Les sessions de Revolver prise par prise : ce que les bandes d’EMI de 1966 révèlent, de Got to Get You into My Life à la complainte cachée de Yellow Submarine
Trente et un enregistrements, quatre faces de vinyle, deux disques compacts : en octobre 2022, la Special Edition de Revolver a ouvert au public une partie des bandes de travail des séances de 1966, aux studios EMI de St John’s Wood. Prises abandonnées, versions oubliées, maquettes enregistrées à la maison, bavardages entre deux prises : ces documents permettent d’entendre les Beatles au travail, avant que les chansons ne prennent leur forme définitive. Ce que ces bandes révèlent ne tient pas dans les notes de pochette. Got to Get You into My Life a d’abord été une chanson presque psychédélique, Yellow Submarine une complainte de Lennon, And Your Bird Can Sing un hommage aux Byrds, et Rain une chanson rapide. Voici, prise par prise, ce que racontent les disques des sessions de Revolver, et ce qu’ils ne disent pas.
En bref
- L’édition : Revolver: Special Edition, publiée le 28 octobre 2022 par Apple Corps et Universal, avec un nouveau mixage stéréo de Giles Martin et Sam Okell.
- Les sessions : 31 enregistrements répartis sur deux CD du coffret Super Deluxe, ou quatre faces de vinyle, du 6 avril au 21 juin 1966.
- Les inédits : la plupart des titres étaient inédits. Six avaient déjà paru, en 1996, sur Anthology 2 ou sur le single Real Love.
- Les révélations : les bandes de travail de Yellow Submarine, la maquette de She Said She Said, les deux versions de Got to Get You into My Life et d’And Your Bird Can Sing, Rain à sa vitesse réelle.
- La technique : le démixage par apprentissage automatique, issu du travail de l’équipe de Peter Jackson sur Get Back, a rendu possible le nouveau mixage.
Sommaire
Pourquoi les bandes des sessions de Revolver comptent
Revolver est l’un des albums les plus étudiés de l’histoire de la pop. Son histoire générale, chanson par chanson, nous l’avons racontée dans notre dossier Revolver a 60 ans : anatomie du disque qui a fait basculer la musique enregistrée. Les techniques de studio inventées pour l’occasion, de l’ADT au haut-parleur Leslie, font l’objet de notre enquête Revolver au microscope. Cet article a un objet plus précis : les enregistrements de travail eux-mêmes, tels qu’on peut les entendre depuis 2022.
Ce que l’on savait avant 2022
Pendant des décennies, les séances de Revolver n’étaient connues que par des témoignages et par les registres d’EMI. En 1988, Mark Lewisohn publie The Complete Beatles Recording Sessions, fruit de l’écoute intégrale des bandes conservées à Abbey Road. Pour la première fois, chaque séance est datée, chaque prise numérotée, chaque ajout décrit. Mais le lecteur doit croire Lewisohn sur parole : il ne peut rien entendre. En 1996, Anthology 2 lève une petite partie du voile, avec quelques prises de 1966. Il faut attendre 2022 pour qu’une sélection plus large soit publiée officiellement.
Ce que les bandes apprennent
Une prise abandonnée n’est pas une version ratée. C’est un état de la chanson à un moment donné. Écouter les sessions, c’est suivre une chanson qui se cherche : un tempo qui change, un arrangement qui s’épaissit ou se dépouille, un texte qui évolue, une idée abandonnée en cours de route. C’est aussi entendre ce que le disque fini a effacé : les voix des quatre Beatles entre les prises, les consignes de George Martin, les rires, les fausses notes, les hésitations. Les sessions de Revolver sont un document sur la manière de travailler d’un groupe au sommet de son invention.
Un format en quatre pistes
Pour comprendre ce qu’on entend, il faut se rappeler la contrainte technique de 1966. Les Beatles enregistrent sur des magnétophones à quatre pistes. Quand les pistes sont remplies, on les “réduit” : on reporte trois pistes sur une seule d’un second magnétophone, pour libérer de la place. Ces reports successifs fusionnent définitivement des instruments. C’est pourquoi une prise de travail est souvent plus nue que la version publiée : elle a été captée avant les ajouts. C’est aussi pourquoi le nouveau mixage stéréo a longtemps été jugé impossible, tant les éléments étaient soudés sur une même piste.
La Special Edition de 2022 : ce qu’elle contient
Une sortie d’octobre 2022
Annoncée le 7 septembre 2022, la Special Edition de Revolver paraît le 28 octobre 2022. Elle s’inscrit dans la série de rééditions entamée en 2017 avec Sgt. Pepper, puis poursuivie avec l’Album blanc en 2018, Abbey Road en 2019 et Let It Be en 2021. Revolver, plus ancien, posait un problème que les précédents n’avaient pas posé : ses bandes à quatre pistes, remplies de reports, ne permettaient pas un remixage classique.
Les formats
| Format | Contenu |
|---|---|
| Super Deluxe 5 CD | Nouveau mixage stéréo, deux CD de sessions, mixage mono d’origine, EP Paperback Writer / Rain, livre de 100 pages |
| Super Deluxe vinyle | Quatre 33 tours (stéréo, mono, deux disques de sessions) et un 45 tours EP |
| Deluxe 2 CD | Nouveau mixage stéréo et une sélection de sessions |
| Standard | Nouveau mixage stéréo seul, en CD, vinyle ou numérique |
| Streaming | Mixage Dolby Atmos en plus des versions stéréo |
Le livre
Le coffret Super Deluxe est accompagné d’un livre de 100 pages. On y trouve une préface de Paul McCartney, une introduction de Giles Martin, un essai de Questlove, le batteur et producteur américain, et des notes sur chaque chanson signées Kevin Howlett, spécialiste des archives des Beatles. Le livre est illustré de paroles manuscrites, de boîtes de bandes, de feuilles de séance, de publicités de 1966 et d’extraits de Revolver 50: Birth of an Icon, le roman graphique de Klaus Voormann, l’auteur de la pochette originale. La pochette du disque des sessions reprend un projet de couverture du photographe Robert Freeman, finalement écarté en 1966 : les têtes des quatre Beatles disposées dans un cercle psychédélique.
Le démixage
Le nouveau mixage stéréo doit tout à une technologie de séparation des sources par apprentissage automatique. Mise au point par l’équipe sonore de WingNut Films, la société de Peter Jackson, pour la série documentaire Get Back, elle permet d’isoler a posteriori des instruments enregistrés ensemble sur une même piste. Emile de la Rey est crédité comme responsable de l’apprentissage automatique. Giles Martin a raconté qu’il avait ainsi pu séparer la batterie, la basse et la guitare de Taxman, enregistrées ensemble en 1966, avant d’avouer, avec humour : “Je ne sais pas comment ça marche !”
Précision : qui a inventé le démixage ?
Les sources ne s’accordent pas exactement sur la paternité de la technologie. La plupart des comptes rendus l’attribuent à l’équipe sonore de WingNut Films, qui l’a développée pour Get Back, et les crédits de l’édition remercient cette équipe. Certaines présentations évoquent aussi le rôle des studios Abbey Road dans sa mise en œuvre. Il est plus juste de parler d’une technologie née chez WingNut Films pour Get Back, puis appliquée à Revolver par Giles Martin et Sam Okell à Abbey Road, que de l’attribuer à un seul acteur. Elle ne concerne d’ailleurs que le nouveau mixage stéréo : les prises des disques de sessions sont présentées pour l’essentiel dans leur état d’origine.
Un accueil unanime
La critique accueille la réédition avec enthousiasme. Le site Metacritic, qui agrège les critiques, lui attribue la note maximale de 100 sur 100, sur la base de neuf critiques. Dans The Guardian, Annie Zaleski lui donne cinq étoiles et écrit que Revolver “sonne toujours aussi vibrant”. Le coffret se classe deuxième au Royaume-Uni, quatrième aux États-Unis et premier en Écosse.
| Classement | Meilleure position |
|---|---|
| Royaume-Uni (OCC) | 2 |
| États-Unis (Billboard 200) | 4 |
| Écosse (OCC) | 1 |
| Australie (ARIA) | 2 |
| Nouvelle-Zélande | 2 |
| Irlande, Pays-Bas | 3 |
| Canada | 6 |
Aux États-Unis, la quatrième place a valu aux Beatles de figurer, le 12 novembre 2022, dans le même Top 10 que Taylor Swift, numéro un avec Midnights, un croisement que nous avons rappelé dans notre article sur les Beatles, Drake et Taylor Swift au Billboard 200.
La liste complète des sessions
Voici les 31 enregistrements des disques de sessions, dans l’ordre du coffret, avec leur date d’enregistrement et leur éventuelle publication antérieure. Les dates de séance sont celles établies par Mark Lewisohn.
| N° | Titre | Séance | Déjà publié |
|---|---|---|---|
| 1 | Tomorrow Never Knows (prise 1) | 6 avril 1966 | Anthology 2 |
| 2 | Tomorrow Never Knows (mixage mono RM11) | Printemps 1966 | Tout premiers pressages UK |
| 3 | Got to Get You into My Life (première version, prise 5) | 7 avril 1966 | Anthology 2 |
| 4 | Got to Get You into My Life (deuxième version, mixage mono non numéroté) | Avril 1966 | Inédit |
| 5 | Got to Get You into My Life (deuxième version, prise 8) | 8 avril 1966 | Inédit |
| 6 | Love You To (prise 1) | 11 avril 1966 | Inédit |
| 7 | Love You To (répétition non numérotée) | Avril 1966 | Inédit |
| 8 | Love You To (prise 7) | Avril 1966 | Inédit |
| 9 | Paperback Writer (prises 1 et 2) | 13 avril 1966 | Inédit |
| 10 | Rain (prise 5, vitesse réelle) | 14 avril 1966 | Inédit |
| 11 | Rain (prise 5, ralentie pour la bande maîtresse) | 14 avril 1966 | Inédit |
| 12 | Doctor Robert (prise 7) | 17 avril 1966 | Inédit |
| 13 | And Your Bird Can Sing (première version, prise 2) | 20 avril 1966 | Inédit |
| 14 | And Your Bird Can Sing (première version, prise 2 avec fou rire) | 20 avril 1966 | Anthology 2 |
| 15 | And Your Bird Can Sing (deuxième version, prise 5) | 26 avril 1966 | Inédit |
| 16 | Taxman (prise 11) | 21 avril 1966 | Anthology 2 |
| 17 | I’m Only Sleeping (fragment de répétition) | 29 avril 1966 | Anthology 2 |
| 18 | I’m Only Sleeping (prise 2) | 29 avril 1966 | Inédit |
| 19 | I’m Only Sleeping (prise 5) | 29 avril 1966 | Inédit |
| 20 | I’m Only Sleeping (mixage mono RM1) | Mai 1966 | Inédit |
| 21 | Eleanor Rigby (paroles avant la prise 2) | 28 avril 1966 | Inédit |
| 22 | Eleanor Rigby (prise 2) | 28 avril 1966 | Inédit |
| 23 | For No One (prise 10) | 9 mai 1966 | Inédit |
| 24 | Yellow Submarine (bande de travail, partie 1) | Printemps 1966, à domicile | Inédit |
| 25 | Yellow Submarine (bande de travail, partie 2) | Printemps 1966, à domicile | Inédit |
| 26 | Yellow Submarine (prise 4, avant les effets sonores) | 26 mai 1966 | Inédit |
| 27 | Yellow Submarine (effets sonores mis en avant) | 1er juin 1966 | Single Real Love (1996) |
| 28 | I Want to Tell You (paroles et prise 4) | 2 juin 1966 | Inédit |
| 29 | Here, There and Everywhere (prise 6) | Mi-juin 1966 | Inédit |
| 30 | She Said She Said (maquette de John) | Printemps 1966, à domicile | Inédit |
| 31 | She Said She Said (prise 15, répétition de la piste de base) | 21 juin 1966 | Inédit |
Précision : tout n’était pas inédit
La promotion de 2022 a beaucoup insisté sur les inédits, et la majorité des titres l’étaient en effet. Mais six enregistrements avaient déjà été publiés : cinq sur Anthology 2 en 1996 (Tomorrow Never Knows prise 1, Got to Get You into My Life prise 5, And Your Bird Can Sing avec fou rire, Taxman prise 11 et le fragment de répétition d’I’m Only Sleeping), et un sur le single Real Love, la même année (les effets sonores de Yellow Submarine). Le mixage mono RM11 de Tomorrow Never Knows, lui, figurait sur les tout premiers pressages britanniques de 1966. Il serait également faux de croire que le coffret contient toutes les prises : il en propose une sélection, parmi les dizaines de prises enregistrées entre avril et juin 1966. Certaines chansons, comme Good Day Sunshine, n’y sont pas représentées.
Avril 1966 : les premières séances, prise par prise
Les Beatles entrent aux studios EMI le mercredi 6 avril 1966, après trois mois sans enregistrer. C’est la plus longue pause de leur carrière depuis 1962. Ils ont du temps, pour la première fois : pas de tournée avant fin juin, pas de film à tourner. Ce luxe se lit dans les bandes.
Tomorrow Never Knows, prise 1 : “Mark I”
La toute première prise des séances, celle du 6 avril, porte sur la boîte de bande un titre de travail, “Mark I”. Publiée dès 1996 sur Anthology 2, elle surprend toujours. La chanson qui clôt Revolver y apparaît plus sombre, plus lourde, plus menaçante que dans sa version définitive. La structure est là, la voix de Lennon déjà traitée, mais l’architecture de boucles de bande qui fera la version publiée n’est pas encore en place : elle sera construite le lendemain, le 7 avril, à partir des bandes préparées par McCartney chez lui. Cette première prise est le négatif de la version connue : la même idée, sans la machinerie qui la rendra lumineuse. Nous avons consacré un article entier à la chanson, Tomorrow Never Knows, un voyage sonore inédit.
Tomorrow Never Knows, mixage mono RM11 : le collector
Le deuxième titre des sessions n’est pas une prise, mais un mixage. Le mixage mono numéro 11 de Tomorrow Never Knows a été gravé sur les tout premiers pressages britanniques de Revolver, avant d’être remplacé, très vite, par un autre mixage. Les différences portent sur l’équilibre et le placement des boucles. Pour les collectionneurs, ces premiers pressages mono sont depuis longtemps des pièces recherchées. La réédition de 2022 met ce mixage à la portée de tous, ce qui est une petite révolution pour les amateurs de variantes. Nous avons expliqué l’importance du mono pour les disques de cette période dans notre guide Les Beatles en mono ou en stéréo.
Got to Get You into My Life : deux chansons en une
C’est peut-être la révélation la plus spectaculaire des sessions. Got to Get You into My Life, telle qu’on la connaît, est un hommage à la soul de la Motown, porté par une section de cuivres. Mais la première version, enregistrée le 7 avril et publiée en 1996 sur Anthology 2, n’a rien à voir. Sans cuivres, elle repose sur un orgue et des chœurs, dans une ambiance plus éthérée, presque psychédélique. On croirait entendre une autre chanson, plus proche de l’esprit de Tomorrow Never Knows que de celui de Stax ou de Motown.
Le lendemain, 8 avril, les Beatles reprennent la chanson. La prise 8 de cette deuxième version, inédite jusqu’en 2022, montre l’arrangement en train de basculer vers la soul : la rythmique se resserre, la chanson gagne en énergie. Les cuivres ne seront ajoutés que le 18 mai, par cinq musiciens de jazz, dont plusieurs membres des Blue Flames de Georgie Fame. Le mixage mono non numéroté publié en 2022 documente un état intermédiaire de cette deuxième version. Entre la prise 5 et la version publiée, on mesure l’ampleur de la métamorphose : en six semaines, une ballade planante est devenue un morceau de soul. Nous avons raconté l’histoire de la chanson dans notre enquête Got to Get You into My Life : herbe ou LSD ?
Love You To : de Granny Smith au sitar
La chanson de George Harrison est d’abord enregistrée le 11 avril sous un titre de travail fantaisiste, Granny Smith, du nom d’une variété de pomme. La prise 1, publiée en 2022, est un document intime : Harrison seul, ou presque, à la guitare acoustique et au chant. La chanson y est déjà écrite, mais sans l’habillage indien qui fera sa singularité. On mesure ainsi la part de l’arrangement dans l’identité du morceau : sur le papier, c’est une chanson pop ; en studio, elle devient une pièce de musique indienne.
La répétition non numérotée et la prise 7 suivent la construction de cet habillage, avec le sitar et la tabla. La prise 7 contient en outre une harmonie vocale de McCartney, qui sera écartée du mixage final. Cette voix supplémentaire change la couleur du refrain : elle rapproche la chanson d’un morceau de groupe, alors que la version publiée met Harrison seul en avant. Le choix de retirer cette harmonie, conscient ou non, renforce le caractère solitaire et méditatif de la chanson.
Paperback Writer : la piste rythmique en construction
Les sessions de Revolver ne concernent pas seulement l’album. Le 13 avril, les Beatles enregistrent Paperback Writer, qui deviendra leur single de juin 1966, avec Rain en face B. Les prises 1 et 2 publiées en 2022 montrent la piste rythmique en construction : le groupe cherche le tempo, la mise en place, la puissance de la basse de McCartney, qui sera l’une des plus présentes jamais gravées sur un disque des Beatles. L’enregistrement du single bénéficie d’une innovation technique : Geoff Emerick et Ken Townsend utilisent un haut-parleur comme micro pour capter la basse, ce qui lui donne une profondeur inédite.
Rain : la chanson rapide devenue lente
Rain, enregistrée le 14 avril, offre l’une des démonstrations les plus claires des procédés de studio de 1966. Les Beatles enregistrent la piste rythmique à une vitesse plus rapide que celle de la version finale. La bande est ensuite ralentie, ce qui abaisse la tonalité et alourdit la texture, donnant au morceau sa langueur caractéristique. La réédition de 2022 publie la prise 5 deux fois : à sa vitesse réelle, telle qu’elle a été jouée, puis ralentie, telle qu’elle a été utilisée pour la bande maîtresse. La comparaison est saisissante. À vitesse réelle, Rain est une chanson de rock nerveuse, presque frénétique. Ralentie, elle devient pesante, hypnotique. Le procédé, appelé varispeed, est l’un des secrets du son de Revolver.
Doctor Robert, prise 7 : une fin qui n’en finit pas
Doctor Robert est enregistrée le 17 avril, un dimanche. La prise 7, publiée en 2022, dure près de trois minutes, contre un peu plus de deux minutes pour la version de l’album. La différence tient à la fin : la prise se prolonge par une longue coda instrumentale, que le mixage définitif a écourtée. On entend ainsi le groupe jouer au-delà de la chanson, comme sur scène, avant que le montage ne resserre le morceau. C’est un rappel utile : les chansons de Revolver ont été taillées, raccourcies, resserrées, et leur concision est en partie le fruit du travail de montage.
And Your Bird Can Sing : la version des Byrds
La chanson de Lennon est d’abord enregistrée le 20 avril dans une version très différente, dominée par une guitare Rickenbacker à douze cordes, qui sonne comme un hommage aux Byrds, le groupe américain de Roger McGuinn. La prise 2 de cette première version est publiée deux fois en 2022 : dans sa forme propre, inédite, et dans sa forme avec fou rire, déjà parue sur Anthology 2. Sur cette dernière, les voix ajoutées en surimpression sont interrompues par une crise de rire irrépressible de Lennon et McCartney, l’un des moments les plus joyeux de toutes les bandes des Beatles.
Le 26 avril, le groupe reprend la chanson à zéro. La prise 5 de cette deuxième version, publiée en 2022, montre le nouvel arrangement, plus dur, construit autour des deux guitares solistes jouées à l’unisson qui feront sa célébrité. Nous avons raconté cette transformation, et ses liens avec les Byrds, dans notre article And Your Bird Can Sing et les Byrds.
Taxman, prise 11 : les chœurs disparus
Taxman est enregistrée les 20 et 21 avril. La prise 11, du 21 avril, déjà publiée sur Anthology 2, est restée célèbre pour ses chœurs. On y entend Lennon et McCartney chanter en fausset, sur des paroles différentes de celles de la version définitive, des interjections plus comiques que satiriques. La chanson y paraît plus légère, plus proche de la parodie que du pamphlet. Les chœurs définitifs, plus secs, plus mordants, renforceront la charge politique de la chanson de Harrison contre le fisc britannique et ses taux d’imposition record.
I’m Only Sleeping : avant la guitare à l’envers
Le 29 avril, les Beatles enregistrent la chanson de Lennon sur la paresse et le sommeil. Le fragment de répétition, déjà publié sur Anthology 2, et les prises 2 et 5, inédites, montrent un état presque acoustique de la chanson, plus rapide, plus folk, sans les effets qui la rendront si étrange. La célèbre guitare inversée, que Harrison a composée et jouée pour qu’elle sonne juste une fois la bande retournée, ne sera ajoutée que le 5 mai. Les prises de travail permettent ainsi de mesurer l’effet de ce procédé : sans lui, la chanson est une belle ballade ; avec lui, elle devient un rêve éveillé.
Le mixage mono RM1, publié en 2022, ajoute un élément pour les spécialistes. Les différents mixages d’I’m Only Sleeping, réalisés en mai 1966, ne placent pas tous la guitare inversée aux mêmes endroits. C’est l’un des points de comparaison favoris des collectionneurs, qui opposent depuis longtemps les mixages britanniques et ceux publiés plus tôt aux États-Unis. Nous avons comparé ces cinq mixages, et raconté la nuit du 5 mai, dans notre histoire complète d’I’m Only Sleeping.
Eleanor Rigby : les cordes seules
Le 28 avril, dans le studio 2, huit musiciens classiques, quatre violons, deux altos et deux violoncelles, enregistrent l’arrangement écrit par George Martin pour Eleanor Rigby. Les deux documents publiés en 2022 sont précieux. Le premier est un échange parlé avant la prise 2, où l’on entend l’atmosphère de la séance, les consignes et les ajustements. Le second est la prise 2 elle-même, où l’octuor joue sans la voix de McCartney. On y entend l’arrangement dans sa nudité : des attaques sèches, peu de vibrato, une écriture rythmique qui doit beaucoup aux musiques de film de Bernard Herrmann, que Martin admirait. La voix de McCartney sera ajoutée le lendemain, le 29 avril.
L’ingénieur Geoff Emerick place ses micros tout près des instruments, à quelques centimètres des cordes, au grand dam de certains musiciens, habitués à une prise de son plus distante. C’est ce qui donne à la version finale son grain tranchant. Dans la prise 2, on perçoit déjà cette proximité.
Mai et juin 1966 : la fin des séances
À partir de mai, le rythme change. Le single Paperback Writer est terminé, l’album prend forme, et les Beatles savent que le départ en tournée, prévu le 23 juin pour l’Allemagne, approche. Les dernières séances sont parmi les plus inventives.
For No One, prise 10 : un squelette de deux instruments
Le 9 mai, McCartney enregistre For No One avec Ringo Starr. Ni Lennon ni Harrison ne jouent sur la chanson. La prise 10, piste de base publiée en 2022, permet d’entendre le clavicorde et le piano de McCartney avec la batterie de Ringo, sans le cor ni le chant. On y mesure combien le morceau repose sur un squelette minuscule : deux instruments, un tempo, et rien pour se cacher. Le célèbre solo de cor sera enregistré le 19 mai par Alan Civil, cor solo du Philharmonia Orchestra, qui doit atteindre une note à la limite de son instrument. Le contraste entre la prise de travail et la version finale montre ce que l’arrangement ajoute : une mélancolie de chambre qui fait de la chanson l’une des plus poignantes du disque.
Yellow Submarine : la complainte de Lennon
Les deux bandes de travail de Yellow Submarine sont sans doute les documents les plus importants de toute l’édition. Enregistrées à domicile, avant le studio, elles montrent la chanson en train de naître. Et elles bousculent une idée reçue. On attribue généralement Yellow Submarine à McCartney, qui l’a présentée comme une chanson pour enfants écrite pour Ringo. Or la première partie de la bande de travail fait entendre Lennon, à la guitare, chantant un couplet mélancolique, presque désolé, qui évoque un lieu où personne ne se souciait de personne. Le ton est à mille lieues de la comptine joyeuse que l’on connaît.
Dans la seconde partie, plus longue, la chanson évolue, et le refrain du sous-marin apparaît. On entend la rencontre de deux sensibilités : la mélancolie de Lennon et l’entrain de McCartney. La version finale gardera l’entrain et abandonnera la mélancolie. Ces bandes rappellent que la frontière entre les chansons “de Lennon” et “de McCartney” était souvent plus floue qu’on ne le croit, et que la collaboration se jouait aussi dans ce qui était retiré.
Yellow Submarine, prise 4 : Ringo sans les effets
Le 26 mai, la chanson est enregistrée en studio. La prise 4, publiée en 2022, présente la piste de base avant l’ajout des célèbres effets sonores. La voix de Ringo, simple et chaleureuse, porte une chanson qui, sans ses bruitages, ressemble à une ritournelle de music-hall. C’est le 1er juin que la séance la plus extravagante de Revolver la transforme : chaînes, verres, sifflets, cloches, une baignoire remplie d’eau, et une foule d’invités, dont Brian Jones des Rolling Stones, Marianne Faithfull et Pattie Boyd, qui chantent en chœur sur le dernier refrain. Le document “effets sonores mis en avant”, déjà paru en 1996 sur le single Real Love, permet d’entendre ces bruitages au premier plan. Nous avons évoqué cette séance dans notre enquête sur la première femme sur un disque des Beatles, car les voix de Marianne Faithfull et de Pattie Boyd font partie des premières voix féminines entendues sur un enregistrement du groupe.
I Want to Tell You, paroles et prise 4
Le document consacré à la chanson de George Harrison est l’un des plus courts des sessions : un peu plus d’une minute. Il réunit un échange parlé et la prise 4, enregistrée le 2 juin. On y entend la mise en place de l’arrangement et le moment où la dissonance de piano, qui fera la singularité de la chanson, prend forme. Pour l’histoire complète de cette chanson, de ses titres provisoires jusqu’à la tournée japonaise de 1991, nous renvoyons à notre article de référence, I Want to Tell You : de Revolver à Tokyo, l’histoire complète de la chanson de George Harrison.
Here, There and Everywhere, prise 6 : les trois voix
La ballade de McCartney est enregistrée à la mi-juin. La prise 6, publiée en 2022, permet d’entendre l’arrangement vocal en cours d’élaboration, avec les harmonies de Lennon et Harrison qui cherchent leur placement derrière la voix principale. À ce stade, la chanson sonne comme un enregistrement de groupe, plus franc et moins vaporeux que la version définitive, où la voix de McCartney sera doublée et adoucie. Nous avons raconté la genèse de cette chanson, écrite au bord de la piscine de Lennon, dans notre article Here, There and Everywhere, l’autre chanson de McCartney sur Revolver.
She Said She Said : la maquette et la répétition
Les deux derniers documents concernent la dernière chanson enregistrée pour Revolver. La maquette de Lennon, enregistrée à domicile, ne dure guère plus d’une minute. Elle montre l’état fragmentaire de la chanson avant le studio, inspirée par une conversation avec l’acteur Peter Fonda, lors d’une fête à Los Angeles en août 1965, au cours de laquelle Fonda affirmait savoir ce que l’on ressent quand on est mort.
La prise 15, répétition de la piste de base, est enregistrée le 21 juin, au cours d’une séance unique qui se prolonge jusqu’au petit matin. Elle est précédée d’un échange parlé entre les musiciens en train de mettre au point l’arrangement. C’est l’un des rares enregistrements où l’on entend les Beatles construire un morceau à partir de presque rien, en quelques heures. Selon plusieurs témoignages, dont celui de McCartney lui-même, cette séance a été marquée par une dispute, et il est possible que McCartney ait quitté le studio avant la fin, Harrison prenant la basse. McCartney a dit croire que c’était l’un des rares disques des Beatles sur lesquels il n’avait pas joué, mais les sources divergent sur ce point.
Précision : la dernière séance de Revolver
On lit souvent que les séances de Revolver se sont achevées le 21 juin 1966 avec She Said She Said. C’est vrai pour l’enregistrement : c’est la dernière chanson captée pour l’album. Mais le travail s’est poursuivi le 22 juin, consacré aux mixages et aux montages. Les Beatles partent le lendemain, 23 juin, pour Munich, où commence leur tournée en Allemagne, au Japon et aux Philippines. Les séances de Revolver s’étendent donc du 6 avril au 22 juin 1966. Le disque sort le 5 août au Royaume-Uni.
Ce que les sessions racontent des Beatles en 1966
Au-delà des révélations chanson par chanson, les disques des sessions dessinent un portrait du groupe au travail.
Un groupe qui joue encore ensemble
La première leçon est que les Beatles de 1966 sont encore un groupe qui joue ensemble. Les pistes de base sont captées en direct, les quatre musiciens réunis dans le studio, avant les ajouts. On entend la cohésion de quatre hommes qui jouent ensemble depuis près de dix ans, sur les scènes de Liverpool et de Hambourg. Cette cohésion se défera dans les années suivantes, jusqu’aux séances séparées de l’Album blanc.
Des chansons qui changent de nature
La deuxième leçon tient à l’ampleur des transformations. Got to Get You into My Life passe de la ballade planante à la soul, And Your Bird Can Sing des Byrds au rock à deux guitares, Yellow Submarine de la complainte à la comptine, Rain du rock nerveux au mantra ralenti. Aucune de ces chansons n’était fixée en entrant au studio. Le studio n’est pas un lieu où l’on enregistre des chansons écrites : c’est un lieu où on les écrit.
Le temps comme matière
Ces transformations ont été rendues possibles par une condition nouvelle : le temps. Pour Rubber Soul, en 1965, les Beatles avaient dû enregistrer un album entier en un mois, sous la pression de la sortie de Noël. Pour Revolver, ils disposent de près de trois mois. Ils peuvent enregistrer une chanson, l’écouter, la remettre en cause, la reprendre à zéro. Les deux versions de Got to Get You into My Life et d’And Your Bird Can Sing sont le fruit direct de ce luxe nouveau.
La voix des Beatles entre les prises
Enfin, les sessions font entendre ce que les disques ne montrent jamais : la voix des Beatles entre les prises. Les échanges parlés, les consignes, les fous rires révèlent l’ambiance des séances. On y entend un groupe concentré mais joyeux, capable de crises de rire au milieu du travail, et un George Martin attentif, qui guide sans imposer. Ces moments rappellent que Revolver, album souvent présenté comme cérébral et expérimental, a été enregistré par quatre jeunes hommes qui s’amusaient.
Ce que les sessions ne contiennent pas
Une édition d’archives se définit aussi par ce qu’elle laisse de côté.
Good Day Sunshine, absente
Good Day Sunshine, enregistrée les 8 et 9 juin 1966, est la seule chanson de l’album qui n’a pas de document de session sur le coffret. C’est une absence notable, car la chanson, avec son piano de music-hall joué en partie par George Martin, aurait offert un éclairage intéressant sur la manière dont McCartney construisait ses arrangements.
Une sélection, pas une intégrale
Plus largement, les 31 documents ne représentent qu’une petite partie des prises conservées. Certaines chansons ont nécessité des dizaines de prises ; seules une ou deux sont publiées. Les séances de mixage, les ajouts successifs, les nombreuses répétitions restent pour l’essentiel inédits. Les collectionneurs qui espéraient une intégrale, comme celles publiées pour certains artistes, en sont restés pour leurs frais. La logique de la série de rééditions est différente : offrir une sélection représentative, accessible au grand public.
Le mixage stéréo d’origine
Autre absence, plus discutée : le mixage stéréo d’origine de 1966 ne figure pas dans le coffret, qui propose le nouveau mixage stéréo de 2022 et le mixage mono d’origine. Ce choix s’explique : pour les Beatles et George Martin, en 1966, le mono était le véritable disque, et la stéréo une version secondaire, souvent réalisée rapidement. Mais certains amateurs regrettent de ne pas pouvoir comparer directement les deux stéréos.
Le précédent de Rubber Soul : une série de rééditions
La Special Edition de Revolver s’inscrit dans une série. Après Revolver en 2022, la réédition suivante de la série, celle de Rubber Soul, est parue le 2 octobre 2026, avec à son tour des disques de sessions. Nous en avons publié une analyse plage par plage, Coffret Rubber Soul 2026 : ce qui est vraiment inédit sur le disque des sessions. Les deux coffrets permettent désormais de suivre les Beatles, séance après séance, de l’automne 1965 au printemps 1966, c’est-à-dire pendant la période où leur manière de travailler en studio a le plus changé. Pour comparer les deux albums, on pourra lire notre article Rubber Soul contre Revolver : le duel.
Guide d’écoute : cinq comparaisons à faire
Pour tirer le meilleur des disques des sessions, rien ne vaut la comparaison directe avec la version publiée. En voici cinq, particulièrement parlantes.
Rain, vitesse réelle contre version ralentie
Écouter l’une après l’autre les deux versions de la prise 5 de Rain, puis la version du single. On entend le varispeed transformer un morceau de rock rapide en mantra pesant.
Got to Get You into My Life, prise 5 contre version finale
Écouter la première version, éthérée, puis la version de l’album, avec ses cuivres. On mesure la métamorphose d’une chanson en six semaines.
Yellow Submarine, bande de travail contre version finale
Écouter la première partie de la bande de travail, avec le couplet mélancolique de Lennon, puis la version de l’album. On entend ce que la chanson aurait pu être.
I’m Only Sleeping, prise 2 contre version finale
Écouter la prise 2, presque acoustique, puis la version de l’album, avec sa guitare inversée. On entend l’effet d’un seul procédé sur l’atmosphère d’une chanson.
Eleanor Rigby, prise 2 contre version finale
Écouter l’octuor seul, puis la version avec la voix de McCartney. On entend combien l’arrangement de George Martin porte la chanson, au point de pouvoir tenir sans elle.
À écouter et à voir
- La bande-annonce officielle de Revolver: Special Edition (2022).
- Got to Get You into My Life, première version, prise 5.
- Yellow Submarine, bandes de travail.
- Rain, prise 5 à vitesse réelle.
- She Said She Said, maquette de John.
- Giles Martin explique le démixage de Revolver.
Disques et livres pour aller plus loin
- Revolver: Special Edition, Super Deluxe 5 CD, avec les deux CD de sessions et le livre de 100 pages.
- Revolver: Special Edition, Super Deluxe vinyle, quatre 33 tours et un EP.
- Revolver: Special Edition, Deluxe 2 CD, le nouveau mixage et une sélection de sessions.
- The Beatles, Anthology 2, où figuraient dès 1996 cinq prises de 1966.
- Rubber Soul: Special Edition (2026), l’album précédent, avec ses propres sessions.
- Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, la référence pour les dates et les prises.
- Geoff Emerick, En studio avec les Beatles, les mémoires de l’ingénieur de Revolver.
- Robert Rodriguez, Revolver: How the Beatles Reimagined Rock ’n’ Roll.
- Klaus Voormann, Revolver 50: Birth of an Icon, le roman graphique de l’auteur de la pochette.
Chronologie des séances représentées
| Date | Événement |
|---|---|
| 6 avril 1966 | Premier jour des séances : Tomorrow Never Knows, prise 1 (“Mark I”) |
| 7 avril 1966 | Boucles de Tomorrow Never Knows ; première version de Got to Get You into My Life |
| 8 avril 1966 | Deuxième version de Got to Get You into My Life |
| 11 avril 1966 | Love You To, alias Granny Smith |
| 13-14 avril 1966 | Paperback Writer et Rain |
| 17 avril 1966 | Doctor Robert |
| 20-21 avril 1966 | Première version d’And Your Bird Can Sing ; Taxman |
| 26 avril 1966 | Nouvelle version d’And Your Bird Can Sing |
| 28-29 avril 1966 | Eleanor Rigby (cordes puis voix) ; I’m Only Sleeping |
| 5 mai 1966 | Guitare inversée d’I’m Only Sleeping |
| 9 mai 1966 | For No One, piste de base |
| 18-19 mai 1966 | Cuivres de Got to Get You into My Life ; cor d’Alan Civil sur For No One |
| 26 mai 1966 | Yellow Submarine, piste de base |
| 1er juin 1966 | Séance des effets sonores de Yellow Submarine |
| 2 juin 1966 | I Want to Tell You |
| 8-9 juin 1966 | Good Day Sunshine (absente du coffret) |
| Mi-juin 1966 | Here, There and Everywhere |
| 21 juin 1966 | She Said She Said, dernière chanson enregistrée |
| 22 juin 1966 | Mixages et montages, dernière séance |
| 5 août 1966 | Sortie de Revolver au Royaume-Uni |
| 1996 | Anthology 2 et le single Real Love publient six documents de 1966 |
| 28 octobre 2022 | Sortie de Revolver: Special Edition |
Questions fréquentes
Combien de titres comptent les disques des sessions de Revolver ?
Trente et un, répartis sur deux CD dans le coffret Super Deluxe, ou sur quatre faces de vinyle.
Les sessions de Revolver sont-elles toutes inédites ?
Non. Vingt-cinq étaient inédites en 2022. Cinq avaient paru sur Anthology 2 en 1996 et une sur le single Real Love la même année.
Quelle est la principale révélation des sessions ?
Les bandes de travail de Yellow Submarine, où Lennon chante un couplet mélancolique très éloigné de la comptine finale, et les deux versions très différentes de Got to Get You into My Life.
Quelle chanson de Revolver est absente des sessions ?
Good Day Sunshine, enregistrée les 8 et 9 juin 1966, est la seule chanson de l’album sans document de séance dans le coffret.
Qui a réalisé le nouveau mixage de Revolver ?
Giles Martin et Sam Okell, grâce à la technologie de démixage développée par l’équipe de WingNut Films, la société de Peter Jackson, pour Get Back.
Quand ont eu lieu les séances de Revolver ?
Du 6 avril au 22 juin 1966, aux studios EMI de St John’s Wood, à Londres, aujourd’hui appelés Abbey Road Studios.
Le coffret contient-il le mixage stéréo de 1966 ?
Non. Il propose le nouveau mixage stéréo de 2022 et le mixage mono d’origine, considéré à l’époque comme la version principale.
Glossaire
- Prise : enregistrement complet ou partiel d’une chanson, numéroté dans l’ordre de la séance.
- Piste de base : enregistrement de la rythmique, sur lequel sont ajoutés ensuite les voix et les autres instruments.
- Bande de travail : enregistrement domestique réalisé pendant l’écriture d’une chanson.
- Mixage RM : “remix mono”, mixage mono numéroté dans l’ordre de sa réalisation.
- Réduction : report de plusieurs pistes sur une seule, pour libérer de la place sur une bande à quatre pistes.
- Varispeed : modification de la vitesse de la bande, qui change la hauteur et le tempo.
- Démixage : séparation a posteriori, par apprentissage automatique, d’instruments enregistrés ensemble sur une même piste.
Sources
- Revolver: Special Edition, Wikipedia, pour la liste des titres, les formats et les classements.
- Recording Revolver, The Paul McCartney Project, pour le calendrier des séances.
- Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, Hamlyn, 1988, pour les dates et les numéros de prises.
- Geoff Emerick et Howard Massey, Here, There and Everywhere: My Life Recording the Music of the Beatles, 2006 (En studio avec les Beatles en français).
- Kevin Howlett, notes du livret de Revolver: Special Edition, 2022.
- Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now, 1997, pour le témoignage de McCartney sur She Said She Said.
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