Ce que Julian Lennon doit à May Pang : l’histoire vraie des retrouvailles d’un père et d’un fils pendant le Lost Weekend
Sur la pochette de “Jude”, l’album que Julian Lennon a publié en 2022, un petit garçon aux cheveux longs regarde dans le vide, comme ailleurs. La photo a été prise à Disney World, juste après Noël 1974. Celle qui tenait l’appareil s’appelle May Pang. On la connaît comme “la maîtresse du Lost Weekend”, la jeune assistante qui a partagé dix-huit mois de la vie de John Lennon pendant sa séparation d’avec Yoko Ono. On oublie presque toujours l’essentiel : c’est pendant cette période, et en grande partie grâce à elle, que John a revu son fils aîné après des années d’absence. Julian lui-même le dit. Voici l’histoire de ces retrouvailles, de leurs limites, de ce qu’elles ont changé et de ce qu’elles n’ont pas pu réparer.
En bref
- Le contexte : à l’automne 1973, John Lennon se sépare de Yoko Ono et part vivre à Los Angeles avec May Pang, leur assistante, âgée de 22 ans. La période durera environ dix-huit mois, jusqu’en février 1975.
- Le point de départ : Julian, né le 8 avril 1963, n’a pratiquement plus vu son père depuis plusieurs années. Il vit au Royaume-Uni avec sa mère, Cynthia.
- Le rôle de May Pang : elle pousse John à reprendre contact, organise les visites de Julian, sert de lien avec Cynthia et rend les premières rencontres moins pesantes.
- Les preuves : Julian a publiquement crédité May Pang et sa mère d’avoir voulu le rapprocher de son père. Il décrit ces mois comme les plus heureux qu’il ait connus avec John.
- Les moments clés : une guitare offerte, des accords appris ensemble, Julian à la batterie sur “Ya Ya” à la fin de l’album Walls and Bridges, un Noël 1974 en Floride et une journée à Disney World.
- L’image qui reste : la photo de Disney World prise par May Pang, choisie par Julian en 2022 pour la pochette de son album “Jude”.
- La limite : après le retour de John auprès de Yoko Ono en 1975, les contacts se raréfient à nouveau. Julian voit son père pour la dernière fois en avril 1979.
Une photo d’enfant sur une pochette de 2022
Le 9 septembre 2022, Julian Lennon publie “Jude”, son premier album depuis plus de dix ans. Le titre est une évidence et une provocation douce : c’est le prénom qui a fait de lui, bien malgré lui, le destinataire de l’une des chansons les plus célèbres du monde. Paul McCartney avait écrit “Hey Jude”, d’abord intitulée “Hey Jules”, pour consoler le petit garçon de cinq ans au moment du divorce de ses parents, comme nous l’avons raconté dans notre enquête sur les trois destinataires possibles de “Hey Jude”. Cinquante-quatre ans plus tard, Julian reprend le prénom à son compte.
Mais le détail qui nous intéresse est ailleurs, sur la pochette. On y voit un enfant d’une dizaine d’années, frange épaisse, regard perdu, dans un décor flou et coloré. Le crédit photographique indique un nom que les amateurs des Beatles connaissent bien : May Pang. Interrogé par le magazine Spin au moment de la sortie, Julian a expliqué d’où venait l’image. La photo a été prise à Disney World, en Floride, juste après Noël 1974. À cette époque, raconte-t-il, son père était avec May Pang, et May Pang et sa mère essayaient de faire en sorte que le père et le fils passent davantage de temps ensemble.
Il a ajouté une explication bouleversante sur l’expression de son visage. Il était heureux de revoir son père, mais la situation lui paraissait étrange, après des années sans le voir. Les questions qui l’occupaient alors, dit-il, tenaient en deux phrases : “combien de temps ça va durer ?” et est-ce qu’il allait disparaître à nouveau. C’est, selon lui, ce que dit ce regard ailleurs.
Choisir cette image pour la couverture d’un disque intitulé “Jude” n’a rien d’anodin. C’est une manière de dire que l’enfant de la chanson et l’enfant de la photo sont le même, et que la seconde image corrige un peu la première. “Hey Jude” raconte un garçon qu’on console parce que son père s’en va. La photo de Disney World montre un garçon qui a retrouvé son père, au moins pour quelques jours. Et entre les deux, il y a une femme que l’histoire officielle des Beatles a longtemps rangée au rayon des anecdotes.
Le Lost Weekend : ce que l’expression cache
Pour comprendre le rôle de May Pang, il faut d’abord se débarrasser d’une étiquette. John Lennon a lui-même baptisé cette période son “Lost Weekend”, en référence au roman de Charles Jackson et au film de Billy Wilder sorti en 1945, l’histoire d’un écrivain alcoolique qui disparaît dans un week-end de beuverie. L’expression est restée, et elle a imposé une lecture : dix-huit mois de dérive, de verres renversés, de nuits de scandale. Nous avons consacré un long article à l’histoire de cet exil de dix-huit mois, et plusieurs autres à l’autre récit qu’en fait May Pang.
Les excès ont existé. En mars 1974, au Troubadour de West Hollywood, Lennon se fait remarquer une première fois en se collant une serviette hygiénique sur le front pendant un concert d’Ann Peebles, puis, deux semaines plus tard, il est expulsé du club avec Harry Nilsson pour avoir chahuté les Smothers Brothers. Les séances de l’album de reprises avec Phil Spector tournent au chaos, entre alcool et coup de revolver tiré dans la cabine. Personne, pas même May Pang, ne nie ces épisodes.
Mais réduire la période à ses pires nuits revient à passer à côté de presque tout le reste. Pendant ces dix-huit mois, Lennon produit l’album Pussy Cats de Harry Nilsson, enregistre Walls and Bridges, obtient avec “Whatever Gets You Thru the Night” le seul numéro un de sa carrière solo aux États-Unis de son vivant, rejoint Elton John sur la scène du Madison Square Garden, enregistre “Fame” avec David Bowie, termine l’album Rock ‘n’ Roll, retrouve Paul McCartney pour la seule séance où les deux hommes ont joué ensemble après la séparation des Beatles. Et il retrouve son fils.
Ce dernier point est le plus souvent oublié, parce qu’il ne fait pas de bruit. Une beuverie au Troubadour fait les gros titres. Un père qui apprend trois accords de guitare à son fils de onze ans dans un appartement de Manhattan n’intéresse aucun journal. C’est pourtant, pour Julian, ce que restera cette période.
Correctif factuel : un “week-end” de dix-huit mois
On lit encore que le Lost Weekend aurait duré “un an”, voire “quelques mois”. La relation entre John Lennon et May Pang commence à la fin de l’été 1973, et le départ pour Los Angeles a lieu en octobre de la même année. Elle s’achève début février 1975, lorsque Lennon revient au Dakota auprès de Yoko Ono. Cela représente environ dix-huit mois, la durée retenue par la quasi-totalité des biographes. Le terme lui-même est de Lennon ; May Pang affirme qu’il s’est ensuite excusé de l’avoir employé, parce qu’il réduisait à une beuverie une relation qu’elle a toujours décrite comme sérieuse. Il faut enfin préciser que Pang soutient être restée en contact avec Lennon, par intermittence, bien au-delà de 1975.
Qui est May Pang ?
Avant d’être le personnage d’une légende, May Pang est une jeune femme de New York au parcours très concret. Elle naît le 24 octobre 1950 à Manhattan, de parents immigrés chinois. Son prénom chinois, Fung Yee, évoque un oiseau de légende, le phénix. Elle grandit à Spanish Harlem, où sa mère tient une blanchisserie, puis dans un appartement près de la 97e Rue et de la Troisième Avenue.
Passionnée de rock, elle rêve un temps d’être mannequin, mais les agences lui font comprendre que son physique est jugé “trop ethnique”. Elle se tourne alors vers l’industrie musicale et entre en 1970 comme réceptionniste chez ABKCO, la société d’Allen Klein, qui gère à ce moment-là les affaires d’Apple et de trois anciens Beatles : Lennon, Harrison et Starr. En décembre 1970, on lui demande de donner un coup de main à John et Yoko sur deux de leurs films expérimentaux. Elle devient leur secrétaire, puis leur assistante personnelle à plein temps quand le couple s’installe à New York en 1971. Elle coordonne l’exposition de Yoko Ono à l’Everson Museum de Syracuse en octobre 1971, travaille sur le tournage du film “Imagine”, puis sur l’album Mind Games, à l’été 1973.
C’est pendant les séances de Mind Games que se produit la scène que tout le monde connaît. Selon le récit de May Pang, Yoko Ono entre dans son bureau et lui explique qu’elle et John ne s’entendent plus, qu’il va commencer à voir d’autres femmes, et qu’elle préférerait que ce soit avec elle. Pang proteste : John est son employeur, et il est marié. Yoko balaie l’objection et dit qu’elle s’occupe de tout. Ono a elle-même confirmé l’existence de cette conversation, tout en la présentant, dans un entretien de 1990, sous un jour différent : elle aurait surtout dit à John que leur mariage avait besoin d’air et qu’il pouvait partir s’amuser à Los Angeles.
Ce qui suit est une relation de dix-huit mois, d’abord à Los Angeles, ensuite à New York. May Pang n’est pas seulement la compagne de Lennon : elle reste sa coordinatrice de production. Elle recevra un disque d’or de la RIAA pour son travail sur Walls and Bridges et sera créditée sous le surnom de “Mother Superior” sur Rock ‘n’ Roll. C’est sa voix qui chuchote le prénom de John dans “#9 Dream”. C’est pour elle que Lennon écrit “Surprise, Surprise (Sweet Bird of Paradox)”. Et c’est elle qui, dès les premiers mois, lui pose une question que personne ne lui posait plus : quand as-tu vu ton fils pour la dernière fois ?
Julian, l’enfant resté de l’autre côté de l’Atlantique
Un fils né en pleine Beatlemania
John Charles Julian Lennon naît le 8 avril 1963 à Liverpool. Son père est en tournée ; il ne le verra que plusieurs jours plus tard. Le mariage de John et de Cynthia Powell, célébré dans la discrétion le 23 août 1962, doit rester secret pour ne pas nuire à l’image du groupe. Julian grandit donc dans l’ombre de la Beatlemania, avec un père presque toujours absent, en tournée, en studio, en tournage.
Julian a souvent raconté qu’il avait le sentiment d’avoir été, dès le départ, un enfant de trop dans la vie de son père. John lui-même, dans ses entretiens de 1980, reconnaîtra ne pas avoir été présent pour son premier fils, et opposera explicitement l’enfance de Julian à celle de Sean, qu’il élèvera au Dakota à partir de 1975. Cette comparaison, qui se voulait peut-être un aveu, a été vécue par Julian comme une blessure supplémentaire.
1968 : le départ
En 1968, John quitte Cynthia pour Yoko Ono. Le divorce est prononcé en novembre de la même année. Julian a cinq ans. C’est à ce moment que Paul McCartney, qui l’aimait beaucoup, prend sa voiture pour rendre visite à Cynthia et à l’enfant à Weybridge, et compose en chemin la chanson qui deviendra “Hey Jude”. Le geste de McCartney est resté dans les mémoires précisément parce qu’il contrastait avec l’absence du père.
Après le divorce, Julian vit avec sa mère. Cynthia se remarie en 1970 avec l’hôtelier italien Roberto Bassanini ; le couple divorcera en 1973. Julian racontera qu’il a dû s’habituer à un nouveau père de substitution, pendant que le sien s’installait à Londres, puis à Tittenhurst Park, puis à New York. Les contacts deviennent rares, puis presque inexistants. Julian dira plus tard qu’il voyait son père une fois tous les trente-six du mois.
Pourquoi le lien s’est-il distendu à ce point ?
Les raisons de cet éloignement ont fait l’objet de versions contradictoires, et il faut les présenter comme telles. May Pang a affirmé que, lorsqu’elle travaillait pour John et Yoko au début des années 1970, Julian téléphonait parfois et qu’on lui demandait de ne pas passer les appels à John, voire de ne pas les lui signaler. C’est son témoignage, et il n’a pas été confirmé de manière indépendante. Interrogée en 2024 sur le rôle éventuel de Yoko Ono dans cette distance, elle a d’ailleurs refusé de désigner un coupable, disant simplement qu’elle ne voulait pointer personne du doigt.
Ce qui est beaucoup moins discuté, c’est le résultat. Au début des années 1970, John vit aux États-Unis, en pleine bataille contre les services d’immigration qui cherchent à l’expulser, entièrement absorbé par Yoko, par la politique, par ses disques et par sa propre instabilité. Julian vit au pays de Galles et en Angleterre avec sa mère. Le père et le fils sont devenus presque des étrangers l’un pour l’autre. Selon les sources, Julian n’a pas vu son père depuis deux, trois ou quatre ans lorsque la situation commence à changer.
“Tu ne peux pas continuer à fuir” : May Pang pousse John vers son fils
Tous les récits concordent sur un point : l’initiative ne vient pas de John. Elle vient de May Pang. À Los Angeles, loin de Yoko pour la première fois depuis cinq ans, Lennon parle de son passé, de Liverpool, de sa mère Julia morte quand il avait dix-sept ans, de son propre père Alfred, qui l’avait abandonné enfant. May Pang, qui a vingt-trois ans et vient d’une famille très soudée, s’étonne d’une absence dans ce récit : celle de Julian.
Elle a raconté à plusieurs reprises comment elle a abordé le sujet. Elle lui fait remarquer qu’il a un fils, qu’il ne l’a pas vu depuis des années, et qu’il ne pourra pas éviter éternellement la question. John se montre nerveux, coupable, fuyant. Revoir Julian signifie aussi revoir Cynthia, affronter le regard de la femme qu’il a quittée, reconnaître les années manquées. Pang insiste. Selon ses souvenirs, elle lui dit en substance qu’il n’a pas été là pour son fils et qu’il est temps de s’en occuper.
L’ironie de la situation n’a échappé à personne. L’homme qui a écrit “Mother”, en 1970, pour hurler l’abandon qu’il avait subi de la part de ses propres parents, était en train de reproduire le même schéma avec son fils. Lennon connaissait mieux que quiconque la douleur d’un enfant dont le père a disparu. Il fallait peut-être une personne extérieure à cette histoire pour le lui faire remarquer.
May Pang a résumé plus tard sa conviction dans un entretien accordé au site CultureSonar : elle trouvait important que John et Cynthia se revoient et aient enfin la conclusion apaisée qu’ils n’avaient pas eue la première fois, et elle se sentait mal pour Cynthia, qui avait élevé Julian seule. Elle ajoutait un détail révélateur : John avait fini par lui avouer que Cynthia avait fait un travail formidable pour élever leur fils.
Le premier contact : Cynthia au téléphone
Concrètement, c’est May Pang qui décroche le téléphone. Elle prend contact avec Cynthia, qu’elle ne connaît pas encore, pour organiser une visite. L’échange aurait pu être glacial : la nouvelle compagne de l’ex-mari appelant l’ex-épouse pour parler de l’enfant. Il est au contraire le début d’une amitié durable entre les deux femmes, qui se poursuivra bien après le retour de John auprès de Yoko Ono, et jusqu’à la mort de Cynthia en 2015.
Cynthia l’a reconnu publiquement. En 2008, lorsque May Pang publie Instamatic Karma, son livre de photographies de Lennon, c’est Cynthia qui signe le texte de recommandation en quatrième de couverture, et elle y salue la compassion et l’attention dont Pang a fait preuve envers elle et envers Julian, ainsi que son rôle dans la réunion du père et du fils. Venant de la première femme de John, ce n’est pas un compliment de circonstance.
Les retrouvailles : un père qui fait les cent pas
La première rencontre a lieu à Los Angeles, en 1974. Les souvenirs de May Pang en restituent la tension. Avant l’arrivée de Cynthia et de Julian, John est anxieux, il tourne en rond, il redoute le moment. Ce n’est pas le Lennon provocateur des conférences de presse, ni le chahuteur du Troubadour : c’est un homme de trente-trois ans qui a peur de son fils de onze ans.
Le rôle de May Pang, tel qu’elle le décrit elle-même, est moins celui d’une médiatrice sentimentale que celui d’un amortisseur pratique. Elle parle avec Cynthia. Elle joue avec Julian. Elle empêche chaque échange de tourner au règlement de comptes sur les années perdues. Elle rend l’atmosphère respirable.
Une scène, rapportée dans les récits de cette première visite, dit tout de ce que ces retrouvailles coûtaient à John. Après le séjour, John et May raccompagnent Cynthia et Julian à l’aéroport. De retour dans la voiture, Lennon se renverse contre le dossier et pousse un long soupir de soulagement. La visite s’est bien passée. Il a tenu. Il peut recommencer.
Correctif factuel : combien d’années sans se voir, et quand exactement ?
Les sources ne s’accordent ni sur la durée de la séparation entre John et Julian, ni sur la date exacte des premières retrouvailles. Selon les récits, Julian n’avait pas vu son père depuis “plus de deux ans”, “près de trois ans” ou “quatre ans”. Plusieurs notices affirment par ailleurs que John offre à Julian une guitare et une boîte à rythmes pour Noël 1973, tout en situant la première visite au printemps ou à l’été 1974, à l’époque de la maison de Santa Monica. Les deux informations ne sont pas forcément incompatibles, les cadeaux ayant pu être envoyés avant la rencontre, mais la chronologie fine de ces mois reste floue, y compris chez les principaux témoins. La seule certitude solide est celle-ci : c’est pendant le Lost Weekend, et en 1974, que le père et le fils recommencent à se voir régulièrement. Julian lui-même situe ses retrouvailles en 1974, à l’âge de onze ans.
Une guitare, une boîte à rythmes et trois accords
Le cadeau le plus souvent cité est une guitare de type Gibson Les Paul, accompagnée d’une boîte à rythmes. Le choix n’a rien d’innocent. John ne sait pas bien parler à son fils, mais il sait lui montrer des accords. La musique devient la langue commune d’un père et d’un enfant qui n’ont pas grand-chose d’autre à partager. Julian racontera que son père lui offrait des boîtes à rythmes et des jouets musicaux, et qu’il l’encourageait à s’intéresser à la musique.
Cette transmission a des conséquences. Dix ans plus tard, en 1984, Julian publiera son premier album, Valotte, et la ressemblance de sa voix avec celle de son père stupéfiera le public. Nous avons retracé sa trajectoire d’artiste dans notre portrait de Julian Lennon entre héritage et indépendance. On aurait tort d’y voir une simple affaire de génétique. Une partie de cette vocation se joue en 1974, dans les quelques heures que John consacre à montrer à son fils où poser les doigts.
La maison de Santa Monica
Au printemps 1974, alors que Lennon produit l’album de Harry Nilsson, May Pang loue une maison au bord de la plage, à Santa Monica. L’idée de John est de réunir les musiciens sous un même toit pour qu’ils arrivent à l’heure au studio. Y vivent, outre le couple, Harry Nilsson, Ringo Starr et Keith Moon, le batteur des Who. On imagine sans peine le tableau. C’est aussi dans cette maison que défilent les visiteurs, dont Paul et Linda McCartney, venus renouer avec John. La fameuse séance improvisée du 28 mars 1974 aux Burbank Studios, celle qu’on connaîtra plus tard sous le nom de A Toot and a Snore in ’74, se tient à ce moment-là, et May Pang y assiste.
Ce contexte éclaire le rôle de Pang d’une autre manière. Julian n’est pas un cas isolé. Pendant le Lost Weekend, elle encourage John à rouvrir toutes sortes de portes qu’il avait fermées : avec Paul McCartney, avec Cynthia, avec son fils, avec des amis perdus de vue. Nous avons consacré un article à ce réseau d’anciens Beatles qui n’a jamais cessé de fonctionner. La réconciliation avec Julian s’inscrit dans ce mouvement plus large.
L’été 1974 à New York : “Ya Ya” et la batterie de Julian
En juin 1974, John et May quittent la Californie pour Manhattan. Lennon arrête de boire et se concentre sur le travail. Le couple adopte deux chats, baptisés Major et Minor, et s’installe au début de l’été dans un appartement en attique au 434 East 52nd Street. C’est depuis la terrasse de cet appartement, accessible en passant par la fenêtre de la cuisine, que John et May affirment avoir vu un objet volant le 23 août 1974, épisode que nous avons raconté parmi nos vingt anecdotes sur John Lennon.
Julian vient passer du temps à New York cet été-là. Il se souviendra plus tard qu’on l’avait fait venir à New York pour séjourner chez son père, dans un petit appartement de l’East Side. Il ajoutera un détail qui dit beaucoup : son père passait encore beaucoup de temps à Los Angeles, et, quand ils étaient à New York, c’était May Pang qui restait le soir pour s’occuper de lui. La jeune femme n’est pas seulement la compagne de John ; elle est aussi, pendant ces semaines, une présence rassurante pour un garçon de onze ans dans une ville immense.
“Ya Ya”, dernière plage de Walls and Bridges
C’est pendant ce séjour que se produit l’un des moments les plus touchants de toute la discographie de Lennon. Aux studios Record Plant, où John enregistre Walls and Bridges, Julian s’installe à la batterie pendant que son père, au piano, entame “Ya Ya”, un classique du rhythm’n’blues de Lee Dorsey. Le résultat dure à peine plus d’une minute. Il est brouillon, joyeux, familial. On entend un enfant qui tape sur des fûts et un père qui s’amuse.
John choisit de placer ce fragment à la toute fin de l’album. Walls and Bridges, disque sombre, traversé par la solitude et la culpabilité, avec des titres comme “Nobody Loves You (When You’re Down and Out)”, se referme donc sur le son d’un père et d’un fils qui jouent ensemble. Le crédit de la pochette mentionne Julian à la batterie. C’est le premier enregistrement publié de Julian Lennon, dix ans avant Valotte.
La plage est souvent traitée comme une curiosité. Elle mérite mieux. Dans un disque où Lennon s’accuse, se plaint et se cherche, “Ya Ya” est le seul moment de pure légèreté, et ce moment, il le partage avec son fils. On peut y lire un geste : faire figurer Julian sur un album qui sortira dans le monde entier, c’est reconnaître publiquement son existence, à une époque où le grand public ignorait presque tout de lui.
Walls and Bridges paraît à l’automne 1974 et atteint la première place du classement des albums aux États-Unis. Le single “Whatever Gets You Thru the Night”, enregistré avec Elton John, devient numéro un du Billboard Hot 100 en novembre. Pour la première fois, un disque numéro un porte le nom de Julian Lennon dans ses crédits.
Cynthia et May : l’amitié qu’on n’attendait pas
L’un des aspects les plus surprenants de cette histoire est la relation entre Cynthia Lennon et May Pang. Tout les prédisposait à la méfiance, voire à la rivalité. Elles sont devenues amies, et le sont restées quarante ans.
Plusieurs sources soulignent que Pang et Cynthia s’entendaient bien, à la surprise de l’entourage. Julian l’a confirmé dans une formule simple, rapportée par la presse américaine lors d’une exposition des photographies de Pang : “May avait une excellente relation avec maman”. Pendant les visites, les deux femmes échangent, organisent, se relaient. Cynthia n’est pas tenue à l’écart ; elle est associée.
Cette alliance a une importance que l’on mesure mal. Pour un enfant de parents divorcés, voir sa mère et la nouvelle compagne de son père s’entendre est un soulagement immense. Cela signifie qu’on n’a pas à choisir un camp, qu’on n’a pas à cacher sa joie de revoir son père, qu’on n’a pas à porter le poids des rancunes des adultes. Julian a parlé de ces années comme de celles où il n’avait plus à naviguer entre deux mondes hostiles.
L’amitié survivra à tout. Après la mort de John en décembre 1980, Cynthia et May resteront proches. May Pang assistera en 2002 au Concert for George, au Royal Albert Hall, toujours liée à Cynthia et à Julian. Cynthia meurt le 1er avril 2015 à Majorque. Nous avons raconté sa vie entière, bien au-delà de John, dans un portrait publié pour ce qui aurait été son anniversaire.
Noël 1974 en Floride : Disney World et la fin des Beatles
La fin de l’année 1974 offre à cette histoire son décor le plus inattendu. John, May et Julian partent passer les fêtes en Floride. Ils séjournent d’abord dans la région de Palm Beach, chez Morris Levy, le patron du label Roulette, avec qui Lennon est alors lié par un accord à l’amiable dans le procès sur “Come Together”, un arrangement qui tournera plus tard au contentieux. Puis direction Orlando et Disney World.
May Pang a raconté la journée de Noël avec un plaisir évident. Selon elle, John, Julian et elle, accompagnés de Morris Levy et de son fils Adam, passent le 25 décembre 1974 dans le parc d’attractions. John ne s’inquiète pas d’être reconnu : la foule est trop occupée à courir vers la prochaine attraction pour remarquer un ancien Beatle en lunettes rondes. Il est, dit-elle, invisible. Pour un homme qui ne pouvait plus marcher dans la rue depuis dix ans, c’est un luxe rare. Pour un garçon de onze ans, c’est un Noël avec son père dans le plus grand parc de jeux du monde.
C’est au cours de ce séjour que May Pang prend la photo que Julian choisira quarante-huit ans plus tard pour la pochette de “Jude”. Julian la date lui-même de l’après-Noël 1974. L’enfant y a ce regard dont il dira qu’il exprimait la peur de voir son père disparaître à nouveau.
29 décembre 1974 : la signature qui dissout les Beatles
Le même séjour est le théâtre d’un événement historique que l’on raconte rarement sous cet angle familial. Les documents juridiques qui mettent officiellement fin à l’association des Beatles, après des années de procédures, ont été signés par Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr. Il manque la signature de John, qui ne s’est pas présenté au rendez-vous fixé à New York. Les papiers lui sont apportés en Floride. Le 29 décembre 1974, dans une chambre de l’hôtel Polynesian Village, à Disney World, John Lennon signe.
May Pang a pris la seule photo connue de ce moment : on y voit la main de John tracer sa signature sur le document. Elle a raconté que ce jour-là, il avait longtemps regardé par la fenêtre avant de prendre le stylo, et nous avons évoqué cette hésitation dans notre article sur le procès de 1971 et ses suites. À une journaliste, elle a résumé l’état d’esprit de John d’une formule : c’était enfin fini. Elle a aussi rappelé qu’il avait été le dernier à signer, et qu’il y avait une quantité de documents dont on ne se doute pas.
Il y a dans ce télescopage une symétrie presque trop parfaite. La même semaine, dans le même hôtel, John Lennon met un point final à la famille qu’il avait formée avec Paul, George et Ringo, et renoue avec la famille qu’il avait laissée derrière lui. Le Beatle signe la fin des Beatles ; le père retrouve son fils. Julian est là, quelque part dans l’hôtel, pendant que son père tourne la page de la plus grande aventure musicale du siècle.
Correctif factuel : Cynthia était-elle à Disney World ?
Plusieurs articles de presse consacrés aux expositions de May Pang affirment que Cynthia Lennon faisait partie du voyage en Floride de décembre 1974, aux côtés de John, de May et de Julian. Ce n’est pas ce que dit May Pang elle-même lorsqu’elle décrit la journée de Noël à Disney World : elle cite John, Julian, elle-même, Morris Levy et son fils Adam, sans mentionner Cynthia. Julian, de son côté, attribue à sa mère et à May la volonté de le rapprocher de son père, sans préciser si Cynthia était présente sur place. En l’état des témoignages publiés, la présence de Cynthia à Disney World ne peut pas être tenue pour établie. Il est en revanche certain que son rôle d’organisation, en amont, a été décisif.
May Pang photographe : l’œil qui a gardé la trace
Si cette histoire nous parvient aujourd’hui avec autant de précision, c’est en grande partie parce que May Pang avait un appareil photo. Pendant le Lost Weekend, elle photographie John en permanence, avec un simple appareil de type Instamatic, sans aucune intention de publication. Elle l’a expliqué dans un entretien récent : ces images étaient faites pour eux, pour être regardées à la maison, comme n’importe quel couple garde ses photos de vacances.
Elle raconte aussi que leur statut a changé avec le temps. Après leur séparation, John lui-même lui a demandé l’un de ses clichés pour illustrer la pochette d’un 45 tours d’“Imagine”. Les photos de famille devenaient des documents. Aujourd’hui, elles constituent l’une des rares sources visuelles intimes de cette période : John à la plage, John au piano, John avec des amis, John avec Julian.
On y voit un Lennon que les photographes professionnels n’ont presque jamais saisi. Pas le militant barbu de 1971, pas l’homme au foyer de 1980, mais un trentenaire détendu, souriant, parfois espiègle, qui joue avec son fils dans l’eau ou sur le sable. Les articles de presse consacrés aux expositions de Pang ont souvent mis en avant une photographie de John et Julian sur une plage, image simple d’un père et d’un fils ensemble, que l’on ne trouve dans aucune autre archive.
C’est cette même May Pang, photographe amateur, qui immortalise la signature de la dissolution des Beatles le 29 décembre 1974, et c’est elle encore qui prend l’une des toutes dernières photographies connues de John Lennon et Paul McCartney ensemble, en mars 1974. Elle a d’ailleurs dit regretter de ne pas avoir eu son appareil le soir du 28 novembre 1974, quand John est monté sur la scène du Madison Square Garden avec Elton John, pour ce qui sera la dernière apparition publique de sa vie sur une grande scène.
La photographie de Julian à Disney World appartient à cet ensemble. Elle a été prise sans intention, comme on photographie un enfant en vacances. Quarante-huit ans plus tard, elle devient la pochette d’un album. C’est tout le paradoxe de May Pang : la femme que l’histoire a voulu reléguer au second plan était celle qui tenait l’appareil, et donc celle dont le regard fixe aujourd’hui notre mémoire de ces mois-là. Julian, devenu lui-même photographe, ne pouvait pas l’ignorer : en choisissant cette image, il rend aussi hommage à l’œil qui l’a saisie.
“La période la plus heureuse” : ce que Julian a dit
La force de cette histoire tient à un fait simple : ce n’est pas seulement May Pang qui la raconte. Pang a évidemment intérêt à ce que son rôle soit reconnu ; elle a passé des décennies à défendre une autre lecture du Lost Weekend, dans son livre de 1983, Loving John, puis dans le documentaire The Lost Weekend: A Love Story, présenté au festival de Tribeca en 2022 et sorti en salles en 2023. Elle a dit se sentir “effacée” de l’histoire. Ce type de plaidoyer appelle la prudence.
Mais Julian, lui, n’a aucune raison de flatter May Pang. Et il l’a fait, à plusieurs reprises, pendant des décennies. En 2009, dans un entretien au Times de Londres, il déclarait que son père et lui s’entendaient beaucoup mieux à cette époque, qu’ils s’amusaient, riaient beaucoup, et que ses souvenirs de ces moments avec son père et May étaient très nets. Il concluait par une phrase que May Pang cite souvent et qui résume tout : “ce sont les moments les plus heureux dont je me souvienne avec eux”.
Dans le documentaire de 2022, Julian revient sur ces années. Il se souvient de May comme de quelqu’un qui rendait l’atmosphère plus légère pour l’enfant qu’il était, avec qui il plaisantait et riait. Il décrit un père plus heureux, plus jeune, plus détendu. Et il résume l’effet de sa présence en disant qu’elle avait apporté de la lumière dans leur relation.
Il y a enfin le geste de 2022 : mettre en couverture de son album le plus personnel une photographie prise par May Pang, pendant l’un des voyages que ces retrouvailles ont rendus possibles. Aucun témoignage n’est plus éloquent. On ne choisit pas pour la pochette d’un disque intitulé “Jude” l’image d’une personne dont on voudrait minimiser le rôle.
Ce que Lennon lui-même en disait
John Lennon, de retour auprès de Yoko Ono, a publiquement présenté le Lost Weekend comme une période sombre, une errance dont il avait été sauvé. En privé, son discours était plus nuancé. Le journaliste Larry Kane, qui l’avait connu dès la tournée américaine de 1964, rapporte dans sa biographie Lennon Revealed une confidence frappante. Lennon lui aurait dit, en substance, qu’il avait peut-être été à ce moment-là plus heureux que jamais, qu’il avait aimé cette femme et fait de la belle musique, tout en reconnaissant qu’il s’était abîmé dans l’alcool. La phrase commence par ces mots : “j’ai peut-être été plus heureux que jamais”.
On peut discuter la fiabilité d’une confidence rapportée des années plus tard. Mais elle converge avec le souvenir de Julian : pour le père comme pour le fils, ces mois ont été, malgré le chaos, une parenthèse de légèreté.
Le regard des autres témoins
Tous les proches de Lennon ne partagent pas la vision lumineuse de May Pang. Elliot Mintz, ami intime de John et Yoko et plus tard porte-parole de la famille Ono, voit le Lost Weekend d’un œil plus sombre : selon lui, Lennon s’y était perdu, avant de reconquérir le cœur de Yoko. Mais Mintz, interrogé par Fox News, a rendu à Pang un hommage sans ambiguïté sur un point précis. Il la décrit comme une femme posée, qui ne fumait pas, ne buvait pas et “avait sincèrement à cœur l’intérêt de John”. Même chez ceux qui contestent son récit d’ensemble, personne ne met en doute sa bonne influence personnelle.
Paul McCartney, de son côté, a toujours entretenu de bonnes relations avec May Pang. Il l’a invitée au service commémoratif de Linda McCartney en 1998, une invitation qui, selon la presse de l’époque, n’aurait pas été adressée à Yoko Ono. Le geste en dit long sur la manière dont Paul voyait son rôle pendant ces mois où il avait retrouvé John. Nous avons aussi raconté comment Paul a paradoxalement contribué au retour de John auprès de Yoko.
Février 1975 : la fin d’une parenthèse
Au début de 1975, tout semble s’installer. John et May envisagent d’acheter un cottage de style écossais près du phare de Montauk, à la pointe de Long Island, après une visite chez Mick Jagger dans la propriété d’Andy Warhol. Ils prévoient aussi de rejoindre Paul et Linda McCartney à La Nouvelle-Orléans, où Wings enregistre l’album Venus and Mars. Selon May Pang, John parle même de retravailler avec Paul.
La veille du départ prévu, John se rend au Dakota : Yoko lui a dit avoir trouvé une méthode pour l’aider à arrêter de fumer. Il ne rentre pas. Quand May téléphone le lendemain, on lui répond qu’il est épuisé par une séance d’hypnothérapie. Deux jours plus tard, elle le retrouve lors d’un rendez-vous chez le dentiste qu’ils avaient pris ensemble. Il lui annonce qu’il est retourné auprès de Yoko. La relation est terminée. Nous avons raconté la suite dans notre article sur le retrait de John Lennon en 1975.
Pour Julian, la conséquence est immédiate, même si elle n’est pas brutale. La personne qui organisait les visites, qui parlait avec sa mère, qui rendait les séjours faciles, disparaît de la vie de son père. Le 9 octobre 1975, le jour des 35 ans de John, naît Sean Taro Ono Lennon. Julian a douze ans. Il a désormais un demi-frère, et son père entame cinq années de retrait presque total, consacrées à élever ce second fils au Dakota.
1975-1980 : ce qui a survécu, ce qui s’est perdu
Il serait faux de dire que tout s’arrête en 1975. Les contacts entre John et Julian ne disparaissent pas ; ils changent de nature. Julian continue de se rendre ponctuellement aux États-Unis. Mais ces visites n’ont plus rien de la légèreté des mois passés avec May.
Julian l’a raconté sans détour. Au Dakota, il avait souvent l’impression de déranger. Il se souvient qu’on le reprenait parce qu’il riait trop fort, qu’on lui demandait de faire silence parce que Sean dormait, et que son père pouvait se mettre en colère pour des riens. Il avait alors un rire très sonore, dira-t-il avec humour, et se faisait gronder pour ça. Il reconnaît aussi avoir éprouvé une forme de jalousie, jamais exprimée, envers ce petit frère qui avait droit à la présence quotidienne d’un père qu’il n’avait jamais eu. “J’étais un peu jaloux, mais je n’ai jamais rien dit”, confiera-t-il.
La comparaison entre les deux périodes est cruelle et instructive. Avec May Pang, John était accessible, détendu, disponible. Au Dakota, dans une maisonnée organisée autour de Sean et de Yoko, Julian redevient un visiteur. Cela ne signifie pas que Yoko Ono ait délibérément tenu Julian à distance ; les témoignages sur ce point sont trop contradictoires pour être tranchés. Cela signifie que la qualité de la relation père-fils dépendait beaucoup de l’environnement, et que l’environnement du Lost Weekend lui était singulièrement favorable.
Avril 1979 : la dernière rencontre
La dernière fois que Julian voit son père, c’est en avril 1979, en Floride, à Palm Beach, où la famille de John séjourne. Julian vient d’avoir seize ans. Palm Beach, c’est aussi la région où il avait passé Noël 1974 avec John et May, un peu plus de quatre ans plus tôt. La boucle géographique est frappante : la dernière rencontre a lieu dans la ville même où avait commencé le plus beau séjour.
En 1980, John prépare son retour à la musique avec Double Fantasy. Selon plusieurs témoignages, les appels téléphoniques à Julian se font plus fréquents cette année-là. Sean a cinq ans, l’âge qu’avait Julian lors du divorce, et John semble prendre conscience de ce qu’il a manqué. Des projets de rencontre sont évoqués. Le 8 décembre 1980, John Lennon est assassiné devant le Dakota. Julian a dix-sept ans. Il dort chez lui, à Ruthin, au pays de Galles ; Cynthia, qui se trouve à Londres quand Ringo Starr l’appelle pour lui annoncer la nouvelle, n’a alors qu’une pensée, rentrer au plus vite pour la lui dire elle-même.
“Un hypocrite” : la colère de Julian
Les années suivantes, Julian exprimera sur son père des sentiments d’une grande dureté. Dans un entretien de 1998, souvent cité, il déclare que son père était “un hypocrite”, capable de parler de paix et d’amour au monde entier sans jamais savoir les montrer à sa femme et à son fils. La colère est à la mesure de l’absence. Elle concerne l’ensemble de sa relation avec John, avant comme après le Lost Weekend.
Il faut placer ces mots à côté de ceux sur May Pang. Ils ne se contredisent pas ; ils se complètent. Julian reproche à son père d’avoir été absent. Il reconnaît à May Pang d’avoir été l’une des rares personnes à rendre ce père présent, pendant quelques mois. Ce contraste donne toute sa valeur à la parenthèse de 1974 : elle prouve, a posteriori, qu’une autre relation était possible, dès lors que John lui faisait de la place.
Trois générations de pères absents
On ne peut pas raconter les retrouvailles de John et de Julian sans remonter une génération plus haut. Car John Lennon, avant d’être un père absent, a été un fils abandonné. Et le parallèle entre les deux histoires est si précis qu’il en devient troublant.
Alfred Lennon, le père qui partait en mer
Le père de John, Alfred Lennon, que tout le monde appelait Freddie, est marin dans la marine marchande. Il est presque toujours absent pendant la petite enfance de son fils, né en octobre 1940 en pleine guerre. En 1946, lors d’un épisode resté célèbre à Blackpool, le petit John, qui a cinq ans, se retrouve pris entre son père et sa mère, Julia, et doit, selon le récit transmis par la famille, choisir avec qui partir. Il suit sa mère. Il ne reverra pratiquement plus son père pendant près de vingt ans. John sera élevé par sa tante Mimi, à Woolton.
Retenons l’âge : cinq ans. C’est exactement l’âge qu’a Julian en 1968, au moment du divorce de ses parents. À vingt-deux ans d’écart, le père et le fils vivent, au même âge, la même fracture.
1964 : le père revient avec la gloire
Freddie Lennon réapparaît en 1964, au moment où son fils devient l’homme le plus célèbre d’Angleterre. Il travaille alors comme plongeur dans un hôtel du Surrey, non loin de la maison de John à Weybridge. Il vend son histoire à la presse, enregistre même un disque à la fin de 1965. John accepte de le revoir, lui verse une pension, l’aide à s’installer. Mais la relation reste tendue, chargée de rancœur. En 1970, au sortir de la thérapie primale d’Arthur Janov, celle qui produira “Mother”, John a avec son père une confrontation d’une grande violence verbale, qui marque une nouvelle rupture.
Freddie Lennon meurt le 1er avril 1976 à Brighton, d’un cancer. Selon les témoignages de la famille, John lui téléphone à l’hôpital peu avant sa mort, pour lui parler une dernière fois. La date du 1er avril reviendra, par une étrange coïncidence, trente-neuf ans plus tard : c’est le jour où meurt Cynthia Lennon, en 2015.
Le cycle et sa brèche
Ce que révèle ce parallèle, c’est un cycle : un père absent produit un fils blessé, qui devient à son tour un père absent. John l’a su, l’a chanté, l’a hurlé dans “Mother”, et l’a pourtant reproduit avec Julian pendant des années. Les retrouvailles de 1974 représentent la seule véritable brèche dans ce cycle avant la naissance de Sean. Pendant quelques mois, John est pour Julian ce que Freddie n’a jamais été pour lui : un père qui montre des accords de guitare, qui emmène son fils dans un parc d’attractions, qui l’invite à jouer sur son disque.
C’est aussi ce qui rend la fin de cette parenthèse si douloureuse. En 1975, le cycle se referme sur Julian, pendant qu’il s’ouvre, enfin heureux, sur Sean. Julian a raconté qu’il voyait son père donner à son demi-frère ce que lui-même n’avait jamais reçu. Nous avons retracé le destin de ce second fils et de sa propre famille dans notre double portrait de Sean Lennon et Charlotte Kemp Muhl. Le contraste entre les deux enfances des fils Lennon est l’un des fils rouges les plus poignants de l’histoire de la famille.
Et c’est là que le rôle de May Pang prend sa pleine mesure. Elle n’a pas brisé le cycle ; personne ne le pouvait à la place de John. Mais elle a été la personne qui, au moment où il aurait été si facile de continuer à fuir, lui a rappelé qu’il avait un fils. Dans une famille où l’absence se transmettait de père en fils depuis au moins deux générations, ce rappel n’était pas un détail.
Pourquoi l’histoire a-t-elle oublié ce rôle ?
Si les témoignages de Julian et de Cynthia sont aussi clairs, pourquoi le rôle de May Pang dans les retrouvailles du père et du fils reste-t-il si peu connu ? Plusieurs raisons se conjuguent.
Le poids d’une étiquette
La première tient au nom même de la période. “Lost Weekend” oriente le regard vers la chute. Quand on cherche à raconter une chute, on retient les verres, les bagarres, l’expulsion du Troubadour. Un enfant qui retrouve son père n’entre pas dans ce scénario. L’expression, choisie par Lennon lui-même après son retour au Dakota, a donc fonctionné comme un filtre : tout ce qui ne relevait pas de la perdition a été relégué au second plan.
Le récit officiel d’un couple mythique
La deuxième raison tient à la place du couple John et Yoko dans l’histoire. Leur relation possède un poids culturel immense, avant comme après la séparation. Dans ce grand récit, dont Yoko Ono est restée pendant plus de quarante ans la principale gardienne, les dix-huit mois avec May Pang apparaissent comme un détour, une parenthèse à refermer. Une parenthèse n’a pas vocation à produire du positif durable. Reconnaître que John a été, pendant cette période, un meilleur père qu’avant et qu’après, c’est introduire une complexité que le récit dominant n’accueille pas volontiers.
La place assignée à une jeune femme
La troisième raison est plus inconfortable. May Pang avait vingt-deux ans, elle était l’employée du couple, elle était une femme d’origine chinoise dans un milieu rock très majoritairement blanc et masculin. Pendant des décennies, les biographies l’ont désignée par des mots qui la réduisaient à une fonction : la secrétaire, la maîtresse, la “petite amie du Lost Weekend”. Nous avons consacré un article à la manière dont les femmes de l’entourage des Beatles ont été rendues coupables dans la construction du mythe ; May Pang, reléguée au rang d’épisode, en est un exemple frappant. Une personne ainsi définie n’est pas perçue comme un acteur capable d’influencer la vie familiale de Lennon.
La méfiance envers un témoin intéressé
La dernière raison est légitime. May Pang raconte sa propre histoire, et elle a un intérêt évident à la manière dont on s’en souvient. Elle a parlé d’effacement, elle a publié un livre, produit un documentaire, organisé des expositions. Un historien sérieux doit prendre ses affirmations avec précaution, notamment quand elles portent sur Yoko Ono. C’est précisément pour cela que le témoignage de Julian compte autant : il fournit une confirmation extérieure, venant de la personne la mieux placée pour juger.
Correctif factuel : Yoko Ono a-t-elle “orchestré” la liaison ?
On lit souvent que Yoko Ono aurait “organisé” ou “orchestré” la relation entre John et May Pang. Le fond de l’affirmation repose sur le récit de Pang, et Yoko Ono a confirmé avoir eu avec elle la conversation initiale, comme le rapporte le biographe Larry Kane. Mais dans un entretien de 1990, Ono en a donné une lecture différente : elle aurait surtout expliqué à John que leur couple avait besoin de liberté et qu’il pouvait aller s’amuser à Los Angeles, sans avoir pour autant planifié la liaison dans ses détails. Les deux versions divergent sur l’intention, pas sur l’existence de la conversation. Il est donc exact de dire que Yoko Ono a encouragé cette relation au départ ; il est excessif d’affirmer qu’elle en a tiré toutes les ficelles.
Ce que May Pang n’a pas fait
Rendre justice à May Pang ne doit pas conduire à l’excès inverse. Il faut poser clairement les limites de son rôle.
May Pang n’a pas créé la responsabilité de John envers son fils. Cette responsabilité existait depuis 1963, et c’était à John, et à lui seul, de l’assumer. Si le père a revu son fils en 1974, c’est parce qu’il a fini par l’accepter. Pang l’a encouragé, elle a organisé, elle a facilité ; elle n’a pas pris la décision à sa place.
May Pang n’a pas non plus réparé durablement la relation. Les retrouvailles de 1974 ont été un moment, pas une guérison. Après 1975, la distance est revenue, et Julian a gardé de son père une image profondément ambivalente, faite de moments heureux et d’un sentiment d’abandon. La mort de John en 1980 a interrompu la relation avant qu’elle ait pu trouver un nouvel équilibre.
Enfin, le rôle de Cynthia ne doit pas disparaître derrière celui de May. C’est Cynthia qui a élevé Julian, qui a accepté de reprendre contact avec l’homme qui l’avait quittée, qui a fait le voyage, qui a laissé son fils partir seul à New York. Julian associe toujours les deux femmes dans ses souvenirs : May Pang et sa mère, dit-il, voulaient le rapprocher de son père. L’histoire des retrouvailles est une histoire à deux femmes, pas à une seule.
Julian et May, aujourd’hui
La relation entre Julian Lennon et May Pang ne s’est pas arrêtée avec le Lost Weekend. Elle a survécu au retour de John auprès de Yoko, à la mort de John, à la mort de Cynthia. Julian parle d’elle avec une affection constante, et les articles consacrés aux expositions de ses photographies soulignent qu’il reste proche d’elle.
May Pang a poursuivi sa vie professionnelle dans l’industrie musicale. Après 1975, elle travaille pour United Artists Records puis pour Island Records, où elle s’occupe notamment de la promotion d’albums de Bob Marley et de Robert Palmer. Elle épouse en 1989 le producteur Tony Visconti, collaborateur historique de David Bowie ; ils ont deux enfants et divorcent en 2000. Elle crée plus tard une ligne de bijoux, s’engage auprès d’un refuge pour animaux à New York, anime une émission de radio sur internet.
Elle publie en 1983 Loving John, écrit avec Henry Edwards, puis en 2008 Instamatic Karma, un recueil de photographies de Lennon prises pendant leur relation, avec en quatrième de couverture le texte de Cynthia saluant son rôle auprès de Julian. En 2022, le documentaire The Lost Weekend: A Love Story, réalisé par Eve Brandstein, Richard Kaufman et Stuart Samuels, est présenté au festival de Tribeca ; il sort en salles en avril 2023. Julian y apparaît pour témoigner. La même année, les photographies de May Pang commencent à circuler dans une exposition itinérante à travers les États-Unis, que nous avons présentée dans notre article sur les photos qui démythifient le Lost Weekend.
En 2022, Julian met une de ces photos sur la pochette de “Jude”. Nous avons longuement évoqué sa démarche d’artiste dans le grand entretien où Julian Lennon se raconte, et, plus récemment, dans notre portrait publié pour ses 63 ans. La photographie de Disney World y prend tout son sens : Julian, devenu lui-même photographe reconnu, choisit pour se présenter au monde l’image d’un autre photographe, qui l’avait regardé quand son père apprenait enfin à le regarder.
La rencontre de Reykjavik
Un épilogue inattendu mérite d’être raconté. Le 9 octobre 2006, jour où John aurait eu 66 ans, May Pang se trouve en Islande, dans le même hôtel que Yoko Ono, venue à Reykjavik pour présenter un projet artistique. Les deux femmes n’ont eu aucun contact depuis une vingtaine d’années. Le hasard les réunit sous le même toit. La scène a quelque chose de romanesque : les deux femmes de la vie de John Lennon pendant les années 1970, réunies par hasard, trente et un ans après la fin du Lost Weekend, le jour de son anniversaire.
Ce que cette histoire change dans notre lecture de Lennon
L’épisode des retrouvailles oblige à réviser plusieurs idées reçues sur John Lennon.
La première concerne la chronologie de sa paternité. Le récit courant oppose un Lennon père absent, avant 1975, et un Lennon “homme au foyer”, après la naissance de Sean. L’histoire de Julian montre que la transformation a commencé plus tôt, pendant le Lost Weekend, et qu’elle a d’abord profité au fils aîné. Le Lennon qui apprend des accords à Julian en 1974 préfigure celui qui fera du pain pour Sean au Dakota.
La deuxième concerne la nature du Lost Weekend. Ce ne fut pas seulement une période d’errance, mais aussi un moment de réouverture : Lennon renoue avec McCartney, avec des musiciens, avec son fils, avec sa première épouse. May Pang n’est pas la seule cause de ces réouvertures, mais elle en est la condition la plus constante.
La troisième concerne l’œuvre. Walls and Bridges, disque de solitude et de remords, se termine sur un père et un fils qui jouent ensemble. On ne peut plus écouter “Ya Ya” comme une simple blague de fin d’album. C’est la trace sonore d’une réconciliation, d’autant plus précieuse qu’elle sera brève.
La quatrième, enfin, concerne la mémoire. Si l’on ne retient du Lost Weekend que ses pires nuits, on prive Julian d’une part de son histoire. Ses meilleurs souvenirs d’enfance avec son père datent précisément de ces mois-là. Les réduire à une dérive, c’est lui retirer ce qu’il a eu de plus précieux.
Correctif factuel : le “seul numéro un” de Lennon
On présente souvent “Whatever Gets You Thru the Night”, enregistré pendant le Lost Weekend, comme le seul numéro un américain de John Lennon en solo. La formule exacte est : le seul numéro un du Billboard Hot 100 obtenu de son vivant, en novembre 1974. Quelques semaines après son assassinat, “(Just Like) Starting Over”, extrait de Double Fantasy, atteindra à son tour la première place aux États-Unis, en décembre 1980. La précision compte pour l’histoire qui nous occupe : le seul sommet solo que Lennon a pu savourer personnellement date de la période où il vivait avec May Pang et venait de retrouver Julian.
Guide d’écoute : dix titres pour entendre cette histoire
1. “Mother” (1970)
Le cri de Lennon contre l’abandon de ses propres parents, sur John Lennon/Plastic Ono Band. Indispensable pour comprendre ce qui se rejoue avec Julian quatre ans plus tard.
2. “Hey Jude” (1968)
La chanson de McCartney pour le petit Julian, au moment du divorce. La consolation qu’il n’a pas reçue de son père.
3. “#9 Dream” (1974)
La voix de May Pang chuchote le prénom de John. Un rêve éveillé enregistré au cœur de la période.
4. “Surprise, Surprise (Sweet Bird of Paradox)” (1974)
La chanson que Lennon écrit pour May Pang. Une déclaration d’amour joyeuse, rare chez lui à cette époque.
5. “Whatever Gets You Thru the Night” (1974)
Avec Elton John, le seul numéro un américain de Lennon de son vivant, et le pari qui le ramènera sur scène au Madison Square Garden, comme nous l’avons raconté dans notre article sur Elton John et la réconciliation de John et Yoko.
6. “Nobody Loves You (When You’re Down and Out)” (1974)
L’autre versant du disque : la solitude, la déprime, l’autodérision amère.
7. “Ya Ya” (1974)
Julian à la batterie, John au piano. Une minute de bonheur brut, et le premier enregistrement publié de Julian Lennon.
8. “Beautiful Boy (Darling Boy)” (1980)
La berceuse de Lennon pour Sean, sur Double Fantasy. À écouter en pensant à l’autre fils, celui pour qui une telle chanson n’a jamais été écrite.
9. “Too Late for Goodbyes” (1984)
Le premier grand succès de Julian, extrait de Valotte. On y entend la voix du père dans celle du fils, et un musicien qui a appris ses premiers accords en 1974.
10. L’album “Jude” (2022)
Écouté avec sa pochette sous les yeux : l’enfant photographié par May Pang à Disney World, devenu un artiste qui a fait la paix avec son histoire.
Chronologie des retrouvailles
| Date | Événement |
|---|---|
| 23 août 1962 | Mariage de John Lennon et Cynthia Powell à Liverpool. |
| 8 avril 1963 | Naissance de Julian Lennon à Liverpool. |
| 1968 | John quitte Cynthia pour Yoko Ono ; McCartney écrit “Hey Jude” ; divorce en novembre. |
| 1970 | May Pang entre chez ABKCO ; en décembre, elle commence à travailler pour John et Yoko. |
| 1971 | John et Yoko s’installent à New York ; Pang devient leur assistante personnelle. |
| Été 1973 | Séances de Mind Games ; Yoko Ono propose à May Pang de devenir la compagne de John. |
| Octobre 1973 | John et May partent pour Los Angeles. |
| Noël 1973 | Selon plusieurs sources, John offre à Julian une guitare et une boîte à rythmes. |
| Mars 1974 | Incidents du Troubadour ; production de Pussy Cats ; maison de Santa Monica ; séance avec Paul McCartney le 28 mars. |
| 1974 | Premières retrouvailles de John et Julian, organisées par May Pang avec Cynthia. |
| Juin 1974 | Retour à New York ; appartement du 434 East 52nd Street. |
| Été 1974 | Julian séjourne à New York ; il joue de la batterie sur “Ya Ya”. |
| Automne 1974 | Sortie de Walls and Bridges, numéro un aux États-Unis. |
| Novembre 1974 | “Whatever Gets You Thru the Night” numéro un ; John rejoint Elton John au Madison Square Garden le 28 novembre. |
| 25 décembre 1974 | John, May et Julian à Disney World. |
| Fin décembre 1974 | May Pang photographie Julian : la future pochette de “Jude”. |
| 29 décembre 1974 | John signe la dissolution des Beatles au Polynesian Village de Disney World. |
| Février 1975 | John retourne auprès de Yoko Ono ; fin de la relation avec May Pang. |
| 9 octobre 1975 | Naissance de Sean Lennon. |
| Avril 1979 | Dernière rencontre entre John et Julian, en Floride. |
| 8 décembre 1980 | Assassinat de John Lennon à New York. |
| 1983 | May Pang publie Loving John. |
| 1984 | Julian publie Valotte, son premier album. |
| 2008 | Instamatic Karma, avec un texte de Cynthia saluant le rôle de May auprès de Julian. |
| 2009 | Julian décrit dans le Times les mois avec John et May comme les plus heureux. |
| 1er avril 2015 | Mort de Cynthia Lennon à Majorque. |
| 2022 | Documentaire The Lost Weekend: A Love Story au festival de Tribeca ; album “Jude” le 9 septembre, avec la photo de May Pang en couverture. |
| Avril 2023 | Sortie du documentaire en salles. |
Questions fréquentes
Qui est May Pang ?
Née le 24 octobre 1950 à New York, May Pang a été l’assistante de John Lennon et de Yoko Ono à partir de 1970-1971, puis la compagne de John pendant environ dix-huit mois, de l’automne 1973 à février 1975, période que Lennon a appelée son “Lost Weekend”.
Quel rôle May Pang a-t-elle joué entre John et Julian Lennon ?
Elle a encouragé John à reprendre contact avec son fils aîné, qu’il n’avait presque plus vu depuis des années, a organisé les visites avec Cynthia Lennon et a rendu les premières rencontres plus faciles. Julian l’a publiquement reconnu.
Qu’a dit Julian Lennon de May Pang ?
Il a expliqué que May Pang et sa mère cherchaient à le rapprocher de son père, que John et lui s’entendaient beaucoup mieux à cette époque, et que ces mois restaient les plus heureux dont il se souvienne avec son père.
D’où vient la photo de la pochette de l’album “Jude” ?
Elle a été prise par May Pang à Disney World, en Floride, juste après Noël 1974, pendant un séjour avec John Lennon.
Julian Lennon joue-t-il sur un disque de son père ?
Oui. Il joue de la batterie sur “Ya Ya”, la courte plage qui clôt l’album Walls and Bridges, publié en 1974. C’est son premier enregistrement publié.
Combien de temps Julian avait-il passé sans voir son père ?
Les sources varient entre deux et quatre ans selon les récits. Julian situe ses retrouvailles avec John en 1974, à l’âge de onze ans.
Pourquoi parle-t-on de “Lost Weekend” ?
John Lennon a lui-même désigné ainsi cette période, en référence au roman de Charles Jackson et au film de Billy Wilder sur un écrivain alcoolique. Le terme met l’accent sur les excès et occulte les aspects plus positifs de ces mois.
Yoko Ono a-t-elle voulu la relation entre John et May Pang ?
Elle a confirmé avoir encouragé la relation au départ, lors d’une conversation avec May Pang, mais elle en a donné une lecture différente : elle aurait surtout voulu laisser à John sa liberté. Les versions divergent sur l’intention.
Quand John Lennon et Julian se sont-ils vus pour la dernière fois ?
En avril 1979, en Floride. John est assassiné le 8 décembre 1980, alors que Julian a dix-sept ans.
May Pang et Cynthia Lennon étaient-elles amies ?
Oui. Leur amitié est née de l’organisation des visites de Julian et a duré jusqu’à la mort de Cynthia, en 2015. Cynthia a salué publiquement le rôle de May dans la réunion du père et du fils.
Où voir le documentaire sur May Pang ?
“The Lost Weekend: A Love Story” a été présenté au festival de Tribeca en 2022, projeté en salles en avril 2023, puis publié en vidéo et en streaming à l’automne 2023.
Glossaire
- Lost Weekend : nom donné par John Lennon à sa séparation d’avec Yoko Ono, de 1973 à 1975.
- ABKCO : société d’Allen Klein, qui gérait les affaires de Lennon, Harrison et Starr au début des années 1970.
- Record Plant : studio new-yorkais où Lennon enregistre Walls and Bridges.
- Walls and Bridges : album de John Lennon paru à l’automne 1974, numéro un aux États-Unis.
- Dakota : immeuble de l’Upper West Side où vivaient John Lennon et Yoko Ono.
- Instamatic Karma : livre de photographies de Lennon publié par May Pang en 2008.
- Jude : album de Julian Lennon paru en septembre 2022.
- Polynesian Village : hôtel de Disney World où John signe la dissolution des Beatles le 29 décembre 1974.
Sources et bibliographie
Ouvrages : May Pang et Henry Edwards, Loving John (1983) ; May Pang, Instamatic Karma (2008) ; Cynthia Lennon, John (2005) ; Larry Kane, Lennon Revealed (2005) ; Bill Harry, The John Lennon Encyclopedia (2000).
Presse et entretiens : Spin, entretien avec Julian Lennon (septembre 2022) ; The Times, entretien avec Julian Lennon (juin 2009) ; CultureSonar, entretien avec May Pang (2024) ; Yahoo Entertainment et USA Today (2023) ; Fox News, propos d’Elliot Mintz ; The Independent (2005) ; presse régionale américaine consacrée aux expositions de May Pang ; documentaire The Lost Weekend: A Love Story (2022) ; article du site oedn.net consacré au rôle de May Pang auprès de Julian (septembre 2026), point de départ de cette enquête.
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net : May Pang, la femme derrière le Lost Weekend ; la nuit où Bowie n’ose pas parler des Beatles à Lennon ; “Fame”, Lennon et Bowie ; “Old Dirt Road” avec Harry Nilsson ; “Stand By Me”, dernier souffle avant la retraite ; la dernière rencontre entre Lennon et McCartney ; les lunettes du Lost Weekend aux enchères ; les dix meilleurs albums solo des Beatles.












