Across the Universe : l’histoire complète de la chanson que John Lennon croyait ratée, de Kenwood à l’étoile Polaire
John Lennon la tenait pour l’un des meilleurs textes qu’il ait jamais écrits, peut-être le meilleur. Il jugeait pourtant que les Beatles n’en avaient jamais fait un bon disque. Across the Universe est l’une des chansons les plus singulières du groupe : née d’une nuit d’insomnie à la fin de 1967, enregistrée en février 1968 avec deux adolescentes recrutées devant les studios d’Abbey Road, publiée d’abord sur un disque caritatif pour le WWF, puis remaniée par Phil Spector pour Let It Be, reprise par David Bowie avec Lennon à la guitare et envoyée par la NASA vers l’étoile Polaire en 2008. Voici son histoire complète, des sources aux légendes qu’il faut corriger.
En bref
- Auteur : John Lennon, crédité Lennon-McCartney. Le texte lui vient une nuit de 1967, chez lui, à Kenwood (Weybridge).
- Le mantra : Jai Guru Deva Om rend hommage à Guru Dev, le maître du Maharishi Mahesh Yogi, et non au Maharishi lui-même.
- Enregistrement : 4 et 8 février 1968 à Abbey Road, avec Lizzie Bravo (16 ans) et Gayleen Pease (17 ans) aux chœurs.
- Première parution : 12 décembre 1969 sur No One’s Gonna Change Our World, disque caritatif du World Wildlife Fund, dans une version accélérée avec des chants d’oiseaux.
- Version la plus connue : Let It Be, 8 mai 1970, ralentie et orchestrée par Phil Spector le 1er avril 1970.
- Ce que Lennon en pensait : un très grand texte, mais “une piste minable d’une grande chanson”, selon ses mots de 1980.
- Postérité : David Bowie (1975), Fiona Apple (1998), Rufus Wainwright (I Am Sam), le film de Julie Taymor (2007), et une diffusion de la NASA vers Polaris le 4 février 2008.
Sommaire
Une chanson née d’une insomnie à Kenwood
Across the Universe a une origine que Lennon a racontée lui-même, avec une précision rare chez lui. Elle ne vient ni d’une commande, ni d’une séance de travail avec Paul McCartney, ni d’un exercice de style. Elle vient d’une nuit d’agacement, dans la grande maison de Kenwood, à Weybridge, dans le Surrey, où il vit alors avec sa première femme, Cynthia, et leur fils Julian.
La nuit où les mots ont chassé Lennon du lit
Dans les entretiens accordés à David Sheff pour Playboy en septembre 1980, publiés ensuite sous le titre All We Are Saying, Lennon décrit la scène. Il est couché à côté de Cynthia, irrité. Elle parle, longuement, d’un sujet qu’il ne précise pas, puis elle s’endort. Lui reste éveillé, et une phrase sur un flot de mots qui coule sans fin se met à tourner dans sa tête. Elle ne le lâche pas. Selon ses propres termes, elle le “chasse du lit”. Il descend, prend de quoi écrire, et ce qui aurait dû être une chanson d’humeur, une chanson d’homme agacé, devient ce qu’il appelle une “chanson cosmique”.
Lennon insiste sur le caractère presque involontaire de l’écriture. Il parle de mots “purement inspirés”, arrivés d’un coup, et compare l’expérience à une possession, comme celle d’un médium. Il ajoute qu’il ne possède pas cette chanson au sens où il possède les autres : elle s’est écrite à travers lui. C’est un discours qu’il tiendra souvent à la fin de sa vie, quand il distinguera les chansons “travaillées” des chansons “reçues”. Across the Universe est pour lui l’exemple le plus pur de la seconde catégorie.
On retrouve ce mécanisme dans d’autres récits de Lennon. Il racontait par exemple que Nowhere Man lui était venue au moment précis où il avait renoncé à écrire, après des heures d’échec. Dans les deux cas, l’inspiration surgit quand la volonté lâche prise.
Un texte avant une mélodie
Ce qui frappe dans le témoignage de Lennon, c’est l’ordre de fabrication. Les mots viennent d’abord, la musique ensuite. C’est l’inverse de la méthode habituelle des Beatles, qui partent le plus souvent d’une suite d’accords, d’un riff ou d’un air fredonné. Lennon dira d’ailleurs que le texte se suffit à lui-même, qu’on peut le lire sans mélodie et qu’il reste debout, comme un poème. C’est sans doute pour cette raison qu’il le défendra toute sa vie, même au moment où il réglait ses comptes avec presque tout le reste de la production des Beatles.
Le texte procède par images enchaînées plutôt que par récit : des mots qui coulent comme une pluie, des pensées qui errent, des images de lumière, de rires, de chagrin. Il n’y a pas d’histoire, pas de personnage, pas de destinataire. Le “je” de la chanson ne s’adresse à personne. Il observe ce qui le traverse. Lennon n’avait jamais écrit de cette façon, même dans ses chansons les plus psychédéliques. Strawberry Fields Forever partait d’un lieu d’enfance ; I Am the Walrus jouait de l’absurde et de la provocation. Across the Universe, elle, cherche un état.
Quand la chanson est-elle écrite ?
La date exacte n’est pas documentée. Lennon parle d’une nuit de 1967, et la chanson est généralement placée à la fin de cette année-là. The Beatles Bible note qu’il s’agit de la première composition de Lennon pour les Beatles depuis I Am the Walrus, enregistrée en septembre 1967. Cela situe l’écriture entre l’automne 1967 et le tout début de 1968. Ce qui est certain, c’est qu’elle est prête au début de février 1968, quand le groupe se réunit à Abbey Road avant son départ pour l’Inde.
Le contexte compte. À la fin de 1967, Lennon traverse une période trouble. Brian Epstein est mort le 27 août 1967. Le film Magical Mystery Tour, diffusé par la BBC le lendemain de Noël, a été très mal reçu. Le couple avec Cynthia s’essouffle : Lennon est déjà en contact avec Yoko Ono, qu’il a rencontrée en novembre 1966. Et la méditation transcendantale, découverte en août 1967, occupe une place croissante dans sa vie. Across the Universe porte la trace de ces tensions : une irritation domestique de départ, un désir d’apaisement à l’arrivée.
Jai Guru Deva Om : ce que dit vraiment le mantra
Entre les couplets et le refrain, Lennon place une formule en sanskrit, Jai Guru Deva Om. Elle sert de charnière, une sorte de respiration entre le flot d’images et la phrase répétée qui suit. Pour beaucoup d’auditeurs occidentaux de 1970, c’était la première fois qu’une formule de ce genre apparaissait au cœur d’un tube pop.
Guru Dev, le maître du Maharishi
La formule se traduit généralement par “Gloire à Guru Dev” ou “Victoire à Guru Dev”. Jai signifie “victoire” ou “longue vie”, et la syllabe Om est sacrée dans les traditions hindoue, jaïne et bouddhiste. Guru Dev, littéralement “maître divin”, est le nom sous lequel le Maharishi Mahesh Yogi désignait son propre maître, Swami Brahmananda Saraswati, Shankaracharya de Jyotir Math, mort en 1953. Dans les cercles de la méditation transcendantale, la formule était associée aux cérémonies d’initiation, au cours desquelles on rendait hommage à cette lignée de maîtres.
Correction : le mantra ne s’adresse pas au Maharishi
On lit souvent que Jai Guru Deva Om est un hommage au Maharishi Mahesh Yogi. C’est inexact. Guru Dev désigne le maître du Maharishi, Swami Brahmananda Saraswati, mort en 1953. Lennon reprend une formule de la tradition à laquelle le Maharishi se rattachait, pas une dédicace à l’homme qu’il fréquentait. La nuance n’est pas anodine : quelques mois plus tard, après le séjour de Rishikesh, Lennon prendra violemment ses distances avec le Maharishi dans Sexy Sadie. Across the Universe, elle, ne sera jamais reniée sur ce terrain.
La méditation transcendantale, d’août 1967 à Rishikesh
Les Beatles découvrent le Maharishi le 24 août 1967, lors d’une conférence au Hilton de Park Lane, à Londres. Le lendemain, ils prennent le train pour Bangor, au pays de Galles, pour un séminaire. C’est là qu’ils apprennent, le 27 août, la mort de Brian Epstein. La coïncidence marque durablement le groupe : la méditation arrive au moment exact où il perd son manager et protecteur.
Across the Universe appartient à la période d’adhésion. Elle est écrite entre Bangor et Rishikesh, et enregistrée quelques jours avant le départ pour l’ashram, où Lennon et Harrison arrivent à la mi-février 1968. On peut l’entendre comme une chanson de méditant : la répétition, la formule sacrée, l’idée d’un monde intérieur que rien ne peut atteindre. C’est d’ailleurs le sens de la phrase du refrain, qui affirme que rien ne changera le monde de celui qui chante. Cette phrase donnera son titre au disque du WWF en 1969, au pluriel : No One’s Gonna Change Our World.
Une écriture musicale qui ne se pose jamais
La musique d’Across the Universe est souvent décrite comme flottante. Ce n’est pas une impression vague : elle tient à des choix harmoniques et rythmiques précis.
Un débit de paroles presque continu
Les couplets avancent sur un débit de croches presque ininterrompu. Lennon y loge beaucoup de syllabes, ce qui donne cette sensation d’un flot de mots que rien n’arrête, exactement ce que dit le texte. La chanson, jouée en ré majeur à la guitare acoustique en accordage standard, repose sur un accompagnement très simple, sans riff, sans solo, sans pont au sens strict. Sa structure se répète trois fois : un couplet, la formule sanskrite, puis le refrain chanté quatre fois.
Une descente mineure et un refrain qui ne résout pas
Sur le plan harmonique, le couplet s’appuie sur une longue descente par des accords mineurs, du sixième degré vers le troisième puis le deuxième, avant de rejoindre l’accord de dominante, la7. Les analystes ont relevé la parenté de ce mouvement avec celui de I Will, de McCartney, composée la même année. Mais c’est surtout la fin des phrases qui crée l’effet de suspension : le titre de la chanson revient en fin de vers sans jamais se poser sur la tonique. La mélodie s’arrête sur la note sensible, celle qui appelle une résolution que la chanson refuse.
Le résultat est paradoxal. Le texte affirme une stabilité inébranlable, la musique ne s’installe jamais. C’est peut-être ce décalage, plus que les arrangements successifs, qui rend la chanson si difficile à enregistrer de façon satisfaisante : elle demande une interprétation à la fois tenue et légère, et chaque version publiée a penché d’un côté ou de l’autre.
4 et 8 février 1968 : les séances d’Abbey Road
Au début de février 1968, les Beatles ont une échéance. Ils partent pour l’Inde à la mi-février et doivent laisser derrière eux un single qui occupera le terrain pendant leur absence. Trois chansons sont en concurrence : Lady Madonna de McCartney, The Inner Light de Harrison et Across the Universe de Lennon. Dans la même poignée de jours, le groupe enregistre aussi Hey Bulldog, qui servira au film Yellow Submarine.
Une chanson candidate au single
Les séances se déroulent aux studios EMI d’Abbey Road, sous la direction de George Martin. Le 4 février 1968, le groupe enregistre la piste de base : guitare acoustique, percussions et tamboura, auxquelles Harrison ajoute une introduction au sitar. Les prises un, deux, puis quatre à sept sont enregistrées ; la prise huit est constituée par superpositions et réduction. Lennon enregistre aussi une quinzaine de secondes de fredonnements, des sons de guitare à l’envers et des effets imitant la harpe, qui ne seront pas retenus.
Plusieurs instruments rares apparaissent dans les crédits établis par la suite : la tamboura et le swarmandal, une cithare indienne, côté indien ; un orgue tenu par George Martin ; du piano. Lennon cherche une texture qui évoque l’état de méditation plutôt qu’une chanson pop arrangée. Il en résulte une version très particulière, plus proche du psychédélisme de 1967 que de la sobriété que l’on associera plus tard à la chanson. C’est elle qu’on retrouve, sous une autre prise, sur Anthology 2.
Lizzie Bravo et Gayleen Pease, deux fans dans le studio
Lennon veut des voix aiguës sur le refrain, celles d’une ou deux chanteuses. Il n’y a personne de disponible ce soir-là, et le groupe ne veut pas attendre une séance supplémentaire. McCartney sort alors du studio et s’adresse aux fans qui attendent, comme chaque jour, devant les marches d’Abbey Road. Il leur demande si l’une d’elles sait tenir une note haute. Deux jeunes filles sont choisies : Lizzie Bravo, une Brésilienne de 16 ans installée à Londres pour être près des Beatles, et Gayleen Pease, 17 ans. Mal Evans, l’assistant du groupe, les fait entrer.
Lizzie Bravo a raconté plus tard qu’on leur avait d’abord montré la chanson et le texte, puis qu’elles avaient chanté leurs parties sur le refrain, entre rires et tasses de thé. Leur présence fait d’elles, avec quelques rares musiciennes de séance, parmi les premières femmes à chanter sur un disque des Beatles, une question que nous avons étudiée à propos de Joy Hall et Sheila Bromberg.
Les deux femmes sont mortes la même année. Gayleen Pease, devenue Gayleen Victoria Scott, est morte au Royaume-Uni au printemps 2021, à 70 ans. Lizzie Bravo est morte le 4 octobre 2021 au Brésil, à 70 ans également, de complications cardiaques. Elle était devenue une figure de la communauté des fans brésiliens, souvent invitée à raconter cette soirée de 1968.
Précision : les “Apple Scruffs” n’existent pas encore en février 1968
Lizzie Bravo et Gayleen Pease sont souvent présentées comme des Apple Scruffs. Le surnom désignera bien le petit groupe de fans qui campait devant les bureaux d’Apple et les studios d’Abbey Road, mais il ne s’impose qu’ensuite, popularisé par la chanson Apple Scruffs de George Harrison, publiée en 1970 sur All Things Must Pass. En février 1968, Apple Corps vient à peine d’être constituée et Apple Records ne publiera son premier disque qu’en août. Les deux jeunes filles sont alors, plus simplement, des fans qui attendent devant le studio.
Lady Madonna l’emporte
Le 8 février, de nouvelles superpositions sont faites et un mixage mono est réalisé à partir de la prise huit. Mais le groupe n’est pas convaincu. C’est Lady Madonna qui est retenue pour la face A, avec The Inner Light en face B : le single sort le 15 mars 1968 au Royaume-Uni, pendant que les Beatles sont en Inde. Nous avons raconté la genèse de ce titre dans notre article sur Lady Madonna. Across the Universe est mise de côté. Elle passera près de deux ans dans les archives d’EMI avant d’être publiée.
Pour Lennon, c’est une déception qui s’ajoute à d’autres. Il voyait dans cette chanson un de ses textes les plus importants, et il la voit écartée au profit d’un rock’n’roll de McCartney. Il y reviendra souvent dans les années suivantes, non sans amertume.
Lennon contre sa propre chanson : ce qu’il a vraiment dit
Peu de chansons des Beatles ont suscité chez leur auteur des jugements aussi contrastés. Lennon a défendu le texte sans réserve et condamné les enregistrements presque aussi fermement. Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir aux déclarations datées, plutôt qu’aux formules qui circulent sans source.
Les citations documentées, de 1970 à 1980
En décembre 1970, dans le long entretien accordé à Jann Wenner pour Rolling Stone, publié ensuite sous le titre Lennon Remembers, Lennon place Across the Universe parmi ses meilleurs textes, peut-être le meilleur. Il précise qu’à ses yeux c’est de la bonne poésie, qui fonctionne comme des mots sans mélodie. Dix ans plus tard, face à David Sheff, il répète ce jugement presque à l’identique.
Le même entretien de 1980 contient sa critique la plus nette. Lennon y affirme que les Beatles n’ont jamais fait un bon disque de cette chanson, que les guitares et les voix de la version de Let It Be sonnent faux, et que la piste était “minable”, la piste minable d’une grande chanson, ce qui l’a beaucoup déçu. Il raconte qu’il l’a “donnée” au World Wildlife Fund, comme pour s’en débarrasser, puis que Phil Spector l’a ressortie des archives pour Let It Be. Il ajoute, au sujet de ce dernier, que Spector “a fait du sacré bon boulot” avec la bande. Ce n’est donc pas la chanson qu’il rejette, ni même l’intervention de Spector, mais les séances de 1968.
Correction : la formule du “vrai tas de merde” n’est pas sourcée
Une citation très répandue en ligne prête à Lennon l’idée que la piste originale d’Across the Universe était “a real piece of shit”, un “vrai tas de merde”. On la trouve notamment dans des articles de Far Out Magazine, qui l’introduisent par un simple “Lennon a dit un jour”, sans entretien, publication ni date. Nous n’avons trouvé aucune source primaire pour cette formule. La citation documentée, dans les entretiens de Playboy de 1980, est plus mesurée : Lennon parle d’une “piste minable d’une grande chanson”. Il emploie en revanche un vocabulaire beaucoup plus cru, dans le même entretien, pour décrire l’état général des bandes de Get Back avant l’intervention de Spector. Il est probable que les deux propos aient été confondus.
Le soupçon de sabotage
En 1980, Lennon va plus loin. Il évoque une forme de sabotage inconscient : selon lui, le groupe, et surtout McCartney, aurait parfois abîmé ses meilleures chansons en jouant à des “jeux expérimentaux” avec elles. Il cite Across the Universe et Strawberry Fields Forever. Il décrit aussi le climat de la séance de 1968 : personne, selon lui, ne s’intéressait vraiment au morceau, et il se sentait seul pour le porter.
Ce reproche doit être pris pour ce qu’il est : un jugement tardif, prononcé dix ans après la séparation, dans un entretien où Lennon passe en revue tout le répertoire du groupe et règle beaucoup de comptes. Il est difficile de le vérifier. Les bandes de février 1968 montrent plutôt un groupe qui essaie plusieurs pistes, sitar, effets inversés, voix aiguës, sans trouver la bonne. Strawberry Fields Forever, d’ailleurs, est le contre-exemple parfait : c’est précisément le travail de studio, le montage de deux prises en tonalités et tempos différents, qui en a fait un chef-d’œuvre. Lennon lui-même ne l’a jamais contesté.
Le paradoxe lennonien
Across the Universe n’est pas un cas isolé. Lennon a dénigré une grande partie de la production des Beatles, y compris ses propres chansons, comme nous l’avons montré dans notre inventaire de ce que Lennon reprochait aux albums des Beatles. Mais cette chanson-ci occupe une place à part : il ne la renie jamais, il en veut à ceux qui, selon lui, l’ont mal servie. C’est un rapport d’auteur à une œuvre qu’il estime plus grande que ses enregistrements. Il le dira à sa manière en 1975, en acceptant de la rejouer avec David Bowie : il était content de le faire, parce qu’il n’en avait jamais fait lui-même une bonne version.
Quatre vies discographiques, quatre vitesses
Across the Universe est l’une des rares chansons des Beatles à exister dans plusieurs versions officielles sensiblement différentes, publiées sur près de cinquante ans. Elles ne diffèrent pas seulement par les arrangements : elles ne sont pas toutes à la même vitesse, donc pas dans la même tonalité.
| Version | Parution | Support | Particularités |
|---|---|---|---|
| Version du WWF | 12 décembre 1969 | No One’s Gonna Change Our World (Regal Starline SRS 5013) | Accélérée (environ mi bémol), chants d’oiseaux au début et à la fin, voix de Lizzie Bravo et Gayleen Pease |
| Version Let It Be | 8 mai 1970 | Let It Be | Ralentie par Phil Spector, orchestre et chœur ajoutés le 1er avril 1970, sans les voix des deux fans |
| Rééditions de la version du WWF | 1978, 1988, 2009 | Rarities, Past Masters Volume Two, The Beatles in Mono | La version de 1969 devient accessible hors du disque caritatif |
| Prise alternative | 18 mars 1996 | Anthology 2 | Version psychédélique de février 1968, sitar et tamboura en avant |
| Version dépouillée | 17 novembre 2003 | Let It Be… Naked | Vitesse d’origine, presque tous les instruments retirés, justesse corrigée numériquement |
| Prise six | 9 novembre 2018 | The Beatles (White Album), édition des 50 ans | Plus nue encore que celle de Naked, et 15 secondes plus longue |
| Mixage de Glyn Johns | 15 octobre 2021 | Let It Be, édition spéciale | Mixage de janvier 1970 pour l’album Get Back, sans les voix des fans ni les oiseaux |
Spike Milligan et le disque du WWF
C’est le comédien Spike Milligan, ami de George Martin et figure des Goons, qui sauve la chanson de l’oubli. Il l’entend en studio et propose de l’inclure dans un album caritatif qu’il prépare au profit du World Wildlife Fund, l’actuel WWF. Les Beatles acceptent en 1968. En janvier 1969, le meilleur mixage mono est retravaillé et des bruitages d’oiseaux sont ajoutés au début et à la fin. Le 2 octobre 1969, Geoff Emerick réalise un mixage stéréo à partir de la prise huit.
La bande est aussi accélérée. Le mixage mono d’origine durait 3 minutes 37 ; avec les effets, la version du WWF atteint 3 minutes 49, et l’accélération fait monter la chanson d’environ un demi-ton, jusqu’à mi bémol. L’album No One’s Gonna Change Our World sort le 12 décembre 1969 chez Regal Starline, sous la référence SRS 5013. Il réunit onze titres, avec notamment les Bee Gees, Cilla Black et les Hollies. C’est la première publication d’Across the Universe, et la seule où l’on entend Lizzie Bravo et Gayleen Pease.
Le choix du disque est cohérent avec le texte : la phrase du refrain fournit le titre, simplement mise au pluriel. Mais il reflète aussi le peu d’attachement du groupe, à ce moment-là, pour l’enregistrement. Une chanson que les Beatles auraient vraiment voulu défendre n’aurait pas été confiée à une compilation caritative à petit prix.
Twickenham, janvier 1969
Entre-temps, la chanson revient brièvement au premier plan. En janvier 1969, pendant les séances du projet Get Back filmées aux studios de Twickenham, les Beatles la répètent à plusieurs reprises. On voit Lennon la reprendre, chercher une autre façon de la jouer, sans y parvenir. Ces répétitions n’ont donné lieu qu’à des enregistrements mono destinés à la bande-son du film, et la chanson n’est pas jouée lors du concert sur le toit d’Apple, le 30 janvier 1969. Le documentaire Get Back de Peter Jackson, diffusé en novembre 2021, a montré certains de ces moments.
Glyn Johns retire les voix des fans
Au début de janvier 1970, l’ingénieur Glyn Johns, chargé de mettre en forme l’album Get Back, reprend l’enregistrement de février 1968. Comme la chanson n’a pas été enregistrée pendant les séances de janvier 1969, il utilise la bande de 1968 et la remixe en retirant les voix de Lizzie Bravo et Gayleen Pease ainsi que les bruitages d’oiseaux. Ses deux versions de l’album Get Back sont refusées par le groupe. Elles ne seront publiées officiellement qu’en 2021, dans l’édition spéciale de Let It Be.
Phil Spector, 1er avril 1970
Au printemps 1970, Allen Klein confie les bandes à Phil Spector. Le 1er avril 1970, aux studios d’Abbey Road, Spector fait réduire la bande sur une nouvelle prise, la neuvième, et y ajoute un orchestre et un chœur. Les crédits établis depuis mentionnent 18 violons, 4 altos, 4 violoncelles, une harpe, 3 trompettes, 3 trombones, 2 guitaristes et 14 choristes. Ringo Starr, seul Beatle présent ce jour-là, ajoute des parties de batterie sur les trois titres retravaillés : Across the Universe, The Long and Winding Road et I Me Mine. C’est la dernière séance d’enregistrement d’un Beatle pour un disque des Beatles avant la séparation.
Le 2 avril, Spector réalise le mixage stéréo. Il ralentit la bande, qui passe à 3 minutes 47 et descend sous la tonalité d’origine. C’est cette version, lente, ample, couverte de cordes et de voix, que des millions d’auditeurs découvrent le 8 mai 1970 sur Let It Be, et qui reste aujourd’hui la plus écoutée. Lennon, on l’a vu, la jugera mieux réussie que celle de 1968.
À savoir : aucune version publiée n’est à la “bonne” vitesse avant 2003
On présente parfois la version de Let It Be comme la version “originale” d’Across the Universe. C’est trompeur à deux titres. Elle n’est pas la première publiée, puisque celle du WWF est sortie cinq mois plus tôt. Et elle n’est pas à la vitesse d’enregistrement : Spector l’a ralentie, comme le WWF l’avait accélérée. Les auditeurs de 1970 ont donc entendu la chanson un peu plus grave qu’elle n’a été jouée, et ceux de 1969 un peu plus aiguë. Il faut attendre Let It Be… Naked, en 2003, pour une version officielle restituée à sa vitesse d’origine.
Let It Be… Naked, 2003
En 2003, à l’initiative de Paul McCartney, qui n’avait jamais accepté le traitement de The Long and Winding Road par Spector, l’album Let It Be est publié dans une version dépouillée, Let It Be… Naked. Across the Universe y retrouve sa vitesse d’origine. Elle est débarrassée de presque tous ses instruments et des ajouts orchestraux, et la justesse de la voix de Lennon est corrigée numériquement. Pour beaucoup d’auditeurs, c’est la version qui se rapproche le plus de la chanson telle que Lennon l’entendait, même s’il n’a jamais pu l’entendre.
Les archives : Anthology 2 et les éditions des 50 ans
Anthology 2, sortie le 18 mars 1996, propose une autre prise de février 1968, souvent qualifiée de psychédélique pour la place qu’y tiennent le sitar et la tamboura. En 2018, l’édition des 50 ans du White Album ajoute la prise six, plus nue encore que celle de Naked et longue de quinze secondes de plus. En 2021, l’édition spéciale de Let It Be publie enfin le mixage de Glyn Johns. Il est désormais possible d’écouter la chanson à chacune des étapes de sa fabrication, ce qui permet de juger sur pièces les reproches de Lennon.
David Bowie, 1975 : Lennon rejoue sa chanson
La revanche de Lennon sur ses propres enregistrements arrive par un chemin inattendu. En janvier 1975, David Bowie enregistre aux studios Electric Lady de New York les dernières chansons de son album Young Americans. Il a choisi de reprendre Across the Universe, et il invite Lennon, avec qui il s’est lié d’amitié, à venir jouer dessus. Lennon tient la guitare acoustique et chante les chœurs. Autour d’eux, les musiciens habituels de Bowie : Carlos Alomar et Earl Slick aux guitares, Emir Ksasan à la basse, Dennis Davis à la batterie. Eddie Kramer est l’ingénieur du son.
La même séance produit Fame, une chanson cosignée par Bowie, Lennon et Carlos Alomar, qui deviendra le premier numéro un de Bowie aux États-Unis à l’automne 1975. Nous avons raconté cette amitié et ses suites, jusqu’à la photo des Grammy Awards de 1975, dans notre article sur la photo truquée de Yoko Ono, Lennon et Bowie.
Bowie jugeait la version des Beatles “très délavée” et voulait en donner une interprétation plus intense, presque soul. Lennon, lui, déclare qu’il est content de le faire parce qu’il n’en a jamais réalisé une bonne version lui-même. Young Americans sort le 7 mars 1975. La reprise divise la critique : Douglas Wolk, pour Pitchfork, y verra le seul véritable embarras de l’album, quand le biographe Nicholas Pegg la qualifiera au contraire d’“exquisément belle”. Elle reste en tout cas la seule version d’Across the Universe sur laquelle son auteur joue sans être entouré des Beatles.
Fiona Apple, Rufus Wainwright, Laibach : la chanson des autres
Across the Universe a connu une carrière de reprise particulièrement riche, parce qu’elle laisse beaucoup d’espace à l’interprète. Son harmonie simple, son absence de solo et son texte non narratif permettent toutes les lectures.
Laibach, 1988
En 1988, le groupe slovène Laibach publie une reprise intégrale de l’album Let It Be, à l’exception de la chanson-titre, dans un style martial et ironique. Across the Universe en est tirée en single, avec un clip l’année suivante. C’est l’une des lectures les plus éloignées de l’original, et l’une des plus commentées.
Fiona Apple, 1998
En 1998, Fiona Apple enregistre la chanson pour la bande originale du film Pleasantville, de Gary Ross. Le clip est réalisé par Paul Thomas Anderson, alors son compagnon. Cette version lente, voilée, presque immobile, a fait découvrir la chanson à une génération d’auditeurs nés bien après la séparation des Beatles. Pitchfork l’a classée comme la meilleure reprise de sa carrière.
Rufus Wainwright, I Am Sam
Au tournant de 2002, Rufus Wainwright l’enregistre pour la bande originale du film I Am Sam, composée uniquement de reprises des Beatles. Sa version, à la voix très ornementée, a connu une seconde vie sur les plateformes de streaming.
Beady Eye, Aurora et les autres
En avril 2011, Beady Eye, le groupe de Liam Gallagher après Oasis, publie une reprise au profit de l’appel de la Croix-Rouge britannique pour les victimes du tsunami japonais. Elle entre à la 88e place du classement britannique. En 2019, la chanteuse norvégienne Aurora l’interprète pour l’émission Like a Version de la radio australienne Triple J, une version que les auditeurs placeront parmi les cent meilleures de l’histoire de l’émission. Neil Finn, de Crowded House, a dit qu’elle était peut-être sa chanson préférée.
2005 : un hymne pour les victimes du tsunami
Le 13 février 2005, lors de la 47e cérémonie des Grammy Awards, un plateau exceptionnel interprète Across the Universe en hommage aux victimes du tsunami de l’océan Indien, survenu le 26 décembre 2004. Sur scène : Stevie Wonder, Brian Wilson, Bono, Norah Jones, Alicia Keys, Alison Krauss, Billie Joe Armstrong, Steven Tyler, Tim McGraw et le groupe Velvet Revolver. L’enregistrement est mis en vente le soir même en téléchargement, au profit des victimes, et entre à la 22e place du Billboard Hot 100.
Le choix n’est pas un hasard. Parmi les chansons des Beatles, Across the Universe est l’une des rares qui ne parle ni d’amour, ni de révolte, ni d’un lieu précis. Elle parle d’un état de paix intérieure que rien ne peut atteindre, ce qui en fait une chanson de recueillement plus qu’une chanson de combat. C’est cette qualité que la cérémonie a voulu mobiliser.
2007 : le film de Julie Taymor
En 2007, la metteuse en scène Julie Taymor, connue pour son adaptation du Roi Lion à Broadway, donne le titre de la chanson à une comédie musicale entièrement construite sur le répertoire des Beatles. Le film suit Jude, un jeune Liverpuldien joué par Jim Sturgess, et Lucy, jouée par Evan Rachel Wood, dans l’Amérique des années 1960, entre guerre du Vietnam, contre-culture et mouvement des droits civiques. Il réunit plus de trente chansons du groupe, avec des apparitions de Bono, Eddie Izzard, Joe Cocker et Salma Hayek. Nous avons évoqué le rôle de Bono dans notre article sur la chanson des Beatles qui l’a marqué.
Le film a été un échec commercial à sa sortie, mais il a trouvé ensuite un public durable, notamment chez des spectateurs qui découvraient les Beatles. Il a été nommé à l’Oscar des meilleurs costumes. Pour beaucoup, il a fait d’Across the Universe une sorte de mot de passe vers l’ensemble du répertoire du groupe.
4 février 2008 : la chanson envoyée vers l’étoile Polaire
Le 4 février 2008, à minuit en temps universel, la NASA diffuse Across the Universe vers l’étoile Polaire, située à 431 années-lumière de la Terre. L’émission part de l’antenne de 70 mètres du complexe de communication avec l’espace lointain de Robledo de Chavela, près de Madrid, au moyen d’un émetteur en bande X d’une puissance de 18 kilowatts. Le signal devrait atteindre la région de Polaris vers l’an 2439.
La date n’est pas choisie au hasard. Elle marque à la fois le 40e anniversaire de l’enregistrement de la chanson, le 4 février 1968, le 45e anniversaire du réseau Deep Space Network et le 50e anniversaire de la NASA. L’idée vient de l’historien des Beatles Martin Lewis, et elle a reçu l’accord de Paul McCartney, de Yoko Ono et d’Apple Corps. C’était la troisième fois qu’une chanson était délibérément envoyée dans l’espace lointain. McCartney avait salué l’opération par un message enthousiaste à la NASA, lui demandant de transmettre son affection aux extraterrestres.
Le geste a une dimension presque littérale : une chanson sur un monde intérieur que rien ne peut atteindre, envoyée au-delà du système solaire. Il a aussi contribué à faire d’Across the Universe une chanson à part dans la mémoire collective, régulièrement citée dans les articles de vulgarisation scientifique.
Pourquoi Across the Universe parle encore en 2026
Près de soixante ans après son écriture, la chanson n’a rien perdu de son pouvoir. Plusieurs raisons l’expliquent. La première tient au texte lui-même : en ne racontant rien de précis, Lennon a écrit une chanson qui se prête à toutes les situations, du recueillement après une catastrophe à la méditation personnelle. La deuxième tient à la multiplicité des versions : chaque génération a pu découvrir la sienne, Let It Be en 1970, Bowie en 1975, Fiona Apple en 1998, le film de 2007, la version Naked de 2003, les archives de 2018 et 2021.
La troisième raison tient à la place de la chanson dans le récit de la vie de Lennon. Elle se situe à la charnière exacte entre le Beatle et l’artiste solo. Elle annonce la recherche de simplicité et de vérité intérieure qui mènera à l’album John Lennon/Plastic Ono Band en 1970, puis à Imagine en 1971. Ce n’est pas un hasard si elle revient chaque année au moment de l’anniversaire de Lennon, comme nous le rappelions le 9 octobre dans notre article sur les 86 ans qu’il aurait eus en 2026.
Elle a aussi ses détracteurs. Le critique Ian MacDonald, dans Revolution in the Head, la jugeait faible, une incantation plaintive et puérile selon ses mots. Richie Unterberger, pour AllMusic, y voit au contraire l’une des ballades les plus délicates et les plus cosmiques du groupe. Ce désaccord prolonge, d’une certaine manière, celui que Lennon avait avec lui-même.
À écouter
La version de Let It Be, telle que publiée en 1970 :
Pour comparer les versions, on peut chercher sur YouTube la version de Let It Be… Naked, la version du WWF avec les oiseaux, la prise d’Anthology 2, la reprise de David Bowie avec Lennon et celle de Fiona Apple.
Le texte, sa traduction et la fiche complète de la chanson sont disponibles sur notre page consacrée à Across the Universe.
Disques et livres pour aller plus loin
- Let It Be, édition spéciale (2021), avec le mixage de Glyn Johns ;
- Let It Be… Naked (2003) ;
- Past Masters, pour la version du WWF ;
- Anthology 2 ;
- The Beatles (White Album), édition des 50 ans, pour la prise six ;
- David Bowie, Young Americans ;
- Across the Universe, le film de Julie Taymor ;
- Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions ;
- David Sheff, All We Are Saying, les entretiens de 1980 ;
- Ian MacDonald, Revolution in the Head.
Chronologie d’Across the Universe
- 24 août 1967 : les Beatles rencontrent le Maharishi Mahesh Yogi au Hilton de Londres.
- 27 août 1967 : mort de Brian Epstein, pendant le séminaire de Bangor.
- Fin 1967 : Lennon écrit Across the Universe une nuit, à Kenwood.
- 4 février 1968 : enregistrement de la piste de base à Abbey Road ; Lizzie Bravo et Gayleen Pease chantent les chœurs.
- 8 février 1968 : superpositions et mixage mono.
- Mi-février 1968 : départ des Beatles pour Rishikesh.
- 15 mars 1968 : sortie du single Lady Madonna / The Inner Light, préféré à Across the Universe.
- Janvier 1969 : répétitions à Twickenham ; nouveau mixage mono avec bruitages d’oiseaux pour le WWF.
- 2 octobre 1969 : mixage stéréo par Geoff Emerick.
- 12 décembre 1969 : première publication sur No One’s Gonna Change Our World.
- Début janvier 1970 : mixage de Glyn Johns pour l’album Get Back, sans les fans ni les oiseaux.
- 1er avril 1970 : Phil Spector ajoute orchestre et chœur ; Ringo Starr ajoute de la batterie.
- 2 avril 1970 : mixage stéréo, ralenti, pour Let It Be.
- 8 mai 1970 : sortie de Let It Be.
- Décembre 1970 : Lennon cite la chanson parmi ses meilleurs textes dans Rolling Stone.
- Janvier 1975 : David Bowie l’enregistre avec Lennon à Electric Lady.
- 7 mars 1975 : sortie de Young Americans.
- Septembre 1980 : entretiens de Playboy, où Lennon parle d’une piste minable d’une grande chanson.
- 1988 : reprise de Laibach ; parution de Past Masters Volume Two.
- 18 mars 1996 : Anthology 2.
- 1998 : reprise de Fiona Apple pour Pleasantville.
- 17 novembre 2003 : Let It Be… Naked.
- 13 février 2005 : interprétation collective aux Grammy Awards pour les victimes du tsunami.
- 2007 : sortie du film de Julie Taymor.
- 4 février 2008 : la NASA diffuse la chanson vers l’étoile Polaire.
- Avril 2011 : reprise de Beady Eye au profit des victimes du tsunami japonais.
- 9 novembre 2018 : prise six dans l’édition des 50 ans du White Album.
- 2021 : mort de Gayleen Pease au printemps, puis de Lizzie Bravo le 4 octobre ; le mixage de Glyn Johns paraît le 15 octobre dans l’édition spéciale de Let It Be.
Questions fréquentes
Qui a écrit Across the Universe ?
John Lennon, seul, même si la chanson est créditée Lennon-McCartney comme toutes les compositions de l’un ou l’autre au sein des Beatles.
Que signifie Jai Guru Deva Om ?
C’est une formule sanskrite qui se traduit par “Gloire à Guru Dev”. Guru Dev est le nom donné à Swami Brahmananda Saraswati, le maître du Maharishi Mahesh Yogi.
Sur quel album trouve-t-on Across the Universe ?
Elle paraît d’abord sur le disque caritatif No One’s Gonna Change Our World, en décembre 1969, puis sur Let It Be, en mai 1970. On la trouve aussi sur Past Masters, Anthology 2 et Let It Be… Naked.
Qui sont les deux filles qui chantent sur la chanson ?
Lizzie Bravo, une Brésilienne de 16 ans, et Gayleen Pease, 17 ans, deux fans recrutées par Paul McCartney devant les studios d’Abbey Road le 4 février 1968. On ne les entend que sur la version du WWF.
Pourquoi Lennon n’aimait-il pas la chanson ?
Il aimait le texte, qu’il jugeait parmi ses meilleurs. Ce qu’il n’aimait pas, ce sont les enregistrements de 1968, qu’il trouvait ratés, faux et mal soutenus par le reste du groupe.
Lennon a-t-il vraiment traité la chanson de “tas de merde” ?
Cette citation circule sans source. Les propos documentés, dans les entretiens de Playboy de 1980, parlent d’une “piste minable d’une grande chanson”.
Pourquoi les versions n’ont-elles pas la même tonalité ?
La version du WWF a été accélérée et celle de Let It Be ralentie par Phil Spector. Seule la version Naked de 2003 est restituée à la vitesse d’enregistrement.
Lennon joue-t-il sur la reprise de David Bowie ?
Oui. Il y tient la guitare acoustique et chante les chœurs, en janvier 1975, aux studios Electric Lady de New York.
La chanson a-t-elle vraiment été envoyée dans l’espace ?
Oui. La NASA l’a diffusée vers l’étoile Polaire le 4 février 2008, depuis une antenne située près de Madrid, avec l’accord de McCartney, de Yoko Ono et d’Apple Corps.
Glossaire
- Guru Dev : nom donné à Swami Brahmananda Saraswati, maître du Maharishi Mahesh Yogi.
- Méditation transcendantale : technique de méditation enseignée par le Maharishi, découverte par les Beatles en août 1967.
- Tamboura : instrument indien à cordes qui produit un bourdon continu.
- Swarmandal : cithare indienne aux cordes pincées, utilisée pour des effets de résonance.
- Prise : enregistrement complet d’un morceau lors d’une séance, numéroté dans l’ordre.
- Réduction : copie de plusieurs pistes sur une seule, pour libérer de la place sur la bande.
- Varispeed : modification de la vitesse de la bande, qui change à la fois le tempo et la hauteur.
- Note sensible : note située un demi-ton sous la tonique, qui appelle une résolution.
Sources et références
- David Sheff, All We Are Saying: The Last Major Interview with John Lennon and Yoko Ono, St. Martin’s Press, 2000 (entretiens de septembre 1980 pour Playboy).
- Jann S. Wenner, Lennon Remembers, Verso, édition de 2000 (entretien de décembre 1970 pour Rolling Stone).
- Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, Hamlyn, 1988.
- Ian MacDonald, Revolution in the Head, Pimlico, 1994.
- The Beatles Bible, Across The Universe.
- Wikipedia, Across the Universe.
- Best Classic Bands, nécrologie de Lizzie Bravo, octobre 2021.
- Far Out Magazine, article attribuant à Lennon la formule “a real piece of shit”, cité pour la correction.
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