Il existe une version courte de cette histoire, celle que tout le monde récite : cinq géants du rock se retrouvent par hasard dans un garage de Malibu, écrivent une chanson en une journée, s’amusent tellement qu’ils en font un album, se rebaptisent frères Wilbury et vendent des millions de disques. Tout y est vrai, et presque rien n’y est exact. La journée fondatrice n’a pas eu lieu au mois de mai que l’on cite partout ; l’album n’a pas été enregistré chez Bob Dylan ; le nom du groupe a deux origines rivales, dont la plus célèbre n’est pas forcément la bonne ; le batteur que l’on prend pour un Wilbury n’en a jamais été un ; et le supergroupe le plus vendeur de la fin des années 1980 n’a jamais placé le moindre single dans le Top 20 britannique.
Cet article reprend le dossier à zéro, pièce par pièce : les cinq trajectoires qui convergent au printemps 1988, la mécanique précise des séances (studios, machines, ingénieurs, micros, ordre des couches), la fiction généalogique inventée par George Harrison et Derek Taylor, les deux albums titre par titre, la mort de Roy Orbison sept semaines après la sortie du premier disque, la disparition du catalogue pendant plus d’une décennie, la réédition de 2007 et ce qu’elle contient réellement, enfin la postérité — celle du groupe, mais aussi celle, beaucoup plus concrète qu’on ne le croit, qui relie les Wilburys aux Beatles de l’Anthology.
Sommaire
En bref : les dix points que cet article établit
- Le groupe naît d’une commande industrielle triviale : Warner Bros. réclame un titre inédit pour la face B du maxi européen de « This Is Love », troisième single de Cloud Nine. La chanson écrite ce jour-là ne figurera jamais sur ce maxi.
- La séance fondatrice a lieu en avril 1988, pas en mai, dans le studio de garage de Bob Dylan ; les sources divergent sur le jour exact et sur la commune (Malibu ou Santa Monica).
- Le mot « Wilbury » a deux étymologies documentées et incompatibles : une blague de studio de Harrison, et un nom de rue de Birmingham selon l’ingénieur Richard Dodd.
- Trois lieux, pas un : le garage de Dylan, la maison louée à Dave Stewart pour l’album, et FPSHOT — le studio de Harrison à Friar Park — pour les surimpressions et le mixage.
- Jim Keltner n’est pas un Wilbury. Il est « Buster Sidebury », et il remplace une boîte à rythmes DMX après coup.
- Vol. 1 gagne un Grammy en 1990, mais pas celui de l’album de l’année : nommé dans cette catégorie, il perd contre Bonnie Raitt.
- Orbison meurt le 6 décembre 1988, sept semaines après la sortie de l’album, et non pendant les séances. Personne ne l’a jamais remplacé, malgré les rumeurs de presse.
- Vol. 3 n’a pas de Vol. 2 : la numérotation est une plaisanterie dont l’origine reste disputée, y compris chez Mo Ostin, le patron de Warner.
- Les deux albums disparaissent du commerce au milieu des années 1990 et n’y reviennent qu’en juin 2007, en tête des ventes britanniques dès la première semaine — dix-neuf ans après le premier disque.
- Aucun concert. Jamais. Et c’est, selon Tom Petty lui-même, ce qui a sauvé le projet.
Avant 1988 : cinq trajectoires qui n’auraient pas dû se croiser
On présente souvent les Wilburys comme une réunion de statues. C’est l’inverse : en 1987-1988, quatre des cinq membres sont soit en pleine reconquête, soit en plein doute. La seule chose qu’ils ont en commun, avant l’amitié, c’est un calendrier professionnel qui les met tous à Los Angeles au même moment.
George Harrison, revenu d’entre les morts commerciaux
Au début des années 1980, Harrison n’est plus un artiste actif : il est producteur de cinéma. HandMade Films occupe son temps, son argent et bientôt ses procès. Le disque, lui, s’espace — Gone Troppo (1982) passe inaperçu, et le silence discographique dure cinq ans. Puis vient Cloud Nine, publié le 2 novembre 1987 et coproduit avec Jeff Lynne, qui remet Harrison au sommet des ventes américaines avec « Got My Mind Set on You ». C’est ce disque, et non les Wilburys, qui constitue le vrai retour ; les Wilburys en seront la conséquence. Le parcours complet de cette période est détaillé dans notre article sur la carrière de George Harrison après les Beatles, et le rôle très concret joué par le désastre financier de HandMade dans la suite de son histoire est raconté ici.
Un détail compte pour comprendre la suite : Harrison n’a jamais appartenu qu’à un seul groupe. Les Wilburys seront le second — et le dernier. Sa position dans les Beatles, celle d’un auteur longtemps rationné, éclaire d’ailleurs l’appétit avec lequel il organise, en 1988, une formation où personne n’a de quota : nous avons consacré une enquête entière à cette guerre silencieuse des chansons.
Jeff Lynne, l’ingénieur devenu faiseur de retours
Lynne a dissous l’Electric Light Orchestra dans l’indifférence. Il devient, entre 1987 et 1990, le producteur le plus demandé de la génération précédente : Cloud Nine pour Harrison, Mystery Girl pour Roy Orbison, Full Moon Fever pour Tom Petty. Sa signature — batterie compressée, guitares acoustiques doublées, chœurs empilés, réverbération courte — deviendra la texture même des Wilburys. C’est aussi lui qui, sept ans plus tard, produira « Free as a Bird » et « Real Love » à partir des cassettes de Lennon, ce qui fait de lui le seul homme à avoir travaillé avec un Beatle vivant, un Beatle mort et trois Beatles survivants. Le détail de cette opération est reconstitué dans notre article sur le duel McCartney-Harrison au cœur de « Free as a Bird ».
Roy Orbison, la voix que les années 1980 redécouvrent
Orbison est le seul membre dont la carrière soit alors ouvertement en résurrection. Le film Blue Velvet de David Lynch a remis « In Dreams » dans les oreilles du public en 1986 ; le concert télévisé A Black and White Night, tourné en septembre 1987 avec Bruce Springsteen, Elvis Costello et Tom Waits dans le groupe d’accompagnement, achève la réhabilitation. Lynne travaille avec lui sur ce qui deviendra Mystery Girl. Les Beatles, eux, l’avaient croisé bien avant : Orbison partage l’affiche d’une tournée britannique avec eux en 1963, épisode que nous avons raconté en détail à l’occasion de ce qui aurait été son quatre-vingt-dixième anniversaire.
Tom Petty, le cadet qui sert de trait d’union
Petty est de dix ans le cadet des autres. Il accompagne Dylan sur la tournée Temples in Flames à l’automne 1987 avec les Heartbreakers, ce qui le rend indispensable : il est le seul à être en relation de travail directe avec Dylan, tout en enregistrant son premier album solo avec Lynne. Sans lui, la chaîne se casse. C’est également chez lui que Harrison a laissé une guitare, détail matériel dont dépend, littéralement, la composition du groupe.
Bob Dylan, au plus bas
Le Dylan de 1988 sort de Knocked Out Loaded et de Down in the Groove, deux disques que ses propres biographes traitent avec embarras. Il vient de lancer ce qu’on appellera le Never Ending Tour. Sa disponibilité sera la contrainte principale des deux albums Wilburys : chaque fois, on enregistre dans la fenêtre où Dylan est libre, et l’on garde ses voix telles quelles parce qu’il repart. Sa relation ancienne avec Harrison — nouée dès 1968-1969, quand le Beatle séjourne à Woodstock — est le socle affectif de toute l’affaire ; les Beatles, eux, l’avaient rencontré collectivement à l’hôtel Delmonico le 28 août 1964, épisode reconstitué dans notre récit de la première tournée américaine.
D’où vient le mot « Wilbury » : deux étymologies concurrentes
La version canonique est une blague d’atelier. Pendant les séances de Cloud Nine, en 1987, les défauts d’enregistrement dus au matériel s’accumulent ; Harrison lance à Lynne qu’on les enterrera au mixage — we’ll bury ’em in the mix. Le mot reste, et désigne bientôt toute petite scorie de jeu. Harrison propose d’abord « the Trembling Wilburys » ; Lynne suggère « Traveling ».
Sauf que l’ingénieur Richard Dodd, qui a travaillé avec les deux hommes, raconte une autre histoire dans Mix : le duo plaisantait sur un groupe de quinquagénaires baptisé « The Tremblers », et le mot « Wilburys » viendrait de Lynne, par analogie avec une Willoughby Street de son Birmingham natal. Les deux récits sont de première main. Aucun n’annule l’autre, et il est parfaitement possible que la formule de Harrison ait rencontré le souvenir de rue de Lynne.
Correctif factuel n° 1. L’étymologie « we’ll bury ’em in the mix » est présentée partout comme établie. Elle repose sur le témoignage de Harrison, relayé par ses biographes ; le témoignage concurrent de Richard Dodd, ingénieur présent sur les deux albums, attribue le mot à Lynne et à une rue de Birmingham. À signaler également : selon un entretien accordé à Mojo en 2015, Dylan aurait proposé de baptiser la formation « Roy and the Boys ». Prudence, donc, sur toute affirmation catégorique.
Avril 1988 : la journée qui a tout déclenché
Un face B pour un maxi européen
Le point de départ n’a rien de romanesque. Harrison est à Los Angeles pour superviser le tournage de Checking Out, une production HandMade. Warner Bros. lui réclame un titre inédit destiné à garnir le maxi 45 tours européen de « This Is Love », troisième single tiré de Cloud Nine. Il faut une chanson, vite, et un studio disponible dans la journée — condition impossible à satisfaire dans les studios professionnels de la ville.
Au cours d’un repas avec Lynne et Orbison, Harrison demande au premier de l’aider ; le second, simple curieux, demande qu’on le prévienne de l’endroit. Harrison se souvient alors que Dylan possède un studio dans son garage. Coup de fil, accord. Reste à récupérer sa guitare, restée chez Tom Petty : il passe la prendre et invite Petty à venir. Le groupe est constitué en une après-midi, par une chaîne de contraintes matérielles.
Le garage, la machine ACES et Bill Bottrell
L’ingénieur Bill Bottrell, qui travaillait avec Lynne depuis le début des années 1980, découvre une installation à peine fonctionnelle : un empilement de matériel que Dave Stewart avait revendu à Dylan, une console ACES et un magnétophone 24 pistes deux pouces de la même marque, dont la vitesse dérivait. Il n’existait aucun élément d’alignement sur place ; Bottrell devra plus tard, à Westlake Audio, réaligner la machine à l’oreille pour relire les bandes. Le « studio » comportait une cabine sommaire ; la porte de garage était restée une porte de garage.
Lynne et Bottrell posent d’abord un clic de boîte à rythmes. Puis les cinq hommes s’installent en demi-cercle, une guitare acoustique chacun, et Bottrell court chercher assez de micros. Lynne a décrit le résultat sans emphase : cinq micros, cinq guitares grattées, des six-cordes et des douze-cordes, le tout doublé — soit dix guitares au final, une masse scintillante et épaisse qu’il compare lui-même à du skiffle dense. C’est là, exactement, la signature sonore des Wilburys : elle est née d’un manque de moyens, pas d’un choix esthétique.
Le carton Ampex et le poulet grillé
Reste à écrire. Dylan demande comment on peut sérieusement composer et enregistrer dans la journée. Harrison regarde autour de lui, avise une boîte de bande Ampex portant la mention imprimée Handle With Care, et enchaîne sur une chanson qu’il avait commencée. Les paroles, elles, s’écrivent dehors, autour du barbecue, après que Dylan a fait griller du poulet — Petty a tenu à préciser le menu. Bottrell se souvient de cinq hommes qui entraient et sortaient du jardin en rapportant chacun une ligne.
Lynne tient la basse et la batterie ce jour-là : Jim Keltner, qui jouera sur tout le reste de l’album, n’était pas disponible. Le lendemain, la troupe se replie sur un vrai studio, Westlake Audio à Hollywood. Harrison y refait sa voix principale et joue le solo à la Stratocaster ; Lynne ajoute une cloche et le riff de guitare électrique douze cordes qui ouvre le morceau ; Ian Wallace pose des toms. Une anecdote résume l’homme Harrison : à sept heures du matin, sur le parking, il refuse de partir avant d’avoir payé de la main à la main les assistants de séance.
Correctif factuel n° 2. Trois inexactitudes circulent sur cette journée. (a) La date : on lit couramment « mai 1988 », qui est celle de l’album, alors que la séance « Handle with Care » a eu lieu en avril ; la date précise du 5 avril, avancée par certaines fiches, n’est pas corroborée par les chronologies de référence, qui se contentent du mois. (b) Le lieu : le garage de Dylan est situé à Malibu selon Alan Clayson et selon les témoignages d’ingénieurs recueillis par Mix, à Santa Monica selon d’autres fiches ; la contradiction n’est pas résolue. (c) Le solo : Mike Campbell, guitariste de Petty, devait initialement le jouer et y a renoncé, intimidé de se produire devant Harrison.
« Trop bon pour une face B » : Mo Ostin renvoie Harrison à son idée
Harrison fait écouter la bande à Mo Ostin et Lenny Waronker, patrons de Warner Bros. La réponse est immédiate : pas question d’enterrer cela au dos d’un maxi ; qu’il fasse plutôt le groupe dont il parle depuis des mois. Lynne a résumé la scène en disant qu’Ostin, au fond, avait envie que ce groupe existe. « Handle with Care » ne paraîtra donc jamais comme face B de « This Is Love ».
Le soir même, selon Petty, Harrison et Lynne l’invitent à en être, puis appellent Dylan, qui accepte. Les trois hommes prennent ensuite la route d’Anaheim pour voir Orbison au Celebrity Theatre et le recrutent juste avant qu’il monte sur scène. Petty a raconté le concert avec une candeur qui dit tout de l’état d’esprit du moment : ils se donnaient des coups de coude en se répétant que ce type-là aussi était dans leur groupe.
Un mot sur l’intention initiale, car elle est datable. Harrison avait annoncé les Traveling Wilburys publiquement dès février 1988, au micro de Bob Coburn dans l’émission Rockline : interrogé sur sa suite après Cloud Nine, il expliquait vouloir faire un disque avec quelques amis, dans un groupe qui s’appellerait ainsi, quitte à ce que chacun retourne ensuite à ses affaires. Le supergroupe le plus improvisé de l’histoire du rock avait donc été annoncé deux mois avant d’exister.
Mai 1988 : dix jours dans une cuisine de Los Angeles
Don Smith construit un studio en deux jours
Le lieu retenu est la maison que Harrison louait alors à Dave Stewart, l’autre moitié d’Eurythmics, absent de la ville. Petty a résumé la logique : Stewart traversait la vie de tout le monde, il n’était pas là, la maison est devenue le club-house. La bâtisse, dessinée par l’architecte Wallace Neff, disposait d’une dépendance équipée — c’est-à-dire, selon l’ingénieur Don Smith, d’une cuisine, d’une pièce avec une console et d’une cabine de chant sans traitement acoustique.
Rappelé de Montserrat, où il travaillait avec Keith Richards, Smith obtient deux jours pour transformer cela en studio. Tapis loués et cloués aux murs, lignes téléphoniques installées, et l’intégralité du câblage de la console à refaire, aucun cordon de patch ne fonctionnant. Il enregistre sur une petite console Soundcraft 1600 et un magnétophone Otari MTR-90 de location, avec quelques Neumann, un AKG 414 et une paire de Telefunken 251 empruntés, en état neuf et à numéros de série consécutifs — Harrison a essayé de les racheter.
Cinq guitares, cinq micros, du scotch au sol
Le protocole quotidien est d’une simplicité désarmante. L’écriture commence vers onze heures dans la cuisine, seule pièce assez grande, les cinq hommes assis en demi-cercle. L’enregistrement démarre l’après-midi et s’arrête vers vingt heures, après quoi Harrison raconte des histoires de Beatles. Deux pistes seulement sont consacrées aux guitares acoustiques, équilibrées à la prise. Les voix sont enregistrées plus tard dans la soirée, dans une autre pièce.
Le détail le plus révélateur concerne les chœurs. Pour équilibrer cinq chanteurs sur un seul micro, Smith les fait avancer et reculer jusqu’à obtenir le mélange voulu, puis marque au ruban adhésif la position des pieds de chacun. Il a raconté leurs rires ; c’était une technique de routine, mais pas avec cette distribution-là. Ensuite, il suffisait de demander à Harrison de faire un pas en avant au moment de sa ligne.
Autre scène instructive : au milieu du réglage des sons de « Last Night », Dylan se met à jouer le rythme de ce qui deviendra « Congratulations ». La seule question posée fut de savoir si la bande tournait. Elle tournait.
De la boîte à rythmes à Jim Keltner
Contrairement à la légende, il n’y a pas de batteur dans la cuisine. Les morceaux sont bâtis sur un clic de boîte à rythmes DMX ; Jim Keltner n’arrive qu’ensuite pour remplacer la machine, installé dans la maison principale et capté avec une sobriété désarmante — un Neumann U69 planté à soixante centimètres devant le kit, à hauteur d’oreille, complété d’un Electro-Voice RE20 sur la grosse caisse et d’un SM57 sur la caisse claire. Keltner, batteur attitré de l’après-Beatles, a sa propre notice sur le site — sa fiche et notre portrait anniversaire — et figure logiquement dans notre enquête sur les « cinquièmes Beatles ».
Correctif factuel n° 3. « Les Wilburys ont enregistré leur album chez Bob Dylan » est faux, et « l’album a été fait en dix jours » n’est vrai qu’à moitié. Le garage de Dylan n’a servi qu’à « Handle with Care ». L’album a été mis en place en une dizaine de jours de mai 1988 chez Dave Stewart, puis achevé en trois à quatre semaines de surimpressions et de mixage à FPSHOT, en Angleterre. Enfin, Jim Keltner n’est pas un membre du groupe : crédité « Buster Sidebury », il appartient aux « Sideburys », au même titre que Jim Horn (saxophones) et Ray Cooper (percussions).
Friar Park : ce que deux producteurs font d’une maquette
Les bandes repartent en Angleterre avec Lynne, après copies de sécurité réalisées sous surveillance. Lynne a raconté avoir passé tout le vol à discuter avec Harrison de la manière de transformer ces esquisses acoustiques en disques finis. Le travail se déroule à FPSHOT — Friar Park Studio, Henley-on-Thames — avec Richard Dodd, en l’absence de Dylan, reparti en tournée.
Le témoignage de Dodd sur ces semaines est précieux parce qu’il décrit une tension productive plutôt qu’une camaraderie molle : deux producteurs très compétents et très compétitifs, Lynne poussant à ajouter une couche, Harrison poussant à s’en passer, chacun cédant à son tour. Le résultat — des disques denses mais jamais boursouflés — vient exactement de cet arbitrage permanent. Harrison, lui, a résumé l’esthétique d’une formule : du skiffle pour les années 1990. Son voisin et ami Joe Brown, musicien de la génération skiffle, a précisé la chose de manière plus concrète encore en signalant que le bruit de planche à laver de « Rattled » était en réalité Keltner jouant sur les grilles du réfrigérateur de la cuisine de Harrison.
La fiction Wilbury : une famille, un père, un prospectus
Charles Truscott Wilbury Sr. et ses fils
Le dispositif est simple et tenu jusqu’au bout : les cinq musiciens ne sont pas cinq stars, ce sont cinq demi-frères, fils d’un même père fictif, Charles Truscott Wilbury Sr. Aucun nom réel ne figure sur la pochette, ni dans les crédits d’écriture, tous les titres étant signés collectivement « Traveling Wilburys ». Harrison devient Nelson, Lynne Otis, Orbison Lefty — hommage à son idole Lefty Frizzell —, Petty Charlie T. Wilbury Jr. et Dylan Lucky. Orbison, interrogé pendant la promotion, jouait le jeu avec un aplomb parfait : certains prétendaient que leur père était un aventurier, mais lui se souvenait d’un pasteur baptiste.
Le procédé n’est pas gratuit. Il neutralise d’un coup la hiérarchie des réputations, la question du leadership et celle des parts. Simon Leng y voit un prolongement direct de l’esprit des Rutles, cette parodie des Beatles que Harrison avait soutenue dix ans plus tôt : une manière de démythifier de l’intérieur.
Michael Palin sous pseudonyme, Derek Taylor derrière
Le texte de pochette de Vol. 1, pastiche universitaire d’une érudition parfaitement absurde, est signé d’un pseudonyme : il est de Michael Palin, des Monty Python. L’idée initiale revenait à Derek Taylor, ancien attaché de presse des Beatles, qui avait rédigé une histoire complète et fictive de la famille Wilbury, finalement inutilisée. Pour Vol. 3, c’est un autre Python, Eric Idle, qui s’en charge. Le goût commun des cinq musiciens pour les Monty Python est d’ailleurs l’un des ciments du groupe : Harrison, producteur de La Vie de Brian, appréciait particulièrement le talent d’imitateur d’Orbison, capable de réciter des sketches entiers.
La direction artistique est confiée à David Costa, avec des photographies notamment signées Neal Preston et Gered Mankowitz. Preston a raconté sa convocation : on lui demande de venir photographier « Tom Petty et quelques amis » dans une maison d’Encino, on lui passe au téléphone « un type qui s’appelle George », et l’accent de Liverpool fait le reste.
Traveling Wilburys Vol. 1, titre par titre
Publié le 18 octobre 1988 aux États-Unis sur le label Wilbury distribué par Warner Bros. — et non sur Dark Horse, précisément pour préserver l’identité collective —, l’album compte dix titres pour trente-six minutes. Voici ce que chacun apporte réellement.
1. « Handle with Care »
La matrice. Structure en relais : Harrison énonce les couplets, Orbison surgit sur le pont dans son registre opératique, Petty et Dylan enchaînent la ligne collective. C’est le seul morceau où les cinq voix sont distribuées comme un dialogue plutôt que comme un empilement. Le riff de douze cordes de Lynne et le solo de Harrison à la Stratocaster ont été ajoutés à Westlake, le lendemain de l’écriture.
2. « Dirty World »
Chanté par Dylan, ce catalogue de compliments automobiles est un pastiche assumé de la manière de Prince, alors au sommet. La chute — une énumération de qualités livrée par les cinq voix à tour de rôle — est le premier signe que le groupe a compris son propre mécanisme : faire tourner un gag entre cinq timbres immédiatement reconnaissables.
3. « Rattled »
Le morceau le plus explicitement skiffle du disque, chanté par Lynne, avec la fameuse percussion de réfrigérateur. C’est aussi la démonstration que la formule fonctionne à vide : deux accords, une pulsation, rien d’autre.
4. « Last Night »
Petty au chant principal, sur une histoire de rendez-vous qui tourne mal, avec un pont parlé qui doit tout à l’humour anglais des séances. C’est pendant les réglages de ce titre que Dylan a lancé le motif de « Congratulations ».
5. « Not Alone Any More »
Le sommet du disque, et le seul titre entièrement conçu comme un véhicule : Lynne, admirateur de longue date, écrit une ballade taillée pour la voix d’Orbison, montée en paliers vers un aigu tenu. Sept semaines après la sortie de l’album, cette chanson deviendra un adieu. Elle ne le savait pas.
6. « Congratulations »
Ballade amère chantée par Dylan, née d’un motif improvisé en studio. Harrison a expliqué en 1990 pourquoi la voix sonne comme une prise de travail : les autres avaient du temps devant eux, Dylan devait partir en tournée et ne pourrait pas revenir chanter, il a donc fallu prendre sa voix immédiatement. Cette contrainte de calendrier explique une partie du grain si particulier des deux albums.
7. « Heading for the Light »
Le titre le plus « Cloud Nine » du lot : écrit principalement par Harrison, chanté avec Lynne, cuivré par Jim Horn, il aurait pu figurer sur son album solo. Publié en single au printemps 1989, c’est aussi le morceau qui montre à quel point la frontière entre les Wilburys et le Harrison de 1987 est poreuse. On en retrouve la trace dans notre sélection de quinze chansons pour découvrir George Harrison en solo.
8. « Margarita »
Le morceau le plus étrange de l’album, presque un collage : voix parlée, ambiance de fête décalée, texte flottant. Il servira de face B à « Handle with Care ».
9. « Tweeter and the Monkey Man »
Cinq minutes et demie de ballade narrative signée Dylan — officiellement collective, mais éditée par sa propre société d’édition, ce qui règle la question. C’est un pastiche de Bruce Springsteen dans lequel sont enchâssés, comme autant de clins d’œil, des titres de chansons du New-Jersey. Le procédé est d’une drôlerie froide : Dylan y démontre qu’il peut écrire du Springsteen mieux et plus vite que quiconque, tout en s’en moquant.
10. « End of the Line »
Le final, et l’une des rares chansons de l’histoire du rock dont le sens a été entièrement réécrit par un événement extérieur. Refrain rassurant distribué entre Harrison, Orbison, Petty et Lynne, rythme de train, morale de vieux sages. Six semaines après la sortie, Orbison est mort ; le clip tourné ensuite laisse un fauteuil à bascule vide, avec sa guitare et son portrait encadré, chaque fois que sa voix apparaît. Ce plan est devenu l’image la plus citée de toute l’aventure.
Reste à savoir ce que le public, la critique et l’industrie en ont fait à l’automne 1988.
Le succès, en chiffres vérifiés
La réception est immédiate et massive aux États-Unis, plus lente et plus étrange au Royaume-Uni. Aux États-Unis, Vol. 1 atteint la troisième place du Billboard 200 et sera certifié triple platine par la RIAA. Au Royaume-Uni, l’album entre au classement le 5 novembre 1988 et plafonne à la seizième place — mais y reste trente-cinq semaines, ce qui en dit plus long qu’un pic. Détail savoureux pour collectionneurs : l’Official Charts Company l’enregistre sous l’orthographe britannique The Travelling Wilburys, avec deux L, que la pochette n’a jamais portés.
Côté singles, le bilan britannique est franchement contre-intuitif. « Handle with Care » entre le 29 octobre 1988, culmine à la vingt et unième place et tient seize semaines dans les classements. « End of the Line » ne dépasse pas la cinquante-deuxième place en mars 1989. Autrement dit : le supergroupe réputé le plus puissant de tous les temps n’a jamais placé un seul titre dans le Top 20 britannique, et n’y compte, tous relevés confondus, qu’une seule entrée dans le Top 40. Sa force était ailleurs — dans l’album, la radio FM américaine et la longévité.
| Publication | Date | Meilleure place UK | Semaines UK |
|---|---|---|---|
| « Handle with Care » (single) | 17 oct. 1988 | 21 | 16 |
| Traveling Wilburys Vol. 1 | 18 oct. 1988 | 16 | 35 |
| « End of the Line » (single) | 23 janv. 1989 | 52 | 5 |
| « Nobody’s Child » (single caritatif) | juin 1990 | 44 | 2 |
| « She’s My Baby » (single) | 5 nov. 1990 | 79 | 1 |
| Traveling Wilburys Vol. 3 | 29 oct. 1990 | 14 | 9 |
| The Traveling Wilburys Collection | 11 juin 2007 | 1 | 19 |
La critique, elle, a immédiatement compris que le disque était une anomalie de calendrier. Alan Clayson a trouvé la formule la plus juste : voir arriver un tel album en 1988, entre le hip-hop, l’acid house et la pop synthétique, revenait à voir un drakkar accoster dans un terminal d’aéroglisseurs. Cet anachronisme assumé était précisément l’objectif de Harrison, qui parlait de faire un pied de nez aux règles de l’industrie.
Correctif factuel n° 4. On lit régulièrement que Vol. 1 a remporté le Grammy de l’album de l’année. C’est faux : il y était nommé, et l’a perdu face à Nick of Time de Bonnie Raitt lors de la cérémonie de 1990. Le Grammy effectivement remporté est celui de la meilleure prestation rock par un duo ou un groupe avec chant. Autre chiffre souvent gonflé : la certification américaine est triple platine, pas quintuple.
6 décembre 1988 : Lefty s’en va
Roy Orbison meurt d’une crise cardiaque le 6 décembre 1988, à cinquante-deux ans, sept semaines après la sortie de Vol. 1. Il laisse derrière lui un album Wilburys en pleine ascension, un disque solo achevé avec Lynne qui paraîtra en janvier 1989 et lui vaudra le succès posthume qu’il n’avait plus connu depuis vingt ans, et une génération de musiciens sonnés.
Lynne, qui était le plus proche de lui musicalement, a parlé de la chose la plus écœurante qui lui soit arrivée, ajoutant qu’il en était resté anéanti longtemps : ils avaient des projets, et la voix était en parfait état. Petty, plus tard, a livré la lecture la plus fine de ce que la présence d’Orbison signifiait dans le groupe : ce qui rendait la formation extraordinaire, c’était l’écart entre lui et Dylan — le plus grand chanteur et le plus grand parolier réunis dans la même pièce.
Correctif factuel n° 5. Orbison n’est pas mort « pendant l’enregistrement », comme on le lit parfois : les séances étaient terminées depuis l’été. Et il n’a jamais été remplacé. La presse de l’époque a fait circuler les noms de Del Shannon et Roger McGuinn, puis ceux de Carl Perkins, Robbie Robertson et Gene Pitney ; les membres du groupe ont toujours affirmé n’avoir jamais envisagé de recruter un cinquième homme. Del Shannon mourra lui-même en février 1990, quelques semaines avant les séances de Vol. 3 — les Wilburys reprendront son « Runaway » en hommage.
1990 : « Nobody’s Child » et le retour à quatre
Le groupe se reforme en mars 1990, avec un préalable caritatif : une reprise de « Nobody’s Child », ballade country popularisée par Hank Snow, enregistrée pour le Romanian Angel Appeal, l’association fondée par Olivia Harrison après la chute de Ceaușescu. Le titre devient la pièce maîtresse d’un album collectif éponyme et sort en single en juin 1990. Il entre au classement britannique à la quarante-quatrième place. Sur le plan symbolique, c’est le premier disque Wilburys sans Orbison, et le choix d’une chanson d’orphelin n’est probablement pas un hasard.
Traveling Wilburys Vol. 3 : l’album que l’on juge trop vite
Pourquoi « Vol. 3 » ?
Il n’existe pas de Vol. 2. La numérotation est une plaisanterie, et son origine reste incertaine jusque chez ceux qui étaient dans la pièce : Mo Ostin, patron de Warner, s’est contenté d’expliquer que c’était « George qui faisait du George ». L’hypothèse la plus répandue veut que Harrison ait ainsi désigné, en creux, un bootleg qui circulait alors et faisait office de deuxième volume officieux. Aucune source de première main ne le confirme.
Les séances de Bel Air
Les enregistrements se déroulent de mars-avril à mai 1990, puis en juillet, dans un studio privé de Bel Air baptisé pour l’occasion Wilbury Mountain Studio, avant l’achèvement à FPSHOT. Richard Dodd, déjà présent sur le premier album, tient la console. Les quatre survivants changent tous de pseudonyme, comme si la fratrie s’était recomposée : Harrison devient Spike, Lynne Clayton, Petty Muddy et Dylan Boo. L’album est dédié à la mémoire de Lefty Wilbury.
Deux décisions de production expliquent la couleur du disque. D’abord, Harrison demande à Dylan de chanter une voix principale sur toutes les chansons avant son départ en tournée — puis renonce à en remplacer la plupart, ce qui donne à Dylan une place vocale beaucoup plus large que sur Vol. 1. Ensuite, Harrison, ayant cédé du terrain au chant, en reprend à la production et surtout à la guitare solo : Vol. 3 est, de très loin, le plus « guitaristique » des deux disques. Petty a décrit un album plus brut et plus tapageur ; Dylan, lui, jugeait les chansons plus construites que celles du premier, qu’il décrivait comme récupérées sur des bandes de bœuf.
Les onze titres
- « She’s My Baby » — Ouverture électrique, avec un solo confié à un invité extérieur : Gary Moore, crédité « Ken Wilbury ». C’est la seule intervention d’un guitariste tiers sur l’ensemble du catalogue.
- « Inside Out » — Première chanson écrite et enregistrée pour l’album, en avril 1990 ; texte à thème environnemental, monde devenu jaune. Publiée en single dans quelques territoires début 1991.
- « If You Belonged to Me » — Dylan au chant et à l’harmonica, Harrison à la mandoline : l’un des rares moments où l’instrumentarium s’écarte du dispositif guitares-basse-batterie.
- « The Devil’s Been Busy » — Le morceau le plus sombre du disque, avec un sitar joué par Harrison, écho lointain de ses années 1966-1968.
- « 7 Deadly Sins » — Pastiche de doo-wop, chanté par Harrison, où le groupe se souvient qu’il aime autant les années 1950 que ses propres disques.
- « Poor House » — Petty en chanteur de country comique.
- « Where Were You Last Night? » — Dylan, retour du blues de reproche.
- « Cool Dry Place » — Petty encore, sur une plaisanterie de notice d’entretien.
- « New Blue Moon » — L’un des sommets discrets du disque ; une version instrumentale servira de face B.
- « You Took My Breath Away » — Ballade lente, la plus proche de ce qu’aurait pu chanter Orbison, et lue par beaucoup comme un tombeau discret.
- « Wilbury Twist » — Finale burlesque : une danse imaginaire dont les instructions occupent tout le texte. Troisième et dernier single du groupe, en mars 1991.
Le clip de « Wilbury Twist », tourné à Los Angeles et achevé le 28 février 1991, réunit Eric Idle, John Candy et d’autres comédiens s’efforçant d’exécuter la danse. C’est la dernière image du groupe en activité.
Correctif factuel n° 6. Le clip de « Wilbury Twist » que l’on trouve aujourd’hui n’est pas nécessairement celui de 1991 : pour le coffret de 2007, il a été remonté afin de privilégier les images du groupe en playback et de réduire la place des acteurs invités. Deux versions coexistent donc, et les descriptions qui en circulent mélangent souvent les deux.
Commercialement, Vol. 3 ne reproduit pas le miracle : quatorzième place britannique pour neuf semaines, onzième aux États-Unis. Le single « She’s My Baby » culmine à la soixante-dix-neuvième place au Royaume-Uni, pour une seule semaine. Artistiquement, le disque a vieilli beaucoup mieux que sa réputation : c’est le plus rock des deux, le mieux joué, et le seul où l’on entend vraiment un groupe plutôt qu’un assemblage.
Le groupe qui n’a jamais joué en public
Aucun concert Wilburys n’a jamais eu lieu. Ce n’est pas faute d’y avoir pensé. Après sa tournée japonaise de décembre 1991 — sa première série de concerts depuis 1974, documentée par l’album Live in Japan dont nous avons raconté l’histoire et suivi la réédition de 2026 —, Harrison a décrit très précisément ce qu’il imaginait : chacun un set solo puis un final commun, ou bien tout en Wilburys du début à la fin, avec l’idée réjouissante que Dylan chante « Something » et que le reste du groupe chante « Blowin’ in the Wind ».
Petty a expliqué pourquoi cela n’est jamais arrivé, et son argument est le plus intelligent de toute cette histoire : une tournée aurait obligé le groupe à devenir responsable, formel, professionnel — exactement ce que les Wilburys avaient été conçus pour ne pas être. Selon Jim Keltner, la décision appartenait de fait à Harrison ; Lynne, Petty et Dylan étaient tous partants pour un nouveau disque, mais l’enthousiasme du fondateur allait et venait.
Le film qui n’a pas eu lieu
Harrison avait un projet plus ambitieux encore : un long métrage sur les Wilburys, produit par HandMade Films et réalisé par David Leland. Des problèmes contractuels ont enterré l’idée. Il en reste un objet rare, Whatever Wilbury Wilbury, film promotionnel monté par Harrison lui-même à partir des images tournées pendant les séances de 1988 et destiné aux équipes de Warner Bros. Le générique y pousse la plaisanterie jusqu’au bout : tous les postes techniques sont attribués à des Wilbury imaginaires, et un écureuil y est crédité sous le nom d’Eddie Wilbury.
Ce goût du dispositif fictionnel n’est pas isolé chez les ex-Beatles : Paul McCartney a fait exactement la même chose, en solo, avec le projet The Fireman et avec le pseudonyme Percy « Thrills » Thrillington, et l’on retrouve cette logique jusque dans la fabrique collective de RAM.
La longue disparition : pourquoi les Wilburys ont quitté les bacs
C’est le chapitre le moins raconté, et l’un des plus importants pour comprendre la place réelle du groupe. À partir du milieu des années 1990, les deux albums cessent d’être disponibles dans la plupart des territoires. Les droits sont revenus à Harrison, principal détenteur, et celui-ci ne les réédite pas. Il meurt le 29 novembre 2001 sans l’avoir fait.
Conséquence : une génération entière de mélomanes — celle qui découvre la musique entre 1996 et 2007, en pleine explosion du CD puis du téléchargement — n’a jamais pu acheter légalement Vol. 1 en magasin. Le groupe le plus vendeur de 1988 devient, pendant une douzaine d’années, un objet de brocante et de bootleg. Cela explique en grande partie le choc de 2007.
Il faut mesurer ce que cette parenthèse a d’inhabituel dans l’écosystème beatlesien, où le catalogue est au contraire administré avec une méticulosité de conservateur — comme le montrent aussi bien la politique de coffrets que les rééditions japonaises du catalogue Harrison.
La suite est une affaire de succession, de format et de marché : elle commence en juin 2007.
La réédition de 2007 : ce que contient réellement The Traveling Wilburys Collection
Le contenu exact
Publié le 11 juin 2007 par Rhino en association avec Wilbury Records, sous la supervision de la succession Harrison, le coffret réunit les deux albums augmentés de quatre bonus et un DVD. Les bonus sont : « Maxine » et « Like a Ship », deux inédits des séances de 1988 achevés pour l’occasion par Jeff Lynne et Dhani Harrison ; « Nobody’s Child » ; et la reprise de « Runaway » de Del Shannon. Le DVD contient les cinq clips du groupe et un documentaire, The True History of the Traveling Wilburys, réalisé par Willy Smax et produit avec Olivia Harrison, à partir d’images tournées pendant les séances.
Détail que les collectionneurs apprécieront : les surimpressions de Dhani Harrison sur les deux inédits sont créditées « Ayrton Wilbury ». Le prénom est un hommage à Ayrton Senna — clin d’œil parfaitement cohérent avec la passion de George Harrison pour la Formule 1, sujet auquel nous avons consacré une enquête entière, et avec le rapport des Beatles à l’automobile en général. Dhani, devenu depuis un musicien à part entière, poursuit aujourd’hui sa route avec le projet Dragonflies, aux côtés de Nigel Godrich.
Les configurations
Le coffret est décliné en trois formes principales : une édition standard en double digipak avec livret de seize pages ; une édition de luxe reliée en toile, avec livret cartonné de quarante pages, cartes postales, photographies et certificat numéroté ; et une édition vinyle de luxe qui supprime le DVD mais ajoute un 12 pouces de versions rares et de mixages étendus. L’édition de luxe s’est épuisée en quelques minutes, obligeant Rhino à annoncer une seconde édition pour le 20 novembre 2007.
Le résultat commercial
Le retour est spectaculaire : première place des ventes britanniques dès la semaine du 23 juin 2007, dix-neuf semaines de présence, sept semaines dans le Top 5, neuvième place du Billboard 200, numéro un en Australie et en Irlande, environ un demi-million d’exemplaires écoulés dans le monde en trois semaines. Dix-neuf ans après Vol. 1, un groupe dissous depuis 1991 et amputé de deux de ses membres se retrouvait en tête des ventes britanniques.
Correctif factuel n° 7. Deux approximations circulent sur ce coffret. La durée du documentaire est donnée tantôt à vingt-quatre, tantôt à vingt-cinq minutes selon les sources, y compris officielles ; et « Nobody’s Child » et « Runaway » ne sont pas des inédits mais des titres déjà publiés en 1990. Seuls « Maxine » et « Like a Ship » sont réellement des morceaux exhumés — et ils ont été terminés en 2007, ce qui signifie que le coffret contient des surimpressions postérieures de dix-sept ans aux séances.
Guide du collectionneur : quelle édition acheter
| Édition | Année | Ce qu’elle apporte |
|---|---|---|
| LP et CD d’origine Vol. 1 / Vol. 3 | 1988 / 1990 | Les pochettes et notices originales, dont le texte de Michael Palin. Pressages courants, sauf en vinyle britannique de première main. |
| Collection, 2 CD + DVD | 2007 | L’édition de référence : quatre bonus et le documentaire. Le seul achat indispensable. |
| Collection de luxe reliée | 2007 | Livre de quarante pages, certificat numéroté. Objet, plus que contenu. |
| Coffret 3 LP 180 g | 2007, repressé ensuite | Gravure de Kevin Gray chez AcousTech, pressage RTI, et surtout un 12 pouces bonus de mixages étendus exclusifs au vinyle. Pas de DVD. |
| Picture disc Vol. 1 | 2018 | Trentième anniversaire, édition limitée Craft Recordings. Aucun apport sonore ; il a suffi à renvoyer l’album dans les classements britanniques. |
Une remarque de fond sur le vinyle : la gravure de 2007 est unanimement considérée comme l’une des meilleures du catalogue Warner de cette période, ce qui n’est pas anodin pour un disque enregistré en partie sur une console de salon et un magnétophone de location. Les Wilburys sonnent bien parce que Lynne et Harrison ont passé un mois à Friar Park à corriger ce qui avait été capté à la va-vite — le contraire absolu de la légende spontanéiste.
Postérité : ce que les Wilburys ont réellement laissé
Quatre carrières relancées en dix-huit mois
Le premier effet est immédiat et mesurable. Entre l’automne 1988 et l’automne 1989 paraissent Full Moon Fever de Tom Petty, Mystery Girl de Roy Orbison — succès posthume considérable — et Oh Mercy de Bob Dylan, qui marque le début de sa reconstruction critique. Trois des cinq Wilburys signent, dans la foulée immédiate du groupe, le meilleur disque qu’ils aient publié depuis une décennie. Le quatrième, Harrison, venait de le faire avec Cloud Nine. Le supergroupe n’a donc pas capitalisé sur des carrières florissantes : il les a fabriquées.
Le fil qui mène aux Beatles
C’est la conséquence la plus lourde, et la moins souvent formulée. Sans les Wilburys, Jeff Lynne n’aurait probablement pas été l’homme à qui Harrison a imposé la production des inédits des Beatles en 1994-1995. Or ce choix a tout déterminé du son de « Free as a Bird » et de « Real Love », et donc de la manière dont trois Beatles survivants ont dialogué avec la voix d’un mort. La mécanique complète de cette décision est reconstituée dans notre article sur le duel McCartney-Harrison au cœur de « Free as a Bird », et le rôle qu’y joua l’absence de George Martin mérite d’être relu à cette lumière. Le vœu de Lennon de réenregistrer le catalogue, que nous avons documenté ici, trouve d’ailleurs un écho troublant dans cette méthode.
Autrement dit : la ligne qui va d’un carton d’emballage dans un garage de Malibu jusqu’aux retrouvailles des Beatles de 1994-1995 est directe, et elle passe par Jeff Lynne.
Le modèle de l’anti-supergroupe
Lenny Waronker, frappé par ce que l’expérience avait apporté à Petty et Orbison, a encouragé Ry Cooder à monter Little Village avec John Hiatt, Nick Lowe et Jim Keltner : l’album paraît en 1992. La même année 1990, Mark Knopfler publie avec les Notting Hillbillies un disque que la presse américaine décrit immédiatement comme son projet à la Wilburys, tandis que Warren Zevon et trois membres de R.E.M. sortent l’album des Hindu Love Gods. Elizabeth Wurtzel notait fin 1990, dans New York, que les disques commençaient à ressembler à des soirées de bowling entre amis.
La descendance est donc réelle, mais elle porte moins sur le son que sur le format : le supergroupe cesse d’être une opération de prestige pour devenir un mode de sociabilité entre musiciens installés. C’est ce modèle-là qu’ont suivi, chacun à sa manière, la plupart des collaborations d’anciens de la même génération — jusqu’au dialogue entre Paul McCartney et Elvis Costello ou aux disques collectifs de Ringo Starr, dont les All-Starr Bands appliquent le principe à la scène.
Le skiffle, encore
Plusieurs historiens de la musique britannique rangent les Wilburys dans la descendance directe de Lonnie Donegan : guitares acoustiques, percussions de fortune, économie de moyens, chant collectif. Patrick Humphries y voit une résurgence du bricolage skiffle, dont les Notting Hillbillies seraient l’autre manifestation. La remarque n’est pas anecdotique pour un site consacré aux Beatles : le skiffle est la matrice des Quarrymen, et le premier groupe de Harrison, comme celui de Lennon, en procède. Trente ans plus tard, l’ancien Beatle refaisait, à cinq et avec des moyens illimités, ce qu’il avait fait à quinze ans avec des moyens nuls.
Le paradoxe du Rock and Roll Hall of Fame
Les cinq membres des Traveling Wilburys sont au Rock and Roll Hall of Fame : Dylan et Orbison comme artistes solo, Harrison comme Beatle puis à titre posthume comme artiste solo, Petty à la tête des Heartbreakers, Lynne comme membre de l’Electric Light Orchestra. Le groupe, lui, n’y est pas. C’est peut-être la meilleure preuve que la plaisanterie a fonctionné jusqu’au bout : une formation dont chaque membre est immortalisé séparément et qui, collectivement, n’existe institutionnellement pas.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Le catalogue vit désormais sa vie de standard : Vol. 1 réapparaît régulièrement dans les classements britanniques annexes — cinquième du classement des albums d’artistes country en 2017, douzième du classement vinyle lors de la réédition en picture disc de 2018, et de nouveau dans les relevés de ventes en 2023 puis en 2025. « Handle with Care » et « End of the Line » sont entrés dans le répertoire commun, le second étant devenu un raccourci cinématographique et télévisuel pour dire l’apaisement ou la fin d’un cycle. Petty est mort en 2017 ; il ne reste, de la fratrie, que Dylan et Lynne.
Un objet complète le tableau pour les collectionneurs : le livre relié en édition limitée publié par Genesis Publications à partir de 2009-2010, compilé par Olivia Harrison, avec photographies rares, notes de séance, textes manuscrits et une préface de Lynne. Le lancement américain, en mars 2010, réunit Petty, Lynne, Olivia Harrison, Barbara Orbison, Keltner et Eric Idle — la dernière réunion, à ce jour, de l’entourage Wilbury.
Les phrases qui restent : anthologie de citations
Un article sur les Wilburys sans leurs voix n’aurait pas de sens. Voici les témoignages qui, mis bout à bout, racontent le groupe mieux que n’importe quelle synthèse.
- George Harrison, février 1988, dans Rockline, deux mois avant l’existence du groupe : il voulait faire un album avec quelques amis, dans une formation qui s’appellerait les Traveling Wilburys, après quoi chacun retournerait à ses disques.
- Tom Petty, sur le premier jour : Harrison a tenu à dire à Dylan qu’on savait bien qu’il était Bob Dylan, mais qu’on lui parlerait comme à n’importe qui. Réponse de Dylan : parfait, et croyez-le ou non, je suis moi aussi impressionné par vous.
- Tom Petty, interrogé par Mojo en 2009 sur l’identité du Wilbury alpha : Harrison, sans hésitation, meilleur chef de groupe qu’il ait jamais vu, doué pour organiser, savoir qui est le meilleur à quoi, et déléguer — et cela chez un homme qui n’avait appartenu qu’à un seul groupe.
- Bob Dylan, rapporté par Petty, quand les deux hommes s’étonnaient de l’impact du groupe : George est très malin, il a été dans les Beatles, vous savez.
- Jeff Lynne, sur la mort d’Orbison : la chose la plus écœurante qui lui soit arrivée, dont il est resté anéanti longtemps.
- Jeff Lynne, en 2010, à la sortie du livre Genesis : les Wilburys étaient un groupe merveilleux, les meilleures personnes avec qui il pouvait espérer travailler, et chaque journée était une stupéfaction.
- Roy Orbison, pendant la promotion de 1988, tenant la fiction sans ciller : certains disaient que leur père était un vaurien, mais lui se souvenait d’un pasteur baptiste.
- Mo Ostin, patron de Warner Bros., sur le titre Vol. 3 : c’était George qui faisait du George.
- Don Smith, ingénieur, découvrant le prétendu studio de Dave Stewart : ce n’était pas un studio, rien ne fonctionnait, et il leur a demandé s’ils avaient perdu la tête.
- Richard Dodd, ingénieur, sur le duo de producteurs : deux pur-sang lancés l’un contre l’autre, tous deux extrêmement bons.
- Stephen Thomas Erlewine, AllMusic : impossible d’imaginer un supergroupe au pedigree plus lourd, et pourtant difficile d’appeler cela un supergroupe, tant leur charme tenait à l’absence totale d’importance qu’ils se donnaient.
- Tom Petty, à Paul Zollo en 2004 : ils voulaient faire quelque chose de bien dans un monde qui devenait de plus en plus laid, et il était fier d’y avoir participé parce que cela avait mis un peu de soleil dans le paysage.
- Tom Petty, enfin, dans le documentaire de 2007 : ce que les gens auraient le plus de mal à comprendre, c’est à quel point ils étaient de vrais amis ; cela n’avait presque rien à voir avec le fait de réunir des gens célèbres, c’était une bande de copains qui se trouvaient être très bons pour faire de la musique.
On ajoutera, pour la petite histoire, l’hommage de Petty à Harrison après sa mort, que nous citons dans notre article sur le jugement de Harrison sur les Beatles « surévalués », et le regard porté par McCartney sur cette amitié Dylan-Harrison, évoqué dans son grand entretien radiophonique.
Ce qu’on ne sait toujours pas
- La date exacte de la séance « Handle with Care » : les chronologies de référence s’en tiennent à « avril 1988 ».
- La commune précise du studio de garage de Dylan, Malibu ou Santa Monica selon les sources.
- L’origine véritable du titre Vol. 3, jamais confirmée par Harrison lui-même.
- Le contenu complet des bandes de 1988 et 1990 : deux inédits ont été publiés en 2007, on ignore ce qu’il reste.
- La raison exacte pour laquelle Harrison n’a jamais réédité le catalogue de son vivant : lassitude, complexité contractuelle ou décision artistique, aucune source de première main ne tranche.
- L’état d’avancement réel du projet de film HandMade, dont il ne subsiste aucun scénario connu.
Les sept correctifs de cet article
| Affirmation courante | Ce qu’établissent les sources |
|---|---|
| « Wilbury » vient de la blague « we’ll bury ’em in the mix » | Deux versions concurrentes de première main, dont celle de Richard Dodd (une rue de Birmingham). Dylan aurait proposé « Roy and the Boys ». |
| La séance fondatrice date de mai 1988 | Avril 1988 ; mai est le mois de l’album. Jour et commune restent disputés. |
| L’album a été enregistré chez Bob Dylan en dix jours | Trois lieux : garage de Dylan (un titre), maison de Dave Stewart (dix jours), FPSHOT (trois à quatre semaines de finition). |
| Jim Keltner était le sixième Wilbury | « Buster Sidebury », musicien additionnel, arrivé après coup pour remplacer une boîte à rythmes DMX. |
| Vol. 1 a gagné le Grammy de l’album de l’année | Nommé, mais battu par Bonnie Raitt. Grammy remporté : meilleure prestation rock par un duo ou un groupe. |
| Orbison est mort pendant les séances et a été remplacé | Mort le 6 décembre 1988, sept semaines après la sortie. Aucun remplaçant, malgré les rumeurs de presse. |
| Le coffret 2007 contient quatre inédits | Deux seulement (« Maxine », « Like a Ship »), achevés en 2007 par Lynne et Dhani Harrison. |
Chronologie
- Janvier 1987 — Début des séances de Cloud Nine. Harrison propose à Lynne de monter un groupe ; naissance du mot « Wilbury ».
- 2 novembre 1987 — Sortie de Cloud Nine.
- Automne 1987 — Petty accompagne Dylan sur la tournée Temples in Flames ; Lynne travaille avec Orbison et Petty.
- Février 1988 — Harrison annonce publiquement les Traveling Wilburys dans Rockline.
- Avril 1988 — Séance « Handle with Care » chez Dylan, puis à Westlake Audio. Refus de Mo Ostin d’en faire une face B.
- Mai 1988 — Dix jours d’enregistrement chez Dave Stewart, à Los Angeles.
- Été 1988 — Surimpressions et mixage à FPSHOT ; négociations contractuelles entre Warner et les maisons de disques des cinq membres.
- 18 octobre 1988 — Sortie de Traveling Wilburys Vol. 1.
- 6 décembre 1988 — Mort de Roy Orbison.
- Janvier 1989 — Sortie posthume de Mystery Girl. Single « End of the Line » et son clip au fauteuil vide.
- Avril 1989 — Full Moon Fever de Tom Petty.
- Février 1990 — Grammy de la meilleure prestation rock par un duo ou un groupe pour Vol. 1. Mort de Del Shannon.
- Mars-juillet 1990 — Séances de Vol. 3 à Bel Air puis à FPSHOT.
- Juin 1990 — Single caritatif « Nobody’s Child » pour le Romanian Angel Appeal.
- 29 octobre 1990 — Sortie de Traveling Wilburys Vol. 3, dédié à Lefty Wilbury.
- 28 février 1991 — Achèvement du clip de « Wilbury Twist », dernière image du groupe en activité.
- Décembre 1991 — Tournée japonaise de Harrison ; il évoque publiquement une tournée Wilburys qui n’aura pas lieu.
- Milieu des années 1990 — Les deux albums quittent le commerce.
- 1994-1995 — Lynne produit « Free as a Bird » et « Real Love » pour l’Anthology des Beatles.
- 29 novembre 2001 — Mort de George Harrison.
- 11 juin 2007 — The Traveling Wilburys Collection ; numéro un britannique dès la semaine du 23 juin.
- 2009-2010 — Livre en édition limitée chez Genesis Publications, compilé par Olivia Harrison.
- 2 octobre 2017 — Mort de Tom Petty.
- 2 novembre 2018 — Réédition en picture disc de Vol. 1 pour son trentième anniversaire.
Guide d’écoute en dix étapes
- « Handle with Care » — Écoutez la distribution des voix comme un relais et non comme un chœur : Harrison, Orbison, puis Petty et Dylan ensemble.
- « Handle with Care », deuxième écoute — Isolez le riff de douze cordes de Lynne : il a été ajouté le lendemain, dans un vrai studio, et c’est lui qui transforme une maquette en single.
- « Rattled » — La percussion métallique n’est pas une planche à laver mais les grilles d’un réfrigérateur.
- « Not Alone Any More » — Suivez la montée d’Orbison par paliers ; c’est une architecture d’écriture, pas une performance improvisée.
- « Congratulations » — La voix de Dylan est une prise unique conservée par contrainte de calendrier. Le grain n’est pas un choix esthétique.
- « Tweeter and the Monkey Man » — Comptez les titres de chansons de Springsteen enchâssés dans le récit.
- « End of the Line » — Repérez les entrées successives des quatre chanteurs sur le refrain, puis regardez le clip pour comprendre ce que l’absence d’un cinquième change.
- « She’s My Baby » — Le solo est de Gary Moore, seul invité extérieur de tout le catalogue.
- « The Devil’s Been Busy » — Le sitar de Harrison, vingt-quatre ans après Rubber Soul.
- « Maxine » et « Like a Ship » — Deux esquisses de 1988 terminées en 2007 : écoutez-les en sachant que la basse et les claviers ont dix-sept ans de plus que les guitares.
Questions fréquentes
Qui étaient les Traveling Wilburys ? Un groupe formé à Los Angeles en avril 1988 par George Harrison, Jeff Lynne, Roy Orbison, Tom Petty et Bob Dylan, sous des pseudonymes de demi-frères d’une même famille imaginaire.
Pourquoi le deuxième album s’appelle-t-il Vol. 3 ? Par plaisanterie. Il n’existe aucun Vol. 2. L’explication la plus répandue évoque un bootleg qui aurait tenu ce rôle, sans confirmation de première main.
Les Traveling Wilburys ont-ils donné des concerts ? Jamais. L’idée a été discutée, notamment par Harrison après sa tournée japonaise de 1991, mais Petty estimait qu’une tournée aurait détruit l’esprit du projet.
Quel est le vrai nom de chaque Wilbury ? Sur Vol. 1 : Nelson (Harrison), Otis (Lynne), Lefty (Orbison), Charlie T. Jr. (Petty), Lucky (Dylan). Sur Vol. 3 : Spike (Harrison), Clayton (Lynne), Muddy (Petty), Boo (Dylan).
Jim Keltner était-il un membre du groupe ? Non. Il est crédité « Buster Sidebury » et appartient aux musiciens additionnels, avec Jim Horn et Ray Cooper.
Qui a écrit les textes de pochette ? Michael Palin pour Vol. 1, sur une idée de Derek Taylor, et Eric Idle pour Vol. 3 — deux Monty Python, ce qui n’a rien d’un hasard chez Harrison.
Où a été enregistré Vol. 1 ? Dans le garage de Dylan pour « Handle with Care », chez Dave Stewart à Los Angeles pour l’essentiel, et à FPSHOT, en Angleterre, pour les surimpressions et le mixage.
Combien l’album s’est-il vendu ? Vol. 1 est certifié triple platine aux États-Unis et a atteint la troisième place du Billboard 200 ; au Royaume-Uni, il a culminé à la seizième place mais est resté trente-cinq semaines au classement.
Qui joue le solo de « She’s My Baby » ? Gary Moore, crédité « Ken Wilbury ».
Pourquoi les albums ont-ils disparu des bacs ? Les droits étant revenus à Harrison, ils sont devenus indisponibles au milieu des années 1990 et ne sont revenus qu’en juin 2007, sous l’égide de sa succession.
Que contient exactement le coffret de 2007 ? Les deux albums, quatre titres additionnels (« Maxine », « Like a Ship », « Nobody’s Child », « Runaway »), les cinq clips et le documentaire The True History of the Traveling Wilburys.
Les Traveling Wilburys sont-ils au Rock and Roll Hall of Fame ? Les cinq membres y figurent à titre individuel ou avec leurs autres groupes. Le supergroupe lui-même n’y a jamais été intronisé.
Glossaire
- Wilbury — À l’origine, terme d’atelier désignant une petite erreur d’enregistrement destinée à disparaître au mixage.
- Sideburys — Les musiciens additionnels non intégrés à la fratrie fictive : Jim Keltner, Jim Horn, Ray Cooper.
- FPSHOT — Friar Park Studio, Henley-on-Thames : le studio personnel de George Harrison, où les deux albums ont été achevés.
- Wilbury Records — Label créé pour le groupe et distribué par Warner Bros., afin d’éviter que le disque paraisse sur le label d’un seul membre.
- Boîte à rythmes DMX — Machine ayant servi de guide rythmique aux séances de 1988 avant l’arrivée de Jim Keltner.
- Face B de maxi — Titre complémentaire destiné à garnir un 45 tours 12 pouces ; c’est la commande à l’origine du groupe.
- Skiffle — Musique populaire britannique des années 1950, jouée sur instruments acoustiques et objets détournés ; référence explicite de Harrison pour décrire le son des Wilburys.
- Picture disc — Vinyle imprimé d’une image sur toute sa surface ; format retenu pour la réédition anniversaire de 2018.
- Romanian Angel Appeal — Association humanitaire fondée par Olivia Harrison, à l’origine du single « Nobody’s Child ».
- Never Ending Tour — Tournée permanente entamée par Bob Dylan en 1988, dont les dates ont conditionné le calendrier des deux albums.
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net
Autour de George Harrison : sa carrière après les Beatles, All Things Must Pass, quinze chansons pour le découvrir en solo, Brainwashed et son dernier sourire au ukulélé, la guerre silencieuse des chansons, « Pure Smokey », sa passion pour la Formule 1, sa biographie complète.
Autour de l’entourage : Roy Orbison et les Beatles, Jim Keltner et sa fiche, Eric Clapton, les cinquièmes Beatles, soixante-douze personnalités proches des Beatles, Dhani Harrison aujourd’hui.
Autour de l’après-Beatles : « Free as a Bird », la réunion qui n’a pas eu lieu, le vœu de Lennon de tout réenregistrer, George Martin sans les Beatles, les trois démissions avant la séparation, Let It Be.
Autour des disques et du marché : la fin de l’ère des grands coffrets, les SHM-CD japonais de Harrison, les Beatles sur Spotify, l’influence des Beatles sur la Britpop, RAM et la fiction collective.
Sources et bibliographie
- Matt Hurwitz, « Classic Tracks : The Traveling Wilburys’ « Handle With Care » », Mix — témoignages de Jeff Lynne, Tom Petty et des ingénieurs Bill Bottrell, Don Smith et Richard Dodd.
- Willy Smax (réal.), The True History of the Traveling Wilburys, 2007, produit avec Olivia Harrison.
- Mo Ostin, « The History of the Traveling Wilburys », livret du coffret The Traveling Wilburys Collection, Wilbury Records, 2007.
- Chip Madinger et Mark Easter, Eight Arms to Hold You: The Solo Beatles Compendium.
- Keith Badman, The Beatles Diary Volume 2: After the Break-Up 1970-2001.
- Alan Clayson, George Harrison et Only the Lonely: Roy Orbison’s Life and Legacy.
- Simon Leng, While My Guitar Gently Weeps: The Music of George Harrison.
- Elliot J. Huntley, Mystical One: George Harrison.
- Paul Zollo, Conversations with Tom Petty ; Warren Zanes (dir.), Runnin’ Down a Dream.
- Clinton Heylin, Bob Dylan: Behind the Shades ; Howard Sounes, Down the Highway.
- John Van der Kiste, Jeff Lynne: The Electric Light Orchestra, Before and After ; Ellis Amburn, Dark Star: The Roy Orbison Story.
- Andrea M. Rotondo, Tom Petty: Rock ‘n’ Roll Guardian ; Olivia Harrison, George Harrison: Living in the Material World.
- Official Charts Company (relevés britanniques singles et albums), Billboard, RIAA, BPI.
- Entretiens de Jeff Lynne à Mojo (2015), Billboard (2018) et au Daily Express (2010) ; entretien de Tom Petty à Mojo (2009) et à BAM (1989).














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