Love Me Do : Pete Best, Ringo ou Andy White ? Les trois versions du premier single des Beatles, comment les reconnaître, de 1962 à Now and Then
Trois batteurs, trois séances, deux pressages différents et un numéro un américain obtenu avec le musicien de studio plutôt qu’avec Ringo : le premier single des Beatles est aussi le plus embrouillé de leur discographie. Pete Best le 6 juin 1962, Ringo Starr le 4 septembre, Andy White le 11 septembre… Quelle version figure sur votre disque ? Comment l’entendre en moins de dix secondes ? Et pourquoi la bonne n’a-t-elle été remise en circulation, en stéréo, qu’en 2023, comme face B de Now and Then ? Voici l’histoire complète de Love Me Do, version par version.
L’essentiel en 30 secondes
- Love Me Do est une composition de jeunesse de Paul McCartney, complétée par John Lennon pour le pont, datant d’environ 1958.
- Elle a été enregistrée trois fois chez EMI en 1962 : le 6 juin avec Pete Best, le 4 septembre avec Ringo Starr, le 11 septembre avec le batteur de studio Andy White (Ringo au tambourin).
- Le truc pour les reconnaître : si vous entendez un tambourin, c’est la version Andy White.
- Le single sort le 5 octobre 1962 chez Parlophone (R 4949). Les premiers pressages contiennent la version Ringo, les suivants la version Andy White. Il culmine à la 17e place au Royaume-Uni.
- Aux États-Unis, le single Tollie 9008, sorti le 27 avril 1964, atteint la première place du Billboard Hot 100 le 30 mai 1964, avec la version Andy White.
- La réédition de 1982 grimpe à la 4e place britannique. En 2023, un mixage stéréo de la version Ringo paraît en face B de Now and Then.
On a beaucoup écrit sur Love Me Do. Sur Yellow-Sub, nous nous sommes déjà penchés sur la phrase étonnante de Paul McCartney, qui voit dans ce titre la chanson la plus philosophique des Beatles. Cet article prend un autre chemin, plus concret, celui du collectionneur et de l’historien du studio : que s’est-il réellement passé lors des trois séances de 1962 ? Qui joue quoi, sur quelle bande ? Et comment ces bandes ont-elles circulé, de pressage en réédition, pendant plus de soixante ans ?
La question n’est pas un détail d’archiviste. Elle touche au cœur de l’histoire des Beatles : le renvoi de Pete Best, les doutes de George Martin sur Ringo, la bataille pour imposer une chanson originale plutôt qu’un tube écrit par d’autres. Tout cela tient dans deux minutes et vingt secondes de musique, enregistrées trois fois en trois mois.
Sommaire
Une chanson de 1958, écrite bien avant les Beatles
Paul McCartney, seize ans, et une idée simple
Love Me Do est plus ancienne que le groupe qui l’a rendue célèbre. Elle naît vers 1958, à l’époque où Paul McCartney et John Lennon se retrouvent, souvent en séchant les cours, pour écrire des chansons dans la maison familiale des McCartney, au 20 Forthlin Road, à Liverpool. Les deux adolescents rêvent d’être un tandem d’auteurs à l’américaine, comme Goffin et King ou Leiber et Stoller, et noircissent un cahier de titres qu’ils signent déjà “Lennon-McCartney”.
La paternité de la chanson est assez claire. Paul en a écrit l’essentiel, le couplet et le refrain ; John a apporté le pont, la partie centrale qui change d’accord. Lennon l’a reconnu à plusieurs reprises, notamment dans son entretien avec Playboy en 1980 : pour lui, Love Me Do était “la chanson de Paul”, que celui-ci avait déjà sous le coude à Hambourg. McCartney, de son côté, a parfois parlé d’une œuvre entièrement co-écrite. Les deux versions ne sont pas contradictoires : l’idée de départ est de Paul, la finition est commune.
Trois accords et un harmonica
Musicalement, la chanson tient sur presque rien : deux accords pour le couplet, sol septième et do, et un troisième, ré, qui ouvre le pont. Pas de modulation savante, pas de grille jazz, pas d’accord diminué. Le critique Ian MacDonald, dans son livre de référence Revolution in the Head, l’a comparée à un mur de briques nu planté au milieu d’un salon de banlieue. L’image est cruelle, mais elle dit bien ce qui frappe à l’époque : dans le paysage soigné de la variété britannique de 1962, Love Me Do sonne brut, presque rustique.
Ce qui la rend reconnaissable entre mille, c’est l’harmonica de Lennon, ce motif sec et bluesy qui ouvre le morceau et revient entre les couplets. On le qualifie souvent d’harmonica “de docks”, parce qu’il évoque davantage les quais de Liverpool que les studios londoniens. Nous verrons plus loin d’où il vient, et pourquoi il a changé la manière de chanter la chanson.
Une chanson absente de l’audition Decca
Le 1er janvier 1962, les Beatles passent leur célèbre audition chez Decca, à Londres. Ils y jouent quinze titres, dont trois compositions originales : Like Dreamers Do, Hello Little Girl et Love of the Loved. Love Me Do ne fait pas partie du lot. Decca refuse le groupe, et c’est finalement chez Parlophone, une petite marque du groupe EMI dirigée par George Martin, que Brian Epstein décroche un rendez-vous au printemps 1962. Cette fois, la chanson de Paul sera au programme.
Version 1 : le 6 juin 1962, avec Pete Best
Le premier passage à Abbey Road
Le 6 juin 1962, les Beatles franchissent pour la première fois la porte des studios EMI de St John’s Wood, qu’on n’appelle pas encore Abbey Road. Ils s’installent au Studio Two. À la batterie se trouve Pete Best, membre du groupe depuis l’été 1960 et les premières expéditions à Hambourg. La séance est supervisée par Ron Richards, l’adjoint de George Martin, avec l’ingénieur Norman Smith. On y enregistre quatre titres : Besame Mucho, Love Me Do, P.S. I Love You et Ask Me Why.
Selon la version la plus souvent racontée, c’est pendant Love Me Do que l’équipe technique fait appeler George Martin, alors occupé ailleurs. Quelque chose dans ce morceau a attiré l’attention : l’harmonica, les voix, une énergie que les ingénieurs ne trouvent pas chez les autres groupes qui défilent à l’époque. Martin arrive en cours de séance, écoute, et commence aussitôt à intervenir sur l’arrangement.
Le changement qui a fait trembler la voix de Paul
Sa première intervention est restée célèbre. Dans l’arrangement de scène des Beatles, c’est Lennon qui chante la phrase-titre au refrain. Mais Lennon joue aussi de l’harmonica, et l’instrument doit attaquer exactement au moment où la phrase se termine. Il ne peut pas faire les deux. Martin tranche : c’est Paul qui chantera la phrase, pour libérer John et lui permettre d’enchaîner directement à l’harmonica.
McCartney a souvent raconté ce moment. Il ne s’attendait pas à hériter, à la dernière minute et devant un producteur qu’il voulait impressionner, de la ligne la plus exposée de la chanson, chantée presque à nu. Il a confié qu’il entend encore aujourd’hui le léger tremblement de sa voix sur l’enregistrement. Ce détail, minuscule, est l’une des clés du charme de Love Me Do : une voix qui hésite à peine, juste assez pour qu’on entende la jeunesse et le trac.
Une version longtemps perdue, puis retrouvée
Cette version du 6 juin 1962 n’a jamais été publiée à l’époque. Elle a longtemps été considérée comme perdue. Elle a finalement été éditée en 1995 sur Anthology 1, le premier volet de la grande série d’archives du groupe. On y entend un groupe nerveux, un tempo un peu fluctuant et une batterie qui change de motif au milieu du morceau, avec un passage plus chaloupé, presque latin, au moment du pont. C’est la seule trace studio officielle de Love Me Do avec Pete Best. Le coffret est disponible sur Amazon.
Le verdict sur la batterie
À l’issue de la séance, George Martin fait savoir à Brian Epstein qu’il n’est pas satisfait du jeu de batterie en studio, et qu’il compte faire appel à un musicien de séance pour les enregistrements suivants. Ce n’était pas une démarche exceptionnelle à l’époque : les producteurs britanniques remplaçaient couramment les batteurs de groupe, jugés pas assez réguliers pour le disque. Mais pour les trois autres Beatles, qui envisageaient déjà de se séparer de Pete Best pour d’autres raisons, cette remarque a pesé dans la balance. L’histoire du renvoi de Pete Best est complexe et a été racontée de bien des façons ; ce qui est certain, c’est qu’il est écarté le 16 août 1962, et que Ringo Starr, jusque-là batteur de Rory Storm and the Hurricanes, joue son premier concert officiel avec les Beatles le 18 août, à Port Sunlight.
Version 2 : le 4 septembre 1962, avec Ringo Starr
Une séance sous pression
Moins de trois semaines après son arrivée, Ringo se retrouve au Studio Two. Le 4 septembre 1962, les Beatles prennent l’avion depuis Liverpool pour Londres et passent l’après-midi en répétition, puis la soirée en enregistrement. George Martin n’a pas encore choisi le titre du premier single. Et il a sa propre idée.
Il propose aux Beatles une chanson écrite par Mitch Murray, un auteur professionnel : How Do You Do It?. Le morceau est accrocheur, calibré pour la radio, et Martin le considère comme un tube assuré. Les Beatles l’enregistrent, mais sans enthousiasme. Ils font savoir qu’ils préfèrent sortir une de leurs propres chansons. Martin finira par céder. Il le dira plus tard, en substance : il avait longuement examiné How Do You Do It?, mais avait fini par choisir Love Me Do.
Et How Do You Do It?, alors ?
Le pressentiment de George Martin était juste : How Do You Do It? était bien un tube. Confiée à un autre groupe d’Epstein, Gerry and the Pacemakers, la chanson atteint la première place des ventes britanniques au printemps 1963. Quant à la version des Beatles, enregistrée le 4 septembre 1962, elle est restée inédite jusqu’à sa parution sur Anthology 1 en 1995. Le refus de 1962 n’était donc pas un pari sur la qualité d’une chanson : c’était un choix d’identité. Les Beatles voulaient être jugés sur leurs propres compositions.
Quinze prises et un mixage “sans bas”
Ce soir-là, le groupe enregistre Love Me Do en une quinzaine de prises. Ringo joue sur sa batterie de l’époque, une Premier (nous avons consacré une page détaillée aux batteries de Ringo Starr). Les témoins de la séance évoquent une soirée laborieuse : le groupe a passé la journée à répéter, la fatigue se fait sentir, et Martin n’est pas convaincu par la régularité de l’ensemble.
Pour masquer ce qu’il considère comme des faiblesses rythmiques, le mixage final de la prise retenue est réalisé avec très peu de basses fréquences : la grosse caisse de Ringo est quasiment gommée. C’est l’une des raisons pour lesquelles cette version paraît aujourd’hui un peu creuse au casque, avec une rythmique très en retrait. Elle a pourtant un charme que beaucoup de fans préfèrent : un groove un peu plus souple, un balancement plus “skiffle” que la version suivante.
Ce soir-là, les Beatles tentent aussi une première ébauche de Please Please Me, encore lente et proche de Roy Orbison. Martin la juge pas encore prête. Elle reviendra, transformée et accélérée, en novembre 1962, pour devenir leur deuxième single.
Version 3 : le 11 septembre 1962, avec Andy White
Un batteur de studio réservé d’avance
Une semaine plus tard, le 11 septembre 1962, les Beatles reviennent au Studio Two. Cette fois, une surprise les attend : un batteur de séance, Andy White, est installé derrière les fûts. Écossais, né en 1930, musicien de jazz et de big band très demandé dans les studios londoniens, White avait été réservé par l’équipe de production à la suite des réserves exprimées après la séance de juin. Selon plusieurs récits, la réservation a été faite sans tenir compte du fait que le groupe avait changé de batteur entre-temps.
La séance est dirigée par Ron Richards. Le rôle exact de George Martin ce jour-là fait débat chez les historiens : certains le disent absent au début, d’autres présent pendant toute la séance. Quoi qu’il en soit, la décision est prise : Andy White jouera la batterie. Ringo, lui, se voit tendre un tambourin.
Ringo au tambourin : une blessure qu’il n’a jamais cachée
Pour un musicien qui vient de quitter un groupe établi pour rejoindre les Beatles, l’épisode est humiliant. Ringo a raconté à plusieurs reprises, notamment dans la série The Beatles Anthology, à quel point il avait été dévasté, et combien il en avait longtemps voulu à George Martin. Il pensait être renvoyé à son tour, comme Pete Best l’avait été trois semaines plus tôt. Martin, de son côté, a plus tard exprimé ses regrets, expliquant qu’il ne connaissait pas encore Ringo et que la réservation de White ne visait pas sa personne.
Le même jour, Andy White joue aussi sur P.S. I Love You, la future face B, tandis que Ringo est relégué aux maracas. Une nouvelle version de Please Please Me est également tentée. Andy White poursuivra une longue carrière de batteur de studio et d’orchestre. Il est mort en novembre 2015, et se présentait volontiers comme un simple musicien de séance qui avait fait son travail, un mardi de septembre 1962.
Une version plus raide, plus “propre”
Le résultat est différent de la version du 4 septembre. La batterie d’Andy White est plus régulière, plus métronomique, avec une caisse claire plus présente et une grosse caisse bien audible. Le tambourin de Ringo ajoute une couche de cliquetis aigus qui remplit le spectre. Pour un producteur de 1962, c’est une version plus “professionnelle”. Pour beaucoup d’auditeurs d’aujourd’hui, c’est une version un peu plus rigide, moins dansante, mais plus nette.
Comment reconnaître les trois versions de Love Me Do
La question revient sans cesse chez les collectionneurs, et la réponse tient en un mot : tambourin. Si vous entendez un tambourin, vous écoutez Andy White. Sinon, vous écoutez Ringo ou Pete Best. Pour départager ces deux derniers, il suffit de vérifier la source : la version Pete Best n’existe officiellement que sur Anthology 1.
| Version | Date | Batterie | Signe distinctif | Où l’entendre |
|---|---|---|---|---|
| Audition EMI | 6 juin 1962 | Pete Best | Changement de rythme au pont, tempo plus incertain | Anthology 1 (1995) |
| Single original | 4 septembre 1962 | Ringo Starr | Pas de tambourin, basses très atténuées | Premiers pressages Parlophone (étiquette rouge), Past Masters, Mono Masters, face B de Now and Then (2023) |
| Version album | 11 septembre 1962 | Andy White (Ringo au tambourin) | Tambourin audible, batterie plus régulière | Please Please Me, pressages Parlophone ultérieurs (étiquette noire), single américain Tollie, 1962-1966, 1 |
Correctif : non, Ringo ne joue pas sur le numéro un américain
On lit parfois que le Love Me Do classé numéro un aux États-Unis en 1964 est celui de Ringo. C’est l’inverse : le single américain Tollie utilise la version Andy White, celle du 11 septembre 1962, avec Ringo au tambourin. Ringo n’est donc pas absent du disque, mais il n’y tient pas les baguettes. La version avec Ringo à la batterie est celle des premiers pressages britanniques et des 170 exemplaires vendus au Canada en 1963.
5 octobre 1962 : la sortie du premier single
Parlophone R 4949
Le vendredi 5 octobre 1962, Parlophone publie le premier single des Beatles sous la référence R 4949 : Love Me Do en face A, P.S. I Love You en face B. Les deux titres sont crédités “Lennon-McCartney”. La date figure en bonne place dans l’éphéméride Beatles du 5 octobre et dans la chronologie de l’année 1962.
Les premiers exemplaires, pressés avec l’étiquette rouge de Parlophone, contiennent la version du 4 septembre, avec Ringo à la batterie. Quelques mois plus tard, lorsque la bande de cette version est mise de côté (on dit souvent qu’elle aurait été égarée ou détruite par EMI), les pressages suivants, à l’étiquette noire, utilisent la version du 11 septembre, avec Andy White. Pour les collectionneurs, un exemplaire à étiquette rouge est donc une pièce très recherchée : c’est le Love Me Do “d’origine”, celui que les fans de Liverpool achetaient à l’automne 1962.
Ringo et le premier morceau de plastique
Pour les Beatles, l’émotion est immense. Ringo, dans un entretien de 1976, s’en souvenait comme de leur “premier morceau de plastique”. Avoir un disque, c’était exister. George Harrison a raconté le frisson ressenti en entendant la chanson pour la première fois sur Radio Luxembourg, la station que captaient le soir tous les adolescents britanniques.
Une 17e place britannique… et une rumeur tenace
Un démarrage lent
Love Me Do n’est pas un raz-de-marée. Le single entre dans les classements britanniques quelques jours après sa sortie, progresse lentement pendant l’automne, porté par les fans du Nord-Ouest et par les premières apparitions radio, puis atteint sa meilleure position, la 17e place, à la fin de 1962. Pour un premier disque d’un groupe inconnu à Londres, venu d’une ville que l’industrie considère comme une province lointaine, le résultat est honorable. Il suffit surtout à convaincre George Martin de donner une deuxième chance au groupe : Please Please Me, enregistré le 26 novembre 1962, sera le véritable décollage, en tête de plusieurs classements britanniques au début de 1963.
Brian Epstein a-t-il acheté 10 000 exemplaires ?
C’est l’une des rumeurs les plus persistantes de l’histoire des Beatles. Elle a été relancée en octobre 2012 par le documentaire de la BBC Love Me Do: The Beatles ’62, dans lequel Joe Flannery, un ami d’Epstein, affirme avoir vu 10 000 exemplaires du single stockés dans une réserve du magasin NEMS. Billy Kinsley, des Merseybeats, autre groupe géré par Epstein, raconte de son côté que les musiciens de l’écurie étaient invités à acheter le disque dans les magasins qu’ils croisaient en tournée.
Ces témoignages restent invérifiables : aucun document comptable ni aucune donnée de vente ne les confirme. Ils sont plausibles (Epstein dirigeait l’un des plus grands magasins de disques du Nord de l’Angleterre et avait tout intérêt à soutenir “ses” garçons), mais ils ne suffisent pas à expliquer la 17e place, qui reposait aussi sur un vrai public local. Il faut donc les présenter pour ce qu’ils sont : des souvenirs racontés cinquante ans après les faits.
La face B : P.S. I Love You
Le revers du single, P.S. I Love You, est une ballade de McCartney construite comme une lettre d’amour, avec un rythme légèrement latin. Elle aussi a été enregistrée le 6 juin 1962 avec Pete Best, puis refaite le 11 septembre avec Andy White à la batterie et Ringo aux maracas. Contrairement à Love Me Do, il n’en existe qu’une version officielle sur le single, celle d’Andy White. Les deux faces réunies dessinent déjà les deux pôles du groupe : le blues rugueux à l’harmonica d’un côté, la mélodie sentimentale de l’autre.
L’harmonica de Love Me Do : un instrument volé et un maître texan
Un harmonica chapardé à Arnhem
L’harmonica de John Lennon a une histoire digne d’un roman. Selon le récit le plus souvent rapporté, il l’aurait chapardé dans un magasin de musique d’Arnhem, aux Pays-Bas, en août 1960, lors du trajet en minibus qui conduisait le groupe vers sa première saison à Hambourg.
Delbert McClinton et Hey! Baby
Au printemps 1962, l’harmonica est à la mode dans la pop anglaise. Hey! Baby, du chanteur texan Bruce Channel, grimpe dans les classements britanniques en mars, avec une introduction à l’harmonica signée Delbert McClinton, qui deviendra plus tard une figure du blues-rock américain. En juillet, I Remember You de Frank Ifield, autre titre à l’harmonica, atteint la première place. Le 21 juin 1962, les Beatles jouent en première partie de Bruce Channel au Tower Ballroom de New Brighton, près de Liverpool. Lennon, impressionné par McClinton, va le trouver en coulisses pour lui demander des conseils.
On a parfois dit que Lennon avait “appris l’harmonica” avec McClinton. C’est exagéré : il en jouait déjà, et l’harmonica était présent dans l’arrangement de Love Me Do dès la séance du 6 juin, deux semaines avant le concert de New Brighton. Mais la rencontre a sans doute nourri son jeu, et elle montre à quel point les Beatles étaient à l’affût de tout ce qui venait d’Amérique. L’harmonica deviendra une signature des débuts du groupe, de Please Please Me à From Me to You.
Love Me Do sur scène, à la radio et à l’écran
Huit fois à la BBC
Avant même que le groupe devienne une institution, la BBC lui ouvre ses micros. Entre octobre 1962 et octobre 1963, les Beatles enregistrent Love Me Do à huit reprises pour différentes émissions de radio, toutes avec Ringo à la batterie. L’une de ces versions, enregistrée le 10 juillet 1963 et diffusée le 23 juillet dans l’émission Pop Go the Beatles, a été publiée en 1994 sur Live at the BBC. Ces versions radio sont précieuses : elles montrent le morceau tel que le jouait réellement le groupe, sans musicien extérieur.
Southport et The Mersey Sound
Les images les plus connues de Love Me Do proviennent du documentaire de la BBC The Mersey Sound, consacré à l’explosion musicale de Liverpool. Les Beatles y sont filmés en août 1963 sur la scène du Little Theatre de Southport, une ville balnéaire proche de Liverpool. Ces images ont été choisies pour accompagner la chanson dans la compilation vidéo 1. Petite revanche de l’histoire : sur ces images, c’est bien Ringo qui tient les baguettes. Pour situer cette scène dans son contexte, on lira notre dossier sur le Merseybeat.
L’Amérique : un parcours à rebours, du Canada au numéro un
170 exemplaires au Canada
Pendant que le groupe conquiert l’Angleterre en 1963, l’Amérique du Nord reste sourde. Capitol Records, la filiale américaine d’EMI, refuse à plusieurs reprises de publier les Beatles. Pour Love Me Do, c’est la branche canadienne de Capitol qui tente sa chance : le 4 février 1963, elle sort le single au Canada, dans la version de Ringo. Le résultat est dérisoire. Paul White, le responsable canadien qui avait défendu le disque, résumera plus tard avec humour ses efforts : le single s’était vendu à 170 exemplaires.
Vee-Jay et Tollie
Aux États-Unis, ce sont des labels indépendants qui récupèrent les premiers enregistrements. Vee-Jay, une maison de Chicago spécialisée dans le rhythm and blues et la soul, publie en janvier 1964 l’album Introducing… The Beatles, qui reprend l’essentiel de Please Please Me, dont Love Me Do dans la version Andy White. Puis, le 27 avril 1964, sa filiale Tollie publie le single Love Me Do / P.S. I Love You, sous la référence Tollie 9008.
Le numéro un du 30 mai 1964
Le contexte a radicalement changé. En février 1964, les Beatles sont passés au Ed Sullivan Show et la Beatlemania submerge les États-Unis. Tout ce qui porte leur nom s’arrache, y compris un single britannique de 1962. Sur le Billboard Hot 100, des exemplaires importés du Canada et le single Tollie se cumulent. Le 30 mai 1964, Love Me Do atteint la première place du Billboard Hot 100. Il y reste une semaine, avant d’être détrôné par Chapel of Love des Dixie Cups. Il est aussi numéro un dans le classement concurrent de Cash Box.
Le premier single des Beatles devient ainsi l’un de leurs numéros un américains de 1964, une année où ils trustent littéralement le sommet des ventes. Love Me Do est aussi numéro un en Australie, le 14 février 1964, et en Nouvelle-Zélande, le 4 juin 1964. Au total, la chanson a été certifiée disque d’or au Royaume-Uni et disque de platine aux États-Unis. Pour revivre cette année folle, voir notre chronologie de 1964.
Soixante ans de rééditions : quelle version sur quel disque ?
L’album Please Please Me (1963)
Lorsque le premier album des Beatles, Please Please Me, sort le 22 mars 1963, Love Me Do y figure dans la version du 11 septembre, celle d’Andy White. C’est cette version qui va s’imposer pendant des décennies comme la version “de référence”, simplement parce qu’elle est sur l’album le plus vendu et le plus réédité. Le CD est disponible sur Amazon, tout comme la réédition vinyle.
Les compilations : 1962-1966 et 1
La compilation 1962-1966, le fameux “album rouge” de 1973, et la compilation 1, sortie en 2000 et réunissant les numéros un du groupe au Royaume-Uni et aux États-Unis, utilisent elles aussi la version Andy White. Logique pour 1 : c’est bien cette version qui a été numéro un aux États-Unis, ce qui justifie la présence de Love Me Do dans le disque alors qu’elle n’avait jamais dépassé la 17e place au Royaume-Uni à sa sortie. On trouve 1 sur Amazon.
La version Ringo retrouvée : Rarities et Past Masters
Pendant longtemps, la version du 4 septembre, celle des tout premiers pressages, est devenue quasi introuvable. Elle refait surface en 1980 sur la compilation américaine Rarities, puis surtout en 1988 sur Past Masters, la compilation CD qui rassemble les titres parus hors albums. Comme la bande originale de cette version n’était plus disponible, elle a été reprise à partir d’un disque. C’est la version que l’on trouve aujourd’hui dans Past Masters et dans le coffret Mono Masters. Past Masters est disponible sur Amazon.
1982 : le vingtième anniversaire et la 4e place
En octobre 1982, pour les vingt ans du single, EMI réédite Love Me Do au Royaume-Uni. Le succès est inattendu : le disque grimpe jusqu’à la 4e place des ventes britanniques, bien au-dessus de sa position de 1962. Vingt ans après, le public répare en quelque sorte l’accueil timide de la première sortie. Deux ans après la mort de John Lennon, cette réédition prend aussi une dimension mémorielle.
1992 et 2012 : les deux versions réunies, puis une erreur de pressage
Pour les trente ans, en 1992, un CD single réunit les deux versions, Ringo et Andy White, mettant fin à la confusion pour ceux qui l’achètent. En octobre 2012, pour le cinquantième anniversaire, EMI publie un fac-similé du 45 tours d’origine. Mais une erreur se glisse dans la fabrication : le disque, censé reproduire le pressage de 1962, contient la version Andy White. Il est rappelé, et une version corrigée, avec Ringo, est remise en vente le 22 octobre 2012. Les exemplaires fautifs sont devenus à leur tour des curiosités pour collectionneurs.
2013 : Love Me Do entre dans le domaine public en Europe
Le 1er janvier 2013, cinquante ans après sa première publication, l’enregistrement de Love Me Do tombe dans le domaine public en Europe, selon les règles alors en vigueur pour les enregistrements sonores. Concrètement, cela signifie que des labels indépendants peuvent légalement rééditer la bande de 1962, sans autorisation d’EMI. La composition elle-même, en revanche, reste protégée par le droit d’auteur, qui court jusqu’à soixante-dix ans après la mort de ses auteurs. L’Union européenne avait pourtant adopté en 2011 une directive portant à soixante-dix ans la protection des enregistrements, mais elle ne s’appliquait qu’à ceux qui étaient encore protégés au 1er novembre 2013 : publiée en 1962, Love Me Do est arrivée trop tôt pour en bénéficier.
2023 : un mixage stéréo, en face B de Now and Then
Le dernier chapitre est le plus inattendu. Le 2 novembre 2023, les Beatles publient Now and Then, “la dernière chanson des Beatles”, achevée par Paul et Ringo à partir d’une maquette de John. En face B, le groupe choisit… Love Me Do, dans un nouveau mixage stéréo réalisé par Giles Martin à partir de la version de Ringo. Le premier et le dernier single des Beatles sont ainsi réunis sur un même disque. Le mixage figure aussi dans la réédition augmentée de 1962-1966, parue le 10 novembre 2023 et disponible sur Amazon. On trouve également le single Now and Then / Love Me Do en vinyle.
Ce choix est une forme de réparation symbolique. Soixante et un ans après la séance du 11 septembre 1962, c’est la version de Ringo, longtemps reléguée au second plan, qui accompagne l’ultime chanson du groupe, avec un son plus ample que jamais.
Guide d’écoute : les trois versions côte à côte
La meilleure façon de comprendre l’histoire de Love Me Do est d’écouter les trois versions à la suite, au casque si possible. Voici quelques repères pour guider l’oreille, sans avoir besoin d’être musicien.
L’introduction
Dans les trois versions, la chanson s’ouvre sur l’harmonica de Lennon, soutenu par les guitares acoustiques de John et George et par la basse de Paul. Mais l’attaque n’a pas la même assise. Sur la version Pete Best, la batterie entre de façon un peu flottante, et l’ensemble semble encore chercher son tempo. Sur la version Ringo, l’introduction est plus souple, presque balancée, mais la rythmique reste très en arrière dans le mixage. Sur la version Andy White, la caisse claire claque dès les premières mesures et le tambourin s’installe immédiatement : c’est la version qui “sonne” le plus comme un disque de studio professionnel de l’époque.
Le refrain et la phrase de Paul
Au refrain, tendez l’oreille au moment où les deux voix s’arrêtent pour laisser Paul seul sur la phrase-titre, juste avant que l’harmonica ne reprenne. C’est le changement décidé par George Martin le 6 juin. Sur la version Pete Best, on sent encore une petite incertitude dans l’enchaînement, comme si l’arrangement venait d’être modifié, ce qui est exactement le cas. Sur les versions de septembre, le passage est mieux huilé, mais la voix de Paul garde ce léger tremblement qu’il a lui-même reconnu.
Le pont
Le pont, écrit par Lennon, est le meilleur endroit pour distinguer Pete Best des deux autres. Sur la version de juin, le batteur change de motif et passe à un rythme plus sautillant, d’inspiration latine, avant de revenir au rythme de base. Ringo et Andy White, eux, gardent un rythme continu. Sur la version Ringo, on entend aussi davantage les guitares acoustiques, parce que la batterie est moins présente ; sur la version White, le tambourin remplit les aigus et donne une impression de densité.
Le solo d’harmonica et la fin
Le solo d’harmonica de Lennon est quasi identique dans les deux versions de septembre, preuve que la partie était déjà fixée. Sur le single, la fin se fait en fondu : la chanson ne se conclut pas, elle s’éloigne. Ce choix, courant à l’époque, donne au morceau son caractère obstiné, comme une demande répétée qui ne reçoit pas de réponse.
Laquelle préférer ?
Il n’y a pas de bonne réponse. Les puristes défendent souvent la version Ringo, parce qu’elle est celle du groupe au complet et celle du tout premier disque, et parce que le mixage stéréo de 2023 lui a enfin rendu de l’ampleur. D’autres préfèrent la netteté de la version Andy White, la plus diffusée et celle qui a conquis l’Amérique. La version Pete Best, enfin, reste un document irremplaçable : la seule trace en studio des Beatles d’avant Ringo, quelques semaines avant que tout bascule.
Love Me Do après les années Beatles
Les sessions Get Back (1969)
Les Beatles eux-mêmes sont revenus sur leur premier single. Pendant les sessions de janvier 1969 qui donneront Let It Be et, bien plus tard, le documentaire Get Back, le groupe joue une version lente, bluesy, sans l’harmonica de Lennon. C’est une parenthèse amusée plus qu’une véritable relecture, mais elle montre que la chanson faisait toujours partie de leur mémoire commune.
McCartney, Bowie et les autres
Paul McCartney a réintégré la chanson à son répertoire lors de sa tournée mondiale de 1989-1990, sous la forme d’un medley baptisé P.S. Love Me Do, qui réunit les deux faces du single. Cette version est sortie en bonus sur le single Birthday. David Bowie, lui, l’a glissée dans un medley avec The Jean Genie lors du célèbre concert d’adieu de Ziggy Stardust à l’Hammersmith Odeon, le 3 juillet 1973, avec Jeff Beck à la guitare.
Sa place dans l’œuvre
Personne ne prétend que Love Me Do est la meilleure chanson des Beatles. Le magazine Rolling Stone la classait à la 87e place de sa liste des 100 meilleures chansons du groupe. Mais sa valeur historique est sans équivalent. Elle est le point d’entrée de tout le reste : le premier crédit Lennon-McCartney sur un disque, le premier travail avec George Martin, la première trace de Ringo dans un studio EMI, et la première bataille gagnée par le groupe pour imposer ses propres chansons. C’est ce que McCartney semble dire quand il en fait, avec malice, la plus philosophique de leurs chansons. Pour découvrir ce que les Beatles ont accompli ensuite, on pourra poursuivre avec She Loves You, le premier grand triomphe de 1963.
Chronologie de Love Me Do
| Date | Événement |
|---|---|
| Vers 1958 | Paul McCartney écrit la chanson, John Lennon ajoute le pont |
| Août 1960 | Lennon se procure à Arnhem l’harmonica des débuts, en route vers Hambourg |
| 1er janvier 1962 | Audition Decca, sans Love Me Do |
| 6 juin 1962 | Premier passage chez EMI, version avec Pete Best |
| 21 juin 1962 | Rencontre avec Delbert McClinton au Tower Ballroom de New Brighton |
| 16 août 1962 | Pete Best est écarté du groupe |
| 18 août 1962 | Premier concert officiel de Ringo Starr avec les Beatles |
| 4 septembre 1962 | Version avec Ringo ; enregistrement de How Do You Do It? |
| 11 septembre 1962 | Version avec Andy White, Ringo au tambourin ; P.S. I Love You |
| 5 octobre 1962 | Sortie du single Parlophone R 4949 |
| Fin 1962 | 17e place au Royaume-Uni |
| 4 février 1963 | Sortie au Canada (Capitol), 170 exemplaires vendus |
| 22 mars 1963 | Album Please Please Me, avec la version Andy White |
| 14 février 1964 | Numéro un en Australie |
| 27 avril 1964 | Single américain Tollie 9008 |
| 30 mai 1964 | Numéro un du Billboard Hot 100, pour une semaine |
| Octobre 1982 | Réédition des vingt ans, 4e place au Royaume-Uni |
| 1988 | Past Masters remet en circulation la version Ringo |
| 1995 | Anthology 1 publie la version Pete Best |
| 22 octobre 2012 | Fac-similé corrigé des cinquante ans |
| 1er janvier 2013 | L’enregistrement entre dans le domaine public en Europe |
| 2 novembre 2023 | Mixage stéréo de la version Ringo en face B de Now and Then |
FAQ : Love Me Do, le premier single des Beatles
Qui a écrit Love Me Do ?
La chanson est créditée Lennon-McCartney. Paul McCartney en a écrit l’essentiel vers 1958, et John Lennon a composé le pont. Lennon la considérait comme “la chanson de Paul”.
Combien de versions studio de Love Me Do existe-t-il ?
Trois : celle du 6 juin 1962 avec Pete Best (publiée sur Anthology 1), celle du 4 septembre 1962 avec Ringo Starr (premiers pressages du single, Past Masters) et celle du 11 septembre 1962 avec Andy White (album Please Please Me, single américain).
Comment savoir si c’est Ringo ou Andy White à la batterie ?
Écoutez le tambourin. Sur la version Andy White, Ringo joue du tambourin, qu’on entend nettement. La version Ringo n’a pas de tambourin et sa grosse caisse est très discrète.
Pourquoi Ringo ne joue-t-il pas de batterie sur une des versions ?
Après la séance de juin avec Pete Best, la production d’EMI avait prévu de faire appel à un batteur de séance. Andy White a été réservé pour la séance du 11 septembre, et Ringo, qui venait d’arriver dans le groupe, a été relégué au tambourin.
Quand Love Me Do est-il sorti ?
Le 5 octobre 1962 au Royaume-Uni, chez Parlophone (référence R 4949), avec P.S. I Love You en face B. Aux États-Unis, le single Tollie 9008 est sorti le 27 avril 1964.
Love Me Do a-t-il été numéro un ?
Pas au Royaume-Uni, où il a atteint la 17e place en 1962, puis la 4e lors de sa réédition en 1982. En revanche, il a été numéro un du Billboard Hot 100 aux États-Unis le 30 mai 1964, ainsi qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Quelle version a été numéro un aux États-Unis ?
La version Andy White, enregistrée le 11 septembre 1962, avec Ringo au tambourin.
Brian Epstein a-t-il acheté des milliers de disques pour faire entrer Love Me Do dans les classements ?
Un ami d’Epstein l’a affirmé dans un documentaire de la BBC en 2012, en parlant de 10 000 exemplaires. Aucune preuve documentaire ne vient confirmer ce témoignage, qui reste invérifiable.
Qui joue de l’harmonica sur Love Me Do ?
John Lennon. C’est pour lui permettre d’attaquer l’harmonica que George Martin a demandé à Paul McCartney de chanter seul la phrase-titre du refrain.
Pourquoi Love Me Do est-il en face B de Now and Then ?
En 2023, les Beatles ont choisi de réunir sur un même disque leur premier single et leur dernière chanson. Love Me Do y figure dans un nouveau mixage stéréo de la version Ringo, réalisé par Giles Martin.
Où écouter la version de Pete Best ?
Sur Anthology 1, publié en 1995, qui contient l’enregistrement de l’audition EMI du 6 juin 1962.
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Pour aller plus loin, la référence absolue sur cette période reste le premier volume de la biographie de Mark Lewisohn, Tune In, ainsi que les souvenirs de George Martin, All You Need Is Ears, et l’analyse chanson par chanson d’Ian MacDonald, Revolution in the Head.
Sources
- Wikipedia (en anglais), article “Love Me Do” (séances, pressages, classements, certifications, versions).
- The Beatles Bible, fiches “Love Me Do” et “US single: Love Me Do” (27 avril 1964).
- uDiscover Music, “Love Me Do: The Beatles’ Long Climb To The Top”.
- Gigwise (5 octobre 2012), sur les témoignages de Joe Flannery et Billy Kinsley dans le documentaire BBC Love Me Do: The Beatles ’62.
- Ian MacDonald, Revolution in the Head.
- Mark Lewisohn, The Beatles: All These Years, Volume One: Tune In.
- John Lennon, entretien avec David Sheff pour Playboy (1980).












