Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Toutes les collaborations musicales

Yellow-Sub.net · Enquêtes croisées · 1970–2021

Ringo Starr et Phil Spector en 1970 : Lennon, Yoko Ono et Harrison

Trois types de production, des groupes différents et des crédits que les rééditions permettent de distinguer.

1970 : une année, trois logiques d’enregistrement

Après la séparation des Beatles, Ringo Starr accompagne plusieurs de ses anciens partenaires dans leurs projets personnels. Le nom de Phil Spector revient dans cette histoire, mais il ne suffit pas à prouver la participation de Ringo à une chanson. John Lennon, Yoko Ono et George Harrison travaillent avec des formations et des modes de production distincts. Un producteur crédité sur deux disques ne signifie pas qu’il a supervisé chaque séance de la même manière.

Cette étude compare les configurations plutôt que de répéter les notices de chaque titre. Elle sépare crédits d’album, séances attestées, masters publiés et archives rééditées. Cette méthode permet de reconnaître les contributions de Starr tout en évitant les attributions par simple proximité de noms.

Instant Karma! : la batterie n’est pas celle de Ringo

Le single « Instant Karma! (We All Shine On) », enregistré par Lennon en janvier 1970 avec la contribution de Phil Spector, constitue un premier cas de vérification négative. La documentation officielle de John Lennon identifie Alan White à la batterie, Klaus Voormann à la basse, George Harrison à la guitare et Lennon au piano. Le nom de Ringo ne figure pas parmi les instrumentistes de cette séance.

Il serait donc faux d’intégrer ce single à la liste des enregistrements de batterie de Ringo, même si Lennon, Harrison, Voormann et Spector se retrouvent dans d’autres projets où il joue. La proximité d’un entourage musical n’est jamais un crédit de master. Les témoignages directs associés au programme officiel de « Instant Karma! » éclairent précisément cette absence.

26 et 27 mai 1970 : deux journées distinctes chez Harrison

Les archives officielles de George Harrison décrivent quinze démonstrations enregistrées le 26 mai 1970 au studio 3 d’EMI, avec Ringo Starr et Klaus Voormann. Le lendemain, Harrison enregistre quinze nouvelles démonstrations destinées à présenter son répertoire au coproducteur Phil Spector. Il les interprète pour la plupart seul. Ces trente pièces ne constituent ni une séance unique ni une trentaine de collaborations automatiquement attribuables à Ringo.

Cette séparation est essentielle pour les notices de chansons. Sur la démonstration de « My Sweet Lord » du 26 mai, l’archive identifie une batterie de Ringo, sensiblement différente de l’arrangement définitif. La version commercialisée de l’œuvre relève d’un autre parcours de studio : on ne peut pas transférer automatiquement le crédit de la maquette au master final.

All Things Must Pass : le problème des deux batteries

À partir du 28 mai, Harrison réunit un ensemble considérable où figurent, entre autres, Eric Clapton, Carl Radle, Bobby Whitlock, Jim Gordon, Billy Preston, Klaus Voormann, les membres de Badfinger et Ringo Starr. Spector souhaite additionner les guitares, les claviers et parfois les percussions. L’ingénieur Philip McDonald enregistre ces formations sur huit pistes, avec des regroupements de microphones et d’instruments.

Le fonds Harrison précise que les boîtes de bandes mentionnent souvent les instruments sans identifier tous les musiciens. Des titres ont été repris plusieurs fois avec des distributions différentes. La présence de Ringo dans l’équipe est établie, mais l’attribution de toutes les parties de batterie à une personne unique ne l’est pas. Une encyclopédie doit conserver ces incertitudes, particulièrement pour les arrangements qui font intervenir plusieurs batteurs.

John Lennon/Plastic Ono Band : la force d’un trio

À l’automne 1970, John Lennon enregistre un album épuré dans lequel la batterie de Ringo dialogue avec la basse de Klaus Voormann et les instruments joués par Lennon. Les crédits officiels indiquent John Lennon à la voix, au piano et à la guitare, Ringo Starr à la batterie, Voormann à la basse et Billy Preston au piano sur « God ». Phil Spector est crédité au piano sur « Love ». La production est attribuée conjointement à John Lennon, Yoko Ono et Phil Spector, formulation plus exacte que la mention sommaire « produit par Spector ».

Le dispositif musical n’est pas celui d’All Things Must Pass : un petit groupe expose la texture des instruments plutôt que de les fondre dans une masse de prises. Mais même dans ce cadre, un crédit d’album n’autorise pas à placer une batterie de Ringo sur toutes les pistes. Les passages dépouillés de guitare ou de piano, les prises abandonnées et les ajouts de studio doivent être documentés au niveau du titre.

9 octobre 1970 : God, Isolation, Love et Remember

La séance du 9 octobre 1970 au studio 3 d’EMI est associée au trentième anniversaire de John Lennon. Elle réunit Lennon, Voormann et Ringo Starr, avec l’intervention ultérieure de Billy Preston. Les travaux portent sur « Isolation », « God », « Love » et « Remember », dont certaines parties font l’objet de reprises, de mixages ou de prises complémentaires. Cette journée est présentée par les chronologies spécialisées comme la première séance de cet album supervisée par Spector.

Une séance collective n’est pas une preuve de jeu instrumental sur chacune des chansons qui y passent. « Love » exige notamment de distinguer le travail de Lennon et du piano attribué à Spector de la batterie des morceaux voisins. Les fiches individuelles du dossier reconstituent les prises de « God », « Remember », « Isolation » et « Hold On » sans les transformer en un seul enregistrement fictif.

Yoko Ono/Plastic Ono Band : la même équipe, mais un disque distinct

Le disque de Yoko Ono intitulé Plastic Ono Band paraît lui aussi en 1970. La publication officielle identifie Yoko Ono au chant, John Lennon à la guitare, Klaus Voormann à la basse et Ringo Starr à la batterie sur la majorité des compositions issues des séances d’Abbey Road. Cette formation soutient une musique beaucoup plus improvisée et abrasive que celle du disque de Lennon. Les deux albums ne peuvent être fusionnés par leur titre commun.

Les crédits de production du disque d’Ono sont ceux de John et Yoko. Il serait inexact de reprendre par automatisme la formule Lennon–Ono–Spector de l’album de John. Une encyclopédie de sessions doit donc laisser Phil Spector en dehors des séances d’Ono tant qu’aucune pièce documentaire propre à une prise n’établit une participation supplémentaire.

AOS : le piège d’un crédit global de batterie

« AOS », présent sur l’album de Yoko Ono, provient d’une performance avec le groupe d’Ornette Coleman, dont la distribution comprend notamment le batteur Edward Blackwell, ainsi que les bassistes David Izenzon et Charlie Haden. Ce document a une provenance et un personnel différents du noyau Lennon–Voormann–Starr. Il ne peut pas être rangé dans les prestations de batterie de Ringo sur la seule foi du titre de l’album.

La différence entre « Why », qui relève du groupe d’Ono avec Ringo, et « AOS », qui renvoie au contexte Coleman, illustre l’importance de vérifier les crédits piste par piste. Des bases de données affichent parfois tous les musiciens au niveau du disque, laissant à tort croire à une participation uniforme. L’indexation doit préserver le personnel de chaque enregistrement, ses dates et ses éditions.

2021 : les archives permettent des lectures comparées

Deux grandes publications de 2021 modifient la documentation accessible. Le cinquantième anniversaire d’All Things Must Pass sépare les démonstrations du 26 mai, celles du 27 mai et les sessions avec ensemble. Les archives de John Lennon/Plastic Ono Band, regroupées sous le titre The Ultimate Collection, distinguent nouveaux mixages, prises alternatives, éléments isolés, bandes brutes, évolution des chansons et improvisations.

Un « Elements Mix » ne désigne pas une chanson nouvelle ; une prise alternative ne signifie pas nécessairement une formation différente. À l’inverse, le remplacement d’un batteur sur une prise précise est une information documentaire importante. La valeur encyclopédique ne se mesure pas au nombre artificiel de pistes publiées, mais à la capacité d’associer une performance identifiable de Ringo au master et à l’édition qui en conserve le témoignage.

Les instruments enregistrés ensemble : ce que perdent les sous-mixages

L’organisation technique des grandes séances Harrison explique en partie pourquoi certains crédits demeurent discutés. Quand plusieurs microphones de batteries sont mélangés vers une seule piste du magnétophone huit pistes, la séparation ultérieure des gestes instrumentaux devient difficile. La présence d’un batteur sur une photographie de groupe, même datée, ne dit pas quelle prise fut finalement choisie.

À l’inverse, le dispositif du trio Lennon–Voormann–Starr a produit une documentation qui associe plus directement un petit nombre d’instruments à des performances individuelles. Mais les changements de prises, les nouveaux mixages et les interventions de Preston ou de Spector exigent toujours le même degré de vigilance. L’histoire musicale ne doit pas céder à la facilité d’un crédit global.

Trois degrés de certitude pour les contributions de Ringo

Le premier niveau de preuve est le crédit de l’édition commerciale : il atteste le nom publié, pas nécessairement la présence sur chaque chanson. Le deuxième résulte des notes de session et des documents d’archive : il permet de situer un musicien dans une journée d’enregistrement et parfois sur une prise. Le troisième, plus précis, combine les bandes, les relevés de piste et une identification fiable de l’instrument sur le master finalement retenu.

Une entrée de catalogue peut donc parfaitement indiquer « Ringo présent au studio » sans inscrire son nom sur une version dont le personnel demeure incertain. Les archives officielles Harrison reconnaissent elles-mêmes que l’attribution des interprètes de certaines prises ne pourra jamais être totalement résolue. Une présentation qui signale honnêtement cette limite est plus fiable qu’un tableau faussement exhaustif.

La place de Phil Spector : production, mixage, instrument

Sur « Instant Karma! », Spector occupe une place réelle dans l’organisation sonore sans que Ringo fasse partie du groupe enregistré. Sur l’album de John Lennon, Spector figure parmi trois producteurs et intervient également au piano sur « Love ». Sur All Things Must Pass, il partage la production avec Harrison et influence l’ampleur de l’instrumentation. Ce sont trois formes de relation différentes, documentées par des crédits et des témoignages.

Dans le même temps, le disque de Yoko Ono n’adopte pas les crédits de production du LP de Lennon. Une chronologie des collaborations de Starr gagne ainsi à ne pas traiter « enregistré avec Phil Spector » comme une catégorie musicale suffisante : il faut préciser le projet, l’année, le groupe, l’instrument joué, et si Spector produisait la prise ou intervenait dans le mixage.

Conclusion : une cartographie critique, non un catalogue gonflé

Ringo Starr participe à des entreprises artistiques majeures de 1970 : les démonstrations et les séances de Harrison, le trio de Lennon et les explorations vocales de Yoko Ono. Phil Spector appartient à une partie importante de cette constellation, mais il n’en est pas le dénominateur universel. Les crédits officiels et les archives du cinquantième anniversaire permettent de retrouver avec précision certaines présences tout en écartant des attributions courantes mais fausses, comme la batterie de Ringo sur « Instant Karma! ».

Cette synthèse sert de carte de navigation entre des centaines de notices déjà présentes sur Yellow-Sub. Elle oriente vers les enquêtes instrumentales et les versions documentées au lieu de les répéter, et maintient un critère constant : une collaboration n’est encyclopédiquement établie que lorsqu’on peut préciser de quel enregistrement il est question.

Études complémentaires du dossier

Ringo Starr et John Lennon · Ringo Starr et Yoko Ono · Ringo Starr et George Harrison · « My Sweet Lord », démonstration du 26 mai 1970 · « I Dig Love », démonstration de 1970 · « God » avec Billy Preston · La méthode des crédits.