En bref — Trente et un ans de carrière solo, douze albums studio, trois numéros un américains, un procès qui a fait jurisprudence dans le monde entier, le premier grand concert caritatif de l’histoire du rock, un supergroupe de légende monté sur un coup de tête, et un dernier disque achevé par son fils après sa mort. Voici quinze chansons — une par étape décisive — pour traverser la discographie de l’ex-Beatle le plus sous-estimé de son vivant et le plus réévalué depuis.
Sommaire
Le Beatle qui avait trois ans de retard sur lui-même
Quand les Beatles se séparent au printemps 1970, George Harrison n’a pas de carrière à inventer. Il a un embouteillage à évacuer.
Pendant sept ans, il a composé dans l’ombre d’un duo qui n’avait besoin de personne. Une chanson par album au début, deux ensuite, trois au mieux — et un stock qui s’accumulait sans issue. Nous avons documenté ailleurs le mécanisme précis de ce plafond de verre, dans notre enquête sur la guerre silencieuse des chansons de George Harrison au sein du groupe. Le résultat est le même : à l’automne 1970, il ouvre les vannes et publie un triple album.
Le contraste avec ses camarades est saisissant. Paul McCartney sort en avril 1970 un disque bricolé chez lui, presque en solitaire — point de départ de notre sélection de vingt chansons pour découvrir Paul McCartney en solo. John Lennon publie en décembre un album de thérapie primale dépouillé jusqu’à l’os. Ringo Starr enchaîne deux disques de genre qui ne se vendent pas. Et George Harrison, celui dont personne n’attendait rien, publie All Things Must Pass : trois disques, dix-huit chansons plus des improvisations, une production monumentale signée Phil Spector, et le premier numéro un — album et single — de l’après-Beatles.
Ce qui suit est moins linéaire. Un procès de dix ans qui le paralyse comme auteur. Une tournée américaine désastreuse en 1974. Une traversée du désert dans les années 1980. Puis deux résurrections spectaculaires : Cloud Nine en 1987, et les Traveling Wilburys en 1988. Enfin un album posthume, achevé par son fils, qui décroche un Grammy trois ans après sa mort.
Cette playlist en quinze titres suit cette courbe. Elle ne prétend pas à un classement des « meilleures » chansons : elle propose quinze points d’entrée qui, pris ensemble, racontent une trajectoire complète — de la libération de 1970 au coucher de soleil de 2002.
Correctif factuel — le périmètre de cet article. On trouve régulièrement, dans les playlists « George Harrison solo » publiées en ligne, des titres qui n’en relèvent pas. « Something », « Here Comes the Sun », « While My Guitar Gently Weeps » et « Taxman » sont des chansons des Beatles, écrites par Harrison mais publiées sous le nom du groupe. Elles n’ont pas leur place ici. À l’inverse, Wonderwall Music (1er novembre 1968) et Electronic Sound (mai 1969), publiés alors que les Beatles existaient encore, sont bel et bien des disques solo de Harrison — ce qui invalide au passage la formule courante selon laquelle All Things Must Pass serait « son premier album solo ». C’est son premier album de chansons.
Acte I — 1970 : l’année où les vannes s’ouvrent
All Things Must Pass paraît le 27 novembre 1970 aux États-Unis, le 30 novembre au Royaume-Uni. Enregistré entre mai et octobre 1970, principalement aux studios EMI d’Abbey Road et à Trident, coproduit par Harrison et Phil Spector, il mobilise un casting stupéfiant : Eric Clapton, Bobby Whitlock, Carl Radle et Jim Gordon — c’est-à-dire Derek and the Dominos au complet —, Ringo Starr, Klaus Voormann, Billy Preston, Gary Wright, Alan White, Ginger Baker, Dave Mason, Bobby Keys, Jim Price, les membres de Badfinger et le pedal steel guitariste nashvillien Pete Drake.
L’album atteint la première place des deux côtés de l’Atlantique — sept semaines au sommet du Billboard — et devient le disque solo le plus vendu jamais publié par un Beatle jusqu’alors. Nous lui avons consacré un article complet sur yellow-sub.net.
Correctif factuel — On lit souvent qu’All Things Must Pass est « un triple album de chansons ». C’est inexact : les deux premiers disques contiennent les dix-huit chansons proprement dites ; le troisième, intitulé Apple Jam, est un ensemble d’improvisations instrumentales enregistrées pendant les pauses des séances. Harrison lui-même les considérait comme un bonus. Il a par ailleurs exprimé plus tard des réserves nettes sur la production de Spector, jugeant la réverbération excessive et déclarant qu’il aimerait « libérer » certaines chansons de cette architecture sonore — ce qu’il a partiellement fait sur le remixage du trentième anniversaire, en 2001.
1. « Wah-Wah » (1970) — la chanson écrite le jour où il a quitté les Beatles
Il faut commencer par celle-ci, parce qu’elle date d’avant tout le reste et qu’elle explique tout le reste.
Le 10 janvier 1969, dans le hangar glacial des studios de Twickenham où les Beatles répètent le projet Get Back devant les caméras, George Harrison se lève à l’heure du déjeuner, dit qu’il s’en va, et quitte le groupe. Les motifs sont connus : le mépris de McCartney sur la manière de jouer ses parties, l’indifférence de Lennon, l’atmosphère de surveillance permanente, et le sentiment accumulé pendant des années que ses chansons ne comptaient pas.
Il rentre chez lui et écrit « Wah-Wah » dans la journée.
Le titre fonctionne à deux niveaux, et Harrison a confirmé les deux. C’est d’abord le nom de la pédale d’effet — la wah-wah, ce filtre balayé au pied qui produit le son de voix étranglée typique de la fin des années 1960. C’est aussi, dans son usage, le mal de tête : le vacarme, la migraine, le bruit permanent que les Beatles étaient devenus pour lui. La chanson dit en substance qu’il n’a plus besoin de ce mal de tête, et qu’il est libéré.
Enregistrée en mai 1970 dans la production la plus dense de tout l’album — cuivres empilés, trois guitares, la batterie noyée dans l’écho —, elle ouvre la face 1 juste après « I’d Have You Anytime ». Le contraste est vertigineux : le morceau le plus triomphal du disque est aussi celui qui documente le moment le plus humiliant de sa vie professionnelle.
Pourquoi l’écouter ? Parce que c’est la seule chanson du répertoire post-Beatles qui soit datable à la journée près, et parce qu’elle contient en germe toute la logique de l’album : la revanche par l’abondance. Il la reprendra le 1er août 1971 au Concert for Bangladesh, avec Clapton à sa droite et Ringo derrière lui — et là, l’ironie devient franchement délicieuse.
2. « My Sweet Lord » (1970) — le tube qui lui a coûté dix ans de procès
C’est la chanson la plus célèbre de sa carrière solo, la plus vendue, et de très loin la plus discutée en salle d’audience.
L’écriture. Décembre 1969, Copenhague. Harrison tourne en Europe en musicien anonyme dans le groupe de Delaney and Bonnie — il est monté sur scène sans annonce, simple guitariste dans la rangée du fond, ce qui en dit long sur son besoin d’échapper au statut de Beatle. Coincé dans les loges, il improvise une suite d’accords en pensant à « Oh Happy Day », le succès gospel des Edwin Hawkins Singers paru en avril 1969. Le refrain alterne d’abord des « hallelujah », puis bascule sans prévenir sur le mantra « hare krishna » — le geste central de la chanson, qui fait glisser l’auditeur occidental d’une liturgie à une autre sans qu’il s’en aperçoive.
Le cadeau. Détail que beaucoup ignorent : Harrison n’a pas gardé la chanson pour lui. Il l’a d’abord donnée à Billy Preston, dont il produisait alors l’album Encouraging Words pour Apple. La version de Preston paraît en septembre 1970, deux mois avant celle de Harrison.
Le succès. Publiée en single le 23 novembre 1970 aux États-Unis, « My Sweet Lord » atteint la première place du Billboard Hot 100 pour quatre semaines à partir de la fin décembre. Au Royaume-Uni, elle devient le premier numéro un en single d’un Beatle en solo, cinq semaines au sommet en janvier-février 1971. Elle domine les classements dans une douzaine de pays.
Le procès. Le 10 février 1971, alors que le single commence tout juste à redescendre, l’éditeur new-yorkais Bright Tunes Music dépose plainte pour contrefaçon. Le grief : « My Sweet Lord » reprendrait la mélodie de « He’s So Fine », signée Ronnie Mack et devenue en 1963 un numéro un pour les Chiffons.
La procédure va durer une décennie. Voici les étapes qui comptent :
- Janvier 1976 — Harrison propose de régler à l’amiable pour 148 000 dollars, soit 40 % des royalties américaines de la chanson. L’offre est refusée.
- 23-25 février 1976 — Procès devant le juge Richard Owen, à New York. L’accusation fait dresser d’immenses tableaux muraux pour comparer deux motifs mélodiques, baptisés A et B, note par note, pendant trois jours.
- 31 août 1976 — Verdict. Le juge Owen écrit qu’il ne croit pas que Harrison ait copié délibérément, mais que « My Sweet Lord » est la même chanson que « He’s So Fine » avec d’autres paroles, que Harrison y avait eu accès, et que cela constitue une contrefaçon même accomplie de façon inconsciente. La notion de plagiat subconscient vient d’entrer dans la jurisprudence américaine.
- Février 1981 — Évaluation des dommages : le tribunal estime que 1 599 987 dollars des gains de la chanson sont imputables à la mélodie litigieuse.
Et c’est là que l’affaire devient romanesque. Entre-temps, Allen Klein — l’ancien manager des Beatles, congédié par Harrison, Lennon et Starr en 1973 — a racheté Bright Tunes et son droit à agir, pour 587 000 dollars, en avril 1978. Il poursuit donc son ancien client avec des informations financières obtenues alors qu’il gérait ses affaires ; la cour d’appel relèvera que certaines de ces données étaient confidentielles. Le règlement final ramènera la somme due par Harrison à ces mêmes 587 000 dollars — et lui donnera, ironie ultime, la propriété de « He’s So Fine » pour l’Amérique du Nord et le Royaume-Uni. L’homme condamné pour avoir copié une chanson a fini par en devenir le propriétaire.
Harrison, interrogé en 1978, avait résumé son sentiment sans amertume affectée : l’effet que la chanson avait produit dépassait de très loin les querelles d’ayants droit, tout cela n’était que cupidité et jalousie, et qu’on lui prenne donc la chanson, il s’en moquait.
Correctif factuel — Trois erreurs circulent en boucle. (1) La date du verdict est le 31 août 1976 ; on lit fréquemment le 1er ou le 7 septembre, qui correspondent à la publication ou à la reprise dans la presse. (2) Harrison n’a pas payé 1,6 million de dollars. Ce chiffre est une évaluation de dommages rendue en 1981 ; la somme effectivement versée est de 587 000 dollars, montant exact que Klein avait lui-même payé pour racheter le catalogue. (3) Le juge n’a jamais conclu à une copie volontaire : le fondement du jugement, et toute son importance juridique, tient précisément à l’inverse.
3. « Isn’t It a Pity » (1970) — la chanson que les Beatles ont refusée trois fois
Si « Wah-Wah » documente le divorce, « Isn’t It a Pity » documente les années qui l’ont préparé.
Harrison l’écrit en 1966. Il la propose au groupe pour Revolver : refusée. Il la représente pour Sgt. Pepper : refusée. Il la ressort encore pendant les séances Get Back de janvier 1969 : elle n’aboutit toujours pas. Quatre ans de refus pour une chanson qui deviendra, quelques mois plus tard, l’un des sommets de son œuvre.
Le texte est un constat sur la manière dont les êtres humains se blessent sans y prêter attention, se prennent mutuellement sans rien rendre, et abîment le peu d’amour disponible. On peut le lire comme un commentaire sur la fin des Beatles ; Harrison a toujours refusé de le réduire à cela, et il a raison — la chanson est de 1966, bien avant que rien ne soit joué.
Sur All Things Must Pass, elle figure deux fois, ce qui est unique dans le catalogue : une version longue de plus de sept minutes qui ouvre la face 2, et une seconde version, plus rapide et plus concise, en face 4. La longue s’achève sur une coda de chœurs et de « na-na-na » que tout le monde entend comme une citation de « Hey Jude » — l’allusion est délibérée, et elle est doublement piquante venant de l’homme qui vient de passer sept ans à faire de la figuration derrière McCartney.
Le détail commercial. Aux États-Unis, « Isn’t It a Pity » n’est pas une face B : elle est publiée en double face A avec « My Sweet Lord ». Les relevés du Billboard de l’époque créditent donc les deux titres du numéro un. C’est un point que les discographies négligent régulièrement.
4. « All Things Must Pass » (1970) — la chanson-titre que les Beatles ont laissée passer
Même histoire, autre chanson. Harrison écrit « All Things Must Pass » à la fin de 1968, au retour d’un séjour à Woodstock auprès de Bob Dylan et de The Band — l’influence de Music from Big Pink, avec ses orgues d’église et ses harmonies rurales, est audible dans chaque mesure.
La source du texte est double. D’un côté, une adaptation par Timothy Leary d’un passage du Tao Te King, parue dans son recueil Psychedelic Prayers. De l’autre, une évidence bouddhiste élémentaire : rien ne dure, ni la pluie, ni le jour, ni la douleur. Il faut mesurer ce que cela signifie de la part d’un homme de vingt-cinq ans qui vient de vivre l’ascension la plus rapide de l’histoire du spectacle.
Il la présente au groupe en janvier 1969, pendant les séances Get Back. On l’entend la faire répéter dans les bandes ; les Beatles n’en font rien. La démo de l’époque figure sur Anthology 3, publié en 1996 — et elle est bouleversante, parce qu’on y entend, sans production, une chanson que le groupe le plus doué du monde n’a pas su reconnaître.
Pourquoi l’écouter ? Parce que la version de 1970, avec ses cuivres funèbres, sa pedal steel et son chœur, est la chanson d’adieu des Beatles que les Beatles n’ont pas enregistrée. Elle donne son titre à l’album, et le titre est devenu, par une coïncidence que personne n’avait cherchée, l’épitaphe la plus citée du groupe.
Acte II — 1971 : le tube, puis le concert qui invente une pratique
5. « What Is Life » (1971) — écrit en une heure, offert puis repris
Deuxième single américain tiré d’All Things Must Pass, publié en février 1971, « What Is Life » atteint la 10e place du Hot 100. Il n’a pas été publié en 45 tours au Royaume-Uni, ce qui explique qu’il soit resté longtemps moins connu en Europe qu’en Amérique.
Harrison a raconté l’avoir écrite très vite — de l’ordre d’une heure — et, une fois de plus, ne pas l’avoir destinée à lui-même : elle était pensée pour Billy Preston, dont il produisait l’album à ce moment-là. Preston ne l’a finalement pas enregistrée, et Harrison l’a gardée.
Musicalement, c’est le morceau le plus immédiatement joyeux de tout son catalogue, et le seul de la période où la production de Spector fonctionne sans réserve : le riff de guitare saturée qui ouvre le titre, l’assaut de cuivres, les cordes qui arrivent en vagues. Le texte, lui, est d’une simplicité désarmante — sans l’autre, la vie n’a pas d’objet — et il est délibérément ambigu : on ne saura jamais s’il s’adresse à une femme ou à Dieu. C’est précisément la zone où Harrison est le meilleur.
La chanson a connu une seconde carrière au cinéma, notamment dans Les Affranchis de Martin Scorsese en 1990, où elle accompagne une scène de basculement. Elle est aujourd’hui, avec « My Sweet Lord », le titre solo de Harrison le plus écouté en streaming.
6. « Bangla Desh » (1971) — la chanson qui a inventé le concert caritatif
Au printemps 1971, Ravi Shankar vient trouver son ami et élève avec un problème qui le dépasse. Le Bengale oriental est ravagé par un cyclone, puis par une guerre d’indépendance et par un exode massif ; les camps de réfugiés débordent. Shankar veut organiser un concert de charité et espère réunir vingt-cinq mille dollars.
Harrison prend l’affaire en main et la transforme en autre chose.
La chanson d’abord. Il écrit « Bangla Desh » en quelques heures, l’enregistre début juillet 1971 à Los Angeles avec Jim Keltner, Leon Russell, Klaus Voormann et Jim Horn, et la publie en single le 28 juillet 1971 aux États-Unis, deux jours seulement avant la sortie britannique — et quatre jours avant le concert. Le texte est frontal, presque journalistique : un ami est venu me voir, les yeux tristes, il m’a demandé de l’aide avant que son pays ne devienne poussière. C’est un appel de fonds mis en musique, et Harrison l’assume comme tel. Le disque atteint la 23e place américaine et la 10e britannique.
Le concert ensuite. Le 1er août 1971, au Madison Square Garden de New York, Harrison donne deux concerts — après-midi et soirée — devant environ quarante mille personnes au total. Sur scène : Ravi Shankar et Ali Akbar Khan pour une longue première partie de musique indienne, puis Eric Clapton, Ringo Starr, Billy Preston, Leon Russell, Jim Keltner, Klaus Voormann, Badfinger, et — surprise absolue de la soirée — Bob Dylan, qui n’était pas monté sur une scène depuis des années et dont personne, pas même Harrison, n’était certain qu’il viendrait.
L’album triple paraît en décembre 1971 et remporte le Grammy de l’album de l’année en 1973 ; le film sort en 1972.
Correctif factuel — La suite est moins glorieuse et mérite d’être dite. L’argent n’est pas arrivé rapidement. Faute d’une structure exonérée mise en place à l’avance, les recettes ont été bloquées pendant des années par le fisc britannique et américain et par des questions de douane sur les disques ; une partie des fonds est restée gelée sur un compte séquestre pendant plus d’une décennie. Harrison a lui-même payé de sa poche une partie de l’impôt réclamé. Cela n’enlève rien à la portée de l’événement — le Concert for Bangladesh reste la matrice directe de Live Aid, de Farm Aid et de tout ce qui a suivi — mais la légende d’un chèque remis dans la foulée est fausse.
Acte III — 1973-1975 : le sommet, puis la chute
7. « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » (1973) — le second numéro un
Living in the Material World paraît le 30 mai 1973 aux États-Unis et le 22 juin au Royaume-Uni. C’est le contraire exact d’All Things Must Pass : là où le triple album empilait quarante musiciens et une réverbération d’église, celui-ci est enregistré par un petit groupe fixe — Nicky Hopkins au piano, Klaus Voormann à la basse, Jim Keltner à la batterie, Gary Wright aux claviers — et produit par Harrison seul, sans Spector. L’album atteint la première place américaine et la deuxième britannique.
« Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » en est le premier extrait. Publiée en mai 1973, elle atteint la première place du Hot 100 le 30 juin 1973 — le second et dernier numéro un américain de Harrison avant 1988 — et la 8e place britannique.
Musicalement, c’est le morceau qui définit sa signature d’instrumentiste : la guitare slide, jouée en glissando sur une Stratocaster, avec ce phrasé chantant, presque vocal, qui n’appartient qu’à lui. Harrison n’a pas inventé la slide, mais il en a inventé un usage : pas le blues rugueux du Delta, mais une ligne mélodique doublée à l’octave, qui fonctionne comme un second chanteur. Une fois qu’on l’a identifiée, on la reconnaît partout — chez lui, mais aussi sur les disques de ses amis, de Ringo Starr à Tom Petty.
Le texte est une prière au sens strict : donne-moi de l’amour, donne-moi la paix sur terre, donne-moi la lumière, aide-moi à supporter ce lourd fardeau. Venant d’un homme au sommet des classements mondiaux, la demande d’être soulagé a quelque chose de vertigineux.
8. « Dark Horse » (1974) — la tournée qui a failli tout emporter
1974 est l’année la plus difficile de sa carrière, et « Dark Horse » en est le document sonore.
Le contexte. Harrison monte cette année-là la première tournée nord-américaine d’un ex-Beatle : quarante-cinq concerts entre le 2 novembre et le 20 décembre, avec Billy Preston, Tom Scott, Willie Weeks, Andy Newmark, et une longue section consacrée à Ravi Shankar et à un orchestre indien. Il fonde en parallèle son propre label, Dark Horse Records. Et son mariage avec Pattie Boyd s’effondre — elle part vivre avec Eric Clapton, ce qui, dans le milieu, ne passe pas inaperçu.
Le désastre vocal. Harrison contracte une laryngite juste avant le départ et refuse d’annuler. Sa voix se déchire dès les premières dates et ne se rétablira jamais complètement pendant les sept semaines. La presse américaine, sans pitié, rebaptise la tournée « Dark Hoarse » — jeu de mots sur hoarse, enroué. S’ajoute l’irritation d’un public venu chercher les Beatles et qui reçoit quarante minutes de musique indienne, plus un chanteur qui modifie sciemment les paroles de ses anciens tubes pour y glisser des mantras.
La chanson. Écrite dans ce contexte, elle emprunte son titre à l’expression hippique anglaise : le dark horse est l’outsider dont personne n’attend rien et qui gagne. Le texte s’adresse à ceux qui croyaient le connaître et qui découvrent qu’ils se trompaient — lecture personnelle évidente, adressée à Pattie Boyd autant qu’à la critique. Enregistrée à Friar Park, elle sort en single américain en novembre 1974 et atteint la 15e place ; l’album, publié le 9 décembre, se classe 4e aux États-Unis mais n’entre pas au classement britannique.
Le plus troublant est que la voix cassée fonctionne. Sur une chanson qui parle d’être sous-estimé et abîmé, l’enrouement n’est pas un défaut technique : c’est un argument.
Correctif factuel — La tournée de 1974 est presque toujours décrite comme un « échec ». Il faut distinguer deux choses. Commercialement, elle ne l’est pas : les quarante-cinq dates ont fait salle comble, la demande de billets a été considérable, et l’opération a été rentable. Critiquement, en revanche, elle a été éreintée, et Harrison en a gardé une blessure durable — il ne repartira en tournée qu’en 1991, au Japon, dix-sept ans plus tard, avec Eric Clapton. Nous avons raconté ce retour dans notre article sur Live in Japan, son dernier chant de scène.
9. « You » (1975) — une voix de 1975 sur une bande de 1971
Voici l’un des objets les plus étranges de sa discographie, et l’un des plus révélateurs.
En 1971, Harrison produit pour Apple un single de Ronnie Spector, l’ancienne voix des Ronettes et alors épouse de Phil Spector. Il enregistre pour elle, aux studios EMI, une piste instrumentale de « You », une chanson d’amour directe et sans mysticisme. Le projet capote ; la bande reste en boîte.
Quatre ans plus tard, en 1975, Harrison doit livrer un album à Apple pour solder son contrat. Il ressort la bande de 1971, la retouche — un solo de saxophone de Jim Horn, sa propre slide — et pose sa voix dessus. La chanson ouvre Extra Texture (Read All About It), publié en septembre 1975, et devient un single qui atteint la 20e place américaine.
Pourquoi ce titre mérite une place dans une playlist de quinze ? Parce qu’il est la démonstration la plus nette d’un fait rarement énoncé : Harrison écrivait constamment pour les autres. « My Sweet Lord » pour Billy Preston, « What Is Life » pour Billy Preston, « You » pour Ronnie Spector — et plus tard « Cheer Down » pour Eric Clapton, qui l’a poliment déclinée, comme nous l’avons raconté ici. L’homme qui s’est battu sept ans pour placer ses chansons dans les Beatles passait ensuite son temps à les offrir.
Extra Texture est par ailleurs le dernier album de Harrison publié sur Apple, et l’un des plus mal-aimés de son catalogue — un disque de convalescence, enregistré dans l’épuisement qui a suivi la tournée de 1974.
Acte IV — 1976-1981 : Dark Horse, la satire et le deuil
10. « This Song » (1976) — la revanche par l’humour
En mars 1976, George Harrison sort de trois jours de tribunal à New York où des experts ont disséqué sa chanson la plus célèbre en motifs mélodiques. Il rentre chez lui et écrit une chanson sur le procès.
« This Song » est un chef-d’œuvre de représailles élégantes. Le principe : une chanson dont le sujet est sa propre légalité. Le narrateur explique que ce morceau-ci n’appartient à personne, qu’il n’enfreint aucun droit, et qu’il l’espère bien. Le pont est le sommet du dispositif : une voix en falsetto — celle d’Eric Idle, des Monty Python, ami proche de Harrison — s’interrompt pour signaler que ça ressemble quand même à une autre chanson, avant qu’une seconde voix ne la corrige en proposant un autre titre encore.
Le clip prolonge la plaisanterie : tourné dans un décor de salle d’audience, il montre Harrison menotté, un jury de personnages grotesques, Eric Idle travesti en juré et Ronnie Wood en figurant. Harrison, qui financera bientôt La Vie de Brian par l’intermédiaire de sa société HandMade Films, est déjà entièrement dans l’univers Python.
Publiée le 15 novembre 1976 comme premier extrait de Thirty Three & 1/3, la chanson atteint la 25e place américaine et n’entre pas au classement britannique. L’album, lui, est unanimement salué comme le meilleur depuis 1970 — malgré une hépatite contractée par Harrison en pleine séance et le verdict du procès tombé quelques semaines plus tôt. C’est aussi son premier disque sur son propre label, Dark Horse.
Pourquoi l’écouter ? Parce que c’est le seul cas connu d’un artiste majeur transformant sa propre condamnation pour plagiat en single, et parce que la légèreté du résultat contredit tout ce qu’on raconte sur le « Beatle mystique et sérieux ». Le même album contient « Pure Smokey », son hommage à Smokey Robinson, dont nous avons raconté l’histoire.
11. « Blow Away » (1979) — la chanson née d’une fuite dans le toit
Après Thirty Three & 1/3, Harrison prend deux ans. Il se marie avec Olivia Arias en septembre 1978, leur fils Dhani naît le 1er août de la même année, il se passionne pour la Formule 1, et il publie en février 1979 un album éponyme, George Harrison, généralement décrit comme le plus serein de sa discographie.
« Blow Away » en est le premier extrait, et sa genèse est parfaitement prosaïque. Harrison a raconté qu’après une longue période de pluie ininterrompue à Friar Park — son immense manoir victorien d’Henley-on-Thames, dont l’entretien est un gouffre —, le toit s’était mis à fuir. Il est descendu dans le jardin de mauvaise humeur, a constaté que le ciel se dégageait, et a écrit dans la foulée une chanson sur le fait que la mauvaise humeur, comme les nuages, finit par se disperser.
Le résultat est un pop-song lumineux, presque naïf, avec un refrain qu’on retient à la première écoute et une slide de fin d’après-midi. Il atteint la 16e place américaine et la 51e britannique. Ce sera son dernier Top 20 américain avant 1981.
C’est aussi, thématiquement, le début d’une phase : à partir de 1979, Harrison écrit de plus en plus sur son jardin, sur le retrait, sur le refus de la course. Sur ce rapport particulier entre l’homme et Friar Park, voir notre article consacré au Beatle qui préférait l’ombre au trône.
12. « All Those Years Ago » (1981) — l’adieu à John
Il faut raconter cette chanson à l’envers, parce que son histoire est plus étrange que sa réputation.
Novembre 1980. Harrison écrit une chanson pour Ringo Starr, avec des paroles entièrement différentes de celles qu’on connaît. Starr l’enregistre à Friar Park entre le 19 et le 25 novembre 1980 — mais il trouve la tonalité trop haute pour sa voix et n’aime pas le texte. La chanson est mise de côté ; la piste de batterie reste sur la bande.
8 décembre 1980. John Lennon est assassiné devant le Dakota.
6 février 1981. Harrison revient sur la bande, réécrit intégralement les paroles pour en faire un hommage à Lennon, et refait le chant. Paul et Linda McCartney, accompagnés de Denny Laine, ajoutent des chœurs. Al Kooper et Ray Cooper complètent l’instrumentation ; Ray Cooper coproduit.
Publiée le 11 mai 1981, « All Those Years Ago » atteint la 2e place du Billboard Hot 100 — bloquée au sommet par « Bette Davis Eyes » de Kim Carnes — et la 13e place britannique. C’est le plus grand succès de Harrison depuis 1973.
Le texte est plus dur qu’on ne le dit. Il ne se contente pas de pleurer : il reproche au monde d’avoir moqué Lennon de son vivant, d’avoir ridiculisé ses convictions, et de le sanctifier une fois mort. Venant de l’homme qui avait vu Lennon se faire traîner dans la boue pour « Imagine » comme pour son militantisme, ce n’est pas une politesse.
Correctif factuel — On présente couramment ce disque comme « la réunion des trois Beatles survivants ». La formule est trompeuse. Les trois n’ont jamais été ensemble en studio pour cet enregistrement. La batterie de Ringo Starr a été gravée en novembre 1980, pour une chanson différente, et avant la mort de Lennon. Les chœurs de Paul et Linda McCartney ont été ajoutés séparément en février 1981. Le résultat réunit bien trois Beatles sur une même bande — le premier depuis 1970 — mais par superposition, non par séance commune.
L’album qui l’accueille, Somewhere in England, a lui-même une histoire mouvementée : Warner Bros. avait refusé une première version livrée en 1980, jugée trop sombre et pas assez commerciale, et exigé quatre chansons de remplacement ainsi qu’un changement de pochette. Harrison, furieux, a répondu par « Blood from a Clone », une charge frontale contre les directeurs artistiques, placée en ouverture du disque.
Acte V — 1982-1988 : le silence, puis la double résurrection
Ce qui se passe entre 1982 et 1987 est simple : rien.
Gone Troppo, publié en novembre 1982, est un échec complet. Harrison n’en assure aucune promotion, ne donne aucune interview, ne tourne aucun clip. L’album s’effondre. Il décide alors de s’arrêter — et il s’arrête vraiment, pendant cinq ans.
Il n’est pas inactif pour autant. Sa société HandMade Films, fondée en 1978 pour sauver La Vie de Brian des Monty Python après le retrait d’EMI, devient l’un des producteurs indépendants les plus intéressants du cinéma britannique : The Long Good Friday, Time Bandits, Mona Lisa, Withnail and I. Harrison jardine à Friar Park, suit le championnat du monde de Formule 1, et ne remet pas les pieds dans un studio.
Il expliquera plus tard, avec sa manière habituelle de désamorcer par la blague, qu’il avait annoncé sa retraite surtout pour qu’on cesse de l’ennuyer — une déclaration dont nous avons examiné le sens réel dans cet article.
13. « Got My Mind Set on You » (1987) — le troisième numéro un, et il n’est pas de lui
Fin 1986, Harrison a de nouveau envie de faire un disque. Il appelle Jeff Lynne, l’ancien leader d’Electric Light Orchestra, dont il admire la production, et lui propose de coproduire. Les séances se déroulent à Friar Park, dans le studio maison FPSHOT, entre janvier et août 1987, avec Ringo Starr, Eric Clapton, Elton John, Gary Wright et Jim Keltner. Cloud Nine paraît le 2 novembre 1987.
Le premier extrait est une reprise, et le choix est une plongée dans la propre biographie de Harrison.
« Got My Mind Set on You » est signée Rudy Clark et a été enregistrée en 1962 par le chanteur de rhythm’n’blues James Ray, sous le titre complet « I’ve Got My Mind Set on You ». Harrison a découvert ce disque en septembre 1963, lors de son tout premier voyage aux États-Unis — bien avant la Beatlemania américaine — quand il est allé rendre visite à sa sœur Louise à Benton, dans l’Illinois. Il a acheté le 45 tours là-bas et l’a rapporté en Angleterre. Vingt-quatre ans plus tard, il l’enregistre.
La version de 1987 est irrésistible et parfaitement de son temps : batterie compressée, chœurs empilés, cuivres synthétiques, un arrangement Jeff Lynne au sens le plus assumé du terme. Publiée en single le 12 octobre 1987, elle atteint la première place du Billboard Hot 100 en janvier 1988 et la 2e place britannique. C’est le troisième et dernier numéro un américain de Harrison, quinze ans après « Give Me Love ».
Le clip a lui aussi fait date : Harrison, seul dans une salle de jeux forains désertée, chante devant des trophées d’animaux empaillés qui s’animent, pendant qu’une doublure exécute des figures de gymnastique acrobatique à sa place. Une seconde version, plus sobre, a également circulé.
Correctif factuel — Deux points. (1) « Got My Mind Set on You » n’est pas une composition de George Harrison. Elle est de Rudy Clark, et l’original date de 1962. Un grand nombre de playlists et de fiches la lui attribuent à tort — ironie remarquable pour l’homme qui a été condamné en 1976 pour s’être approprié une mélodie sans le savoir. (2) Le titre atteint le sommet du Hot 100 en janvier 1988, non en décembre 1987 ; la date de décembre correspond à son passage en tête du classement Adult Contemporary.
Le second extrait de Cloud Nine, « When We Was Fab », mérite une mention : c’est un pastiche parfaitement exécuté de la période Sgt. Pepper, avec Ringo Starr à la batterie, un mellotron et une cithare, dans lequel Harrison se moque affectueusement de sa propre jeunesse. Le clip est un festival de références et contient un bassiste masqué que beaucoup ont pris pour McCartney.
14. « Handle with Care » (1988) — la face B qui a créé un supergroupe
Voici la meilleure histoire de toute la carrière solo de George Harrison, et elle tient entièrement au hasard.
Avril 1988. Le label européen de Harrison réclame une face B inédite pour accompagner le troisième single de Cloud Nine, « This Is Love ». Harrison n’a rien sous la main. Il déjeune ce jour-là à Los Angeles avec Jeff Lynne, qui produit alors un album pour Roy Orbison ; Orbison est là. Harrison propose d’enregistrer quelque chose l’après-midi même. Il faut un studio : Lynne travaille en ce moment chez Bob Dylan, qui possède un studio dans son garage à Malibu. Harrison appelle. Dylan dit oui.
Il manque une guitare : Harrison a laissé la sienne chez Tom Petty. Il passe la récupérer. Petty demande ce qui se passe et vient avec.
Le soir même, cinq hommes — Harrison, Lynne, Orbison, Dylan, Petty — ont écrit et enregistré « Handle with Care » dans un garage. Le titre vient d’un carton posé dans un coin du studio, portant la mention « fragile, manipuler avec précaution ».
Warner Bros. écoute la bande et refuse net de la publier en face B : c’est beaucoup trop bon. On demande un album. Les cinq reviennent en mai 1988 et enregistrent Traveling Wilburys Vol. 1 en une dizaine de jours, sous des pseudonymes de frères imaginaires — Nelson, Otis, Lefty, Lucky et Charlie T. Jr. L’album paraît en octobre 1988, se vend à plusieurs millions d’exemplaires et remporte le Grammy 1990 du meilleur album rock par un groupe.
La chanson elle-même est construite comme un relais : chaque voix prend un segment, Orbison monte dans le pont avec ce timbre d’opéra qui n’appartient qu’à lui, Dylan grommelle sa strophe, Petty enchaîne. Le texte est un catalogue d’usures — être exploité, malmené, envoyé de tous côtés — chanté par cinq hommes dont chacun a effectivement traversé tout cela. C’est une chanson de vétérans, et elle est joyeuse.
Roy Orbison meurt le 6 décembre 1988, deux mois après la sortie de l’album. « Handle with Care » est l’une des dernières choses qu’il ait enregistrées.
Harrison n’a chanté sur scène qu’un seul titre des Wilburys dans toute sa vie, et ce n’est pas celui-ci — nous avons raconté cette curiosité dans un article dédié.
Acte VI — 1990-2002 : l’attentat, la maladie, et le disque achevé par son fils
15. « Marwa Blues » (2002) — le coucher de soleil
Les dernières années de George Harrison sont d’une brutalité difficile à résumer.
En 1997, un cancer de la gorge est diagnostiqué et traité. Dans la nuit du 30 décembre 1999, un intrus s’introduit à Friar Park et le poignarde à plusieurs reprises ; Olivia Harrison le met en fuite. Harrison, poumon perforé, survit — et déclare avec un flegme stupéfiant que l’agresseur n’était manifestement pas venu cambrioler et n’était pas non plus là pour l’accorder. La maladie revient ensuite, se généralise, et il meurt le 29 novembre 2001, à Los Angeles, à cinquante-huit ans.
Brainwashed paraît le 19 novembre 2002, presque un an après. C’est son douzième et dernier album studio, et le premier depuis quinze ans. Les enregistrements s’échelonnent en réalité de 1988 à 2001, entre Friar Park, la Suisse et Los Angeles — Harrison y travaillait par intermittence depuis plus d’une décennie. Sachant la fin proche, il a laissé des instructions précises. Son fils Dhani Harrison, âgé de vingt-trois ans, a achevé les surimpressions avec Jeff Lynne et le batteur Jim Keltner.
Sur cet album de douze titres, on aurait pu retenir « Any Road », le dernier single publié sous son nom, écrit à Maui en 1988 pendant le tournage d’un clip, avec cette maxime devenue une des phrases les plus citées de Harrison : si vous ne savez pas où vous allez, n’importe quelle route vous y mènera. On aurait pu retenir « Stuck Inside a Cloud », probablement la chanson la plus ouvertement personnelle qu’il ait jamais écrite sur la maladie et la peur.
Mais c’est « Marwa Blues » qu’il faut écouter en dernier.
C’est un instrumental de trois minutes quarante, joué à la guitare slide, sans une seule parole. Son titre vient du raga Marwa, l’un des ragas préférés de Harrison, qu’il connaissait par les interprétations de Ravi Shankar et d’Ali Akbar Khan. Dans la tradition indienne, Marwa est un raga de crépuscule : on le joue au coucher du soleil, et il est réputé pour la mélancolie particulière qu’il installe.
Harrison en tire quelque chose de très inattendu — non pas une pièce indienne, mais une mélodie qui sonne hawaïenne, portée par cette slide qu’il jouait mieux que personne, sur un tapis de cordes discrètes. Quarante ans après avoir découvert le sitar sur le tournage de Help!, il boucle la boucle sans citer une seule fois l’Inde de manière littérale : il en garde le mode, l’heure et l’humeur, et joue le reste avec l’instrument d’un guitariste de Liverpool.
Le morceau figure en face B du single « Any Road ». Le 8 février 2004, il remporte le Grammy Award de la meilleure performance pop instrumentale — plus de deux ans après la mort de son auteur.
Pourquoi finir là-dessus ? Parce que c’est la seule manière d’entendre George Harrison sans le filtre de sa propre voix, de son statut d’ex-Beatle ou de sa réputation de mystique. Il ne reste que le musicien : une phrase mélodique, un doigté, un instrument qu’il a passé trente ans à apprivoiser. Et il se trouve que c’est là qu’il est le plus reconnaissable.
Correctif factuel — Brainwashed est régulièrement décrit comme « enregistré pendant sa maladie » ou « composé à la fin de sa vie ». C’est très partiel : les séances commencent en 1988, treize ans avant sa mort, et le disque a été repoussé à de multiples reprises. Plusieurs titres, dont « Any Road », datent de la fin des années 1980. Ce n’est pas un album d’adieu conçu comme tel, mais un chantier de longue haleine qu’il n’a pas eu le temps de terminer — et qui a été achevé selon ses consignes.
La playlist en un coup d’œil
| # | Titre | Année | Album / support | Auteur | Meilleur classement |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Wah-Wah | 1970 | All Things Must Pass | G. Harrison | Plage d’album |
| 2 | My Sweet Lord | 1970 | All Things Must Pass | G. Harrison | 1er US, 1er UK |
| 3 | Isn’t It a Pity | 1970 | All Things Must Pass | G. Harrison | 1er US (double face A) |
| 4 | All Things Must Pass | 1970 | All Things Must Pass | G. Harrison | Plage d’album |
| 5 | What Is Life | 1971 | All Things Must Pass | G. Harrison | 10e US |
| 6 | Bangla Desh | 1971 | Single Apple | G. Harrison | 23e US, 10e UK |
| 7 | Give Me Love (Give Me Peace on Earth) | 1973 | Living in the Material World | G. Harrison | 1er US, 8e UK |
| 8 | Dark Horse | 1974 | Dark Horse | G. Harrison | 15e US |
| 9 | You | 1975 | Extra Texture | G. Harrison | 20e US |
| 10 | This Song | 1976 | Thirty Three & 1/3 | G. Harrison | 25e US |
| 11 | Blow Away | 1979 | George Harrison | G. Harrison | 16e US, 51e UK |
| 12 | All Those Years Ago | 1981 | Somewhere in England | G. Harrison | 2e US, 13e UK |
| 13 | Got My Mind Set on You | 1987 | Cloud Nine | Rudy Clark | 1er US, 2e UK |
| 14 | Handle with Care | 1988 | Traveling Wilburys Vol. 1 | Les cinq Wilburys | 45e US, 21e UK |
| 15 | Marwa Blues | 2002 | Brainwashed | G. Harrison | Grammy 2004 |
Dix titres bonus pour prolonger l’exploration
Quinze chansons ne suffisent pas à couvrir douze albums. Voici dix titres supplémentaires, choisis pour combler les trous de cette playlist.
Les incontournables d’All Things Must Pass
« Beware of Darkness » (1970). La plus belle mélodie du triple album, et la plus inquiète. Le texte met en garde contre les pensées molles, les faux prophètes, les tristesses qui s’installent, et — dans un vers resté fameux — contre les politiciens dont le rôle est de vous vendre du rêve. Harrison la reprend au Concert for Bangladesh avec Leon Russell au chant partagé.
« I’d Have You Anytime » (1970). La plage d’ouverture de l’album, et la seule cosignée. Elle est écrite avec Bob Dylan à Woodstock en novembre 1968 : Dylan a fourni le pont, Harrison les couplets. Deux hommes réputés timides qui écrivent ensemble une chanson dont le sujet est, précisément, la difficulté à se laisser approcher.
« Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) » (1970). Une chanson entièrement consacrée à une maison — Friar Park — et à son ancien propriétaire, l’excentrique avocat victorien Sir Frank Crisp, qui avait fait creuser des grottes, installer des blagues sculptées dans la pierre et planter un jardin alpin miniature. Harrison a racheté la propriété en 1970 alors qu’elle était en ruine.
Les raretés qui méritent le détour
« Bangla Desh » live (1971). La version du Concert for Bangladesh, sur le triple album live, est supérieure au single : plus tendue, plus ample, avec les cuivres de Jim Horn et Leon Russell au piano.
« Sue Me, Sue You Blues » (1973). Sur Living in the Material World, une charge en règle contre les batailles juridiques qui empoisonnaient alors les quatre ex-Beatles. Slide dobro, humour noir, et un titre qui résume à lui seul l’année 1973 du groupe.
« Crackerbox Palace » (1976). Deuxième extrait de Thirty Three & 1/3, 19e place américaine. Le titre vient du surnom donné par l’humoriste américain Lord Buckley à sa propre maison. Le clip, réalisé par Eric Idle dans les jardins de Friar Park, est l’un des plus délirants des années 1970.
« Pure Smokey » (1976). L’hommage à Smokey Robinson, sur le même album — une manière très harrisonienne de dire merci, dont nous avons raconté l’histoire complète.
La fin de parcours
« When We Was Fab » (1987). Le pastiche des Beatles par un Beatle, avec Ringo Starr à la batterie, cithare et mellotron, coécrit avec Jeff Lynne. Deuxième extrait de Cloud Nine, 23e place américaine.
« Cheer Down » (1989). Écrite pour Eric Clapton, qui l’a déclinée, et finalement chantée par Harrison pour la bande originale de L’Arme fatale 2. Coécrite avec Tom Petty. Une chanson lumineuse et résignée, dont nous avons retracé l’histoire du refus.
« Any Road » (2002/2003). Le dernier single publié sous le nom de George Harrison, ouverture de Brainwashed, commencé à Maui en 1988. Nommé aux Grammy Awards en 2004.
Trois parcours d’écoute selon votre niveau
Parcours découverte (35 minutes)
My Sweet Lord → What Is Life → Give Me Love → Blow Away → All Those Years Ago → Got My Mind Set on You → Handle with Care → Marwa Blues. Les huit titres les plus immédiats, qui donnent une image juste sans exiger d’effort. On commence par le tube planétaire, on finit par un instrumental sans paroles : c’est exactement le trajet de sa carrière.
Parcours chronologique intégral
Les quinze titres dans l’ordre de cet article, soit environ une heure. C’est le seul moyen d’entendre la forme de cette trajectoire : une explosion en 1970, deux ans de sommet, un effondrement en 1974-1975, une reconstruction ironique en 1976, un silence de cinq ans, deux résurrections coup sur coup, et un coucher de soleil.
Parcours « le guitariste »
Une écoute centrée sur la slide, l’apport instrumental le plus durable de Harrison à l’histoire du rock : My Sweet Lord (le solo qui a défini le style), Give Me Love, Blow Away, Cheer Down, Marwa Blues, et — pour entendre la même main chez les autres — « It Don’t Come Easy » de Ringo Starr, « Badge » de Cream et « Under the Red Sky » de Bob Dylan, dont nous avons raconté le solo jugé « faux » par son auteur et parfait par Dylan.
Chronologie de la carrière solo de George Harrison
- 1er novembre 1968 — Wonderwall Music, bande originale et premier album solo d’un Beatle en activité.
- 10 janvier 1969 — Harrison quitte les Beatles à Twickenham. Il écrit « Wah-Wah » dans la journée. Il reviendra douze jours plus tard.
- Mai 1969 — Electronic Sound, album expérimental au synthétiseur Moog, sur le label Zapple.
- Décembre 1969 — Tournée européenne anonyme avec Delaney and Bonnie ; écriture de « My Sweet Lord » à Copenhague.
- Mai-octobre 1970 — Séances d’All Things Must Pass à Abbey Road et Trident, coproduction Phil Spector.
- Septembre 1970 — Billy Preston publie sa version de « My Sweet Lord » sur Encouraging Words, produit par Harrison.
- 23 novembre 1970 — Single « My Sweet Lord » / « Isn’t It a Pity » aux États-Unis.
- 27 et 30 novembre 1970 — Sortie américaine puis britannique d’All Things Must Pass. N°1 dans les deux pays.
- 10 février 1971 — Bright Tunes Music dépose plainte pour contrefaçon.
- Février 1971 — « What Is Life » en single aux États-Unis (10e).
- 28 juillet 1971 — Single « Bangla Desh ».
- 1er août 1971 — Concert for Bangladesh, deux représentations au Madison Square Garden avec Dylan, Clapton, Starr, Preston, Russell et Shankar.
- 30 mai 1973 — Living in the Material World. N°1 américain.
- 30 juin 1973 — « Give Me Love » en tête du Hot 100.
- 1974 — Fondation du label Dark Horse Records. Séparation d’avec Pattie Boyd.
- 2 novembre – 20 décembre 1974 — Première tournée nord-américaine d’un ex-Beatle : 45 concerts, laryngite, critiques dévastatrices.
- 9 décembre 1974 — Album Dark Horse.
- Septembre 1975 — Extra Texture (Read All About It), dernier album sur Apple. « You » reprend une bande de 1971.
- 23-25 février 1976 — Procès « My Sweet Lord » à New York.
- 31 août 1976 — Verdict : plagiat subconscient.
- 15 novembre 1976 — Single « This Song », réponse satirique au procès.
- 19 novembre 1976 — Thirty Three & 1/3, premier album sur Dark Horse.
- 1978 — Fondation de HandMade Films pour sauver La Vie de Brian. Mariage avec Olivia Arias ; naissance de Dhani.
- Février 1979 — Album George Harrison et single « Blow Away ».
- 19-25 novembre 1980 — Enregistrement de la piste originale d’« All Those Years Ago », destinée à Ringo Starr.
- 8 décembre 1980 — Assassinat de John Lennon.
- 6 février 1981 — Réécriture et nouveau chant d’« All Those Years Ago ».
- 11 mai 1981 — Sortie du single : 2e place américaine.
- Novembre 1982 — Gone Troppo : échec complet, aucune promotion. Début du silence.
- Avril 1978 — Allen Klein rachète Bright Tunes et le droit d’agir pour 587 000 dollars.
- Février 1981 — Évaluation des dommages à 1 599 987 dollars ; règlement final ramené à 587 000 dollars, Harrison obtenant les droits de « He’s So Fine » pour l’Amérique du Nord et le Royaume-Uni.
- Janvier-août 1987 — Séances de Cloud Nine à FPSHOT avec Jeff Lynne.
- 12 octobre 1987 — Single « Got My Mind Set on You ».
- 2 novembre 1987 — Album Cloud Nine, Top 10 des deux côtés de l’Atlantique.
- Janvier 1988 — « Got My Mind Set on You » n°1 du Hot 100.
- Avril 1988 — « Handle with Care » enregistrée dans le studio-garage de Bob Dylan à Malibu.
- Octobre 1988 — Traveling Wilburys Vol. 1.
- 6 décembre 1988 — Mort de Roy Orbison.
- 1988-2001 — Séances intermittentes de ce qui deviendra Brainwashed.
- Décembre 1991 — Tournée japonaise avec Eric Clapton, sa dernière série de concerts.
- 13 juillet 1992 — Live in Japan.
- 1997 — Premier diagnostic de cancer de la gorge.
- 30 décembre 1999 — Agression à Friar Park.
- 29 novembre 2001 — Mort de George Harrison à Los Angeles, à cinquante-huit ans.
- 29 novembre 2002 — Concert for George au Royal Albert Hall.
- 19 novembre 2002 — Brainwashed, achevé par Dhani Harrison et Jeff Lynne.
- 8 février 2004 — Grammy de la meilleure performance pop instrumentale pour « Marwa Blues ». La même année, Harrison est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame à titre solo.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur album solo de George Harrison ?
Le consensus critique désigne All Things Must Pass (1970), et c’est difficile à contester : c’est le plus ambitieux, le plus vendu et celui qui contient le plus de chansons majeures. Deux autres candidats sérieux existent toutefois. Living in the Material World (1973) est le plus cohérent et le mieux joué, dépouillé de la production monumentale de Spector. Et Cloud Nine (1987) est le plus efficace, le seul de sa carrière tardive à sonner à la fois moderne et personnel.
Combien de numéros un George Harrison a-t-il eus en solo ?
Trois singles numéro un au Billboard Hot 100 : « My Sweet Lord » (décembre 1970), « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » (juin 1973) et « Got My Mind Set on You » (janvier 1988). Au Royaume-Uni, un seul : « My Sweet Lord », qui fut le premier numéro un britannique en single décroché par un Beatle en solo.
George Harrison a-t-il vraiment plagié « He’s So Fine » ?
Le tribunal a conclu que oui — mais sans intention. Le juge Richard Owen a explicitement écrit qu’il ne croyait pas à une copie délibérée, tout en constatant que la structure mélodique était identique et que Harrison avait eu accès à la chanson de 1963. C’est cette combinaison qui a créé la notion de plagiat subconscient, aujourd’hui invoquée dans à peu près tous les procès de contrefaçon musicale. Harrison a toujours affirmé s’être inspiré d’« Oh Happy Day » des Edwin Hawkins Singers.
Combien a-t-il finalement payé ?
587 000 dollars — et non les 1,6 million souvent cités, qui correspondaient à une évaluation de dommages rendue en février 1981. Le montant final s’explique par un rebondissement : son ancien manager Allen Klein avait racheté en 1978, pour cette somme exacte, le catalogue et le droit d’agir. Le règlement a donné à Harrison la propriété de « He’s So Fine » pour l’Amérique du Nord et le Royaume-Uni.
« Something » compte-t-elle dans sa carrière solo ?
Non. « Something », « Here Comes the Sun », « While My Guitar Gently Weeps », « Taxman » et « Within You Without You » sont des chansons des Beatles, écrites par Harrison mais publiées sous le nom du groupe. Elles figurent régulièrement, à tort, dans les playlists intitulées « George Harrison solo ».
Le Concert for Bangladesh a-t-il vraiment aidé le Bangladesh ?
Oui, mais avec des années de retard. Faute d’une structure fiscale préparée à l’avance, une grande partie des recettes a été bloquée par les administrations britannique et américaine, et une somme importante est restée gelée pendant plus d’une décennie. Harrison a payé lui-même une partie de l’impôt réclamé. L’événement reste néanmoins le modèle direct de tous les grands concerts caritatifs ultérieurs, de Live Aid à aujourd’hui.
Pourquoi la tournée de 1974 est-elle si mal vue ?
Pour trois raisons cumulées : une laryngite qui a détruit la voix de Harrison dès les premières dates, une longue section de musique indienne que le public américain n’attendait pas, et la décision de modifier les paroles de ses chansons Beatles pour y insérer des références spirituelles. La presse l’a éreintée. Commercialement, en revanche, les quarante-cinq dates ont fait salle comble.
Qui sont les Traveling Wilburys ?
George Harrison, Jeff Lynne, Bob Dylan, Tom Petty et Roy Orbison, réunis en avril 1988 pour enregistrer une face B et devenus un groupe par accident. Deux albums : Vol. 1 (1988) et Vol. 3 (1990) — il n’existe pas de Vol. 2, la numérotation étant une plaisanterie. Chaque membre a adopté un pseudonyme de frère fictif.
Qui a terminé « Brainwashed » ?
Son fils Dhani Harrison, alors âgé de vingt-trois ans, avec Jeff Lynne à la production et Jim Keltner à la batterie, en suivant les instructions laissées par Harrison. L’album est paru le 19 novembre 2002, presque un an après sa mort.
Par quelle chanson commencer si l’on ne connaît rien ?
« My Sweet Lord », évidemment — mais suivie immédiatement de « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) ». La première montre le producteur et le phénomène commercial ; la seconde montre le musicien, avec cette guitare slide qui est sa véritable signature et que personne n’a jamais réussi à imiter tout à fait.
Glossaire
- Apple Jam — Troisième disque d’All Things Must Pass, constitué d’improvisations instrumentales enregistrées entre les prises.
- Dark Horse Records — Label fondé par Harrison en 1974, qui a notamment publié Ravi Shankar, Splinter et ses propres disques à partir de 1976.
- FPSHOT — Friar Park Studio, Henley-on-Thames : le studio personnel de Harrison, où ont été enregistrés Thirty Three & 1/3, Cloud Nine et une partie de Brainwashed.
- Friar Park — Manoir néogothique victorien du Oxfordshire, acheté par Harrison en 1970 et restauré pendant trente ans. Lieu de l’agression de décembre 1999.
- Guitare slide — Technique consistant à faire glisser un tube de métal ou de verre sur les cordes plutôt que de les presser sur les frettes. Harrison en a fait un style mélodique, souvent doublé à l’octave.
- HandMade Films — Société de production cinématographique fondée par Harrison en 1978, à l’origine pour financer La Vie de Brian.
- Plagiat subconscient — Notion juridique consacrée par le jugement de 1976 : une contrefaçon peut être caractérisée même en l’absence d’intention, dès lors que l’auteur a eu accès à l’œuvre antérieure.
- Raga Marwa — Mode de la musique classique indienne traditionnellement joué au coucher du soleil, associé à une couleur mélancolique. Source du dernier instrumental de Harrison.
- Traveling Wilburys — Supergroupe formé en 1988 par Harrison, Lynne, Dylan, Petty et Orbison, sous pseudonymes fraternels.
- Wall of Sound — Technique de production de Phil Spector fondée sur la superposition massive d’instruments doublés et sur une réverbération abondante, appliquée à All Things Must Pass.
Pour prolonger sur yellow-sub.net
- All Things Must Pass : le jour où George Harrison a cessé d’être le Beatle silencieux
- La guerre silencieuse des chansons : le mythe des « deux titres par album »
- George Harrison après les Beatles : carrière solo, spiritualité et héritage
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- 15 chansons pour découvrir la carrière solo de Ringo Starr
Sources et bibliographie
- George Harrison, I, Me, Mine (1980, édition augmentée 2017) — récit de première main sur l’écriture des chansons et sur le procès.
- Simon Leng, While My Guitar Gently Weeps: The Music of George Harrison — référence analytique sur l’ensemble du catalogue solo.
- Chip Madinger et Mark Easter, Eight Arms to Hold You: The Solo Beatles Compendium — dates de séance, personnels, variantes.
- Olivia Harrison, George Harrison: Living in the Material World (2011), et le documentaire de Martin Scorsese du même titre.
- Peter Doggett, You Never Give Me Your Money — contexte Apple, Allen Klein et contentieux.
- Bright Tunes Music Corp. v. Harrisongs Music, Ltd., 420 F. Supp. 177 (S.D.N.Y. 1976) — texte intégral du jugement.
- ABKCO Music Inc. v. Harrisongs Music Ltd., 944 F.2d 971 (2d Cir. 1991) — arrêt d’appel sur le rôle d’Allen Klein.
- Graeme Thomson, George Harrison: Behind the Locked Door.
- Peter Lavezzoli, The Dawn of Indian Music in the West — sur le raga Marwa et l’apprentissage indien de Harrison.
- The Beatles Bible et The Paul McCartney Project — fiches de séance et chronologies.
- Official Charts Company et Billboard — relevés de classement.
- Notes des rééditions All Things Must Pass (30e anniversaire, 2001 ; 50e anniversaire, 2021) et The Apple Years 1968-75 (2014).














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