme Some Truth. Mais aucune d’entre elles ne reproduit le fil narratif de 1988, qui faisait passer sans transition de Give Peace a Chance à How?, du Beatle au soliste.

Revoir le film

Le documentaire d’Andrew Solt, enfin, se revoit en DVD. Il complète idéalement l’écoute du disque, puisque chaque chanson y retrouve les images qu’elle accompagnait : les Beatles à la Cavern, les bed-ins, Tittenhurst, le Dakota. Regarder le film puis écouter l’album permet de comprendre pourquoi ce disque, conçu comme une bande originale, fonctionne aussi comme une biographie.

Ce qu’il faut retenir

Imagine: John Lennon, sorti le 10 octobre 1988, est la bande originale du documentaire d’Andrew Solt qui faisait raconter la vie de John par John lui-même, à un moment où sa mémoire était attaquée par la biographie d’Albert Goldman. Ses vingt et une chansons réunissent, chose rare, le Lennon des Beatles et le Lennon soliste, dans un ordre qui suit sa vie. Il contient deux inédits devenus historiques : la maquette à la guitare de Real Love, différente de celle qu’utiliseront les Beatles en 1995, et une répétition d’Imagine de 1971. Il propose aussi une version en concert de Mother et une introduction inédite d’A Day in the Life. C’est encore aujourd’hui l’une des meilleures portes d’entrée dans l’œuvre de John Lennon.

Chronologie

Date Événement
11 février 1963 Enregistrement de Twist and Shout, le plus ancien titre de l’album
1965 Help! et In My Life
1967 Strawberry Fields Forever et A Day in the Life
1968 Revolution et Julia
1969 Don’t Let Me Down, The Ballad of John and Yoko, Give Peace a Chance
1970 God et Mother sur John Lennon/Plastic Ono Band
1971 Imagine, Jealous Guy, How? ; enregistrement de la répétition d’Imagine
30 août 1972 Concerts One to One, d’où provient la version de Mother
Février 1975 Rock ‘n’ Roll et Stand by Me
Octobre 1979 Maquette de Real Love à la guitare
Novembre 1980 Double Fantasy, avec Woman, Beautiful Boy et (Just Like) Starting Over
8 décembre 1980 Assassinat de John Lennon
1986 Live in New York City et Menlove Ave.
Août 1988 Parution de The Lives of John Lennon d’Albert Goldman
3 octobre 1988 Single Jealous Guy
7 octobre 1988 Sortie du film aux États-Unis
10 octobre 1988 Sortie de la bande originale et du single Real Love
25 octobre 1988 Première britannique du film
Février 1995 Les trois Beatles enregistrent Real Love
4 mars 1996 Sortie du single Real Love des Beatles
1998 La maquette au piano paraît dans John Lennon Anthology
Octobre 2020 Compilation Gimme Some Truth pour les 80 ans de John
Novembre 2025 Nouveaux mixages de Real Love sur Anthology 4
Octobre 2026 Annonce des Blu-ray du film-concert de 1972, d’où provient Mother

Pour aller plus loin : écouter, voir, lire

À voir sur YouTube

À écouter et à regarder

  • Imagine: John Lennon, la bande originale (1988) : en CD et vinyle.
  • Imagine: John Lennon, le documentaire d’Andrew Solt : en DVD.
  • The Beatles, Anthology 2, avec la version des Beatles de Real Love : en CD et vinyle.
  • John Lennon, Gimme Some Truth (2020) : en SHM-CD.
  • John Lennon et Yoko Ono, Power to the People (2025), avec les concerts de 1972 : disponible ici.
  • John Lennon, Mind Games, The Ultimate Mixes : en double vinyle.
  • John Lennon, Imagine, The Ultimate Collection : en CD et vinyle.

Questions fréquentes

Quand est sorti l’album Imagine: John Lennon ?

Le 10 octobre 1988, chez Parlophone et EMI au Royaume-Uni et chez Capitol aux États-Unis.

De quel film est-il la bande originale ?

Du documentaire Imagine: John Lennon, réalisé par Andrew Solt, sorti aux États-Unis le 7 octobre 1988.

Combien de chansons contient l’album ?

Vingt et une : dix chansons des Beatles et onze enregistrements de la carrière solo de John.

Quels sont les inédits de l’album ?

Une maquette de Real Love enregistrée à la guitare en octobre 1979, et une répétition d’Imagine de 1971.

Le Real Love de 1988 est-il celui des Beatles ?

Non. Les Beatles ont utilisé en 1995 une autre maquette, enregistrée au piano. Leur version est sortie en 1996.

Quel classement l’album a-t-il atteint ?

La 31e place aux États-Unis et la 64e au Royaume-Uni. Il a été certifié disque d’or dans ces deux pays.

La version de Mother est-elle celle du studio ?

Non. C’est une version en concert enregistrée le 30 août 1972 au Madison Square Garden, publiée en 1986 sur Live in New York City.

Quelles reprises figurent sur l’album ?

Twist and Shout, de Phil Medley et Bert Berns, et Stand by Me, de Ben E. King, Jerry Leiber et Mike Stoller.

Quels singles ont été tirés de l’album ?

Jealous Guy, publié le 3 octobre 1988, et Real Love, publié le 10 octobre 1988.

Pourquoi le film est-il important ?

Parce qu’il fait raconter la vie de John par sa propre voix, à partir d’interviews d’archives, et qu’il est sorti peu après la biographie très controversée d’Albert Goldman.

L’album existe-t-il sur un seul CD ?

Oui. Publié à l’origine en double vinyle, il tient sur un seul CD d’environ 74 minutes.

Glossaire

  • Bande originale : disque réunissant la musique d’un film.
  • Maquette : enregistrement de travail réalisé par un auteur pour fixer une chanson.
  • Répétition : enregistrement capté pendant la mise en place d’un morceau avec les musiciens.
  • Face B : chanson placée au dos d’un single.
  • Thérapie primale : méthode du psychologue Arthur Janov, suivie par John en 1970.
  • Disque d’or : certification attribuée à partir d’un certain nombre d’exemplaires vendus, 500 000 aux États-Unis.

Sources et références

Discographies de Parlophone et Capitol ; Wikipédia en anglais, articles Imagine: John Lennon (soundtrack), Imagine: John Lennon et Real Love ; The Beatles Bible ; JPGR, discographie britannique des Beatles ; RIAA, BPI, Music Canada et IFPI Suisse pour les certifications ; magazine Q, décembre 1988 ; Albert Goldman, The Lives of John Lennon (1988) ; Andrew Solt et Sam Egan, Imagine John Lennon (1988).

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