Les disques les plus rares et les plus recherchés des Beatles : le guide du collectionneur, de l’acétate des Quarrymen au White Album n° 0000001
Les Beatles sont le groupe le plus vendu de l’histoire. Des centaines de millions de disques, des milliers de pressages différents, dans des dizaines de pays : à première vue, rien n’est moins rare qu’un disque des Beatles. C’est précisément ce qui rend les vraies raretés si fascinantes. Dans cet océan de vinyle, quelques objets sortent du lot : une galette de gomme-laque gravée en 1958 dans le salon d’un commerçant de Liverpool, un 78 tours dont Brian Epstein a écrit les titres de sa main, 250 exemplaires de démonstration de Love Me Do où Paul s’appelle McArtney, un premier album stéréo à l’étiquette noir et or tiré à quelques centaines d’exemplaires, des pressages américains plus souvent contrefaits qu’authentiques, et un double album blanc portant le numéro 0000001. Voici le guide complet des disques les plus rares et les plus recherchés des Beatles : ce qui les rend précieux, comment les reconnaître, ce qu’ils valent vraiment, et comment éviter de payer le prix fort pour une copie.
En bref
- Le plus précieux : l’acétate des Quarrymen de 1958, That’ll Be the Day / In Spite of All the Danger, exemplaire unique appartenant à Paul McCartney, estimé autour de 200 000 livres par le Rare Record Price Guide, mais jamais mis en vente.
- Le plus cher jamais vendu : l’exemplaire n° 0000001 du White Album, celui de Ringo Starr, adjugé 790 000 dollars chez Julien’s Auctions en décembre 2015.
- Le Graal des débuts : l’acétate HMV de 1962, Hello Little Girl / Till There Was You, annoté par Brian Epstein, vendu 77 500 livres en mars 2016.
- Les classiques du collectionneur : la démo de Love Me Do avec la faute McArtney, le Please Please Me à étiquette noir et or, surtout en stéréo, et la butcher cover américaine de 1966.
- Le piège : les pressages américains de Vee-Jay, en particulier Introducing the Beatles, sont parmi les disques les plus contrefaits de l’histoire.
- La règle d’or : la rareté ne suffit pas ; l’état, la provenance, les inscriptions dans la cire et la documentation font la valeur.
- Sept correctifs factuels rectifient les erreurs les plus répandues dans les guides de valeur en ligne.
Sommaire
Qu’est-ce qu’un disque rare des Beatles ?
Rare, cher, recherché : trois notions différentes
Avant d’entrer dans l’inventaire, il faut distinguer trois choses que les guides en ligne confondent volontiers. Un disque rare est un disque dont il existe peu d’exemplaires. Un disque cher est un disque qui se vend à un prix élevé. Un disque recherché est un disque que beaucoup de collectionneurs veulent posséder. Les trois ne coïncident pas toujours.
Certains disques sont rarissimes sans être très chers : un pressage local d’un pays lointain, tiré à quelques centaines d’exemplaires, peut n’intéresser qu’une poignée de spécialistes. D’autres sont chers sans être rares : un exemplaire impeccable et sous cellophane d’un album courant peut atteindre des sommes élevées simplement parce qu’il est parfait. Et certains sont recherchés au point d’être devenus des mythes, comme la butcher cover, alors que des dizaines de milliers d’exemplaires ont circulé.
Les six sources de la rareté
Dans le cas des Beatles, la rareté d’un disque vient presque toujours de l’une de ces six causes, et souvent de plusieurs à la fois.
L’objet unique. Un acétate, c’est-à-dire un disque de référence gravé en un ou quelques exemplaires pour écouter un enregistrement avant pressage, n’existe par définition qu’en très petit nombre. Les acétates des Beatles sont les pièces les plus précieuses de leur discographie.
Le tirage limité des débuts. En 1962 et au début de 1963, personne ne sait que les Beatles vont devenir les Beatles. Les premiers disques sont pressés en quantités modestes, et les premières variantes d’étiquettes ou de mentions disparaissent dès que les tirages augmentent.
L’erreur. Une faute d’orthographe, une mention erronée, un mauvais crédit : les erreurs corrigées en cours de fabrication créent des premiers états recherchés. La faute McArtney sur la démo de Love Me Do en est l’exemple le plus célèbre.
Le retrait. Un disque retiré du commerce, comme la pochette du boucher en 1966, devient instantanément un objet de collection.
Le statut promotionnel. Les exemplaires de démonstration destinés aux radios et à la presse sont tirés à quelques centaines d’exemplaires et rarement conservés en bon état.
La provenance. Un disque ayant appartenu à un Beatle, à un proche, à un membre de l’équipe d’EMI, ou portant des annotations, voit sa valeur multipliée. Le White Album n° 0000001 n’est pas plus rare que le n° 0000002 ; il est plus cher parce qu’il a appartenu à Ringo Starr.
Les outils du collectionneur
Pour évaluer un disque, les collectionneurs disposent de quelques références. Le Rare Record Price Guide, publié au Royaume-Uni par le magazine Record Collector, donne des cotes indicatives pour les pressages britanniques. Les guides de Bruce Spizer font autorité pour les pressages américains, notamment pour Vee-Jay et Capitol. Les historiques de ventes de Popsike et de Discogs permettent de voir ce qui s’est réellement vendu, et à quel prix. Enfin, les catalogues des grandes maisons de ventes, Julien’s, Heritage, Bonhams, Christie’s, Omega en Angleterre, fournissent les résultats des ventes les plus spectaculaires.
Une cote n’est jamais un prix garanti. Elle suppose un état donné, généralement excellent, et un marché actif. Un disque coté plusieurs milliers de livres peut ne trouver preneur qu’à une fraction de ce montant s’il est usé, incomplet ou mal documenté. À l’inverse, une enchère disputée peut faire exploser une estimation, comme on le verra pour l’acétate HMV.
Les pièces uniques : les acétates
1958 : l’acétate des Quarrymen, la pièce la plus précieuse
Au sommet de toutes les listes trône un objet que personne ne peut acheter. Le 12 juillet 1958, les Quarrymen, alors composés de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison aux guitares, de John Duff Lowe au piano et de Colin Hanton à la batterie, se rendent dans le petit studio que Percy Phillips, un commerçant en électricité, a installé dans son salon au 38 Kensington, à Liverpool. Pour quelques shillings, ils enregistrent deux titres directement sur un disque : une reprise de That’ll Be the Day de Buddy Holly, et In Spite of All the Danger, une chanson signée McCartney et Harrison, chantée par Lennon.
Il n’existe qu’un seul exemplaire, un 78 tours en gomme-laque de 10 pouces, aux étiquettes écrites à la main. Les membres du groupe conviennent de le garder chacun une semaine. Il circule de main en main, jusqu’à John Duff Lowe, qui le conserve pendant près d’un quart de siècle. En 1981, Lowe fait expertiser le disque chez Sotheby’s en vue d’une vente. L’information est publiée dans la presse ; Paul McCartney appelle aussitôt la mère de Lowe à Liverpool, et finit par racheter le disque, pour une somme non divulguée, généralement estimée autour de 12 000 livres.
Depuis, l’acétate n’a jamais quitté les mains de McCartney. Le Rare Record Price Guide l’a régulièrement placé en tête des disques les plus précieux du Royaume-Uni, avec une estimation d’environ 200 000 livres. Les deux titres ont été publiés officiellement en novembre 1995 sur Anthology 1, In Spite of All the Danger dans une version écourtée : l’acétate original dure environ 3 minutes 25, contre environ 2 minutes 45 sur Anthology.
Correctif factuel : “le disque le plus cher du monde” n’a jamais été vendu
De nombreux classements présentent l’acétate des Quarrymen comme le disque le plus cher du monde, à 200 000 livres. Il faut préciser ce que signifie ce chiffre : c’est une estimation, publiée par le Rare Record Price Guide, pour un objet qui n’a jamais été mis aux enchères et que son propriétaire, Paul McCartney, n’a aucune intention de vendre. Le seul prix réellement payé pour ce disque est celui de 1981, environ 12 000 livres selon les estimations de l’époque, et il n’a pas été rendu public. Le disque des Beatles le plus cher effectivement vendu est un album, le White Album n° 0000001, adjugé 790 000 dollars en 2015 ; cette somme tient à sa provenance bien plus qu’à sa rareté.
1981 : les répliques de Paul McCartney
Après avoir racheté l’acétate, Paul McCartney fait restaurer le son, puis presser un petit nombre de répliques qu’il offre à sa famille et à ses amis, notamment pour Noël. Selon les sources, environ cinquante exemplaires auraient été fabriqués, la moitié sous forme de 78 tours de 10 pouces, l’autre moitié sous forme de 45 tours de 7 pouces, dans des pochettes imitant celles de Parlophone. Ces répliques, à leur tour, sont devenues des objets de collection de premier plan : le Rare Record Price Guide les a cotées autour de 10 000 livres, ce qui en fait, sur le papier, le deuxième disque le plus précieux du Royaume-Uni après l’original.
Le marché de ces répliques est miné par les copies de copies. Des pressages non autorisés ont circulé depuis les années 1980, et certains se sont vendus sur des sites d’enchères comme s’il s’agissait des exemplaires offerts par McCartney. Sans provenance documentée, il est impossible de distinguer à coup sûr une réplique de 1981 d’une contrefaçon plus tardive.
Correctif factuel : cinquante répliques, ou vingt-cinq ?
Le nombre de répliques de l’acétate des Quarrymen fabriquées en 1981 varie selon les sources. Le chiffre le plus souvent cité est celui de cinquante exemplaires, la moitié en 78 tours et l’autre en 45 tours. D’autres classements, repris notamment par le Livre Guinness des records et par la presse britannique, parlent de vingt à vingt-cinq exemplaires. Les deux chiffres peuvent se recouper si l’on considère qu’il s’agit de vingt-cinq exemplaires dans chaque format. Aucun document de Paul McCartney ou de MPL n’a jamais précisé le tirage exact. Il est donc prudent de parler d’environ cinquante répliques au total, réparties entre deux formats.
1962 : l’acétate HMV d’Epstein, le “Graal”
Le deuxième objet mythique est lié à l’audition ratée chez Decca, le 1er janvier 1962. Après le refus de la maison de disques, Brian Epstein emporte la bande de l’audition au magasin HMV d’Oxford Street, à Londres, où un service permet de graver des disques à partir de bandes. Il fait réaliser plusieurs acétates pour démarcher les maisons de disques. C’est à cette occasion que l’ingénieur du magasin, Jim Foy, remarque les chansons originales et met Epstein en relation avec l’éditeur Sid Colman, puis, de fil en aiguille, avec George Martin. Nous avons raconté l’audition et ses quinze chansons dans notre article sur l’audition Decca.
L’un de ces acétates, un 78 tours de 10 pouces, porte Hello Little Girl d’un côté et Till There Was You de l’autre. Les étiquettes sont écrites de la main d’Epstein, avec deux erreurs : “Hullo Little Girl”, attribuée à “John Lennon & The Beatles”, et “Til’ There Was You”, attribuée à “Paul McCartney & The Beatles”. En 1963, Epstein confie le disque à Les Maguire, le pianiste de Gerry and the Pacemakers, autre groupe de son écurie, pour qu’il apprenne Hello Little Girl. Maguire le garde pendant plus de cinquante ans.
Le 22 mars 2016, le disque est mis aux enchères par Omega Auctions, à Warrington, près de Liverpool, avec une estimation prudente de 10 000 livres. Sept enchérisseurs au téléphone, venus notamment des États-Unis, d’Allemagne et de Chine, font monter les prix. Il est adjugé 77 500 livres, environ 110 000 dollars, à un collectionneur britannique. L’éditeur du Rare Record Price Guide l’avait décrit avant la vente comme un objet du même ordre que l’acétate des Quarrymen.
Les acétates de studio
Au-delà de ces deux pièces mythiques, des dizaines d’acétates des Beatles circulent sur le marché. Pendant les années 1960, les ingénieurs d’EMI gravaient des acétates de référence pour permettre aux musiciens, au producteur et à l’entourage d’écouter les mixages en cours. Certains de ces disques, souvent à étiquette blanche ou à étiquette d’Abbey Road ou d’autres studios, contiennent des mixages différents des versions publiées, des prises alternatives, des titres provisoires. Ils sont très recherchés, à condition que leur provenance soit établie.
Les listes de référence mentionnent ainsi un acétate de Love Me Do gravé d’un seul côté, présenté comme la seule version non montée avec le décompte d’introduction, estimé entre 50 000 et 100 000 dollars, et un acétate américain de l’album Please Please Me réalisé pour Vee-Jay en 1963, pour lequel une offre de plus de 30 000 livres aurait été refusée. Ces chiffres sont des estimations rapportées par la presse spécialisée, non des prix de vente constatés. Ils donnent toutefois la mesure de ce que représente, pour les collectionneurs, un document sonore de première main.
Avant Parlophone : My Bonnie et les disques allemands
Polydor, 1961 : les Beatles comme groupe d’accompagnement
Le premier disque professionnel sur lequel jouent les Beatles n’est pas un disque des Beatles. En juin 1961, à Hambourg, le producteur Bert Kaempfert enregistre le chanteur britannique Tony Sheridan avec, pour l’accompagner, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Pete Best. Le single My Bonnie, une version rock de la vieille chanson écossaise My Bonnie Lies over the Ocean, couplée à The Saints, paraît en Allemagne chez Polydor à l’automne 1961, sous le nom de Tony Sheridan & The Beat Brothers. Le nom de Beatles, jugé trop proche d’un mot argotique allemand, a été remplacé.
Les premiers pressages allemands de My Bonnie sont des objets recherchés, en particulier ceux qui comportent une introduction chantée en allemand. Polydor publie aussi un EP en Allemagne en 1962. Ces disques sont la porte d’entrée de toute collection sérieuse, et ils racontent l’histoire de la célébrité naissante : c’est en entendant parler de My Bonnie, selon la légende, que Brian Epstein découvre le groupe en octobre et novembre 1961.
5 janvier 1962 : le premier disque britannique avec le nom des Beatles
Le single sort au Royaume-Uni chez Polydor le 5 janvier 1962, quatre jours après l’audition Decca. Cette fois, l’étiquette porte la mention Tony Sheridan & The Beatles. C’est le premier disque publié au Royaume-Uni avec le nom des Beatles imprimé dessus. Il passe totalement inaperçu à sa sortie, ce qui explique sa rareté actuelle. Les exemplaires de démonstration britanniques sont parmi les pièces les plus recherchées de la période d’avant Parlophone.
23 avril 1962 : le premier disque américain
Le même single paraît aux États-Unis chez Decca le 23 avril 1962, de nouveau sous le nom de Tony Sheridan and the Beat Brothers. C’est la première publication américaine d’un enregistrement sur lequel jouent les Beatles, près de deux ans avant la Beatlemania. Le disque ne se vend pratiquement pas. Les exemplaires promotionnels à étiquette rose, envoyés aux radios, comptent parmi les disques américains les plus rares de toute l’histoire du groupe. En 1964, au plus fort de la folie, MGM rachète les droits et ressort My Bonnie en grand, cette fois sous le nom de The Beatles with Tony Sheridan. Ces rééditions de 1964, tirées à des centaines de milliers d’exemplaires, n’ont pas grande valeur ; il faut bien distinguer le Decca de 1962 du MGM de 1964.
Correctif factuel : My Bonnie n’est pas le premier disque des Beatles
On lit souvent que My Bonnie est le premier disque des Beatles. C’est inexact sur deux plans. D’abord, il ne s’agit pas d’un disque des Beatles, mais d’un disque de Tony Sheridan, sur lequel ils jouent comme musiciens d’accompagnement, avec Pete Best à la batterie. Ensuite, ce n’est pas leur premier enregistrement : l’acétate des Quarrymen de 1958 le précède de trois ans. Le premier disque publié sous le seul nom des Beatles est Love Me Do, sorti chez Parlophone le 5 octobre 1962. My Bonnie reste en revanche le premier disque commercialisé sur lequel ils jouent, et le premier au Royaume-Uni à mentionner leur nom.
Parlophone, 1962-1963 : les premiers pressages britanniques
Love Me Do : la démo McArtney
Le 5 octobre 1962, Parlophone publie Love Me Do / P.S. I Love You, numéro de catalogue 45-R 4949. Avant la sortie, la maison de disques fait presser des exemplaires de démonstration destinés aux radios et à la presse, reconnaissables à leur étiquette spéciale portant un grand A, la marque des démos d’EMI. Sur ces exemplaires, le nom de Paul est mal orthographié : McArtney, sans le C du milieu. Environ 250 exemplaires de cette démo auraient été pressés.
Cette faute et ce tirage minuscule font de la démo de Love Me Do l’un des disques les plus convoités de toute la collection Beatles. Les prix constatés sont à la hauteur : un exemplaire s’est vendu plus de 17 000 dollars sur eBay en décembre 2011, et un autre près de 15 000 dollars sur Discogs en 2017, ce qui en faisait alors le 45 tours le plus cher jamais vendu sur la plateforme. Les exemplaires en excellent état s’échangent régulièrement dans une fourchette de 10 000 à 15 000 dollars, et parfois davantage.
Love Me Do : l’étiquette rouge et la question des batteurs
Les exemplaires du commerce de 1962 sont eux aussi recherchés. Ils portent l’étiquette rouge de Parlophone, celle qu’utilisait encore la marque pour ses 45 tours de variétés. Love Me Do et le single suivant, Please Please Me, sont les deux seuls singles des Beatles des années 1960 publiés au Royaume-Uni avec cette étiquette rouge ; dès 1963, Parlophone passe à l’étiquette noire.
Une autre subtilité intéresse les collectionneurs : il existe deux enregistrements de Love Me Do publiés en 1962 et 1963, l’un avec Ringo Starr à la batterie, enregistré le 4 septembre 1962, l’autre avec le batteur de studio Andy White, enregistré le 11 septembre, Ringo se contentant du tambourin. Les premiers pressages du single contiennent la version avec Ringo ; les pressages ultérieurs et l’album Please Please Me utilisent la version avec Andy White. Nous avons détaillé comment reconnaître les deux versions dans notre article sur les trois versions de Love Me Do, et retracé l’histoire du single dans notre article sur les 64 ans de Love Me Do.
Correctif factuel : Love Me Do n’a pas d’étiquette noir et or
Plusieurs guides de valeur en ligne affirment que les premiers pressages de Love Me Do portent l’étiquette noir et or de Parlophone. C’est une confusion avec les albums. En 1962, Parlophone utilise pour ses 45 tours une étiquette rouge, et c’est avec cette étiquette que Love Me Do sort le 5 octobre 1962, comme Please Please Me en janvier 1963. L’étiquette noir et or est celle des albums de 33 tours de la marque, notamment du premier pressage de l’album Please Please Me en mars 1963. Les démos, de leur côté, ont une étiquette spécifique, marquée d’un A. Un vendeur qui présente un Love Me Do à étiquette noir et or comme un premier pressage se trompe, ou cherche à tromper.
Please Please Me, le single
Le deuxième single, Please Please Me / Ask Me Why, sort le 11 janvier 1963 (Parlophone 45-R 4983). Les premiers exemplaires portent eux aussi l’étiquette rouge, avant le passage à l’étiquette noire au cours de l’année. Les démos de ce single sont également recherchées. Le single connaît un succès considérable, atteignant la première place de plusieurs classements britanniques, ce qui en fait un disque beaucoup moins rare que Love Me Do, à l’exception des tout premiers états.
Please Please Me, l’album : le mythe de l’étiquette noir et or
Le disque le plus emblématique des collectionneurs britanniques est le premier album, Please Please Me, publié le 22 mars 1963 en mono (Parlophone PMC 1202), puis le 26 avril en stéréo (PCS 3042). Les premiers pressages portent l’étiquette noir et or de Parlophone, l’étiquette historique de la marque pour ses 33 tours. Au cours de l’automne 1963, alors que la Beatlemania explose et que les ventes s’envolent, Parlophone adopte une nouvelle étiquette, jaune et noir. Les exemplaires à étiquette noir et or sont donc les premiers tirages, réalisés avant que le groupe ne devienne un phénomène.
Plusieurs variantes permettent d’affiner la datation. Les tout premiers exemplaires créditent l’éditeur des chansons originales sous le nom de Dick James Music ; les suivants mentionnent Northern Songs, la société d’édition créée en février 1963 pour les chansons de Lennon et McCartney. Les collectionneurs distinguent aussi des variantes typographiques sur l’étiquette, notamment la taille de la mention de vitesse. Ces détails, invisibles pour le profane, font varier la cote du simple au double.
La stéréo noir et or, un Graal britannique
En 1963, la stéréo est un marché minuscule au Royaume-Uni : peu de foyers possèdent un tourne-disque stéréo, et l’immense majorité des acheteurs choisit le mono. La version stéréo de Please Please Me a donc été pressée en très petites quantités avant le changement d’étiquette ; les estimations évoquent quelques centaines d’exemplaires à étiquette noir et or, peut-être moins d’un millier. C’est ce qui fait de la stéréo noir et or l’un des disques britanniques les plus recherchés au monde.
Les prix suivent. Selon le Record Collector, ce pressage se vend régulièrement plus de 1 000 livres même en état moyen, et un exemplaire exceptionnel a atteint plus de 22 000 livres en 2009. En mars 2024, un exemplaire trouvé dans une boutique caritative de l’organisation Cancer Research UK s’est vendu près de 5 000 euros aux enchères. Les exemplaires mono à étiquette noir et or, plus courants, valent eux aussi plusieurs centaines à plusieurs milliers de livres selon leur état et leur variante.
Correctif factuel : premier ou second pressage de Please Please Me ?
Certains classements publiés dans la presse britannique ont présenté le premier et le second pressage de Please Please Me comme deux disques distincts de même valeur, différant uniquement par le crédit d’édition, Dick James Music sur le premier, Northern Songs sur le second. C’est une simplification. Les deux mentions figurent toutes deux sur des pressages à étiquette noir et or, et c’est l’étiquette, bien plus que le crédit, qui fait la valeur. Les exemplaires noir et or avec crédit Dick James sont les plus précoces et donc les plus recherchés ; les noir et or avec crédit Northern Songs viennent ensuite ; les pressages à étiquette jaune et noir, à partir de la fin de 1963, valent beaucoup moins. Il faut ajouter que la stéréo et le mono suivent chacun leur propre chronologie : un mono noir et or tardif peut valoir moins qu’un stéréo noir et or quelconque.
Les EP et les premiers With the Beatles
Les quatre premiers EP britanniques, de Twist and Shout à All My Loving, ainsi que les premiers pressages de l’album With the Beatles, publié le 22 novembre 1963, présentent eux aussi des variantes recherchées, notamment dans les crédits d’édition des reprises et dans les mentions des pochettes. Ces disques ont toutefois été pressés à des centaines de milliers d’exemplaires dès leur sortie : seuls les tout premiers états et les exemplaires parfaits atteignent des prix élevés. Pour l’ensemble de la discographie britannique d’origine, nous renvoyons à notre guide de la discographie anglaise des Beatles.
L’Amérique avant Capitol : Vee-Jay, Swan et Tollie
Pourquoi les premiers disques américains sont si rares
La rareté des premiers disques américains des Beatles tient à un épisode bien connu de l’histoire du groupe. Capitol, la filiale américaine d’EMI, refuse de publier les premiers singles des Beatles, ses responsables jugeant le groupe sans intérêt pour le marché américain. Nous avons raconté le rôle de Dave Dexter Jr., l’homme qui a refusé les Beatles quatre fois, dans notre article sur The Beatles’ Second Album. EMI cède alors les droits de quelques titres à de petites maisons de disques indépendantes : Vee-Jay, à Chicago, et Swan, à Philadelphie.
Ces disques sortent en 1963 dans l’indifférence presque totale. Ils sont pressés en petites quantités, mal distribués, rarement diffusés. Quelques mois plus tard, en 1964, quand la Beatlemania submerge l’Amérique, les mêmes titres sont réédités en masse, parfois sous d’autres étiquettes. Les exemplaires de 1963 sont donc rarissimes, alors que leurs rééditions de 1964 sont très courantes. Toute la difficulté du collectionneur consiste à distinguer les uns des autres.
Vee-Jay 498 : Please Please Me et les “Beattles”
Le 25 février 1963, Vee-Jay publie aux États-Unis Please Please Me / Ask Me Why, sous la référence VJ 498. Les premiers exemplaires portent une faute d’orthographe devenue légendaire : le nom du groupe y est écrit Beattles, avec deux t. Les pressages suivants corrigent la faute. Le disque est diffusé par quelques radios, dont WLS à Chicago, où le disc-jockey Dick Biondi devient le premier animateur américain à passer les Beatles, une histoire que nous avons racontée dans notre article sur Dick Biondi. Il ne se classe pas au palmarès national.
Les exemplaires avec la faute Beattles, et plus encore les démos promotionnelles, sont parmi les singles américains les plus recherchés. Les guides de valeur leur attribuent des cotes de plusieurs milliers de dollars en excellent état, avec la pochette d’origine lorsqu’elle existe.
Vee-Jay 522 et Swan 4152
Le 27 mai 1963, Vee-Jay publie From Me to You / Thank You Girl (VJ 522), qui n’atteint que les marges du classement Billboard. Le 16 septembre 1963, Swan publie She Loves You / I’ll Get You (Swan 4152), qui passe inaperçu à sa sortie avant de devenir numéro un en mars 1964. Les exemplaires de 1963, en particulier les démos à étiquette blanche, se distinguent des rééditions de 1964 par des détails d’étiquette que les spécialistes connaissent par cœur. Swan publiera aussi en 1964 Sie liebt dich, la version allemande de She Loves You, pressage beaucoup plus confidentiel.
Introducing the Beatles : le disque le plus contrefait
Vee-Jay prépare dès l’été 1963 un album, Introducing the Beatles, reprenant l’essentiel de Please Please Me. Il ne sort finalement qu’en janvier 1964, juste avant l’arrivée du groupe à New York, et s’arrache aussitôt. Il existe plusieurs versions de ce disque, que les collectionneurs classent avec une précision maniaque. La première version contient Love Me Do et P.S. I Love You ; Vee-Jay ne détenant pas les droits d’édition de ces deux titres, elle les remplace rapidement par Please Please Me et Ask Me Why. Les pochettes varient aussi : certaines ont un dos publicitaire présentant d’autres disques de la marque, d’autres une liste des titres, d’autres un dos vierge. Les étiquettes changent de couleur et de logo.
Les exemplaires authentiques de la première version, et surtout les rarissimes exemplaires stéréo, valent des milliers de dollars. Mais Introducing the Beatles est aussi l’un des disques les plus contrefaits de l’histoire. Dès les années 1960 et 1970, des copies non autorisées ont été fabriquées en grand nombre, et des contrefaçons plus récentes imitent les étiquettes, les pochettes et même les inscriptions gravées dans la cire. Les spécialistes estiment qu’une proportion importante des exemplaires stéréo proposés à la vente sont des faux. Le guide de référence de Bruce Spizer, consacré aux disques Vee-Jay des Beatles, détaille les points de contrôle qui permettent de les reconnaître.
Correctif factuel : un Introducing the Beatles stéréo n’est presque jamais une affaire
Les annonces de particuliers présentent régulièrement un Introducing the Beatles stéréo comme un trésor découvert dans un grenier, en s’appuyant sur les cotes publiées pour les exemplaires authentiques. Il faut savoir que ce disque fait partie des plus contrefaits de toute l’histoire du disque, et que la majorité des exemplaires stéréo en circulation sont des copies non autorisées. Seul un examen détaillé de l’étiquette, de la pochette, du poids, du pressage et des inscriptions gravées dans la zone de sortie du sillon, comparé à un guide spécialisé, permet de conclure. Un prix bas, une absence de photos détaillées ou un vendeur incapable de fournir les inscriptions de la cire doivent alerter.
Les curiosités de 1964 : Hear the Beatles Tell All et The Beatles vs. The Four Seasons
Pour tirer profit de ses droits avant qu’ils ne lui échappent, Vee-Jay multiplie en 1964 les publications : rééditions, compilations, objets de circonstance. Hear the Beatles Tell All est un album d’interviews, d’abord publié en promotion. The Beatles vs. The Four Seasons est un double album réunissant Introducing the Beatles et un album des Four Seasons, accompagné d’une affiche ; c’est l’un des emballages les plus rares de la période, surtout complet. Songs, Pictures and Stories of the Fabulous Beatles est une nouvelle présentation du même contenu dans une pochette ouvrante. Ces objets, nés d’une stratégie commerciale opportuniste, sont devenus des pièces de collection précisément parce qu’ils ont été fabriqués en petites séries avant que Vee-Jay ne perde ses droits.
Tollie, une marque filiale de Vee-Jay, publie en 1964 Twist and Shout et Love Me Do, cette dernière devenant numéro un aux États-Unis en mai 1964, dans la version avec Andy White. Les exemplaires Tollie ordinaires sont courants ; les démos et les pressages avec pochettes d’origine le sont beaucoup moins.
Capitol et les rares américains
La butcher cover, star de toutes les ventes
L’objet américain le plus célèbre est évidemment la pochette du boucher. En juin 1966, Capitol prépare la sortie de l’album Yesterday and Today avec une photographie de Robert Whitaker montrant les Beatles en blouses de boucher, couverts de morceaux de viande et de poupées démembrées. Devant les réactions des disquaires et des radios, Capitol retire la pochette avant même la sortie officielle, et fait coller par-dessus une nouvelle photo, plus anodine, montrant le groupe autour d’une malle.
Les collectionneurs distinguent plusieurs états : les exemplaires de “premier état”, avec la pochette du boucher jamais recouverte ; ceux de “deuxième état”, recouverts de la nouvelle photo ; ceux de “troisième état”, dont la photo collée a été décollée pour révéler la pochette originale. Les premiers états, et surtout les exemplaires stéréo encore scellés, atteignent des prix de plusieurs dizaines de milliers à plus de cent mille dollars. Nous avons consacré à cet objet un dossier complet, avec la chronologie de la séance, le scandale et un guide détaillé pour les collectionneurs : la butcher cover des Beatles, guide complet du collectionneur.
Les vinyles de couleur et les erreurs de pressage
Les usines de Capitol pressaient parfois, par accident ou par jeu, des disques sur du vinyle de couleur ou marbré, en utilisant les restes de matière d’autres productions. Ces exemplaires, jamais commercialisés comme tels, sont très recherchés. Selon le magazine Record Collector, un exemplaire de Can’t Buy Me Love pressé par Capitol sur du vinyle noir et jaune s’est vendu 27 500 dollars chez Heritage Auctions. Les erreurs d’étiquette, les disques pressés avec l’étiquette d’un autre titre, les faces inversées, intéressent aussi les spécialistes, à condition d’être authentifiées.
Les disques promotionnels
Pendant la Beatlemania, Capitol fabrique aussi des disques exclusivement promotionnels, destinés aux radios : interviews à réponses ouvertes, que l’animateur pouvait diffuser en lisant les questions sur un script fourni, compilations réservées aux professionnels, démos à étiquette spéciale. Ces objets, tirés à quelques centaines ou quelques milliers d’exemplaires, souvent jetés après usage, sont recherchés surtout lorsqu’ils sont complets, avec leur script et leur pochette.
Pour l’histoire des albums américains de Capitol, de Meet the Beatles! aux montages de Dave Dexter, nous renvoyons à notre article sur Meet the Beatles! et à notre article sur Something New.
1966-1970 : les raretés de la grande époque
Les derniers mono britanniques
Au Royaume-Uni, les Beatles continuent de publier leurs albums en mono et en stéréo jusqu’en 1968, alors que la stéréo devient progressivement la norme. Les derniers albums mono sont pressés en quantités de plus en plus faibles, ce qui en fait des objets recherchés. Le White Album mono (Parlophone PMC 7067-8), publié en novembre 1968, et surtout Yellow Submarine en mono (PMC 7070), publié en janvier 1969, sont les plus cotés de cette fin d’époque. Le mono de Yellow Submarine est d’ailleurs un simple repli de la stéréo, sans mixage spécifique, ce qui n’empêche pas les collectionneurs de le rechercher pour sa rareté. Abbey Road et Let It Be ne sont parus au Royaume-Uni qu’en stéréo.
Nous avons expliqué pourquoi le mono reste, pour beaucoup d’amateurs, la manière la plus fidèle d’écouter les Beatles jusqu’en 1967, et ce qui distingue les deux mixages, dans notre article sur le mono et la stéréo.
Sgt. Pepper et ses détails
Les premiers pressages britanniques de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, publié le 26 mai 1967, sont recherchés pour leurs détails de fabrication : la pochette ouvrante plastifiée, l’encart cartonné à découper, la pochette intérieure rouge et blanc dessinée par le collectif The Fool, et le sillon de sortie de la face 2, qui contient un bref collage sonore et un sifflement aigu. Nous avons raconté l’histoire de ce sillon dans notre article sur le mystère du run-out groove. Ces exemplaires sont courants, car l’album s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires dès sa sortie ; seuls les premiers états impeccables, complets de leurs accessoires, et en particulier les mono, atteignent des sommes significatives.
Le White Album et ses numéros
Le 22 novembre 1968, les Beatles publient leur double album sans titre, connu sous le nom de White Album. Sa pochette, conçue par l’artiste Richard Hamilton, est entièrement blanche, avec le nom du groupe en relief et, sur les premiers pressages britanniques, un numéro de série imprimé, censé faire de chaque exemplaire une pièce unique, à la manière d’une édition d’art. Les pochettes sont ouvertes par le haut, ce que les collectionneurs appellent des top-loaders. L’album contient quatre portraits photographiques des Beatles et une grande affiche-collage dont le verso reproduit les paroles.
Les numéros les plus bas sont devenus des objets de collection extraordinaires. Les tout premiers exemplaires ont été remis aux Beatles eux-mêmes. Le 5 décembre 2015, chez Julien’s Auctions, l’exemplaire n° 0000001, conservé par Ringo Starr dans un coffre pendant des décennies, est adjugé 790 000 dollars, un record pour un disque commercialisé. Le prix tient évidemment à la provenance : c’est le disque de Ringo, et le premier de toute la série. Les exemplaires à numéros bas, en dessous de 100 ou de 1 000, se négocient des milliers, voire des dizaines de milliers de livres, selon leur état et leur provenance. Les numéros à six ou sept chiffres sont, eux, très courants.
Correctif factuel : un White Album numéroté n’est pas forcément un premier pressage
Un numéro imprimé sur la pochette du White Album n’indique pas à lui seul qu’il s’agit d’un premier pressage de valeur. La numérotation a été appliquée sur des millions d’exemplaires britanniques, et elle a été reprise dans d’autres pays, avec des séries différentes. Ce qui fait la valeur d’un exemplaire, c’est la combinaison de plusieurs éléments : un numéro bas, une pochette ouverte par le haut, la présence des quatre photos et de l’affiche, le mono plutôt que la stéréo, et un état impeccable. Les pressages plus tardifs, les pochettes ouvertes sur le côté et les éditions étrangères numérotées valent beaucoup moins. Le record de 790 000 dollars concerne un exemplaire unique par sa provenance, et ne dit rien de la valeur d’un White Album ordinaire.
Our First Four : le coffret de la reine
En août 1968, pour le lancement de la maison de disques Apple, les Beatles font préparer un coffret de présentation contenant les quatre premiers singles du label : Hey Jude des Beatles, Those Were the Days de Mary Hopkin, Sour Milk Sea de Jackie Lomax et Thingumybob du Black Dyke Mills Band. Intitulé Our First Four, ce coffret est envoyé à quelques destinataires prestigieux, parmi lesquels la reine, la princesse Margaret et le Premier ministre Harold Wilson. Tiré à un nombre très limité d’exemplaires, il est devenu l’une des pièces les plus rares de l’époque Apple.
Let It Be : le coffret avec le livre
Au Royaume-Uni, l’album Let It Be est d’abord publié en mai 1970 dans un coffret contenant le disque et un épais livre de photographies, Get Back, avec les photos d’Ethan Russell et des extraits de conversations des séances. Le coffret, plus cher que l’album seul, s’est vendu en quantités limitées avant que l’album ne soit réédité sans le livre. Les exemplaires complets, avec le livre en bon état et le plateau cartonné d’origine, sont recherchés.
Les acétates de Get Back
Entre 1969 et 1970, l’ingénieur Glyn Johns prépare plusieurs versions de l’album Get Back, qui ne sortira jamais sous cette forme avant d’être remanié par Phil Spector pour devenir Let It Be. Des acétates de ces montages ont circulé, alimentant les premiers bootlegs. Les acétates authentiques, avec provenance établie, sont aujourd’hui des pièces de premier plan.
Abbey Road et Her Majesty
Un détail amuse les collectionneurs d’Abbey Road, publié le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni. La courte chanson Her Majesty, placée à la fin de la face 2 après une vingtaine de secondes de silence, ne figure ni sur l’étiquette ni sur la pochette des premiers pressages. Elle avait été ajoutée au dernier moment à la suite d’une manipulation de bande. Cette absence ne crée pas à elle seule une grande valeur, mais elle permet de reconnaître les premiers tirages.
Les disques de Noël du fan club
De 1963 à 1969, les Beatles enregistrent chaque année pour les membres de leur fan club un disque de Noël, envoyé gratuitement sous forme de disque souple, un flexi. Chansons improvisées, sketches, vœux, collages sonores : ces disques, réservés aux adhérents et jamais vendus dans le commerce, sont devenus des objets de collection, surtout avec leurs pochettes et leurs lettres d’accompagnement. En 1970, après la séparation, le fan club réunit les sept messages sur un album, publié sous le titre From Then to You au Royaume-Uni et The Beatles’ Christmas Album aux États-Unis (Apple SBC 100). Ces albums ont été massivement contrefaits ; un exemplaire authentique doit être vérifié avec soin.
Le reste du monde : les pressages étrangers
Le Japon et le vinyle rouge
Au Japon, les disques des Beatles publiés par Odeon, la marque de Toshiba, ont souvent été pressés sur un vinyle rouge translucide, présenté comme antistatique. Ces pressages des années 1960, avec leurs bandeaux de papier, les obi, et leurs encarts en japonais, sont parmi les plus recherchés au monde, notamment pour leur qualité de fabrication. Les exemplaires complets de leur obi sont nettement plus cotés que les autres.
La France et ses pochettes
La France est un cas particulier pour les collectionneurs. Dans les années 1960, le marché français privilégie les EP, les super 45 tours de quatre titres, plutôt que les singles. Odeon y publie les Beatles avec des pochettes spécifiques, souvent différentes des modèles britanniques, et des combinaisons de titres propres au marché français. Les premiers pressages, avec leurs pochettes cartonnées à languettes, sont très recherchés par les collectionneurs du monde entier, d’autant que beaucoup ont été usés par des générations de jeunes auditeurs. Notre site a consacré plusieurs pages à la discographie française des Beatles et à leurs reprises en français, que nous avons racontées dans notre article sur les Beatles chantés en français.
L’Allemagne, le Canada et les autres
L’Allemagne, berceau de My Bonnie, a aussi publié des disques propres à son marché, dont les deux titres enregistrés en allemand en janvier 1964, Komm, gib mir deine Hand et Sie liebt dich. Le Canada, où Capitol Canada publiait les Beatles dès le début de 1963, avant la maison mère américaine, offre des pressages et des compilations sans équivalent ailleurs. D’innombrables pressages locaux, d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique, d’Europe de l’Est, intéressent les spécialistes, souvent pour leurs pochettes originales. Leur valeur dépend moins de leur rareté absolue que de l’intérêt qu’ils suscitent.
Les disques signés : la valeur de l’autographe
Une dernière catégorie mérite d’être mentionnée, même si elle relève davantage de l’autographe que du disque : les albums signés par les quatre Beatles. Leur valeur tient aux signatures, et non au pressage. Un exemplaire de Sgt. Pepper signé par John, Paul, George et Ringo a été adjugé 290 500 dollars chez Heritage Auctions en 2013. Les signatures des Beatles étant parmi les plus contrefaites au monde, et une partie des autographes des années 1960 ayant été signée par leurs assistants Neil Aspinall et Mal Evans pour répondre à la demande, seule une authentification par un expert reconnu donne de la valeur à ces objets. Nous avons raconté les ventes les plus spectaculaires et les plus étonnantes dans notre dossier sur les objets des Beatles aux enchères.
Comment reconnaître un disque de valeur
Commencer par l’étiquette
L’étiquette est le premier indice. Pour les pressages britanniques de Parlophone, la chronologie est relativement simple : étiquette rouge pour les deux premiers singles de 1962-1963, étiquette noir et or pour les albums jusqu’à l’automne 1963, étiquette jaune et noir pour les albums ensuite, étiquette noire pour les singles à partir de 1963. À partir de l’été 1968, la pomme d’Apple remplace les étiquettes Parlophone sur les nouveaux disques des Beatles, tout en conservant les numéros de catalogue d’EMI. Les mentions de l’étiquette, notamment le crédit d’édition, les mentions de copyright et la typographie, permettent de dater plus finement.
Aux États-Unis, la chronologie de Capitol est différente : étiquette noire à arc-en-ciel au début, puis variantes successives. Pour Vee-Jay, les étiquettes changent plusieurs fois au cours de 1963 et 1964 ; c’est l’un des terrains les plus complexes de toute la collection Beatles.
Lire la cire : les inscriptions de la zone de sortie
Le deuxième indice, plus technique, se trouve dans la zone lisse située entre la fin du sillon et l’étiquette, que les Anglais appellent dead wax ou run-out. On y trouve des inscriptions gravées ou estampées : le numéro de matrice, qui identifie la face et la gravure, un suffixe qui indique la génération de la matrice, et parfois des marques de l’usine ou du graveur. Pour les pressages britanniques d’EMI, les numéros de matrice des premiers tirages se terminent généralement par des suffixes bas, comme -1N ou -2N. Des lettres et des chiffres estampés à l’opposé de l’étiquette permettent aussi de reconnaître la mère et la matrice de pressage utilisées.
Ces inscriptions sont la meilleure défense contre les contrefaçons et contre les erreurs de datation. Un vendeur sérieux les communique sur demande. Un collectionneur averti les vérifie toujours, en les comparant aux tableaux publiés par les spécialistes.
L’état : la règle de Goldmine
La valeur d’un disque dépend autant de son état que de sa rareté. Les collectionneurs utilisent généralement l’échelle Goldmine, du nom d’un magazine américain spécialisé : Mint (M) pour un disque neuf jamais joué, Near Mint (NM) pour un disque presque parfait, Very Good Plus (VG+) pour un disque joué mais en très bon état, Very Good (VG) pour un disque nettement usé, puis Good (G) et Poor (P). L’état du disque et celui de la pochette sont évalués séparément.
L’écart de prix entre les catégories est considérable. Pour les raretés des Beatles, un exemplaire Near Mint peut valoir trois, cinq ou dix fois un exemplaire VG. Un disque scellé, encore dans sa cellophane d’origine, atteint des sommes encore supérieures, à condition que la cellophane soit authentique et non un réemballage récent.
Les accessoires
Les accessoires d’origine font partie de la valeur : pochettes intérieures d’époque, encarts, affiches, photos, livrets, autocollants, obi japonais, scripts des disques promotionnels. Un White Album sans ses photos et son affiche, un Sgt. Pepper sans son encart, un coffret Let It Be sans son livre perdent l’essentiel de leur intérêt pour un collectionneur exigeant.
La provenance
Enfin, la provenance peut tout changer. Un disque ayant appartenu à un musicien, à un employé d’EMI ou d’Apple, à un disc-jockey de l’époque, accompagné de documents, de photos ou de lettres, prend une valeur qui n’a plus grand-chose à voir avec celle du pressage. C’est ce qui explique l’écart entre le White Album de Ringo et tous les autres, ou le prix atteint par l’acétate HMV, que son passage entre les mains d’Epstein et de Les Maguire rendait unique.
Faux, contrefaçons et pirates : les pièges du marché
Les contrefaçons
Les disques des Beatles sont parmi les plus contrefaits de l’histoire. Les cibles favorites sont les pressages américains de Vee-Jay, les disques de Noël du fan club, l’album de Noël de 1970, la butcher cover, les répliques de l’acétate des Quarrymen et certains pressages étrangers rares. Les contrefaçons anciennes, fabriquées dans les années 1960 à 1980, peuvent elles-mêmes avoir pris une valeur de curiosité, mais elles ne valent jamais le prix d’un original.
Les contrefaçons modernes sont parfois très soignées. Elles imitent les étiquettes, les pochettes et même certaines inscriptions de la cire. Les points de contrôle habituels sont le grain du papier des étiquettes, la qualité d’impression, les couleurs, le poids et l’épaisseur du disque, les inscriptions gravées et la cohérence entre l’étiquette, la pochette et la matrice. Dans le doute, l’avis d’un spécialiste reconnu est indispensable avant tout achat important.
Les pirates et les enregistrements non officiels
Il ne faut pas confondre contrefaçons et disques pirates. Les pirates, ou bootlegs, publient des enregistrements qui n’ont jamais été commercialisés officiellement : l’audition Decca, des prises de studio, des concerts, les séances de Get Back. Ils sont nés à la fin des années 1960, et certains pressages pirates des années 1970, avec leurs pochettes artisanales, intéressent à leur tour des collectionneurs spécialisés. Mais ils n’ont pas de valeur officielle, et leur commerce pose des questions juridiques. Une grande partie de leur contenu a d’ailleurs été publiée officiellement depuis, notamment dans les trois volumes de l’Anthology, de 1995 et 1996, et dans les éditions anniversaires des albums.
Les rééditions qui se font passer pour des originaux
Le piège le plus courant n’est pas la contrefaçon, mais la réédition. Les albums des Beatles ont été réédités des dizaines de fois, avec des pochettes souvent très proches des originales. Un Please Please Me des années 1970 ou 1980, un Sgt. Pepper des années 1980, un Abbey Road réédité n’ont pas la valeur d’un premier pressage. Les étiquettes, les mentions légales et les inscriptions de la cire permettent de les distinguer facilement, à condition de les regarder.
Correctif factuel : non, le vieux Beatles du grenier ne vaut pas une fortune
À chaque article de presse sur une vente record, des milliers de particuliers ressortent leurs vieux disques des Beatles en espérant une petite fortune. Il faut le dire clairement : l’immense majorité des disques des Beatles vendus dans les années 1960 et 1970 valent quelques euros à quelques dizaines d’euros. Les Beatles ont vendu des centaines de millions de disques, et ce sont précisément les albums les plus populaires qui ont été pressés en plus grand nombre. Un Abbey Road, un Help!, un Revolver ou un Sgt. Pepper ordinaires, même anciens, sont des disques courants. Seuls les premiers états, les pressages rares, les exemplaires en état exceptionnel et les objets à provenance remarquable atteignent des prix élevés. Avant de rêver, il faut vérifier l’étiquette, la matrice et l’état, et comparer avec des ventes réelles plutôt qu’avec des cotes théoriques.
Acheter et vendre : conseils pratiques
Où chercher
Les raretés des Beatles se trouvent sur plusieurs marchés : les grandes maisons de ventes spécialisées dans la culture populaire, comme Julien’s, Heritage, Bonhams, Christie’s ou Omega Auctions à Warrington ; les plateformes de vente entre particuliers et professionnels, comme Discogs et eBay ; les disquaires spécialisés et les conventions de collectionneurs ; et, plus rarement, les ventes de successions, les vide-greniers et les boutiques caritatives, où des trouvailles restent possibles, comme l’a montré le Please Please Me stéréo découvert en 2024.
Comment vendre
Pour vendre un disque de valeur, la première étape est de l’identifier avec précision : pays, maison de disques, numéro de catalogue, étiquette, inscriptions de la cire, état du disque et de la pochette, accessoires. La deuxième est de comparer avec des ventes réelles récentes, plutôt qu’avec les cotes des guides. La troisième est de choisir le bon canal : une pièce exceptionnelle mérite une maison de ventes spécialisée, qui saura toucher les grands collectionneurs internationaux ; une rareté moyenne trouvera plus facilement preneur sur une plateforme spécialisée.
Comment conserver
Un disque se conserve debout, jamais à plat sous d’autres disques, à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’humidité. Les pochettes intérieures antistatiques protègent la surface ; les pochettes extérieures en plastique protègent les pochettes cartonnées sans les écraser. Les disques anciens ne doivent pas être nettoyés avec des produits agressifs. Et les pièces de grande valeur gagnent à être assurées et photographiées en détail, y compris leurs inscriptions de cire, pour en garder la trace.
Récapitulatif : les disques les plus recherchés des Beatles
Les valeurs indiquées ci-dessous sont des ordres de grandeur tirés de ventes publiques et de cotes publiées. Elles varient fortement selon l’état, la variante et la provenance, et ne constituent pas une estimation.
| Disque | Pays, année | Pourquoi il est rare | Valeur indicative |
|---|---|---|---|
| Quarrymen, That’ll Be the Day / In Spite of All the Danger (acétate) | Royaume-Uni, 1958 | Exemplaire unique, propriété de Paul McCartney | Estimé autour de 200 000 livres, jamais vendu |
| White Album n° 0000001 | Royaume-Uni, 1968 | Premier numéro, exemplaire de Ringo Starr | 790 000 dollars en 2015 |
| Acétate HMV Hello Little Girl / Till There Was You | Royaume-Uni, 1962 | Pièce unique annotée par Brian Epstein | 77 500 livres en 2016 |
| Sgt. Pepper signé par les quatre | Royaume-Uni, 1967 | Autographes authentifiés | 290 500 dollars en 2013 |
| Yesterday and Today, butcher cover premier état | États-Unis, 1966 | Pochette retirée avant la sortie | Des dizaines de milliers à plus de 100 000 dollars selon l’état |
| Répliques de l’acétate des Quarrymen | Royaume-Uni, 1981 | Environ 50 exemplaires offerts par McCartney | Cotées autour de 10 000 livres |
| Please Please Me stéréo, étiquette noir et or | Royaume-Uni, 1963 | Tirage stéréo minuscule avant le changement d’étiquette | Plus de 1 000 livres ; jusqu’à plus de 20 000 livres |
| Can’t Buy Me Love sur vinyle noir et jaune | États-Unis, 1964 | Pressage accidentel sur vinyle de couleur | 27 500 dollars chez Heritage |
| Love Me Do, démo McArtney | Royaume-Uni, 1962 | Environ 250 démos avec une faute d’orthographe | 10 000 à 17 000 dollars |
| Please Please Me mono, étiquette noir et or | Royaume-Uni, 1963 | Premiers tirages avant la Beatlemania | Plusieurs centaines à plusieurs milliers de livres |
| Introducing the Beatles, première version authentique | États-Unis, 1964 | Version retirée, très contrefaite | Plusieurs milliers de dollars, surtout en stéréo |
| Vee-Jay Please Please Me, faute Beattles | États-Unis, 1963 | Premier single américain, faute corrigée | Plusieurs milliers de dollars |
| My Bonnie, Decca, promo | États-Unis, 1962 | Premier disque américain avec les Beatles | Plusieurs milliers de dollars |
| My Bonnie, Polydor | Royaume-Uni, 1962 | Premier disque britannique portant le nom des Beatles | Plusieurs centaines à plusieurs milliers de livres |
| Our First Four | Royaume-Uni, 1968 | Coffret de présentation d’Apple à tirage confidentiel | Très élevée, rare sur le marché |
| The Beatles vs. The Four Seasons, complet | États-Unis, 1964 | Double album opportuniste de Vee-Jay avec affiche | Plusieurs centaines à plusieurs milliers de dollars |
| White Album, numéros bas, mono | Royaume-Uni, 1968 | Numéros à trois chiffres ou moins | Des milliers de livres et plus |
| Yellow Submarine mono | Royaume-Uni, 1969 | Dernier album mono, tirage faible | Plusieurs centaines de livres |
| Disques de Noël du fan club | Royaume-Uni, 1963-1969 | Réservés aux adhérents | De quelques dizaines à plusieurs centaines de livres |
| Pressages japonais en vinyle rouge avec obi | Japon, années 1960 | Vinyle rouge, obi souvent perdus | Plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros |
Correctif factuel : la butcher cover n’est pas le disque le plus rare des Beatles
La pochette du boucher est souvent présentée comme le disque le plus rare des Beatles. Elle en est sans doute le plus célèbre, et l’un des plus chers dans ses meilleurs états, mais pas le plus rare. Des dizaines de milliers d’exemplaires ont été fabriqués avant le retrait, et la plupart ont été recouverts d’une nouvelle photo puis vendus normalement : les exemplaires de deuxième et de troisième état sont relativement courants sur le marché. Ce qui est rare, ce sont les exemplaires de premier état jamais recouverts, et plus encore les stéréo scellés. Les acétates des Quarrymen et de HMV, uniques, la démo de Love Me Do, tirée à environ 250 exemplaires, ou le coffret Our First Four sont infiniment plus rares.
Les dix règles du collectionneur Beatles
1. Identifier avant d’acheter
Pays, maison de disques, numéro de catalogue, étiquette, inscriptions de la cire : un disque des Beatles se juge sur pièces. Un titre et une pochette ne suffisent jamais à identifier un pressage.
2. Se méfier des cotes théoriques
Une cote est une indication, pas un prix. Les ventes réelles récentes, consultables sur les historiques des plateformes et des maisons de ventes, disent bien plus sur la valeur d’un disque.
3. Privilégier l’état
Un pressage courant en état parfait vaut souvent plus qu’un pressage rare en mauvais état. Pour les raretés, l’écart entre un exemplaire Near Mint et un exemplaire usé peut aller du simple au décuple.
4. Vérifier les accessoires
Encarts, photos, affiches, livres, obi, pochettes intérieures d’époque : un disque incomplet perd une grande partie de sa valeur.
5. Exiger les photos de la cire
Un vendeur sérieux fournit des photos nettes des inscriptions de la zone de sortie. Leur absence est un signal d’alerte.
6. Connaître les cibles des faussaires
Vee-Jay, disques de Noël du fan club, album de Noël de 1970, butcher cover, répliques des Quarrymen : ces disques exigent une vigilance particulière.
7. Distinguer original et réédition
Les Beatles ont été réédités des dizaines de fois. Les mentions légales, les étiquettes et les matrices permettent de dater un pressage ; il faut les lire.
8. Documenter la provenance
Pour les pièces de valeur, l’histoire de l’objet compte autant que l’objet lui-même. Factures, lettres, photos, attestations : tout ce qui documente le parcours d’un disque en augmente la valeur et la crédibilité.
9. Conserver correctement
Debout, à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’humidité, dans des pochettes adaptées : un disque bien conservé garde sa valeur, un disque négligé la perd.
10. Collectionner aussi pour la musique
La dernière règle est la plus importante. Les Beatles ont fait des disques pour qu’on les écoute. Un premier pressage mono de Revolver ou de Sgt. Pepper, joué sur une bonne platine, offre une expérience d’écoute que les rééditions numériques ne reproduisent pas toujours. Les collectionneurs les plus heureux sont souvent ceux qui écoutent leurs disques, plutôt que ceux qui les enferment dans un coffre.
Les raretés de demain : les éditions modernes
Le retour du vinyle
Depuis le retour en grâce du vinyle, au début des années 2010, Apple Corps et Universal publient régulièrement des éditions limitées : coffret The Beatles in Mono en 2014, rééditions anniversaires des albums à partir de Sgt. Pepper en 2017, singles de couleur, disques d’images, éditions exclusives pour des enseignes ou pour le Record Store Day, single Now and Then en 2023 décliné en plusieurs couleurs de vinyle. Ces objets sont souvent présentés comme des “collectors”. Ils le deviendront peut-être, mais avec prudence.
Ce qui fera la valeur demain
L’expérience du marché montre que les éditions conçues dès le départ comme limitées prennent rarement autant de valeur que les raretés accidentelles. Elles sont achetées pour être conservées, souvent sous cellophane, et des milliers d’exemplaires parfaits survivent. Les vraies raretés de demain seront plutôt les objets que personne n’a pensé à garder : les disques promotionnels distribués aux professionnels, les tests de pressage, les erreurs de fabrication, les éditions régionales tirées en très petit nombre, les exemplaires de démonstration envoyés aux radios. C’est exactement ce qui s’est passé pour les disques de 1962 et 1963 : personne, alors, ne pensait qu’un 45 tours de démonstration pouvait valoir un jour le prix d’une voiture.
Chronologie des raretés
| Date | Événement |
|---|---|
| 12 juillet 1958 | Les Quarrymen gravent leur acétate chez Percy Phillips, à Liverpool. |
| Juin 1961 | Enregistrement de My Bonnie avec Tony Sheridan à Hambourg. |
| Automne 1961 | Sortie de My Bonnie chez Polydor en Allemagne. |
| 1er janvier 1962 | Audition Decca ; Epstein fera graver des acétates chez HMV. |
| 5 janvier 1962 | My Bonnie sort au Royaume-Uni avec la mention Tony Sheridan & The Beatles. |
| 23 avril 1962 | My Bonnie sort aux États-Unis chez Decca. |
| 5 octobre 1962 | Love Me Do chez Parlophone ; démos avec la faute McArtney. |
| 11 janvier 1963 | Single Please Please Me, étiquette rouge. |
| 25 février 1963 | Vee-Jay publie Please Please Me aux États-Unis ; faute Beattles. |
| 22 mars 1963 | Album Please Please Me en mono, étiquette noir et or. |
| 26 avril 1963 | Album Please Please Me en stéréo. |
| 27 mai 1963 | Vee-Jay publie From Me to You. |
| 16 septembre 1963 | Swan publie She Loves You. |
| Automne 1963 | Parlophone passe à l’étiquette jaune et noir pour les albums. |
| Décembre 1963 | Premier disque de Noël du fan club. |
| Janvier 1964 | Sortie d’Introducing the Beatles chez Vee-Jay. |
| Juin 1966 | Retrait de la butcher cover de Yesterday and Today. |
| Août 1968 | Coffret Our First Four pour le lancement d’Apple. |
| 22 novembre 1968 | White Album, pochettes numérotées. |
| Janvier 1969 | Yellow Submarine, dernier album mono britannique. |
| Mai 1970 | Coffret Let It Be avec le livre Get Back. |
| 1970 | Album de Noël du fan club réunissant les messages de 1963 à 1969. |
| 1981 | Paul McCartney rachète l’acétate des Quarrymen et fait presser des répliques. |
| 20 novembre 1995 | Publication officielle de l’acétate des Quarrymen sur Anthology 1. |
| 2011 | Une démo de Love Me Do dépasse 17 000 dollars sur eBay. |
| 2013 | Un Sgt. Pepper signé par les quatre atteint 290 500 dollars. |
| 5 décembre 2015 | White Album n° 0000001 adjugé 790 000 dollars. |
| 22 mars 2016 | Acétate HMV adjugé 77 500 livres chez Omega Auctions. |
| 2017 | Une démo de Love Me Do vendue près de 15 000 dollars sur Discogs. |
| Mars 2024 | Un Please Please Me stéréo trouvé dans une boutique caritative vendu près de 5 000 euros. |
Questions fréquentes
Quel est le disque le plus rare des Beatles ?
L’acétate des Quarrymen de 1958, That’ll Be the Day / In Spite of All the Danger, existe en un seul exemplaire et appartient à Paul McCartney. L’acétate HMV de 1962, Hello Little Girl / Till There Was You, est lui aussi unique.
Quel est le disque des Beatles le plus cher jamais vendu ?
L’exemplaire n° 0000001 du White Album, ayant appartenu à Ringo Starr, adjugé 790 000 dollars chez Julien’s Auctions le 5 décembre 2015.
Combien vaut un Please Please Me à étiquette noir et or ?
En mono, de plusieurs centaines à plusieurs milliers de livres selon l’état et la variante. En stéréo, plus de 1 000 livres même en état moyen, et jusqu’à plus de 20 000 livres pour un exemplaire exceptionnel.
Comment reconnaître la démo de Love Me Do ?
Elle porte une étiquette de démonstration marquée d’un grand A, le numéro 45-R 4949, et le nom de Paul mal orthographié, McArtney. Environ 250 exemplaires auraient été pressés.
Le premier pressage de Love Me Do a-t-il une étiquette noir et or ?
Non. Les exemplaires du commerce de 1962 portent l’étiquette rouge de Parlophone. L’étiquette noir et or est celle des albums.
Mon Introducing the Beatles stéréo vaut-il une fortune ?
Probablement pas. C’est l’un des disques les plus contrefaits de l’histoire. Seul un examen détaillé de l’étiquette, de la pochette et des inscriptions de la cire, comparé à un guide spécialisé, permet de savoir s’il est authentique.
Qu’est-ce qu’un acétate ?
Un disque de référence gravé en un ou quelques exemplaires, généralement sur une base métallique recouverte de laque, pour écouter un enregistrement avant pressage. Fragiles et peu nombreux, les acétates sont les objets les plus précieux de la discographie des Beatles.
Combien de répliques de l’acétate des Quarrymen existe-t-il ?
Environ cinquante, selon le chiffre le plus souvent cité, la moitié en 78 tours et l’autre en 45 tours, offertes par Paul McCartney à sa famille et à ses amis en 1981. Elles sont cotées autour de 10 000 livres.
Un White Album numéroté a-t-il de la valeur ?
Seulement si le numéro est bas, la pochette ouverte par le haut, les photos et l’affiche présentes, et l’état excellent. Les numéros élevés sont très courants.
La butcher cover est-elle le disque le plus rare des Beatles ?
Non. C’est le plus célèbre, et ses exemplaires de premier état sont très chers, mais des dizaines de milliers d’exemplaires ont été fabriqués. Les acétates et la démo de Love Me Do sont beaucoup plus rares.
Où faire estimer un disque des Beatles ?
Auprès d’un disquaire spécialisé, d’une maison de ventes spécialisée dans la culture populaire, ou en comparant avec les ventes réelles enregistrées sur Popsike et Discogs, en complément des guides comme le Rare Record Price Guide et les ouvrages de Bruce Spizer.
Les éditions limitées actuelles prendront-elles de la valeur ?
C’est incertain. Les éditions conçues comme limitées sont souvent conservées en grand nombre et en parfait état. Les raretés de demain seront plus probablement les disques promotionnels, les tests de pressage et les erreurs de fabrication.
Glossaire
- Acétate : disque de référence gravé en un ou quelques exemplaires pour écouter un enregistrement avant pressage.
- Démo : exemplaire de démonstration envoyé aux radios et à la presse avant la sortie, souvent avec une étiquette spécifique.
- Étiquette noir et or : étiquette des albums Parlophone jusqu’à l’automne 1963.
- Matrice : inscription gravée dans la zone de sortie du sillon, qui identifie la gravure et sa génération.
- Dead wax : zone lisse entre la fin du sillon et l’étiquette, où se trouvent les inscriptions de matrice.
- Premier état : version d’origine d’un disque ou d’une pochette avant toute modification, comme la butcher cover jamais recouverte.
- Top-loader : pochette ouverte par le haut, caractéristique des premiers White Album britanniques.
- Obi : bandeau de papier entourant les pochettes des disques japonais.
- Flexi : disque souple en plastique fin, utilisé notamment pour les disques de Noël du fan club.
- Échelle Goldmine : barème d’état des disques, de Mint à Poor.
- Bootleg : disque pirate publiant des enregistrements non officiels.
Sources et bibliographie
Ouvrages : Record Collector, Rare Record Price Guide (éditions successives) ; Bruce Spizer, The Beatles Records on Vee-Jay et The Beatles’ Story on Capitol Records ; Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions et Tune In ; Ian MacDonald, Revolution in the Head ; Perry Cox, Price Guide for the Beatles’ American Records.
Ventes et presse : Julien’s Auctions (vente du 5 décembre 2015) ; Omega Auctions, BBC, CNN, Uncut et The Vinyl Factory (acétate HMV, mars 2016) ; The Paul McCartney Project ; Beatles Bible (acétate des Quarrymen, acétate HMV) ; Livre Guinness des records ; Ultimate Classic Rock (démo de Love Me Do, 2011) ; Euronews (Please Please Me trouvé en boutique caritative, mars 2024) ; Heritage Auctions ; Record Collector (Can’t Buy Me Love sur vinyle de couleur) ; Discogs et Popsike (historiques de ventes).
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net : la butcher cover, guide complet du collectionneur ; les trois versions de Love Me Do ; l’audition Decca ; le run-out groove de Sgt. Pepper ; les objets des Beatles aux enchères ; Dick Biondi et Vee-Jay ; Dave Dexter Jr. et Capitol.












