El Solano, la maison de John Lennon et Yoko Ono à Palm Beach : achetée 725 000 dollars en 1980, revendue 36 millions, l’histoire complète
Une façade de stuc blanc, des toits de tuiles rouges, une galerie à arcades tournée vers l’Atlantique, deux piscines et une cabane de plage de l’autre côté du boulevard. Au 720 South Ocean Boulevard, à Palm Beach, en Floride, se dresse depuis plus d’un siècle une villa d’inspiration espagnole que les habitants appellent El Solano. En janvier 1980, John Lennon et Yoko Ono l’achètent pour 725 000 dollars. Ils prévoient de grands travaux. Onze mois plus tard, Lennon est abattu devant le Dakota, à New York. Yoko Ono termine seule la rénovation, puis revend la maison en 1986 pour 3,15 millions de dollars. En 2020, la même propriété change de mains pour 36 millions. Le site du Times of India a remis cette histoire en avant le 16 octobre 2026, en reprenant un récit d’Architectural Digest selon lequel le couple aurait acheté la villa sans jamais y avoir mis les pieds. C’est faux : les Lennon y avaient vécu tout un printemps. Voici l’histoire complète d’El Solano, de l’architecte qui l’a bâtie aux milliardaires qui l’entourent aujourd’hui, et la place exacte qu’elle occupe dans la dernière année de John Lennon.
En bref
- La maison : El Solano, 720 South Ocean Boulevard, Palm Beach (Floride). Une villa de style néo-méditerranéen conçue par l’architecte Addison Mizner, environ 1 300 m² habitables au total, sept chambres, deux piscines, un court de tennis, une cabane de plage et près de 55 mètres de façade sur l’océan.
- L’achat : janvier 1980, 725 000 dollars, auprès de la mondaine Brownie McLean. Le couple prévoit une rénovation complète.
- Le séjour oublié : les Lennon avaient loué la maison du 21 mars au 12 avril 1979, avec Sean, alors âgé de trois ans, et sa nourrice. Ils ne l’ont donc pas achetée sans la connaître.
- Après le 8 décembre 1980 : Yoko Ono mène les travaux à terme, puis vend en 1986 pour 3,15 millions de dollars au promoteur Howard A. Fafard.
- La suite : 4,31 millions en 1990, environ 23 millions en 2016, mise en vente à 47,5 millions au printemps 2020, et vente pour environ 36 millions en octobre 2020.
- Le voisinage : Billionaires Row, la rangée des milliardaires de Palm Beach. Parmi les voisins, Rod Stewart, le financier Stephen Schwarzman et l’écrivain James Patterson, auteur d’un livre sur les derniers jours de John Lennon, dont une dépendance partage un mur avec El Solano.
- Sept correctifs factuels portent sur l’achat “sans visite”, la date de construction, l’actualité de la vente, le calcul de la plus-value, les montants arrondis, la surface du terrain et la thèse selon laquelle Lennon aurait retrouvé l’inspiration à El Solano.
Sommaire
De 725 000 dollars à 36 millions : la maison en six transactions
Ce que raconte l’article qui a relancé l’histoire
Le 16 octobre 2026, la rubrique immobilière du Times of India a publié un long article sur El Solano, en s’appuyant sur des informations d’Architectural Digest, du Wall Street Journal et du Deseret News. Le récit est simple et efficace : un couple célèbre achète une villa historique en Floride, le mari meurt avant la fin des travaux, la veuve achève le chantier et revend, puis la maison voit sa valeur multipliée par près de cinquante en quatre décennies. C’est le genre d’histoire que la presse immobilière affectionne, et que les réseaux sociaux partagent volontiers.
Ce récit a le mérite de rappeler l’existence d’une maison que beaucoup de fans ignorent. Lennon est associé à Liverpool, à Londres, à Tittenhurst Park et surtout à New York. Rares sont ceux qui savent qu’il a possédé, l’année de sa mort, une villa sur l’une des adresses les plus chères des États-Unis. Mais l’article reprend aussi plusieurs approximations, et en ajoute une de taille : l’idée que John et Yoko auraient acheté la maison sans y avoir jamais mis les pieds.
Les six transactions connues
Avant d’entrer dans l’histoire, voici les étapes documentées de la vie commerciale d’El Solano depuis l’arrivée des Lennon. Les montants proviennent des archives de presse et des registres immobiliers cités par la presse américaine ; ils sont parfois arrondis différemment selon les sources, ce que nous signalons plus bas.
| Date | Transaction | Montant |
|---|---|---|
| Mars-avril 1979 | Location par John Lennon et Yoko Ono, avec Sean | Non communiqué |
| Janvier 1980 | Achat par John Lennon et Yoko Ono auprès de Brownie McLean | 725 000 $ |
| 1986 | Vente par Yoko Ono au promoteur Howard A. Fafard | 3,15 M$ |
| 1990 | Revente | 4,31 M$ |
| 2016 | Achat par John C. Sites Jr. et Cindy Sites | Environ 23 M$ (23,5 M$ selon certaines sources) |
| Avril-mai 2020 | Mise en vente | Prix demandé : 47,5 M$ |
| Octobre 2020 | Vente à un acheteur resté anonyme | Environ 36 M$ (36,1 M$ selon certaines sources) |
Correctif factuel n° 1 — Ils n’ont pas acheté une maison qu’ils n’avaient jamais vue
Selon l’article du Times of India, qui cite Architectural Digest, John Lennon et Yoko Ono n’auraient jamais mis les pieds dans la villa avant de l’acheter, et auraient fait photographier les lieux par des tiers pour ne pas révéler leur identité. Cette version circule depuis des années. Elle ne tient pas. La chronologie de référence de Beatles Bible établit que John, Yoko et Sean, accompagnés de la nourrice Helen Seaman, ont pris l’avion de New York pour Palm Beach le 21 mars 1979, ont loué El Solano et y sont restés jusqu’au 12 avril 1979. Le Palm Beach Post a raconté de son côté que le couple avait visité la maison lors d’un séjour en Floride, avant de décider sur un coup de tête de la louer pour un mois. L’histoire des photographies Polaroid prises par un intermédiaire a pu exister au moment de la recherche d’une location, mais l’achat de janvier 1980 a été conclu par des gens qui avaient vécu trois semaines dans la maison, avec leur fils. C’est précisément ce séjour qui explique l’achat.
Avant les Lennon : un siècle d’histoire au bord de l’océan
Addison Mizner, l’homme qui a inventé Palm Beach
Pour comprendre El Solano, il faut d’abord comprendre son architecte. Addison Mizner est né en 1872 en Californie, dans le comté de Solano. Autodidacte, voyageur, mondain, il s’installe à Palm Beach à la fin des années 1910, officiellement pour des raisons de santé. Il y trouve une île de sable où les millionnaires de la côte Est viennent passer l’hiver dans de grands hôtels de bois. Mizner va leur offrir un décor. Avec le millionnaire Paris Singer, héritier des machines à coudre, il conçoit l’Everglades Club, inauguré à la fin des années 1910, puis une série de villas pour les grandes fortunes américaines.
Son style mélange l’Espagne, l’Italie et l’Afrique du Nord : murs de stuc, tuiles de terre cuite, loggias, cours intérieures, plafonds de bois peints, ferronneries, carreaux de céramique. Les puristes le jugent de mauvais goût ; ses clients l’adorent. Le style que l’on appelle aujourd’hui Mediterranean Revival, et qui donne son visage à Worth Avenue, la grande rue commerçante de Palm Beach, lui doit presque tout. Mizner développe ensuite la ville de Boca Raton, plus au sud, avant d’être ruiné par l’effondrement du marché immobilier floridien à la fin des années 1920. Il meurt en 1933.
Un nom venu de Californie et du vent d’Espagne
El Solano fait partie des premières maisons de Mizner à Palm Beach. Le nom joue sur deux sens. Il rappelle le comté natal de l’architecte, en Californie, et désigne en espagnol un vent chaud qui souffle de l’est sur la Méditerranée. Selon les archives de la Preservation Foundation of Palm Beach, la maison a été conçue par Mizner pour Harold Vanderbilt, et Mizner l’aurait lui-même occupée brièvement. Le journaliste Robert Rosen, qui a consacré plusieurs pages de son livre Nowhere Man au séjour des Lennon dans la villa, écrit de son côté que le premier occupant fut Mizner en personne.
Harold Vanderbilt, le yachtsman qui a inventé le bridge moderne
Le nom le plus prestigieux associé à El Solano avant les Lennon est celui d’Harold Stirling Vanderbilt, héritier de la dynastie des chemins de fer, trois fois vainqueur de la Coupe de l’America à la barre de ses voiliers et inventeur, dans les années 1920, des règles du bridge contrat. C’est pour lui, selon plusieurs sources, que la grande salle de séjour donnant sur l’océan a été construite. La maison connaît alors des agrandissements, et une partie des bâtiments est par la suite détachée du domaine principal à la suite de différends de voisinage. C’est l’origine d’une curiosité qui intrigue encore les agents immobiliers : un appartement d’invités appartenant à une propriété voisine partage aujourd’hui un mur avec El Solano.
Correctif factuel n° 2 — 1919 ou 1925 ?
L’article du Times of India donne 1919 comme date de construction. D’autres sources, dont plusieurs annonces immobilières de 2020 et une partie de la presse hispanophone, indiquent 1925, et ajoutent que Mizner aurait vendu la maison à Vanderbilt après l’avoir bâtie. Les deux dates ne sont pas forcément contradictoires : 1919 correspond à la construction d’origine, retenue par la Preservation Foundation of Palm Beach, par Robert Rosen et par le site Inman ; 1925 renvoie vraisemblablement aux agrandissements réalisés pour Vanderbilt, dont la grande salle de séjour. Écrire que la maison “date de 1925” revient à confondre la date de naissance d’une villa et celle de sa transformation la plus spectaculaire.
Brownie McLean et Larry Flynt : la maison avant John et Yoko
À la fin des années 1970, El Solano appartient à Mildred Brown McLean, dite Brownie, figure de la haute société de Palm Beach. La villa est immense, coûteuse à entretenir, un peu passée de mode. Robert Rosen la décrit comme un éléphant blanc de quelque 900 mètres carrés que sa propriétaire aurait volontiers vendu plutôt que loué. En attendant, elle la loue à la saison. L’un des locataires les plus inattendus de ces années-là est Larry Flynt, l’éditeur du magazine Hustler, paralysé depuis la tentative d’assassinat dont il avait été victime en mars 1978 ; selon Rosen, il y passe une saison environ un an après l’attentat. Interrogé par le journaliste, Flynt n’a jamais souhaité en dire davantage.
C’est donc une maison de location, chère, prestigieuse et un peu fatiguée, que John Lennon et Yoko Ono découvrent au printemps 1979.
Un monument classé la même année que l’achat
Détail rarement relevé : en 1980, l’année même où les Lennon en deviennent propriétaires, la municipalité de Palm Beach classe El Solano parmi ses monuments protégés. Ce statut encadre strictement toute transformation de la façade et des éléments architecturaux remarquables. Il explique en partie la nature des travaux prévus par le couple, qui relèvent davantage de la restauration et de la remise aux normes que de la reconstruction, et il a sans doute contribué, à long terme, à la valeur de la propriété : à Palm Beach, où de nombreuses villas anciennes ont été rasées pour laisser place à des constructions neuves, une maison Mizner protégée est devenue un objet rare.
John Lennon et la Floride : une histoire qui commence en 1964
Miami Beach et le Ed Sullivan Show
La Floride n’est pas une découverte pour John Lennon en 1979. Les Beatles y ont séjourné dès leur première visite aux États-Unis, en février 1964. Après New York et Washington, ils s’installent à Miami Beach, à l’hôtel Deauville, d’où est retransmis le 16 février 1964 leur deuxième passage au Ed Sullivan Show. Ils profitent ensuite de quelques jours de repos au soleil, entre piscine, bateau et séances photo. Le site a raconté cette arrivée en Amérique dans son récit de la première tournée américaine des Beatles.
Jacksonville, septembre 1964 : le refus de la ségrégation
Les Beatles reviennent en Floride en septembre 1964, pour un concert au Gator Bowl de Jacksonville, le 11 septembre. Avant le concert, ils apprennent que les organisateurs envisagent de séparer le public blanc et le public noir. Ils refusent de jouer devant une salle ségréguée, et les organisateurs cèdent. L’épisode est devenu l’un des symboles de l’engagement précoce du groupe, et de John Lennon en particulier, contre la discrimination raciale.
Noël 1974 : Palm Beach, May Pang et la fin officielle des Beatles
Dix ans plus tard, Lennon revient en Floride dans des circonstances très différentes. Nous sommes en décembre 1974, au cœur de la période qu’il appellera lui-même son week-end perdu. Séparé de Yoko Ono depuis l’automne 1973, il vit avec May Pang, l’ancienne assistante du couple. Il a refusé de se rendre, le 19 décembre, à la réunion de l’hôtel Plaza de New York où Paul McCartney et George Harrison devaient signer avec lui les documents de dissolution de l’association des Beatles. Il part à la place passer Noël au soleil avec May Pang et son fils Julian, alors âgé de onze ans.
Ils sont hébergés par Morris Levy, le patron du label Roulette Records, dans son appartement de Palm Beach. Le séjour se partage entre la plage, la piscine et deux expéditions à Walt Disney World, à Orlando. C’est à l’hôtel Polynesian Village du parc que Lennon signe finalement, le 29 décembre 1974, les documents qui mettent fin juridiquement aux Beatles. May Pang photographie la scène à sa demande. Le site est revenu sur cette période dans son chapitre consacré à la séparation de John et Yoko, et sur la place de Julian dans cette parenthèse dans son portrait de Julian Lennon.
C’est lors de ce séjour que Lennon confie au Palm Beach Daily News, selon les archives du journal reprises par la presse américaine, qu’il n’a vraiment “pas envie de quitter Palm Beach”. L’historien de la culture populaire James P. Goss rapporte de son côté qu’on le voyait alors parcourir les rues impeccables de l’île au volant d’une Cadillac rouge, poursuivi par des adolescentes. Cinq ans plus tard, la phrase de 1974 prend un relief particulier.
Printemps 1979 : le mois qui a décidé de l’achat
Une famille en vacances
Le 21 mars 1979, John Lennon, Yoko Ono et Sean s’envolent pour Palm Beach, accompagnés d’Helen Seaman, la nourrice du petit garçon. Lennon a 38 ans. Il a cessé d’enregistrer depuis 1975 et consacre l’essentiel de son temps à son fils, né le 9 octobre 1975, le jour de son 35e anniversaire. Le couple, réconcilié depuis le début de 1975, vit au Dakota, à New York, et voyage assez peu en dehors des longs séjours au Japon, dans la famille de Yoko, en 1977, 1978 et 1979. Le site a décrit ces années de retrait dans son enquête sur le retrait de John Lennon en 1975.
À Palm Beach, ils louent El Solano. La maison, avec ses jardins, ses piscines, sa plage privée et ses dizaines de pièces, offre ce qui manque cruellement au Dakota : de l’espace, de l’air, et l’océan. Sean a trois ans et demi. Ils restent jusqu’au 12 avril 1979.
La légende des Polaroid
Une partie des récits sur El Solano raconte que Lennon, pour ne pas révéler son identité, a envoyé quelqu’un photographier la maison au Polaroid avant de prendre sa décision. C’est cette version qu’a retenue Architectural Digest, et que reprend le Times of India. Elle n’est pas absurde : les Lennon avaient l’habitude de passer par des intermédiaires pour leurs démarches immobilières, précisément pour éviter que les prix ne s’envolent en apprenant le nom de l’acheteur. Mais le Palm Beach Post rapporte une autre version, plus simple : le couple a visité la maison lui-même pendant un séjour en Floride et a décidé sur place de la louer. Les deux récits peuvent coexister, l’un pour la recherche initiale, l’autre pour la visite. Aucun ne permet d’affirmer que la maison a été achetée sans avoir été vue.
“John faisait le thé”
Quand vient le moment de négocier l’achat, la répartition des rôles est celle que l’on connaît dans le couple depuis 1975. Yoko Ono gère les affaires ; John reste à la maison. L’agent immobilier Ben Johnson l’a résumé au Palm Beach Post d’une formule restée célèbre : “John faisait le thé pendant que Yoko menait les négociations.” La transaction est conclue en janvier 1980, pour 725 000 dollars. Pour situer ce montant, c’est à peu près le prix qu’atteint à la même époque un appartement familial dans un immeuble de prestige de Manhattan.
Janvier 1980 : pourquoi une villa à Palm Beach ?
Yoko Ono, femme d’affaires
L’achat d’El Solano s’inscrit dans une stratégie plus large. Depuis la naissance de Sean, Yoko Ono a pris en main la gestion de la fortune du couple, au moment où les revenus des Beatles, longtemps bloqués par les procédures judiciaires, commencent enfin à être distribués. Elle investit dans l’immobilier, dans l’art, dans l’élevage. Lennon, qui a passé une partie des années 1960 et 1970 à voir son argent mal géré, notamment pendant l’ère Allen Klein, la laisse faire avec un mélange de confiance et d’admiration. Le site a reconstitué la structure de cette fortune dans son enquête sur l’héritage de John Lennon, et la manière dont elle a été répartie entre Julian et Sean dans son article sur les trusts des deux fils.
Robert Rosen insiste aussi, dans Nowhere Man, sur la place que tenaient la numérologie et l’astrologie dans les décisions de Yoko Ono, qui consultait régulièrement le Livre des nombres de Cheiro, un manuel de numérologie très populaire au début du XXe siècle. Il est difficile de savoir dans quelle mesure ces considérations ont pesé sur le choix d’El Solano ; il est certain, en revanche, que les déplacements du couple à la fin des années 1970 étaient souvent décidés en fonction de directions jugées favorables.
Un portefeuille immobilier en pleine expansion
À la fin des années 1970, les Lennon ne possèdent pas seulement leur grand appartement du Dakota. Ils ont acquis plusieurs autres appartements dans l’immeuble, utilisés comme bureaux, comme espaces de rangement et comme studio ; le site a raconté l’histoire de cet immeuble mythique dans son article sur le Dakota. Ils ont aussi acheté des fermes laitières dans le comté de Delaware, dans le nord de l’État de New York, où ils élèvent des vaches Holstein de grande valeur. En juin 1980, une vache de leur élevage, Spring Farm Fond Rose, est vendue aux enchères pour environ 250 000 dollars, un prix record qui fait sourire la presse. La même année, ils acquièrent une maison au bord de l’eau à Cold Spring Harbor, sur la côte nord de Long Island, où Lennon prend des cours de voile au printemps.
El Solano complète cet ensemble. Le Dakota pour la ville, les fermes pour l’investissement, Long Island pour l’été et la mer, Palm Beach pour l’hiver. Sur le papier, c’est la vie que mènent les grandes fortunes de la côte Est depuis un siècle.
“Les vaches, la télévision et l’immobilier de Palm Beach”
Cette image d’un Lennon embourgeoisé devient publique à l’automne 1980. Le magazine Esquire publie dans son numéro du 1er novembre 1980 un long article de Laurence Shames, dont le titre se moque ouvertement de l’ancien Beatle : celui qui avait passé vingt ans à chercher le véritable amour et la félicité intérieure n’aurait trouvé, selon le journaliste, que des vaches, la télévision de l’après-midi et l’immobilier de Palm Beach. Comme le rappelle l’historien Kenneth Womack dans son livre John Lennon 1980, Lennon est profondément blessé par cet article, qui paraît au moment même où il prépare son retour.
Le texte d’Esquire dit quelque chose de vrai et quelque chose de faux. Il est vrai que les Lennon de 1980 sont riches, et qu’ils investissent comme des riches. Il est faux que Lennon se soit endormi dans ce confort : au moment où l’article paraît, il vient d’enregistrer Double Fantasy. El Solano, dans ce débat, est devenu un symbole un peu malgré lui.
1980, la dernière année : où se situe El Solano ?
Un hiver, un printemps, un été loin de New York
L’année 1980 de John Lennon est celle des grands départs. Au printemps, il passe du temps à Cold Spring Harbor et apprend à naviguer. En juin, il embarque sur un voilier de location, le Megan Jaye, pour rejoindre les Bermudes par l’Atlantique. Pris dans une tempête, il se retrouve seul à la barre pendant de longues heures, alors que l’équipage est malade. L’expérience le bouleverse. Arrivé aux Bermudes, il s’installe dans une villa du quartier de Fairylands avec Sean, et se remet à écrire avec une énergie qu’il n’avait plus connue depuis des années. Une fleur du jardin botanique de Hamilton, un freesia baptisé Double Fantasy, donnera son titre à l’album ; une soirée en discothèque où il entend Rock Lobster des B-52’s le convainc que la musique de Yoko Ono a enfin trouvé son public.
En août, il entre aux studios Hit Factory de New York avec le producteur Jack Douglas. Les séances, du 7 août au 19 octobre 1980, produisent assez de chansons pour Double Fantasy, publié le 17 novembre 1980, et pour une bonne partie de Milk and Honey, qui paraîtra en 1984. Le site a raconté ces séances en détail dans son enquête sur l’enregistrement de Double Fantasy.
La place exacte d’El Solano
Dans cette chronologie, El Solano occupe une place plus modeste qu’on ne le dit parfois. La maison est achetée en janvier 1980. Les travaux de rénovation sont prévus, mais ils n’ont pas encore abouti quand Lennon meurt. Les sources disponibles ne documentent pas de long séjour de John à Palm Beach entre l’achat et le 8 décembre : son année 1980 se partage pour l’essentiel entre le Dakota, Long Island, les Bermudes et le studio. Le séjour décisif dans la maison reste donc celui du printemps 1979, alors simple location.
Correctif factuel n° 3 — Lennon a-t-il retrouvé l’inspiration à El Solano ?
Le journaliste Robert Rosen affirme que c’est à El Solano que Lennon, après cinq années de silence musical, a renoué avec son inspiration. La formule est séduisante, mais elle doit être prise avec prudence. Rosen a reconstitué les dernières années de Lennon en grande partie à partir de ses souvenirs des journaux intimes du musicien, qu’il dit avoir lus dans des circonstances rocambolesques, et il présente lui-même son livre comme un mélange d’enquête et d’imagination. Les sources les plus solides, dont les témoignages de l’équipage du Megan Jaye, des proches présents aux Bermudes et des musiciens de la Hit Factory, situent le véritable déclic créatif en juin 1980, après la tempête de l’Atlantique. Lennon composait par intermittence depuis 1975, et des maquettes ont pu naître à Palm Beach en 1979, comme ailleurs. Mais faire d’El Solano le berceau de Double Fantasy relève davantage de la légende immobilière que de l’histoire musicale.
Le 8 décembre 1980
Le 8 décembre 1980, Lennon passe la journée à New York. Il pose le matin pour Annie Leibovitz, accorde l’après-midi un entretien à la station de radio RKO, puis se rend avec Yoko à la Record Plant pour travailler sur la chanson Walking on Thin Ice. En rentrant au Dakota, vers 22 h 50, il est abattu par Mark David Chapman. Il avait quarante ans. Le site a retracé cette journée dans son récit du dernier jour de John Lennon, et le petit-déjeuner du matin dans son histoire du Café La Fortuna.
À Palm Beach, la villa qu’il avait achetée onze mois plus tôt attend toujours ses travaux.
Après le 8 décembre : Yoko Ono et la maison
Achever ce qui avait été commencé
Dans les années qui suivent l’assassinat, Yoko Ono gère seule un héritage immense et une douleur publique. Elle publie Season of Glass en 1981, avec sur la pochette les lunettes ensanglantées de John posées sur le rebord d’une fenêtre du Dakota. Elle prépare Milk and Honey, publié en janvier 1984. Elle finance le jardin de Strawberry Fields, à Central Park, inauguré le 9 octobre 1985, jour du 45e anniversaire de John et du 10e de Sean. Le site a raconté le parcours discographique de Yoko dans son article sur l’œuvre discographique de Yoko Ono.
Au milieu de tout cela, elle décide de mener à bien la rénovation d’El Solano. Selon l’historien James P. Goss, auteur de Pop Culture Florida, c’est Yoko elle-même qui supervise le projet que le couple avait imaginé. Le Wall Street Journal a confirmé qu’elle avait considérablement remanié la maison avant de la vendre. Ce choix peut surprendre : pourquoi rénover une maison que l’on va céder ? Plusieurs raisons sont possibles, que nous ne pouvons qu’évoquer : respecter le projet commun, valoriser un actif avant sa vente, offrir à Sean un lieu de vacances pendant quelques hivers. Les sources ne permettent pas de trancher.
1986 : la vente à Howard Fafard
En 1986, Yoko Ono vend El Solano pour 3,15 millions de dollars au promoteur immobilier Howard A. Fafard, originaire de Nouvelle-Angleterre. Six ans après l’achat, le prix a été multiplié par plus de quatre. Une partie de cette hausse tient à la rénovation elle-même ; une autre au boom du marché immobilier de la Floride dans les années 1980 ; une autre, impossible à mesurer, à la provenance. La maison est désormais connue comme “l’ancienne maison de John Lennon”, et elle le restera.
La vente d’El Solano s’inscrit dans un mouvement plus large. Au milieu des années 1980, Yoko Ono réorganise le patrimoine du couple, se défait de certains biens, en conserve d’autres, et se concentre sur le Dakota, où elle vivra jusqu’au début des années 2020. Pour Sean, qui a dix ans en 1986, Palm Beach restera le souvenir lointain d’un printemps de petite enfance. Le site a dressé le portrait de Sean dans son double portrait de Sean Ono Lennon et Charlotte Kemp Muhl.
De 3,15 à 36 millions : anatomie d’une plus-value
1990 : 4,31 millions
Quatre ans après la vente de Yoko, El Solano change à nouveau de mains, pour 4,31 millions de dollars selon le Deseret News. La hausse est réelle, mais modeste au regard de ce qui va suivre : le marché de Palm Beach connaît au début des années 1990 un ralentissement, comme l’ensemble de l’immobilier de luxe américain.
2016 : les Sites et le retour du prestige
En 2016, la maison est achetée par John C. Sites Jr., ancien dirigeant de la banque Bear Stearns devenu associé du fonds Wexford Capital, et son épouse Cindy, pour environ 23 millions de dollars. En vingt-six ans, la valeur a été multipliée par plus de cinq. Palm Beach est entre-temps devenue l’une des adresses les plus convoitées des États-Unis, et South Ocean Boulevard, la route qui longe l’océan au sud de l’île, s’est vu attribuer le surnom de Billionaires Row.
2020 : 47,5 millions demandés, 36 obtenus
Au printemps 2020, les Sites mettent El Solano en vente pour 47,5 millions de dollars, par l’intermédiaire de l’agent Christian Angle. L’annonce, révélée par le Wall Street Journal, fait le tour de la presse mondiale : la maison de John Lennon est à vendre. Le calendrier est particulier. La pandémie de Covid-19 vient de commencer, et une partie des grandes fortunes de New York cherche à quitter Manhattan pour la Floride, où l’on vit dehors, où la fiscalité est plus légère et où le télétravail se pratique au bord de la piscine. Palm Beach connaît une ruée sans précédent.
La vente est conclue en octobre 2020, pour environ 36 millions de dollars, selon le Wall Street Journal et le registre des agents immobiliers de Palm Beach. L’acheteur reste anonyme ; la presse le décrit comme une jeune famille venue du nord-est des États-Unis. Il a été accompagné par Dana et Paulette Koch, de l’agence Corcoran. Le prix final est inférieur d’un quart au prix demandé, ce qui est fréquent pour les biens d’exception, dont le prix d’annonce sert souvent de point de départ à la négociation.
Correctif factuel n° 4 — Une vente vieille de six ans, pas une actualité
L’article du Times of India, publié le 16 octobre 2026, peut donner l’impression que la vente à 36 millions de dollars est récente. Elle date en réalité d’octobre 2020. Rien n’indique, à la date de publication de notre article, que la maison soit à nouveau sur le marché. L’histoire d’El Solano revient régulièrement dans la presse immobilière, souvent sans date précise, au gré des reprises d’articles plus anciens. Il est utile de le rappeler à ceux qui partageraient l’information comme une nouvelle vente.
Ce que vaut vraiment la plus-value
Le Times of India souligne que le prix de 2020 représente plus de dix fois celui de 1986 et près de cinquante fois celui de 1980. Le calcul est exact en dollars courants, mais il ignore l’inflation, ce qui en exagère fortement la portée. Voici les mêmes montants exprimés en dollars de 2020, à partir de l’indice des prix à la consommation américain.
| Transaction | Montant à l’époque | Équivalent approximatif en dollars de 2020 |
|---|---|---|
| Achat Lennon-Ono, 1980 | 725 000 $ | Environ 2,3 M$ |
| Vente Yoko Ono, 1986 | 3,15 M$ | Environ 7,4 M$ |
| Revente, 1990 | 4,31 M$ | Environ 8,6 M$ |
| Achat Sites, 2016 | Environ 23 M$ | Environ 24,8 M$ |
| Vente, octobre 2020 | Environ 36 M$ | 36 M$ |
Correctif factuel n° 5 — “Presque cinquante fois” en dollars courants, environ seize fois en valeur réelle
En tenant compte de l’inflation, les 725 000 dollars de 1980 représentent environ 2,3 millions de dollars de 2020. La vente à 36 millions correspond donc à une multiplication par seize environ en valeur réelle, et non par cinquante. C’est considérable, mais c’est surtout l’histoire de Palm Beach, dont les prix ont progressé beaucoup plus vite que l’inflation, et de travaux successifs qui ont transformé la maison. La part de la valeur qui revient à la provenance Lennon, réelle, reste impossible à isoler. Quant aux montants eux-mêmes, ils varient selon les sources : 3,15 ou 3,2 millions pour 1986, 23 ou 23,5 millions pour 2016, 36 ou 36,1 millions pour 2020. Ces écarts tiennent aux arrondis et à la distinction entre prix annoncé et prix enregistré.
La maison aujourd’hui
Ce que décrivent les annonces
Les annonces de 2020 offrent la description la plus précise de la maison telle qu’elle existe aujourd’hui. La surface totale avoisine 14 145 pieds carrés, soit environ 1 300 mètres carrés, répartis entre une maison principale d’environ 975 mètres carrés et une maison de piscine sur deux niveaux, qui abrite une suite d’invités. On y compte sept chambres et neuf salles de bains selon la plupart des sources, davantage selon certaines annonces qui incluent les cabinets de toilette. Le rez-de-chaussée réunit un grand salon, la grande salle de séjour bâtie pour Vanderbilt, une salle à manger ouverte par des portes-fenêtres sur la piscine et l’océan, une bibliothèque, un salon familial et plusieurs terrasses.
La suite principale, à l’étage, comprend un salon privé et un bureau donnant sur l’Atlantique. Les éléments d’origine qui font la signature de Mizner ont été conservés : plafonds de bois peints au pochoir, cheminées de pierre sculptée, escalier de pierre, lustres monumentaux. À l’extérieur, les jardins entourent deux piscines, un court de tennis avec son pavillon, un garage pour trois voitures, et, de l’autre côté de South Ocean Boulevard, une cabane de plage qui donne un accès privé au sable et à l’océan, sur environ 55 mètres de façade maritime.
Correctif factuel n° 6 — 1,3 acre ou près de deux acres ?
Le Times of India indique que le terrain s’étend sur environ 1,3 acre, soit un peu plus d’un demi-hectare, comme plusieurs annonces de 2020. Le site Inman, qui a rendu compte de la vente d’octobre 2020, parle de près de deux acres de jardins et de terrains en bord de mer. La différence s’explique très probablement par la parcelle de plage située de l’autre côté du boulevard, que certaines descriptions intègrent à la surface totale et d’autres non. Les deux chiffres décrivent la même propriété ; ils ne mesurent pas la même chose.
Un monument que l’on ne peut pas raser
Le classement de 1980 protège toujours la maison. À Palm Beach, ce statut a une conséquence très concrète : l’acheteur d’un bien classé ne peut pas le démolir pour reconstruire une villa contemporaine, comme cela s’est fait sur de nombreux terrains voisins. Il achète un siècle d’histoire avec ses contraintes. C’est aussi, sans doute, ce qui fait la singularité d’El Solano sur un marché où les grandes maisons neuves, construites pour être vendues, se multiplient.
Billionaires Row : les voisins d’El Solano
Rod Stewart, Stephen Schwarzman et Mar-a-Lago
South Ocean Boulevard est l’une des adresses les plus chères des États-Unis. Le Wall Street Journal indiquait en 2020 que le chanteur Rod Stewart et Stephen Schwarzman, fondateur du fonds d’investissement Blackstone, possèdent des maisons sur ce tronçon. Plus au sud se trouve Mar-a-Lago, l’immense domaine construit à la fin des années 1920 pour l’héritière Marjorie Merriweather Post. En 2019, une maison de Billionaires Row a été vendue 110 millions de dollars, un record pour Palm Beach à l’époque. C’est dans ce décor qu’El Solano se négocie désormais, à des prix qui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux qu’avaient payés John et Yoko.
James Patterson, le voisin qui a écrit les derniers jours de Lennon
Le voisin le plus inattendu d’El Solano est l’écrivain James Patterson, l’un des auteurs de romans policiers les plus vendus au monde. Une dépendance de sa propriété, un appartement d’invités, partage un mur avec la villa des Lennon, héritage des divisions successives du domaine de Mizner. Or Patterson a publié en décembre 2020, avec les journalistes Casey Sherman et Dave Wedge, The Last Days of John Lennon, un récit documentaire consacré aux derniers mois de Lennon et à la trajectoire de Mark David Chapman.
La coïncidence est frappante : le livre paraît deux mois après la vente d’El Solano, et son auteur vit littéralement mur contre mur avec la maison que Lennon avait achetée l’année de sa mort. Rien n’indique que l’un ait inspiré l’autre. Mais il y a peu d’adresses au monde où la mémoire de Lennon se croise ainsi avec celle de ceux qui l’ont racontée.
Pourquoi les maisons des Beatles valent plus cher
La prime de provenance
El Solano illustre un phénomène que connaissent bien les observateurs du marché des Beatles : la provenance ajoute de la valeur, même quand l’association est brève. John et Yoko ont possédé la maison moins de sept ans, et John y a sans doute passé moins de temps qu’à Kenwood, à Tittenhurst Park ou au Dakota. Pourtant, quarante ans plus tard, chaque annonce, chaque article, chaque visite commence par son nom.
Le même mécanisme joue pour des biens beaucoup plus modestes. En 2013, la première maison de John Lennon, au 9 Newcastle Road, à Liverpool, où il a vécu enfant avec sa mère et ses grands-parents, a été vendue 480 000 livres, plus de trois fois son estimation. Cet automne, une simple clé de la maison d’enfance de Paul McCartney a été adjugée 6 100 livres, comme le site l’a raconté dans son article sur la clé du 20 Forthlin Road, et la maison du 43 Elswick Street, où Paul a tenu l’une de ses premières guitares, est mise aux enchères, comme nous l’expliquons dans notre enquête sur la maison d’Ian James. Le palmarès plus large des objets des Beatles vendus aux enchères est dans notre dossier sur les records.
Ce que la provenance ne fait pas
Il faut toutefois se garder d’attribuer à Lennon l’essentiel de la valeur d’El Solano. À Palm Beach, ce sont d’abord l’emplacement, la façade sur l’océan, la taille du terrain et la qualité architecturale qui font le prix. Des maisons voisines sans aucune histoire célèbre se vendent aussi cher, voire davantage. La provenance Lennon joue un autre rôle : elle donne à la maison une notoriété mondiale, elle attire l’attention des médias à chaque mise en vente, et elle peut convaincre un acheteur hésitant. Elle ne transforme pas une maison ordinaire en maison d’exception ; elle transforme une maison d’exception en maison célèbre.
Les maisons de John Lennon, de Liverpool à Palm Beach
Une vie en adresses
El Solano prend tout son sens quand on la replace dans la longue liste des maisons de John Lennon. Chacune correspond à un moment de sa vie, et presque chacune a donné naissance à des chansons.
| Période | Adresse | Ce qu’elle représente |
|---|---|---|
| 1940-1945 | 9 Newcastle Road, Liverpool | La première maison, avec sa mère Julia et ses grands-parents |
| 1945-1963 | Mendips, 251 Menlove Avenue, Woolton | L’adolescence chez sa tante Mimi, aujourd’hui au National Trust |
| 1964-1968 | Kenwood, Weybridge (Surrey) | La maison de la Beatlemania, avec Cynthia et Julian |
| 1968 | 34 Montagu Square, Londres | L’appartement de Ringo, premiers mois avec Yoko |
| 1969-1971 | Tittenhurst Park, Ascot | Le domaine d’Imagine, revendu à Ringo Starr en 1973 |
| 1971-1973 | 105 Bank Street, Greenwich Village, New York | Les années militantes à New York |
| 1973-1980 | Le Dakota, Central Park West, New York | La maison de Sean et du retrait |
| Fin des années 1970 | Fermes du comté de Delaware (État de New York) | L’investissement agricole de Yoko |
| 1980 | El Solano, Palm Beach (Floride) | La maison d’hiver jamais vraiment habitée |
| 1980 | Cold Spring Harbor, Long Island | La maison de la voile et du départ pour les Bermudes |
De Kenwood à Tittenhurst
Kenwood, la grande maison de style Tudor achetée en 1964 dans le Surrey, est celle des années de gloire. C’est là que Lennon écrit une partie de Revolver et de Sgt. Pepper, qu’il passe des journées entières allongé, à lire et à regarder la télévision, comme le rappelle notre histoire de I’m Only Sleeping, et qu’il compose Across the Universe une nuit de 1967, raconte le site dans son article sur la chanson.
Tittenhurst Park, le domaine de 29 hectares près d’Ascot acheté en 1969, est celui de la vie avec Yoko et d’Imagine, enregistré dans le studio aménagé sur place. C’est là aussi que Lennon reçoit son père pour la dernière fois, le 9 octobre 1970, comme le raconte notre article sur la dernière rencontre avec Alf Lennon. Comparée à ces deux maisons, chargées de musique et de souvenirs, El Solano apparaît comme une maison sans histoire propre, une promesse d’avenir interrompue.
Le Dakota, la seule vraie maison des dernières années
Au fond, la seule maison qui compte vraiment dans les sept dernières années de Lennon est le Dakota. C’est là qu’il élève Sean, qu’il cuisine, qu’il écrit les maquettes de ses dernières chansons, qu’il reçoit Paul McCartney pour la dernière fois, en décembre 1978, comme le raconte notre enquête sur leur dernière rencontre. El Solano, le Delaware, Long Island, les Bermudes sont des échappées. On y part, on en revient. Et c’est au Dakota que tout s’arrête.
Correctif factuel n° 7 — “Une maison de vacances” plutôt qu’“une retraite”
Plusieurs articles présentent El Solano comme la future “retraite” du couple, voire comme le lieu où Lennon aurait voulu s’installer. Aucune déclaration de John ou de Yoko ne va dans ce sens. Tous les témoignages de 1980 montrent au contraire un Lennon tourné vers New York, vers le studio, vers une tournée envisagée pour 1981. Le Palm Beach Post et Inman parlent plus justement d’un refuge pour l’hiver. Ce n’était pas un projet de vie, mais une maison de vacances parmi d’autres, dans une famille qui avait les moyens d’en posséder plusieurs.
Les chansons de 1980 : la bande-son de la dernière année
Un guide d’écoute en dix titres
El Solano n’a donné son nom à aucune chanson. Mais les chansons écrites et enregistrées en 1980 racontent l’homme qui l’avait achetée : un père qui a choisi sa famille, un musicien qui revient, un mari qui regarde son couple avec tendresse et lucidité. Voici dix titres pour accompagner cette histoire.
- (Just Like) Starting Over : le premier single du retour, publié en octobre 1980, une déclaration d’amour en forme d’hommage au rock des années 1950. Le site l’évoque dans son histoire de la compilation Imagine: John Lennon.
- Watching the Wheels : la réponse de Lennon à ceux qui lui reprochaient son retrait, et peut-être, par anticipation, à l’article d’Esquire.
- Beautiful Boy (Darling Boy) : la berceuse écrite pour Sean, née en partie aux Bermudes. Le site en raconte l’histoire dans son article sur Sean Ono Lennon et l’héritage de son père.
- Woman : l’hommage à Yoko et, à travers elle, aux femmes de sa vie.
- Cleanup Time : la chronique de la vie domestique au Dakota.
- I’m Losing You : la chanson la plus inquiète de l’album, écrite après un appel téléphonique manqué depuis les Bermudes.
- Dear Yoko : une lettre d’amour joyeuse écrite loin d’elle.
- Borrowed Time : sur Milk and Honey, la chanson la plus directement liée à la tempête de l’Atlantique et aux Bermudes.
- Nobody Told Me : le single posthume de 1984, d’une ironie légère.
- Grow Old With Me : la maquette au piano d’une chanson de vieillesse qu’il n’a pas eu le temps de vivre, histoire que le site raconte dans son article sur le Dakota et la cassette de Yoko Ono.
Le site a aussi classé les chansons solo de Lennon les plus écoutées aujourd’hui dans son top 10 Spotify, et placé Double Fantasy dans son classement des meilleurs albums solo des Beatles.
Palm Beach, l’île où les fortunes viennent passer l’hiver
Henry Flagler et l’invention d’une station
Pour mesurer ce que représentait, pour un ancien Beatle, l’achat d’une villa à Palm Beach en 1980, il faut se souvenir de ce qu’est cette île. Palm Beach est une étroite bande de sable d’une vingtaine de kilomètres, séparée du continent par le lagon de Lake Worth. À la fin du XIXe siècle, l’industriel Henry Flagler, associé de John D. Rockefeller dans la Standard Oil, y prolonge sa ligne de chemin de fer de la côte Est de la Floride et y construit d’immenses hôtels de bois, dont le Royal Poinciana, ouvert en 1894, puis le Breakers. Les grandes familles de New York, de Philadelphie et de Chicago prennent l’habitude d’y descendre en train privé pour passer la “saison”, de janvier à Pâques.
Dans les années 1920, avec Mizner, ces familles ne se contentent plus des hôtels : elles se font construire des villas. Palm Beach devient un village d’hiver pour très riches, avec ses clubs, ses codes, ses listes d’invités et ses exclusions. Pendant des décennies, l’île conserve une réputation de conservatisme social, que l’on retrouve dans la manière dont certains clubs fermaient leurs portes aux nouveaux venus. Ce n’est pas, a priori, le décor naturel d’un homme qui avait chanté la révolution, posé nu sur une pochette de disque et passé une semaine au lit à Amsterdam pour la paix.
Une île qui attire les musiciens
Les choses changent dans la seconde moitié du XXe siècle. Les grandes fortunes de l’industrie sont rejointes par celles de la finance, du spectacle et des médias. Des musiciens s’y installent. Rod Stewart, qui y a acheté une maison sur South Ocean Boulevard, en est devenu l’un des résidents les plus connus. Pour un artiste en quête de tranquillité, l’île offre un avantage décisif : les grandes propriétés sont protégées par des haies de plusieurs mètres, les rues sont surveillées, et les habitants ont l’habitude de croiser des célébrités sans les importuner. C’est exactement ce que cherchaient les Lennon en 1979 : un endroit où Sean pourrait jouer dehors sans que des photographes surgissent derrière la grille.
Il y a aussi une raison plus simple, que Lennon avait formulée en 1974 : il aimait cet endroit. La lumière, la mer, la douceur de l’hiver floridien tranchaient avec les hivers gris de New York, que le couple passait enfermé au Dakota. Pour un homme qui avait grandi dans le Liverpool des années 1940, l’Atlantique de Palm Beach, d’un bleu presque tropical, n’avait rien à voir avec la Mersey.
Palm Beach en 1980 : un marché encore abordable
Le prix payé par les Lennon dit aussi quelque chose de l’époque. En 1980, une villa Mizner au bord de l’océan s’achète encore pour moins d’un million de dollars. Les grandes maisons anciennes, coûteuses à chauffer, à climatiser et à entretenir, ne trouvent pas toujours preneur, et certaines sont rasées. Brownie McLean préférait vendre que louer, et le couple a négocié dans un marché où le vendeur n’était pas en position de force. Quarante ans plus tard, la même rue est devenue l’une des plus chères des États-Unis. Les Lennon ont acheté au bon moment, mais ils n’en ont jamais profité : c’est Yoko qui a revendu, six ans plus tard, à un prix qui semblait alors spectaculaire et qui paraît aujourd’hui modeste.
Les Beatles et leurs maisons de vacances
Paul McCartney, l’Écosse et l’Arizona
El Solano n’est pas un cas isolé. Tous les Beatles, une fois devenus riches, ont cherché des lieux de retraite loin des villes et des fans. Paul McCartney a été le premier. Dès 1966, il achète High Park Farm, une ferme isolée de la péninsule de Kintyre, en Écosse, où il se réfugie avec Linda après la séparation du groupe, et où naît en grande partie son premier album solo. La ferme donnera aussi son titre indirect à Mull of Kintyre, le plus grand succès de Wings au Royaume-Uni, en 1977.
Plus tard, la famille McCartney acquiert un ranch près de Tucson, en Arizona, dans le désert que Linda connaissait depuis sa jeunesse. C’est là que Linda McCartney meurt le 17 avril 1998. Le site a retracé son parcours dans son portrait de Linda McCartney. Comme El Solano pour Lennon, ces maisons de Paul sont des refuges familiaux, choisis pour leur isolement, et associés pour toujours à un deuil.
George Harrison, Friar Park et Maui
George Harrison achète en 1970 Friar Park, un manoir victorien néogothique de Henley-on-Thames, dont il restaure les jardins pendant trente ans et qui reste sa maison principale jusqu’à sa mort, en 2001. Dans les années 1970, il découvre aussi l’île de Maui, à Hawaï, où il fait construire une maison sur la côte de Nahiku, près de Hana. Il y passe de longues périodes, loin de tout, et y écrit plusieurs chansons. Comme Lennon à Palm Beach, il cherchait au bord du Pacifique la paix que Londres ne lui offrait plus.
Ringo Starr, de Tittenhurst à Monaco
Ringo Starr, lui, rachète à John Tittenhurst Park en 1973, alors que Lennon s’est installé à New York. Il y vit quelques années avant de partir pour Monaco, puis pour Los Angeles, et revend Tittenhurst à la fin des années 1980. Le parcours de Ringo est moins marqué par le refuge que par le mouvement, mais il illustre la même réalité : à partir du milieu des années 1970, les anciens Beatles sont des hommes riches qui achètent et vendent des maisons comme le font les grandes fortunes, avec des conseillers, des agents et des montages fiscaux.
El Solano appartient à cette histoire. Elle est la maison de vacances de John Lennon, comme High Park est celle de Paul et Maui celle de George. La différence, tragique, est que John n’a jamais eu le temps d’en faire un refuge.
Ce qu’aurait pu être El Solano
Les projets de 1981
On ne peut pas savoir ce que les Lennon auraient fait d’El Solano si John avait vécu. Mais on connaît leurs projets pour 1981. À l’automne 1980, Lennon parle d’un deuxième album, qui deviendra Milk and Honey, et d’une tournée, la première depuis des années, qu’il envisage avec les musiciens de Double Fantasy. Il évoque aussi, dans l’entretien accordé à David Sheff pour Playboy en septembre 1980, sa volonté de partager davantage son temps entre la musique et sa famille, sans renoncer ni à l’une ni à l’autre.
Dans ce schéma, une maison d’hiver en Floride aurait pu jouer le rôle que les Bermudes avaient joué à l’été 1980 : un lieu où écrire, loin de New York, avec Sean. C’est d’ailleurs ainsi que Yoko Ono présentait les voyages du couple : des parenthèses nécessaires à l’équilibre de la famille. Mais il faut s’arrêter là. Toute reconstruction plus précise relève de la fiction.
Une maison dans l’ombre de la mort
Ce qui est certain, c’est que la mort de Lennon a figé la maison dans un rôle qu’elle n’avait pas choisi. Pour Yoko, El Solano est devenue la maison des projets interrompus. Pour la presse, elle est devenue l’une des dernières acquisitions de Lennon, et donc un objet de fascination. Pour les propriétaires suivants, elle est devenue un atout, une histoire à raconter aux invités, un argument dans les annonces. Il est frappant de constater qu’aucune des descriptions de 2020 ne mentionne la saison de Larry Flynt, ni les décennies Vanderbilt, alors que toutes commencent par le nom de Lennon, qui y a passé moins de temps que la plupart des autres occupants.
Sur les traces de John Lennon en Floride
Voir El Solano
El Solano est une propriété privée. On ne peut ni la visiter ni s’en approcher au-delà de la voie publique. Depuis South Ocean Boulevard, on aperçoit les murs, les toits de tuiles et une partie des jardins, derrière les haies. Les habitants de Palm Beach et la police municipale sont attentifs au respect de la vie privée des résidents : on photographie depuis le trottoir, on ne s’arrête pas devant les grilles, on ne sonne pas. Le voyageur qui fait le détour trouvera surtout, dans le quartier, l’architecture de Mizner, que l’on découvre le mieux en se promenant dans les ruelles et les cours de Worth Avenue.
Walt Disney World et le Polynesian Village
Les fans de Lennon qui passent par Orlando peuvent aussi se souvenir que c’est au Polynesian Village de Walt Disney World, l’un des hôtels historiques du parc, que les Beatles ont cessé d’exister juridiquement, le 29 décembre 1974, quand John a enfin signé les documents de dissolution. Rien ne signale l’événement sur place. Mais l’idée que la fin officielle du plus grand groupe de l’histoire ait été scellée dans un hôtel de Disney, entre deux tours de monorail avec son fils, aurait sans doute amusé Lennon lui-même.
Miami Beach, février 1964
Enfin, à Miami Beach, l’hôtel Deauville, d’où les Beatles avaient participé au Ed Sullivan Show en février 1964, a fermé après un incendie en 2017. Le bâtiment n’existe plus, mais l’image de quatre garçons de Liverpool découvrant le soleil de Floride, entre deux concerts et une partie de pêche, reste l’une des plus joyeuses de la Beatlemania. Seize ans plus tard, l’un d’eux achetait une villa à cent kilomètres de là. Entre les deux dates, il y a toute la vie adulte de John Lennon.
Chronologie d’El Solano
| Date | Événement |
|---|---|
| 1872 | Naissance d’Addison Mizner en Californie, dans le comté de Solano |
| 1919 | Construction d’El Solano par Mizner à Palm Beach |
| Années 1920 | La maison passe à Harold Vanderbilt ; agrandissements, dont la grande salle de séjour |
| 1933 | Mort d’Addison Mizner |
| 16 février 1964 | Les Beatles au Ed Sullivan Show depuis l’hôtel Deauville de Miami Beach |
| 11 septembre 1964 | Concert des Beatles au Gator Bowl de Jacksonville, après leur refus d’un public ségrégué |
| Décembre 1974 | Noël de John Lennon, May Pang et Julian à Palm Beach |
| 29 décembre 1974 | Lennon signe la dissolution des Beatles à Walt Disney World |
| Fin des années 1970 | Brownie McLean propriétaire ; Larry Flynt y passe une saison en location |
| 21 mars – 12 avril 1979 | John, Yoko et Sean louent El Solano |
| Janvier 1980 | Achat de la maison pour 725 000 dollars |
| 1980 | Classement d’El Solano parmi les monuments protégés de Palm Beach |
| Juin 1980 | Traversée vers les Bermudes à bord du Megan Jaye |
| 7 août – 19 octobre 1980 | Séances de Double Fantasy à la Hit Factory |
| 1er novembre 1980 | Article d’Esquire sur les vaches, la télévision et l’immobilier de Palm Beach |
| 17 novembre 1980 | Sortie de Double Fantasy |
| 8 décembre 1980 | Assassinat de John Lennon devant le Dakota |
| 1981-1986 | Yoko Ono achève la rénovation de la maison |
| 1986 | Vente à Howard A. Fafard pour 3,15 millions de dollars |
| 1990 | Revente pour 4,31 millions de dollars |
| 2016 | Achat par John et Cindy Sites pour environ 23 millions de dollars |
| Printemps 2020 | Mise en vente pour 47,5 millions de dollars |
| Octobre 2020 | Vente pour environ 36 millions de dollars à un acheteur anonyme |
| Décembre 2020 | Parution de The Last Days of John Lennon de James Patterson, voisin d’El Solano |
| 16 octobre 2026 | Le Times of India relance l’histoire de la maison |
Pour aller plus loin
À voir et à écouter sur YouTube
- La visite d’El Solano lors de sa mise en vente en 2020
- John Lennon, Watching the Wheels
- John Lennon, (Just Like) Starting Over
- John Lennon, Beautiful Boy (Darling Boy)
- John Lennon, Borrowed Time
- Les Beatles au Ed Sullivan Show depuis Miami Beach, février 1964
Les disques de la dernière année
- John Lennon et Yoko Ono, Double Fantasy : l’album du retour, publié le 17 novembre 1980, en vinyle et CD.
- John Lennon et Yoko Ono, Double Fantasy Stripped Down : la version dépouillée de 2010, produite par Yoko Ono et Jack Douglas, avec l’album d’origine remastérisé, en CD et vinyle.
- John Lennon et Yoko Ono, Milk and Honey : les chansons de 1980 publiées en 1984, avec Borrowed Time et Nobody Told Me, en vinyle et CD.
- John Lennon, Gimme Some Truth : la compilation de référence de 2020, avec les grands titres de 1980, en vinyle et CD.
- John Lennon, Walls and Bridges : l’album du week-end perdu, publié quelques semaines avant le Noël 1974 à Palm Beach, en vinyle et CD.
- John Lennon, Imagine : l’album de Tittenhurst Park, en vinyle et CD.
Les livres
- Kenneth Womack, John Lennon 1980: The Last Days in the Life : le récit le plus précis de la dernière année, de l’achat d’El Solano à l’article d’Esquire, en livre.
- James Patterson, Casey Sherman et Dave Wedge, The Last Days of John Lennon : le livre du voisin d’El Solano, en livre.
- Robert Rosen, Nowhere Man : le récit, controversé mais riche, des années de retrait et du séjour à Palm Beach, en livre.
- David Sheff, All We Are Saying : le grand entretien de Lennon et Yoko accordé à Playboy en septembre 1980, en livre.
- May Pang, Instamatic Karma : les photographies du week-end perdu, dont le Noël 1974 en Floride et la signature de Disney World, en livre.
- Philip Norman, John Lennon, une vie : la grande biographie de référence, en livre.
- Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now : pour le point de vue de Paul sur John et sur les dernières années, en livre.
- Livres sur Addison Mizner et l’architecture de Palm Beach : pour découvrir l’architecte d’El Solano, en livre.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’El Solano ?
Une villa de style néo-méditerranéen construite en 1919 par l’architecte Addison Mizner au 720 South Ocean Boulevard, à Palm Beach, en Floride. John Lennon et Yoko Ono l’ont achetée en janvier 1980.
Combien John Lennon et Yoko Ono ont-ils payé El Solano ?
725 000 dollars, en janvier 1980, soit environ 2,3 millions de dollars de 2020 en tenant compte de l’inflation.
Est-il vrai qu’ils l’ont achetée sans l’avoir visitée ?
Non. Ils l’avaient louée du 21 mars au 12 avril 1979 et y avaient séjourné avec leur fils Sean. Le récit de photographies prises par un intermédiaire concerne au mieux la recherche initiale.
John Lennon a-t-il vécu à El Solano ?
Il y a séjourné au printemps 1979, comme locataire. Les sources ne documentent pas de long séjour entre l’achat de janvier 1980 et sa mort, le 8 décembre 1980.
Qu’a fait Yoko Ono de la maison ?
Elle a achevé la rénovation prévue par le couple, puis l’a vendue en 1986 pour 3,15 millions de dollars au promoteur Howard A. Fafard.
Combien vaut El Solano aujourd’hui ?
La dernière vente connue date d’octobre 2020, pour environ 36 millions de dollars. La maison avait été mise en vente pour 47,5 millions au printemps de la même année.
Qui possède El Solano aujourd’hui ?
Un acheteur resté anonyme depuis 2020, décrit par la presse comme une jeune famille venue du nord-est des États-Unis.
Qui sont les voisins d’El Solano ?
La maison se trouve sur Billionaires Row. Parmi les voisins cités par la presse figurent Rod Stewart, Stephen Schwarzman et James Patterson, dont une dépendance partage un mur avec la villa.
Pourquoi la maison s’appelle-t-elle El Solano ?
Le nom rappelle le comté de Solano, en Californie, où est né Addison Mizner, et désigne en espagnol un vent chaud qui souffle de l’est sur la Méditerranée.
Lennon était-il déjà allé à Palm Beach ?
Oui. Il y a passé Noël 1974 avec May Pang et son fils Julian, avant de signer la dissolution des Beatles à Walt Disney World le 29 décembre 1974.
Double Fantasy a-t-il été écrit à El Solano ?
Non, pour l’essentiel. Le déclic créatif est venu aux Bermudes, en juin 1980, après la traversée en voilier. L’idée d’une inspiration retrouvée à Palm Beach repose surtout sur le livre de Robert Rosen.
La maison peut-elle être visitée ?
Non. C’est une propriété privée, visible seulement depuis South Ocean Boulevard.
Sources et références
Sur la maison et ses ventes : Times of India, rubrique immobilière, 16 octobre 2026 ; Architectural Digest ; The Wall Street Journal (Katherine Clarke), 2020 ; Inman, 2 novembre 2020 ; Business Insider, 2020 ; Cottages & Gardens, 2020 ; Orlando Weekly, 2020 ; Deseret News ; The Palm Beach Post (Alexandra Clough) ; Preservation Foundation of Palm Beach, dossier du 720 South Ocean Boulevard.
Sur le séjour des Lennon : Beatles Bible, chronologie du 21 mars 1979 ; Robert Rosen, Nowhere Man (2000) ; James P. Goss, Pop Culture Florida ; Kenneth Womack, John Lennon 1980: The Last Days in the Life (2020) ; Palm Beach Daily News, 1974.
Sur Noël 1974 : Beatles Bible, 29 décembre 1974 ; témoignages et photographies de May Pang.
Sur l’année 1980 : Esquire, 1er novembre 1980 ; David Sheff, All We Are Saying ; Mark Lewisohn ; Philip Norman, John Lennon: The Life.
Sur l’élevage : The Bullvine, histoire des fermes laitières de John Lennon et Yoko Ono.
Citations : John Lennon au Palm Beach Daily News (1974) et Ben Johnson au Palm Beach Post, propos rapportés par la presse américaine et par Robert Rosen.
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