Les Rutles

L’HISTOIRE DES RUTLES

Les Rutles , dits les Pre-fab Four, sont un groupe fictif créé en 1978 par l’humoriste Eric Idle, le membre le plus mélomane du sextuor le plus déjanté d’Angleterre (qui fut, de leur propre aveu,  » aux années 70 ce que les Beatles furent aux années 60 « ), les Monty Python. Ce groupe, qui ne devait durer que le temps d’un show télévisé parodique intitulé All You Need Is Cash (diffusé pour la première fois sur la chaîne américaine NBC le 22 mars 1978), a par la suite vu sa notoriéré grandir, à tel point que son propre culte s’est institué et qu’il se produit encore de façon intermittente plus de 25 ans après ; certains fans ont même organisé dans leurs pays des Rutles Days !

Véritable Anthology Video avant l’heure, All You Need Is Cash se présente comme un documentaire retraçant chronologiquement l’histoire du groupe légendaire, entrecoupé de fausses images d’archives et d’interviews de témoins de l’époque.

Comme son illustre modèle, les Rutles sont composés de quatre membres : Dirk McQuickly (bassiste), Ron Nasty (guitariste rythmique), les deux principaux compositeurs du groupe ; s’y ajoutent Stig O’Hara (guitariste lead) et Barrington Womble, alias Barry Wom (batteur). Bien évidemment, si l’histoire des Rutles suit pas à pas celle des Beatles, de Liverpool à Londres, en passant par les quartiers interlopes de Hambourg ou le plateau du Ed Sullivan Show, c’est pour mieux être détournée et présentée sous un jour toujours plus fantaisiste ou surréaliste.

Nous apprendrons ainsi qu’en pleine Rutlemania, les Rutles se produisirent au Che Stadium de New York (ainsi nommé en référence au leader de la révolution cubaine), et qu’ils furent initiés par Bob Dylan à une substance qui aurait une grande influence sur leur œuvre : le thé. Dirk McQuickly causerait à ce sujet un scandale en avouant publiquement à la presse que non seulement il avait déjà pris du thé, mais également des biscuits, tandis que Ron Nasty obtiendrait lui aussi une spectaculaire levée de boucliers en affirmant :  » The Rutles are bigger than God « , puis en ajoutant :  » God never had a hit record  » (tragique méprise, car Nasty ne parlait pas de God, mais de Rod. Rod Stewart, pour être précis, qui ne connaîtrait effectivement pas le succès avant quelques années). Les Rutles n’en enregistrèrent pas moins d’immortels albums, tels Tragical History Tour, Sergeant Rutter’s Only Darts Club Band ou Shabby Road. Au cinéma, ils furent acclamés dans A Hard Day’s Rut, Ouch ! ou Let It Rot, dans lequel figure le célèbre concert sur le toit de l’immeuble de leur société, Rutle Corps, dont le logo représentait une banane, et qui perdait de l’argent plus vite que le gouvernement britannique (sic)… On prétendit même en 1969 que l’un des Rutles serait mort et aurait été remplacé à l’insu du public par son effigie en cire de chez Mme Tussaud. Bref, un condensé hilarant de l’histoire des Beatles accommodé à la sauce nonsense.

Après avoir vanté l’efficacité du scénario, il faut se garder de négliger la qualité de la reconstitution visuelle, qui complète la réussite totale de l’entreprise. Car aussi bien dans les artifices de tournage que dans les décors, les costumes ou les accessoires, les concepteurs du film ont quasiment reproduit à l’identique l’imagerie des Beatles, et ce à toutes les époques de leur carrière, s’offrant jusqu’au luxe de réaliser une séquence de dessin animé inspirée de Yellow Submarine. Un véritable travail d’orfèvre que les fans des Beatles pourront goûter mieux que quiconque, car on perçoit derrière la parodie, irrévérencieuse mais jamais méchante, une affection et une admiration sincères pour le modèle. Nul doute que pour contrefaire l’esprit Beatles avec une telle justesse, il faut s’en être préalablement imprégné au dernier degré…

Jetons à présent un petit coup d’œil sur le casting du film.

Eric Idle (Dirk McQuickly) est le Paul de l’histoire. Il est l’auteur du show, dans lequel il interprète également plusieurs autres personnages, dont celui du journaliste qui narre l’histoire du groupe. On ne présente plus son travail avec les Monty Python. Bien qu’il possède un beau brin de voix (il composa et interpréta certaines des plus célèbres chansons qui émaillèrent la carrière des Monty Python, à l’instar de The Lumberjack Song ou Always Look On The Bright Side Of Life), c’est le seul Rutle que l’on n’entend sur aucune des chansons du groupe, mimant le jeu de basse (de la main gauche, tout de même !) en fait assurée par Andy Brown, et chantant en play-back les morceaux à la McCartney, interprétés en studio par le chanteur anglais Ollie Halsall (qui incarne dans le film le cinquième Rutle, celui qui quitta le groupe à Hambourg avant la gloire : Leppo ( !)). Dans les passages parlés, Idle donne néanmoins la pleine mesure de son talent d’acteur.

Neil Innes (Ron Nasty) campe un Lennon des plus réalistes. Il faut dire que l’acteur, par ailleurs complice musical des Monty Python dans la plupart de leurs films ou sur scène (on le verra notamment jouer le ménestrel dans Monty Python and the Holy Grail), s’est fait une spécialité de l’imitation de l’artiste dont il est de surcroît un fan viscéral : sa célèbre chanson des années 70 How Sweet To Be An Idiot, qu’il interpréta seul au piano, a des accents Lennoniens qu’on ne saurait nier (Oasis en plagia même la mélodie pour en faire leur premier hit, Whatever). Innes, authentique musicien et mélodiste inspiré, doté d’un sens de l’humour tout britannique, est l’auteur-compositeur de toutes les chansons des Rutles, et l’interprète vocal de la plupart d’entre elles. Neil Innes commença sa carrière de musicien dans un groupe qui eut son quart d’heure de gloire dans les sixties : The Bonzo Dog Doo Dah Band. Suprême ironie, ce groupe, qui eut un tube en 1967 (I’m The Urban Spaceman), fit cette même année une apparition dans un certain téléfilm intitulé Magical Mystery Tour… mais ceci est une autre histoire !

Rikki Fataar (Stig O’Hara), malgré des origines sud-africaines, possède un type indien très marqué, ce qui ne manque pas de sel lorsqu’il s’agit d’interpréter un fauxGeorge Harrison. Un Harrison d’ailleurs poussé à l’extrême dans son rôle du quiet One : c’est à peine s’il prononce un seul mot de tout le film. Rikki Fataar est néanmoins un musicien de studio émérite, qui s’illustra notamment auprès des Beach Boys dans les années 70. Avec les Rutles, il joue de multiples instruments (guitare, sitar, tablas…) et chante les morceaux inspirés de l’œuvre de George. Par la suite, Rikki Fataar a composé quelques musiques de films qui n’ont pas marqué les esprits.

John Halsey (Barry Wom) est le dernier de la bande. Musicien professionnel lui aussi, il est un parfait Ringo, plus rigolard que nature. Il joue naturellement de la batterie avec le groupe, et réussit le tour de force de chanter à la manière de son modèle sur quelques titres. En dehors des Rutles, sa carrière n’a pas connu d’étapes remarquables.

On retrouve également dans de plus petits rôles d’autres visages connus. En premier lieu, dans leurs propres rôles de témoins directs de la Rutlemania, Mick Jagger et Paul Simon. Quelques transfuges américains, échappés du Saturday Night Live, font également une apparition : Bill Murray (dans le rôle du célèbre DJ new-yorkais des sixties Bill Murray the K. !), le regretté John Belushi et Dan Aykroyd (futurs Blues Brothers), qui interprètent quant à eux respectivement Ron Decline (un Allen Klein criant de vérité) et Brian Thigh (l’homme-qui-refusa-les-Rutles, un rôle tristement assuré dans la réalité par Dick Rowe, de chez Decca). L’observateur averti saura reconnaître sous les traits d’un Hell’s Angel le Stone Ron Wood, interviewé par un journaliste, qui derrière ses lunettes, sa perruque et sa moustache n’est autre qu’un certain George Harrison, ami personnel d’Eric Idle et grand complice des Monty Python dont il produisit par ailleurs la même année The Life Of Brian (dans lequel il apparaît fugitivement). Eric Manchester, l’attaché de presse des Rutles (Derek Taylor dans la réalité), est interprété par Michael Palin, un autre Monty Python. Enfin, le rôle de Martini, la superficielle épouse de Dirk McQuickly, est assuré par Bianca Jagger, l’épouse de qui vous savez…

D’autres personnages qui ont croisé la route des Beatles ont également leur alter ego dans l’histoire des Rutles. Citons rapidement les plus fameux, comme leur manager Leggy Mountbatten (Brian Epstein), qui signa le quatuor sur la seule foi de leurs pantalons moulants ; Archie Macaw (George Martin), leur producteur ; Arthur Sultan, le mystique du Surrey (le Maharishi) qui les initia au spiritisme…

Quant à la bande-son, elle est à elle seule un véritable morceau de bravoure puisqu’elle est entièrement constituée de chansons originales (une vingtaine), écrites et interprétées par les Rutles, et jouissant d’une production exemplaire.

On peut les classer en deux catégories :

Les parodies : Certains titres sont des clins d’œil explicites et humoristiques à d’authentiques chansons des Fab Four (On reconnaît par exemple aisément Help ! derrière Ouch !, Piggy In The Middle parodie clairement I Am The Walrus ; quant à Get Up And Go, c’est presque une copie carbone musicale de Get Back).

Les pastiches : les autres chansons sont écrites à la manière des Beatles, ce qui d’une certaine façon représente un tour de force encore plus remarquable. On y reconnaîtra peut-être telle ou telle tonalité familière, mais ces titres ne font directement référence à aucune chanson du groupe, et pour certains d’entre eux, sonneraient presque plus Beatles que les Beatles si ce n’étaient les paroles exagérément mièvres ou franchement loufoques (citons It’s Looking Good, Cheese And Onions, ou Let’s Be Natural).

Et les Beatles, vous demanderez-vous, qu’ont-ils pensé de leur plus célèbre parodie ? Essentiellement du bien, en ce qui concerne George, puisqu’il a prêté son concours à l’affaire, en fournissant notamment aux auteurs des informations et de la documentation de premier ordre (à l’exemple du documentaire inédit de Neil Aspinall The Long And Winding Road). Eric Idle précise de même que Ringo lui avoua  » adorer les Rutles après 1968 « , une appréciation énigmatique, bien dans l’esprit du fantasque batteur. On rapporta à Idle que John et Yoko adorèrent le film, malgré le portrait peu flatteur de Yoko en fille d’Hitler. Quant à Paul, qu’Eric Idle rencontra par la suite, il ne sembla pas réellement goûter la plaisanterie (à la différence de Linda)… jusqu’à ce qu’il apprenne qu’Eric Idle avait grandi à Wallasey, près de Liverpool !

Il y aurait somme toute beaucoup à dire sur les Rutles. Certains pourraient trouver douteux, voire incompréhensible, qu’au-delà du simple gag ait pu se forger une œuvre plus originale qu’il n’y paraît et une légende qui leur serait propre (à l’image d’autres groupes qui se sont échappés du cadre étroit de la fiction, comme Spinal Tap). Effectivement, on pourrait sans doute dénombrer des dizaines de Beatles look-alikes. Nul n’ignore que des clones des Fab Four ont éclos aux quatre coins de la planète pop, et ce dès les débuts de la Beatlemania. Quand bien même le succès pouvait alors être au rendez-vous, les plagiaires faisaient fréquemment fi de la plus élémentaire subtilité (voir les Monkees). Les Rutles, s’ils ont eux aussi payé leur tribut au son Beatles, l’ont fait en y apportant une dimension humoristique inédite et redoutablement efficace (dans un genre bien connu des anglo-saxons : le spoof, ou parodie), avec souvent plus de talent musical que leurs prédécesseurs. A ce titre, ils méritent d’être aujourd’hui écoutés comme il convient de savourer leur film : au second degré.

LA DISCOGRAPHIE DES RUTLES

THE RUTLES

(1978, Warner Bros, réf. HS 3151 ; rééd. CD : 1990, Rhino Records, réf. R2 75760)
Produit par Neil Innes et Bill Inglot (pour la version CD).

Il s’agit tout simplement de la bande originale du film. Les 20 chansons, dont on n’entend parfois que des extraits dans le programme, sont ici restituées dans leur intégralité. Le disque est agrémenté d’un dépliant qui reprend de nombreux éléments du film : l’historique fantaisiste du groupe, des photos de différentes époques de leur carrière, les fausses couvertures d’albums, la retranscription de l’interview de Mick Jagger… A sa sortie, l’album reçut une nomination aux Grammy Awards dans la catégorie  » best comedy recording « .

Le Track-Listing :

  • Goose-Step Mama
  • Number One
  • Baby Let Me Be
  • Hold My Hand
  • Blue Suede Schubert
  • I Must Be in Love
  • With a Girl Like You
  • Between Us
  • Living in Hope
  • Ouch !
  • It’s Looking Good
  • Doubleback Alley
  • Good Times Roll
  • Nevertheless
  • Love Life
  • Piggy in the Middle
  • Another Day
  • Cheese and Onions
  • Get Up and Go
  • Let’s Be Natural

ARCHAEOLOGY

(1996, Virgin America, réf. 7243 8 42200 2 0)

Produit par Neil Innes et Steve James.

Prenant modèle sur la réunion des Threetles pour l’Anthology Project, trois des Rutles originaux se reforment le temps d’un nouvel album, sans Eric Idle (L’explication officielle est que Dirk serait devenu sourd. Mais si, regardez attentivement les pochettes originales : il y a de multiples preuves cachées !). 16 chansons inédites bourrées de nostalgie, parfois moins ouvertement parodiques que les précédentes, parmi lesquelles quelques compositions qui sont d’authentiques pépites (Lonely-Phobia, I Love You, Eine Kleine Middle Klasse Musik, ou Back In ’64).

Signalons enfin deux curiosités pour complétistes et collectionneurs :

Un single fut extrait de l’album (Shangri-La).

Dans sa version destinée au marché japonais, l’album contient trois titres supplémentaires issus des mêmes sessions.

Le Track-Listing :

  • Major Happy’s Up and Coming Once upon a Good Time Band
  • Rendezvous
  • Questionnaire
  • We’ve Arrived ! (And to Prove It We’re Here)
  • Lonely-Phobia
  • Unfinished Words
  • Hey Mister !
  • Easy Listening
  • Now She’s Left You
  • Knicker Elastic King
  • I Love You
  • Eine Kleine Middle Klasse Musik
  • Joe Public
  • Shangri-La
  • Don’t Know Why
  • Back in ’64

LA VIDEOGRAPHIE DES RUTLES

  • Fiche technique : All You Need Is Cash (1978 – 72 mn)
  • Réalisation : Gary Weis et Eric Idle
  • Auteur : Eric Idle
  • Paroles et Musique : Neil Innes
  • Producteur exécutif : Lorne Michaels

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