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May Pang, cinquante ans après : “notre relation n’est jamais morte”, l’entretien de la compagne de John Lennon passé au crible

Par Clive Helday
May Pang : l'entretien de 2023 sur John Lennon passé au crible

Elle a pleuré deux fois pendant l’entretien. La première, en parlant de la fin brutale de sa vie commune avec John Lennon, en 1975. La seconde, en expliquant qu’à plus de soixante-dix ans elle cherchait encore quelqu’un avec qui partager sa vie. Entre les deux, May Pang a livré, face à la caméra de la journaliste américaine Lyndsey Parker, la version la plus complète et la plus personnelle qu’elle ait jamais donnée de ce que Lennon appelait son “Lost Weekend” : la proposition de Yoko Ono un matin avant le premier café, une demande de divorce que presque personne ne connaît, un manteau d’hiver offert sous condition, un retour au Dakota qu’elle attribue à la peur de l’expulsion, et surtout cinq années, de 1975 à 1980, pendant lesquelles elle affirme que leur histoire a continué en secret. Jusqu’à un dernier coup de téléphone, venu d’Afrique du Sud. Nous avons repris cet entretien phrase par phrase, confronté chacune de ses affirmations aux dates, aux documents et aux autres témoignages, et séparé ce qui est établi de ce qui reste sa parole.

En bref

  • La source : un entretien vidéo d’environ une heure accordé par May Pang à Lyndsey Parker pour Yahoo Entertainment, mis en ligne en avril 2023 au moment de la sortie américaine du documentaire The Lost Weekend: A Love Story.
  • Le cadre : la relation entre John Lennon et May Pang, son ancienne assistante, de l’automne 1973 au début de 1975, une période que Lennon a lui-même baptisée “Lost Weekend”.
  • Ce qu’elle corrige : ce n’est pas John mais Yoko Ono qui l’a sollicitée ; Yoko ignorait leur départ pour Los Angeles ; ce n’est pas le concert d’Elton John au Madison Square Garden qui a déclenché la réconciliation ; elle-même avait prévenu Yoko de ce concert.
  • Ce qu’elle révèle : une demande de divorce formulée par Yoko Ono au début de 1974, une liaison qui se serait poursuivie jusqu’en 1980 à l’insu de Yoko, et un dernier appel de près de deux heures passé par Lennon depuis Le Cap, en Afrique du Sud, le week-end de Memorial Day 1980.
  • Ce qu’elle concède : Lennon s’est montré violent avec elle à quelques reprises, toujours sous l’effet de l’alcool, et Phil Spector l’a fait soulever de force par son garde du corps.
  • Notre verdict : une grande partie du récit concorde avec les faits établis ; plusieurs affirmations, en particulier sur 1975-1980, ne peuvent être ni confirmées ni démenties par une source indépendante ; quelques détails de dates doivent être corrigés.

Un entretien, un film, cinquante ans après

La conversation de Yahoo Entertainment

Au printemps 2023, May Pang fait la tournée des médias américains. Le documentaire qui raconte sa relation avec John Lennon sort enfin dans les salles des États-Unis, près d’un an après sa présentation au festival de Tribeca, à New York, en juin 2022. Parmi les dizaines d’entretiens qu’elle accorde alors, celui de Lyndsey Parker, journaliste musicale de Yahoo Entertainment, se distingue par sa durée et par sa franchise. La conversation est filmée, elle dure près d’une heure, et elle a été publiée en avril 2023, en vidéo et sous la forme d’un article titré sur une phrase de May Pang : elle n’a jamais eu de “closure”, ce mot anglais qui désigne la fin apaisée d’une histoire.

L’intervieweuse arrive bien préparée. Elle a vu le film le week-end précédent, elle a interviewé l’année d’avant Davey Johnstone, le guitariste d’Elton John, à propos du fameux concert du Madison Square Garden, et Julian Lennon à propos de son album “Jude”. Elle ne cache pas son angle : regardée avec les yeux de 2023, l’histoire de May Pang ressemble selon elle à un cauchemar de ressources humaines. Une jeune employée, deux patrons nettement plus âgés, une proposition intime venue de l’épouse : à l’ère de #MeToo, la situation interroge. C’est cette question qui ouvre l’échange et qui lui donne sa tension.

La vidéo reste consultable en ligne. Elle constitue aujourd’hui l’un des témoignages oraux les plus détaillés de May Pang sur toute la période, plus précis sur certains points que son livre de 1983.

Le documentaire qui a tout déclenché

The Lost Weekend: A Love Story a été réalisé par Eve Brandstein, Richard Kaufman et Stuart Samuels. Il dure environ une heure et demie, May Pang en est la narratrice, et il mêle ses archives personnelles, ses photographies, des entretiens d’époque avec John Lennon, Paul McCartney et George Harrison, et le témoignage actuel de Julian Lennon. Présenté à Tribeca en juin 2022, il sort en salles aux États-Unis à la mi-avril 2023, puis en vidéo et en streaming à l’automne de la même année.

Le film commence par une séquence que l’intervieweuse relève aussitôt : un extrait d’archive dans lequel un présentateur de télévision, Geraldo Rivera, demande à May Pang si elle n’est pas en train d’exploiter un épisode de sa vie. Le reproche la poursuit depuis 1983, date de la publication de son livre de souvenirs, Loving John, écrit avec Henry Edwards. Le documentaire est sa réponse, quarante ans plus tard, et l’entretien de Yahoo en est le commentaire.

Nous avons déjà retracé l’ensemble de la période dans notre grand récit du Lost Weekend de John Lennon, histoire d’un exil de dix-huit mois, dressé le portrait de May Pang, la femme derrière le Lost Weekend, et raconté ce que Julian Lennon doit à May Pang. Cet article-ci a un objet différent : il prend un témoignage précis, daté, enregistré, et l’examine affirmation par affirmation.

Pourquoi le relire en 2026

Trois raisons justifient de revenir sur cet entretien. La première tient à son contenu : May Pang y développe plus longuement qu’ailleurs la période qui suit le retour de Lennon au Dakota, de 1975 à 1980, celle que le documentaire ne fait qu’effleurer. C’est la partie la plus explosive de son récit, et la moins vérifiable.

La deuxième tient au contexte. Depuis 2023, la mémoire de John Lennon a été largement réécrite par les rééditions supervisées par Sean Ono Lennon, du coffret Mind Games de 2024 au film One to One: John & Yoko. La version de Yoko Ono reste la version officielle. Celle de May Pang reste une version concurrente. Les confronter honnêtement est plus utile que jamais.

La troisième tient à May Pang elle-même. Elle aura 76 ans le 24 octobre 2026. Elle est l’un des derniers témoins directs de cette période encore capables de la raconter de l’intérieur, avec Elliot Mintz, l’ami et porte-parole du couple Lennon-Ono, dont la lecture des mêmes mois est sensiblement différente.

Méthode : comment lire un témoignage intéressé

Un témoignage n’est ni une preuve ni un mensonge par défaut. C’est une source, avec ses forces et ses biais. Celui de May Pang a une force évidente : elle était là, au quotidien, pendant dix-huit mois, et elle a photographié une bonne partie de ce qu’elle raconte. Il a aussi un biais tout aussi évident : elle défend depuis quarante ans sa place dans l’histoire de Lennon, contre un récit officiel qui l’a longtemps réduite au rôle de parenthèse.

Pour chaque affirmation de l’entretien, nous avons donc posé trois questions. Est-elle compatible avec les dates et les faits établis par ailleurs ? Est-elle confirmée par un autre témoin ou un document ? Contredit-elle ce que May Pang a dit à d’autres moments ? Le résultat est présenté au fil du texte, dans des encadrés de correction lorsque c’est nécessaire, et récapitulé dans un tableau en fin d’article.

Précisons enfin une règle de lecture. Nous traduisons et résumons les propos de May Pang plutôt que de les citer longuement. Lorsqu’une phrase est reprise entre guillemets, c’est une traduction aussi fidèle que possible de ses mots, prononcés à l’oral, avec les hésitations et les reprises propres à une conversation filmée.

“Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé” : pourquoi parler maintenant

Cinquante ans de récits écrits par d’autres

La première question de l’entretien porte sur ce qui l’a décidée à revivre publiquement cette période. La réponse de May Pang tient en une idée : pendant cinquante ans, d’autres ont raconté sa vie à sa place. Elle décrit une scène qui se répète, et qu’elle mime presque. Quelqu’un vient lui expliquer ce qu’elle a fait en 1974. Elle répond que ce n’est pas exactement ainsi que les choses se sont passées. On lui rétorque qu’on a tout lu. Elle répète que non.

Ce sentiment de dépossession n’est pas nouveau chez elle. Dans d’autres entretiens de la même période, elle a résumé sa situation par une formule plus dure : Yoko Ono l’aurait effacée de l’histoire. Ici, le ton est plus apaisé. Elle parle de maturité, de recul, de liberté de penser plus clairement. Elle rappelle qu’elle est désormais mère de deux enfants devenus adultes, qui ont leur propre vie, et que cette distance lui permet enfin de regarder ces années sans être submergée.

Un projet de six ans et un anniversaire involontaire

May Pang précise que le projet du documentaire a démarré cinq ou six ans avant sa sortie, donc vers 2017. Elle pensait qu’il serait terminé bien plus tôt. Le hasard du calendrier a voulu qu’il arrive au moment du cinquantième anniversaire du début de sa relation avec Lennon, l’automne 1973. Elle y voit un signe, et elle emploie à ce propos une expression qui reviendra plusieurs fois dans la conversation : elle croit à ses anges gardiens, et elle suit son instinct.

Le détail a son importance pour comprendre la tonalité du film et de l’entretien. May Pang ne raconte pas son histoire comme une démonstration historique mais comme un parcours personnel, presque spirituel, où les coïncidences de dates font sens. Ce registre, qui peut agacer un historien, explique aussi certaines approximations chronologiques que nous relèverons plus loin.

La proposition : Yoko Ono, un bureau et le premier café du matin

La question de 2023 : un rapport de force

L’intervieweuse pose franchement la question qui fâche. May Pang travaille pour John Lennon et Yoko Ono depuis la fin de 1970. Lennon a dix ans de plus qu’elle, Yoko Ono dix-sept. Elle est leur employée, elle a vingt-deux ans au moment des faits, et c’est l’épouse de son patron qui lui propose de devenir la compagne de son mari. Aujourd’hui, résume la journaliste, on parlerait au minimum d’un déséquilibre de pouvoir.

May Pang ne se dérobe pas. Elle reconnaît qu’il n’y a pas deux façons de voir la chose. Si une telle proposition lui était faite aujourd’hui, dit-elle en substance, elle répondrait qu’on plaisante, des collègues la soutiendraient, et elle quitterait la pièce. Mais elle replace aussitôt l’épisode dans son époque, le début des années 1970, où ni le vocabulaire ni les réflexes d’aujourd’hui n’existaient. Elle n’en fait pas pour autant une excuse : elle insiste sur le fait qu’elle n’a pas été une participante volontaire, en tout cas pas au départ.

La correction de May Pang : c’est Yoko, pas John

Le point sur lequel elle tient à rectifier l’intervieweuse est celui de l’initiative. La journaliste a parlé de ses “patrons” qui seraient venus la trouver. May Pang corrige : ce n’est pas John, c’est Yoko Ono. John, selon elle, n’est intervenu que plus tard, après avoir appris ce que sa femme avait organisé.

Son récit de la scène est précis. Un matin, Yoko Ono entre dans son bureau. May Pang n’a pas encore bu son premier café. Yoko lui explique que John et elle ne s’entendent plus, qu’il va commencer à voir d’autres femmes, et qu’elle pense que May devrait sortir avec lui. May Pang répond non. Une fois Yoko partie, elle se met à pleurer, assise à son bureau, en se demandant ce qui vient de se passer. La discussion se répète pendant un certain temps : Yoko insiste, May refuse.

C’est ensuite que John entre en scène. Des séances d’enregistrement prévues avec lui, pour terminer l’album Mind Games, sont annulées à la dernière minute. May Pang apprendra plus tard ce qui s’est joué en coulisses : Yoko est allée voir son mari pour lui annoncer qu’elle avait tout arrangé pour lui. Lennon, d’après ce qu’elle a su ensuite, n’en revenait pas et aurait même objecté que May ne l’aimait pas. Puis il a voulu, selon l’expression qu’elle prête à John, tâter le terrain. Il est venu vers elle, il l’a embrassée.

“Pourquoi serait-il attiré par moi ?”

L’un des passages les plus révélateurs de l’entretien concerne sa propre perception de l’époque. May Pang affirme qu’en trois ans de travail pour le couple, elle n’avait jamais imaginé une seconde que Lennon puisse être attiré par elle. Elle ne pensait qu’à son travail, à la sécurité d’un emploi, à tout ce qu’elle apprenait. Ils parlaient de musique, de ce qu’ils aimaient manger, de mille choses ordinaires. Rien de plus.

Elle en tire une conclusion qui contredit l’idée d’une simple manipulation : on ne pouvait pas pousser John Lennon vers quelqu’un qu’il n’appréciait pas. Si Lennon a suivi la suggestion de sa femme, c’est donc qu’il l’aimait bien. Elle-même ne l’avait pas vu venir.

Ce que Yoko Ono a dit de son côté

La version de May Pang n’est pas isolée. Yoko Ono a confirmé l’existence de cette conversation, notamment dans un entretien de 1990 cité par plusieurs biographes, mais elle en a donné une lecture différente. Elle a présenté la démarche comme une façon de laisser de l’air à leur couple, et de faire en sorte que John, s’il devait voir d’autres femmes, soit avec quelqu’un de confiance plutôt qu’avec une inconnue. Dans le documentaire lui-même, des archives sonores de Yoko évoquent la genèse de la séparation.

Les deux récits convergent donc sur le fait central : c’est Yoko Ono qui a pris l’initiative de suggérer May Pang. Ils divergent sur l’intention, la pression exercée et la part de calcul. Sur ce point précis, l’entretien de 2023 ne fournit aucun élément nouveau vérifiable ; il répète, avec plus de détails concrets, ce que May Pang raconte depuis 1983.

Pourquoi elle ?

L’intervieweuse pousse plus loin. Il y avait bien d’autres femmes dans l’entourage du couple. Pourquoi Yoko Ono a-t-elle choisi May Pang ? Parce qu’elle était jeune et malléable ? Parce qu’elle ne la considérait pas comme une menace ? May Pang acquiesce prudemment aux deux hypothèses, puis ajoute une phrase qu’elle laisse volontairement en suspens : on comprend plus tard dans le film, dit-elle, qu’il y avait un motif derrière tout cela, du côté de Yoko. Elle ne veut pas dévoiler l’histoire.

Ce motif, May Pang l’a formulé ailleurs : elle pense que Yoko Ono voulait elle-même la liberté d’avoir une liaison, après les infidélités de John. C’est une interprétation, et rien de plus. Aucun document ne permet de connaître les intentions de Yoko Ono en 1973, et elle n’a jamais validé cette lecture.

Correctif factuel : les âges et les dates du début de la relation

Pendant l’entretien, l’intervieweuse affirme que May Pang avait 19 ans lorsqu’elle a commencé à travailler pour John et Yoko, et 22 ans au début de la relation. Le second chiffre est exact, le premier ne l’est pas. Née le 24 octobre 1950 à Manhattan, May Pang entre chez ABKCO, la société d’Allen Klein, comme réceptionniste en 1970, et commence à travailler pour le couple en décembre 1970, sur les films expérimentaux Up Your Legs Forever et Fly. Elle a alors 20 ans. La proposition de Yoko Ono intervient pendant l’été 1973, au moment des séances de Mind Games, et la relation débute à la fin de l’été ou au début de l’automne 1973 : May Pang a 22 ans, et elle en aura 23 le 24 octobre suivant, quelques jours après le départ pour Los Angeles. Les écarts d’âge cités dans l’entretien sont corrects : John Lennon, né le 9 octobre 1940, a exactement dix ans de plus qu’elle, et Yoko Ono, née le 18 février 1933, dix-sept ans et demi de plus.

Los Angeles n’était pas l’idée de Yoko Ono

Une “fresh start” voulue par John

L’une des légendes les plus tenaces de la période veut que Yoko Ono ait expédié son mari en Californie, comme on éloigne un enfant turbulent, avec May Pang dans le rôle de la gardienne. May Pang conteste formellement ce récit. Selon elle, une fois la relation engagée, c’est John qui l’a poursuivie, et non plus Yoko qui l’a poussée. Et c’est John qui a voulu repartir de zéro ailleurs.

Le départ pour Los Angeles, en octobre 1973, est présenté par May Pang comme une décision de Lennon, prise sans consulter sa femme. Yoko Ono, affirme-t-elle, ne savait même pas qu’ils partaient, ni où ils se trouvaient. Ce sont eux qui l’ont appelée, une fois sur place, pour la prévenir. Elle qualifie de mythe l’idée inverse.

Les faits connus sont compatibles avec cette version, sans la prouver. Le départ coïncide officiellement avec la promotion de Mind Games, publié le 2 novembre 1973 aux États-Unis, et avec le projet d’album de reprises que Lennon veut enregistrer avec Phil Spector. Le couple loge d’abord quelques jours chez l’avocat Harold Seider, puis chez des amis. Rien, dans la documentation disponible, n’atteste que Yoko Ono ait organisé ce voyage. Rien n’atteste non plus qu’elle l’ait ignoré jusqu’à leur arrivée.

“Au jour le jour”

L’intervieweuse demande à May Pang si elle a toujours su que la relation serait temporaire, que John finirait par revenir vers Yoko. La réponse est nette : non. Elle vivait les choses au jour le jour, comme dans n’importe quelle relation dont on ignore combien de temps elle durera. Elle ne pensait pas que John repartirait, et elle croit que lui-même ne le pensait pas.

Ce point est central dans sa démonstration. Si l’on admet que la relation était un arrangement provisoire, sa fin en 1975 n’est que l’issue prévue d’une parenthèse. Si l’on admet qu’elle était une véritable histoire d’amour sans échéance, sa fin devient une rupture, et le retour de Lennon au Dakota appelle une explication. C’est précisément cette explication que May Pang va proposer plus loin.

Quinze appels par jour

Autre détail qui contredit l’image d’une séparation nette : selon May Pang, Yoko Ono téléphonait jusqu’à quinze fois par jour. On raccrochait, elle rappelait, souvent pour rien. Et cela, assure-t-elle, pendant un an et demi. Elle ajoute que le couple a revu Yoko à plusieurs reprises : à New York pour son anniversaire, le 18 février 1974, et une fois à Los Angeles, où Yoko est venue leur rendre visite.

Ce point est corroboré, au moins dans son principe, par d’autres sources. Dans un entretien accordé au site The Beatles Bible en janvier 2011, May Pang évoquait déjà ces appels quotidiens, et l’intervieweur parlait d’un troisième personnage dans la relation. Les biographes de Lennon s’accordent sur le fait que les époux sont restés en contact téléphonique régulier pendant toute la séparation, notamment pour leurs affaires communes et les procédures en cours. Le chiffre de quinze appels par jour relève en revanche du seul témoignage de May Pang.

Février 1974 : la demande de divorce et le manteau

Un épisode que presque personne ne connaît

Le passage le plus inattendu de l’entretien concerne un épisode absent de la plupart des biographies. May Pang affirme qu’au début de 1974, Yoko Ono a demandé le divorce. Elle situe la scène en février 1974, lors d’un passage de Lennon à New York pour des raisons liées à sa procédure d’immigration.

Son récit est le suivant. May Pang a appris à l’avance qu’une réunion devait se tenir au cabinet des avocats, en présence d’autres personnes, et que Yoko comptait y annoncer à John qu’elle voulait divorcer. Yoko, selon elle, craignait la réaction de son mari et préférait ne pas être seule avec lui à ce moment-là. Quelques heures après la réunion, John revient à l’appartement où il loge avec May. Il est passé entre-temps au Dakota pour parler à Yoko. Il annonce à May qu’il sera un homme libre dans six mois. Yoko lui a demandé le divorce, il a répondu d’accord, et il ne pense pas que c’était la réponse qu’elle attendait.

La suite est racontée avec une ironie amère. Quelques mois passent. May Pang demande ce qu’il advient du divorce. John lui répond que Yoko a appelé pour dire que les astres n’étaient pas favorables.

Le manteau “de la part de Yoko”

Le même jour, toujours selon May Pang, John rentre avec un cadeau pour elle : un manteau. C’est l’hiver, l’argent est bloqué, le couple vit sous contrainte financière, et Yoko sait qu’il y a des manteaux qui dorment au Dakota sans servir. John lui a dit que May avait besoin d’un manteau, qu’ils ne pouvaient pas s’en offrir un, et qu’il voulait lui en rapporter un. Yoko a accepté, à une condition : que John dise à May que le manteau venait d’elle. May Pang commente l’épisode d’une formule lapidaire, qu’on pourrait traduire par : parlez-moi de jeux psychologiques.

L’anecdote est invérifiable. Elle n’est confirmée par aucun autre témoin, et Yoko Ono ne s’est jamais exprimée à ce sujet. Elle est en revanche cohérente avec un fait établi : pendant le Lost Weekend, les finances de Lennon sont prises dans l’enchevêtrement des procédures liées à la dissolution des Beatles, et ses revenus passent par des structures qu’il ne contrôle pas directement. Lennon lui-même s’est plaint à plusieurs reprises, à cette époque, de manquer d’argent liquide.

Correctif factuel : “les astres n’étaient pas favorables”, une formule de décembre 1974

L’excuse astrologique que May Pang attribue à Yoko Ono, à propos d’un divorce abandonné en 1974, rappelle de très près un épisode beaucoup mieux documenté. Le 19 décembre 1974, une réunion est organisée à l’hôtel Plaza de New York pour la signature des documents qui doivent dissoudre officiellement l’association des Beatles. Paul McCartney et George Harrison sont présents. John Lennon ne vient pas. Il fait savoir que les astres ne sont pas favorables, en invoquant les conseils de l’astrologue de Yoko Ono. Il signera finalement le 29 décembre 1974, en Floride, à l’hôtel Polynesian Village de Disney World, comme nous l’avons raconté dans notre article sur le procès de 1971 et ses suites. Il n’est pas impossible que la même formule ait servi deux fois, Yoko Ono s’appuyant réellement sur l’astrologie et la numérologie pour nombre de décisions. Mais il n’est pas exclu non plus que la mémoire de May Pang ait rapproché deux épisodes distincts. En l’absence d’autre source, la demande de divorce de février 1974 doit être considérée comme une affirmation de May Pang, non comme un fait établi.

Les messagers : Paul McCartney et les autres

La visite de Paul et le bouquet de fleurs

May Pang soutient que, dès le début de la séparation, Yoko Ono a cherché à faire revenir John, en passant par des intermédiaires chargés de lui transmettre des messages. Elle cite l’épisode le plus connu, présent dans le documentaire : la visite de Paul McCartney à Los Angeles, au printemps 1974.

Selon le récit de May Pang, Paul vient trouver John et lui explique que, s’il veut retourner auprès de Yoko, il devra lui faire la cour à nouveau, lui apporter des fleurs, la reconquérir. John répond qu’il va bien, que sa relation avec May a pris un autre tour et qu’ils sont ensemble. Ce que John ignorait, poursuit-elle, c’est que Yoko avait elle-même demandé à Paul de porter ce message.

Cette partie du récit est solidement corroborée. Paul McCartney a raconté à plusieurs reprises avoir rendu visite à Yoko Ono à New York, puis transmis à John, à Los Angeles, l’idée qu’une réconciliation était possible à condition qu’il la mérite. Yoko Ono elle-même a fini par reconnaître publiquement le rôle de Paul dans le retour de John, épisode que nous avons détaillé dans notre article sur l’étrange geste de Paul McCartney pendant le Lost Weekend. La seule nuance porte sur l’effet immédiat du message : en mars 1974, Lennon ne rentre pas, et il ne rentrera que onze mois plus tard.

Ce séjour des McCartney à Los Angeles est aussi celui de la seule séance musicale réunissant John et Paul après la séparation des Beatles, le 28 mars 1974, aux studios de Burbank, en marge de l’enregistrement de l’album de Harry Nilsson Pussy Cats. Nous avons consacré une page détaillée à l’album Pussy Cats et à ses sessions.

D’autres intermédiaires

May Pang évoque, plus confusément, d’autres tentatives : Yoko aurait essayé d’agir à travers d’autres personnes, et l’un des passages de l’entretien, difficile à comprendre à l’écoute, semble mentionner Mimi Smith, la tante qui avait élevé John à Liverpool. Il faut rester prudent : la formulation est hésitante, et nous n’avons trouvé aucune autre source décrivant une intervention de Mimi dans le Lost Weekend. Ce que May Pang affirme clairement, en revanche, c’est qu’il y avait beaucoup de “jeux” en cours autour d’eux.

Madison Square Garden : qui a prévenu Yoko Ono ?

Le récit canonique

L’histoire est l’une des plus célèbres de la saga Lennon. Le 28 novembre 1974, soir de Thanksgiving, John Lennon tient le pari perdu contre Elton John : “Whatever Gets You Thru the Night” a atteint la première place du Billboard Hot 100, il doit donc monter sur scène avec lui. Au Madison Square Garden, il chante trois titres : la chanson du pari, “Lucy in the Sky with Diamonds” et “I Saw Her Standing There”. Yoko Ono est dans la salle. Elle fait porter des gardénias en coulisses. Les deux époux se croisent après le concert. La réconciliation commence ce soir-là. Elton John deviendra le parrain de Sean.

C’est ce récit qu’avait évoqué avec l’intervieweuse, un an plus tôt, Davey Johnstone, guitariste du groupe d’Elton John. Nous l’avons examiné dans notre article sur la manière dont Elton John a presque réconcilié John et Yoko.

La version de May Pang

May Pang demande à rectifier ce récit, et elle le fait sur deux points. Le premier : c’est elle qui a prévenu Yoko Ono que John allait monter sur scène. Elle explique qu’on ne cache pas ce genre de chose, d’autant que Yoko appelait tous les jours. Le second : il est faux de présenter ce soir-là comme le moment où tout s’est remis en mouvement, parce que le contact n’avait jamais été rompu. Le couple avait revu Yoko pour son anniversaire, Yoko était venue à Los Angeles, les appels se succédaient.

Elle avance surtout un argument de calendrier. Si le concert du Madison Square Garden avait vraiment marqué le début de la réconciliation, pourquoi John aurait-il, dans les semaines suivantes, multiplié les projets avec elle ? Elle les énumère : emmener Julian en Floride pour les fêtes de fin d’année, aller voir George Harrison pendant sa tournée Dark Horse, recevoir Paul et Linda McCartney, chercher une maison à acheter en janvier 1975, partir rejoindre les McCartney à La Nouvelle-Orléans. Rien de tout cela, dit-elle, ne ressemble à un homme qui s’apprête à rentrer chez sa femme.

Ce que disent les faits

Le calendrier lui donne largement raison. Après le 28 novembre 1974, Lennon reste avec May Pang pendant plus de deux mois. En décembre, selon May Pang, ils vont voir George Harrison lors de son passage à New York, pendant sa tournée nord-américaine Dark Horse, la seule qu’il ait jamais faite en solo aux États-Unis. Le 19 décembre, Lennon manque la réunion du Plaza. À la fin du mois, il part en Floride avec May Pang et Julian, séjourne d’abord dans la région de Palm Beach, comme nous l’avons raconté dans notre histoire de la maison El Solano, passe Noël à Disney World et signe la dissolution des Beatles le 29 décembre. En janvier 1975, Lennon enregistre avec David Bowie à New York. Le couple envisage d’acheter une maison à Montauk, à la pointe de Long Island. Wings commence en janvier 1975 l’enregistrement de Venus and Mars aux studios Sea-Saint de La Nouvelle-Orléans, et May Pang affirme que John parlait d’y rejoindre Paul, et même d’écrire de nouveau avec lui.

Correctif factuel : le Madison Square Garden n’est pas le jour des retrouvailles

On lit souvent que John Lennon et Yoko Ono se sont réconciliés le soir du 28 novembre 1974, en coulisses du concert d’Elton John. Les deux récits disponibles ne le permettent pas. Celui de May Pang affirme que le contact entre les époux n’a jamais cessé et que les projets communs avec John se sont poursuivis jusqu’à la fin de janvier 1975. Celui de Yoko Ono, de son côté, situe la vraie réconciliation plus tard, après un processus de plusieurs semaines. Le retour de Lennon au Dakota date de la fin de janvier ou du début de février 1975, soit plus de deux mois après le concert. Il est donc plus exact de parler d’une rencontre symbolique au Madison Square Garden que d’un déclic. L’émotion du concert a sans doute joué ; elle n’a pas suffi.

Le retour au Dakota : l’hypothèse de l’immigration

“Personne”

Vient alors la question qui hante May Pang depuis cinquante ans. Pourquoi John est-il reparti, et si vite, alors que tout le monde, lui le premier, décrivait cette période comme heureuse ? L’intervieweuse rappelle que Julian Lennon, dans le film, parle d’un père épanoui, que Lennon lui-même a évoqué en interview la fécondité de ces mois, et que May Pang décrit le retour de son humour et de son goût du jeu.

Le récit des derniers jours, tel qu’elle l’a raconté ailleurs et tel que le documentaire le montre, est connu. Fin janvier ou début février 1975, Yoko Ono affirme avoir trouvé une méthode pour aider John à arrêter de fumer, une séance d’hypnose. John se rend au Dakota. Il ne rentre pas. Lorsque May Pang appelle le lendemain, on lui répond qu’il est épuisé par la séance. Elle le retrouve quelques jours plus tard à un rendez-vous chez le dentiste qu’ils avaient pris ensemble, et il lui annonce qu’il est retourné auprès de Yoko.

Dans l’entretien, May Pang ajoute un échange précis. Elle a demandé à John de qui venait l’idée. Il a répondu : de personne. Elle dit avoir pris cette réponse avec des pincettes. Une décision pareille, commente-t-elle, ne surgit pas de nulle part.

La peur de l’expulsion

L’explication qu’elle avance est inattendue, et c’est l’un des apports les plus intéressants de cet entretien. Selon May Pang, on a présenté à John l’idée qu’il valait mieux, pour son dossier d’immigration, qu’il apparaisse comme résidant au Dakota, l’adresse officielle du couple, plutôt que dans l’appartement de l’East Side qu’il partageait avec elle. John lui aurait lui-même expliqué que c’était une suggestion, et que cela paraîtrait mieux.

Elle décrit un homme rongé par cette procédure. La peur de perdre son droit de rester aux États-Unis pesait lourdement sur lui, il en était nerveux en permanence, il voulait rester à tout prix. Elle ajoute un détail qui donne la mesure de cette angoisse : à ce moment-là, Lennon n’avait pas quitté le territoire américain depuis 1971, de peur de ne pas pouvoir y revenir. Et elle conclut par une remarque sur le caractère de John : quand on le rendait nerveux, il prenait des décisions sur le moment.

Ce que dit le dossier

Les faits sont, sur ce point, entièrement compatibles avec son hypothèse. Lennon est arrivé aux États-Unis le 31 août 1971. À partir de 1972, l’administration Nixon cherche à l’expulser, en s’appuyant sur sa condamnation britannique de 1968 pour possession de cannabis. En 1973, un ordre de quitter le territoire est prononcé, que Lennon conteste en appel. Au début de 1975, la procédure n’est pas tranchée. La cour d’appel fédérale ne rendra sa décision favorable que le 7 octobre 1975, deux jours avant la naissance de Sean. Lennon obtiendra sa carte verte le 27 juillet 1976 et ne quittera les États-Unis, pour la première fois depuis 1971, qu’à l’été 1977, pour un long séjour au Japon.

La crainte de quitter le territoire est donc documentée, et l’intérêt pour Lennon d’afficher une situation conjugale et domiciliaire stable devant les services d’immigration est plausible. Il n’existe en revanche aucune trace écrite d’une recommandation en ce sens de la part de ses avocats. L’hypothèse de May Pang reste une hypothèse, d’autant qu’elle n’exclut pas les autres explications : l’attachement réel de Lennon à Yoko Ono, la dépendance affective qu’il a lui-même décrite, et l’annonce, quelques semaines plus tard, de la grossesse de Yoko.

Nous avons retracé la suite immédiate, de la dernière apparition scénique d’avril 1975 aux cinq années de retrait, dans notre enquête sur le retrait de John Lennon en 1975.

Correctif factuel : la carte verte de John Lennon

La date de l’obtention de la carte verte par John Lennon est parfois donnée de façon approximative, à l’automne 1976. Le calendrier précis est le suivant. Le 7 octobre 1975, la cour d’appel fédérale du deuxième circuit annule l’ordre d’expulsion visant Lennon. Le 27 juillet 1976, lors d’une audience à New York, il reçoit enfin son statut de résident permanent, la fameuse carte verte, en présence de Yoko Ono. Ce n’est qu’à partir de cette date qu’il peut voyager hors des États-Unis sans risquer de se voir refuser le retour. Au moment de son retour au Dakota, au début de 1975, sa situation était donc encore pleinement incertaine, ce qui donne du poids à l’explication avancée par May Pang, sans la démontrer.

1975-1980 : “notre relation n’est jamais morte”

Ce qu’elle affirme

C’est le cœur de l’entretien, et la raison de son titre. May Pang affirme que sa relation avec John Lennon ne s’est pas arrêtée en février 1975. Elle s’est transformée, elle est devenue clandestine, mais elle a continué jusqu’à la mort de John, le 8 décembre 1980. Elle emploie une image qui revient deux fois : c’est l’univers qui y a mis fin, pour elle comme pour beaucoup d’autres.

Elle décrit une relation pleine de “zones grises”. John l’appelait sans prévenir. Il passait par des amis communs pour prendre de ses nouvelles et lui faire transmettre des messages. Il voulait la voir. Et lorsque l’intervieweuse lui demande, avec précaution, à quelle fréquence ils se voyaient et étaient intimes, elle répond d’un mot : souvent.

Elle rapporte une phrase de John, qu’elle dit difficile à prononcer. Il aurait souhaité pouvoir s’endormir et se réveiller encore à ses côtés. Elle lui a répondu que ce n’était pas possible pour le moment. Il a acquiescé, en ajoutant qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire, et qu’ils verraient bien où cela les mènerait.

Pourquoi n’en a-t-elle pas parlé plus tôt ? Parce qu’elle ne voulait pas le crier sur les toits. C’était leur relation. John, raconte-t-elle, lui disait de ne pas s’inquiéter, que les gens finiraient par savoir. Elle ne l’a pas cru, et elle n’y pensait pas.

Yoko Ono ne savait rien

À la question de savoir si Yoko Ono était au courant, May Pang répond par la négative, et à deux reprises. Elle avance une explication : Yoko n’a jamais pensé que leur histoire puisse devenir une vraie relation.

Elle tient cette conviction d’une confidence précise. Jerry Rubin, l’activiste de la gauche radicale américaine, membre des Sept de Chicago jugés après la convention démocrate de 1968 et ami du couple Lennon-Ono, lui aurait demandé un jour si elle parlait encore à Yoko. Elle a répondu que non, et lui a retourné la question. Lui la voyait toujours. Et il a ajouté, de lui-même, que Yoko avait été très surprise que leur relation dure plus de deux semaines. Elle pensait que ce serait une affaire de quinze jours.

L’anecdote est invérifiable : Jerry Rubin est mort en 1994, et il n’a, à notre connaissance, jamais rapporté ce propos publiquement. Elle est cependant cohérente avec ce que d’autres témoins décrivent de l’état d’esprit de Yoko Ono en 1973, lorsqu’elle présentait la séparation comme une respiration temporaire.

Comment évaluer ces affirmations

Il faut être clair : la continuation d’une relation intime entre John Lennon et May Pang après 1975 repose, pour l’essentiel, sur le seul témoignage de May Pang. Elle l’avait déjà évoquée, de façon plus discrète, dans Loving John en 1983. Elle l’a développée dans le documentaire et, plus encore, dans les entretiens de 2023. Le film lui-même en a fait l’une de ses révélations, et plusieurs critiques l’ont soulignée comme telle.

Certains éléments sont toutefois corroborés de façon indépendante. Le fait que Lennon et May Pang soient restés en contact après 1975 est généralement admis par les biographes, et il apparaît dans la présentation de l’entretien accordé par May Pang à The Beatles Bible en 2011, qui parle d’une proximité maintenue jusqu’à la mort de John. Dans notre enquête sur la dernière rencontre entre John Lennon et Paul McCartney, nous avons d’ailleurs utilisé son témoignage pour situer Lennon à New York pendant l’hiver 1978. En revanche, la nature intime de ces rencontres et leur fréquence ne sont attestées par aucun autre témoin direct. Yoko Ono ne les a jamais reconnues. Elliot Mintz, qui était au quotidien dans l’entourage du couple pendant ces années, a toujours décrit un Lennon pleinement revenu à son foyer.

La position la plus honnête consiste donc à dire ceci : le maintien d’un lien entre John Lennon et May Pang après 1975 est probable, sa nature amoureuse et intime est affirmée par une seule personne, qui n’a aucune raison de mentir sur ses sentiments mais qui a toutes les raisons de défendre l’importance de son histoire.

Le dernier appel : Memorial Day 1980, depuis Le Cap

“Est-ce que tu as un moment pour parler ?”

May Pang raconte la dernière conversation qu’elle a eue avec John Lennon. On ne les oublie pas, dit-elle. C’était le week-end de Memorial Day 1980, la fête américaine du dernier lundi de mai, qui tombait cette année-là le 26 mai. Elle rentrait de courses avec des amies. Le téléphone sonne. Une voix dit simplement bonjour. Elle reconnaît John. Ses amies la regardent, interloquées, lorsqu’elle lui répond en l’appelant par son prénom.

John lui demande si elle a un moment. Ils parlent près de deux heures, une heure et demie au moins. Elle lui demande où il est. Il répond : au Cap. Elle s’exclame : en Afrique du Sud ? Il lui explique qu’il voulait simplement parler, qu’il pensait à elle, qu’il cherchait comment ils pourraient se revoir face à face. Elle ajoute un commentaire sur l’état d’esprit de Lennon cette année-là : il avait perdu la notion du temps, chaque jour ressemblait au précédent, comme dans Un jour sans fin.

Elle conclut que, sans l’assassinat, leur histoire aurait repris. C’est sa conviction, et elle la livre comme telle.

Lennon au Cap en mai 1980

Le voyage de Lennon en Afrique du Sud est un fait établi, même s’il reste l’un des épisodes les moins connus de sa vie. Au printemps 1980, Lennon part seul pour Le Cap, selon le principe des “voyages directionnels” auquel Yoko Ono, adepte de l’astrologie et de la numérologie, attachait une grande importance : la direction et la date d’un déplacement étaient censées influencer le destin de celui qui l’accomplit. Il y séjourne quelques jours, dans l’anonymat. C’est quelques semaines plus tard, en juin 1980, qu’il entreprend la traversée en voilier vers les Bermudes, au cours de laquelle il essuie une tempête et retrouve l’envie d’écrire. De ce séjour aux Bermudes naîtront la plupart des chansons de Double Fantasy.

Le calendrier est donc parfaitement compatible avec le récit de May Pang. Lennon se trouvait bien au Cap à la fin du mois de mai 1980, seul, loin du Dakota, dans une période où il cherchait à sortir de l’immobilité des années précédentes. Un appel à une ancienne compagne, dans ces conditions, n’a rien d’invraisemblable. Il reste, comme le contenu de la conversation, invérifiable.

Correctif factuel : Memorial Day et non Labor Day

Certains comptes rendus d’expositions consacrées aux photographies de May Pang, publiés dans la presse régionale américaine en 2023, situent ce dernier appel au week-end de Labor Day 1980, la fête du travail américaine du premier lundi de septembre. Cette date est incompatible avec l’emploi du temps de Lennon : à la fin de l’été 1980, il est à New York et enregistre Double Fantasy aux studios Hit Factory, où les séances ont commencé le 7 août. Dans l’entretien vidéo de Yahoo, May Pang dit clairement Memorial Day, c’est-à-dire la fin du mois de mai, ce qui correspond exactement au séjour de Lennon au Cap. La confusion entre les deux fêtes, l’une ouvrant l’été américain et l’autre le fermant, est une erreur de transcription ou de mémoire. La date à retenir est le week-end du 24 au 26 mai 1980.

Le “Lost Weekend” : une étiquette à déconstruire

Un film de 1945

L’intervieweuse confie que le nom de la période l’a toujours dérangée. Appeler “week-end perdu” une relation d’un an et demi lui paraît méprisant, comme si l’on parlait d’une erreur, d’un égarement dont on ne garde aucun souvenir. Elle avoue qu’à la place de May Pang, elle se sentirait insultée.

May Pang explique d’où vient le terme, et comment Lennon l’a utilisé. L’expression renvoie à The Lost Weekend, le film de Billy Wilder sorti en 1945, adapté du roman de Charles R. Jackson, avec Ray Milland dans le rôle d’un écrivain alcoolique qui disparaît dans une beuverie de plusieurs jours. Le film a reçu l’Oscar du meilleur film. Lennon, grand amateur de cinéma, aimait parler par références et métaphores filmiques, et il n’aimait pas qu’on le ramène sans cesse à ses histoires d’alcool. L’étiquette était une pirouette pour couper court.

May Pang ajoute deux éléments. D’abord, John est revenu sur le terme et s’en est excusé auprès d’elle. Ensuite, la plupart des jeunes d’aujourd’hui n’ont jamais entendu parler du film de Ray Milland, si bien que le mot ne leur dit rien de ce qu’il voulait dire. D’où le choix des producteurs et des réalisateurs d’ajouter un sous-titre, A Love Story, pour changer le récit : ce n’était pas un week-end perdu, mais une histoire d’amour. Elle reconnaît qu’elle vit mieux avec cette appellation aujourd’hui qu’autrefois.

Ce que le terme a fait à l’histoire

Le choix d’un mot n’est pas neutre. En réduisant dix-huit mois à un week-end d’ivresse, l’expression a orienté pendant des décennies la manière dont on a raconté la période : on a retenu les incidents du Troubadour, les excès de la maison de Santa Monica, le chaos des séances de Phil Spector. On a moins retenu que Lennon y a produit trois albums sous son nom, obtenu son seul numéro un américain en solo de son vivant, produit l’album de Harry Nilsson, contribué à ceux de Ringo Starr et de David Bowie, et renoué avec son fils et avec Paul McCartney. Nous avons dressé ce bilan dans notre article sur Walls and Bridges, l’album où Lennon transforma son Lost Weekend en confession pop.

Il faut toutefois rendre justice à Lennon. L’expression était aussi, chez lui, une forme d’autocritique : il considérait sincèrement qu’il avait été perdu pendant une partie de cette période, et il l’a dit à plusieurs reprises dans ses entretiens de 1980. Le mot ne disait pas seulement que la relation avec May Pang ne comptait pas ; il disait aussi que l’homme qu’il était alors ne lui plaisait pas.

Alcool, drogues, violence : ce qu’elle concède

“Miss Goody Two Shoes” et le Coca-Cola

L’image de May Pang dans cette histoire est inséparable de son abstinence. Elle le rappelle avec humour : dans le milieu, quelqu’un l’avait surnommée “Miss Goody Two Shoes”, l’équivalent de la sainte-nitouche, parce qu’elle ne buvait pas, ne fumait pas et ne prenait aucune drogue. Sa seule drogue, dit-elle, c’était une bouteille de Coca-Cola. Sur les photos de l’époque, ajoute-t-elle, toutes les bouteilles de Coca posées sur la table sont les siennes. C’est aussi, explique-t-elle, la raison pour laquelle on la sollicite encore aujourd’hui pour vérifier un souvenir : elle était la seule personne sobre dans la pièce.

Ce trait est confirmé par des témoins qui ne partagent pourtant pas sa lecture de la période. Elliot Mintz l’a décrite comme une femme posée, qui ne fumait pas et ne buvait pas, et qui avait sincèrement à cœur l’intérêt de John.

Une légende noire fondée sur trois incidents

Quand l’intervieweuse lui demande si l’alcool et la drogue omniprésents autour de Lennon l’ont gênée, May Pang conteste d’abord la prémisse. C’est, selon elle, un mythe. Les excès ont eu lieu lors de quelques soirées avec les copains, et les récits reprennent toujours les trois mêmes incidents. Lennon ne prenait pas beaucoup de drogues, assure-t-elle, parce qu’ils travaillaient énormément. Les problèmes commençaient quand certaines personnes débarquaient, et elle détestait cela, John le savait.

Elle évoque les fameux “Hollywood Vampires”, le cercle de buveurs qui se retrouvait au-dessus du Rainbow Bar and Grill, sur Sunset Boulevard, autour d’Alice Cooper, Micky Dolenz et Harry Nilsson. Elle affirme que cette étiquette est en grande partie une construction postérieure, qu’ils n’étaient pas tout le temps à Los Angeles, qu’ils revenaient régulièrement à New York, et qu’on ne les a vus dans les clubs que quelques fois. Elle rapporte enfin un mot de John à propos de ses sorties avec Harry Nilsson : chaque fois qu’il sortait avec Harry, il y avait un problème. Et elle lui répondait qu’il fallait se demander qui les photographes voulaient en couverture, Harry ou John.

Les faits lui donnent partiellement raison. Les incidents documentés se concentrent sur la période californienne, d’octobre 1973 au printemps 1974 : les séances chaotiques de l’album de reprises avec Phil Spector, la soirée de janvier 1974 au Troubadour pendant le concert d’Ann Peebles, l’expulsion du même club en mars 1974 après avoir chahuté les Smothers Brothers avec Harry Nilsson. À partir du retour à New York, au printemps 1974, les témoignages des musiciens de Walls and Bridges décrivent au contraire un Lennon discipliné, qui travaille de midi à dix heures du soir et interdit l’alcool en studio. Mais on ne peut pas réduire l’alcoolisme de Lennon en Californie à trois soirées : les biographes décrivent une consommation lourde et quotidienne pendant plusieurs mois.

La violence, dite sans détour

L’intervieweuse rappelle que le film évoque au moins deux épisodes de violence physique de Lennon envers May Pang, et lui demande si l’alcool en était la cause. May Pang répond oui, et précise. Ce n’était pas, dit-elle, comme s’il l’avait frappée à coups de poing ; les récits qui en circulent sont exagérés. Mais il l’a bousculée, il lui a tiré les cheveux, et il était ivre à chaque fois.

Le passage est important parce qu’il montre que May Pang ne cherche pas à présenter un Lennon idéalisé. Elle le dit d’ailleurs plus loin, avec insistance : elle veut que les gens voient un être humain, pas un surhomme, avec ses fragilités et ses problèmes. Elle ajoute qu’il était profondément peu sûr de lui dans certains domaines, ce qui surprendrait beaucoup de monde, et qu’il essayait de s’améliorer en vieillissant. La violence de Lennon envers les femmes n’est pas une révélation de ce film : il l’avait lui-même reconnue, à propos de sa jeunesse et de Cynthia, dans son entretien à Playboy de 1980. Le témoignage de May Pang l’étend, sans complaisance, à 1973-1974.

Phil Spector et le garde du corps

Le récit le plus spectaculaire de cette partie concerne Phil Spector, producteur de l’album de reprises de 1973. Spector, rappelle May Pang, n’était pas un homme facile, et ils se sont beaucoup disputés. Il n’avait aucune prise sur elle, puisqu’elle ne buvait pas et ne se droguait pas. Un soir, Spector veut emmener John quelque part sans elle. Elle veut monter dans la voiture. Il refuse. Elle refuse de bouger. Spector demande alors à son garde du corps de la soulever physiquement pour l’écarter.

Elle explique pourquoi elle a tenu bon : elle voulait protéger ce qui se passait. John, dit-elle, ne se voyait plus qu’en bande avec les garçons, comme au temps de Hambourg et de Liverpool, parce qu’il n’en avait plus eu l’occasion depuis longtemps. Elle raconte aussi l’avoir un jour entraîné de force hors d’un coin de rue de Sunset Boulevard, où il criait à voix haute tout le mal qu’il pensait de quelqu’un, en lui rappelant qu’il y avait des journalistes autour.

L’épisode du garde du corps n’est confirmé par aucun autre témoin. Il s’inscrit cependant dans un portrait de Phil Spector largement documenté pour ces séances : arrivées déguisées, armes à feu en studio, coup de feu tiré dans la cabine de contrôle des studios A&M, puis disparition du producteur avec les bandes à la fin de 1973. Nous avons raconté cette histoire dans notre article sur Rock ‘n’ Roll, l’album maudit. Spector a été condamné en 2009 pour le meurtre de l’actrice Lana Clarkson et est mort en prison en 2021.

Ce qu’elle a vu : photos, chansons et crédits

La dernière photo de John et Paul

L’intervieweuse évoque un document que les amateurs des Beatles connaissent bien : la dernière photographie connue de John Lennon et Paul McCartney ensemble. Elle a été prise par May Pang en 1974, à Los Angeles, à l’époque de l’enregistrement de l’album de Harry Nilsson. La journaliste souligne le poids de l’image : l’assassinat de 1980 a mis fin à tout espoir de réunion des Beatles, et ce cliché en porte rétrospectivement la charge.

May Pang ne s’attarde pas sur la photo. Elle préfère parler de ce qui l’entoure : les visites fréquentes de Paul et Linda McCartney, chez eux, à New York, pendant toute la période ; George Harrison, à qui John avait promis son aide pour la tournée Dark Horse ; et Cynthia Lennon, avec qui elle a tenu à ce que John fasse la paix. Elle se dit heureuse d’avoir pu aider à réparer ces relations.

La photo elle-même a été prise au lendemain de la séance de Burbank du 28 mars 1974, à la maison de Santa Monica où logeait la bande de Pussy Cats. Elle reste la dernière connue des deux hommes ensemble, même si John et Paul se sont revus plusieurs fois à New York entre 1975 et 1976, notamment au Dakota, sans que ces rencontres aient laissé d’image publique. Nous avons consacré un article aux photographies qui démythifient le Lost Weekend et à l’autre récit que livrent les archives de May Pang. Le meilleur moyen de les voir reste son recueil Instamatic Karma, publié en 2008 chez St. Martin’s Press.

L’ovni du 23 août 1974

Parmi les souvenirs que May Pang tenait à remettre à leur place dans le film figure l’ovni. Elle rappelle qu’elle l’a vu avec John, et que le livret de Walls and Bridges en garde la trace : Lennon y a fait imprimer une note indiquant qu’il a vu un ovni le 23 août 1974, à neuf heures du soir. L’épisode se déroule sur la terrasse de leur appartement du 434 East 52nd Street, à laquelle on accédait en passant par la fenêtre de la cuisine. Nous l’avons raconté parmi nos vingt anecdotes sur John Lennon.

La statue de la Liberté

May Pang cite aussi les photos de John Lennon devant la statue de la Liberté, en précisant qu’elle était là. Elle insiste sur un point qui l’agace : on a souvent écrit qu’elle n’était pas présente à des moments où elle se trouvait en réalité aux côtés de John. Il faut préciser que la photo la plus célèbre de cette journée, celle de Lennon faisant le signe de la paix devant la statue, n’est pas d’elle : elle a été prise par Bob Gruen, le photographe new-yorkais proche du couple, le 30 octobre 1974. May Pang évoque sa présence lors de cette séance, pas la paternité de l’image.

“Surprise, Surprise” et “#9 Dream”

Lorsque l’intervieweuse lui demande si Lennon a écrit au moins une chanson pour elle, May Pang raconte la naissance de “Surprise, Surprise (Sweet Bird of Paradox)”. John l’appelle dans la pièce, la fait asseoir en face de lui, prend sa guitare et lui joue un couplet. La chanson n’est pas terminée. Il vient de l’écrire, dit-il, et c’est pour elle. Elle reste sans voix. Comment est-ce arrivé, se demande-t-elle encore.

Elle rappelle aussi qu’elle chante sur “#9 Dream” : c’est sa voix qui chuchote le prénom de John. Et elle souligne une symétrie qui lui tient à cœur. Selon elle, la première chanson écrite pour l’album Walls and Bridges était la sienne, “Surprise, Surprise”, et la dernière était “#9 Dream”, et les deux ont été composées l’une juste après l’autre. Cette chronologie de composition n’est pas documentée ailleurs à notre connaissance ; elle est plausible, sans être vérifiable. Elton John chante en harmonie sur “Surprise, Surprise”, enregistrée à l’été 1974 au Record Plant de New York. “#9 Dream” atteindra la neuvième place du classement américain au début de 1975.

“Fame” : l’histoire racontée depuis le salon des invités

La dernière anecdote de l’entretien concerne David Bowie. May Pang raconte qu’elle était présente à Electric Lady, à New York, en janvier 1975, lorsque “Fame” est née. Bowie avait demandé à John et à elle de passer, parce qu’il travaillait sur sa reprise de “Across the Universe” pour l’album Young Americans. Lennon, raconte-t-elle, se tourne vers le guitariste Carlos Alomar et lui parle d’un riff qu’il a dans la tête, celui de “Shame, Shame, Shame” de Shirley and Company, un disque qu’il adore. Lennon et Alomar s’isolent dans le salon des invités pour travailler. Bowie, qui les cherche depuis trois quarts d’heure, les retrouve, demande ce qu’ils font, s’il y a des paroles, et propose d’en écrire. Vingt-cinq minutes plus tard, il revient avec “Fame”.

C’est un témoignage de première main, puisqu’elle était dans le studio. Il ne correspond pourtant pas tout à fait aux récits des deux autres protagonistes, comme le montre l’encadré ci-dessous. Nous avons raconté plus largement l’histoire de “Fame”, Lennon et Bowie, ainsi que leur première rencontre.

Correctif factuel : d’où vient le riff de “Fame” ?

Dans l’entretien, May Pang attribue l’idée du riff de “Fame” à John Lennon, qui l’aurait tirée de “Shame, Shame, Shame” de Shirley and Company. Les récits de David Bowie et de Carlos Alomar sont différents. Selon eux, le riff de guitare était celui qu’Alomar avait mis au point pour une reprise de “Footstompin’”, un titre des Flares datant de 1961, que Bowie jouait sur scène et trouvait trop bon pour une simple reprise. Lennon, qui jouait par-dessus, s’est mis à chanter une syllabe qui ressemblait à “aim”, et Bowie y a ajouté un F. Le lien avec “Shame, Shame, Shame” existe pourtant : ce disque de Shirley and Company, sorti à la fin de 1974, est souvent cité comme une influence sur le motif vocal descendant du refrain, et Tony King, ami de Lennon, a raconté que John l’adorait. Le plus juste est donc de dire que le riff de guitare vient d’Alomar et de “Footstompin’”, que l’accroche vocale vient de Lennon, et que “Shame, Shame, Shame” a pu jouer un rôle dans le refrain. “Fame”, créditée à Bowie, Lennon et Alomar, est devenue en septembre 1975 le premier numéro un américain de Bowie.

Julian et Cynthia : réparer ce qui pouvait l’être

“Tant que tu n’auras pas réparé cette relation”

L’entretien revient brièvement sur la place de Julian et de Cynthia Lennon, que nous avons longuement développée dans notre article sur les retrouvailles du père et du fils. May Pang y ajoute une scène. Avant la première visite, John lui confie qu’il aurait préféré que Cynthia ne vienne pas. Elle lui répond qu’il n’a pas vu son fils depuis plusieurs années, que Cynthia a tous les droits, et que rien ne changera tant qu’il n’aura pas réparé cette relation-là.

Selon elle, ce fut fait. John et Cynthia, qui n’avaient jamais eu de vraie conclusion à leur mariage, ont fini par l’obtenir. Ensuite, Cynthia pouvait téléphoner pour parler à Julian sans que John se crispe à l’idée d’avoir son ex-femme au bout du fil. Elle raconte qu’après la mort de John, elle a tenté de joindre Yoko Ono, a laissé un message qui n’a jamais reçu de réponse, et qu’elle est devenue une amie proche de Cynthia, en se promettant de veiller sur Julian quoi qu’il arrive. Cynthia Lennon est morte le 1er avril 2015 ; nous avons retracé sa véritable histoire.

La pochette de “Jude”

L’intervieweuse mentionne au passage l’album “Jude” de Julian Lennon, sorti en septembre 2022, et May Pang glisse qu’elle a pris la photo de la pochette. L’intervieweuse l’ignorait. Il s’agit d’un portrait de Julian enfant, pris en Floride, à Disney World, juste après Noël 1974. Julian lui-même a expliqué que son regard perdu, sur cette image, exprimait la peur de voir son père disparaître à nouveau. Nous avons raconté son parcours dans le grand entretien où Julian Lennon se raconte.

Badfinger, Pete Ham et l’intuition du départ

Une amitié d’Apple

Une digression inattendue de l’entretien concerne Badfinger. L’intervieweuse se souvient avoir lu, il y a une vingtaine d’années, la biographie du groupe écrite par Dan Matovina, Without You: The Tragic Story of Badfinger, et se demande si May Pang n’a pas un lien avec “Day After Day”, le tube de 1971. May Pang raconte qu’elle travaillait chez Apple lorsque le groupe, l’un des premiers signés par le label des Beatles, est venu à New York. Elle était proche de tous ses membres, et elle reconnaît avoir brièvement fréquenté Pete Ham, l’auteur de la chanson, avec qui elle est restée amie.

Londres, avril 1975

Elle raconte surtout un souvenir glaçant. En 1975, après la fin de sa relation avec John, elle se rend à Londres et revoit Tom Evans et Pete Ham. Tom Evans, le bassiste, la taquine sur sa célébrité ; elle lui demande d’arrêter, ils sont amis, et elle leur propose son aide comme autrefois. Puis, une nuit, elle se réveille avec le sentiment qu’elle doit quitter Londres. Le lendemain, aux bureaux d’Apple, ses amis lui proposent d’attendre le week-end pour faire la fête. Elle refuse. On est mardi, elle se donne un jour pour se préparer, elle partira jeudi.

Ce jeudi est le jour où Pete Ham est retrouvé mort. Elle raconte qu’elle ne l’avait pas appelé avant de partir, parce que les musiciens, disait-elle alors, ne se lèvent pas tôt. Elle apprend la nouvelle par téléphone en rentrant à New York.

Le calendrier confirme son récit. Pete Ham s’est donné la mort le 24 avril 1975 à Woking, dans le Surrey, à 27 ans, au terme d’une crise financière et juridique qui avait ruiné le groupe. Le 24 avril 1975 était bien un jeudi.

Correctif factuel : “Day After Day” n’est pas documentée comme une chanson sur May Pang

L’intervieweuse se souvient d’un passage de la biographie de Badfinger suggérant qu’un vers de “Day After Day” évoquerait May Pang, ou la découverte par Pete Ham de sa relation avec John Lennon. Cette hypothèse se heurte à la chronologie : “Day After Day”, écrite par Pete Ham et produite par George Harrison puis par Todd Rundgren, paraît sur l’album Straight Up à la fin de 1971, soit près de deux ans avant le début de la relation entre May Pang et Lennon. May Pang elle-même répond qu’elle n’en sait rien et qu’elle découvre seulement aujourd’hui l’existence de chansons qui lui seraient consacrées. Rien ne permet donc de relier ce titre à son histoire avec Lennon. Tout au plus peut-on noter qu’elle a fréquenté Pete Ham à une époque, ce qu’elle confirme.

Fans, “groupie”, Yoko : la question de l’image

Quatre-vingt-dix pour cent de bienveillance

L’intervieweuse aborde la réception de May Pang chez les fans des Beatles, un public connu pour sa passion et parfois pour sa cruauté, en rappelant à quel point Yoko Ono a été, et reste, la cible d’une hostilité qu’elle juge injuste. May Pang répond qu’elle a reçu énormément de soutien. Environ 90 % des gens qu’elle rencontre se montrent bienveillants avec elle. Les 10 % restants croient ce qu’ils veulent croire, et elle n’y peut rien. Elle conclut par une formule qu’elle dit apprendre chaque jour un peu plus : elle ne peut contrôler que ce qu’elle peut contrôler.

Il faut noter la réserve de May Pang sur Yoko Ono dans cette partie de l’entretien. Alors qu’elle a été beaucoup plus dure ailleurs, elle refuse ici de commenter le sort de Yoko auprès des fans, se contentant de dire que chacun perçoit les choses à sa manière.

Le mot “groupie”

À propos du terme “groupie”, souvent appliqué sans distinction à toutes les femmes qui partagent la vie d’un musicien, May Pang dit qu’on l’a rarement employé à son sujet. La raison est simple : elle était connue dans le milieu comme une professionnelle, qui travaillait pour le couple depuis trois ans avant que l’histoire ne commence. Le documentaire insiste sur ce point, en rappelant qu’elle a reçu un disque d’or de la RIAA pour son travail de coordination de production sur Walls and Bridges et qu’elle est créditée, sous le surnom de “Mother Superior”, sur l’album Rock ‘n’ Roll.

Islande, 9 octobre 2006 : le dernier échange avec Yoko Ono

Un hôtel de Reykjavik

L’intervieweuse termine par la question de Yoko Ono. Elle a lu que les deux femmes s’étaient croisées par hasard en Islande, une quinzaine d’années plus tôt. Y a-t-il une forme de conclusion que May Pang voudrait obtenir avant qu’il ne soit trop tard, d’autant que Yoko Ono, alors âgée de 90 ans, était très affaiblie ?

May Pang répond que la conclusion appartient déjà au passé. Elle sait Yoko malade, au point de douter qu’elle comprendrait ce qu’on pourrait lui dire. Les choses resteront là où elles en sont restées.

Et elles en sont restées à un simple bonjour. May Pang raconte la scène de Reykjavik avec amusement. Elle s’avance vers Yoko, lui demande comment elle va. Yoko répond qu’elle va bien. Rien de plus : Yoko était occupée par l’événement qu’elle organisait. Ce qui fait rire May Pang, c’est la date. Tout s’est passé le jour de l’anniversaire de John, le 9 octobre. Elle-même était en route pour Liverpool, Yoko faisait son événement en Islande. Elle y voit, une fois encore, la main de l’univers, et un clin d’œil de John.

Ce que l’on sait de cette rencontre

La rencontre date du 9 octobre 2006, jour qui aurait été le 66e anniversaire de Lennon. Yoko Ono se trouvait à Reykjavik pour présenter le projet de l’Imagine Peace Tower, la colonne de lumière qui sera inaugurée un an plus tard, le 9 octobre 2007, sur l’île de Viðey. May Pang participait, elle, à un voyage organisé par Icelandair autour de l’anniversaire de Lennon, qui faisait étape une nuit à Reykjavik avant de poursuivre vers Liverpool. On lui a appris à son arrivée que Yoko logeait dans le même hôtel. Elle a raconté ailleurs que Yoko avait d’abord détourné le regard, avant de lui demander de loin comment elle allait. Dans l’entretien de 2023, elle mentionne un concours d’écriture de chansons, une précision que nous n’avons pas pu rattacher à un événement précis de cette journée.

“Elle n’a jamais rien dit”

Dernière question : Yoko Ono a-t-elle réagi au film, comme elle aurait pu réagir au livre de 1983 ou à l’album de photographies de 2008 ? May Pang répond qu’elle n’a jamais rien dit, ni à l’époque de Loving John, ni ensuite. Elle ignore si Yoko a vu le documentaire. Elle constate seulement que tout est désormais sur pellicule. Yoko Ono a, de son côté, maintenu sa propre version de son mariage dans plusieurs livres, documentaires et rééditions, sans jamais engager de polémique publique avec May Pang.

Pas de regrets, pas de conclusion

Une blessure encore à vif

C’est dans la dernière partie de l’entretien que May Pang craque. L’intervieweuse lui demande combien de temps il lui a fallu pour se remettre de cette histoire, si elle s’en est remise. May Pang reconnaît que non. Elle n’a jamais eu de conclusion. Mais elle ne pouvait pas passer sa vie à pleurer. Elle garde John dans une place à part, dit-elle, et lui demande de la guider vers l’étape suivante.

Elle a avancé. Elle a épousé en 1989 le producteur Tony Visconti, l’homme de nombreux albums de David Bowie et de T. Rex, avec qui elle a eu deux enfants avant leur divorce en 2000. Elle annonce, rayonnante, que sa fille va se marier. Puis elle ajoute qu’elle aimerait trouver un nouveau compagnon, et que cette partie-là n’est pas facile. C’est là que les larmes viennent. Elle s’en excuse presque, explique que c’est encore émotionnel, encore à vif, et que les gens ne comprennent pas la complexité de cette relation, vécue sous le regard du monde entier.

“On ne peut pas avoir de regrets”

L’intervieweuse lui demande si elle a regretté de s’être engagée dans une situation aussi étrange. Sa réponse tient en une philosophie : on ne peut pas avoir de regrets, on peut seulement apprendre. Si l’on a des regrets, c’est qu’on n’a rien appris. Elle a fait ce qu’elle a fait, elle doit l’assumer, et chercher la suite.

Elle concède seulement une part infime de regret, ce qu’elle appelle ses “deux pour cent”. Interrogée, elle les explique : ce sont les choses qu’elle n’a pas pu mettre dans le film. Un documentaire dure quatre-vingt-dix minutes, on ne peut pas y faire entrer toute une vie, et certains lui reprochent d’avoir oublié tel ou tel épisode. Elle précise qu’elle n’a pas cherché à contrôler le film : elle a laissé les producteurs et les réalisateurs le construire, parce qu’un regard extérieur raconte souvent mieux une histoire que celui qui l’a vécue.

Ce que le film devait établir

À la question de savoir ce qu’elle voulait rectifier avant tout, May Pang répond sans hésiter. Que John et elle tenaient vraiment l’un à l’autre. Qu’ils sont restés en contact jusqu’au bout. Qu’il y avait beaucoup d’amour, et qu’elle a encouragé l’amour qu’il avait pour sa musique. Elle ajoute, avec une pointe de lassitude, qu’on lui demande encore si elle a connu Julian, ou si elle a rencontré les autres Beatles.

Ce que l’entretien apporte vraiment : bilan critique

Ce qui est solidement établi

Une partie importante du récit de May Pang concorde avec les faits connus et avec d’autres témoignages. L’initiative de Yoko Ono au départ de la relation est confirmée par Yoko elle-même. Les appels téléphoniques fréquents de Yoko pendant la séparation sont attestés par plusieurs sources. Le rôle de messager de Paul McCartney au printemps 1974 est confirmé par Paul et reconnu par Yoko. Les projets de John et May pour décembre 1974 et janvier 1975, de la Floride à Montauk en passant par les McCartney, sont cohérents avec le calendrier. La peur de l’expulsion qui pesait sur Lennon au début de 1975 est documentée. Le séjour de Lennon au Cap à la fin de mai 1980 est établi. La mort de Pete Ham un jeudi d’avril 1975 aussi. La rencontre fortuite avec Yoko Ono à Reykjavik, le 9 octobre 2006, a été racontée de façon concordante dans plusieurs entretiens.

Ce qui reste sa parole

D’autres affirmations ne reposent que sur son témoignage : la demande de divorce de février 1974 et l’excuse astrologique, le manteau offert sous condition, l’ignorance par Yoko du départ pour Los Angeles, le fait que May Pang ait prévenu Yoko du concert du Madison Square Garden, l’explication du retour au Dakota par une recommandation liée à l’immigration, l’épisode du garde du corps de Phil Spector, le propos rapporté de Jerry Rubin et, surtout, la poursuite d’une relation intime avec John Lennon de 1975 à 1980. Aucune de ces affirmations n’est contredite par un document. Aucune n’est confirmée par un témoin indépendant encore en mesure de parler.

Ce qui doit être corrigé

Quelques détails demandent une correction, sans remettre en cause le fond : l’âge de May Pang à son embauche, 20 ans et non 19 ; la date du dernier appel, Memorial Day et non Labor Day comme l’écrivent certains comptes rendus ; l’origine du riff de “Fame”, qui doit beaucoup à Carlos Alomar et à “Footstompin’” ; la photo de la statue de la Liberté, signée Bob Gruen ; et l’hypothèse d’un lien entre “Day After Day” et May Pang, que rien n’étaye.

Récapitulatif

Affirmation de May Pang Statut Éléments de vérification
Yoko Ono a pris l’initiative de lui proposer John Établi Confirmé par Yoko Ono, avec une lecture différente de l’intention
Yoko ignorait le départ pour Los Angeles Sa parole Ni confirmé ni démenti
Appels quotidiens de Yoko pendant dix-huit mois Établi dans le principe Contacts réguliers attestés ; le chiffre de quinze par jour est le sien
Demande de divorce en février 1974 Sa parole Aucune autre source ; excuse astrologique proche de l’épisode du Plaza de décembre 1974
Paul McCartney messager de Yoko Établi Raconté par Paul, reconnu par Yoko
Elle a prévenu Yoko du concert du 28 novembre 1974 Sa parole Plausible au vu des appels quotidiens
Projets communs jusqu’à fin janvier 1975 Largement établi Floride, signature du 29 décembre, Bowie, Montauk, Wings à La Nouvelle-Orléans
Retour au Dakota lié à l’immigration Hypothèse plausible Procédure non tranchée avant octobre 1975, carte verte en juillet 1976
Relation intime poursuivie de 1975 à 1980 Sa parole Contact maintenu probable ; dimension intime non corroborée
Dernier appel depuis Le Cap, Memorial Day 1980 Compatible Séjour de Lennon au Cap fin mai 1980 établi ; contenu de l’appel invérifiable
Violences de Lennon sous l’emprise de l’alcool Son témoignage, concédé Cohérent avec les aveux de Lennon sur sa violence passée
Le riff de “Fame” vient de “Shame, Shame, Shame” À nuancer Riff d’Alomar tiré de “Footstompin’” ; influence possible sur le refrain
Départ de Londres le jour de la mort de Pete Ham Compatible Pete Ham meurt le jeudi 24 avril 1975
Rencontre avec Yoko en Islande un 9 octobre Établi 9 octobre 2006, Reykjavik, récit concordant dans plusieurs entretiens

Ce que l’entretien change dans notre regard

Au-delà des vérifications de détail, l’entretien de 2023 déplace la question du Lost Weekend. Pendant des décennies, on s’est demandé ce que Lennon avait fait pendant ces dix-huit mois. May Pang oblige à se demander ce qui s’est passé après. Si son récit des années 1975-1980 est exact, même en partie, l’image du Lennon “homme au foyer” entièrement retiré dans le Dakota doit être nuancée : il aurait conservé, en marge de sa vie familiale, un lien avec la femme qui l’avait accompagné pendant sa période la plus productive. Si son récit est exagéré, il témoigne au moins de la force de ce que cette relation a représenté pour elle, cinquante ans plus tard.

Dans les deux cas, ce témoignage mérite d’être lu pour ce qu’il est : la parole d’une femme qui a longtemps été racontée par d’autres, et qui a choisi de raconter elle-même, avec ses certitudes, ses approximations, ses larmes et son refus des regrets. On peut en discuter les faits. On ne peut plus faire comme si elle n’avait rien à dire.

Chronologie

Date Événement
18 février 1933 Naissance de Yoko Ono à Tokyo.
9 octobre 1940 Naissance de John Lennon à Liverpool.
24 octobre 1950 Naissance de May Pang à Manhattan.
Décembre 1970 May Pang commence à travailler pour John et Yoko sur les films Up Your Legs Forever et Fly.
31 août 1971 Arrivée de Lennon aux États-Unis ; il ne quittera plus le territoire avant 1977.
Été 1973 Séances de Mind Games ; Yoko Ono propose à May Pang de devenir la compagne de John.
Octobre 1973 Départ de John et May pour Los Angeles.
Fin 1973 Séances chaotiques de l’album de reprises avec Phil Spector ; Spector disparaît avec les bandes.
Février 1974 Selon May Pang, Yoko Ono demande le divorce ; épisode du manteau.
Mars 1974 Expulsion du Troubadour avec Harry Nilsson ; visite des McCartney ; séance de Burbank le 28 mars ; dernière photo connue de John et Paul.
Juin 1974 Retour à New York ; appartement du 434 East 52nd Street.
23 août 1974 John et May disent avoir vu un ovni depuis leur terrasse.
26 septembre 1974 Sortie américaine de Walls and Bridges.
30 octobre 1974 Séance photo de Bob Gruen devant la statue de la Liberté.
16 novembre 1974 “Whatever Gets You Thru the Night” numéro un du Billboard Hot 100.
28 novembre 1974 Lennon rejoint Elton John au Madison Square Garden ; Yoko Ono dans la salle.
19 décembre 1974 Lennon manque la signature du Plaza en invoquant les astres.
29 décembre 1974 Signature de la dissolution des Beatles à Disney World.
Janvier 1975 Séances avec David Bowie à Electric Lady : “Fame” et “Across the Universe”.
Fin janvier ou début février 1975 Retour de Lennon au Dakota ; fin de la vie commune avec May Pang.
24 avril 1975 Mort de Pete Ham, de Badfinger, à Woking.
7 octobre 1975 La cour d’appel fédérale annule l’ordre d’expulsion de Lennon.
9 octobre 1975 Naissance de Sean Ono Lennon.
27 juillet 1976 Lennon obtient sa carte verte.
24-26 mai 1980 Week-end de Memorial Day ; selon May Pang, dernier appel de John depuis Le Cap.
Juin 1980 Traversée en voilier vers les Bermudes ; Lennon recommence à écrire.
8 décembre 1980 Assassinat de John Lennon devant le Dakota.
1983 Publication de Loving John.
1989-2000 Mariage de May Pang avec Tony Visconti ; deux enfants.
9 octobre 2006 Rencontre fortuite avec Yoko Ono à Reykjavik.
2008 Publication d’Instamatic Karma.
Juin 2022 Présentation de The Lost Weekend: A Love Story au festival de Tribeca.
Septembre 2022 Sortie de l’album “Jude” de Julian Lennon, avec une photo de May Pang en pochette.
Avril 2023 Sortie du documentaire aux États-Unis ; entretien de May Pang avec Lyndsey Parker pour Yahoo Entertainment.
Octobre 2023 Sortie du documentaire en vidéo et en streaming.

Questions fréquentes

Qui est May Pang ?

Née le 24 octobre 1950 à New York, May Pang a été l’assistante personnelle et la coordinatrice de production de John Lennon et Yoko Ono à partir de décembre 1970, puis la compagne de John pendant environ dix-huit mois, de l’automne 1973 au début de 1975, période que Lennon appelait son “Lost Weekend”.

Où voir l’entretien de May Pang avec Yahoo Entertainment ?

L’entretien, mené par Lyndsey Parker, a été publié en avril 2023 sous forme de vidéo et d’article, au moment de la sortie américaine du documentaire The Lost Weekend: A Love Story. La vidéo est intégrée dans cet article.

Qui a eu l’idée de la relation entre John Lennon et May Pang ?

Yoko Ono. Elle a elle-même confirmé avoir suggéré à May Pang de devenir la compagne de John pendant leur séparation, tout en présentant sa démarche comme une façon de laisser de la liberté au couple. May Pang affirme avoir d’abord refusé à plusieurs reprises.

Yoko Ono a-t-elle demandé le divorce en 1974 ?

C’est ce qu’affirme May Pang, qui situe cette demande en février 1974. Aucune autre source ne confirme l’épisode, et l’excuse astrologique qu’elle attribue à Yoko pour l’abandon du divorce rappelle un épisode documenté de décembre 1974, lorsque Lennon a manqué la signature de la dissolution des Beatles.

Pourquoi John Lennon est-il retourné auprès de Yoko Ono en 1975 ?

Les raisons restent débattues. May Pang avance l’hypothèse d’une recommandation liée à sa procédure d’immigration, alors non tranchée. D’autres explications existent : l’attachement de Lennon à Yoko, sa dépendance affective et la grossesse de Yoko, annoncée au printemps 1975.

John Lennon et May Pang se sont-ils revus après 1975 ?

Selon May Pang, oui, et régulièrement, jusqu’en 1980, y compris de manière intime, à l’insu de Yoko Ono. Le maintien d’un contact est probable ; la nature intime de la relation n’est attestée que par son témoignage.

Quand May Pang a-t-elle parlé à John Lennon pour la dernière fois ?

Le week-end de Memorial Day 1980, à la fin du mois de mai. Selon elle, Lennon l’a appelée depuis Le Cap, en Afrique du Sud, et ils ont parlé près de deux heures. Lennon se trouvait effectivement au Cap à cette période.

Pourquoi parle-t-on de “Lost Weekend” ?

Le terme vient du film de Billy Wilder The Lost Weekend (1945), sur un écrivain alcoolique. Lennon l’a repris pour désigner sa séparation d’avec Yoko Ono. May Pang affirme qu’il s’en est ensuite excusé auprès d’elle, et le documentaire y a ajouté le sous-titre A Love Story.

May Pang a-t-elle pris la dernière photo de John Lennon et Paul McCartney ensemble ?

Oui, c’est la dernière photographie connue des deux hommes ensemble. Elle a été prise en 1974 à Los Angeles, au lendemain de la séance de Burbank du 28 mars, pendant l’enregistrement de l’album Pussy Cats de Harry Nilsson.

John Lennon a-t-il écrit une chanson pour May Pang ?

Oui, “Surprise, Surprise (Sweet Bird of Paradox)”, sur l’album Walls and Bridges, publié en 1974. May Pang chuchote par ailleurs le prénom de John sur “#9 Dream”, extrait du même disque.

May Pang a-t-elle revu Yoko Ono ?

Une seule fois, par hasard, le 9 octobre 2006, dans un hôtel de Reykjavik, en Islande, où Yoko Ono présentait le projet de l’Imagine Peace Tower. L’échange s’est limité à quelques mots.

Yoko Ono a-t-elle réagi au documentaire ?

Selon May Pang, Yoko Ono n’a jamais réagi publiquement, ni au documentaire, ni à ses livres. Elle a maintenu sa propre version de son mariage dans ses livres, ses films et les rééditions de l’œuvre de Lennon.

Glossaire

  • Lost Weekend : nom donné par John Lennon à sa séparation d’avec Yoko Ono, de l’automne 1973 au début de 1975, emprunté au film de Billy Wilder de 1945.
  • ABKCO : société d’Allen Klein, qui gérait au début des années 1970 les affaires de Lennon, Harrison et Starr, et où May Pang a commencé sa carrière.
  • Dakota : immeuble de Central Park West, à New York, résidence de John Lennon et Yoko Ono à partir de 1973.
  • Carte verte : titre de résident permanent aux États-Unis, obtenu par Lennon le 27 juillet 1976 après une longue procédure d’expulsion.
  • Memorial Day : jour férié américain du dernier lundi de mai, consacré à la mémoire des soldats morts ; le 26 mai en 1980.
  • Hollywood Vampires : surnom du cercle de musiciens buveurs qui se retrouvait au Rainbow Bar and Grill de Sunset Boulevard au milieu des années 1970.
  • Electric Lady : studio new-yorkais fondé par Jimi Hendrix, où Bowie et Lennon ont enregistré “Fame” en janvier 1975.
  • Instamatic Karma : livre de photographies de John Lennon publié par May Pang en 2008.
  • Imagine Peace Tower : colonne de lumière installée par Yoko Ono sur l’île de Viðey, près de Reykjavik, inaugurée le 9 octobre 2007.
  • Closure : mot anglais désignant la fin apaisée d’une histoire ; celle que May Pang dit n’avoir jamais eue.

Sources et bibliographie

Source principale : entretien vidéo de May Pang avec Lyndsey Parker, Yahoo Entertainment, avril 2023, et article associé publié le 11 avril 2023.

Ouvrages : May Pang et Henry Edwards, Loving John, Warner Books, 1983 ; May Pang, Instamatic Karma: Photographs of John Lennon, St. Martin’s Press, 2008 ; David Sheff, All We Are Saying, 1981 ; Philip Norman, John Lennon: The Life, 2008 ; Larry Kane, Lennon Revealed, 2005 ; Dan Matovina, Without You: The Tragic Story of Badfinger, 1997 ; Keith Badman, The Beatles Diary Volume 2: After the Break-Up 1970-2001, 2001 ; Peter Doggett, The Man Who Sold the World: David Bowie and the 1970s, 2011.

Film : The Lost Weekend: A Love Story, réalisé par Eve Brandstein, Richard Kaufman et Stuart Samuels, présenté à Tribeca en juin 2022, sorti en salles aux États-Unis en avril 2023.

Presse et entretiens : The Beatles Bible, entretien avec May Pang (janvier 2011) ; Salon, critique de Kenneth Womack (juin 2022) ; AARP (2023) ; WBUR, Here & Now (octobre 2023) ; Dagbladet (2023), sur la rencontre de Reykjavik ; presse régionale américaine consacrée aux expositions de photographies de May Pang (2023) ; Rocky Mountain News, entretien de David Bowie sur “Fame” (janvier 2004) ; témoignage de Tony King dans In My Life: John Lennon Remembered, BBC.

Pour aller plus loin sur yellow-sub.net : le Lost Weekend de John Lennon ; ce que Julian Lennon doit à May Pang ; May Pang, la femme derrière le Lost Weekend ; Elton John et la réconciliation de John et Yoko ; le retrait de John Lennon en 1975 ; “Fame”, Lennon et Bowie ; la photo truquée des Grammy Awards 1975 ; les lunettes du Lost Weekend aux enchères ; les collaborations des ex-Beatles après la séparation ; l’histoire du Dakota ; John Lennon, Yoko Ono, la rupture et la recherche personnelle ; Ringo Starr et Harry Nilsson.

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