Une cinquantaine de kilomètres séparent Liverpool de Manchester. Ce sont les deux grandes villes du nord-ouest de l’Angleterre, les deux capitales ouvrières de la révolution industrielle, deux rivales depuis deux siècles sur les quais, sur les terrains de football et dans les hit-parades. Entre 1957 et 1970, la première a donné au monde les Beatles. Entre 1991 et 2009, la seconde lui a donné Oasis, le groupe qui s’est le plus ouvertement réclamé d’eux. La comparaison a été faite mille fois, presque toujours sous l’angle des emprunts musicaux et des provocations des frères Gallagher, que nous avons analysés dans Oasis et les Beatles : pourquoi leur amour dérange les fans.
Cette page prend un autre chemin, celui qu’indique son titre : de Liverpool à Manchester. Elle raconte deux histoires parallèles, ville contre ville, quartier contre quartier, club contre club, découvreur contre découvreur, mania contre mania, frères contre duo, séparation contre séparation. Elle passe au crible le code visuel qu’Oasis a emprunté aux Beatles, des pochettes aux guitares, en démêlant ce qui est voulu de ce que les fans ont cru voir. Et elle part d’un fait que peu de gens connaissent : bien avant que les Gallagher ne choisissent ce nom, les Beatles avaient joué quatre fois dans un club de Manchester qui s’appelait déjà l’Oasis.
En bref
Les Beatles ont joué quatre fois à l’Oasis Club de Manchester, 45-47 Lloyd Street, entre le 2 février 1962 et le 22 février 1963 ; c’était leur premier concert organisé par un professionnel hors de Liverpool. Le groupe des Gallagher, lui, tient son nom d’une affiche de tournée des Inspiral Carpets mentionnant l’Oasis Leisure Centre de Swindon. Né de The Rain en 1990 à Manchester, Oasis donne son premier concert au Boardwalk le 14 août 1991, est repéré par Alan McGee le 31 mai 1993 à King Tut’s, à Glasgow, après avoir joué I Am the Walrus, publie Supersonic le 11 avril 1994, Definitely Maybe le 29 août 1994 et (What’s the Story) Morning Glory? le 2 octobre 1995, joue devant 125 000 personnes deux soirs de suite à Knebworth les 10 et 11 août 1996, se sépare à Paris le 28 août 2009 et se reforme en 2025. La pochette du single Live Forever (8 août 1994) montre la maison d’enfance de John Lennon, 251 Menlove Avenue.
Sommaire
Deux villes, cinquante kilomètres, une rivalité
Le port et la filature
La rivalité entre Liverpool et Manchester est l’une des plus anciennes de l’histoire urbaine britannique, et elle est d’abord économique. Liverpool est un port, tourné vers l’Atlantique, l’Irlande et l’Amérique ; Manchester est la ville du coton, la “Cottonopolis” des filatures de la révolution industrielle. Pendant tout le XIXe siècle, la seconde dépend de la première pour importer sa matière première et exporter ses tissus. C’est pour relier les deux villes que naît en 1830 le Liverpool and Manchester Railway, première ligne de chemin de fer interurbaine au monde à transporter des voyageurs selon un horaire régulier. Et c’est pour se passer du port de Liverpool et de ses droits de quai que Manchester creuse le Manchester Ship Canal, inauguré en 1894, qui permet aux navires de remonter directement jusqu’à elle.
Cette concurrence a laissé des traces dans toutes les formes de fierté locale. Le football en est l’expression la plus visible : Liverpool et Everton d’un côté, Manchester United et Manchester City de l’autre, avec des rivalités qui ne se limitent pas aux stades. Les frères Gallagher sont des supporters notoires de Manchester City. La musique en est une autre, et la plus pertinente ici : chacune des deux villes revendique sa lignée de groupes, et chacune regarde l’autre avec un mélange d’admiration et d’agacement. Quand Liam Gallagher a affirmé, le 6 octobre 2026, qu’Oasis avait “remis les Beatles sur la carte”, il s’adressait d’abord à des supporters de Liverpool ; nous avons démêlé la part de vérité et la part de provocation de cette sortie dans Liam Gallagher affirme qu’Oasis a remis les Beatles sur la carte.
Woolton, Allerton, Burnage
À l’échelle des quartiers, la comparaison est plus nuancée qu’on ne le dit. Les Beatles ne viennent pas tous des mêmes milieux. John Lennon grandit chez sa tante Mimi à Mendips, 251 Menlove Avenue, une maison jumelée bourgeoise de Woolton, avec un jardin et une bibliothèque ; Paul McCartney dans une maison de cité municipale de Forthlin Road, à Allerton ; George Harrison dans des logements ouvriers de Wavertree puis de Speke ; Ringo Starr dans le Dingle, le quartier le plus pauvre des quatre, aux maisons alignées sans salle de bains. Le mythe des “quatre garçons pauvres” est donc à corriger : Lennon appartient à la petite bourgeoisie, Starr à la classe ouvrière la plus modeste, les deux autres entre les deux.
Les Gallagher, eux, grandissent à Burnage, un quartier du sud de Manchester fait de logements sociaux d’après-guerre, dans une famille ouvrière. Noel est né le 29 mai 1967 à Longsight, Liam le 21 septembre 1972 à Burnage ; le troisième frère, Paul, est l’aîné de la fratrie. Le parallèle le plus juste n’est donc pas avec Lennon, le garçon de Woolton, mais avec Starr ou Harrison, les garçons des cités. Le point commun le plus fort, lui, est ailleurs : dans les deux cas, des enfants du nord industriel conquièrent Londres, puis le monde, sans perdre leur accent ni leur méfiance pour l’establishment du sud.
L’Irlande des deux côtés
Un autre lien, rarement souligné, unit les deux groupes : l’Irlande. Liverpool, port d’arrivée de centaines de milliers d’émigrés irlandais au XIXe siècle, porte cette ascendance dans sa population, et les quatre Beatles ont des racines irlandaises plus ou moins proches ; Lennon s’en réclamera dans The Luck of the Irish et Sunday Bloody Sunday en 1972, McCartney dans Give Ireland Back to the Irish la même année. Les Gallagher, eux, sont des enfants d’immigrés de première génération : leur mère, Peggy, vient du comté de Mayo, leur père, Thomas, du comté de Meath. Les deux groupes appartiennent à cette diaspora irlandaise et catholique (pour les Gallagher) ou mixte (pour les Beatles) qui a façonné les villes ouvrières du nord de l’Angleterre.
Des familles fracturées
Les enfances des deux groupes ont aussi en commun des blessures familiales. Lennon est élevé par sa tante après la séparation de ses parents ; son père, Alfred, est absent, et sa mère, Julia, meurt renversée par une voiture le 15 juillet 1958, alors qu’il a 17 ans. McCartney perd sa mère, Mary, le 31 octobre 1956, à 14 ans. Ce deuil commun a souvent été présenté comme l’un des ciments du duo. Les Gallagher, de leur côté, ont parlé publiquement d’un père qu’ils décrivent comme violent, que leur mère a quitté au milieu des années 1980 en emmenant ses fils. Il ne faut pas forcer le parallèle, chaque histoire étant singulière, mais il est réel : dans les deux cas, la musique s’est construite en partie contre une enfance difficile, et dans les deux cas, une mère occupe une place centrale dans la mythologie du groupe, Julia pour Lennon, Peggy pour les Gallagher.
Le club Oasis de Manchester : les Beatles l’ont joué en 1962
Quatre concerts au 45-47 Lloyd Street
Voici le fait le plus étonnant de toute cette histoire croisée. Le vendredi 2 février 1962, les Beatles donnent un concert à l’Oasis Club de Manchester, situé au 45-47 Lloyd Street et exploité par Kennedy Street Enterprises. Le concert est organisé par le gérant du club, Tony Stuart, et il a une importance historique : c’est, selon la chronologie de référence, le premier concert des Beatles organisé de manière professionnelle hors de la région de Liverpool. Brian Epstein vient de prendre le groupe en main, l’audition Decca a eu lieu un mois plus tôt, et les Beatles commencent à sortir de leur ville.
Ils reviendront à l’Oasis Club trois autres fois : le 29 septembre 1962, le 8 décembre 1962, deux mois après la sortie de Love Me Do, et le 22 février 1963, alors que Please Please Me grimpe vers le sommet des classements. Le répertoire de ces soirées comptait une vingtaine de titres, de reprises comme The Hippy Hippy Shake ou Money (That’s What I Want) à des compositions de jeunesse comme Like Dreamers Do ou Hello Little Girl. Le bâtiment a été réaménagé dans les années 1990 et le club n’existe plus. Pour le contexte de ces mois décisifs, on lira notre article sur l’audition Decca du 1er janvier 1962 et celui sur Love Me Do, le 45 tours qui fit entrer les Beatles dans l’histoire.
L’origine réelle du nom d’Oasis
Les Beatles ont donc joué à “l’Oasis” de Manchester. Mais le groupe des Gallagher ne tient pas son nom de ce club. Il naît en 1990 sous le nom de The Rain, avec Paul McGuigan, Paul Arthurs, dit Bonehead, Tony McCarroll et le chanteur Chris Hutton. Quand Liam Gallagher remplace Hutton, le groupe change de nom en s’inspirant d’une affiche de tournée des Inspiral Carpets, accrochée dans la chambre que Liam partageait avec Noel, sur laquelle figurait une salle de concert de Swindon : l’Oasis Leisure Centre, un centre de loisirs avec piscine.
Le premier nom du groupe, The Rain, est en revanche un clin d’œil probable aux Beatles : Rain est la face B de Paperback Writer (1966), avec sa bande inversée et son tempo ralenti. Mais ce nom a été choisi avant l’arrivée de Liam et de Noel, et rien n’établit qu’il s’agissait d’un hommage délibéré. Le clin d’œil fonctionne davantage pour nous que pour ceux qui l’ont choisi.
Correctif factuel : le nom d’Oasis ne vient pas d’une affiche des Beatles
Une rumeur tenace veut que le nom d’Oasis vienne d’une affiche des Beatles annonçant un concert à l’Oasis de Manchester, accrochée dans la chambre de Noel Gallagher. La rumeur mélange deux faits exacts. Les Beatles ont bien joué quatre fois à l’Oasis Club de Manchester en 1962 et 1963. Mais l’affiche de la chambre des frères était celle d’une tournée des Inspiral Carpets, groupe dont Noel était alors le technicien, et la salle qui a donné son nom au groupe était l’Oasis Leisure Centre de Swindon, dans le Wiltshire, à plus de deux cents kilomètres de Manchester. La coïncidence est réelle ; la filiation ne l’est pas.
Noel, né deux semaines après la présentation de Sgt. Pepper
Autre coïncidence souvent relevée : Noel Gallagher est né le 29 mai 1967, en pleine sortie de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. L’album est publié au Royaume-Uni le 26 mai 1967 selon certaines sources, le 1er juin selon la date officielle. Noel naît donc dans la semaine même où le disque arrive dans les bacs, ce qui est déjà beaucoup pour un futur dévot des Beatles. Le hasard a ses limites, toutefois, et il faut corriger un détail répandu.
Correctif factuel : le 29 mai 1967 n’est pas le jour de la conférence de presse de Sgt. Pepper
On lit parfois que Noel Gallagher est né “le jour de la célèbre conférence de presse des Beatles annonçant Sgt. Pepper”. La présentation de l’album à la presse a eu lieu le 19 mai 1967, au domicile londonien de Brian Epstein, 24 Chapel Street à Belgravia, lors d’une réception restée célèbre pour les photographies de Linda Eastman, future Linda McCartney, qui y rencontre Paul. Noel naît dix jours plus tard, le 29 mai. Le seul rapprochement exact est avec la sortie de l’album, entre le 26 mai et le 1er juin 1967.
Le lien générationnel suivant, en revanche, ne doit rien au hasard. Liam Gallagher a appelé son fils aîné Lennon, né le 13 septembre 1999 de son mariage avec l’actrice Patsy Kensit. Il est difficile d’être plus explicite.
Manchester, première porte de sortie des Beatles
L’Oasis Club n’est pas un épisode isolé. Quand on reprend la chronologie des débuts des Beatles, Manchester apparaît comme la première ville où le groupe a tenté de sortir de Liverpool, et comme celle qui lui a ouvert la télévision. Cette histoire, presque oubliée, renverse la perspective habituelle : avant d’être la ville de leurs héritiers, Manchester a été pour les Beatles une étape décisive.
Le Hippodrome, novembre 1959 : le dernier train
En novembre 1959, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison, qui se font alors appeler Johnny and the Moondogs, participent aux éliminatoires de TV Star Search, le concours de jeunes talents de l’imprésario Carroll Levis, dont la finale régionale se tient au Hippodrome de Manchester le 15 novembre 1959. Ils ont franchi les premiers tours à Liverpool et font le voyage en train. Mais le vote du public se fait à l’applaudimètre en fin de soirée, et les trois garçons, qui n’ont pas l’argent pour une chambre d’hôtel, doivent partir pour attraper le dernier train avant d’avoir pu être jugés. Lennon racontera, selon la tradition, qu’il serait reparti avec une guitare prise dans les coulisses. Le premier voyage des futurs Beatles à Manchester se solde donc par un échec, faute d’argent pour rester jusqu’au bout. Le détail est cruel, et il annonce l’un des thèmes de cette histoire croisée : pour des garçons du nord sans argent, la gloire se joue parfois à un horaire de train près.
Granada, 17 octobre 1962 : la première télévision en direct
Manchester est aussi le siège de Granada Television, la chaîne régionale du nord-ouest de l’Angleterre, et c’est elle qui donne aux Beatles leurs premières images télévisées. Le 22 août 1962, quatre jours après l’arrivée de Ringo Starr dans le groupe, une équipe de Granada filme les Beatles au Cavern pour l’émission Know the North, interprétant Some Other Guy ; on entend sur la bande un spectateur réclamer Pete Best, tout juste congédié. Le 17 octobre 1962, douze jours après la sortie de Love Me Do, les Beatles font leur première apparition télévisée en direct, dans l’émission People and Places, depuis les studios de Granada à Manchester. Ils y jouent Some Other Guy et Love Me Do. C’est le début d’une relation durable : Granada et son émission Scene at 6.30 accueilleront le groupe à plusieurs reprises en 1963, au moment où la Beatlemania prend forme.
La télévision a joué dans l’ascension des Beatles un rôle aussi important que la radio, comme le montre notre dossier sur le premier disc-jockey américain à avoir passé les Beatles. Pour les Beatles, Manchester est donc d’abord la ville de la première caméra, celle qui a fixé leur image avant même le succès de leur premier disque. Il y a quelque ironie à ce que la ville qui a filmé les Beatles en premier ait produit, trente ans plus tard, le groupe qui s’est le plus appliqué à leur ressembler à l’image.
Les grandes salles de Manchester
Entre 1963 et 1965, au sommet de la Beatlemania, les Beatles reviennent régulièrement jouer à Manchester dans de plus grandes salles, notamment l’Odeon et l’ABC Ardwick, lors de leurs tournées britanniques. Les témoignages de l’époque décrivent les mêmes scènes que partout ailleurs : files d’attente de plusieurs jours, cris couvrant la musique, policiers débordés. Pour la jeunesse mancunienne de 1963, les Beatles n’étaient pas des voisins rivaux mais des idoles, et c’est cette génération, celle des parents des Gallagher, qui transmettra les disques à ses enfants. Noel a souvent raconté que sa mère, Peggy, avait vécu la Beatlemania et que les compilations rouge et bleue de 1973 avaient été ses premiers disques de chevet. La transmission entre Liverpool et Manchester est donc d’abord une affaire de famille, passée par les tourne-disques des années 1960 et 1970.
Merseybeat et Madchester : deux scènes, deux écoles
Liverpool 1961 : trois cents groupes et un journal
Au début des années 1960, Liverpool compte plusieurs centaines de groupes de beat, et la ville a même son propre journal musical, Mersey Beat, lancé par Bill Harry, un camarade d’école d’art de Lennon, le 6 juillet 1961. Le terme “Merseybeat” finira par désigner tout un genre : Gerry and the Pacemakers, les Searchers, les Swinging Blue Jeans, Billy J. Kramer, les Merseybeats. Les Beatles ne sont, au départ, qu’un groupe parmi d’autres, et même pas toujours le plus populaire : Gerry and the Pacemakers décrochent même le premier numéro un officiel d’un groupe de Liverpool, avec How Do You Do It en avril 1963, avant From Me to You des Beatles (voir notre portrait de Gerry Marsden, l’autre voix de Liverpool). Noel Gallagher, avec son sens de la provocation, dira un jour que s’il était né en même temps que Lennon, il aurait au moins été meilleur que Gerry and the Pacemakers.
Manchester 1990 : la Haçienda et Madchester
Le Manchester dans lequel Oasis se forme est d’une tout autre nature. La ville a déjà sa lignée prestigieuse : les Buzzcocks, Joy Division puis New Order, les Smiths, et le label Factory de Tony Wilson, dont le club, la Haçienda, ouvert le 21 mai 1982, devient à la fin des années 1980 l’épicentre de la culture rave britannique. La scène “Madchester” de 1988-1990, avec les Stone Roses, les Happy Mondays et les Inspiral Carpets, mêle guitares psychédéliques et rythmes de danse. Les Stone Roses, en particulier, réhabilitent le goût pour les mélodies des années 1960, préparant le terrain à ce qui deviendra la britpop.
Noel Gallagher appartient à cette scène de l’intérieur, mais par la porte de service : de 1988 au début des années 1990, il est technicien et roadie des Inspiral Carpets, avec qui il part en tournée. Il y apprend le métier comme les Beatles l’avaient appris à Hambourg : en voyant de près comment fonctionne un groupe en tournée, comment on tient une scène, comment on survit à la route. C’est en rentrant d’une tournée qu’il va voir son frère jouer avec The Rain et décide de prendre le groupe en main.
Le Cavern et le Boardwalk
Chaque groupe a son club fondateur. Pour les Beatles, c’est le Cavern de Mathew Street, une cave voûtée où ils jouent près de trois cents fois entre 1961 et 1963. Pour Oasis, c’est le Boardwalk de Manchester, où le groupe, encore sans Noel, donne son premier concert le 14 août 1991, et où il répète ensuite pendant des mois. La différence d’échelle est parlante : le Cavern est un lieu de concert quotidien où se forme un public fidèle, le Boardwalk un club parmi d’autres dans une ville qui en compte des dizaines. Les Beatles sont devenus les rois de leur ville avant d’en sortir ; Oasis n’a jamais été le groupe le plus aimé de Manchester avant de devenir le plus célèbre du pays.
Les découvreurs : Brian Epstein et Alan McGee
Le Cavern, 9 novembre 1961
Le 9 novembre 1961, Brian Epstein, 27 ans, gérant du rayon disques du magasin familial NEMS dans le centre de Liverpool, descend à l’heure du déjeuner au Cavern pour voir un groupe dont ses clients lui réclament les disques. Il est séduit, propose de les manager, signe un contrat avec eux en janvier 1962, et passe l’année à les faire refuser par toutes les maisons de disques de Londres avant de trouver George Martin et Parlophone. Epstein n’est pas un homme du métier : c’est un commerçant cultivé, issu d’une famille juive aisée, qui a rêvé d’être acteur. Il impose aux Beatles les costumes, les saluts à la fin des chansons, la discipline. Pour un portrait plus complet, voir notre page sur Brian Epstein et notre enquête sur son écurie d’artistes.
King Tut’s, 31 mai 1993
Trente-deux ans plus tard, le 31 mai 1993, Alan McGee, patron écossais du label indépendant Creation Records, se trouve à King Tut’s Wah Wah Hut, un club de Glasgow. Oasis n’est pas à l’affiche : la soirée réunit Boyfriend, 18 Wheeler et Sister Lovers. Une amie de Noel, Debbie Ellis, membre de Sister Lovers, a suggéré au groupe de venir ; les Mancuniens louent une camionnette, débarquent sans invitation et menacent de faire du scandale si on ne les laisse pas jouer. On leur accorde l’ouverture de la soirée. Ils jouent quatre titres : trois chansons qui figureront sur Definitely Maybe et une reprise des Beatles, I Am the Walrus. McGee, séduit, leur propose un contrat presque immédiatement ; l’accord avec Creation sera officialisé à l’automne 1993.
Le parallèle avec Epstein est saisissant. Dans les deux cas, un homme extérieur à la ville du groupe, un amateur passionné plus qu’un professionnel de l’industrie, découvre par hasard un groupe dans un club et décide en quelques minutes de lier son destin au sien. Et dans le second cas, ce qui emporte la décision est une chanson du premier groupe. La boucle est parfaite : Oasis obtient son contrat en jouant les Beatles.
Parlophone et Creation
Les deux labels ont aussi un point commun inattendu : ce sont des maisons marginales. Parlophone, en 1962, est la plus petite division d’EMI, spécialisée dans les disques de comédie de Peter Sellers ou des Goons et dirigée par George Martin ; personne chez EMI ne mise sur elle. Creation, en 1993, est un label indépendant connu pour Primal Scream, My Bloody Valentine et Teenage Fanclub, en grande difficulté financière, et que Sony vient de racheter en partie. Dans les deux cas, un groupe du nord fait la fortune d’une petite maison qui n’avait rien d’une machine à tubes.
Love Me Do et Supersonic
Les premiers singles sont eux aussi comparables par leur modestie. Love Me Do, publié le 5 octobre 1962, plafonne à la 17e place britannique, et une légende tenace veut qu’Epstein en ait acheté des milliers d’exemplaires pour l’y hisser. Supersonic, publié le 11 avril 1994, entre à la 31e place. Deux débuts discrets, suivis dans les deux cas d’une ascension fulgurante en moins de dix-huit mois.
Beatlemania et Oasismania : deux phénomènes à trente ans de distance
Le temps de l’ascension
La comparaison des calendriers est éclairante. Entre Love Me Do (octobre 1962) et le passage au Ed Sullivan Show (9 février 1964), il s’écoule seize mois : les Beatles passent du statut de groupe local à celui de phénomène mondial. Entre Supersonic (avril 1994) et la sortie de (What’s the Story) Morning Glory? (2 octobre 1995), il s’écoule dix-huit mois : Oasis passe des clubs aux stades. Dans les deux cas, l’accélération se fait en un peu plus d’un an, et dans les deux cas elle repose sur une production de chansons d’une densité exceptionnelle. Les Beatles publient deux albums par an ; Noel Gallagher écrit en quelques mois les deux premiers albums d’Oasis et une série de faces B, comme Acquiesce, Talk Tonight ou The Masterplan, que beaucoup d’amateurs jugent supérieures à certaines faces A.
Les records de vente
Definitely Maybe, publié le 29 août 1994, devient le premier album le plus rapidement vendu de l’histoire britannique à sa sortie. Morning Glory se vend à plusieurs millions d’exemplaires au Royaume-Uni et devient, au fil des décennies, l’un des albums les plus vendus du pays ; le classement historique publié en juillet 2026 par l’Official Charts Company l’a même placé devant Sgt. Pepper, une affirmation qui demande d’être replacée dans son contexte, comme nous l’avons fait dans Ce que dit vraiment le classement qui fait passer Morning Glory devant Sgt. Pepper. Le troisième album, Be Here Now, publié le 21 août 1997, se vend à 424 000 exemplaires le premier jour et à plus de 663 000 la première semaine, ce qui en fait alors l’album le plus rapidement vendu de l’histoire britannique.
Les Beatles, eux, avaient établi des records d’un autre ordre : plus d’un million de précommandes pour Can’t Buy Me Love au Royaume-Uni en mars 1964, cinq premières places du classement américain la semaine du 4 avril 1964, et un catalogue qui, soixante ans plus tard, reste parmi les plus vendus et les plus écoutés au monde.
Shea Stadium et Knebworth
Les grands concerts sont le symbole de chaque mania. Le 15 août 1965, les Beatles jouent devant 55 600 personnes au Shea Stadium de New York, record de l’époque pour un concert de rock, dans un vacarme qui couvre leur musique. Le 10 et le 11 août 1996, Oasis joue devant environ 125 000 personnes chaque soir à Knebworth House, dans le Hertfordshire, soit 250 000 spectateurs en deux soirs. La demande de billets dépasse les 2,5 millions selon les chiffres couramment cités, soit une proportion considérable de la population britannique. Quelques mois plus tôt, les 27 et 28 avril 1996, le groupe avait joué deux soirs à Maine Road, le stade de Manchester City, son club de cœur.
La différence entre les deux événements dit beaucoup de l’évolution du rock. Shea Stadium est un concert de trente minutes dont presque personne n’entend la musique, et qui convaincra les Beatles d’abandonner la scène un an plus tard. Knebworth est une production de deux heures, sonorisée pour être entendue jusqu’au fond du site, et filmée pour le cinéma, comme en témoigne le documentaire Oasis Knebworth 1996 sorti en 2021. Les Beatles ont inventé le concert de stade et l’ont détesté ; Oasis en a fait sa raison d’être. Le dernier concert public des Beatles sur scène, à Candlestick Park le 29 août 1966, a eu lieu presque trente ans plus tôt.
L’Amérique
La conquête de l’Amérique est le grand test de tout groupe britannique, et la comparaison est ici plus défavorable à Oasis. Les Beatles débarquent à New York le 7 février 1964, passent deux jours plus tard au Ed Sullivan Show devant environ 73 millions de téléspectateurs et occupent les cinq premières places du Hot 100 deux mois plus tard. Oasis, après une première tournée américaine chaotique en 1994, réussit sa percée avec Morning Glory, qui atteint la 4e place du Billboard 200, et Wonderwall, 8e du Hot 100. C’est un vrai succès, mais pas une conquête durable : le groupe ne retrouvera jamais ce niveau aux États-Unis avant la tournée de reformation de 2025.
Correctif factuel : Oasis n’a pas été le premier groupe britannique à s’imposer aux États-Unis depuis 1969
On a parfois affirmé qu’avant Oasis, seuls les Beatles et Led Zeppelin avaient vraiment conquis l’Amérique et qu’aucun groupe anglais n’y était parvenu depuis 1969. C’est inexact. Entre 1969 et 1995, les Rolling Stones, les Who, Pink Floyd, Fleetwood Mac (formation anglo-américaine), Queen, The Police, Def Leppard, Duran Duran, Tears for Fears, Dire Straits ou Depeche Mode ont tous obtenu des numéros un ou des triomphes de stade aux États-Unis. Le succès américain de Morning Glory est remarquable dans le contexte de l’après-grunge, mais il n’est ni unique ni le premier depuis vingt-cinq ans.
Morning Glory et l’Anthology : l’automne 1995
Il est une coïncidence de calendrier qui mérite d’être soulignée. À l’automne 1995, les Beatles et Oasis sont en concurrence directe dans l’actualité. Morning Glory sort le 2 octobre 1995 ; le single Wonderwall le 30 octobre ; la série télévisée The Beatles Anthology commence en novembre, l’album Anthology 1 paraît le 21 novembre, et le single Free as a Bird, première “nouvelle” chanson des Beatles depuis 1970, construite à partir d’une maquette de Lennon, le 4 décembre. Free as a Bird atteint la 2e place britannique ; Wonderwall avait lui aussi plafonné à la 2e place quelques semaines plus tôt. On raconte que des auditeurs américains auraient appelé les radios en prenant Wonderwall pour un inédit des Beatles tiré de l’Anthology ; l’anecdote est jolie mais n’est pas documentée, et il faut la tenir pour une légende. La simultanéité, elle, est réelle : à l’automne 1995, les héritiers et les ancêtres occupent le même espace médiatique. Sur la genèse de l’Anthology, voir comment un désastre financier a offert au monde The Beatles Anthology.
Le même automne voit éclater la “bataille de la britpop” entre Oasis et Blur, dont les singles Roll with It et Country House sortent le même jour, le 14 août 1995 ; Blur l’emporte au classement des singles, Oasis remporte la guerre des albums. La presse britannique en fait un remake de la rivalité Beatles contre Rolling Stones des années 1960, rivalité elle-même largement fabriquée par les médias et démentie par l’amitié des deux groupes, comme le rappelle l’histoire d’I Wanna Be Your Man.
Le code visuel : pochettes, clips, guitares
Si les emprunts musicaux d’Oasis aux Beatles sont bien connus, le code visuel l’est moins, et il a donné lieu à beaucoup d’interprétations hâtives. Une partie est voulue, une partie relève de l’air du temps, une partie a été inventée par les fans. Faisons le tri, pochette par pochette.
Live Forever : la maison de John Lennon
La référence la plus explicite se trouve sur la pochette du single Live Forever, publié le 8 août 1994. On y voit une maison anglaise ordinaire, jumelée, aux fenêtres à petits carreaux. Ce n’est pas n’importe quelle maison : c’est Mendips, au 251 Menlove Avenue, à Woolton, la maison où John Lennon a grandi chez sa tante Mimi de 1946 à 1963. La photographie est de Michael Spencer Jones, le photographe attitré des pochettes d’Oasis. Le choix n’a rien de fortuit : la chanson, que Noel Gallagher a souvent présentée comme une réponse optimiste au désespoir du grunge, est devenue au fil des concerts un hymne dédié aux disparus, et des images de Lennon ont accompagné son solo final lors de plusieurs tournées.
Mendips appartient aujourd’hui au National Trust, qui la fait visiter avec la maison de McCartney à Forthlin Road. La pochette de 1994 lui a donné, pour une génération entière, une célébrité que les fans des Beatles connaissaient déjà. On retrouve l’histoire de la maison et du quartier dans notre article sur la première rencontre de Lennon et McCartney, à Woolton, et dans notre guide pour visiter Liverpool sur les traces des Beatles.
Correctif factuel : Live Forever n’est pas sorti pour l’anniversaire de la sortie d’Abbey Road
On a écrit que la date de sortie du single Live Forever avait été choisie pour coïncider avec le 25e anniversaire de la sortie d’Abbey Road. L’album des Beatles est paru le 26 septembre 1969. Le single d’Oasis, lui, est sorti le 8 août 1994, soit exactement vingt-cinq ans après une autre date célèbre : le 8 août 1969, jour où Iain Macmillan a photographié les quatre Beatles sur le passage piéton d’Abbey Road. Rien n’indique que la date ait été choisie pour cette raison, mais si coïncidence il y a, c’est avec la séance photo, pas avec la sortie du disque.
Be Here Now : ce que montre vraiment la pochette
La pochette de Be Here Now (1997) a fait l’objet de nombreuses lectures “beatlesiennes”. La photographie, signée elle aussi Michael Spencer Jones, est prise en avril 1997 à Stocks House, dans le Hertfordshire, ancienne demeure de Victor Lownes, patron des clubs Playboy au Royaume-Uni. On y voit le groupe autour d’une piscine dans laquelle est à moitié immergée une Rolls-Royce Silver Shadow blanche de 1972, entourée d’objets hétéroclites.
Les fans y ont vu une collection d’indices : la Rolls renverrait à celle, psychédélique, de Lennon ; sa plaque d’immatriculation ferait écho à celle d’un véhicule de la pochette d’Abbey Road ; le calendrier indiquerait une date liée au départ de John et Yoko pour l’Amérique ; un télescope rappellerait une scène de Magical Mystery Tour ; un parcmètre évoquerait Lovely Rita. La réalité, documentée par le photographe, est plus prosaïque. La Rolls dans la piscine renvoie à une légende de Keith Moon, le batteur des Who, qui aurait précipité une voiture dans une piscine d’hôtel en 1967. La plupart des objets ont été empruntés au magasin d’accessoires de la BBC et choisis par Noel Gallagher pour leur effet visuel, pas pour leur symbolique. Et le calendrier affiche simplement les dates de sortie de l’album selon les pays, ce qui invitait les fans à faire de l’achat du disque le jour de sa sortie un événement historique. Le seul lien beatlesien solide est le titre lui-même, Be Here Now, expression de la spiritualité des années 1960 et titre du livre de Ram Dass paru en 1971, que George Harrison avait repris pour une chanson de son album Living in the Material World en 1973.
Correctif factuel : la pochette de Be Here Now n’est pas une collection d’allusions aux Beatles
La Rolls-Royce dans la piscine est une référence à la légende de Keith Moon, pas à John Lennon ; les objets du décor proviennent pour l’essentiel du stock d’accessoires de la BBC et ont été choisis pour leur apparence ; le calendrier montre les dates de sortie de l’album. Les rapprochements avec la plaque d’immatriculation d’Abbey Road ou avec le départ de John et Yoko sont des interprétations de fans, non des intentions documentées. Ils disent beaucoup de l’habitude, née avec la rumeur “Paul is dead” de 1969, de chercher des messages cachés sur les pochettes, comme le rappelle notre enquête sur la rumeur de la mort de Paul.
Wonderwall : un titre emprunté à George Harrison
Le titre du single le plus célèbre d’Oasis vient de Wonderwall Music, la bande originale composée par George Harrison pour le film Wonderwall de Joe Massot et publiée en novembre 1968, premier album solo d’un Beatle. Noel Gallagher l’a reconnu ; la chanson elle-même ne parle pas du film. Le clip de Wonderwall, en noir et blanc, réalisé par Nigel Dick, joue lui aussi sur une esthétique des années 1960. Nous avons détaillé l’histoire de ce titre dans notre dossier sur les emprunts d’Oasis.
Don’t Look Back in Anger et le piano d’Imagine
L’introduction au piano de Don’t Look Back in Anger (1996) évoque ouvertement celle d’Imagine de John Lennon, et la chanson contient une allusion transparente à Lennon dans son premier couplet. L’histoire a connu un épilogue en octobre 2000 : lors d’une vente aux enchères organisée au Hard Rock Café de Londres, le piano sur lequel Lennon avait composé Imagine en 1971 est adjugé pour 1,45 million de livres à George Michael, qui l’emporte notamment face aux frères Gallagher et à Robbie Williams. George Michael le fera ensuite voyager comme symbole de paix et le prêtera en 2020 à l’exposition de Strawberry Field, à Liverpool, pour les 80 ans de Lennon. Sur les records d’enchères liés aux Beatles, voir les Beatles aux enchères.
Correctif factuel : le piano acheté par George Michael n’est pas le piano blanc du film Imagine
On confond souvent deux instruments. Le piano blanc que l’on voit dans le film Imagine, dans la grande pièce blanche de Tittenhurst Park, est un piano à queue resté dans la famille de Lennon. Le piano vendu en 2000 et acheté par George Michael est un piano droit Steinway en bois sombre, celui sur lequel Lennon a écrit la chanson. Les Gallagher ont bien enchéri pour ce dernier ; ils n’ont jamais tenté d’acheter le piano blanc.
Les guitares : Epiphone, Rickenbacker, Union Jack
Le matériel de Noel Gallagher est un autre terrain de citations. Il a longtemps privilégié des guitares Epiphone demi-caisse, notamment des modèles Riviera et Sheraton, la plus célèbre étant une Sheraton décorée du drapeau britannique, devenue l’emblème des grands concerts de 1996. Epiphone est une marque chère aux Beatles : Lennon, Harrison et McCartney ont tous joué l’Epiphone Casino, et c’est une Casino décapée que Lennon utilise sur le toit de Savile Row le 30 janvier 1969. Noel a aussi joué des Rickenbacker, la marque de la douze cordes de Harrison et de la 325 de Lennon. La filiation est voulue, mais elle doit être précisée.
Correctif factuel : Lennon jouait une Epiphone Casino sur le toit, pas une “ES 335”
On lit parfois que Noel Gallagher utilisait “une Epiphone ES 335, modèle que John utilisa pour le concert sur le toit”. L’ES-335 est un modèle Gibson ; ses équivalents chez Epiphone sont la Dot, la Sheraton ou la Riviera. La guitare de Lennon sur le toit d’Apple, le 30 janvier 1969, est une Epiphone Casino, une demi-caisse sans bloc central, qu’il avait fait décaper jusqu’au bois naturel en 1968. Les guitares de Noel sont donc cousines de celle de Lennon, de la même marque et de la même famille, mais pas du même modèle.
Les clips et l’allure
Au-delà des pochettes, l’allure générale du groupe dans les clips des années 1990 renvoie aux années 1960 : coupes de cheveux à frange, parkas de mods, lunettes rondes teintées, costumes cintrés. Le clip de Don’t Look Back in Anger et celui de Champagne Supernova ont été les plus souvent rapprochés de l’imagerie des Beatles. Mais il faut aussi y voir l’influence des mods de 1964-1966, des Who et des Small Faces, et du culte que Paul Weller, ami et mentor de Noel, vouait à cette période. L’esthétique d’Oasis est un collage des années 1960 britanniques plus qu’un décalque des seuls Beatles.
L’immobilité scénique des frères Gallagher, Liam les mains derrière le dos devant son micro, Noel concentré sur sa guitare, a elle aussi été rapprochée de l’attitude des Beatles en concert. La comparaison est séduisante, mais les raisons diffèrent : les Beatles restaient près de leurs micros parce que la sonorisation de l’époque ne permettait guère de bouger, les Gallagher par choix esthétique, en réaction contre les gesticulations du rock de stade. Le résultat visuel est le même, le sens est opposé.
Pour mesurer ce que ce code visuel produit à l’écran, le clip de Live Forever, le single à la pochette de Mendips, reste l’exemple le plus parlant :
Deux frères contre un duo : les moteurs des deux groupes
Lennon-McCartney et Gallagher-Gallagher
La structure créatrice des deux groupes est profondément différente, et c’est peut-être leur différence la plus importante. Les Beatles reposent sur un duo d’auteurs, Lennon et McCartney, deux compositeurs de même niveau qui se stimulent, se corrigent et se concurrencent, auxquels s’ajoute à partir de 1965 un troisième auteur de premier plan, George Harrison. Les origines de ce partenariat sont racontées dans l’histoire de la première composition de Paul McCartney et John Lennon. Oasis, à l’inverse, repose sur un seul auteur, Noel Gallagher, qui écrit la totalité des chansons des premiers albums, et sur un chanteur, Liam, qui les interprète. Liam ne signera sa première chanson, Little James, qu’en 2000, sur l’album Standing on the Shoulder of Giants, et sa fin rappelle ouvertement la coda de Hey Jude.
Cette répartition a des conséquences profondes. Chez les Beatles, la tension créatrice est interne à l’écriture : deux auteurs se répondent. Chez Oasis, elle est entre l’auteur et l’interprète : l’un écrit, l’autre incarne, et chacun dépend de l’autre sans le reconnaître. La rivalité Lennon-McCartney a produit des chansons ; la rivalité Gallagher-Gallagher a surtout produit des disputes.
Le Whisky a Go Go, 29 septembre 1994
Les disputes des Gallagher sont aussi célèbres que leurs chansons. La plus fameuse de la première époque a lieu le 29 septembre 1994 au Whisky a Go Go de Los Angeles, pendant la première tournée américaine. Le groupe, qui a pris par erreur de la méthamphétamine en croyant consommer de la cocaïne, livre un concert désastreux ; les deux frères s’invectivent sur scène, Noel quitte la tournée le lendemain et part seul pour San Francisco, où il écrit Talk Tonight, l’une de ses plus belles chansons acoustiques. Il reviendra quelques jours plus tard. L’épisode est l’équivalent, en plus spectaculaire, des tensions des Beatles en tournée, mais avec une différence essentielle : les Beatles se disputaient rarement en public, et presque jamais devant les fans avant 1969.
Les séparations : 1970 et 2009
Les deux groupes se séparent dans la douleur, et dans les deux cas c’est un membre qui annonce publiquement son départ. Le 10 avril 1970, Paul McCartney accompagne la sortie de son premier album solo d’un questionnaire de presse où il annonce ne plus travailler avec les Beatles ; le 31 décembre 1970, il engage une procédure judiciaire pour dissoudre l’association. Le 28 août 2009, dans les coulisses du festival Rock en Seine, au domaine de Saint-Cloud, près de Paris, une dispute entre les frères Gallagher, au cours de laquelle une guitare est brisée, conduit à l’annulation du concert. Quelques heures plus tard, Noel publie un communiqué où il explique qu’il ne peut tout simplement plus travailler un jour de plus avec Liam.
Pour les lecteurs français, le détail n’est pas indifférent : Oasis s’est séparé en France, à quelques kilomètres de Paris, devant un public qui attendait le concert. Notre article sur la dépression de McCartney après la fin des Beatles montre que, dans les deux cas, la séparation a été vécue comme un effondrement personnel par celui qui en a pris l’initiative.
Les reformations : les Threetles et Live ’25
Les Beatles ne se sont jamais reformés à quatre ; la mort de Lennon en 1980 a rendu la question définitive. Mais en 1994 et 1995, McCartney, Harrison et Starr, surnommés les Threetles, complètent deux maquettes de Lennon, Free as a Bird et Real Love, avec le producteur Jeff Lynne. Harrison n’a cessé d’expliquer pourquoi une vraie réunion était impossible, comme le détaille George Harrison et la réunion des Beatles.
Oasis, lui, s’est reformé. Le 27 août 2024, deux jours avant les trente ans de Definitely Maybe, le groupe annonce sa reformation. La tournée Live ’25 s’ouvre le 4 juillet 2025 au Principality Stadium de Cardiff et passe notamment par Heaton Park, à Manchester, pour une série de concerts à domicile, puis par Wembley, avant de se terminer le 23 novembre 2025 à São Paulo, après une quarantaine de concerts dans quatorze pays. Le 6 septembre 2025, au Rose Bowl de Pasadena, Paul McCartney est filmé dans une loge en train de filmer le groupe avec son téléphone. Nous avons raconté ce moment et ses suites, jusqu’à l’intronisation d’Oasis au Rock and Roll Hall of Fame prévue le 14 novembre 2026, dans Paul McCartney pressenti pour présenter Oasis au Rock and Roll Hall of Fame.
Quand les routes se croisent
Le fils de Ringo derrière la batterie d’Oasis
Le croisement le plus concret entre les deux groupes passe par la famille de Ringo Starr. Zak Starkey, son fils aîné, batteur des Who depuis 1996, devient le batteur d’Oasis en 2004. Il joue sur l’album Don’t Believe the Truth (2005) et tourne avec le groupe jusqu’en 2008. Le fils du batteur des Beatles a donc tenu la batterie du groupe qui se rêvait en nouveaux Beatles, ce qu’aucun scénariste n’aurait osé imaginer. Pour l’histoire de la famille Starkey, voir Jason Starkey, le fils de Ringo et Tatia Starkey, petite-fille de Ringo.
Come Together, 4 septembre 1995
Le 4 septembre 1995, l’organisation War Child réunit en une seule journée des dizaines d’artistes britanniques pour enregistrer l’album caritatif Help, publié cinq jours plus tard au profit des enfants victimes de la guerre en Bosnie. Aux studios d’Abbey Road, Paul Weller, Noel Gallagher et Paul McCartney enregistrent ensemble une reprise de Come Together sous le nom de The Smokin’ Mojo Filters. C’est la première collaboration entre un Gallagher et un Beatle. Noel racontera plus tard avoir également rendu visite à McCartney chez lui, à St John’s Wood, et l’avoir entendu dire qu’Oasis lui rappelait ce que les Beatles avaient été. Le même jour, Noel enregistre aussi une version acoustique de Fade Away avec Johnny Depp et Kate Moss.
Correctif factuel : la séance de Come Together a eu lieu le 4 septembre 1995
La reprise de Come Together par The Smokin’ Mojo Filters est souvent datée du 5 septembre 1995. Toute l’opération Help de War Child reposait sur un principe : enregistrer l’album en une seule journée, le lundi 4 septembre 1995, pour le publier dès le samedi suivant, le 9 septembre. La séance d’Abbey Road appartient à cette journée du 4.
Les jugements de Harrison et de McCartney
Les relations entre Oasis et les Beatles survivants ont été tumultueuses dans les années 1990 : Noel déclarant que son groupe serait plus grand que les Beatles, George Harrison répliquant en 1996 par une critique sévère de Liam, McCartney jugeant le groupe “légèrement dérivatif”. Nous avons reconstitué ces échanges, et ce qu’ils disent vraiment, dans notre dossier sur la querelle et la réconciliation. Retenons ici que les frères Gallagher n’ont jamais caché leur préférence pour Lennon, au point que Noel a pu dire de McCartney qu’il écrivait les meilleures mélodies mais n’arrivait pas à la cheville de Lennon, tout en reconnaissant qu’il aurait sans doute détesté Lennon s’il l’avait rencontré.
George Harrison et Carl Perkins
Noel Gallagher a raconté avoir rencontré George Harrison une seule fois, lors d’une soirée, et avoir parlé avec lui de Carl Perkins, l’idole commune, le pionnier du rockabilly dont les Beatles avaient repris Matchbox, Honey Don’t et Everybody’s Trying to Be My Baby. L’anecdote est révélatrice : quand l’héritier rencontre le Beatle, ce n’est pas des Beatles qu’ils parlent, mais de ceux qui les avaient précédés. Voir notre page consacrée à Carl Perkins.
Tableau : deux trajectoires parallèles
| Étape | Beatles (Liverpool) | Oasis (Manchester) |
|---|---|---|
| Groupe d’origine | The Quarrymen (1956-1957) | The Rain (1990) |
| Quartiers | Woolton, Allerton, Wavertree, Speke, Dingle | Burnage, Longsight |
| Club fondateur | Le Cavern, Mathew Street | Le Boardwalk (1er concert le 14 août 1991) |
| Apprentissage | Hambourg (1960-1962) | Noel roadie des Inspiral Carpets (1988-1991) |
| Découverte | Brian Epstein, Cavern, 9 nov. 1961 | Alan McGee, King Tut’s, 31 mai 1993 |
| Label | Parlophone (EMI) | Creation Records |
| Premier single | Love Me Do, 5 oct. 1962 (17e) | Supersonic, 11 avril 1994 (31e) |
| Premier album | Please Please Me, 22 mars 1963 | Definitely Maybe, 29 août 1994 |
| Grand concert | Shea Stadium, 15 août 1965 (55 600) | Knebworth, 10-11 août 1996 (2 × 125 000) |
| Auteurs | Lennon-McCartney, puis Harrison | Noel Gallagher, puis Liam (2000) et d’autres membres |
| Séparation | 10 avril 1970 (annonce de McCartney) | 28 août 2009, Rock en Seine (départ de Noel) |
| Retour | Threetles, Free as a Bird (1995) | Live ’25 (2025) |
| Hall of Fame | 1988 | Classe 2026 (cérémonie le 14 nov. 2026) |
Ce que Manchester doit à Liverpool
Le modèle du groupe provincial
Avant les Beatles, la pop britannique se fabriquait à Londres, autour de Denmark Street et des impresarios comme Larry Parnes, et les chanteurs de province devaient s’y installer et changer de nom pour exister. Les Beatles ont prouvé qu’un groupe pouvait conquérir le monde en gardant son accent, ses amis d’enfance et son identité régionale, et en écrivant ses propres chansons. Tous les groupes du nord qui ont suivi, des Smiths aux Stone Roses, d’Oasis aux Arctic Monkeys de Sheffield, ont hérité de ce modèle. En ce sens, la dette de Manchester envers Liverpool dépasse de loin les citations musicales d’Oasis : elle tient à la possibilité même, pour un groupe de province, de devenir le plus grand groupe du pays.
L’héritier et le modèle
Oasis est l’héritier le plus spectaculaire de ce modèle, et le plus conscient. Mais l’héritage n’est pas une identité. Les Beatles ont inventé à chaque album une manière nouvelle de faire des disques, de Rubber Soul à Revolver, de Sgt. Pepper à l’album blanc ; Oasis a perfectionné un son, une formule de rock mélodique à guitares saturées, sans chercher à la dépasser. Les Beatles se sont arrêtés au sommet de leur invention après huit ans de disques ; Oasis a duré quinze ans, en publiant ses meilleurs disques au début. Noel Gallagher le savait mieux que personne quand il plaçait les Beatles au-dessus de sa tête et son propre groupe au niveau de sa cheville.
La transmission
Reste ce qu’Oasis a réellement fait pour les Beatles, et qui n’est pas rien : avoir transmis leur nom et leur musique à une génération née après 1980. Pour des centaines de milliers d’adolescents des années 1990, les Beatles sont arrivés par Oasis, par une citation de Wonderwall, une pochette, une interview de Noel. Ce n’est pas un sauvetage, puisque les Beatles n’avaient nul besoin d’être sauvés, l’Anthology et la compilation 1 l’ont montré (voir l’histoire de la compilation 1). C’est une transmission, comme celle que les Beatles avaient eux-mêmes assurée pour Chuck Berry, Little Richard ou Carl Perkins auprès de la jeunesse britannique de 1963. De Liverpool à Manchester, la musique a fait le même voyage que les marchandises du XIXe siècle : à double sens.
Chronologie croisée
| Date | Événement |
|---|---|
| 15 septembre 1830 | Ouverture du Liverpool and Manchester Railway |
| 1894 | Inauguration du Manchester Ship Canal |
| 6 juillet 1957 | Rencontre de Lennon et McCartney à Woolton |
| 9 novembre 1961 | Brian Epstein découvre les Beatles au Cavern |
| 2 février 1962 | Premier des quatre concerts des Beatles à l’Oasis Club de Manchester |
| 5 octobre 1962 | Love Me Do |
| 22 février 1963 | Dernier concert des Beatles à l’Oasis Club |
| 9 février 1964 | Les Beatles au Ed Sullivan Show |
| 15 août 1965 | Shea Stadium |
| 19 mai 1967 | Présentation de Sgt. Pepper à la presse chez Brian Epstein |
| 29 mai 1967 | Naissance de Noel Gallagher à Manchester |
| 10 avril 1970 | McCartney annonce son départ des Beatles |
| 21 septembre 1972 | Naissance de Liam Gallagher |
| 8 décembre 1980 | Assassinat de John Lennon |
| 14 août 1991 | Premier concert d’Oasis au Boardwalk de Manchester |
| 31 mai 1993 | Alan McGee découvre Oasis à King Tut’s, Glasgow |
| 11 avril 1994 | Supersonic |
| 8 août 1994 | Live Forever, pochette de la maison de Lennon |
| 29 août 1994 | Definitely Maybe |
| 29 septembre 1994 | Concert chaotique au Whisky a Go Go de Los Angeles |
| 4 septembre 1995 | Come Together des Smokin’ Mojo Filters avec McCartney |
| 2 octobre 1995 | (What’s the Story) Morning Glory? |
| 21 novembre 1995 | Anthology 1 des Beatles |
| 27-28 avril 1996 | Oasis à Maine Road, Manchester |
| 10-11 août 1996 | Knebworth |
| 21 août 1997 | Be Here Now |
| Octobre 2000 | Le piano d’Imagine adjugé à George Michael face aux Gallagher |
| 2004-2008 | Zak Starkey, fils de Ringo, batteur d’Oasis |
| 28 août 2009 | Séparation d’Oasis à Rock en Seine, près de Paris |
| 27 août 2024 | Annonce de la reformation |
| 4 juillet 2025 | Début de la tournée Live ’25 à Cardiff |
| 6 septembre 2025 | McCartney au concert d’Oasis au Rose Bowl |
| 6 octobre 2026 | Liam Gallagher affirme qu’Oasis a remis les Beatles sur la carte |
| 14 novembre 2026 | Intronisation d’Oasis au Rock and Roll Hall of Fame (prévue) |
Questions fréquentes
Les Beatles ont-ils joué dans un club appelé Oasis ?
Oui. Les Beatles ont joué quatre fois à l’Oasis Club de Manchester, 45-47 Lloyd Street : le 2 février 1962, le 29 septembre 1962, le 8 décembre 1962 et le 22 février 1963.
D’où vient le nom du groupe Oasis ?
D’une affiche de tournée des Inspiral Carpets accrochée dans la chambre des frères Gallagher, qui mentionnait l’Oasis Leisure Centre de Swindon. Il n’a pas de lien direct avec le club où ont joué les Beatles.
Quel était le premier nom d’Oasis ?
The Rain, formé en 1990, comme la face B des Beatles de 1966, avant l’arrivée de Liam puis de Noel Gallagher.
Quelle chanson des Beatles Oasis a-t-il jouée le soir où il a été découvert ?
I Am the Walrus, le 31 mai 1993 à King Tut’s Wah Wah Hut, à Glasgow, devant Alan McGee, patron de Creation Records.
Quelle maison figure sur la pochette de Live Forever ?
Mendips, au 251 Menlove Avenue à Woolton, la maison où John Lennon a grandi chez sa tante Mimi.
La pochette de Be Here Now est-elle remplie d’allusions aux Beatles ?
Beaucoup moins qu’on ne l’a dit. La Rolls dans la piscine renvoie à une légende de Keith Moon, les objets viennent du stock d’accessoires de la BBC et le calendrier indique les dates de sortie de l’album.
Un Beatle a-t-il joué avec Oasis ?
Pas directement, mais Paul McCartney a enregistré Come Together avec Noel Gallagher et Paul Weller le 4 septembre 1995, et Zak Starkey, fils de Ringo Starr, a été le batteur d’Oasis de 2004 à 2008.
Où Oasis s’est-il séparé ?
Dans les coulisses du festival Rock en Seine, au domaine de Saint-Cloud près de Paris, le 28 août 2009, après une dispute entre Noel et Liam.
Liam Gallagher a-t-il appelé son fils Lennon ?
Oui, son fils aîné, né le 13 septembre 1999, s’appelle Lennon Gallagher.
Paul McCartney a-t-il assisté à un concert d’Oasis ?
Oui, au Rose Bowl de Pasadena le 6 septembre 2025, pendant la tournée de reformation Live ’25 ; il a été filmé en train de filmer le groupe.
Glossaire
Merseybeat : le beat de Liverpool au début des années 1960, du nom du fleuve, la Mersey, et du journal Mersey Beat fondé en 1961.
Madchester : la scène de Manchester de la fin des années 1980, mêlant rock à guitares et culture rave, autour de la Haçienda.
Britpop : mouvement pop britannique du milieu des années 1990 (Oasis, Blur, Pulp, Suede), très influencé par les années 1960.
Mancunien : habitant de Manchester.
Scouse : habitant de Liverpool, et l’accent de la ville.
Mendips : nom de la maison de la tante de John Lennon, au 251 Menlove Avenue, à Woolton.
Threetles : surnom des trois Beatles survivants réunis pour l’Anthology en 1994-1995.
Creation Records : label indépendant d’Alan McGee, fondé en 1983, qui publie Oasis.
Pour aller plus loin : disques, films et livres
Pour comparer à l’oreille, on réécoutera Definitely Maybe et (What’s the Story) Morning Glory?, puis la compilation de faces B The Masterplan. Côté Beatles, les trois volumes de The Beatles Anthology parus en 1995 et 1996 sont le pendant naturel de cette période, et l’album Wonderwall Music de George Harrison donne la clé d’un titre célèbre.
À l’écran, le documentaire Oasis Knebworth 1996 et le film Supersonic de Mat Whitecross racontent l’ascension du groupe ; on les comparera avec Eight Days a Week de Ron Howard, consacré aux années de tournée des Beatles. Pour lire, Tune In de Mark Lewisohn reconstitue le Liverpool des Beatles jusqu’en 1962, et Creation Stories, les mémoires d’Alan McGee, raconte la découverte d’Oasis de l’intérieur.
Sources et références
Livres : Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle (1992) et Tune In (2013) ; Ian MacDonald, Revolution in the Head (1994) ; Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now (1997) ; Paolo Hewitt, Getting High: The Adventures of Oasis (1997) ; Alan McGee, Creation Stories (2013) ; John Harris, The Last Party: Britpop, Blair and the Demise of English Rock (2003).
Archives et presse : The Beatles Bible (concerts de l’Oasis Club de Manchester, 1962-1963) ; Creation Records (anniversaire de la signature d’Oasis, 31 mai 2013) ; Radio X (la soirée de King Tut’s) ; Wikipédia anglophone (Oasis, Live Forever, Be Here Now, Wonderwall) ; Far Out Magazine (la vente du piano d’Imagine en 2000) ; communiqué de Noel Gallagher du 28 août 2009 ; Official Charts Company.
À lire aussi sur Yellow-Sub : Oasis et les Beatles : pourquoi leur amour dérange les fans, Morning Glory devant Sgt. Pepper ?, McCartney et le Hall of Fame d’Oasis, les collaborations de Paul McCartney, les Rutles et The Inmates, deux autres manières de vivre avec l’esprit des Beatles.












