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Mort de Phil McDonald : l’ingénieur du son d’Abbey Road, de Yesterday à Imagine, a enregistré les Beatles ensemble puis chacun des quatre

Par Clive Helday
Mort de Phil McDonald, l'ingénieur du son des Beatles

Il n’a jamais chanté une note sur un disque des Beatles, et pourtant on l’entend partout. Dans la guitare de Here Comes the Sun, dans le piano de Maybe I’m Amazed, dans la voix nue de John Lennon sur Mother, dans le mur de son de My Sweet Lord, dans la démo d’Imagine enregistrée un dimanche de mai 1971 à Tittenhurst Park. Phil McDonald, entré aux studios EMI d’Abbey Road à dix-huit ans pour ranger des bandes magnétiques, est mort. Les studios ont annoncé sa disparition le 27 octobre 2026, sans en préciser la cause. Il fait partie des très rares techniciens qui ont travaillé avec les Beatles ensemble, puis avec chacun des quatre séparément, au moment précis où leur histoire commune se défaisait. Lennon et Harrison l’ont choisi, McCartney lui a confié son premier album solo, Ringo l’a retrouvé à Friar Park. Voici l’histoire d’un artisan de l’ombre, de son premier jour dans la bibliothèque des bandes jusqu’aux Traveling Wilburys, telle que la racontent les cahiers de séances, les crédits des disques et ceux qui ont travaillé à ses côtés.

En bref

  • L’annonce : les studios Abbey Road ont annoncé fin octobre 2026 la mort de Phil McDonald, ingénieur du son entré chez EMI en 1964. Aucune cause n’a été communiquée. Il laisse son épouse, Sandra.
  • Les débuts : bibliothèque des bandes, salles de gravure, puis assistant opérateur (tape op). Ses premiers travaux documentés pour les Beatles datent d’avril et de juin 1965, autour de Help! et de Yesterday.
  • Les Beatles : il fait tourner les magnétophones sur une part considérable de l’œuvre du groupe, dont presque tout Revolver, puis devient ingénieur principal en 1969 et enregistre une large part d’Abbey Road, souvent seul aux commandes. Le disque lui vaut, avec Geoff Emerick, le Grammy de la meilleure prise de son.
  • Les solos : McCartney (1970), All Things Must Pass, John Lennon/Plastic Ono Band, Imagine, Living in the Material World, Somewhere in England, puis Traveling Wilburys Vol. 1 en 1988.
  • La méthode : capter au plus près le son réel entendu dans le studio, sans le maquiller. Une philosophie de balance engineer à l’ancienne, formée par Geoff Emerick et Ken Scott.

Abbey Road annonce la mort de Phil McDonald

La nouvelle est tombée sans fracas, à l’image de l’homme. Dans un message publié sur leur site et leurs réseaux sociaux, les studios Abbey Road ont fait part de leur tristesse en annonçant la disparition de celui qu’ils appellent simplement le merveilleux Phil McDonald. Le texte est court, affectueux, précis. Il rappelle un parcours que bien peu d’amateurs des Beatles connaissent en détail, alors que son nom figure au dos ou à l’intérieur de certains des disques les plus vendus de l’histoire.

L’hommage des studios

Les studios décrivent un ingénieur d’une grande habileté, à qui l’on faisait profondément confiance et que tout le monde aimait. Ils rappellent qu’il est entré dans la maison en 1964, à dix-huit ans, et qu’il a gravi un à un les échelons de l’ancienne école EMI : la bibliothèque des bandes, les salles de gravure, le poste d’assistant opérateur, puis celui d’ingénieur de prise de son, que l’on appelait alors balance engineer. Ils soulignent qu’il fut l’un des rares techniciens crédités sur Abbey Road, l’album auquel les studios doivent leur nom actuel.

Le message cite une phrase que McDonald avait confiée en 1974 au mensuel britannique Beat Instrumental, la revue des musiciens de l’époque. Traduite, elle dit à peu près ceci : c’est en faisant pour la première fois le tour des studios qu’il avait compris que l’enregistrement serait son métier. Tout est dans cette phrase. Le jeune homme qui pousse la porte du 3 Abbey Road au milieu des années 1960 ne rêve pas d’être une vedette. Il découvre un monde de magnétophones, de câbles, de consoles et de cabines, et il décide d’y passer sa vie.

Les studios évoquent enfin un souvenir récent, qui donne à l’annonce sa tonalité si particulière. L’an dernier, en 2025, Phil McDonald était revenu faire le tour de ce qu’ils appellent son ancienne maison. Un moment que toute l’équipe a chéri, écrivent-ils, et qu’elle chérit plus encore aujourd’hui. Ils saluent son formidable sens de l’humour, son calme tranquille et sa passion évidente pour l’enregistrement et la musique. Il laisse son épouse, Sandra, ses anciens collègues et ses amis.

Ce que l’on sait, et ce que l’on ignore

À l’heure où nous écrivons, plusieurs éléments restent inconnus. Les studios n’ont pas indiqué la date exacte du décès, ni le lieu, ni la cause. La revue professionnelle américaine Mix, qui a relayé l’annonce dès le 27 octobre 2026, précise seulement qu’aucune cause n’a été donnée. Le magazine indique une naissance en 1946, ce qui lui donnerait environ quatre-vingts ans. D’après les informations publiques disponibles, McDonald partageait sa vie entre New York et Fort Lauderdale, en Floride, avec son épouse Sandra, ancienne mannequin devenue cadre dans la maison de prêt-à-porter Jones of New York.

Nous mettrons cet article à jour si la famille ou les studios communiquent d’autres précisions. En attendant, ce que l’on sait de sa carrière est en revanche abondamment documenté, grâce à l’un des fonds d’archives les plus scrutés au monde : les feuilles de séances des studios EMI, dépouillées dans les années 1980 par Mark Lewisohn pour son ouvrage de référence, et les crédits des albums solo des quatre Beatles.

Pourquoi ce nom vous dit peut-être quelque chose

Si vous avez déjà lu attentivement les livrets des rééditions des Beatles, ou les crédits d’un album solo de George Harrison, vous avez croisé ce nom, parfois orthographié Philip, Phillip ou MacDonald. Il apparaît en 1970 dans le palmarès des Grammy Awards, à côté de celui de Geoff Emerick. Il apparaît sur la pochette intérieure d’All Things Must Pass, sur celle de John Lennon/Plastic Ono Band, sur Imagine, sur Living in the Material World, sur Traveling Wilburys Vol. 1. Il apparaît dans l’énorme littérature consacrée à la fabrication d’Abbey Road, presque toujours en second, juste après celui d’Emerick, comme une sorte de double discret.

C’est précisément ce second rang qui rend son parcours si intéressant. Phil McDonald n’a pas inventé de technique révolutionnaire comme Ken Townsend avec le doublage automatique des voix. Il n’a pas écrit de mémoires à succès comme Geoff Emerick. Il n’est pas devenu producteur vedette comme Alan Parsons ou Chris Thomas. Il a fait autre chose, de plus rare : il a été l’homme à qui l’on confiait la console quand il fallait que le travail soit fait, bien fait, sans drame. Et c’est pour cette raison que, en 1970, au moment où les quatre Beatles cherchent chacun leur propre son, trois d’entre eux se tournent vers lui.

De la bibliothèque des bandes à la salle de gravure : un apprentissage à l’ancienne

Pour comprendre Phil McDonald, il faut d’abord comprendre l’institution qui l’a formé. Les studios EMI d’Abbey Road, au milieu des années 1960, ne ressemblent à aucun studio indépendant d’aujourd’hui. Ce sont des locaux d’entreprise, gérés comme un service technique, avec une hiérarchie stricte, des règles écrites et des carrières qui commencent tout en bas.

Un garçon de dix-huit ans au 3 Abbey Road

En 1964, quand Phil McDonald y entre, les Beatles ont déjà enregistré dans le Studio Two leurs deux premiers albums et une série de singles numéros un. La Beatlemania bat son plein. Les adolescentes campent devant les grilles du bâtiment de St John’s Wood, dans le nord-ouest de Londres. Mais à l’intérieur, la vie continue selon des habitudes héritées des années 1930 : on enregistre de la musique classique, des orchestres de variétés, des comédiens, des chanteurs de charme, et la pop n’est qu’une activité parmi d’autres.

Le jeune McDonald n’est pas recruté pour travailler avec les Beatles. Il est recruté pour faire tourner la maison. Son premier poste, selon les studios, est à la bibliothèque des bandes, cette réserve où l’on classe, étiquette, retrouve et prête les bobines de toutes les séances. C’est un poste ingrat et formateur à la fois. On y apprend à manipuler les bandes, à lire les étiquettes, à reconnaître les formats, à comprendre comment s’organise la mémoire sonore d’une grande maison de disques.

La filière EMI : graver, écouter, recommencer

Après la bibliothèque viennent les salles de gravure, où l’on transfère les bandes maîtresses sur les laques qui serviront à presser les disques. Là encore, l’apprentissage est d’abord technique. Le graveur doit connaître les limites physiques du vinyle, la façon dont les graves trop puissants font sauter le diamant, dont les aigus saturent, dont la durée d’une face impose un niveau. Un ingénieur qui est passé par la gravure sait, pour le reste de sa vie, ce qui passera ou ne passera pas sur un disque.

Vient ensuite le poste d’assistant opérateur, le tape operator, que les feuilles de séances d’EMI désignent officiellement comme second engineer. C’est là que se joue la vraie formation. L’assistant fait tourner les magnétophones, place les repères, note les numéros de prises, effectue les insertions en enregistrement sur un passage précis, prépare les copies et les réductions de pistes. Il est aussi, selon l’expression consacrée, le garçon qui fait le thé. Il est assis à côté de l’ingénieur principal pendant des centaines d’heures, il entend tout, il voit tout, et il apprend par imitation.

Le dernier échelon est celui de balance engineer, l’ingénieur de prise de son, responsable des micros, des niveaux, de l’équilibre et du son final. Chez EMI, on n’y accède qu’après des années, et seulement si la direction technique vous juge prêt. Phil McDonald y parviendra en 1969, cinq ans après son arrivée.

Une génération entrée à seize ans

John Kurlander, autre ingénieur d’Abbey Road qui travaillera aux côtés de McDonald sur Abbey Road en 1969, a raconté plus tard avoir découvert que tous les ingénieurs de la maison, de Geoff Emerick à Phil McDonald en passant par Ken Scott, avaient commencé très jeunes, comme lui. Emerick était entré à quinze ans en 1962 et avait assisté, dès son deuxième jour, à une séance des Beatles. Ken Scott, Alan Parsons, John Leckie, Richard Lush, Kurlander lui-même : tous appartiennent à cette génération d’adolescents londoniens qui ont appris le métier sur le tas, au contact du groupe le plus inventif de son temps.

Cette jeunesse explique beaucoup de choses. Elle explique l’audace de certains choix techniques, dont les Beatles ont profité. Elle explique aussi la solidarité de ces jeunes gens entre eux, qui se retrouveront pendant des décennies sur les mêmes projets. Et elle explique pourquoi, en 1970, lorsque les Beatles se séparent, ces techniciens de vingt-quatre ou vingt-cinq ans sont déjà des vétérans, avec plus d’expérience en studio que la plupart des producteurs du monde.

1965 : la première fois avec les Beatles, de Help! à Yesterday

Le nom de Phil McDonald apparaît pour la première fois dans l’histoire des Beatles au printemps 1965, au moment où le groupe termine les chansons du film Help! et du disque qui l’accompagne. Les sources ne sont pas tout à fait d’accord sur la date exacte de ce premier contact, et ce désaccord mérite qu’on s’y arrête.

18 avril 1965 : des mixages mono pour un film

Selon The Beatles Recording Sessions de Mark Lewisohn, cité par Mix, le premier travail documenté de McDonald pour le groupe a lieu le 18 avril 1965. Ce jour-là, il assiste le producteur George Martin et l’ingénieur Norman Smith pour une séance de mixage en mono de Help!, destinée à la bande-son du film de Richard Lester. Les Beatles eux-mêmes ne sont probablement pas présents : il s’agit d’un travail technique, de ceux que l’on confie aux équipes de la maison. Le jeune assistant fait tourner les machines pendant que les deux hommes qui ont façonné le son des premiers disques du groupe règlent les niveaux.

14 juin 1965 : Yesterday, I’ve Just Seen a Face et I’m Down

Le vrai baptême du feu a lieu deux mois plus tard. Le lundi 14 juin 1965, Paul McCartney arrive au Studio Two avec trois chansons qui n’ont rien en commun. L’après-midi, il enregistre I’ve Just Seen a Face, une ballade folk au tempo de galop. Puis vient I’m Down, un rock hurlé à la Little Richard. Et le soir, seul avec sa guitare acoustique, il enregistre Yesterday. Trois registres opposés en une seule journée, et pour l’assistant de dix-neuf ans assis à côté de Norman Smith, une démonstration vertigineuse de ce que peut être un musicien.

C’est cette journée que Mix présente comme la première séance de McDonald avec le groupe en studio. Elle est inscrite dans les cahiers d’EMI et reprise par la base de données The Paul McCartney Project, qui le crédite sur les séances des 14, 15, 17 et 18 juin 1965 : I’ve Just Seen a Face, I’m Down et Yesterday le 14, It’s Only Love le 15, Act Naturally, Wait et le complément de Yesterday le 17, puis les mixages de l’ensemble le 18.

17 juin 1965 : le quatuor à cordes

Le 17 juin, George Martin fait venir quatre musiciens classiques pour poser sur la voix et la guitare de McCartney l’arrangement de cordes qu’il a imaginé avec lui. C’est la première fois qu’un disque des Beatles se passe entièrement des trois autres membres du groupe, et la première fois qu’un quatuor à cordes s’invite sur l’une de leurs chansons. Le résultat deviendra l’une des chansons les plus enregistrées de l’histoire de la musique populaire. Nous avons raconté le contexte complet de cet album dans Help! : 61 ans après, anatomie de l’album où les Beatles ont commencé à dire la vérité.

C’est cette séance du 17 juin que les studios Abbey Road retiennent, dans leur hommage, comme la première séance documentée de McDonald avec les Beatles. Elle est en effet la plus célèbre des quatre. Mais elle n’est pas la première.

Correctif factuel : quand Phil McDonald a-t-il travaillé pour la première fois avec les Beatles ?

Trois dates circulent depuis l’annonce de sa mort. Les studios Abbey Road retiennent le 17 juin 1965, jour où le quatuor à cordes est ajouté sur Yesterday. Le magazine Mix retient deux étapes : un premier travail le 18 avril 1965, des mixages mono de Help! avec George Martin et Norman Smith, puis une première séance d’enregistrement avec le groupe le 14 juin 1965, jour où McCartney grave la version guitare et voix de Yesterday. Ces dates ne se contredisent pas, elles désignent des choses différentes. Le 18 avril est le premier travail documenté pour les Beatles, mais sans eux. Le 14 juin est la première séance d’enregistrement en leur présence. Le 17 juin est la séance la plus célèbre, celle du quatuor. Si l’on veut une seule date pour la première rencontre en studio avec le groupe, c’est le 14 juin 1965 qui s’impose, et c’est déjà pour Yesterday.

12 octobre 1965 : Run for Your Life et Norwegian Wood

Quelques mois plus tard, McDonald est de nouveau à l’assistance lorsque les Beatles ouvrent les séances de Rubber Soul. Le 12 octobre 1965, l’après-midi est consacré à Run for Your Life, la chanson que John Lennon reniera plus tard comme l’une des pires qu’il ait écrites, et la soirée à Norwegian Wood (This Bird Has Flown), avec le premier sitar entendu sur un disque des Beatles. Sur le reniement de Lennon, on lira Ce que John Lennon reprochait vraiment aux albums des Beatles. Et sur les versions de Norwegian Wood, dont une prise inédite de cette période a été dévoilée en septembre 2026, voir la version inédite de Norwegian Wood.

À ce stade, Phil McDonald n’est qu’un assistant parmi d’autres. Mais il est en train d’acquérir, sans le savoir, une familiarité unique avec la manière dont les Beatles travaillent. Il va bientôt passer l’essentiel de son temps à leurs côtés.

Revolver, Strawberry Fields, Sgt. Pepper : l’homme aux magnétophones (1966-1967)

Entre 1966 et 1967, les Beatles cessent de tourner et transforment le studio en atelier. C’est la période la plus inventive de leur histoire, et c’est aussi celle où le rôle des techniciens change de nature. Les ingénieurs ne se contentent plus d’enregistrer fidèlement ce que joue le groupe. On leur demande de fabriquer des sons qui n’existent pas. Phil McDonald est au cœur de cette révolution, à la place la moins visible et la plus exposée : celle de l’homme qui fait tourner les bandes.

Vingt pour cent de l’œuvre EMI des Beatles

Les auteurs de Recording The Beatles, Kevin Ryan et Brian Kehew, ont passé des années à reconstituer le matériel, les méthodes et le personnel de chacune des séances du groupe chez EMI. Leur ouvrage, devenu la bible technique des amateurs, avance un chiffre que Mix a repris dans sa nécrologie : Phil McDonald aurait fait tourner les magnétophones sur environ vingt pour cent de toute la production EMI des Beatles. Il aurait capté à lui seul, comme assistant, la quasi-totalité de Revolver, ainsi que des séances de Strawberry Fields Forever et de Penny Lane.

Le chiffre donne le vertige. Il signifie que, pour une chanson des Beatles sur cinq, c’est McDonald qui appuyait sur la touche d’enregistrement, qui annonçait les numéros de prises, qui rembobinait, qui préparait les réductions de pistes indispensables à l’époque des magnétophones à quatre pistes. Il signifie aussi qu’il a assisté, depuis la cabine, à la naissance de certaines des inventions sonores les plus célèbres du XXe siècle.

6 avril 1966 : Tomorrow Never Knows et les boucles de bande

Les séances de Revolver s’ouvrent le 6 avril 1966 avec la chanson la plus radicale jamais tentée par le groupe, celle qu’on appelle encore Mark I et qui deviendra Tomorrow Never Knows. Lennon veut que sa voix sonne comme celle du dalaï-lama chantant au sommet d’une montagne. Geoff Emerick, promu ingénieur principal des Beatles à vingt ans, fait passer la voix par la cabine Leslie d’un orgue Hammond. Le lendemain, 7 avril, McCartney arrive avec des boucles de bande qu’il a fabriquées chez lui, et l’on mobilise tous les magnétophones disponibles dans le bâtiment, chacun tenu par un technicien qui maintient la bande en tension avec un crayon. Les boucles sont envoyées à la console et mixées en direct, comme un instrument.

McDonald est l’assistant crédité sur ces séances des 6 et 7 avril, d’après les relevés de The Paul McCartney Project, et il le reste pour Got to Get You into My Life les 7, 8 et 11 avril, Love You To le 11, Paperback Writer et Rain les 14 et 16, Doctor Robert les 17 et 19, And Your Bird Can Sing et Taxman le 20. Nous avons reconstitué ces séances prise par prise dans Les sessions de Revolver prise par prise, et raconté l’une des inventions emblématiques du disque, les guitares jouées à l’envers, dans I’m Only Sleeping et les guitares inversées de George Harrison.

Ce que fait vraiment un tape op

Il faut se représenter concrètement le travail. Dans la cabine du Studio Two, Geoff Emerick est à la console, George Martin à côté de lui, et l’assistant se tient près des magnétophones, souvent dans une pièce adjacente. Il doit lancer et arrêter les machines au bon moment, annoncer les prises, noter sur la boîte de bande ce qui a été fait, préparer une nouvelle bobine quand la précédente est pleine. Il doit surtout réussir les insertions, ces enregistrements partiels où l’on remplace une seule phrase ou un seul accord sur une piste déjà enregistrée, en appuyant sur la touche au dixième de seconde près. Une erreur, et c’est une prise parfaite qui disparaît.

En 1966, il y a aussi les variations de vitesse. Les Beatles aiment enregistrer certaines parties plus lentement ou plus vite pour qu’à la lecture la voix ou l’instrument change de couleur. Lennon chante Rain sur une bande ralentie. L’assistant doit régler les machines en conséquence. Il y a enfin les copies : pour libérer des pistes sur un magnétophone à quatre pistes, on mixe trois pistes sur une seule d’une seconde machine, et l’on recommence. Chaque réduction fait perdre un peu de qualité, et il faut la réussir du premier coup. Ce sont ces centaines de petits gestes, invisibles à l’auditeur, que McDonald accomplit pendant deux ans.

Strawberry Fields Forever, Penny Lane et Sgt. Pepper

À la fin de 1966 et au début de 1967, McDonald participe aux séances de Strawberry Fields Forever et de Penny Lane, le double single que George Martin considérera toute sa vie comme le meilleur disque jamais publié par les Beatles. Strawberry Fields Forever est un cauchemar technique : Lennon demande à Martin de raccorder deux versions enregistrées dans des tonalités et à des tempos différents, et l’on y parvient en accélérant l’une et en ralentissant l’autre jusqu’à ce qu’elles se rejoignent. Les assistants sont aux premières loges de ce bricolage génial.

Sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, il apparaît comme second ingénieur dans les bases de données de crédits. Le disque est la grande œuvre de Geoff Emerick, qui y gagne son premier Grammy, mais il repose aussi sur une équipe d’assistants qui se relaient pendant cinq mois de séances, souvent jusqu’à l’aube. Sur deux aspects de ce disque, voir Le mystère du run-out groove de Sgt. Pepper et l’enquête sur la chanson que George Martin jugeait la mieux construite des Beatles.

Former l’oreille

Les studios Abbey Road insistent, dans leur hommage, sur le fait que McDonald a été formé pendant ces années par Geoff Emerick puis par Ken Scott. La formule est juste. Un assistant chez EMI apprend en écoutant. Il entend comment Emerick place un micro au ras de la grosse caisse, comment il compresse une batterie pour la rendre plus lourde, comment il rapproche les micros des cuivres pour obtenir l’attaque sèche de Got to Get You into My Life, contre le règlement de la maison. Il entend les discussions entre Martin et les Beatles, la façon dont un mot de Lennon se traduit en réglage. C’est une école sans manuel, mais d’une exigence absolue.

1968 : l’école de Ken Scott et l’album blanc

L’année 1968 est celle de l’album blanc, The Beatles, et c’est une année de crise. Les séances durent près de cinq mois, les membres du groupe travaillent souvent séparément, dans plusieurs studios à la fois, et l’atmosphère se dégrade au fil de l’été.

16 juillet 1968 : Geoff Emerick claque la porte

Le 16 juillet 1968, au milieu des séances, Geoff Emerick annonce à George Martin qu’il ne veut plus travailler avec les Beatles. Il ne supporte plus les tensions, les insultes, les prises interminables d’Ob-La-Di, Ob-La-Da. Il est remplacé par Ken Scott, un autre enfant de la maison, qui terminera l’album et deviendra plus tard le producteur de David Bowie et de Supertramp. Nous avons raconté la fabrication de ce disque depuis la cabine dans L’enregistrement du White Album : cinq mois à Abbey Road et à Trident, et recensé ses curiosités dans Album blanc : 10 faits méconnus.

Pour Phil McDonald, l’épisode est formateur. Il passe de l’école Emerick, inventive, intuitive, prête à tout pour obtenir un son, à l’école Scott, plus méthodique, attachée à la clarté et à la définition de chaque instrument. Les deux hommes l’ont formé, disent les studios. On retrouvera dans sa manière ultérieure quelque chose des deux : l’audace quand il le faut, et une recherche constante de netteté.

Le passage au huit-pistes

1968 est aussi l’année où les Beatles découvrent l’enregistrement sur huit pistes. Ils l’utilisent d’abord aux studios Trident, à Soho, en juillet, pour Hey Jude, parce qu’EMI tarde à mettre en service ses propres machines. Puis une machine huit-pistes est installée à Abbey Road. Le changement est considérable : moins de réductions, moins de pertes de qualité, davantage de liberté pour superposer les parties. Les assistants doivent apprendre de nouvelles machines, de nouveaux réflexes, une nouvelle organisation des bandes. McDonald traverse ce passage technique au moment même où il se prépare à devenir ingénieur principal.

Abbey Road, 1969 : la console de la dernière fois

Au début de 1969, après l’épuisante expérience du projet Get Back, filmé et enregistré en janvier aux studios de Twickenham puis dans le sous-sol d’Apple, les Beatles décident de revenir à Abbey Road pour faire un disque comme avant, sous la direction de George Martin. Ce sera leur dernier album enregistré ensemble. Et c’est sur ce disque que Phil McDonald devient, au sens plein, l’un de leurs ingénieurs.

Une équipe à géométrie variable

On présente souvent Abbey Road comme le disque de Geoff Emerick, revenu pour l’occasion. C’est vrai en partie. Emerick, qui a quitté EMI pour diriger la construction des nouveaux studios d’Apple, accepte de revenir travailler avec le groupe, et il dirige une large part des séances de l’été 1969. Mais la réalité des cahiers de séances est plus complexe. Les premières bases du disque sont posées dès février 1969 aux studios Trident avec Glyn Johns, pour I Want You (She’s So Heavy). Certaines séances de mai ont lieu aux studios Olympic, toujours avec Johns, pour You Never Give Me Your Money. D’autres ingénieurs, Jeff Jarratt et Tony Clark notamment, tiennent ponctuellement la console. Et parmi les assistants figurent John Kurlander et un débutant appelé Alan Parsons.

Dans cette équipe mouvante, McDonald occupe une place à part. Il passe cette année-là au grade de balance engineer, l’ingénieur principal d’une séance. Selon Mix, il enregistre la quasi-totalité des séances d’Abbey Road, soit seul, soit avec Emerick. Les relevés de séances publiés par The Beatles Bible le montrent aux côtés d’Emerick pendant tout l’été, sur les overdubs, les mixages stéréo, les séances orchestrales et jusqu’aux dernières retouches de la fin août. Les deux hommes forment un binôme : Emerick apporte son expérience et la confiance des Beatles, McDonald sa disponibilité, sa précision, et sa capacité à prendre le relais.

Correctif factuel : Phil McDonald n’a pas enregistré toutes les séances d’Abbey Road

On lit depuis l’annonce de sa mort que McDonald aurait enregistré presque toutes les séances d’Abbey Road. La formule est vraie pour l’été 1969 aux studios EMI, mais pas pour l’album dans son ensemble. La piste de base d’I Want You (She’s So Heavy) est enregistrée en février 1969 aux studios Trident avec Glyn Johns, et celle de You Never Give Me Your Money en mai aux studios Olympic, toujours avec Johns. D’autres ingénieurs de la maison, comme Jeff Jarratt et Tony Clark, interviennent ponctuellement. La juste formule est donc la suivante : McDonald est, avec Geoff Emerick, l’ingénieur principal des séances d’Abbey Road tenues à EMI entre avril et août 1969, et il dirige seul plusieurs d’entre elles, notamment début juillet en l’absence d’Emerick.

Juillet 1969 : Lennon à l’hôpital, McDonald aux commandes

Le 1er juillet 1969, John Lennon, en vacances en Écosse avec Yoko Ono, son fils Julian et Kyoko, la fille de Yoko, sort de la route près de Golspie. Il est hospitalisé et ne revient en studio que le 9 juillet. Pendant ce temps, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr continuent de travailler. Le 2 juillet, ils enregistrent Golden Slumbers et Carry That Weight, les deux pièces centrales du futur medley de la face B.

Le lundi 7 juillet 1969, jour des vingt-neuf ans de Ringo, George Harrison arrive au Studio Two avec une chanson qu’il a écrite au printemps dans le jardin d’Eric Clapton, à Ewhurst, un matin où il avait décidé de sécher une réunion d’Apple. Elle s’appelle Here Comes the Sun. Ce jour-là, selon les cahiers de séances, il n’y a qu’un seul ingénieur à la console : Phil McDonald. Les trois Beatles présents enregistrent treize prises de la piste rythmique, entre 14 h 30 et 23 h 45. La meilleure, annoncée en studio comme la prise douze et demie, sera retenue. Le lendemain, 8 juillet, McDonald est encore seul aux commandes pour les premiers overdubs et les premiers mixages provisoires.

Ce détail, que les nécrologies ont peu relevé, mérite d’être souligné. La chanson des Beatles la plus écoutée aujourd’hui sur les plateformes de streaming, celle qui a dépassé le milliard d’écoutes avant toutes les autres, a été mise en boîte par un ingénieur de vingt-trois ans dont c’était l’une des premières séances comme responsable. Sur la genèse et l’histoire de la chanson, voir Here Comes the Sun : la biographie complète de la chanson, et sur l’année charnière de son auteur, George Harrison en 1969, la naissance d’un auteur.

https://www.youtube.com/watch?v=ieggXJGN1cY

16 juillet 1969 : Something et Here Comes the Sun

Le 16 juillet, la séance réunit les deux chansons de Harrison pour l’album. L’après-midi, au Studio Three, on ajoute des overdubs sur Here Comes the Sun. Le soir, au Studio Two, on travaille sur Something, que Frank Sinatra présentera plus tard comme la plus belle chanson d’amour des cinquante dernières années. Les cahiers indiquent George Martin et Glyn Johns à la production, et Phil McDonald comme ingénieur. Le 6 août, McDonald est encore là, avec Tony Clark, quand Harrison ajoute de nouvelles guitares à Here Comes the Sun au Studio Three. Le 19 août, Harrison enregistre la partie de synthétiseur Moog qui donne à la chanson sa lumière si particulière.

Sur les chansons d’amour de Harrison, de Something à Blow Away, on lira De Something à Blow Away. Ce qu’il faut retenir ici, c’est la relation qui se noue cet été-là entre Harrison et McDonald. Elle durera vingt ans.

24 juillet 1969 : Come and Get It, la démo enregistrée par hasard

L’une des séances les plus révélatrices de l’été est celle du 24 juillet. Ce jour-là, Paul McCartney arrive en avance au Studio Two et enregistre seul, en une heure, la maquette d’une chanson destinée au groupe Badfinger pour le film The Magic Christian : Come and Get It. Piano et voix, puis doublage de la voix, maracas, batterie et basse en dernier. Lennon est présent dans la cabine, sans jouer. Et c’est McDonald qui enregistre.

La raison est prosaïque. Geoff Emerick a raconté qu’il savait qu’il arriverait en retard ce jour-là, parce qu’il avait une réunion chez Apple, et que Phil avait donc fini par faire l’enregistrement lui-même. Une maquette de McCartney, captée par un ingénieur de remplacement en une heure, deviendra un succès mondial pour Badfinger, numéro quatre au Royaume-Uni et numéro sept aux États-Unis, et la dernière chanson cédée par Lennon-McCartney pendant l’existence du groupe. Nous l’avons rappelé dans Les chansons que Lennon et McCartney ont écrites pour d’autres.

Ce même 24 juillet, le groupe enregistre ensuite Sun King et Mean Mr Mustard d’une seule traite, sous le titre provisoire Here Comes the Sun King. Le reste de l’été suit le même rythme : Polythene Pam, She Came In Through the Bathroom Window, les voix de Because, les orchestrations de George Martin, les mixages stéréo.

La console TG12345 et le son d’Abbey Road

Abbey Road n’est pas seulement le dernier disque des Beatles. C’est aussi le premier enregistré sur la nouvelle console à transistors d’EMI, la TG12345, qui remplace les anciennes tables à lampes. Le son change : plus défini, plus doux dans les aigus, moins saturé dans les graves. John Kurlander a raconté plus tard qu’il avait mis du temps à mesurer à quel point ce changement avait obligé les ingénieurs à revoir leurs habitudes de placement des micros. L’historien Kenneth Womack a consacré à cette transition un livre entier, Solid State, dont le titre joue précisément sur le passage aux semi-conducteurs.

C’est sur cette console que McDonald fait ses débuts d’ingénieur principal. Il fait donc partie de la toute première génération à maîtriser ce nouvel outil, et il le fait sur un disque dont la richesse sonore reste, plus d’un demi-siècle plus tard, une référence pour les ingénieurs du monde entier. Abbey Road est aussi le premier album des Beatles publié en Grande-Bretagne uniquement en stéréo, sans version mono, comme nous l’avons expliqué dans Les Beatles en mono ou en stéréo : le guide du collectionneur. Sur les neuf voix superposées de Because, enregistrées le 1er août 1969, voir Les harmonies vocales des Beatles, jusqu’aux neuf voix d’Abbey Road.

Le prix du NME et le Grammy

La reconnaissance arrive vite. En février 1970, le New Musical Express décerne ses prix techniques de l’année. Le prix du disque pop le mieux produit va à George Martin pour Something. Celui du disque pop le mieux enregistré va à Because, et le communiqué cite Geoffrey Emerick, vingt-quatre ans, directeur des studios d’Apple, avec l’assistance des ingénieurs d’EMI Phillip McDonald, vingt-quatre ans lui aussi, et John Kurlander.

Le 11 mars 1970, lors de la douzième cérémonie des Grammy Awards, Abbey Road reçoit le prix de la meilleure prise de son d’un enregistrement non classique. Les deux lauréats sont Geoff Emerick et Phillip McDonald. Pour Emerick, c’est le deuxième Grammy après Sgt. Pepper. Pour McDonald, c’est le premier et le seul, obtenu pour le premier album dont il a été ingénieur principal.

Correctif factuel : quel Grammy Phil McDonald a-t-il reçu, et à quel âge ?

Le Grammy obtenu par McDonald n’est ni celui de l’album de l’année ni un prix décerné aux Beatles. C’est un prix technique, celui de la meilleure prise de son d’un enregistrement non classique, que l’Académie appelle aujourd’hui Best Engineered Album, Non-Classical. Il a été remis le 11 mars 1970 à Geoff Emerick et Phillip McDonald, et à eux seuls : ni George Martin, ni Glyn Johns, ni les assistants ne figurent au palmarès. Quant à l’âge du lauréat, il existe une petite incertitude. Mix le fait naître en 1946, mais le communiqué du NME de février 1970 lui donne déjà vingt-quatre ans, ce qui suppose une naissance en 1945 ou au tout début de 1946. Les studios disent de leur côté qu’il est entré dans la maison en 1964, à dix-huit ans. Il avait donc vingt-trois ou vingt-quatre ans lorsqu’il a reçu son Grammy.

Un nom sur Abbey Road

Les studios Abbey Road rappellent que McDonald fut l’un des rares crédités sur Abbey Road. Pour un ingénieur, c’est une forme d’immortalité. Le disque, publié le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni, est devenu l’un des albums les plus vendus de l’histoire. Sa pochette, photographiée le 8 août 1969 par Iain Macmillan sur le passage piéton qui se trouve devant le bâtiment, a fait de la rue elle-même un lieu de pèlerinage. Nous en avons raconté l’histoire dans Abbey Road, 8 août 1969 : anatomie complète de la photographie et dans le portrait d’Iain Macmillan. Pour ce que le disque cache encore, voir Abbey Road : 10 faits méconnus.

En 1976, les studios EMI prendront officiellement le nom du disque. Phil McDonald avait donc, en quelque sorte, participé à baptiser le bâtiment où il était entré comme rangeur de bandes. L’édition du cinquantième anniversaire d’Abbey Road, publiée en 2019 dans un nouveau mixage de Giles Martin et Sam Okell, crédite toujours son nom sur la plupart des titres. Elle est disponible en édition anniversaire en vinyle et en CD, et le récit le plus complet de sa fabrication reste le livre de Kenneth Womack, Solid State: The Story of Abbey Road and the End of the Beatles.

1970 : l’année où les quatre Beatles l’ont choisi

Le 10 avril 1970, Paul McCartney fait savoir qu’il ne travaille plus avec les Beatles. La séparation, en gestation depuis des mois, devient publique. Chacun des quatre se lance dans sa propre aventure. Et l’on constate alors un fait remarquable : en quelques mois, Phil McDonald se retrouve à la console pour McCartney, pour Harrison, pour Lennon, et dans l’entourage de Ringo. Aucun autre ingénieur n’occupe une telle position en 1970.

McCartney : les verres d’eau du Studio Three

Le premier à faire appel à lui est Paul McCartney. Pendant l’hiver 1969-1970, retiré dans sa ferme écossaise puis dans sa maison de Cavendish Avenue, à quelques centaines de mètres des studios, il enregistre seul, sur un magnétophone quatre pistes, les chansons de son premier album. Mais certaines prises exigent un vrai studio. En février 1970, il réserve donc des séances aux studios Morgan, puis à EMI, en se faisant inscrire sous un nom d’emprunt pour que la presse ne sache pas que l’ancien Beatle travaille à un disque solo.

Le dimanche 15 février 1970, au Studio Two, McCartney enregistre de A à Z, seul, une chanson qu’il a écrite pour Linda : Maybe I’m Amazed. Les cahiers indiquent McDonald comme ingénieur, assisté d’Alan Parsons, qui réalise avec lui un premier mixage provisoire le soir même. Le 22 février, McCartney et McDonald mixent That Would Be Something et Valentine Day, enregistrés à la maison en décembre, ainsi que la version définitive de Maybe I’m Amazed. Le 23, ils enregistrent Every Night. Le 24, de 10 heures à 13 heures, ils mixent Hot as Sun, enregistré quelques jours plus tôt aux studios Morgan. Un témoin a raconté que la chanson sonnait plus brute avant que McCartney ne la mixe à sa manière : c’est le producteur Chris Thomas, alors jeune assistant de George Martin, qui affirmait avoir tenté ses propres mixages. Les crédits, eux, retiennent le nom de McDonald.

Des années plus tard, pour le livre de la réédition Archive Collection de 2011, McDonald a raconté ces séances. Il y définit son métier en une phrase : le travail du balance engineer consistait à enregistrer sur bande, au mieux de ses capacités, le son qu’il entendait dans le studio. Il explique que le multipiste permettait à McCartney de superposer les instruments un par un et de se passer d’autres musiciens. Et il raconte la fabrication de Glasses, ce court interlude où l’on entend des verres frottés et frappés : une grande table couverte de verres au Studio Three, chacun rempli d’eau avec minutie jusqu’à la hauteur de note désirée. Il garde de l’album le souvenir d’un disque très personnel, chaleureux, et amusant à faire.

Publié le 17 avril 1970, une semaine après l’annonce de la séparation, McCartney devient numéro un aux États-Unis. Maybe I’m Amazed, que McCartney n’a pas sortie en single à l’époque, est aujourd’hui considérée comme l’une de ses plus grandes chansons. Sur la période d’effondrement personnel dont ce disque est né, on lira Une sorte de dépression nerveuse : Paul McCartney raconte l’effondrement qui a suivi la fin des Beatles. L’album est disponible dans ses éditions remastérisées en CD et en vinyle.

Sentimental Journey : Ringo dans l’entourage

Ringo Starr, de son côté, enregistre entre l’automne 1969 et le début de 1970 Sentimental Journey, un album de standards que sa mère aimait, produit par George Martin dans une demi-douzaine de studios londoniens, avec un arrangeur différent pour chaque chanson. Mix cite l’album parmi ceux auxquels McDonald a contribué. Le projet, qui fait appel à Quincy Jones, Elmer Bernstein, Johnny Dankworth ou Les Reed pour les arrangements, a été détaillé titre par titre sur notre site, par exemple avec Ringo Starr et Phil Spector en 1970, qui montre comment les séances des quatre anciens Beatles s’entrecroisent cette année-là.

All Things Must Pass : le mur de son mis en bandes

Le 26 mai 1970, George Harrison s’installe au Studio Three d’Abbey Road avec Ringo Starr à la batterie et Klaus Voormann à la basse, devant le producteur Phil Spector, et enchaîne une quinzaine de chansons accumulées depuis des années. Le lendemain, il en enregistre seul une quinzaine d’autres. C’est le début de cinq mois de séances qui donneront All Things Must Pass, le premier triple album d’un artiste solo dans l’histoire du rock.

L’ingénieur principal de ces séances est Phil McDonald, en alternance avec Ken Scott, son ancien maître, qui travaille notamment aux studios Trident. Les assistants s’appellent John Leckie et Richard Lush. Le magazine Sound and Vision, dans son dossier sur la fabrication de l’album, rappelle qu’Harrison continuera à travailler avec McDonald pendant de longues années. Il souligne aussi ce qui fait la singularité de l’ingénieur, à travers le témoignage de Leckie : son son n’était pas propre et clinique comme celui d’Alan Parsons, mais il s’en approchait. En d’autres termes, McDonald cherchait la netteté sans tomber dans la froideur.

La difficulté est immense. Phil Spector veut son fameux mur de son : plusieurs guitares acoustiques jouant la même partie, deux batteurs, des pianos doublés, une réverbération massive. Il faut capter des dizaines de musiciens à la fois, dont Eric Clapton, Billy Preston, Gary Wright, Bobby Whitlock, Jim Gordon, Carl Radle, Dave Mason, Pete Drake, Badfinger au complet, Alan White, Gary Brooker et un très jeune Phil Collins aux congas sur Art of Dying, dont le micro, on le sait aujourd’hui, était coupé. Le producteur est imprévisible, souvent absent, parfois blessé. Les mixages ont lieu en octobre dans la Room 4 d’Abbey Road, Spector partageant son temps entre cette salle et le Studio Three où, au même moment, John Lennon enregistre son propre album.

Le résultat paraît le 27 novembre 1970 aux États-Unis et le 30 novembre au Royaume-Uni. Il est numéro un aux États-Unis, porté par My Sweet Lord. Nous avons reconstitué l’ensemble des séances dans Dans les séances d’All Things Must Pass, enquêté sur les chœurs de My Sweet Lord, et recueilli le témoignage de Klaus Voormann sur l’atmosphère de ces séances dans George Harrison n’était pas le Beatle tranquille. Le nouveau mixage de Paul Hicks, publié en 2021 pour le cinquantenaire, crédite toujours McDonald et Ken Scott comme ingénieurs d’origine ; il est disponible en double CD All Things Must Pass (50th Anniversary) ou en coffret vinyle du 50e anniversaire.

John Lennon/Plastic Ono Band : le son nu

À la fin de septembre 1970, John Lennon et Yoko Ono rentrent de Los Angeles, où ils ont suivi la thérapie du cri primal d’Arthur Janov. Le 26 septembre, Lennon entre au Studio Three d’Abbey Road avec Ringo Starr et Klaus Voormann. En un mois, ils enregistrent John Lennon/Plastic Ono Band, l’album le plus dépouillé de sa carrière : Mother, Working Class Hero, God, Isolation, Hold On, Well Well Well. Les cahiers de séances indiquent comme ingénieurs Phil McDonald, John Leckie, Richard Lush et Andy Stephens, et comme producteurs Lennon, Ono et Spector.

Le contraste avec All Things Must Pass est saisissant, et il dit beaucoup du talent de McDonald. Le même ingénieur, dans le même studio, à quelques semaines d’intervalle, passe du mur de son le plus chargé du rock à une batterie sèche, une basse et une voix qui crie. Le 10 octobre, la même équipe enregistre en une seule séance l’essentiel de Yoko Ono/Plastic Ono Band, l’album d’avant-garde de Yoko, achevé par un mixage le 6 novembre. Les deux disques paraissent le même jour, le 11 décembre 1970, avec des pochettes presque identiques.

Pourquoi Lennon et Harrison se tournent vers lui

Un choix se dessine en 1970, et la biographie de Geoff Emerick le formule clairement : pour leurs disques solo, Lennon et Harrison préfèrent travailler avec McDonald plutôt qu’avec Emerick. La raison tient sans doute moins à la technique qu’aux relations humaines. Emerick est devenu, au fil des années, l’homme de McCartney. Il le restera, de Band on the Run à Tug of War. Après les tensions de 1968 et de 1969, Lennon et Harrison ont envie d’un ingénieur qui ne soit associé à aucun camp, qui connaisse parfaitement leur manière de travailler, et qui sache se faire oublier.

McDonald coche toutes les cases. Il a travaillé avec eux depuis 1965. Il a tenu la console seul pour les chansons de Harrison sur Abbey Road. Il n’a pas d’ego visible, pas de théorie du son à imposer, et une capacité reconnue à garder son calme quand Phil Spector perd le sien. En 1970, cette discrétion est une qualité rare.

Correctif factuel : McDonald a enregistré les premiers albums solo avant de rejoindre Apple

Plusieurs nécrologies laissent entendre que Phil McDonald a travaillé avec les quatre Beatles en solo après son arrivée chez Apple, en 1971. La chronologie est inverse. McCartney, All Things Must Pass, John Lennon/Plastic Ono Band et Yoko Ono/Plastic Ono Band sont enregistrés en 1970 aux studios EMI d’Abbey Road, et McDonald y travaille encore comme ingénieur salarié d’EMI. Ce n’est qu’ensuite qu’il rejoint Apple comme senior balance engineer, à vingt-cinq ans, d’après les sources biographiques disponibles. Les studios Abbey Road eux-mêmes situent ce passage vers 1971, et précisent qu’il y reste jusqu’en 1974. Autre précision : Imagine, en 1971, n’est enregistré ni à Abbey Road ni aux studios d’Apple, mais pour l’essentiel aux studios Ascot Sound, installés par Lennon dans sa propriété de Tittenhurst Park, avec des compléments à New York.

Deep Purple, Syd Barrett, Clapton : les autres chantiers

Le carnet de McDonald, en 1970, ne se limite pas aux Beatles. Les crédits de Deep Purple in Rock, l’album qui fixe en juin 1970 le son du hard rock britannique, le mentionnent pour la partie enregistrée à Abbey Road : il s’agit, d’après les pressages d’origine, de Bloodsucker, tandis que les autres titres sont captés aux studios IBC et De Lane Lea. Les studios Abbey Road citent aussi The Madcap Laughs, le premier album solo de Syd Barrett, publié en janvier 1970 après des séances chaotiques dans les studios d’EMI, et Layla and Other Assorted Love Songs, de Derek and the Dominos. Pour ce dernier, enregistré pour l’essentiel aux studios Criteria de Miami avec Tom Dowd, le lien passe vraisemblablement par les séances londoniennes du groupe au printemps 1970, menées avec Phil Spector en marge d’All Things Must Pass, et dont certaines prises figurent dans les rééditions de l’album.

Apple, 1971-1974 : le senior balance engineer de Savile Row

Vers 1971, Phil McDonald quitte EMI pour rejoindre Apple, la société des Beatles, avec le titre de senior balance engineer. Les studios Apple, installés au sous-sol du siège du groupe, au 3 Savile Row, ont été entièrement reconstruits sous la direction de Geoff Emerick après le fiasco du studio imaginé en 1968 par l’inventeur Alexis Mardas, dit Magic Alex. Ils deviennent, pour quelques années, l’un des studios les plus modernes de Londres. McDonald y travaille jusqu’en 1974, d’après les studios Abbey Road.

Imagine à Tittenhurst : la démo du 23 mai 1971

Mais l’une de ses contributions les plus célèbres de cette période se joue hors de Londres. Au printemps 1971, John Lennon installe un studio huit pistes dans sa propriété de Tittenhurst Park, près d’Ascot, dans le Berkshire : Ascot Sound Studios. C’est là qu’il veut enregistrer son deuxième album solo, avec Phil Spector et Yoko Ono à la production, et McDonald à la console.

Le dimanche 23 mai 1971, Lennon s’assoit au piano et enregistre, en une seule prise, une maquette de sa nouvelle chanson, Imagine. C’est Phil McDonald qui la capte. La bande, oubliée pendant des décennies, a été retrouvée par l’ingénieur Rob Stevens lors des recherches pour l’édition de luxe de 2018. La boîte, d’après le récit qui accompagne la réédition, ne portait sur l’étiquette d’Ascot Sound que le nom de John Lennon, la date, le nom de l’ingénieur, Phil McDonald, et la mention DEMO sur la tranche. Rien n’indiquait ce qu’elle contenait. Il y avait la naissance d’Imagine.

La version de l’album est enregistrée le 27 mai, avec Klaus Voormann à la basse et Alan White à la batterie, et complétée le 4 juillet à New York par les cordes du Flux Fiddlers. Les cahiers de séances de mai et juin 1971 à Tittenhurst indiquent McDonald et Eddie Klein comme ingénieurs, sur Jealous Guy, I Don’t Want to Be a Soldier, How Do You Sleep?, Crippled Inside, Oh Yoko!, Gimme Some Truth. George Harrison vient jouer de la guitare sur plusieurs titres. L’album paraît le 9 septembre 1971 aux États-Unis et le 8 octobre au Royaume-Uni, et devient le plus grand succès de la carrière solo de Lennon. Les crédits finaux associent McDonald, Klein, Eddie Offord et Eddie Veale pour Ascot, et Roy Cicala, Jack Douglas et Shelly Yakus pour le Record Plant de New York.

Sur la maison de Tittenhurst et ce qui s’y est joué entre Lennon et McCartney, voir Les comptes de Tittenhurst. Sur la carrière posthume de la chanson, voir Imagine: John Lennon, la bande originale de 1988. L’album existe aujourd’hui dans les nouveaux mixages de Paul Hicks, dans les éditions Imagine: The Ultimate Collection, qui incluent la démo du 23 mai.

Living in the Material World : seul aux commandes

Le 5 octobre 1972, aux studios Apple de Savile Row, George Harrison enregistre la chanson-titre de son nouvel album, sous le titre provisoire The Material World. Cette fois, Phil Spector n’est plus là, ou presque : il ne coproduit qu’un seul titre, Try Some, Buy Some, enregistré dès 1971. Harrison produit seul. Et l’ingénieur, pour l’enregistrement comme pour le mixage, est Phil McDonald. Les séances principales s’étendent d’octobre 1972 à mars 1973.

Le son du disque est à l’opposé de celui d’All Things Must Pass. Harrison a expliqué qu’il ne voulait plus de cette production poussée au maximum, avec des cordes, des voix et des cuivres partout, parce que le public avait déjà entendu ce genre d’album. Il veut un groupe resserré : Nicky Hopkins et Gary Wright aux claviers, Klaus Voormann à la basse, Jim Keltner et Ringo Starr à la batterie, Jim Horn aux saxophones. McDonald lui donne un son plus sec, plus intime, où la slide de Harrison et sa voix sont au premier plan. Publié le 30 mai 1973 aux États-Unis et le 22 juin au Royaume-Uni, Living in the Material World est numéro un aux États-Unis, et son single, Give Me Love (Give Me Peace on Earth), aussi. L’album se trouve aujourd’hui en vinyle Living in the Material World.

Le carnet de commandes d’Apple

Pendant ces années, les studios Apple accueillent bien d’autres artistes que les anciens Beatles, et le senior balance engineer en voit passer beaucoup. Mix cite parmi les artistes qu’il a enregistrés au fil de sa carrière Harry Nilsson, Nicky Hopkins, Stealers Wheel, Roger Daltrey, le groupe féminin Fanny, Ravi Shankar, Argent, Spooky Tooth et même les Rolling Stones. Les studios Abbey Road citent en particulier A Little Touch of Schmilsson in the Night, l’album de standards que Nilsson enregistre à Londres en 1973 avec des arrangements de Gordon Jenkins. D’autres sources mentionnent les Shadows, Roy Harper ou les Rhead Brothers. Il serait vain de détailler chaque séance : ce qui compte, c’est que McDonald devient l’un des ingénieurs les plus demandés de Londres, celui à qui l’on confie les disques importants.

Splinter, Dark Horse et la route de Friar Park

En 1974, George Harrison fonde son propre label, Dark Horse Records. Sa première signature est un duo de South Shields, Splinter, dont il produit l’album The Place I Love dans son studio personnel de Friar Park, à Henley-on-Thames. L’ingénieur est Phil McDonald, comme il l’avait été sur Living in the Material World. Les crédits d’Extra Texture, l’album de 1975 enregistré pour l’essentiel à Los Angeles, mentionnent encore son nom pour les pistes de base de deux titres plus anciens, You, enregistré en 1971, et His Name Is Legs, issu des séances de Dark Horse à Friar Park en 1974.

C’est la fin de la période Apple, qui s’achève en 1975 avec Extra Texture, dernier album studio publié sur le label des Beatles. Pour Phil McDonald, c’est le début d’une relation de longue durée avec Friar Park, ce manoir gothique où Harrison a installé, sous le nom de FPSHOT, l’un des studios privés les mieux équipés d’Angleterre.

1976 : retrouver Yesterday, onze ans plus tard

Il existe dans la carrière de Phil McDonald une boucle discrète que les nécrologies n’ont pas relevée. En 1976, Paul McCartney et Wings rentrent de leur tournée triomphale aux États-Unis avec des dizaines d’heures de bandes enregistrées par le studio mobile du Record Plant. Il faut en tirer un triple album live, Wings Over America. Selon les crédits recensés par The Paul McCartney Project, c’est McDonald qui se charge du mixage, assisté de Mark Vigars, ainsi que de certains enregistrements complémentaires.

Un triple album à mixer

Le travail est colossal. Il s’agit de choisir, pour chacune des vingt-huit chansons, la meilleure interprétation parmi plusieurs concerts, de corriger ce qui doit l’être, d’équilibrer le son d’une salle de vingt mille personnes avec celui d’une autre. Nous avons retracé l’origine précise des vingt-huit pistes dans Wings Over America (1976) : origine des 28 pistes, et raconté l’un des concerts sources dans Wings à Kansas City le 29 mai 1976, d’où provient la version de Maybe I’m Amazed que McDonald retrouve, six ans après l’avoir enregistrée en studio.

La boucle de Yesterday

Sur Wings Over America figure aussi une version de Yesterday, l’une des cinq chansons des Beatles que McCartney ose enfin rechanter sur scène. Pour l’ingénieur qui faisait tourner les bandes, le 14 juin 1965, quand McCartney avait enregistré seul la version guitare et voix de la chanson, la boucle est saisissante. Onze ans plus tard, c’est lui qui mixe la même chanson, chantée devant des stades américains. Sur les mystères de cette version live, voir Yesterday dans Wings Over America, et sur l’ensemble des ingénieurs qui ont travaillé avec le groupe, Les ingénieurs du son et producteurs des Wings.

Friar Park et les Traveling Wilburys : l’homme de confiance de George (1980-1989)

Si un nom revient dans la seconde partie de la carrière de Phil McDonald, c’est celui de George Harrison. Pendant les années 1980, alors que l’ancien Beatle traverse une longue période de doute, puis revient au sommet avec Cloud Nine et les Traveling Wilburys, McDonald reste l’un des techniciens qu’il fait venir à Friar Park.

FPSHOT, le studio de la maison gothique

Friar Park est un manoir néogothique de cent vingt pièces, construit à la fin du XIXe siècle par l’excentrique avocat Sir Frank Crisp, avec des grottes, un lac souterrain et des inscriptions énigmatiques gravées dans la pierre. Harrison l’achète en 1970, en ruine, et y installe progressivement un studio professionnel qu’il baptise FPSHOT, pour Friar Park Studio Henley-on-Thames. C’est là qu’il enregistre la plupart de ses disques après 1974, et c’est là que McDonald vient travailler, loin de l’agitation des studios londoniens.

Somewhere in England et All Those Years Ago (1980-1981)

Harrison commence à enregistrer Somewhere in England en mars 1980, avec Ray Cooper comme coproducteur. Fin septembre, il livre l’album à Warner Bros., distributeur de son label, qui le refuse en le jugeant trop peu commercial et exige de nouvelles chansons. Entre-temps, le 8 décembre 1980, John Lennon est assassiné à New York. Harrison reprend une chanson qu’il avait écrite pour Ringo, All Those Years Ago, en réécrit les paroles pour en faire un hommage à son ami, et y fait ajouter les chœurs de Paul et Linda McCartney et de Denny Laine. Ringo y joue la batterie. C’est la première fois depuis la séparation que les trois Beatles survivants se retrouvent sur un même enregistrement.

L’ingénieur du disque, d’après les crédits de Somewhere in England et de son single, est Phil McDonald. La chanson atteint la deuxième place aux États-Unis au printemps 1981. On imagine la portée de la séance pour l’homme qui avait vu ces quatre-là travailler ensemble entre 1965 et 1969 : il se retrouve à capter le chagrin de trois d’entre eux pour le quatrième. Sur la longue période de doute qui précède, voir La traversée du désert de George Harrison (1974-1988).

Stop and Smell the Roses : Ringo à Friar Park

Au même moment, Harrison produit deux titres pour l’album de Ringo Starr Stop and Smell the Roses, dont Wrack My Brain, enregistrés à Friar Park avec Ray Cooper. McDonald est à la console. Nous avons consacré à ces séances une page détaillée, Phil McDonald et Ray Cooper avec Ringo Starr : les séances de Friar Park (1980-1981), et replacé ce travail dans l’ensemble des équipes techniques de Ringo dans Ringo Starr : producteurs, ingénieurs et métiers du studio de 1980 à 1999.

Traveling Wilburys Vol. 1 (1988)

En avril 1988, George Harrison a besoin d’une face B pour un single européen. Avec Jeff Lynne, qui vient de coproduire Cloud Nine, il improvise une séance dans le studio de Bob Dylan à Malibu, en présence de Roy Orbison et de Tom Petty. La chanson s’appelle Handle with Care, et elle est trop bonne pour une face B. Les cinq hommes décident de faire un album ensemble, sous des pseudonymes de demi-frères fictifs : Nelson, Otis, Lefty, Charlie T. Jr. et Lucky Wilbury.

Les séances ont lieu en avril et mai 1988, à Los Angeles, dans le studio de Dave Stewart, puis à Friar Park. Les crédits de Traveling Wilburys Vol. 1 citent quatre ingénieurs : Bill Bottrell, Richard Dodd, Don Smith et Phil McDonald. L’album paraît le 18 octobre 1988, est certifié triple platine aux États-Unis, nommé au Grammy de l’album de l’année, et récompensé par celui de la meilleure performance rock d’un groupe. Roy Orbison meurt le 6 décembre 1988, sept semaines après la sortie. Sur la relation complexe entre Dylan et l’univers des Beatles, voir Paul McCartney trop nerveux pour appeler Bob Dylan, et sur l’ensemble des collaborations des anciens Beatles, Les collaborations des ex-Beatles après la séparation. Le coffret qui réunit les deux albums du groupe est disponible dans l’édition The Traveling Wilburys Collection.

Mystery Girl et Best of Dark Horse (1989)

Les studios Abbey Road citent aussi Mystery Girl, l’album posthume de Roy Orbison publié en février 1989, dont plusieurs titres, comme You Got It, ont été produits par Jeff Lynne dans la foulée des Wilburys. La même année, Harrison publie Best of Dark Horse 1976-1989, une compilation qui comprend trois chansons nouvelles, dont Cheer Down, écrite pour le film L’Arme fatale 2. Les crédits citent Phil McDonald et Richard Dodd comme ingénieurs, et McDonald comme ingénieur de remixage. Vingt ans après les séances de Here Comes the Sun, il est toujours l’homme à qui Harrison confie le son de ses chansons.

La méthode Phil McDonald : enregistrer le son réel

Que retenir, au-delà des crédits, du travail de Phil McDonald ? Les studios Abbey Road le résument d’une phrase : sa philosophie a toujours été de s’approcher le plus possible du vrai son qu’il entendait dans le studio. C’est aussi ce qu’il disait lui-même de son métier en 2011.

Le son de la pièce, pas celui de la console

Cette définition peut sembler banale. Elle ne l’est pas. Dans les années 1960 et 1970, une partie de la profession cherche au contraire à fabriquer un son qui n’existe que sur la bande, à coups d’effets, de compression et de réverbération artificielle. Phil Spector en est l’exemple extrême. La philosophie de McDonald consiste à partir du réel : un piano doit sonner comme ce piano-là, dans cette pièce-là, sous les doigts de ce musicien-là. Les effets viennent ensuite, s’il le faut, mais ils ne remplacent jamais la prise.

On comprend mieux, à cette lumière, pourquoi il a pu enregistrer à quelques semaines d’intervalle All Things Must Pass et John Lennon/Plastic Ono Band. Dans les deux cas, il capte d’abord ce qui se joue dans le studio. Ce sont les producteurs, Spector d’un côté, Lennon de l’autre, qui choisissent ensuite d’empiler ou de dépouiller. L’ingénieur fournit la matière brute, la plus fidèle possible.

Ni clinique ni artificiel

Le témoignage de John Leckie, qui fut son assistant sur All Things Must Pass et sur Plastic Ono Band avant de devenir le producteur de Stone Roses, de Radiohead et de Muse, va dans ce sens. Son son, disait Leckie, n’était pas le son propre et clinique d’Alan Parsons, mais il en était proche. La comparaison est éclairante. Parsons deviendra l’ingénieur de The Dark Side of the Moon et l’artisan d’une perfection sonore presque scientifique. McDonald se situe juste à côté : la même recherche de clarté, avec un peu plus de chaleur, un peu plus de vie, un peu moins de contrôle.

L’humour et le calme

Les studios insistent enfin sur deux traits de caractère : un formidable sens de l’humour et un calme tranquille. Dans le métier d’ingénieur, ce ne sont pas des détails. Un studio est un lieu de tension, où des musiciens fatigués jouent pour la vingtième fois la même chanson à trois heures du matin, où un producteur peut sortir une arme, où un groupe se déchire. L’ingénieur est souvent la seule personne qui doit rester calme en toutes circonstances. Qu’il ait été choisi, en 1970, par trois anciens Beatles en pleine rupture, et qu’il ait tenu la console pour Phil Spector au plus fort de ses excès, en dit long sur ce calme-là.

Pourquoi les ingénieurs restent dans l’ombre

Le cas de McDonald pose une question plus large : celle de la place des techniciens dans l’histoire de la musique enregistrée. Le grand public connaît George Martin, parfois Geoff Emerick, grâce à ses mémoires. Il ignore presque tout des autres. Pourtant, ce sont eux qui ont transformé en disques les idées des Beatles. George Martin lui-même, dans ses écrits, a toujours rendu hommage à ses équipes, comme nous l’avons rappelé dans George Martin sans les Beatles. Et la tradition se perpétue : sur le dernier album de Paul McCartney, l’ingénieur Steve Orchard a raconté son travail au moulin-studio de Hog Hill, dans Hog Hill Mill : Steve Orchard raconte les coulisses de The Boys of Dungeon Lane.

Pour qui veut comprendre ce métier tel qu’il se pratiquait à Abbey Road, deux livres sont indispensables. Le premier est celui de Geoff Emerick, traduit en français sous le titre En studio avec les Beatles : les mémoires de leur ingénieur du son, prix du Livre rock en 2010. Le second est l’encyclopédie technique de Kevin Ryan et Brian Kehew, Recording The Beatles, d’où provient l’estimation des vingt pour cent de l’œuvre EMI du groupe captée par McDonald.

Les dernières années et le retour à Abbey Road

Après les années 1980, le nom de Phil McDonald se fait plus rare dans les crédits. Il continue de travailler, selon Mix, avec des artistes aussi différents que Squeeze, et son nom reparaît régulièrement dans les rééditions des Beatles et des anciens Beatles, à mesure que les nouveaux mixages exhument ses bandes : l’édition anniversaire d’Abbey Road en 2019, celles de Plastic Ono Band et d’All Things Must Pass en 2021, celle de Living in the Material World en 2024. Les bases de données de crédits le mentionnent même sur des publications d’archives récentes, preuve que les bandes qu’il a captées il y a plus d’un demi-siècle continuent de nourrir le catalogue.

New York, Fort Lauderdale et Sandra

D’après les informations publiques disponibles, McDonald s’était installé aux États-Unis, entre New York et Fort Lauderdale, avec son épouse Sandra, ancienne mannequin et cadre de la marque Jones of New York. C’est elle que citent en premier les studios dans leur message, avant les anciens collègues et les amis. On ne sait presque rien de plus de sa vie privée, et c’est sans doute ainsi qu’il le voulait.

2025 : la visite de l’ancienne maison

Le détail le plus touchant de l’hommage des studios est celui de sa dernière visite. En 2025, Phil McDonald est revenu au 3 Abbey Road pour faire le tour de ce qu’ils appellent son ancienne maison. On imagine l’homme d’environ quatre-vingts ans parcourant les couloirs qu’il avait découverts à dix-huit, s’arrêtant devant le Studio Two où il avait enregistré Here Comes the Sun, devant le Studio Three où il avait capté My Sweet Lord et Mother, devant les salles de gravure où il avait appris le métier. Les studios disent avoir chéri ce moment. Ils le chérissent, écrivent-ils, encore davantage aujourd’hui.

Le bâtiment a beaucoup changé depuis 1964. Il accueille aujourd’hui des musiques de films, des orchestres, des artistes du monde entier, et une foule de visiteurs qui traversent chaque jour le passage piéton devant la grille. Mais il conserve les trois grands studios où McDonald a travaillé, et c’est dans ces murs que son nom restera attaché à quelques-unes des chansons les plus aimées du XXe siècle. Sur l’histoire de ce lieu au-delà des Beatles, voir Rockestra : le jour où Paul McCartney a réuni les Who, Pink Floyd et Led Zeppelin à Abbey Road.

Écouter Phil McDonald : dix enregistrements essentiels

Pour entendre le travail de Phil McDonald, voici un parcours en dix titres, dans l’ordre chronologique, de l’assistant de 1965 à l’ingénieur des Wilburys. Pour chacun, nous indiquons son rôle.

1. Yesterday (Beatles, 1965) : assistant

La séance du 14 juin 1965, la voix et la guitare de McCartney, puis le quatuor du 17 juin. Écoutez la proximité du micro sur la guitare acoustique : c’est le son d’EMI en 1965, tel que McDonald l’a appris.

2. Tomorrow Never Knows (Beatles, 1966) : assistant

La première chanson enregistrée pour Revolver, avec ses boucles de bande et sa voix passée par une cabine Leslie. McDonald fait tourner les machines. C’est l’invention à l’état pur.

3. Rain (Beatles, 1966) : assistant

La face B de Paperback Writer, enregistrée les 14 et 16 avril 1966, avec ses bandes ralenties et la première voix inversée publiée sur un disque des Beatles. Un concentré de toutes les manipulations que l’assistant devait maîtriser.

4. Here Comes the Sun (Beatles, 1969) : ingénieur principal

La piste de base du 7 juillet 1969, sans Lennon, captée par McDonald seul aux commandes. Écoutez la guitare acoustique de Harrison, à la fois brillante et chaude : c’est la méthode McDonald, le son de la pièce avant tout.

5. Come and Get It (démo de Paul McCartney, 1969) : ingénieur principal

La maquette du 24 juillet 1969, enregistrée en une heure par McCartney seul, publiée en 1996 sur Anthology 3 puis dans le coffret Abbey Road de 2019. Un document sur la rapidité de McCartney, et sur la réactivité d’un ingénieur de remplacement.

6. Maybe I’m Amazed (Paul McCartney, 1970) : ingénieur et mixage

Le dimanche 15 février 1970, au Studio Two, McCartney seul à tous les instruments. Le piano, la batterie et la voix sont captés avec une présence que l’on retrouve rarement dans ses disques ultérieurs.

7. Isn’t It a Pity (George Harrison, 1970) : ingénieur

Sept minutes de mur de son, avec deux batteries, des guitares acoustiques en nombre, un orchestre de John Barham. C’est le défi technique le plus lourd de sa carrière, et l’une des plus belles chansons de Harrison.

8. Mother (John Lennon, 1970) : ingénieur

L’exact opposé : une cloche funèbre, une batterie sèche, une basse, un piano, et la voix de Lennon qui se brise sur les derniers cris. Le même ingénieur, le même studio, quelques semaines plus tard.

9. Imagine (John Lennon, 1971) : ingénieur

La démo du 23 mai 1971, publiée en 2018, puis la version de l’album, enregistrée le 27 mai à Tittenhurst Park. Le piano blanc, la voix, et l’une des chansons les plus célèbres du monde.

10. Handle with Care (Traveling Wilburys, 1988) : ingénieur de l’album

Le single qui lance les Wilburys, avec les voix de Harrison, Orbison, Dylan, Petty et Lynne. Vingt-trois ans après Yesterday, McDonald figure toujours au générique d’un disque qui réunit un ancien Beatle et ses héros.

Pour poursuivre l’exploration, notre sélection des dix meilleurs albums solo des Beatles compte plusieurs disques enregistrés par Phil McDonald.

Chronologie : la carrière de Phil McDonald

Date Événement
1945-1946 Naissance de Philip McDonald en Angleterre (1946 selon Mix ; l’âge donné par le NME en 1970 suggère fin 1945 ou début 1946).
1964 Entrée aux studios EMI d’Abbey Road, à dix-huit ans, à la bibliothèque des bandes, puis aux salles de gravure.
18 avril 1965 Premier travail documenté pour les Beatles : mixages mono de Help! avec George Martin et Norman Smith.
14 juin 1965 Première séance avec le groupe en studio : I’ve Just Seen a Face, I’m Down et Yesterday.
17 juin 1965 Quatuor à cordes de Yesterday, date retenue par les studios Abbey Road.
12 octobre 1965 Run for Your Life et Norwegian Wood, ouverture des séances de Rubber Soul.
6-20 avril 1966 Assistant sur les premières séances de Revolver : Tomorrow Never Knows, Got to Get You into My Life, Paperback Writer, Rain, Taxman.
Fin 1966-1967 Séances de Strawberry Fields Forever, Penny Lane et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.
16 juillet 1968 Geoff Emerick quitte les séances de l’album blanc ; Ken Scott prend le relais.
1969 Promotion au grade de balance engineer ; ingénieur principal des séances d’Abbey Road avec Geoff Emerick.
7-8 juillet 1969 Seul aux commandes pour la piste de base et les premiers overdubs de Here Comes the Sun.
24 juillet 1969 Enregistre la démo de Come and Get It de Paul McCartney, en l’absence d’Emerick.
26 septembre 1969 Sortie d’Abbey Road au Royaume-Uni.
Février 1970 Prix NME du disque pop le mieux enregistré pour Because, partagé avec Emerick et Kurlander ; séances de McCartney, dont Maybe I’m Amazed le 15 février.
11 mars 1970 Grammy de la meilleure prise de son non classique pour Abbey Road, avec Geoff Emerick.
26 mai-octobre 1970 Ingénieur d’All Things Must Pass avec Ken Scott, sous la production de George Harrison et Phil Spector.
26 septembre-octobre 1970 Ingénieur de John Lennon/Plastic Ono Band et de Yoko Ono/Plastic Ono Band.
Vers 1971 Rejoint Apple comme senior balance engineer, à vingt-cinq ans ; y reste jusqu’en 1974.
23 mai 1971 Enregistre la démo d’Imagine à Ascot Sound Studios, Tittenhurst Park, puis les séances de l’album.
Octobre 1972-mars 1973 Ingénieur et mixeur de Living in the Material World aux studios Apple.
1974 Ingénieur de The Place I Love de Splinter, première production du label Dark Horse, à Friar Park.
1976 Mixage de Wings Over America, selon les crédits recensés par The Paul McCartney Project.
1980-1981 Ingénieur de Somewhere in England et d’All Those Years Ago ; séances de Ringo Starr à Friar Park.
Avril-mai 1988 Un des quatre ingénieurs de Traveling Wilburys Vol. 1, publié le 18 octobre 1988.
1989 Mystery Girl de Roy Orbison ; ingénieur et remixeur de Best of Dark Horse 1976-1989.
2025 Dernière visite aux studios Abbey Road.
27 octobre 2026 Les studios Abbey Road annoncent sa mort ; la nouvelle est relayée par la presse professionnelle.

Questions fréquentes

Qui était Phil McDonald ?

Un ingénieur du son britannique entré aux studios EMI d’Abbey Road en 1964, à dix-huit ans. Assistant sur de nombreuses séances des Beatles à partir de 1965, il devient ingénieur principal en 1969, enregistre une large part d’Abbey Road avec Geoff Emerick, puis travaille avec les quatre Beatles en solo.

Quand Phil McDonald est-il mort ?

Les studios Abbey Road ont annoncé sa mort à la fin du mois d’octobre 2026, et la presse professionnelle l’a relayée le 27 octobre 2026. Ni la date exacte du décès, ni le lieu, ni la cause n’ont été communiqués.

Quel âge avait Phil McDonald ?

Environ quatre-vingts ans. Mix le fait naître en 1946 ; les studios indiquent qu’il avait dix-huit ans à son arrivée en 1964 ; le NME lui donnait vingt-quatre ans en février 1970.

Phil McDonald a-t-il gagné un Grammy ?

Oui, le 11 mars 1970, avec Geoff Emerick, pour la meilleure prise de son d’un enregistrement non classique, récompensant Abbey Road. C’est un prix technique, distinct des prix attribués aux artistes.

Sur quelles chansons des Beatles Phil McDonald a-t-il travaillé ?

Comme assistant, notamment sur Yesterday, I’m Down, Run for Your Life, Norwegian Wood, presque tout Revolver, Strawberry Fields Forever, Penny Lane et Sgt. Pepper. Comme ingénieur principal, sur Abbey Road, dont Here Comes the Sun, Something et les chansons du medley, ainsi que sur la démo de Come and Get It.

Quelle a été sa première séance avec les Beatles ?

Son premier travail documenté pour le groupe est une séance de mixages de Help! le 18 avril 1965. Sa première séance d’enregistrement en présence des Beatles date du 14 juin 1965, jour où McCartney enregistre Yesterday. Les studios retiennent le 17 juin 1965, jour du quatuor à cordes.

Quels albums solo des Beatles a-t-il enregistrés ?

McCartney (1970), All Things Must Pass (1970), John Lennon/Plastic Ono Band (1970), Imagine (1971), Living in the Material World (1973), Somewhere in England (1981), ainsi que des titres de Ringo Starr. Il a aussi été l’un des ingénieurs de Traveling Wilburys Vol. 1.

Pourquoi Lennon et Harrison ont-ils travaillé avec lui plutôt qu’avec Geoff Emerick ?

Emerick était devenu très proche de Paul McCartney. Après les tensions de la fin des Beatles, Lennon et Harrison ont préféré un ingénieur qui connaissait parfaitement leur manière de travailler sans être associé à un camp. McDonald avait tenu seul la console pour les chansons de Harrison sur Abbey Road.

A-t-il enregistré la démo d’Imagine ?

Oui. Le 23 mai 1971, à Ascot Sound Studios, le studio de Lennon à Tittenhurst Park, il enregistre une prise unique de la chanson au piano. La bande, retrouvée par Rob Stevens, a été publiée en 2018.

Quelle était sa philosophie de l’enregistrement ?

Capter le plus fidèlement possible le son réel entendu dans le studio. Il définissait le travail du balance engineer comme l’art d’enregistrer sur bande, au mieux de ses capacités, ce qu’il entendait dans la pièce.

Qu’est-ce qu’un balance engineer ?

Le terme employé chez EMI pour désigner l’ingénieur principal d’une séance, responsable du placement des micros, des niveaux et de l’équilibre entre les instruments. Il est assisté par un tape operator, chargé des magnétophones.

Est-il crédité sur la pochette d’Abbey Road ?

Les studios Abbey Road rappellent qu’il fut l’un des rares techniciens crédités sur l’album. Les rééditions récentes, dont celle du cinquantième anniversaire en 2019, mentionnent son nom sur la plupart des titres.

Glossaire

  • Balance engineer : chez EMI, ingénieur principal d’une séance, chargé des micros et de l’équilibre sonore.
  • Tape operator (tape op) : assistant chargé de faire tourner les magnétophones, d’annoncer les prises et de réaliser les insertions ; officiellement second engineer dans les cahiers d’EMI.
  • Bibliothèque des bandes : service qui classe et conserve les bobines de toutes les séances.
  • Salle de gravure : salle où l’on transfère la bande maîtresse sur une laque, première étape de la fabrication d’un disque vinyle.
  • Réduction de pistes : copie de plusieurs pistes sur une seule, pour libérer de la place sur un magnétophone multipiste.
  • Overdub : enregistrement ajouté par-dessus une prise existante.
  • TG12345 : console à transistors d’EMI, utilisée pour la première fois sur un album des Beatles avec Abbey Road.
  • Wall of Sound : technique de production de Phil Spector, superposant de nombreux instruments et une forte réverbération.
  • FPSHOT : Friar Park Studio Henley-on-Thames, le studio personnel de George Harrison.
  • Ascot Sound Studios : studio installé par John Lennon dans sa propriété de Tittenhurst Park, où fut enregistré Imagine.

Sources et références

  • Abbey Road Studios, Remembering Phil McDonald, octobre 2026.
  • Clive Young, Beatles Engineer Phil McDonald Passes, Mix, 27 octobre 2026.
  • Beat Instrumental, entretien avec Phil McDonald, 1974, cité par Abbey Road Studios.
  • Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, Hamlyn.
  • Kevin Ryan et Brian Kehew, Recording The Beatles, Curvebender.
  • Geoff Emerick et Howard Massey, En studio avec les Beatles, Le Mot et le Reste, 2009 ; édition originale Here, There and Everywhere.
  • Kenneth Womack, Solid State: The Story of Abbey Road and the End of the Beatles, Cornell University Press.
  • Phil McDonald, témoignage sur l’album McCartney, livre de la réédition Archive Collection, 2011.
  • Sound and Vision, The Making of All Things Must Pass, avec le témoignage de John Leckie.
  • The Beatles Bible, relevés des séances de 1969 à 1972 ; The Paul McCartney Project, fiche Phil McDonald et relevés de séances.
  • Imagine: The Ultimate Collection, livret et notes de Rob Stevens, 2018.
  • Recording Academy, palmarès des Grammy Awards 1970 ; New Musical Express, prix techniques de février 1970.
  • Crédits des albums Living in the Material World, Somewhere in England, Traveling Wilburys Vol. 1 et Best of Dark Horse 1976-1989.

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