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La dernière fois que John Lennon a vu son père : le 9 octobre 1970, Alf Lennon à Tittenhurst Park, histoire d’une rupture définitive

Par Clive Helday
La dernière fois que John Lennon a vu son père Alf (9 octobre 1970)

Il y a cinquante-six ans jour pour jour, le 9 octobre 1970, John Lennon fêtait ses 30 ans. Ce matin-là, à Tittenhurst Park, sa propriété de l’Ascot, il reçoit son père, Alfred Lennon, dit Alf ou Freddie, un ancien marin de 57 ans venu avec sa jeune épouse et leur bébé. La rencontre devait sceller une réconciliation. Elle tourne au règlement de comptes. John, en pleine thérapie primale, déverse sur son père trente ans de colère. Le soir même, il enregistre à Abbey Road une chanson intitulée Remember. Les deux hommes ne se reverront jamais. Alf meurt à Brighton en avril 1976, après un dernier coup de téléphone. Le jour où John aurait eu 86 ans, retour sur l’histoire complète d’un père absent et d’un fils qui ne lui a jamais pardonné, ou presque.

En bref

  • La date : vendredi 9 octobre 1970, jour des 30 ans de John Lennon, à Tittenhurst Park, près d’Ascot.
  • Les présents : John, Yoko Ono, Alf Lennon, son épouse Pauline et leur fils David, âgé de dix-neuf mois.
  • Ce qui s’est passé : une violente diatribe de John contre son père, sa mère disparue et sa tante, décrite par Alf dans une lettre à son avocat.
  • Le même jour : John enregistre Remember à Abbey Road, avec Ringo Starr et Klaus Voormann, pour l’album John Lennon/Plastic Ono Band.
  • La suite : plus aucune rencontre. Un dernier échange téléphonique en 1976, quand Alf, atteint d’un cancer, est mourant à Brighton.
  • Quatre correctifs factuels sur la date de la rencontre, la carrière d’Alf, la fameuse scène de Blackpool et la date de sa mort.

Qui était Alfred Lennon ?

Un orphelin de Liverpool qui chantait comme Al Jolson

Alfred Lennon naît le 14 décembre 1912 à Liverpool, dans une famille d’ascendance irlandaise. Son père, Jack Lennon, ancien chanteur de minstrel show devenu employé dans le transport maritime, meurt en 1921. Sa mère, Polly, illettrée et sans ressources, ne peut garder tous ses enfants. Alfred et sa sœur Edith sont placés à l’orphelinat de la Blue Coat School de Liverpool. Il y passe une partie de son enfance.

Le garçon est drôle, vif, musicien. Il chante, joue du banjo, imite Louis Armstrong et Al Jolson. En 1927, il passe une audition pour une troupe de music-hall pour enfants, Will Murray’s Gang, à l’Empire Theatre de Liverpool. Il ne fera pas carrière sur scène. Comme beaucoup de jeunes hommes de Liverpool, il s’engage dans la marine marchande, où il devient steward sur les paquebots. Tous ceux qui l’ont connu décrivent le même homme : charmeur, plein d’esprit, toujours prêt à faire rire, et incapable de garder un emploi ou de tenir une promesse.

Il faut retenir cette double image, parce qu’elle éclaire toute la suite. Le père de John Lennon était un amuseur, un chanteur de pub, un homme à jeux de mots. John le savait, et il le savait aussi en se regardant dans la glace.

Julia Stanley, le chapeau dans le lac

À la fin des années 1920, Alfred rencontre dans Sefton Park une jeune femme de 14 ans, Julia Stanley, l’une des cinq sœurs Stanley. La légende familiale veut qu’elle lui ait reproché son ridicule chapeau melon, et qu’il l’ait aussitôt jeté dans le lac. Ils se fréquentent pendant près de dix ans, malgré l’hostilité de la famille Stanley, qui méprise ce garçon sans avenir. Ils se marient le 3 décembre 1938, au bureau d’état civil de Mount Pleasant, à Liverpool, sans prévenir les parents de Julia.

John Winston Lennon naît le 9 octobre 1940 à la maternité de Liverpool, sur Oxford Street, en pleine période de bombardements allemands. Son père est en mer.

1940-1946 : un père en mer, puis plus de père du tout

Les mandats qui s’arrêtent

Pendant les premières années de la guerre, Alfred navigue. Il rentre rarement, et ses visites sont brèves. Il envoie à Julia une partie de sa paie, par des mandats réguliers. En 1943, ces versements s’interrompent. Alfred a quitté son navire, a été arrêté, et il disparaît pendant des mois. Les biographes divergent sur les détails : il aurait été emprisonné pour avoir dérobé de l’alcool dans la cargaison, ou retenu après avoir manqué son embarquement. Sa propre version, longtemps après, présente l’épisode comme une suite de malchances.

Julia, elle, a 29 ans, un enfant en bas âge et plus aucun revenu. Elle sort, danse, se fait courtiser. Fin 1944, elle tombe enceinte d’un soldat gallois. Quand Alfred reprend contact, le mariage n’existe plus que sur le papier. La petite fille née en juin 1945, Victoria, est confiée à l’adoption et grandira en Norvège sous le nom d’Ingrid Pedersen. John n’apprendra son existence que bien plus tard.

Julia s’installe ensuite avec un nouveau compagnon, Bobby Dykins. Sa sœur aînée, Mimi Smith, juge la situation inacceptable pour l’enfant, alerte les services sociaux de Liverpool et obtient de garder John chez elle, à Mendips, au 251 Menlove Avenue, à Woolton.

Correctif factuel n° 1 — Alf Lennon n’a pas déserté l’armée

On lit souvent qu’Alf Lennon a disparu de l’armée, ou qu’il a déserté pendant la guerre. C’est inexact. Alfred Lennon n’a jamais été soldat. Il était marin dans la marine marchande, où il servait comme steward. Son absence de 1943 est liée à un abandon de poste et à des démêlés judiciaires dans ce cadre civil, pas à une désertion militaire. On lit aussi qu’il était irlandais : il est né à Liverpool, d’une famille d’ascendance irlandaise, comme une grande partie de la population du port.

Blackpool, juillet 1946 : le voyage qui devait aller jusqu’en Nouvelle-Zélande

En juin 1946, Alfred réapparaît à Mendips. Il demande à voir son fils, qu’il n’a pratiquement pas connu, et l’emmène pour ce qui ressemble à des vacances au bord de la mer, à Blackpool, chez un ami marin, Billy Hall. En réalité, il a un projet : émigrer avec John en Nouvelle-Zélande, où il espère refaire sa vie, en se lançant avec Hall dans le commerce de bas de soie au marché noir.

Julia l’apprend, et vient à Blackpool avec Bobby Dykins pour récupérer son fils. La discussion est violente. C’est là que se situe la scène la plus célèbre de l’enfance de John Lennon, racontée dans presque toutes les biographies : sommé de choisir entre son père et sa mère, l’enfant de cinq ans aurait d’abord choisi son père, deux fois, puis, voyant sa mère s’éloigner, aurait couru derrière elle en pleurant.

Correctif factuel n° 2 — La scène du choix à Blackpool est contestée

La scène de l’enfant obligé de choisir entre ses parents, puis courant après sa mère, est l’un des épisodes les plus repris de la légende Lennon. Elle repose pourtant sur des témoignages tardifs, en partie sur ceux d’Alf lui-même. Mark Lewisohn, dans Tune In, le premier volume de sa grande biographie des Beatles publié en 2013, conclut que les parents se sont plutôt mis d’accord pour que Julia reprenne l’enfant et lui donne un foyer. Billy Hall, le seul témoin extérieur encore vivant lors de ses recherches, a affirmé que le choix dramatique n’avait pas eu lieu sous cette forme. Que la scène soit exacte ou non, le résultat est le même : John repart avec Julia, qui le confie à nouveau à Mimi, et il ne reverra pas son père pendant près de dix-huit ans.

Mendips, Julia, puis le 15 juillet 1958

John grandit chez Mimi et son mari George Smith, dans une maison de la petite bourgeoisie de Woolton. Il revoit sa mère, de plus en plus souvent à l’adolescence. Julia, qui joue du banjo, lui apprend ses premiers accords, l’encourage, le traite plus en complice qu’en fils. Le 15 juillet 1958, elle est renversée par une voiture en sortant de chez Mimi. Elle a 44 ans. John en a 17.

Il a donc perdu son père à cinq ans, par abandon, et sa mère à dix-sept, par accident. Il le résumera plus tard d’une phrase rapportée par son biographe Hunter Davies en 1968 : il avait vite oublié son père, c’était comme s’il était mort. Nous avons raconté cette jeunesse et ses blessures dans notre récit du retour solitaire de John de Hambourg en 1960. La chanson Julia, sur l’Album blanc de 1968, est l’hommage le plus tendre qu’il lui ait consacré.

1964 : le père revient, avec la gloire du fils

Le 1er avril 1964 chez NEMS : “Qu’est-ce que tu veux ?”

Pendant que les Beatles conquièrent le monde, Alfred Lennon fait la plonge dans un hôtel de la banlieue de Londres. Il découvre comme tout le monde que le chanteur du groupe le plus célèbre de la planète porte son nom. Des collègues le reconnaissent, à la ressemblance. La presse populaire flaire l’histoire.

Le 1er avril 1964, en plein tournage de A Hard Day’s Night, Alf se présente aux bureaux de NEMS, la société de Brian Epstein, au cinquième étage de Sutherland House, sur Argyll Street, accompagné d’un journaliste. Il explique à la réceptionniste qu’il est le père de John Lennon. Epstein fait aussitôt venir John, qui tourne au Scala Theatre. Les premiers mots du fils, selon le récit consacré, sont une question sèche : que veux-tu ? La conversation dure une vingtaine de minutes, puis John fait sortir son père et le journaliste. En échange du silence sur cette rencontre, NEMS offre au journal d’autres exclusivités.

L’épisode laisse pourtant une trace ambiguë. Le lendemain, selon plusieurs témoignages, John appelle son ami d’enfance Pete Shotton et lui raconte, presque ravi, qu’il a retrouvé son père, un drôle de type, un peu loufoque, comme lui.

1965 : That’s My Life, le disque de la discorde

La suite est moins drôle. À la fin de 1965, Alf, rebaptisé Freddie Lennon pour l’occasion, enregistre un 45 tours autobiographique, That’s My Life (My Love and My Home), coécrit avec Tony Cartwright et publié le 31 décembre 1965 par Piccadilly Records. Le disque raconte, en chanson sentimentale, la vie d’un homme qui a tout perdu. Cynthia Lennon racontera que John, apprenant la sortie du disque à Noël, en fut mortifié et furieux de voir son père profiter aussi ouvertement de sa célébrité. Le 45 tours disparaît rapidement des radios, et son coauteur a soupçonné Epstein et John de l’avoir fait enterrer, sans que rien ne l’ait jamais prouvé.

Pendant la même période, Alf vient frapper à la porte de Kenwood, la maison de John à Weybridge. Cynthia, seule ce jour-là, le fait entrer et attend avec lui le retour de son mari pendant deux heures, frappée par la ressemblance entre les deux hommes. Alf finit par repartir sans avoir vu son fils.

1967 : Pauline, dix-neuf ans

En 1967, Alf revient à Kenwood. Cette fois, il n’est pas seul. Il présente à John sa fiancée, Pauline Jones, une étudiante de dix-neuf ans, de trente-cinq ans sa cadette et de sept ans plus jeune que John lui-même. La mère de la jeune femme s’oppose violemment à cette relation. John, embarrassé, accepte d’employer Pauline à Kenwood, où elle aide Cynthia et s’occupe du courrier des fans. Il installe ensuite le couple dans un appartement à Kew, au sud-ouest de Londres, dont il paie le loyer, puis, selon la plupart des biographes, contribue à leur installation à Brighton, où ils emménagent en novembre 1969.

Le 26 février 1969 naît David Henry Lennon, le premier fils d’Alf et de Pauline, demi-frère de John. Un second fils, Robin Francis, naîtra le 22 octobre 1973. John est donc, à 29 ans, le demi-frère aîné d’un bébé, et le fils d’un homme qui recommence une famille alors qu’il n’a jamais tenu la première. On imagine sans peine ce que cela réveille.

1970 : l’année du cri primal

La fin des Beatles et la thérapie d’Arthur Janov

Pour comprendre ce qui se passe à Tittenhurst le 9 octobre 1970, il faut mesurer l’état de John cette année-là. Les Beatles n’existent plus. Paul a annoncé son départ en avril. John, qui avait quitté le groupe en privé dès septembre 1969, est entré au printemps 1970 dans la thérapie primale du psychologue américain Arthur Janov, dont il a lu le livre, The Primal Scream. La méthode consiste à faire revivre au patient, avec la plus grande intensité possible, les douleurs fondamentales de son enfance, en particulier l’abandon par les parents, pour qu’il les exprime enfin dans un cri.

Janov vient d’abord à Tittenhurst, puis John et Yoko partent pour Los Angeles, où ils suivent son traitement pendant plusieurs mois, jusqu’à la fin de l’été 1970. Ils l’interrompent avant son terme, en partie à cause de problèmes de visa. John en revient transformé, à vif, débarrassé de toute pudeur. Toutes les chansons qu’il écrit alors parlent de lui, de sa mère, de son père, de la peur et de la vérité.

Alf, dans sa lettre, comprendra que son fils était allé en Amérique, à grands frais, suivre une sorte de traitement qui permet de revivre les événements de la petite enfance, et qu’il avait devant lui le résultat de ce traitement. Il ne se trompait pas.

Les séances de John Lennon/Plastic Ono Band

Rentré en Angleterre, John entre en studio à Abbey Road fin septembre 1970 pour enregistrer son premier véritable album solo, John Lennon/Plastic Ono Band. La formation est minimale : John à la guitare et au piano, Ringo Starr à la batterie, Klaus Voormann à la basse, Phil Spector à la coproduction sur une partie des titres. Le disque, qui sortira le 11 décembre 1970, est l’un des plus dépouillés et des plus douloureux de l’histoire du rock. Nous en avons publié le journal de production séance par séance, et analysé la voix de John dans notre article sur la voix libérée de Plastic Ono Band.

C’est au beau milieu de ces séances, et le jour même de ses 30 ans, que John reçoit son père.

Le 9 octobre 1970 : le récit de la dernière rencontre

Un déjeuner d’anniversaire qui part de travers

La rencontre a été organisée à l’initiative d’Alf, qui souhaitait renouer après plusieurs mois de silence. John, qui a coupé les ponts, accepte de le recevoir à Tittenhurst Park, la grande propriété de l’Ascot qu’il a achetée en 1969 et où il vit avec Yoko. Il imagine, selon plusieurs récits, un tête-à-tête entre père et fils.

Alf arrive avec Pauline et le petit David, âgé de dix-neuf mois. Pour John, la présence de cette nouvelle famille est un choc, ou une provocation. Le fils qui sort à peine de mois de thérapie consacrée à l’abandon paternel voit arriver son père avec l’enfant qu’il élève, lui, et qu’il n’a jamais élevé, lui, John. Le déjeuner tourne court.

Ce que raconte la lettre d’Alf

Notre principale source sur la scène est une lettre qu’Alf adresse peu après à son avocat, citée notamment par la Beatles Bible et reprise dans le livre de Pauline publié en 1990. Il faut la lire pour ce qu’elle est : le témoignage d’une seule partie, écrit sous le coup de l’émotion et dans la perspective d’un éventuel litige.

Alf y raconte que John s’est lancé dans le récit de son récent séjour en Amérique. À mesure qu’il parlait, écrit-il, la souffrance qu’il s’infligeait se lisait sur son visage, et sa voix montait jusqu’au hurlement. John se comparait à Jimi Hendrix et aux autres vedettes mortes récemment, Hendrix étant décédé à Londres le 18 septembre 1970, trois semaines plus tôt, et Janis Joplin le 4 octobre, cinq jours plus tôt. Il répétait qu’il était fou, complètement fou, et qu’il mourrait jeune.

Puis la colère se tourne vers la famille. Selon Alf, John insulte sa mère disparue, Julia, dans des termes qu’il refuse de reproduire, puis Mimi, la tante qui l’a élevé, et un ou deux de ses amis les plus proches. Alf dit être resté assis, sidéré, incapable de croire que ce Beatle qu’il imaginait gentil et attentionné parlait à son père avec une “intensité diabolique”.

Le passage le plus terrible vient à la fin. Toujours selon la lettre, John décrit en détail comment il pourrait faire emmener son père en mer pour le jeter par le fond, à vingt, cinquante ou cent brasses de profondeur, au choix. Alf affirme n’avoir eu aucun doute sur le fait que son fils pensait chaque mot, et décrit un visage effrayant, une jubilation malsaine. Il repart avec Pauline et le bébé. Les deux hommes ne se reverront plus jamais.

Comment lire ce témoignage

Il serait facile de prendre cette lettre au pied de la lettre, et tout aussi facile de la rejeter. Elle mérite mieux. D’un côté, Alf avait intérêt à présenter John sous le pire jour : il craignait, selon Pauline, que son fils ne lui coupe les vivres ou ne lui reprenne son logement. De l’autre, le récit concorde parfaitement avec ce que l’on sait de l’état de John à l’automne 1970. La thérapie de Janov encourageait précisément à exprimer sans filtre la rage contre les parents. Et les chansons enregistrées ces jours-là disent la même chose, avec des mots que le monde entier entendra deux mois plus tard.

Les menaces de noyade relèvent sans doute de la fureur verbale plus que d’un projet. Mais la violence de la scène n’a rien d’invraisemblable. John lui-même reconnaîtra, à la fin des années 1970, avoir été un homme violent, avec les mots comme avec les gestes, et en avoir eu honte.

Correctif factuel n° 3 — La dernière rencontre n’a pas eu lieu le lendemain de Remember, mais le jour même

On lit très souvent que John Lennon a vu son père pour la dernière fois en 1970, au cours d’un dîner, le lendemain de l’enregistrement de Remember. La chronologie est inexacte. La rencontre a eu lieu le vendredi 9 octobre 1970, le jour des 30 ans de John, à Tittenhurst Park, pendant la journée. Le soir même, John était au Studio Three d’Abbey Road pour enregistrer Remember avec Ringo Starr et Klaus Voormann. L’enchaînement est saisissant : le matin, une rupture définitive avec son père ; le soir, une chanson qui parle des souvenirs d’enfance et des parents qui n’étaient pas à la hauteur.

Le soir même, Remember à Abbey Road

Après le départ d’Alf, John part pour Londres. Il passe la fin de son anniversaire en studio. Ce jour-là, il enregistre Remember, une chanson construite sur un piano martelé, où il évoque l’enfance, les héros de cinéma, les parents qui promettent et ne tiennent pas, et la nécessité de se souvenir pour se libérer. Ringo et Klaus jouent avec lui. L’ambiance, selon les témoins, est détendue, presque joyeuse, en contraste total avec la matinée. Une prise conservée dans les archives montre même John chantant pour lui-même un joyeux anniversaire sur l’air du morceau.

Le contraste est vertigineux. Le même homme qui vient de menacer son père de le jeter à la mer plaisante en studio avec ses deux amis les plus fidèles. C’est tout John Lennon, capable de passer en quelques heures de la rage à la tendresse, et de transformer l’une et l’autre en chansons.

Mother, Remember, Hold On : le père dans les chansons de 1970

Mother : l’ouverture de l’album

L’album John Lennon/Plastic Ono Band s’ouvre sur un glas : quatre coups de cloche lents, puis la voix de John qui s’adresse successivement à sa mère et à son père. Il dit à sa mère qu’il l’a eue mais qu’elle ne l’a jamais eu, à son père qu’il l’a quitté alors que lui ne l’avait jamais quitté, et il leur dit adieu à tous les deux. Les derniers couplets se terminent en cri, littéralement le cri primal que Janov lui avait appris à pousser, répété jusqu’à l’épuisement.

Mother est la réponse publique à la rencontre du 9 octobre. Elle est enregistrée dans les mêmes semaines, publiée deux mois plus tard. Elle s’adresse à Julia, morte depuis douze ans, et à Alf, vivant et à quelques dizaines de kilomètres de là. Pour la première fois, un Beatle règle ses comptes familiaux sur disque, devant le monde entier. La chanson sort aussi en single aux États-Unis, fin décembre 1970. Elle figure dans la compilation Gimme Some Truth, produite en 2020 par Yoko et Sean.

Remember, Hold On, Working Class Hero

Autour de Mother, tout l’album tourne autour de la même blessure. Remember parle des souvenirs d’enfance et des adultes qui mentent. Hold On est une berceuse qu’il s’adresse à lui-même. Working Class Hero décrit une éducation qui broie l’enfant dès la naissance. My Mummy’s Dead, qui clôt le disque, est une comptine de quelques lignes sur la mort de Julia, enregistrée sur un magnétophone domestique. God fait la liste de tout ce en quoi John ne croit plus, jusqu’aux Beatles.

Il faut réécouter l’album avec en tête la date du 9 octobre. On y entend un homme de 30 ans qui vient de dire adieu à son père, et qui essaie, dans le même mouvement, de se libérer de lui. Pour découvrir le disque, voir John Lennon/Plastic Ono Band en CD et vinyle, et notre sélection de quatre chansons pour découvrir John Lennon.

1970-1976 : six ans de silence, puis un coup de téléphone

Le fils part pour New York

Après le 9 octobre, les ponts sont coupés. Selon Pauline, Alf vit dans la crainte que son fils ne lui retire l’aide financière dont dépend sa famille. Les années suivantes éloignent encore les deux hommes. En septembre 1971, John et Yoko quittent l’Angleterre pour New York, d’où John ne reviendra jamais. Il y mène ses combats politiques, affronte l’administration Nixon qui veut l’expulser, se sépare de Yoko pendant le Lost Weekend, puis la retrouve au début de 1975.

Alf, lui, vit à Brighton avec Pauline et leurs deux fils. Il écrit, dans ses dernières années, un long manuscrit retraçant sa vie, de l’orphelinat aux paquebots, de Julia à Pauline, qu’il destine à John. C’est sa manière de répondre à la scène de Tittenhurst : raconter sa version de l’histoire, celle d’un homme qui n’a pas abandonné son fils par indifférence mais par une suite de malchances et de lâchetés qu’il reconnaît.

John devient à son tour père au foyer

Le 9 octobre 1975, jour de ses 35 ans, John devient père pour la seconde fois. Sean naît à New York. Cette fois, John prend une décision radicale : il arrête tout pour l’élever. Pendant cinq ans, il ne publie presque rien, fait le pain, s’occupe de son fils au Dakota. Il le dira lui-même : il ne voulait pas refaire avec Sean ce qu’il avait fait avec Julian, et ce que son propre père avait fait avec lui.

On peut lire cette décision comme la vraie réponse à Alf. Les cris de Mother étaient une réponse de fils. Les années du Dakota sont une réponse de père. Nous avons raconté ce retrait dans notre histoire du Café La Fortuna et dans notre article sur Sean Ono Lennon.

Mars 1976 : l’appel de Brighton

Au début de 1976, Alf apprend qu’il est atteint d’un cancer de l’estomac en phase terminale. Pauline décide de prévenir John. Elle passe par Apple Corps, la seule adresse qui permette encore de le joindre. Le message arrive à New York.

John réagit. Il fait livrer un bouquet de fleurs à l’hôpital de Brighton. Puis il appelle son père, au téléphone, sur son lit de mort. Selon les récits concordants, il s’excuse pour leurs disputes, et notamment pour la scène de Tittenhurst. Les deux hommes, qui ne se sont pas vus depuis plus de cinq ans, se parlent une dernière fois de loin, d’un continent à l’autre. On ne sait presque rien du contenu exact de cette conversation. On sait seulement qu’elle a eu lieu, et qu’elle s’est mieux terminée que la précédente.

Alfred Lennon meurt à Brighton le 1er avril 1976, à 63 ans. Douze ans jour pour jour après s’être présenté chez NEMS. John propose de payer les obsèques. Pauline refuse, préférant les prendre en charge elle-même. John n’assiste pas aux funérailles : il est à New York, en attente de sa carte verte, qu’il obtiendra en juillet 1976, et qu’il ne pouvait risquer en quittant le territoire américain.

Correctif factuel n° 4 — Alf Lennon est mort en 1976, et père et fils se sont parlé avant

Plusieurs articles affirment qu’Alfred Lennon est mort en 1975, ou que John ne lui a plus jamais adressé la parole après le 9 octobre 1970, et qu’il n’a sans doute pas perdu le sommeil à cause de cette rupture. Les deux affirmations sont inexactes. Alf est mort le 1er avril 1976 à Brighton. Et John, prévenu par Pauline via Apple, lui a envoyé des fleurs et l’a appelé à l’hôpital pour s’excuser de leurs disputes. La dernière rencontre a eu lieu en 1970 ; la dernière conversation, en 1976. La différence est importante : elle montre que John, à 35 ans et devenu père à son tour, a voulu ne pas laisser la scène de Tittenhurst être le dernier mot.

Après Alf : Pauline, David, Robin et le manuscrit

Daddy, Come Home

Après la mort d’Alf, Pauline transmet à John le manuscrit autobiographique de son mari, comme celui-ci l’avait souhaité. Selon plusieurs biographes, John l’aurait lu et y aurait découvert une version de l’histoire familiale qu’il ignorait, notamment sur les années de guerre et sur les rapports entre Alf et Julia. Il n’en parlera jamais publiquement en détail.

En 1990, Pauline, remariée depuis et connue sous le nom de Pauline Stone, publie Daddy, Come Home: The True Story of John Lennon and His Father, qui reprend largement le manuscrit d’Alf. Le livre raconte la jeunesse pauvre d’Alf à Liverpool, son enfance à l’orphelinat, sa vie de marin, puis ses rencontres avec John, y compris la scène de 1970. Il faut le lire comme le plaidoyer d’une épouse, mais c’est aussi la seule source directe sur une partie de la vie d’Alf. On le trouve d’occasion, ici sur Amazon.

Les demi-frères de John

David Henry Lennon et Robin Francis Lennon, les deux fils d’Alf et de Pauline, ont choisi de rester loin de la lumière. Contrairement aux enfants des autres Beatles, ils n’ont jamais fait carrière dans la musique ni dans les médias, et se sont rarement exprimés publiquement. Ils sont les oncles de Julian et de Sean, et ont été très peu associés à l’histoire officielle de la famille Lennon. Nous avons évoqué la question de l’héritage dans notre article sur le testament de John Lennon.

Il existe enfin une autre branche cachée de cette famille : les demi-sœurs de John du côté de Julia, Julia Baird et Jacqueline Dykins, nées de la relation avec Bobby Dykins, et Victoria, devenue Ingrid Pedersen, née en 1945 et adoptée. Julia Baird a publié plusieurs livres de souvenirs et participe régulièrement aux événements organisés à Liverpool.

Argent ou affection : ce que voulait vraiment Alf

Le procès en opportunisme

La lecture la plus répandue de cette histoire est sévère pour Alf. Le père aurait disparu tant que son fils était pauvre et inconnu, et ne serait revenu qu’une fois la fortune arrivée, attiré par l’argent des Beatles. Les faits semblent lui donner raison : il réapparaît en 1964, au sommet de la Beatlemania, accompagné d’un journaliste ; il enregistre un disque qui exploite son nom ; il accepte ensuite que John paie son loyer et l’aide à s’installer. John lui-même l’a souvent présenté ainsi, en le surnommant ironiquement, dans les années 1960, l’ignoble Alf.

Ce jugement n’est pas faux, mais il est incomplet. Alf n’a pas attendu 1964 pour tenter de revoir John : en 1946, il était venu le chercher pour l’emmener avec lui à l’autre bout du monde, ce qui n’est pas le geste d’un homme indifférent. Et c’est la presse qui l’a débusqué en 1964, après que ses collègues l’eurent reconnu, plus que l’inverse. Selon sa propre version, il hésitait à se manifester, de peur de passer précisément pour un profiteur.

Un homme pauvre face à un fils millionnaire

Il faut aussi mesurer le décalage social. En 1964, Alf a 51 ans, il fait la plonge dans un hôtel de la banlieue de Londres, il n’a ni maison ni économies. Son fils est l’un des jeunes hommes les plus riches d’Angleterre. Toute relation entre eux est forcément déséquilibrée. Chaque visite d’Alf peut être lue comme une demande, chaque geste de John comme une charité. Le fait que John ait payé un logement à son père, embauché sa fiancée et aidé le couple à s’installer montre qu’il a, pendant quelques années, accepté ce rôle. Le 9 octobre 1970, il le rejette violemment.

La vérité est sans doute entre les deux. Alf voulait l’affection de son fils et il avait besoin de son argent ; John voulait un père et il ne supportait pas celui qu’il avait. Ni l’un ni l’autre ne savait comment sortir de ce piège.

Tittenhurst Park, décor de la rupture

Le lieu de la dernière rencontre n’est pas anodin. John et Yoko ont acheté Tittenhurst Park en 1969, une grande demeure géorgienne entourée de dizaines d’hectares, près d’Ascot, dans le Berkshire. C’est là qu’ont été prises en août 1969 les dernières photos des quatre Beatles ensemble, là que John installera son studio personnel, Ascot Sound Studios, et là qu’il tournera en 1971 le célèbre clip d’Imagine, au piano blanc. En octobre 1970, c’est le refuge d’un homme qui vient de quitter les Beatles et qui reconstruit sa vie avec Yoko.

Recevoir son père dans ce décor, c’est lui montrer tout ce qu’il a construit sans lui. Pour Alf, l’ancien orphelin de la Blue Coat School, la visite d’une propriété de cette taille, accompagné de sa femme et de son bébé, devait avoir quelque chose d’intimidant. Pour John, voir son père arriver dans sa maison avec un enfant qu’il élevait, lui, était insupportable. Le cadre luxueux a rendu la scène encore plus cruelle.

Le rôle de Yoko Ono

Yoko Ono était présente ce jour-là, selon la plupart des récits. Elle partageait avec John la thérapie de Janov et l’avait accompagné à Los Angeles. On ne connaît pas sa version de la rencontre : elle ne l’a jamais racontée publiquement en détail. Mais son influence sur la démarche de John en 1970 est évidente. C’est avec elle qu’il a décidé de tout dire, sans fard, dans ses chansons comme dans ses entretiens, dont le célèbre Lennon Remembers accordé à Jann Wenner pour Rolling Stone en décembre 1970, où il règle ses comptes avec les Beatles, sa jeunesse et sa famille.

Ce que cette histoire dit de John Lennon

L’abandon comme fil rouge

L’histoire d’Alf et de John n’est pas une anecdote. Elle traverse toute l’œuvre de Lennon. L’enfant abandonné à cinq ans, puis orphelin de mère à dix-sept, devient l’adulte qui écrit Help! en 1965, en se sentant perdu au sommet de la gloire, puis Julia en 1968, puis Mother et Remember en 1970. La peur de l’abandon nourrit aussi sa jalousie, qu’il confessera dans Jealous Guy, comme nous le racontions dans notre histoire de Jealous Guy.

Le cycle qui se répète, puis se brise

Le plus troublant est la répétition. John, qui a tant reproché à son père de l’avoir abandonné, quitte à son tour son premier fils. En 1968, il se sépare de Cynthia pour Yoko, et Julian, cinq ans, voit son père disparaître, comme John avait vu disparaître le sien à cinq ans. John reconnaîtra en 1980, avec une franchise brutale, n’avoir pas été un bon père pour Julian. Les retrouvailles entre eux, pendant le Lost Weekend, ont été rendues possibles par May Pang, comme nous le racontions dans notre récit de ce que Julian doit à May Pang.

Avec Sean, John brise enfin le cycle. Il fait ce qu’Alf n’a pas fait, ce qu’il n’avait pas fait avec Julian : il reste. Cinquante ans plus tard, Sean est devenu à son tour père d’un petit Aurelius, né à l’été 2026, l’arrière-petit-fils d’Alfred Lennon. Nous avons raconté cette naissance dans notre double portrait de Sean et Charlotte Kemp Muhl.

L’héritage inattendu du père

Il y a enfin ce que John tenait de son père, sans jamais l’avoir voulu. Le goût de la scène, de la chanson, de la blague. Ceux qui ont écouté That’s My Life, le disque d’Alf de 1965, sont souvent frappés par la ressemblance des voix, ce timbre nasal et ironique, cette manière de traîner sur les fins de phrase. Cynthia l’avait remarqué en recevant Alf à Kenwood : le père et le fils se ressemblaient de façon troublante, jusque dans les gestes. John a passé sa vie à rejeter son père, et il lui ressemblait.

C’est peut-être ce qui explique la violence de la scène du 9 octobre 1970. On ne crie jamais aussi fort que contre ce que l’on porte en soi.

Le 9 octobre, une date chargée dans la vie de John Lennon

Trois anniversaires qui racontent une vie

La rencontre avec Alf n’est pas le seul événement majeur à tomber un 9 octobre. Cette date revient comme un refrain dans la biographie de John, et la mettre en perspective éclaire la scène de 1970.

Le 9 octobre 1961, pour ses 21 ans, John reçoit de sa tante Elizabeth, en Écosse, un cadeau de cent livres. Il l’utilise pour partir à Paris en auto-stop avec Paul McCartney. Les deux amis y rencontrent Jürgen Vollmer, l’ami de Hambourg, qui leur coiffe les cheveux vers l’avant : la coupe Beatles est née. À 21 ans, le 9 octobre est une fête de la jeunesse et de l’amitié.

Le 9 octobre 1970, pour ses 30 ans, c’est la rupture avec le père, puis l’enregistrement de Remember. La fête devient règlement de comptes.

Le 9 octobre 1975, pour ses 35 ans, naît Sean. John devient le père qu’il n’a pas eu. Le 9 octobre redevient une fête, et le restera, puisque le père et le fils partageront désormais leur anniversaire, jusqu’au dernier, en 1980, quand John a 40 ans et Sean 5. C’est cette dernière journée qu’évoque aussi le documentaire de Steven Soderbergh présenté à Cannes en mai 2026, consacré au dernier entretien de John, deux mois plus tard.

Entre ces trois dates, on lit toute une trajectoire : le jeune homme libre, l’homme blessé, puis le père réconcilié. Le 9 octobre 2026, jour de cette mise à jour, John aurait eu 86 ans et Sean en a 51.

Ce que les fans peuvent retenir

Pour l’amateur des Beatles, l’histoire d’Alf est une clé d’écoute. Elle aide à comprendre pourquoi les chansons les plus personnelles de Lennon parlent si souvent d’abandon, de mères et de pères, de peur et de besoin d’amour. Elle invite aussi à se méfier des récits trop simples : le père monstre, le fils victime, la scène du choix sur la plage de Blackpool. La réalité, telle que les historiens l’ont reconstruite, est plus nuancée, plus humaine, et finalement plus émouvante. Un père maladroit et opportuniste, un fils blessé et parfois cruel, et, au bout, un coup de téléphone entre New York et Brighton, six ans après la scène de Tittenhurst.

Chronologie : Alf et John Lennon

Date Événement
14 décembre 1912 Naissance d’Alfred Lennon à Liverpool
1921 Mort de son père ; placement à l’orphelinat de la Blue Coat School
3 décembre 1938 Mariage avec Julia Stanley à Liverpool
9 octobre 1940 Naissance de John Winston Lennon
1943 Alf quitte son navire ; les versements à Julia cessent
Juin 1945 Naissance de Victoria, demi-sœur de John, confiée à l’adoption
Juin-juillet 1946 Séjour à Blackpool et projet d’émigration en Nouvelle-Zélande
15 juillet 1958 Mort de Julia Lennon, renversée par une voiture
1er avril 1964 Retrouvailles de vingt minutes dans les bureaux de NEMS
31 décembre 1965 Sortie du 45 tours That’s My Life (My Love and My Home)
1967 Alf présente Pauline Jones à Kenwood ; elle travaille pour John
26 février 1969 Naissance de David Henry Lennon
Novembre 1969 Alf et Pauline s’installent à Brighton
Printemps-été 1970 Thérapie primale de John avec Arthur Janov
9 octobre 1970 Dernière rencontre à Tittenhurst Park ; enregistrement de Remember le soir
11 décembre 1970 Sortie de John Lennon/Plastic Ono Band, qui s’ouvre sur Mother
22 octobre 1973 Naissance de Robin Francis Lennon
9 octobre 1975 Naissance de Sean ; John se retire pour l’élever
Mars 1976 Fleurs et coup de téléphone de John à son père mourant
1er avril 1976 Mort d’Alfred Lennon à Brighton, à 63 ans
8 décembre 1980 Assassinat de John Lennon à New York
1990 Pauline publie Daddy, Come Home
2013 Mark Lewisohn remet en cause la scène de Blackpool dans Tune In
Été 2026 Naissance d’Aurelius, fils de Sean et arrière-petit-fils d’Alf
9 octobre 2026 56e anniversaire de la dernière rencontre ; John aurait eu 86 ans

Pour aller plus loin : voir, écouter, lire

À voir sur YouTube

À écouter et à lire

  • John Lennon/Plastic Ono Band (1970), l’album de Mother et Remember : en CD et vinyle.
  • John Lennon, Gimme Some Truth (2020), avec Mother : en SHM-CD.
  • John Lennon, Power to the People (2025), le coffret des années new-yorkaises : disponible ici.
  • Mark Lewisohn, Tune In (2013), la biographie de référence sur l’enfance de John : le livre.
  • Pauline Lennon, Daddy, Come Home (1990), la version d’Alf : le livre.
  • Cynthia Lennon, John (2005), le témoignage de sa première épouse : le livre.
  • Nowhere Boy (2009), le film de Sam Taylor-Johnson : en DVD et Blu-ray.

Questions fréquentes

Quand John Lennon a-t-il vu son père pour la dernière fois ?

Le 9 octobre 1970, jour de ses 30 ans, à Tittenhurst Park, sa propriété près d’Ascot.

Que s’est-il passé lors de cette dernière rencontre ?

Selon une lettre d’Alf à son avocat, John, en pleine thérapie primale, s’est livré à une violente diatribe contre son père, sa mère disparue et sa tante, allant jusqu’à le menacer de le faire jeter à la mer.

Qui accompagnait Alf Lennon ?

Sa femme Pauline et leur fils David, âgé de dix-neuf mois, demi-frère de John.

Quelle chanson John Lennon a-t-il enregistrée ce jour-là ?

Remember, le soir même, au Studio Three d’Abbey Road, avec Ringo Starr et Klaus Voormann.

Qui était Alf Lennon ?

Alfred Lennon (1912-1976), dit Freddie, marin de la marine marchande, chanteur amateur, père de John Lennon. Il a abandonné le foyer pendant la guerre.

John Lennon a-t-il dû choisir entre son père et sa mère à Blackpool ?

C’est la version la plus répandue, mais elle est contestée. Mark Lewisohn estime que les parents se sont mis d’accord pour que Julia reprenne l’enfant, et le témoin Billy Hall a nié la scène du choix.

Quand John et Alf se sont-ils retrouvés ?

Le 1er avril 1964, dans les bureaux de NEMS à Londres, pendant une vingtaine de minutes.

Le père de John Lennon a-t-il enregistré un disque ?

Oui, That’s My Life (My Love and My Home), publié le 31 décembre 1965 sous le nom de Freddie Lennon.

Quand Alf Lennon est-il mort ?

Le 1er avril 1976 à Brighton, d’un cancer de l’estomac, à 63 ans.

John Lennon s’est-il réconcilié avec son père ?

En partie : prévenu de sa maladie, il lui a envoyé des fleurs et l’a appelé à l’hôpital pour s’excuser de leurs disputes.

Quelle chanson de John Lennon parle de son père ?

Mother, qui ouvre l’album John Lennon/Plastic Ono Band en 1970, s’adresse à sa mère et à son père.

John Lennon avait-il des demi-frères ?

Oui, David Henry (né en 1969) et Robin Francis (né en 1973), fils d’Alf et de Pauline, ainsi que trois demi-sœurs du côté de sa mère.

Glossaire

  • Marine marchande : flotte civile de transport de passagers et de marchandises, distincte de la marine militaire.
  • Thérapie primale : méthode psychothérapeutique d’Arthur Janov visant à revivre les traumatismes de l’enfance pour les exprimer.
  • Tittenhurst Park : propriété de John et Yoko près d’Ascot, de 1969 à 1971.
  • Mendips : la maison de Mimi Smith, au 251 Menlove Avenue, où John a grandi.
  • Kenwood : la maison de John et Cynthia à Weybridge, de 1964 à 1968.
  • NEMS : la société de management de Brian Epstein.
  • Blue Coat School : ancienne école et orphelinat de Liverpool.

Sources et références

Mark Lewisohn, Tune In (2013) ; Pauline Lennon, Daddy, Come Home (1990) ; Cynthia Lennon, John (2005) ; Hunter Davies, The Beatles (1968) ; Ray Coleman, Lennon ; The Beatles Bible (1er avril 1964, 9 octobre 1970, 1er avril 1976) ; Wikipédia en anglais, articles Alfred Lennon et John Lennon ; Far Out Magazine ; American Songwriter ; Arthur Janov, The Primal Scream (1970).

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