Le 5 septembre 1996, quelques mois après le phénomène télévisuel et discographique Anthology, l’histoire des Beatles arrivait dans les foyers sous la forme d’un imposant coffret de huit VHS et huit LaserDiscs. Mais derrière cette publication se cachait un projet vieux de plus de vingt ans, imaginé par Neil Aspinall sous le titre The Long and Winding Road. Retour sur la longue gestation de l’une des entreprises patrimoniales les plus ambitieuses de l’histoire du groupe.
Le 10 avril 1970, un communiqué de presse glissé dans les exemplaires promotionnels de l’album McCartney apprend au monde que Paul McCartney ne travaille plus avec les Beatles. La légende retient de cette date une porte qui claque, quatre hommes qui se tournent le dos et vingt-cinq ans de silence jusqu’à l’Anthology. C’est une belle […]
Il existe une version courte de cette histoire, celle que tout le monde récite : cinq géants du rock se retrouvent par hasard dans un garage de Malibu, écrivent une chanson en une journée, s’amusent tellement qu’ils en font un album, se rebaptisent frères Wilbury et vendent des millions de disques. Tout y est vrai, […]
Il existe une accusation qui poursuit Paul McCartney depuis un demi-siècle, et il a eu l’élégance de la transformer en numéro un mondial : celle d’écrire des chansons d’amour idiotes. L’accusation est fausse pour une raison très simple, que ce classement voudrait démontrer pas à pas — non pas parce que les chansons seraient plus […]
On lui a collé une étiquette dont il n’a jamais voulu — « le cinquième Beatle » — et cette étiquette a produit un effet pervers : elle a réduit soixante ans de travail à huit années de collaboration. Comme si George Martin était né en juin 1962 dans le studio deux d’Abbey Road et […]
On raconte volontiers l’histoire des Beatles comme celle d’une génération spontanée : deux adolescents de Liverpool se rencontrent lors d’une fête paroissiale, décident d’écrire des chansons, et le vingtième siècle musical bascule. C’est une belle histoire. C’est aussi une histoire fausse — ou plutôt, une histoire amputée de sa première moitié. Avant d’être des auteurs, […]
« George et moi rivalisions pour la meilleure parole » : enquête sur le pont de Free as a Bird, écrit à quatre mains en 1994 par McCartney et Harrison — et sur les tensions que la formule dissimule.
Un soir, dans l’appartement du Dakota, John Lennon confie à George Martin qu’il aimerait réenregistrer l’intégralité du catalogue des Beatles. Le producteur, incrédule, avance le titre qu’il croit inattaquable : « Même Strawberry Fields ? » Réponse de Lennon : « Surtout Strawberry Fields. » L’anecdote circule depuis quarante ans comme une curiosité. Elle est en réalité la clé de voûte du rapport que Lennon entretenait avec sa propre œuvre — et, accessoirement, l’explication la plus économique de tout ce que les Beatles sont devenus depuis sa mort : les remixages, les démixages, Love, Now and Then. Enquête sur une phrase que personne n’a enregistrée, à propos du disque le plus laborieusement fabriqué de l’histoire du groupe.
On a beaucoup raconté la Britpop comme une seconde invasion britannique menée par des groupes qui auraient simplement remis les Beatles au goût du jour. L’image est pratique, surtout lorsqu’on pense à Oasis, aux déclarations de Noel Gallagher, à la fascination de Liam pour John Lennon ou aux clins d’œil disséminés dans les chansons. Mais elle devient vite trompeuse dès qu’on écoute vraiment les disques. Car la Britpop n’a jamais été un bloc : Blur regarde aussi vers les Kinks, XTC et le punk, Suede vers Bowie et Roxy Music, Pulp vers le glam, le Velvet Underground et la chronique sociale, tandis que les Boo Radleys, Supergrass, Cast, Kula Shaker ou The Verve prélèvent chacun une pièce différente du puzzle. L’influence des Beatles se joue donc moins dans la copie d’un son que dans une grammaire : la primauté de la mélodie, l’ambition du studio, la capacité à faire évoluer un groupe, l’art du single, l’identité collective et cette idée décisive qu’une formation venue d’une ville industrielle anglaise peut prétendre au centre du monde. Oasis en a récupéré le mythe, Blur la métamorphose, Pulp la permission sociale, les Boo Radleys l’expérimentation. Et c’est peut-être là que la Britpop devient la plus fidèle aux Beatles : non lorsqu’elle les imite, mais lorsqu’elle comprend qu’un grand groupe ne doit jamais cesser de bouger.
De Murray the K à Billy Preston, d’Epstein à un logiciel nommé MAL : enquête sur l’origine, la mécanique et la nécessité du mythe du cinquième Beatle.












