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“Une sorte de dépression nerveuse” : Paul McCartney raconte l’effondrement qui a suivi la fin des Beatles

Par Clive Helday
Paul McCartney et sa dépression après la séparation des Beatles

Il a quatre-vingt-quatre ans, il remplit encore des stades et il pourrait se contenter de raconter la légende. Fin septembre 2026, sur la scène du Ted Mann Theater de l’Academy Museum de Los Angeles, Paul McCartney a pourtant choisi de parler de ce qu’il y a de moins glorieux dans sa vie : les mois qui ont suivi la fin des Beatles. Face au réalisateur Judd Apatow, devant environ 275 spectateurs venus voir le documentaire Man on the Run, il a prononcé une phrase que ses admirateurs n’avaient jamais entendue sous cette forme : c’était, a-t-il dit, “une sorte de dépression nerveuse”. Et il a ajouté aussitôt : “J’ai commencé à boire.”

La confession a fait le tour de la presse musicale en quelques heures. Elle mérite pourtant mieux qu’un titre choc. Car derrière ces deux phrases, il y a l’une des périodes les plus décisives de l’histoire du rock : l’hiver 1969-1970, quand le plus doué des mélodistes de sa génération s’est retrouvé sans groupe, sans métier, brouillé avec ses trois meilleurs amis, réfugié dans une ferme délabrée au bout de l’Écosse avec une femme américaine, une petite fille de huit mois et une bouteille de whisky. De cette chute sont sortis deux albums, un groupe, une famille et une manière de vivre que McCartney n’a jamais abandonnée.

Voici l’histoire complète de cet effondrement : ce que McCartney a dit à Los Angeles, ce qu’il avait déjà confié depuis quarante ans, ce qu’en ont dit Linda, John Lennon et Ringo Starr, comment la ferme de High Park est devenue un refuge, et pourquoi, au bout du compte, il répète que ce sont ses enfants qui l’ont “remis dans le bon sens”.

En bref

  • L’événement : fin septembre 2026, conversation publique de 45 minutes entre Paul McCartney et Judd Apatow à l’Academy Museum de Los Angeles, après une projection de Man on the Run, le documentaire de Morgan Neville sur ses années 1970.
  • La phrase : l’après-Beatles a été “une sorte de dépression nerveuse”, accompagnée d’une période où il s’est mis à boire, seul avec sa jeune famille en Écosse.
  • La sortie de crise : ses enfants, qui l’ont “remis dans le bon sens”, et Linda, “une femme très intelligente” qui l’a laissé aller jusqu’au bout avant qu’il ne lève le pied.
  • Le contexte : Lennon annonce en privé son départ le 20 septembre 1969 ; la séparation devient publique le 10 avril 1970 ; McCartney attaque ses trois partenaires en justice le 31 décembre 1970.
  • Le lieu : High Park Farm, près de Campbeltown, dans la péninsule de Kintyre, achetée le 17 juin 1966 pour 35 000 livres.
  • Ce n’est pas une première : McCartney évoque cette dépression depuis au moins 1984. Ce qui est nouveau, c’est le mot “breakdown” et la franchise sur l’alcool.

Los Angeles, septembre 2026 : ce que Paul McCartney a vraiment dit

La soirée n’avait rien d’une conférence de presse. L’Academy Museum of Motion Pictures, le musée de l’Académie des Oscars installé sur Wilshire Boulevard, organisait une projection spéciale de Man on the Run, suivie d’un échange sur scène. Devant quelque 275 invités, McCartney a parlé pendant trois quarts d’heure, avec la liberté de ton qu’il réserve aux conversations où il se sent en confiance.

Judd Apatow, un interlocuteur choisi

L’homme assis en face de lui n’était pas un journaliste musical. Judd Apatow est d’abord connu en France pour ses comédies, 40 ans, toujours puceau en 2005 et En cloque, mode d’emploi en 2007. Mais depuis une dizaine d’années, il s’est imposé comme un documentariste attentif aux artistes fragiles : il a consacré un long portrait au comique Garry Shandling en 2018, puis un autre à George Carlin en 2022. Deux hommes drôles et tourmentés. Ce parcours explique sans doute la tournure de la conversation : Apatow ne cherchait pas l’anecdote de studio, il cherchait l’homme derrière la légende.

“C’était comme si on m’avait viré”

McCartney a commencé par décrire le choc de la séparation avec une image de salarié. Les Beatles, a-t-il expliqué en substance, avaient été le seul travail qu’il ait jamais eu. Du jour au lendemain, ce travail n’existait plus. C’était, dit-il, comme se faire licencier.

Puis il a parlé de la peur. Être seul, après des années passées dans “l’union du groupe”, était “très effrayant”. Il fallait trouver comment continuer, et surtout comment faire autrement. C’était là, selon lui, tout le problème.

“Et vous allez faire les chansons des Beatles ?”

L’un des passages les plus savoureux de la soirée concerne les promoteurs de concerts. McCartney a raconté qu’il aurait pu, en théorie, monter une sorte de groupe de reprises des Beatles. Il s’y est toujours refusé. Mais l’idée lui revenait sans cesse, par la bouche des organisateurs de spectacles. Il a mimé le dialogue : on lui demandait s’il allait jouer les chansons des Beatles ; il répondait non ; on insistait pour qu’il fasse au moins Yesterday ; il refusait encore ; alors on lui demandait ce qu’il comptait faire. Et c’était précisément, a-t-il conclu, son dilemme.

“Une sorte de dépression nerveuse”

C’est là qu’arrive la phrase qui a fait le tour du monde. La pression, a-t-il reconnu, a eu un coût psychologique. Il a qualifié la période de “kind of like a mental breakdown”, une formule qu’on peut traduire par “une sorte de dépression nerveuse” ou “quelque chose comme un effondrement mental”. Et il a enchaîné sans détour : il s’était mis à boire.

Le décor, il l’a planté lui-même : il était en Écosse, “tout seul”, avec une nouvelle petite famille. Personne n’était là pour lui reprocher de boire trop. Il a résumé l’état d’esprit du moment par une exclamation joyeuse, du genre “c’est parti !”. Et il a ajouté la phrase la plus juste de toute la soirée : c’était très amusant, jusqu’au moment où ça ne l’était plus.

“J’avais des enfants, et ça m’a remis dans le bon sens”

La sortie de crise tient, dans son récit, en deux éléments. D’abord les enfants : il en avait, et cela l’a fait changer de direction. Ensuite Linda, qu’il a décrite comme une femme très intelligente, qui l’a “en quelque sorte laissé faire”, sans le sermonner, jusqu’à ce qu’il réduise de lui-même et sorte de la zone dangereuse.

Le reste de la conversation a balayé toute la décennie : la fondation de Wings, le rôle de Linda, ses rapports avec Lennon, ses neuf jours de prison au Japon en 1980. Nous y reviendrons. Mais c’est l’aveu sur 1970 qui a retenu l’attention, parce qu’il touche au mythe le plus solide de l’histoire des Beatles : celui d’un McCartney qui aurait quitté le groupe en vainqueur, avec un album solo prêt et un plan de carrière.

Man on the Run : le film qui a rouvert la plaie

La soirée de Los Angeles n’est pas sortie de nulle part. Elle prolonge le documentaire Man on the Run, dont McCartney est à la fois le sujet, le narrateur et l’un des producteurs exécutifs.

Un film de Morgan Neville

Le film est signé Morgan Neville, cinéaste américain récompensé par l’Oscar du meilleur documentaire pour 20 Feet from Stardom, consacré aux choristes de l’ombre, et auteur de Won’t You Be My Neighbor? en 2018. Il a été présenté en première mondiale au festival de Telluride, dans le Colorado, le 30 août 2025, puis distribué en salles dans une sélection de cinémas fin février 2026, avant sa mise en ligne mondiale sur Prime Video le 27 février 2026, dans plus de 240 pays et territoires.

Le documentaire couvre la décennie 1970-1980 : la fin des Beatles, les albums McCartney et Ram, la naissance de Wings, les tournées, Band on the Run, les triomphes américains de 1976, jusqu’à l’arrestation de Tokyo et la fin du groupe. Il existe en version de 115 minutes, et de 109 minutes sur Prime Video. Il a été accompagné d’une bande originale et d’un livre, Wings: The Story of a Band on the Run. L’accueil critique a été excellent : plusieurs grands titres britanniques, dont The Guardian, The Times et NME, lui ont donné quatre étoiles.

Un film au présent

Morgan Neville a expliqué à Los Angeles le principe qui guide le montage : pas de têtes parlantes filmées aujourd’hui qui commentent le passé, mais des images d’archives, des films de famille et des voix d’époque, de sorte que le film se vive au présent. On perd le point de vue rétrospectif, a-t-il dit, et c’est justement ce qu’il cherchait. McCartney a approuvé : il n’aime pas les documentaires à têtes parlantes, et il a dit à Neville qu’il avait fait un très beau film.

Ce choix a une conséquence directe sur notre sujet. Dans Man on the Run, la dépression de 1970 n’est pas racontée avec le recul confortable d’un octogénaire : elle se lit sur les images, dans ce visage mal rasé, dans ces journées à la ferme filmées par Linda. Et quand McCartney parle, en voix off, il le fait avec une franchise inhabituelle. Il y dit notamment que les Beatles avaient été toute sa vie, et qu’au moment de la séparation il a pensé qu’il n’écrirait plus jamais une note de musique. Il raconte aussi qu’il s’est senti très déprimé et qu’il s’est dit qu’un petit verre de scotch ne pouvait pas faire de mal. Cela a duré quelques mois, ajoute-t-il, il a trop bu, mais il a eu beaucoup de chance, parce qu’il avait Linda.

La bande-annonce officielle, diffusée par Prime Video, donne une idée du ton du film :

Pour replacer le film dans l’ensemble des images consacrées à McCartney depuis 1970, notre grand dossier La vidéographie de Paul McCartney après les Beatles en retrace l’histoire complète.

Remonter le temps : l’automne 1969, quand tout s’effondre

Pour comprendre l’état de McCartney au printemps 1970, il faut revenir six mois en arrière. La légende retient la date du 10 avril 1970, jour où la presse annonce qu’il quitte les Beatles. La réalité est inverse : c’est Lennon qui est parti le premier, et McCartney qui a encaissé le choc en silence pendant plus de six mois.

Le 20 septembre 1969 : John demande le divorce

Le 20 septembre 1969, lors d’une réunion dans les bureaux d’Apple, au 3 Savile Row, Lennon annonce à ses partenaires qu’il quitte le groupe. Il emploie le mot de divorce. Le nouveau manager, Allen Klein, qui est en train de renégocier le contrat avec EMI et Capitol, obtient que la nouvelle reste secrète pour ne pas compromettre les discussions. Les Beatles viennent de publier Abbey Road, six jours plus tard, le 26 septembre. Pour le public, tout va bien. Pour McCartney, le monde vient de s’écrouler.

Lennon, lui, ne cachera jamais sa version. Dans le long entretien accordé à Jann Wenner pour Rolling Stone, publié au début de 1971 et devenu le livre Lennon Remembers, il la résume d’une phrase sèche : c’est lui qui a fondé le groupe, et c’est lui qui l’a dissous. C’est aussi simple que ça, dit-il. On mesure la violence de la formule quand on se souvient que McCartney, lui, avait passé les deux années précédentes à essayer de maintenir le groupe en vie, des séances de Get Back à celles d’Abbey Road.

Allen Klein, le point de rupture

À Los Angeles, McCartney est revenu sur l’homme qui cristallise tout. Allen Klein, homme d’affaires new-yorkais, avait été choisi en 1969 par Lennon, Harrison et Starr pour gérer les affaires des Beatles. McCartney avait refusé de signer, préférant confier ses intérêts à la famille de Linda, les avocats Lee et John Eastman. Face à Apatow, il a décrit Klein comme quelqu’un qui “volait les Beatles”, en ajoutant qu’il était le seul à le penser à l’époque. Klein, a-t-il dit, promettait monts et merveilles et ne livrait rien.

Ce conflit de gestion, bien plus que les différends artistiques, est ce qui a rendu la séparation si douloureuse. McCartney ne se contente pas de perdre un groupe : il se retrouve isolé, à un contre trois, dans une bataille juridique où il passe pour le traître. Il l’a formulé avec une lucidité désarmante à Los Angeles : il savait qu’il allait poursuivre ses trois meilleurs amis, que le monde entier serait contre lui, et que lui-même serait contre lui.

“Paul est mort” : l’ironie cruelle de l’automne 1969

Au même moment, une rumeur absurde fait le tour des radios américaines : Paul McCartney serait mort en 1966 et aurait été remplacé par un sosie. Des indices supposés sont traqués dans les pochettes, jusqu’à la célèbre photo d’Abbey Road où il marche pieds nus. L’ironie est cruelle. Au moment précis où le monde le croit mort, McCartney est effectivement en train de disparaître : il s’est retiré en Écosse, loin de Londres, loin des journalistes.

Le magazine Life finit par envoyer une équipe le débusquer à la ferme. La couverture du numéro de novembre 1969 le montre avec Linda et les enfants, sous un titre qui affirme qu’il est toujours parmi nous. Dans l’entretien, il laisse entendre, pour la première fois, que l’aventure des Beatles est terminée. Presque personne ne relève la phrase.

High Park Farm : l’histoire du refuge écossais

Le lieu où McCartney a traversé sa crise est devenu mythique. Il n’a pourtant rien d’un château.

Un achat de 1966, conseillé par les comptables

McCartney achète High Park Farm le vendredi 17 juin 1966, pour 35 000 livres. La propriété s’étend sur environ 183 acres, un peu plus de 70 hectares, près de Campbeltown, à l’extrémité de la péninsule de Kintyre, sur la côte ouest de l’Écosse. La maison, trois chambres, est en grande partie délabrée. L’achat est d’abord une opération patrimoniale conseillée par ses conseillers financiers, dans une période où la fiscalité britannique frappe durement les très hauts revenus. Jane Asher, sa compagne de l’époque, l’encourage à y voir un refuge contre la Beatlemania. Il y viendra très peu pendant trois ans.

Correctif factuel : la ferme n’a pas été achetée pour fuir la séparation

Plusieurs récits présentent High Park comme un refuge acheté en 1970 pour échapper au naufrage des Beatles, ou comme une retraite pensée d’emblée pour Paul et Linda. C’est inexact. La ferme a été acquise le 17 juin 1966, quatre ans avant la séparation, près d’un an avant la rencontre avec Linda, et d’abord pour des raisons patrimoniales et fiscales. C’est Linda qui, après leur mariage, en a fait un vrai lieu de vie. McCartney a raconté qu’elle avait tout de suite vu ce qu’on pouvait faire de la maison, et que lui aimait cet endroit pour son isolement.

Linda transforme la ruine en maison

Paul épouse Linda Eastman le 12 mars 1969 à Londres. Mary naît le 28 août suivant. Linda, New-Yorkaise, photographe de rock reconnue, n’a rien d’une citadine fragile : elle aime les chevaux, la campagne, la vie simple. Quand elle découvre High Park, elle ne voit pas une ruine, elle voit une maison à retaper. McCartney a souvent dit que c’était elle qui lui avait fait aimer ce lieu. Nous avons retracé leur rencontre dans Londres, 15 mai 1967 : la naissance de la plus belle histoire d’amour du rock.

Le couple s’y installe une première fois du 22 octobre à la mi-décembre 1969, avec Heather, la fille de Linda, alors âgée de six ans, le bébé Mary et la chienne Martha, celle de Martha My Dear. Ils y reviennent pour quatre mois, de début mai à août 1970, juste après l’annonce publique de la séparation. C’est pendant ces deux séjours que se joue l’essentiel de la crise.

La vie à la ferme, sans électricité du show-business

Le quotidien à High Park est rudimentaire. Paul répare les toits, aide aux travaux de la ferme, monte à cheval avec Linda, s’occupe des enfants. Il s’essaie même à la tonte des moutons et a raconté avec humour qu’il en tondait cinq par jour là où l’ouvrier agricole en faisait cent. Linda photographie tout. Ses images de cette période, un McCartney barbu, en pull, au milieu des bêtes et des enfants, deviendront la matière visuelle des pochettes de McCartney et de Ram.

Mais il y a aussi le whisky. Il y a les matins où il ne se lève pas. Il y a cette impression de n’avoir plus de raison de se lever. Et c’est ce que McCartney, pendant des décennies, a raconté par petites touches, avant de le dire en 2026 avec le mot le plus fort qu’il ait jamais employé.

Quarante ans d’aveux : ce que McCartney avait déjà raconté

À lire certains titres de presse, on pourrait croire que McCartney a brisé en 2026 un silence de plus d’un demi-siècle. Ce n’est pas le cas. Il parle de cette dépression depuis au moins quarante ans. Ce qui a changé, c’est la précision du vocabulaire et la place qu’il accorde à l’alcool.

1984 : “sur le tas de ferraille”

L’un des premiers aveux publics date de l’entretien accordé au magazine Playboy, publié en décembre 1984. McCartney y décrit, pour la première fois avec autant de netteté, le sentiment de vide qui l’a saisi : il se sentait mis au rebut, “sur le tas de ferraille”, pour la première fois de sa vie, avec une impression de vide béant qui le traversait. À l’époque, l’entretien passe relativement inaperçu : McCartney est alors au sommet des ventes avec Pipes of Peace et le duo avec Michael Jackson, et personne n’a envie d’entendre parler de sa déprime de 1970.

1997 : la colère, selon Barry Miles

En 1997 paraît Paul McCartney: Many Years from Now, la biographie autorisée écrite par son ami Barry Miles à partir de dizaines d’heures d’entretiens. McCartney y revient longuement sur cette période. Il parle d’une période difficile, et surtout d’une colère profonde qui s’installe, contre tout et d’abord contre soi-même. Il décrit aussi l’Écosse comme la première fois de sa vie où il a senti la civilisation s’effacer, un monde propre, différent de tout ce qu’il connaissait.

Le livre est important parce qu’il introduit une nuance que les récits ultérieurs ont souvent perdue : la dépression de McCartney n’est pas seulement de la tristesse. C’est aussi de la rage. Rage contre Klein, contre Lennon, contre la trahison qu’il ressent, et contre lui-même, qui n’a pas su empêcher la fin.

2016 : “je me suis mis à la bibine”

En mai 2016, McCartney participe à Mastertapes, l’émission de BBC Radio 4 où un artiste revient sur un album devant un public. Il y parle cette fois de l’alcool sans détour. Il explique qu’il était déprimé, et que n’importe qui l’aurait été à sa place, puisqu’il rompait avec ses amis de toujours. Il compare la séparation à celle de camarades de régiment qu’on disperse pour toujours. Puis il reconnaît qu’il s’est mis à boire, avec une expression écossaise savoureuse, “a wee dram”, un petit verre de whisky. C’était formidable au début, dit-il, puis, au bout d’un moment, il avait du mal à se lever le matin, il était un peu trop loin, et soudain il ne s’amusait plus du tout. Il ajoute un aveu plus grave encore : ne pas savoir s’il allait continuer la musique, c’était cela qui était déprimant.

La formule de 2016 est presque identique à celle de 2026. Dans les deux cas, McCartney raconte le même mouvement : le plaisir d’abord, puis le basculement. Le récit est donc constant depuis dix ans au moins, et il n’a rien d’une révélation tardive.

2026 : le mot “breakdown”

Ce qui est nouveau à Los Angeles, c’est le mot. En anglais, “mental breakdown” désigne un effondrement psychique, une crise qui empêche de fonctionner normalement. McCartney ne l’avait jamais employé à propos de 1970. Il l’a d’ailleurs prudemment précédé d’un “kind of like”, qu’on pourrait traduire par “quelque chose comme”. Il ne revendique pas un diagnostic médical, il cherche le mot juste, cinquante-six ans après.

Correctif factuel : ce n’est pas une révélation, et ce n’est pas un diagnostic

Plusieurs titres ont présenté la déclaration de Los Angeles comme une confession inédite. McCartney évoque pourtant sa dépression de 1970 depuis au moins l’entretien de Playboy de décembre 1984, puis dans la biographie de Barry Miles en 1997 et dans l’émission Mastertapes de BBC Radio 4 en 2016, où il parlait déjà de ses matins difficiles et de l’alcool. La nouveauté tient au vocabulaire. Par ailleurs, McCartney a employé la formule “kind of like a mental breakdown”, c’est-à-dire “une sorte de” dépression nerveuse : il décrit un vécu, sans se référer à un diagnostic ou à un traitement. Les titres qui écrivent qu’il a “fait une dépression nerveuse” durcissent sa phrase.

Linda, celle qui était là : le regard de l’autre côté du lit

Si McCartney a toujours raconté la sortie de crise en nommant Linda, c’est que son témoignage à elle confirme tout. Morte en 1998, Linda McCartney a laissé des propos précis sur ces mois-là.

“Mon mari ne voulait plus sortir du lit”

Dans la biographie que lui a consacrée Danny Fields, parue en 2000, Linda décrit sans fard ce qu’elle a vécu : son mari ne voulait plus sortir du lit, il buvait trop, il lui disait qu’il se sentait inutile. Et elle ajoute qu’elle ne pouvait qu’essayer. McCartney, de son côté, a raconté à Barry Miles qu’il en était arrivé à se dire qu’il n’allait même pas se lever, qu’il ne fallait pas l’appeler et pas mettre de réveil. Il ne se rasait plus. Il se sentait, pour reprendre son mot, au chômage.

Il faut mesurer ce que cela signifie pour une femme de vingt-huit ans, mariée depuis quelques mois, mère d’une petite fille de six ans et d’un bébé, installée dans une ferme isolée d’un pays qui n’est pas le sien. Linda aurait pu repartir à New York. Elle est restée, et elle a fait mieux que rester.

“C’est permis”

Dans Man on the Run, McCartney rapporte la phrase de Linda qui l’a débloqué. Lorsqu’il doutait de pouvoir continuer, de pouvoir écrire autre chose que des chansons des Beatles, de pouvoir exister seul, elle lui répondait simplement : “It’s allowed”, c’est permis. McCartney raconte que ce fut comme si tout le poids tombait d’un coup. Oui, bien sûr, c’était permis.

C’est exactement ce qu’il a résumé à Los Angeles en disant qu’elle l’a “laissé faire”. Linda ne l’a pas sermonné, ne l’a pas enfermé, ne l’a pas traîné chez un médecin. Elle l’a laissé toucher le fond à sa manière, en étant simplement là, et en lui répétant qu’il avait le droit d’essayer autre chose. Nous avons consacré un long portrait à cette femme qui ne se résume pas à son mari dans Linda McCartney aurait eu 85 ans.

“On monte un groupe ? Tu veux en faire partie ?”

La suite, McCartney l’a racontée à Apatow avec un plaisir évident. Un jour, il s’est tourné vers Linda et lui a demandé si elle voulait monter un groupe avec lui. Elle a répondu oui, tout simplement. Elle ne savait pas jouer du clavier ; il lui apprendra les accords. Les critiques pleuvront sur ses capacités musicales pendant toute la décennie. À Los Angeles, McCartney a balayé ces reproches d’un juron sonore, en demandant ce que cela pouvait bien avoir à faire avec quoi que ce soit.

Dans l’émission de 2016, il avait déjà dit que, malgré les doutes de tout le monde, il était vraiment heureux, avec le recul, qu’ils l’aient fait ensemble. On ne peut comprendre Wings sans cette donnée : le groupe est d’abord né comme une thérapie de couple, et une manière de sortir du lit.

31 mars 1970 : le soir où Ringo a vu Paul exploser

L’épisode le plus révélateur de l’état de McCartney au printemps 1970 n’a pas été raconté par lui, mais par Ringo Starr.

Une lettre, un disque et un calendrier

À la fin mars 1970, deux albums se télescopent. D’un côté, le premier album solo de McCartney, McCartney, enregistré presque entièrement seul, chez lui, et prévu pour le 17 avril. De l’autre, l’album Let It Be, les bandes des séances de janvier 1969 que Phil Spector est en train de remanier à la demande de Klein et de Lennon, et que les autres veulent sortir d’abord. Lennon et Harrison rédigent une lettre demandant à McCartney de repousser son disque. Ringo, le plus conciliant des quatre, se propose de la lui apporter en main propre, chez lui, à Cavendish Avenue.

“Il m’a dit de mettre mon manteau et de sortir”

La scène, Ringo l’a décrite dans la déclaration sous serment qu’il a remise à la Haute Cour en 1971. À sa consternation, écrit-il, McCartney a perdu tout contrôle. Il criait, pointait les doigts vers son visage, lançait qu’il allait tous les finir et qu’ils le paieraient. Puis il lui a dit de mettre son manteau et de partir. Ringo, pourtant, prend sa défense dans la même déclaration : il comprend que Paul se sente traité injustement, et c’est lui qui obtient finalement des deux autres que McCartney sorte à la date prévue, Let It Be étant repoussé au mois de mai.

Cette scène est capitale. Elle montre un McCartney à bout de nerfs, incapable de contenir sa colère devant le plus doux de ses anciens camarades. C’est la colère dont il parlera à Barry Miles en 1997. C’est aussi, sans doute, le “breakdown” qu’il nomme enfin en 2026.

10 avril 1970 : l’annonce qui a fait de Paul le coupable

La séparation des Beatles devient publique d’une manière qui va poursuivre McCartney pendant des décennies.

Le questionnaire de presse

Pour accompagner les exemplaires de presse de l’album McCartney, Paul fait distribuer un document inhabituel : un questionnaire, sous forme de questions-réponses rédigées par lui-même. On lui demande s’il envisage de renouer un jour le partenariat d’écriture avec Lennon. Il répond non. On lui demande si sa rupture avec les Beatles est temporaire ou définitive. Il évoque des différends personnels, des différends d’affaires et des différends musicaux, mais surtout le fait qu’il est plus heureux avec sa famille ; quant à savoir si c’est provisoire ou définitif, il répond qu’il ne le sait pas vraiment. La famille, déjà, est au centre de tout.

Le 10 avril 1970, le Daily Mirror titre en une que Paul quitte les Beatles. La nouvelle fait le tour du monde. Pour le public, c’est McCartney qui a brisé le groupe. La réalité est différente : il n’a fait qu’annoncer publiquement une situation que Lennon avait créée sept mois plus tôt.

La réaction de Lennon

Lennon est furieux, non pas que la séparation soit annoncée, mais que ce soit Paul qui en récolte la publicité. Dans l’entretien avec Jann Wenner, il reconnaîtra avec une ironie amère qu’il a été idiot de ne pas faire comme Paul, c’est-à-dire utiliser la nouvelle pour vendre un disque. La phrase dit tout de l’état de la relation au printemps 1970 : plus d’amitié, seulement de la rivalité.

Dans le même entretien, Lennon se montre cruel envers l’album McCartney, qu’il juge décevant. Pour un homme en pleine dépression, cette hostilité publique de celui qui avait été son meilleur ami depuis l’adolescence est un coup de plus. Nous avons raconté comment cette guerre s’est poursuivie en chansons dans Dear Boy : la chanson de gratitude que Paul McCartney a enregistrée pendant le procès des Beatles, et que Lennon a prise pour une attaque.

Correctif factuel : la crise n’a pas commencé après l’annonce d’avril 1970

Les récits de la confession de Los Angeles situent la dépression de McCartney “après la séparation de 1970”. En réalité, la crise commence dès l’automne 1969. Lennon annonce son départ à ses partenaires le 20 septembre 1969 ; McCartney se retire en Écosse dès le 22 octobre, et les témoignages qu’il a donnés à Barry Miles portent sur cette fin d’année. L’annonce publique du 10 avril 1970 n’ouvre pas la crise, elle l’aggrave, en faisant de lui le responsable désigné de la fin du groupe.

31 décembre 1970 : attaquer ses trois meilleurs amis

L’étape suivante est la plus douloureuse de toutes, et c’est celle que McCartney a décrite avec le plus d’émotion à Los Angeles.

La seule issue juridique

Les Beatles sont liés par un contrat d’association signé en 1967, qui les engage pour dix ans. Tant que ce contrat existe, l’argent de McCartney, y compris celui de ses disques solo, transite par la société commune gérée par Klein. Ses conseillers lui expliquent qu’il n’existe qu’un moyen d’en sortir : saisir la justice pour obtenir la dissolution. Le 31 décembre 1970, ses avocats déposent la demande à la Haute Cour de Londres. Les défendeurs s’appellent John Lennon, George Harrison et Ringo Starr.

Le 12 mars 1971, le juge nomme un administrateur judiciaire pour gérer les affaires du groupe. C’est une victoire juridique pour McCartney, et une défaite affective absolue. La dissolution définitive ne sera signée qu’à la fin de décembre 1974.

“Le monde sera contre moi, et moi aussi”

À Los Angeles, McCartney a résumé l’impasse avec une phrase qui mérite d’être retenue. Il savait qu’en attaquant ses trois meilleurs amis, le monde entier se retournerait contre lui, et que lui-même se retournerait contre lui. C’est peut-être la meilleure description de la dépression de 1970 qu’il ait jamais donnée : non pas seulement la tristesse d’une fin, mais la culpabilité d’avoir à la précipiter.

Dans le même souffle, il a parlé de Lennon avec une tendresse intacte. Il l’aimait, a-t-il dit, l’aime encore aujourd’hui et l’aimera toujours. Il a rappelé l’enfance de John, un père parti quand il avait trois ans, une mère renversée et tuée par une voiture. Lennon pouvait être un parfait idiot sur certaines choses, a-t-il reconnu, mais c’était un type adorable. Et sur leur guerre des chansons au début des années 1970, il a donné sa version : il avait l’impression que c’était John qui l’avait attaqué le premier.

Les chansons de la dépression : ce que les disques racontaient déjà

McCartney a mis cinquante-six ans à trouver le mot “breakdown”. Ses chansons, elles, avaient tout dit dès 1970. Il suffit de les réécouter en sachant ce qu’on sait aujourd’hui.

McCartney, l’album fait à la maison

Le premier album solo de Paul McCartney est enregistré en grande partie chez lui, dans sa maison de Cavendish Avenue, à Londres, sur un magnétophone Studer à quatre pistes, à partir de la fin de 1969. Il joue de tout : guitares, basse, batterie, claviers. Linda ajoute quelques harmonies. Pour finir certains titres, il réserve discrètement les studios Morgan puis Abbey Road sous un faux nom, Billy Martin, pour éviter que la presse ne l’apprenne. L’album sort le 17 avril 1970. Il se classe deuxième au Royaume-Uni, derrière Bridge over Troubled Water de Simon and Garfunkel, et premier aux États-Unis pendant trois semaines.

La critique le juge inachevé, bricolé, décevant. Avec le recul, c’est précisément ce qui le rend bouleversant. McCartney n’est pas le disque d’un homme qui lance sa carrière solo : c’est le disque d’un homme qui essaie de savoir s’il est encore capable de faire de la musique. On y entend des bouts d’essai, des instrumentaux, des chansons de quelques secondes, et au milieu de tout cela, deux ou trois des plus belles chansons qu’il ait écrites. Nous lui avons consacré un dossier complet, McCartney : le disque où Paul McCartney a quitté les Beatles pour rentrer chez lui. L’album est toujours disponible en CD, et il figure dans le beau coffret vinyle McCartney I / II / III, qui réunit les trois albums faits “à la maison” de 1970, 1980 et 2020.

Every Night : le lit dont on ne sort plus

Every Night est la chanson qui dit le plus exactement ce que Linda décrira trente ans plus tard. McCartney en avait joué une ébauche dès janvier 1969, pendant les séances de Get Back, mais il la termine au moment où la crise s’installe. Le narrateur y raconte qu’il a envie, chaque soir, de sortir, de se changer les idées, et chaque matin de rester au lit, la tête vide. Puis vient le retournement : cette nuit, il veut rester avec celle qu’il aime. On n’a jamais mieux résumé, en deux minutes et demie, une dépression et son remède. La chanson deviendra un classique de ses concerts.

Maybe I’m Amazed : la chanson qui dit merci

Et puis il y a Maybe I’m Amazed, enregistrée le 22 février 1970 au studio 2 d’Abbey Road. McCartney n’a jamais caché qu’elle était écrite pour Linda, et qu’elle parlait de la manière dont elle l’avait aidé à traverser la séparation. La chanson dit l’étonnement d’un homme devant celle qui le tire vers le haut, et sa peur qu’elle ne s’en aille. Elle dit aussi, en creux, la solitude et le besoin d’être aidé. C’est une chanson d’amour, mais d’un amour de survie.

Pour la promotion de l’album, McCartney fait monter un petit film à partir des photographies de Linda, montrant le couple et les enfants. Il est diffusé à la télévision américaine le 19 avril 1970, dans le Ed Sullivan Show, l’émission même qui avait révélé les Beatles à l’Amérique six ans plus tôt. La boucle est bouclée : c’est désormais la famille McCartney qui passe à l’écran, pas le groupe. Maybe I’m Amazed ne sort pas en single en 1970 ; c’est sa version en public, enregistrée pendant la tournée américaine de Wings, qui entrera dans le Top 10 aux États-Unis en 1977. Elle occupe une place centrale dans notre classement des plus belles chansons d’amour de Paul McCartney. La voici dans sa version officielle remasterisée :

Man We Was Lonely, Teddy Boy et les autres

Le reste de l’album est plein d’indices. Le titre de Man We Was Lonely dit à lui seul l’état du couple : une chanson légère en apparence, presque country, qui parle d’une solitude passée, avec l’espoir d’en être sorti. Teddy Boy, rescapée des séances de Get Back où Lennon s’en était moqué, raconte l’histoire d’un garçon qui cherche sa place dans une famille recomposée, écho à peine voilé de la situation de Paul, devenu le beau-père de Heather. Nous avons raconté son destin dans Teddy Boy : sabordée par les Beatles, sauvée par Paul. The Lovely Linda et That Would Be Something, deux petites chansons écrites en Écosse à l’automne 1969, disent le bonheur simple de la ferme. Et l’instrumental Momma Miss America, né d’une improvisation au studio, montre un homme qui se remet à jouer pour le plaisir, sans but. Nous l’avons analysé dans Momma Miss America : Paul McCartney ou l’art de transformer un accident de studio en manifeste de liberté.

Ram : la convalescence à ciel ouvert

Le deuxième disque, Ram, crédité à Paul et Linda McCartney, sort en mai 1971. Il est enregistré à New York à partir d’octobre 1970, mais il a été écrit pour l’essentiel à High Park. Il est plein de moutons, de champs, de collines, de chevaux, de rêves de vie à la campagne. Heart of the Country, Ram On, Long Haired Lady, Uncle Albert/Admiral Halsey : c’est le disque d’un homme qui commence à guérir. En 2011, une cassette de vingt-neuf maquettes enregistrées à la ferme a d’ailleurs été retrouvée à High Park, preuve de l’intense activité de McCartney pendant ces mois où il se disait incapable d’écrire.

La critique de 1971 massacre Ram. Lennon l’attaque dans How Do You Sleep?, sur l’album Imagine. McCartney a raconté à Los Angeles qu’il avait fini par croire les critiques et par se dire qu’ils avaient peut-être raison. Jusqu’au jour où un neveu lui a confié que son album préféré de son oncle, c’était Ram. Aujourd’hui, le disque est considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre, et le pionnier de ce qu’on appellera plus tard l’indie pop. Nous l’avons célébré dans Il y a 55 ans sortait RAM de Paul McCartney, et raconté son single le plus improbable dans Uncle Albert/Admiral Halsey : histoire complète du numéro un le plus improbable de Paul McCartney. Ram est disponible en vinyle 180 grammes.

Johnny Cash, Carl Perkins et la naissance de Wings

La sortie de la dépression, pour McCartney, passe par un geste : refaire un groupe. À Los Angeles, il a révélé une source d’inspiration inattendue.

Une idée venue de la télévision

L’idée, a-t-il raconté, lui est venue en regardant la télévision avec Linda. Johnny Cash y présentait son émission, avec un groupe qu’il avait constitué autour de Carl Perkins et de musiciens de country que le couple aimait beaucoup. Carl Perkins, l’auteur de Blue Suede Shoes et de Honey Don’t, était l’une des idoles de jeunesse des Beatles, qui avaient enregistré plusieurs de ses chansons. Voir ce rockabilly des débuts jouer simplement, pour le plaisir, dans le groupe d’un ami, a donné à McCartney l’envie de retrouver cette simplicité : un groupe de copains qui jouent ensemble, sans la pression d’être les Beatles.

“J’étais un Beatle, eux non”

McCartney a été honnête sur la structure du groupe qu’il a monté. Wings n’a jamais été une démocratie comme les Beatles. Il était un Beatle, les autres non, a-t-il résumé. Il estimait donc logique d’écrire les chansons, de les produire et de dire à chacun ce qu’il devait jouer. C’est la même lucidité que dans ses aveux sur 1970 : McCartney sait qu’il a eu besoin de contrôle pour se reconstruire.

Le batteur new-yorkais Denny Seiwell, recruté pour Ram, et le guitariste Denny Laine, ancien chanteur des Moody Blues, rejoignent Paul et Linda. La formation du groupe est annoncée à la presse au début d’août 1971, avant même qu’il ait un nom, ce que nous avons raconté dans Il y a 55 ans, Paul McCartney annonçait un groupe qui n’avait pas encore de nom. Le premier album, Wild Life, paraît en décembre 1971, enregistré en quelques jours. Nous l’avons étudié dans Wild Life : McCartney libéré, naissance brute de Wings, et il reste disponible en CD.

Les universités, le bus et les enfants

La thérapie par la scène commence en février 1972, avec une tournée improvisée des universités britanniques : Wings débarque sans prévenir sur un campus et propose de jouer le soir même, pour quelques centaines d’étudiants. À l’été 1972, le groupe part en tournée européenne dans un vieux bus à impériale peint de couleurs vives, avec les enfants à bord. Nous avons raconté cette aventure dans Wings Over Europe (1972) : la tournée en bus psychédélique qui réinventa Paul McCartney.

La présence des enfants n’est pas un détail. C’est la traduction concrète de ce que McCartney a dit à Apatow : ce sont eux qui l’ont remis dans le bon sens. En 1972, il enregistre même avec Wings une comptine pour sa fille Mary, alors âgée de deux ans, qui chante dans les chœurs avec sa grande sœur Heather. Toute cette histoire, étroitement liée à la vie à High Park, est racontée dans Mary Had a Little Lamb : l’histoire vraie du single le plus moqué de Paul McCartney. Et c’est aussi à la ferme, en regardant les agneaux gambader pendant un déjeuner, que Paul et Linda décideront au milieu des années 1970 de devenir végétariens, comme nous le rappelions dans l’appel de Paul McCartney à manger végétarien.

Le refus des chansons des Beatles, et le retour de Yesterday

Revenons à l’anecdote des promoteurs qui réclamaient Yesterday. Elle éclaire une décision stratégique majeure, et souvent mal comprise.

Cinq ans sans les Beatles sur scène

Pendant les premières années de Wings, McCartney refuse obstinément de jouer les chansons des Beatles. Lors de la tournée des universités de 1972 comme lors de la tournée européenne de l’été, le répertoire est fait de chansons nouvelles, de titres de Wild Life et de vieux rock’n’roll. Pour un public qui venait voir l’ancien Beatle, c’était déroutant. Pour McCartney, c’était vital : il devait prouver qu’il existait sans son passé. Ce refus, c’est la version scénique de la dépression de 1970 : tant qu’il n’est pas guéri, les chansons des Beatles sont une blessure.

1975 : la réconciliation avec le passé

La décision change lors de la grande tournée mondiale de 1975-1976, baptisée Wings Over the World. McCartney y réintègre cinq chansons des Beatles : Lady Madonna, The Long and Winding Road, I’ve Just Seen a Face, Blackbird et… Yesterday. Celle-là même que les promoteurs lui réclamaient au début de la décennie. La tournée américaine de 1976 est un triomphe, et elle donne le triple album en public Wings over America, numéro un aux États-Unis. Nous avons raconté ce rapport progressif au répertoire des Beatles dans Lady Madonna : où Paul McCartney a puisé l’inspiration.

Correctif factuel : McCartney n’a pas refusé les chansons des Beatles pendant toute la décennie

L’anecdote racontée à Los Angeles, où il refuse de jouer Yesterday aux promoteurs, laisse penser que McCartney a boycotté le répertoire des Beatles pendant toutes les années 1970. En réalité, le refus concerne surtout les années 1971 à 1974. Dès la tournée Wings Over the World de 1975-1976, il réintègre cinq chansons des Beatles, dont Yesterday, jouée en solo à la guitare acoustique. Le retour du passé sur scène coïncide avec la fin de la crise ouverte en 1969 : McCartney ne rejoue les Beatles qu’une fois devenu autre chose qu’un ex-Beatle.

L’herbe, la cocaïne et neuf jours à Tokyo

La conversation avec Apatow a aussi abordé un sujet que McCartney traite d’ordinaire avec prudence : la drogue. Ses propos complètent utilement son aveu sur l’alcool.

“Nous n’étions pas si terribles, dans Wings”

McCartney a relativisé la consommation de drogue du groupe. Ils n’étaient pas si terribles, a-t-il dit en substance. Le cannabis, ils l’appréciaient, et il s’est retrouvé dans la musique, en ouvrant l’imagination. Sur la cocaïne, omniprésente dans le rock des années 1970, il s’estime chanceux : il pense avoir échappé à cette drogue parce qu’il fumait de l’herbe. Dans un milieu où tant de musiciens de sa génération ont été détruits par la cocaïne et l’héroïne, ce n’est pas une remarque anodine.

16 janvier 1980 : l’arrestation de Tokyo

C’est pourtant le cannabis qui provoque l’épisode le plus grave de la décennie. Le 16 janvier 1980, à son arrivée à l’aéroport de Tokyo pour une tournée japonaise de Wings, McCartney est arrêté par les douaniers qui découvrent près de 220 grammes d’herbe dans sa valise. Il passe neuf jours en détention avant d’être expulsé ; la tournée est annulée. Nous avons raconté cet épisode dans Japanese Tears : comment Denny Laine a transformé le désastre de Tokyo en album, et dans notre éphéméride du 16 janvier.

À Los Angeles, McCartney a raconté cette détention avec un humour qui cache mal une vraie peur. Il pensait que la prison japonaise ressemblerait à la prison américaine telle qu’on la décrit, avec ses violences, et il a eu très peur. Les deux premières nuits ont été terribles ; il a dormi le dos au mur. Puis il s’est adapté, jusqu’à participer au bain collectif malgré l’offre d’un bain privé, ce qui a fini par créer une forme de complicité amusée avec les autres détenus. Wings ne s’en remettra pas : le groupe se sépare officiellement en 1981. L’histoire de ses derniers mois est racontée dans Back to the Egg : le dernier album de Wings et dans Wings : l’autre grand roman de Paul McCartney, jusqu’à la rupture.

La décennie qui s’ouvre sur une dépression en Écosse se termine donc dans une cellule japonaise. Entre les deux, McCartney a construit l’un des groupes les plus populaires des années 1970. Man on the Run raconte exactement cet arc.

Les quatre Beatles face à la fin : personne n’en est sorti indemne

La confession de McCartney prend tout son sens quand on la replace à côté du parcours de ses trois anciens partenaires. En 1970, aucun des quatre n’a vécu la fin des Beatles comme une libération sereine.

Lennon : le cri primal

Au printemps 1970, pendant que McCartney boit du whisky en Écosse, Lennon suit à Londres puis à Los Angeles la thérapie du cri primal du psychologue Arthur Janov, une méthode qui consiste à revivre les traumatismes de l’enfance jusqu’à les hurler. Il en sort l’album John Lennon/Plastic Ono Band, publié en décembre 1970, un disque de dépouillement et de douleur où il règle ses comptes avec ses parents, avec les Beatles et avec ses propres mythes. Le parallèle est saisissant : les deux hommes traversent la même crise au même moment, chacun à sa manière, l’un par l’alcool et le retrait à la campagne, l’autre par la thérapie et le cri. Et quand McCartney rappelle à Los Angeles l’enfance de Lennon, le père parti, la mère tuée, c’est cette douleur-là qu’il désigne.

Harrison : la délivrance

George Harrison est sans doute celui qui vit la séparation le plus légèrement, du moins en apparence. Libéré du tandem Lennon-McCartney qui l’avait longtemps cantonné à deux chansons par album, il publie en novembre 1970 le triple album All Things Must Pass, dont une bonne partie des chansons existait déjà avant la séparation. Le disque est un triomphe mondial. Mais Harrison y chante aussi l’amertume, notamment dans Run of the Mill, que nous avons étudiée dans L’adieu amer de George Harrison aux Beatles. Ses rapports avec McCartney resteront longtemps tendus, comme le rappelle notre dossier George Harrison et la réunion des Beatles.

Ringo : l’alcool, plus tard

Ringo Starr, celui qui avait porté la lettre fatale à Cavendish Avenue, connaît au début des années 1970 une carrière solo brillante, avant de sombrer progressivement dans l’alcool pendant la deuxième moitié de la décennie et les années 1980. Il ne s’en sortira qu’en 1988, en suivant avec sa femme Barbara Bach une cure de désintoxication aux États-Unis. McCartney a eu, lui, la chance de voir la pente assez tôt pour la remonter. Il le sait, et c’est sans doute pour cela qu’il insiste tant, en 2026, sur la phrase selon laquelle c’était amusant “jusqu’à ce que ça ne le soit plus”.

Pour une vue d’ensemble des trajectoires des quatre hommes après 1970, notre panorama 1970-1980 : la décennie des ex-Beatles et notre classement des 10 meilleurs albums solo des Beatles offrent un éclairage complémentaire.

Le mythe du vainqueur : pourquoi l’aveu de McCartney dérange

La confession de Los Angeles bouscule une image solidement ancrée dans la mémoire collective, et c’est ce qui la rend si intéressante.

L’homme d’affaires froid

Pendant des décennies, McCartney a été présenté comme le Beatle calculateur. Celui qui aurait annoncé la séparation pour vendre son disque. Celui qui aurait traîné ses amis en justice pour protéger son argent. Celui qui, à la différence de Lennon l’écorché, n’aurait jamais douté. Cette image doit beaucoup à la guerre médiatique des années 1970, où Lennon, Klein et une partie de la presse rock ont façonné le récit.

Les aveux successifs de McCartney, de 1984 à 2026, démontent ce portrait. L’homme qui dépose plainte le 31 décembre 1970 n’est pas un stratège triomphant : c’est un homme de vingt-huit ans qui a passé des semaines au lit, qui boit trop, qui se sent inutile, et qui sait que tout le monde va le détester. La fermeté juridique n’était pas le signe d’une force, mais d’une impasse.

Une parole d’homme de sa génération

Il faut aussi mesurer ce que représente, pour un Britannique né en 1942, le fait de parler publiquement de dépression et d’alcool. McCartney appartient à une génération d’hommes élevés dans l’après-guerre de Liverpool, où l’on ne se plaignait pas. Son père Jim avait perdu sa femme en 1956 et avait élevé seul deux adolescents sans jamais s’effondrer devant eux. Pour McCartney, avouer une faiblesse a toujours été difficile, et il l’a souvent fait par l’humour, par la litote, par le détour d’une chanson.

Qu’il emploie en 2026, à quatre-vingt-quatre ans, le mot “breakdown” n’est donc pas un détail. C’est l’aboutissement d’un long cheminement, qui accompagne d’ailleurs l’évolution de la société britannique sur les questions de santé mentale. Sa parole a une portée qui dépasse l’histoire du rock : quand l’un des hommes les plus admirés de la planète raconte qu’il a traversé une crise, qu’il a trop bu, et qu’il s’en est sorti grâce à ses proches, il rend plus facile pour d’autres de dire la même chose.

Ce qu’il ne dit pas

Il faut enfin noter ce que McCartney ne dit pas. Il ne parle ni de médecin, ni de traitement, ni de sevrage. Il décrit une sortie de crise par la famille, par la musique et par le travail. C’est son histoire, et elle est sincère. Mais elle ne constitue pas un modèle universel : beaucoup de personnes qui traversent une dépression ou un problème d’alcool ont besoin d’une aide professionnelle, et le récit d’une star qui s’en est sortie seule, avec l’aide de sa femme, ne doit pas faire oublier cette réalité.

“J’avais des enfants” : la famille comme planche de salut

De toutes les phrases de Los Angeles, celle sur les enfants est peut-être la plus importante, parce qu’elle éclaire toute la suite de sa vie.

Heather, Mary, puis Stella

Au moment de la crise, McCartney est père depuis quelques mois : Heather, la fille de Linda, a six ans, et il l’adoptera ; Mary vient de naître. Stella naîtra le 13 septembre 1971, en pleine naissance de Wings, et James en 1977. McCartney a toujours expliqué que la présence de ces enfants l’obligeait à se lever le matin, à s’occuper d’eux, à les faire rire. C’est un mécanisme simple, et c’est lui qu’il décrit à Apatow.

Le choix qu’il fait alors est radical pour une star de son rang : emmener toute la famille partout, en studio comme en tournée. Les enfants grandissent dans le bus de Wings, dans les coulisses, dans les studios de Lagos ou de la Nouvelle-Orléans. Nous avons consacré un long article à ce sujet, Les enfants de Paul McCartney : tout savoir sur ses 5 enfants.

Une règle de vie

Pendant presque trente ans de mariage, Paul et Linda ne se seront, selon McCartney, presque jamais séparés, à l’exception notable de ses neuf jours de détention à Tokyo. On a souvent souri de cette fusion. À la lumière de la confession de 2026, elle prend un autre sens : elle ressemble à une règle de survie adoptée par un homme qui avait vu ce qui se passait quand il était seul.

Man on the Run, Wings et les livres : pour aller plus loin

Pour ceux qui veulent revivre cette décennie, plusieurs documents récents permettent de suivre la trajectoire de McCartney, de la dépression de 1970 aux triomphes de 1976.

Le film et la musique

Le documentaire Man on the Run est disponible sur Prime Video depuis le 27 février 2026. Il s’accompagne d’une bande originale et d’un livre. La grande anthologie Wings, publiée à l’automne 2025, réunit les principaux titres du groupe ; elle existe notamment en édition deluxe japonaise SHM-CD. Nous en avons détaillé le contenu dans WINGS : Paul McCartney redonne vie à son groupe culte dans une anthologie immersive. Pour la compilation historique du groupe, Wings Greatest reste une porte d’entrée efficace, et l’album qui marque la sortie définitive de la crise, Band on the Run, publié en décembre 1973, demeure le sommet du groupe.

Le livre de référence

Pour comprendre en détail les années 1969 à 1973, rien ne remplace The McCartney Legacy, Volume 1: 1969-73, d’Allan Kozinn et Adrian Sinclair, publié chez HarperCollins en 2022, disponible en édition anglaise. Les deux auteurs y reconstituent jour par jour la période de la dépression, de High Park aux premières tournées de Wings. Pour la version de McCartney lui-même, la biographie autorisée de Barry Miles, Many Years from Now, reste indispensable.

Sur le groupe lui-même, notre article Wings : quand McCartney a redessiné la pop après les Beatles et notre sélection 20 chansons pour découvrir les Wings offrent deux parcours complémentaires.

Chronologie : de la ferme de 1966 à la confession de 2026

Date Événement
17 juin 1966 McCartney achète High Park Farm, près de Campbeltown (Kintyre), pour 35 000 livres.
15 mai 1967 Rencontre avec Linda Eastman au club Bag O’Nails, à Londres.
12 mars 1969 Mariage de Paul et Linda à Londres.
28 août 1969 Naissance de Mary McCartney.
20 septembre 1969 Lennon annonce en privé à ses partenaires qu’il quitte les Beatles.
26 septembre 1969 Sortie d’Abbey Road.
Octobre 1969 Rumeur “Paul est mort” ; McCartney se retire à High Park à partir du 22 octobre.
Novembre 1969 Le magazine Life le retrouve en Écosse et publie un entretien.
Fin 1969 – février 1970 Enregistrement de l’album McCartney, à la maison puis sous pseudonyme à Morgan et Abbey Road.
22 février 1970 Enregistrement de Maybe I’m Amazed à Abbey Road.
31 mars 1970 Ringo apporte la lettre demandant de repousser McCartney ; Paul explose.
10 avril 1970 Le Daily Mirror annonce que Paul quitte les Beatles.
17 avril 1970 Sortie de l’album McCartney.
19 avril 1970 Film de Maybe I’m Amazed diffusé dans le Ed Sullivan Show.
Mai – août 1970 Séjour de quatre mois à High Park : le cœur de la crise.
Octobre 1970 Début des séances de Ram à New York.
31 décembre 1970 McCartney saisit la Haute Cour pour dissoudre l’association des Beatles.
12 mars 1971 Nomination d’un administrateur judiciaire pour les affaires du groupe.
Mai 1971 Sortie de Ram, crédité à Paul et Linda McCartney.
Début août 1971 Annonce de la formation d’un nouveau groupe, bientôt baptisé Wings.
13 septembre 1971 Naissance de Stella McCartney.
Décembre 1971 Sortie de Wild Life, premier album de Wings.
Février 1972 Tournée surprise des universités britanniques.
Décembre 1973 Sortie de Band on the Run.
Fin décembre 1974 Signature de la dissolution définitive de l’association des Beatles.
1975 – 1976 Tournée Wings Over the World : retour de cinq chansons des Beatles, dont Yesterday.
16 janvier 1980 Arrestation à Tokyo ; neuf jours de détention.
Décembre 1984 Entretien à Playboy : premier aveu public du sentiment d’être “au rebut”.
1997 Parution de Many Years from Now de Barry Miles.
2000 Biographie de Linda par Danny Fields : son témoignage sur l’état de Paul en 1970.
Mai 2016 Émission Mastertapes sur BBC Radio 4 : McCartney parle de dépression et d’alcool.
30 août 2025 Première mondiale de Man on the Run au festival de Telluride.
27 février 2026 Mise en ligne mondiale du documentaire sur Prime Video.
Fin septembre 2026 Conversation avec Judd Apatow à l’Academy Museum : “une sorte de dépression nerveuse”.

Pour situer ces événements dans la chronologie générale du groupe, voir notre page 1970 dans la vie des Beatles.

Questions fréquentes sur la dépression de Paul McCartney après les Beatles

Qu’a dit Paul McCartney sur sa dépression après les Beatles ?

Lors d’une conversation publique avec Judd Apatow à l’Academy Museum de Los Angeles, fin septembre 2026, il a décrit la période qui a suivi la séparation comme “une sorte de dépression nerveuse”, en précisant qu’il s’était mis à boire, seul avec sa jeune famille en Écosse.

Est-ce la première fois qu’il en parle ?

Non. Il a évoqué cette période dès l’entretien de Playboy de décembre 1984, puis dans la biographie de Barry Miles en 1997 et dans l’émission Mastertapes de BBC Radio 4 en 2016. La nouveauté de 2026 est l’emploi du mot “breakdown”.

Quand la crise a-t-elle commencé ?

Dès l’automne 1969, après que John Lennon a annoncé en privé son départ le 20 septembre 1969. L’annonce publique du 10 avril 1970 l’a aggravée.

Où McCartney s’est-il réfugié ?

À High Park Farm, une ferme de la péninsule de Kintyre, près de Campbeltown, sur la côte ouest de l’Écosse, qu’il avait achetée le 17 juin 1966.

Comment s’en est-il sorti ?

Selon lui, grâce à ses enfants, qui l’ont “remis dans le bon sens”, et à Linda, qui l’a laissé traverser la crise sans le juger avant qu’il ne réduise de lui-même. La création de Wings, en 1971, a achevé ce retour.

Qu’en disait Linda McCartney ?

Dans la biographie de Danny Fields parue en 2000, elle raconte que son mari ne voulait plus sortir du lit, qu’il buvait trop et qu’il se sentait inutile. Selon McCartney, elle lui répétait aussi que c’était “permis” de faire autre chose.

Qu’est-ce que Man on the Run ?

C’est un documentaire de Morgan Neville consacré aux années 1970 de McCartney et à Wings. Présenté au festival de Telluride le 30 août 2025, il est disponible sur Prime Video depuis le 27 février 2026.

Qui est Judd Apatow ?

Un réalisateur et producteur américain connu pour ses comédies, comme 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d’emploi, et pour ses documentaires sur Garry Shandling et George Carlin.

Pourquoi McCartney refusait-il de jouer les chansons des Beatles ?

Pour prouver qu’il pouvait exister sans son passé. Il a tenu bon jusqu’en 1975, avant de réintégrer cinq chansons des Beatles, dont Yesterday, lors de la tournée Wings Over the World.

Quelles chansons parlent de cette période ?

Sur l’album McCartney (1970), Every Night et Maybe I’m Amazed sont les plus directes ; Man We Was Lonely en porte la trace dans son titre même. L’album Ram (1971) raconte la convalescence à la ferme.

Que s’est-il passé entre Paul et Ringo le 31 mars 1970 ?

Ringo est venu lui apporter une lettre demandant de repousser la sortie de McCartney. Selon la déclaration sous serment de Ringo, Paul a perdu tout contrôle, l’a menacé et lui a demandé de partir. Ringo a ensuite obtenu que l’album sorte à la date prévue.

McCartney a-t-il eu des problèmes de drogue ?

Il reconnaît avoir fumé du cannabis pendant les années Wings, et estime avoir échappé à la cocaïne. Le cannabis lui a valu neuf jours de détention à Tokyo en janvier 1980.

Sources et bibliographie

La conversation de 2026 et le documentaire

  • Variety, compte rendu de la conversation entre Paul McCartney et Judd Apatow à l’Academy Museum de Los Angeles, septembre 2026.
  • Far Out Magazine, article de Rachael Pimblett, 30 septembre 2026.
  • Man on the Run, documentaire de Morgan Neville, Prime Video, 2026 ; dossier de presse et fiche officielle sur paulmccartney.com.

Entretiens antérieurs

  • Playboy, entretien avec Paul McCartney, décembre 1984.
  • Mastertapes, BBC Radio 4, mai 2016, repris par Time et Rolling Stone.
  • Jann Wenner, Lennon Remembers, entretien de John Lennon pour Rolling Stone, 1970-1971.
  • Déclaration sous serment de Ringo Starr devant la Haute Cour de Londres, 1971.

Ouvrages

  • Barry Miles, Paul McCartney: Many Years from Now, Secker & Warburg, 1997.
  • Danny Fields, Linda McCartney: A Portrait, 2000.
  • Allan Kozinn et Adrian Sinclair, The McCartney Legacy, Volume 1: 1969-73, HarperCollins, 2022.
  • Wings: The Story of a Band on the Run, livre compagnon du documentaire.

Ressources en ligne

  • The Paul McCartney Project : fiches des séjours en Écosse d’octobre 1969 et de mai-août 1970.
  • The Beatles Bible : achat de High Park Farm, 17 juin 1966.

Besoin d’en parler ?

La dépression et les difficultés avec l’alcool ne sont pas des faiblesses, et elles se soignent. Si vous vous reconnaissez dans ce que décrit Paul McCartney, parlez-en à un proche ou à votre médecin traitant. En France, le service Alcool Info Service répond de façon anonyme et gratuite au 0 980 980 930, tous les jours de 8 h à 2 h.

Pour tout savoir sur l’artiste, retrouvez notre page Paul McCartney : biographie, discographie, paroles et traductions, notre rubrique consacrée aux Wings et l’ensemble de nos dossiers sur les Beatles.

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