Jim Keltner et les Beatles

Jim Keltner n’a jamais été un Beatle. Il n’a jamais posé sur une pochette mythologique, jamais participé aux querelles de management, jamais goûté au vertige de la Beatlemania, jamais porté sur ses épaules le poids absurde d’une célébrité planétaire née avant même que le rock ait fini de comprendre ce qu’il était. Et pourtant, à bien des égards, il fait partie de cette histoire-là. Pas comme un figurant vaguement prestigieux, encore moins comme un simple session man de luxe appelé pour tenir la mesure pendant que les génies font les choses sérieuses. Non. Jim Keltner appartient à la famille élargie des Beatles, à cette confrérie de musiciens que les quatre ex-Fab Four ont choisis quand le groupe n’existait plus mais que tout, en eux, en portait encore la trace : la blessure, la liberté, la nostalgie, la rivalité, la fraternité impossible et l’exigence musicale restée intacte.

Il y a, dans la carrière de Jim Keltner, quelque chose qui ressemble à un paradoxe très rock. Plus son nom est connu des musiciens, moins le grand public mesure l’ampleur de son importance. C’est le destin de ces artistes dont l’œuvre consiste à rendre les autres meilleurs. On les entend partout, on les reconnaît parfois sans savoir les nommer, on leur doit une quantité déraisonnable de moments de grâce, mais ils ne captent pas la lumière : ils la reflètent. Keltner est de cette race-là. Un batteur d’atmosphère, de relief, de respiration. Un homme qui ne joue pas pour qu’on remarque ses mains, mais pour qu’une chanson se tienne debout, qu’elle trouve son balancement, sa tension, sa vérité.

Dans l’univers post-Beatles, ce talent a été précieux au point d’en devenir structurel. John Lennon, George Harrison et Ringo Starr l’ont sollicité encore et encore. Paul McCartney, lui, a longtemps été l’exception, ce qui raconte à sa manière une autre histoire, tout aussi révélatrice. Entre Imagine, Mind Games, Walls and Bridges, Living in the Material World, le Concert for Bangladesh, Ringo, Cloud Nine, les Traveling Wilburys et jusqu’au Concert for George, Keltner a traversé l’après-Beatles comme un fil conducteur discret. Un lien vivant. Une pulsation commune. Une solution de confiance.

Parler de Jim Keltner et des Beatles, ce n’est donc pas raconter une simple succession de crédits de studio. C’est mettre au jour une vérité plus profonde : lorsqu’ils ont cessé d’être un groupe, les Beatles ont emporté avec eux des manières d’écouter, de construire les chansons, d’exiger des musiciens qu’ils jouent pour l’ensemble plutôt que pour la démonstration. Dans ce monde-là, Keltner était chez lui. Il n’était pas une star greffée au prestige des anciens Beatles. Il était le type idéal pour accompagner leur mue. Celui qui comprenait la chanson avant le prestige, le groove avant la démonstration, l’humeur avant la mécanique.

Un jazzman dans la fabrique du rock

Pour comprendre pourquoi Jim Keltner a compté autant dans la vie musicale des ex-Beatles, il faut revenir à ce qu’il est, au fond, avant même de parler d’eux. Né à Tulsa en 1942, élevé loin du théâtre anglais où se jouera l’épopée de Liverpool, Keltner n’entre pas dans la musique par le culte du riff ni par l’imagerie adolescente du rock’n’roll. Son premier langage, c’est le rythme pensé, écouté, absorbé du côté du jazz. Comme beaucoup de grands batteurs de sa génération, il se forme moins dans l’idée de “faire carrière” que dans celle, plus humble et plus profonde, de trouver le bon placement. Le geste juste. La nuance qui change tout.

Quand la scène californienne commence à l’absorber à la fin des années 1960, il a déjà cette qualité rare : il sait jouer simple sans être banal. Il peut faire flotter un morceau, le faire tanguer légèrement, le rendre plus humain. Ses premiers travaux de session le mettent au contact de la fabrique américaine du hit, puis d’une constellation de musiciens qui comptent parmi les plus aventureux de l’époque. Très vite, il devient l’un de ces batteurs que les autres musiciens s’échangent comme un secret. On sait qu’avec lui, rien ne sera figé. Rien ne sonnera raide. Il y aura du grain, de l’air, une petite imperfection volontaire qui donne à la musique sa sensation de vie.

Cela ne signifie pas que Keltner soit un batteur brouillon ou instinctif au mauvais sens du terme. Au contraire. Son génie est celui du contrôle qui ne s’affiche pas comme contrôle. Il joue comme s’il découvrait le morceau au moment exact où il le sert le mieux. C’est un art très difficile, que l’on confond souvent avec la facilité. Or il faut un raffinement immense pour faire croire qu’un rythme coule de source. Cette qualité-là, John Lennon l’adorait. George Harrison aussi. Et cela explique beaucoup de choses.

La culture rock dominante a souvent célébré les cogneurs, les athlètes, les architectes spectaculaires du kit. Keltner appartient à une autre tradition. Celle des batteurs qui racontent un morceau de l’intérieur. Ceux qui comprennent qu’une caisse claire un peu en retard peut ajouter de la mélancolie, qu’un charleston retenu peut créer un espace spirituel, qu’un fill presque effacé peut dire davantage qu’un déluge de toms. Il y a chez lui un mélange de soul, de R&B, de science du studio et de liberté jazz qui en fait un musicien idéal pour des artistes en reconstruction identitaire.

Or, après 1970, les Beatles solo sont exactement cela : des artistes en reconstruction. Lennon cherche à concilier radicalité émotionnelle et pouvoir pop. Harrison veut enfin donner toute la mesure de son écriture, hors de la hiérarchie étouffante du groupe. Ringo cherche à transformer son charme de compagnon en personnalité solo crédible, sans perdre ce qui fait son humanité. Tous trois ont besoin de musiciens capables d’entrer dans leur univers sans l’écraser. Keltner est l’un des meilleurs dans ce rôle.

Entrer chez les Beatles par la porte latérale

On n’entre pas vraiment dans l’orbite des Beatles comme on décroche un contrat de studio ordinaire. Il y a, autour d’eux, même après la séparation, un champ magnétique singulier. Les connexions se font par amitiés, par goûts communs, par recommandations, par ce bouche-à-oreille des grands musiciens qui savent reconnaître les leurs. Dans le cas de Jim Keltner, la porte d’entrée se trouve au début des années 1970, dans cet entrelacs fascinant où se croisent Phil Spector, Leon Russell, Klaus Voormann, les musiciens de Delaney & Bonnie et les ex-Beatles eux-mêmes.

Keltner a souvent raconté que George Harrison aimait les disques de Delaney & Bonnie sur lesquels il avait joué. Cela dit déjà quelque chose de très beau. Harrison, qu’on a parfois voulu réduire à l’homme de la spiritualité ou au Beatle discret, était en réalité un passionné d’arrangements, de textures, de musiciens. Il écoutait avec une attention maniaque. Il repérait les personnalités instrumentales. Il savait ce qu’un batteur apportait à un morceau. Si George Harrison remarque Jim Keltner, ce n’est pas un hasard mondain : c’est un choix d’oreille.

Le début de leur relation se situe dans la Londres de 1971, au moment où le monde Beatles se recompose dans les studios. Keltner a évoqué le premier regard échangé avec George à Ascot Sound, alors que John Lennon travaillait sur Imagine. La scène est belle parce qu’elle n’a rien d’héroïque. Pas de cérémonie, pas de grand discours, juste deux musiciens qui se croisent dans un couloir, se saluent, se reconnaissent. Mais cette banalité apparente est lourde de conséquences. Keltner entre là dans un cercle où il ne sera bientôt plus un étranger.

C’est également par George Harrison qu’il se rapproche de Ringo Starr. Au cours de cette période, Keltner joue des maracas sur “It Don’t Come Easy”, le grand single solo de Ringo produit par George. Ce détail est important. Il montre que la relation ne commence pas immédiatement par un rôle de batteur majeur, mais par une présence, une intégration progressive à une équipe. On fait appel à lui parce qu’il est utile, fiable, musical, et parce que l’on aime sa compagnie. Chez les ex-Beatles, surtout au début des années 1970, la confiance humaine compte presque autant que la technique.

Puis vient “Bangla Desh”, le single caritatif de George. Là encore, Keltner n’est plus seulement un musicien croisé au bon moment : il devient un acteur de l’élan harrisonien. Ce n’est pas anodin. George Harrison ne recrute pas les musiciens comme on complète un effectif. Il crée une communauté de travail. Ceux qui l’accompagnent doivent comprendre à la fois la force de la chanson, la cause défendue, le mélange de ferveur et de pragmatisme qui le caractérise. Keltner, déjà, est à sa place.

John Lennon : l’art de soutenir l’instable

Parmi les anciens Beatles, John Lennon est sans doute celui dont l’univers réclame le plus un batteur capable d’épouser l’instabilité émotionnelle sans jamais transformer le morceau en chaos. Lennon solo n’est pas un artiste de l’équilibre classique. Il peut passer de la confession à la provocation, du dépouillement à la grandiloquence, de la tendresse à la dérive. Il lui faut donc des musiciens qui comprennent ses virages sans exiger de plan trop rigide. Jim Keltner est idéal pour cela.

Sa participation à Imagine est déjà révélatrice. Sur cet album, Keltner ne joue pas partout ; il partage l’espace avec Alan White et Jim Gordon. Mais précisément, le fait de repérer où Lennon l’utilise en dit long. Keltner apparaît sur “Crippled Inside”, “Jealous Guy” et “I Don’t Want to Be a Soldier Mama I Don’t Wanna Die”. Trois titres très différents, trois climats, et pourtant une même qualité : ils ont besoin d’un battement qui respire, qui suggère plus qu’il n’assène.

Sur “Jealous Guy”, son jeu est d’une élégance incroyable. Tout le monde parle, à juste titre, de la voix blessée de Lennon, des cordes, de la fragilité du morceau. Mais cette fragilité tient aussi au fait que la batterie n’y cherche jamais le pathos. Keltner ne dramatise pas. Il soutient. Il laisse de la place. Il donne au morceau son mouvement intérieur, presque sa pudeur. C’est l’une des grandes leçons de sa carrière : un batteur peut rendre un titre plus émouvant en jouant moins, ou en jouant avec une retenue presque morale.

Sur “I Don’t Want to Be a Soldier Mama I Don’t Wanna Die”, à l’inverse, il accompagne une longue incantation lourde, narcotique, répétitive, qui pourrait très vite s’effondrer sous son propre poids. Keltner y maintient une tension flottante. Pas une marche militaire, pas un rock frontal, mais quelque chose de poisseux, de cyclique, de légèrement hallucinatoire. Là encore, il sait exactement ce que demande Lennon : pas une prestation de batteur, mais une atmosphère.

Avec John Lennon, le lien ne s’arrête pas à Imagine. Sur Mind Games, Keltner fait partie de cette formation que Lennon baptise avec son humour habituel le Plastic U.F.Ono Band. Le nom est une blague, mais il dit quelque chose de vrai : John a besoin d’un collectif de musiciens capables de servir un disque à la fois personnel, rêveur, désabusé et mystique. Keltner est au cœur de ce son-là. Il apporte une souplesse qui permet au disque de ne jamais devenir pesant, même quand Lennon se replie sur lui-même.

Et puis il y a la période du Lost Weekend, où le Lennon des années 1974-1975 devient un personnage à la fois flamboyant et dévasté. Walls and Bridges en est sans doute le grand chef-d’œuvre contradictoire : un disque vivant, vif, souvent brillant, mais traversé de fêlures profondes. Keltner y tient les fûts comme on tient la rampe dans un escalier mal éclairé. Il est le garde-fou sonore d’un Lennon qui n’est jamais loin de la dispersion. Écoutez la manière dont les morceaux avancent sur ce disque : il y a de l’énergie, oui, mais une énergie tenue, canalisée, jamais crispée. C’est du grand Keltner.

Ce qui frappe, dans son travail avec Lennon, c’est qu’il n’essaie jamais de “faire Beatles”. Cela semble évident, mais beaucoup de musiciens invités autour des ex-Beatles ont parfois été tentés, consciemment ou non, de flatter la mémoire du groupe. Keltner, lui, ne fait pas semblant d’être Ringo Starr, ne cite pas le passé, ne singe rien. Et pourtant Lennon l’adopte. Pourquoi ? Parce qu’il partage avec Ringo une vertu fondamentale : il joue pour la chanson. Cette proximité de philosophie, et non de style mimétique, explique sans doute pourquoi John lui a fait une place si importante.

Même sur Rock ’n’ Roll, album compliqué, né d’une obligation légale, d’un chaos de sessions et d’une envie sincère de renouer avec les racines du genre, Keltner demeure crucial. Ces chansons viennent du passé de Lennon, de Hambourg, des clubs enfumés, des disques américains idolâtrés. Il fallait un batteur capable d’accompagner ce retour sans verser dans la reconstitution muséale. Keltner y parvient par son sens du rebond et sa manière de faire sonner le rock’n’roll ancien comme une mémoire encore chaude.

Il y a enfin, dans la relation entre Lennon et Keltner, quelque chose qui dépasse les crédits. John l’aime. On le sent dans les anecdotes, dans la familiarité, dans cette phrase hilarante rapportée par Keltner lorsqu’on demande à Lennon s’il a vu le film du Concert for Bangladesh : en apercevant le batteur à l’écran, John se serait levé pour lancer, hilare, “Hé, c’est mon batteur !” Tout est là. Derrière la blague, il y a un sentiment d’appartenance.

George Harrison : le frère spirituel, le compagnon de route

Si John Lennon a trouvé en Keltner un batteur apte à soutenir ses secousses intérieures, George Harrison y a probablement trouvé davantage encore : un compagnon de route. Quelqu’un qui pouvait l’accompagner non seulement en studio, mais dans sa vision du son, dans ses projets, dans sa manière d’agréger autour de lui une communauté de musiciens fidèles. La relation de Keltner avec George est la plus longue, la plus structurante, et sans doute la plus intime de toutes celles qu’il noue avec les ex-Beatles.

Le premier grand moment, bien sûr, c’est The Concert for Bangladesh. On parle souvent à raison de l’événement comme d’un jalon humanitaire, d’un concert historique, d’une première dans l’architecture du rock caritatif. Mais musicalement, c’est aussi un test gigantesque. George Harrison n’a pas joué sur scène depuis longtemps, la distribution est vertigineuse, les répétitions limitées, les ego nombreux, l’enjeu immense. Dans un tel contexte, le choix des batteurs est capital. George appelle Ringo Starr. Et Ringo, selon Keltner, souhaite sa présence à ses côtés.

Cette association en dit long. Ringo Starr n’est pas un homme qui a besoin qu’on lui tienne la main. S’il veut Keltner à côté de lui, c’est qu’il perçoit chez lui un musicien capable de renforcer le groupe sans le concurrencer. Keltner l’a raconté de manière admirable : il ne voulait surtout pas gêner Ringo, ni empiéter sur “ce grand feeling” qui faisait le cœur du son. Il s’est donc placé pour voir sa main de charleston, a limité certains gestes, a pensé son jeu comme un art du retrait. C’est magnifique, et cela raconte mieux que n’importe quel compliment la qualité humaine et musicale du personnage.

Le résultat, on l’entend sur scène : la double batterie ne crée pas une masse lourde, elle ouvre un espace. Elle donne aux chansons de George une assise presque cérémonielle. Dans “Wah-Wah”, “My Sweet Lord”, “Awaiting on You All” ou “Bangla Desh”, il y a cette impression d’élan collectif qui tient beaucoup au dialogue implicite entre Ringo et Keltner. George, sur scène, peut ainsi se concentrer sur le chant, la guitare, la direction d’ensemble. La rythmique, elle, respire.

À partir de là, la confiance est installée. Living in the Material World, en 1973, en porte la trace. Keltner figure parmi ces musiciens que George convoque pour construire un disque moins monumental que All Things Must Pass, plus épuré, plus intérieur, mais tout aussi exigeant. Il faut se souvenir de ce qu’est ce disque : non pas une simple suite au triomphe précédent, mais une œuvre de recentrage. George s’éloigne du mur de son spectorien, cherche davantage d’espace, de clarté, de dévotion calme. Qui mieux que Keltner pour traduire cela ?

Sur ce type de matière, son jeu fait merveille. George Harrison écrit des chansons qui avancent souvent comme des méditations en mouvement. Il n’a pas besoin d’un batteur qui impose, il a besoin d’un batteur qui accompagne l’élévation sans perdre l’ancrage terrestre. Keltner excelle dans cet équilibre entre sol et ciel. C’est l’une des raisons pour lesquelles il devient un musicien harrisonien par excellence.

Ce lien dépasse rapidement les albums. En 1974, Keltner accompagne George sur la tournée nord-américaine avec Ravi Shankar. La tournée est célèbre pour de mauvaises raisons : la voix abîmée de George, l’incompréhension d’une partie du public, les critiques féroces. Mais pour qui s’intéresse à l’histoire réelle de Harrison, elle est un moment essentiel, celui où il tente, à sa manière, de redéfinir ce qu’un ex-Beatle peut faire sur scène. Keltner est là, au cœur de cette tentative. Il n’est pas là pour reproduire le passé ; il est là pour aider George à imposer un présent.

La relation devient même assez forte pour entrer dans la mythologie légère de George. “It’s What You Value”, sur Thirty Three & 1/3, naît d’une histoire devenue célèbre : le paiement de Keltner par une Mercedes plutôt que par un simple cachet. On pourrait réduire cela à une anecdote amusante. Ce serait manquer l’essentiel. George n’écrit pas une chanson sur n’importe qui. S’il choisit Keltner comme point de départ d’un morceau, c’est que ce batteur fait partie de son paysage intime, de son humour, de sa vie concrète. Il n’est plus un prestataire. Il est un proche.

Cette proximité se retrouve aussi dans les marges ludiques de l’œuvre harrisonienne. Keltner apparaît comme juge dans le clip de “This Song”, délicieuse satire du procès pour plagiat autour de “My Sweet Lord”. Là encore, le détail compte. George convoque ses amis dans ses œuvres secondaires, dans ses blagues, dans ses mises en scène. Être présent dans ces moments-là signifie beaucoup : on appartient à la maison.

De Dark Horse à Cloud Nine : le batteur de confiance

L’autre dimension essentielle du lien entre Jim Keltner et George Harrison, c’est sa durée. Beaucoup de musiciens gravitent autour des ex-Beatles le temps d’un disque, d’une session, d’une période. Keltner, lui, reste. On le retrouve à l’époque Dark Horse, puis dans l’environnement du label que George fonde, où figure notamment le groupe Attitudes, dont Keltner est l’un des piliers. Cela dit quelque chose de décisif : Harrison ne le veut pas seulement comme batteur invité sur ses chansons, mais comme présence régulière dans sa sphère créative.

Dans les années 1970, cette fidélité a du poids. Le monde post-Beatles est instable, traversé par les brouilles, les réconciliations partielles, les changements de producteurs, les addictions, les exils et les retours. George, qui peut se montrer à la fois très généreux et très méfiant, ne garde pas n’importe qui près de lui. Si Keltner reste, c’est qu’il incarne un mélange très précieux de discrétion, d’efficacité et d’amitié réelle.

Même lorsque Harrison traverse des périodes artistiques plus inégales, Keltner demeure là. On le retrouve dans l’univers de Somewhere in England et de Gone Troppo, à une époque où George doute davantage de sa place dans l’industrie, où sa carrière solo est moins triomphante qu’au début des années 1970. Cette continuité est importante, car elle contredit l’idée selon laquelle Keltner ne serait associé qu’aux grandes heures. Il accompagne aussi les moments de flottement, ce qui est sans doute la marque des vraies fidélités.

Puis vient Cloud Nine, en 1987, grand retour de George Harrison dans le premier plan. Ici encore, la présence de Keltner est hautement signifiante. George veut retrouver une forme d’élan, de netteté pop, de plaisir musical. Jeff Lynne est à la coproduction, l’écriture est inspirée, le disque sonne moderne sans trahir son auteur. Et pour la batterie, George réunit ceux qu’il considère comme les “vrais batteurs” de son univers : Ringo Starr et Jim Keltner. La formule est révélatrice. Pour Harrison, Keltner n’est plus seulement un excellent professionnel. Il est devenu une référence organique.

Le cas de Cloud Nine est passionnant parce qu’il montre que Keltner n’appartient pas seulement au George mystique des années 1971-1973, ni au George cabossé du milieu de décennie. Il appartient aussi au George renaissant des années 1980, celui qui revient avec un sens renouvelé de la mélodie, de l’humour et de l’efficacité pop. Être encore là, à ce moment-là, c’est prouver qu’on n’était pas un musicien de circonstance, mais un compagnon de langage.

On peut aller plus loin : une partie du naturel de Cloud Nine vient précisément de cette présence combinée de Ringo et Keltner. George ne voulait pas d’une batterie anonyme, programmée dans l’esprit mais pas dans le cœur. Il voulait cette science du placement humain, ce son qui rappelle son histoire sans la recopier. Keltner, capable de jouer avec la précision moderne tout en gardant une chaleur analogique, était parfait pour cela.

Puis il y a les Traveling Wilburys. Là, l’histoire Beatles déborde d’elle-même pour rejoindre celle d’un supergroupe de vétérans splendides : George Harrison, Bob Dylan, Roy Orbison, Tom Petty, Jeff Lynne. Et derrière eux, Jim Keltner, rebaptisé Buster Sidebury dans le folklore wilburien. Certains pourraient croire qu’ici le lien avec les Beatles se dilue. C’est tout l’inverse. Les Wilburys sont l’une des plus belles extensions de la personnalité musicale de George, et Keltner y tient le rythme comme il l’a souvent fait : sans théâtralité, avec cette intelligence de la chanson qui fait tenir ensemble des géants.

Qu’un batteur de studio devienne une sorte de membre honoraire d’un tel groupe, même sur le mode de la plaisanterie, n’a rien d’anodin. Cela signifie qu’il n’est plus seulement convoqué pour ses qualités instrumentales. Il fait partie du récit. Il est intégré à la mythologie légère, à la camaraderie, à l’identité du projet. En clair : George n’imaginait plus vraiment certains espaces musicaux sans lui.

Et lorsque l’on avance jusqu’à Concert for George, en 2002, tout cela prend une dimension presque bouleversante. George n’est plus là, mais Jim Keltner l’est encore, parmi les proches réunis pour célébrer sa vie. À côté de Ringo Starr, de Paul McCartney, d’Eric Clapton, de Jeff Lynne, de Tom Petty, il n’est pas un technicien interchangeable. Il est l’un de ceux qui ont connu George de l’intérieur. L’un de ceux dont la présence donne à l’hommage sa vérité.

Ringo Starr : le seul double possible

La relation entre Jim Keltner et Ringo Starr est d’une nature très particulière. On pourrait facilement la mal comprendre. Voir en Keltner une sorte de “deuxième Ringo”, un remplaçant haut de gamme auquel John et George auraient eu recours lorsque le Beatle n’était pas disponible. Cette lecture est trop pauvre. La vérité est plus fine, plus belle aussi. Si Keltner compte tant auprès de Ringo, c’est précisément parce qu’il ne cherche jamais à prendre sa place.

Le grand point de rencontre entre eux, c’est le respect absolu de la chanson. Ringo Starr a toujours été un batteur de construction plutôt que de démonstration. Ses parties Beatles sont pleines d’idées, mais aucune n’est décorative. Keltner appartient à cette même famille spirituelle. Il comprend de l’intérieur ce qu’est un batteur dont le rôle est d’éclairer un morceau, de le faire respirer, de lui donner sa charpente émotionnelle. C’est pourquoi la double batterie entre eux fonctionne si bien : ils pensent la musique de manière compatible.

L’album Ringo, en 1973, reste un jalon essentiel. Non seulement parce que le disque réunit, sous des formes diverses, les quatre ex-Beatles, mais aussi parce que Keltner y joue sur cinq morceaux. Ce n’est pas un détail périphérique. Sur un album aussi exposé, aussi scruté, où chaque présence prend valeur de symbole, le recours à Keltner affirme clairement son statut au sein du clan élargi. Il n’est pas un luxe. Il est une composante du son.

Le disque Ringo est souvent perçu comme le plus chaleureux des albums solo post-séparation, celui qui transforme la nostalgie en convivialité. Cela tient beaucoup à l’esprit de troupe, aux invités, au talent de producteur de Richard Perry. Mais cela tient aussi à la sensation rythmique du disque, à cette manière qu’il a de paraître souple, accueillant, jamais raide. La présence de Keltner y contribue puissamment. Il apporte à l’album une part de cette décontraction somptueuse que l’on associe aux grands disques californiens du début des années 1970.

La collaboration ne s’arrête évidemment pas là. On retrouve Keltner sur Ringo’s Rotogravure, dans les années où Starr cherche un second souffle après son pic commercial. Là encore, il ne s’agit pas seulement de faire venir un batteur réputé : il s’agit de s’entourer d’un ami, d’un musicien sûr, d’un homme avec qui le dialogue est immédiat. C’est une constante chez Ringo, qui a toujours privilégié les atmosphères fraternelles aux dispositifs trop conceptuels.

Cette proximité se prolonge jusque sur scène. Lorsque Ringo Starr lance sa première All-Starr Band en 1989, Jim Keltner en fait partie. Le symbole est fort. Ringo, qui a passé une bonne partie des années 1980 dans une zone d’ombre artistique, remonte au front avec une formule collective, généreuse, joueuse, et il le fait entouré de musiciens qu’il aime vraiment. Keltner n’est pas là pour cautionner. Il est là parce qu’il appartient naturellement à cette manière ringoesque de faire de la musique : sans mégalomanie, avec panache et camaraderie.

Ce qui rend leur lien si singulier, c’est qu’il repose sur une absence totale de compétition. Dans le rock, la batterie est souvent un terrain d’ego. Chez eux, jamais. Keltner sait ce que Ringo représente, non seulement comme batteur mythique des Beatles, mais comme inventeur d’un rapport unique au groove pop. Ringo, lui, sait ce que Keltner vaut, et ne se sent pas menacé par cette excellence-là. Il y a entre eux un respect de pairs, fondé moins sur la virtuosité que sur le goût.

Et ce goût commun explique sans doute pourquoi tant d’anciens Beatles ou de proches des Beatles ont aimé cette formule du duo. Avec George Harrison, elle a produit des miracles de souplesse. Avec Ringo lui-même, elle a donné une sensation d’élan collectif, comme si deux conceptions très voisines mais non identiques de la batterie se répondaient. L’une plus immédiatement identifiable, l’autre plus caméléon, mais toutes deux profondément musicales.

Paul McCartney : l’absent, le gag, puis le retour par George

Le cas Paul McCartney mérite un détour particulier parce qu’il éclaire, par contraste, la place de Jim Keltner dans la galaxie Beatles. Au début des années 1970, Keltner travaille déjà avec John Lennon, George Harrison et Ringo Starr. Paul, lui, reste à l’écart. Non par hostilité personnelle, mais parce que son système de travail est différent. McCartney est un multi-instrumentiste férocement autonome. Il joue beaucoup lui-même, contrôle énormément, construit ses disques selon une logique plus domestique, plus artisanale, parfois plus fermée aussi. Keltner n’entre donc pas tout de suite dans son univers.

Cette absence devient même matière à plaisanterie. Lorsque Paul lance le Wings Fun Club au moment de Red Rose Speedway, George Harrison et Ringo Starr répliquent à leur manière en faisant apparaître sur leurs albums respectifs les coordonnées du Jim Keltner Fan Club, avec l’instruction absurde d’envoyer un “éléphant affranchi et déshabillé” à une adresse hollywoodienne. C’est l’un des grands gags post-Beatles des années 1970 : puéril, affectueux, un peu vachard, très révélateur. Keltner devient ainsi un instrument de taquinerie entre ex-Beatles. On ne peut rêver meilleure preuve d’intégration.

Le plus intéressant n’est pas le gag lui-même, mais ce qu’il suppose. Pour que George et Ringo fassent de Jim Keltner l’emblème d’une blague adressée à Paul, il faut que son nom soit déjà chargé de sens dans leur petit monde. Keltner est alors le batteur des autres, celui de l’autre camp si l’on veut, ou plutôt celui d’une autre sensibilité post-Beatles. Plus terrienne et moins autarcique que celle de Paul à cette époque.

Mais il faut se garder d’en faire un anti-Paul. Jim Keltner a lui-même donné, des années plus tard, une lecture bien plus subtile des rapports entre les anciens Beatles. Il a expliqué que John Lennon et George Harrison pouvaient se montrer très durs avec Paul McCartney, très moqueurs, presque brutaux parfois, mais qu’ils ne supportaient pas qu’un outsider s’y joigne. “Nous pouvons dire ça, pas toi”, lui auraient-ils signifié en substance. C’est une phrase essentielle. Elle dit que Keltner était proche, très proche, mais qu’il restait tout de même à la lisière du noyau familial.

C’est peut-être là, au fond, sa place exacte dans l’histoire Beatles. Suffisamment intime pour entendre les plaisanteries cruelles, assister aux tensions, comprendre les hiérarchies affectives ; suffisamment extérieur pour savoir qu’il n’est pas un frère. Cette position intermédiaire est précieuse pour l’historien, car elle permet de mesurer la force de son intégration sans tomber dans la fable du “quasi-Beatle”. Keltner n’est pas un Beatle supplémentaire. Il est un proche lucide de la famille.

Il est d’ailleurs très beau que sa grande rencontre publique avec Paul McCartney dans un contexte pleinement beatlesque se fasse finalement sous le signe de George Harrison, lors du Concert for George. Là, tout le monde est replacé à sa juste distance. Paul n’est plus le seul ex-Beatle à n’avoir pas travaillé avec Keltner ; il est l’ami venu saluer la mémoire d’un frère disparu, pendant que Keltner reprend sa place naturelle parmi les musiciens de confiance. Le cercle se referme avec une élégance mélancolique.

On pourrait dire les choses autrement : si Paul McCartney a longtemps été l’exception dans le parcours beatlesque de Keltner, c’est peut-être parce que Keltner incarnait d’abord quelque chose dont Paul n’avait pas encore besoin. John, George et Ringo avaient besoin d’un partenaire de jeu, d’un appui, d’un compagnon d’atelier. Paul, lui, était souvent à lui-même son propre groupe. Cela ne diminue personne ; cela dessine simplement des tempéraments.

Pourquoi les Beatles solo avaient besoin de Jim Keltner

À ce stade, une question s’impose : pourquoi Jim Keltner ? Pourquoi lui, plus qu’un autre, a-t-il occupé une place aussi centrale auprès de John Lennon, George Harrison et Ringo Starr ? La réponse n’est pas seulement technique. Bien sûr, Keltner est un immense batteur. Mais les ex-Beatles avaient accès à quantité d’immenses batteurs. Ce qu’ils trouvaient en lui était plus rare.

Ils trouvaient d’abord une absence d’ego encombrant. Cela paraît presque banal à écrire, mais dans l’après-Beatles c’était capital. Chaque session avec un ex-Beatle pouvait devenir un théâtre d’ombres, où les musiciens invités avaient conscience de participer à une histoire plus grande qu’eux. Certains pouvaient être intimidés, d’autres désireux d’imprimer leur marque de façon trop visible. Keltner, lui, arrivait pour jouer. Rien de plus, rien de moins. Et cette modestie-là, loin d’être effacée, créait une forme d’autorité.

Ils trouvaient ensuite un musicien qui comprenait profondément ce que Ringo Starr avait apporté à la musique des Beatles, sans jamais le singer. C’est un point capital. Lennon et Harrison, surtout dans les années 1970, ne voulaient pas forcément refaire les Beatles. Mais ils ne voulaient pas non plus trahir ce qu’ils avaient appris dans ce groupe : la précision du choix, le pouvoir du détail, l’idée qu’une batterie peut définir l’identité secrète d’un morceau. Keltner savait cela instinctivement.

Il possédait aussi une qualité extrêmement beatlesque : il rendait les chansons plus mémorables sans attirer ostensiblement l’attention sur lui. C’est une vertu qu’on retrouve chez les très grands arrangeurs, les grands bassistes, les grands batteurs de studio, et que l’on pourrait presque ériger en esthétique de Liverpool. La vraie sophistication ne s’annonce pas comme telle. Elle s’entend au second ou au troisième niveau d’écoute. Chez Keltner, elle est partout.

Enfin, il y avait probablement sa personnalité. Tous ceux qui parlent de lui évoquent un homme aimable, drôle, humble, aimant profondément la musique et les musiciens. Dans un monde où les ex-Beatles ont été surexposés, flattés, trahis, parasités de mille manières, cette qualité humaine compte énormément. On peut inviter un crack sur un disque. On ne garde auprès de soi, sur plusieurs décennies, qu’un homme en qui l’on a confiance.

Dans le cas de George Harrison, cette confiance a pris une dimension quasi fraternelle. Dans le cas de John Lennon, elle a permis d’accompagner un artiste souvent imprévisible. Dans le cas de Ringo Starr, elle a produit l’une des plus belles histoires de compagnonnage rythmique du rock classique. Et dans le cas de Paul McCartney, même par l’absence initiale, elle a nourri un angle mort révélateur de la cartographie affective post-Beatles.

L’homme qui reliait les morceaux du puzzle

Il y a des musiciens qui résument une époque par la fulgurance de leur œuvre personnelle. Et il y a ceux qui la racontent par circulation. Jim Keltner appartient à cette seconde catégorie, plus discrète mais parfois plus éclairante. En suivant sa trajectoire, on voit se dessiner une autre histoire des Beatles après les Beatles. Une histoire moins officielle que celle des disques mythiques et des drames publics, mais plus organique : celle des studios, des amitiés, des fidélités, des projets communs, des blagues privées, des concerts montés dans l’urgence, des albums où l’on cherche encore la bonne famille musicale.

Keltner n’est pas seulement un nom de plus dans les crédits. Il est un révélateur. Lorsqu’il apparaît auprès de John Lennon, il signale un besoin de souplesse et de respiration. Lorsqu’il apparaît auprès de George Harrison, il raconte une fidélité profonde, une confiance durable, une vision commune du son. Lorsqu’il apparaît auprès de Ringo Starr, il incarne le respect absolu entre deux batteurs qui savent que la musique vaut mieux que la compétition. Et lorsqu’il n’apparaît pas, dans le cas de Paul McCartney au début des années 1970, cette absence même devient signifiante.

On pourrait presque dire que Jim Keltner fut l’un des grands traducteurs de l’après-Beatles. Il a aidé les ex-Fab Four à passer d’un monde à l’autre : du groupe total à la vie fragmentée, du mythe collectif à la parole individuelle, de la nostalgie à la réinvention. Il n’a pas écrit Imagine, Give Me Love, Photograph ou Handle With Care. Mais il a contribué à faire en sorte que ces chansons respirent comme elles devaient respirer. Et cela, dans l’histoire du rock, compte énormément.

Il est tentant, lorsqu’on parle de musiciens comme lui, de conclure en les qualifiant de “héros de l’ombre”. L’expression est juste, mais un peu pauvre. Jim Keltner mérite mieux qu’un romantisme de coulisse. Il n’est pas seulement l’homme caché derrière les chefs-d’œuvre des autres. Il est l’un de ceux qui nous permettent de comprendre pourquoi ces chefs-d’œuvre tiennent encore debout. Pourquoi ils ne sonnent ni datés, ni forcés, ni morts. Pourquoi, derrière les voix immenses et les chansons historiques, on entend toujours ce supplément de vie que seuls les très grands accompagnateurs savent apporter.

Dans la saga des Beatles en solo, il existe des figures immédiatement visibles : Phil Spector, Klaus Voormann, Billy Preston, Nicky Hopkins, Eric Clapton, Jeff Lynne. Jim Keltner appartient à cette galerie, mais avec un statut à part. Parce qu’il est batteur, donc gardien secret du tempo ; parce qu’il traverse plusieurs décennies sans perdre sa pertinence ; parce qu’il fut choisi non par un seul ex-Beatle, mais par trois, et approché finalement par le quatrième à travers le deuil et la mémoire ; parce qu’il représente peut-être mieux que personne cette idée fondamentale : après la fin des Beatles, il fallait encore des musiciens capables de comprendre ce que les Beatles avaient changé dans la façon même de jouer des chansons.

Et Keltner, précisément, comprenait cela. Il savait qu’un morceau ne gagne pas forcément en puissance lorsqu’on le remplit. Qu’un grand artiste a parfois besoin qu’on le soutienne plutôt qu’on le stimule. Que la vraie noblesse du studio réside dans le service rendu à la chanson. C’est peut-être pour cette raison, finalement, qu’il est devenu si indispensable à John Lennon, George Harrison et Ringo Starr : il jouait comme eux composaient lorsqu’ils étaient à leur meilleur, avec science, avec instinct, avec humour, avec retenue. En pensant à la chanson d’abord.

Dans l’histoire commune des ex-Beatles, Jim Keltner n’est donc pas un appendice. Il est un trait d’union. Un homme qui, sans jamais réclamer sa part du mythe, en a accompagné quelques-uns des plus beaux chapitres. Et c’est peut-être la plus belle définition possible d’un grand musicien.


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