Rusty Anderson et les Beatles

Il y a des musiciens que l’histoire retient parce qu’ils ont changé le cours des choses, et d’autres parce qu’ils ont appris à habiter l’ombre sans jamais disparaître dedans. Rusty Anderson appartient à cette seconde catégorie, qui n’a rien de mineur. Dans le grand théâtre du rock, l’homme n’a ni le statut d’une star planétaire ni la mythologie immédiate d’un guitar hero qu’on reconnaît à cinquante mètres. Il n’est pas une silhouette iconique comme Keith Richards, il n’est pas un visage de poster adolescent comme Jimmy Page, il n’est pas non plus un soliste brandi comme un étendard technique à la manière des virtuoses qui peuplent la presse guitare. Et pourtant, depuis plus de vingt ans, Rusty Anderson occupe une place que des milliers de musiciens rêveraient d’approcher : il est l’un des artisans les plus importants de la vie scénique moderne de Paul McCartney, c’est-à-dire, d’une certaine manière, l’un des gardiens contemporains du répertoire des Beatles.

C’est tout le paradoxe de sa trajectoire. Rusty Anderson n’est pas un Beatle, bien sûr. Il n’est même pas ce que l’on appelait autrefois un “compagnon de route” historique du groupe, à la manière d’un Billy Preston ou d’un Klaus Voormann. Il appartient à une autre temporalité, celle de l’après, du très après, de la longue queue de comète. Il arrive dans le récit quand les Beatles n’existent plus depuis longtemps, quand George Harrison s’est déjà taillé une œuvre solo magistrale, quand John Lennon n’est plus là, quand Ringo Starr et Paul McCartney incarnent à eux deux la survivance visible d’un miracle devenu patrimoine mondial. Et pourtant, parler de Rusty Anderson et des Beatles, ce n’est pas forcer un lien artificiel. C’est au contraire s’intéresser à une question passionnante : comment joue-t-on, soir après soir, des chansons qui appartiennent à l’inconscient collectif ? Comment se glisse-t-on dans un répertoire sacré sans le figer, sans le trahir, sans se ridiculiser ? Comment vit-on, de l’intérieur, à quelques mètres du dernier grand compositeur survivant du quatuor de Liverpool, tout en demeurant soi-même un musicien de chair, de goût, de personnalité et de son ?

C’est là que Rusty Anderson devient un sujet passionnant. Non parce qu’il remplacerait qui que ce soit, ce qui serait absurde, mais parce qu’il raconte mieux que beaucoup d’autres la façon dont l’héritage des Beatles continue de respirer sur scène. Son rôle ne consiste pas seulement à jouer des parties de guitare. Il consiste à faire tenir debout un immense corps de chansons, à retrouver des textures, à inventer des équivalents, à soutenir Paul McCartney quand celui-ci traverse son propre passé, celui des Beatles, celui de Wings, celui de sa carrière solo, comme on traverse les pièces d’une maison hantée par sa propre grandeur. Il faut, pour assumer ce rôle, bien plus qu’une bonne technique. Il faut du tact, de l’instinct, de la culture rock, une science du son, une capacité à rester dans le morceau plutôt qu’à se regarder jouer. Et il faut surtout ce mélange de passion et d’humilité qui caractérise les grands accompagnateurs, ces musiciens assez forts pour ne pas avoir besoin d’écraser la musique afin de prouver qu’ils existent.

C’est peut-être pour cela que Rusty Anderson est si intéressant. Parce qu’il n’est pas seulement le guitariste de Paul McCartney. Il est un musicien formé par l’écoute obsessionnelle du rock anglais et américain, un auteur-compositeur à part entière, un ancien combattant de la scène de Los Angeles, un sideman de luxe, un homme dont le jeu est nourri autant par la mélodie que par la texture, autant par George Harrison que par Jeff Beck, autant par la pop savante que par le réflexe rock. S’intéresser à lui, c’est donc raconter une autre histoire des Beatles : non plus celle des origines, cent fois narrée, mais celle de leur survivance active, de leur transmission, de leur présence dans les doigts d’un musicien né ailleurs, plus tard, mais marqué à vie par cette musique.

Un enfant du rock que les Beatles ont saisi très tôt

Chez beaucoup de musiciens, l’amour des Beatles ressemble à une initiation presque banale. Chez Rusty Anderson, il a une intensité plus grave. Il a souvent raconté que le choc était venu très tôt, dans l’enfance, alors que sa sœur aînée passait des disques du groupe. Le contexte, lui, n’avait rien d’insouciant : la disparition de son frère aîné l’avait confronté très jeune à la violence du réel. Dans cette faille émotionnelle, la musique s’est engouffrée comme une lumière presque surnaturelle. Le rock n’est pas arrivé pour meubler des après-midi ; il a servi de langage de survie. Cela change tout. Quand on découvre les Beatles de cette façon, on ne les range pas dans une simple collection d’influences. On les associe à une révélation fondatrice, à l’idée que la beauté peut coexister avec la douleur, et même lui opposer une force.

Cette dimension intime explique beaucoup de choses dans le parcours de Rusty Anderson. Très tôt, il comprend que la guitare ne sera pas un hobby, encore moins un simple objet de fascination adolescente. Il reçoit son premier instrument enfant, commence à travailler, tâtonne, rejette l’enseignement scolaire lorsqu’il l’ennuie, puis revient plus tard à des formes d’apprentissage plus structurées, notamment par le jazz. Cette trajectoire est intéressante parce qu’elle raconte déjà le type de musicien qu’il deviendra. Un guitariste qui n’est ni un pur instinctif ni un théoricien sec, mais quelqu’un qui se construit dans l’aller-retour entre l’oreille, la curiosité, la composition et la discipline. En cela, il appartient à une lignée très pop au sens noble, celle des instrumentistes qui comprennent qu’une guitare ne sert pas seulement à faire des exploits, mais à organiser l’espace d’une chanson.

Ce n’est pas un détail. Quand on écoute parler Rusty Anderson de la guitare, on sent vite qu’il ne raisonne pas comme un technicien en apesanteur. Il parle des notes dans leur rapport les unes aux autres, de la manière dont elles servent la composition, de la façon dont une partie doit s’inscrire dans un tout. C’est une approche qui, au fond, est extrêmement beatlesienne. Les Beatles ont révolutionné la pop parce qu’ils savaient faire dialoguer les timbres, les idées mélodiques, les contrechants, les accidents de production, les intuitions harmoniques. Chez eux, la guitare n’est jamais seulement une démonstration de force ; elle est un élément dramaturgique. Or Rusty Anderson pense précisément de cette façon. Cela ne veut pas dire qu’il joue comme George Harrison ou comme John Lennon. Cela veut dire qu’il a intégré la leçon profonde de cette musique : chaque partie a un sens, chaque son raconte quelque chose, chaque détail peut devenir mémoire.

Son attachement à Revolver en dit long. Quand il évoque cet album, ce n’est pas en fan extatique qui se contente de réciter des titres sacrés. Il entend les couches, les inventions, les guitares doublées, les illusions sonores, les choix de jeu. Il entend ce qui fait de Revolver non seulement un grand disque des Beatles, mais un laboratoire de pensée pour guitariste intelligent. C’est aussi pour cela que sa relation au catalogue du groupe n’est pas muséale. Il ne s’agit pas d’adorer une relique ; il s’agit de comprendre comment cette musique fonctionne de l’intérieur, pourquoi elle traverse le temps, comment on peut encore l’habiter sans la réduire à une succession d’icônes.

Avant McCartney, la longue école de Los Angeles

On aurait tort d’imaginer Rusty Anderson comme un pur produit du culte beatlesien ayant miraculeusement atterri auprès de Paul McCartney. Ce serait oublier la longue route, la vraie, celle des clubs, des groupes, des sessions, des années de formation dans l’écosystème souvent ingrat de Los Angeles. Comme beaucoup de musiciens de sa génération, Anderson s’est construit dans un terrain de jeu féroce, où l’on apprend vite que le talent ne suffit pas, que l’identité compte autant que la vitesse d’exécution, et qu’une carrière se bâtit souvent au prix d’une somme considérable de travail invisible.

Il commence très jeune dans Eulogy, groupe local avec lequel il se frotte à la scène californienne. Ce détail est loin d’être anecdotique, car le Los Angeles rock des années 70 et 80 est un monde à part entière : un vivier de surenchère, de compétition, d’ego, mais aussi un incubateur extraordinaire pour les guitaristes. Anderson y croise une génération dopée à l’électricité, aux Marshall poussés trop fort, au rêve de percée et à la nécessité d’inventer sa propre voix au milieu du bruit général. Il joue dans Living Daylights, puis poursuit sa route jusqu’à Ednaswap, groupe majeur à l’échelle d’une certaine scène alternative américaine des années 90. Ednaswap restera surtout associé à “Torn”, morceau que le groupe a coécrit et enregistré avant qu’il ne devienne un succès mondial avec Natalie Imbruglia. Encore une fois, détail révélateur : Rusty Anderson est là où se fabriquent les chansons, pas seulement là où l’on ajoute un solo.

Cette première vie professionnelle est essentielle pour comprendre l’homme qui finira par jouer avec Paul McCartney. Elle lui donne une qualité décisive : l’adaptabilité. Anderson n’est pas un pur spécialiste enfermé dans un idiome. Il peut jouer dans un groupe, écrire, enregistrer pour d’autres, apporter une couleur, une idée, une structure. Il devient peu à peu ce que l’industrie anglo-saxonne appelle un “first-call session player”, c’est-à-dire un musicien qu’on appelle parce qu’on sait qu’il va comprendre rapidement ce qu’il faut faire, et le faire bien. Dans cette zone grise entre la célébrité et l’excellence, on trouve souvent les musiciens les plus solides.

Il travaille ainsi avec des artistes très différents, d’Elton John à Joe Cocker, de Ricky Martin à Willie Nelson, de The Bangles à d’autres figures grand public ou plus discrètes. Cette pluralité n’est pas qu’un CV flatteur ; elle dit quelque chose de son jeu. Rusty Anderson n’est pas monomaniaque. Il sait se rendre utile dans des esthétiques variées, ce qui demande une qualité rare : savoir ce que l’on est sans imposer toujours la même chose. Il y a chez lui cette intelligence du contexte qu’on retrouve chez les très bons musiciens de studio. On reconnaît leur personnalité, mais elle ne dévore jamais la chanson.

Or c’est précisément ce type de qualité que Paul McCartney recherche chez ses collaborateurs. McCartney aime les musiciens capables d’être vifs, inventifs, disponibles, mais aussi de comprendre immédiatement la logique d’un morceau. Il n’a jamais eu beaucoup d’intérêt pour le fétichisme du guitar hero en roue libre. Même chez Wings, quand il recrutait des personnalités fortes, il cherchait des joueurs capables de servir un ensemble, de s’inscrire dans une dynamique collective, d’être à la fois souples et créatifs. Vu sous cet angle, la rencontre entre McCartney et Rusty Anderson a presque quelque chose d’inévitable.

Le coup de fil de David Kahne et l’entrée dans l’orbite Beatles

Dans les grandes histoires du rock, on aime les auditions théâtrales, les coups du destin, les scènes de cinéma. L’arrivée de Rusty Anderson auprès de Paul McCartney relève d’un mécanisme plus discret, mais peut-être plus parlant : le réseau des affinités artistiques. C’est le producteur David Kahne, avec qui Anderson avait déjà travaillé, qui le fait entrer dans l’équation au moment de l’album Driving Rain. Nous sommes en 2001. McCartney prépare un nouveau disque, et Anderson reçoit ce qu’on peut appeler sans exagération le coup de fil d’une vie.

Ce qui frappe dans ses récits de cette rencontre, c’est le mélange de sidération et de naturel. Sidération, évidemment, parce qu’il ne s’agit pas seulement de rencontrer une légende, mais un musicien qui l’a façonné depuis l’enfance. Naturel, parce que très vite, les choses passent par le langage le plus concret qui soit : jouer. C’est toujours là que la musique sépare la mythologie du réel. On peut être tétanisé à l’idée de serrer la main de Paul McCartney ; on cesse de l’être dès que le morceau commence et qu’il faut trouver sa place. Anderson raconte ce moment comme une expérience presque irréelle, mais aussi comme une connexion immédiate. C’est très beau, au fond, parce que cela dit tout ce que la musique peut avoir de démocratique : pendant quelques secondes, un gamin marqué à vie par les Beatles se retrouve non pas devant une statue, mais au travail avec l’un de ses créateurs.

Driving Rain n’est pas l’album le plus consensuel de la carrière de McCartney. Il garde quelque chose de brut, de rapide, parfois d’inégal, mais aussi de vivant, de presque impulsif. Beaucoup de chansons ont été enregistrées dans l’énergie du moment, avec cette sensation d’urgence qui sied assez bien à la période. Pour un musicien comme Rusty Anderson, c’est une porte d’entrée idéale. Le contexte n’est pas celui d’une reconstitution de laboratoire ; il faut être réactif, présent, instinctif. Et il l’est. Son jeu s’intègre immédiatement à l’univers du disque. À partir de là, la relation ne se limite plus à une session ponctuelle. Le lien se prolonge, se solidifie, et devient bientôt un engagement durable.

Il y a dans cette bascule quelque chose de très révélateur de la manière dont McCartney travaille depuis la fin des Beatles. Contrairement à une idée simpliste, Paul n’est pas seulement un monument qui s’entoure de professionnels pour exécuter son œuvre. Il a besoin de sentir une circulation, une énergie, une forme de joie au travail. Lorsqu’il trouve des musiciens avec lesquels cette alchimie existe, il sait se montrer fidèle. Rusty Anderson, Brian Ray, Abe Laboriel Jr. et Wix Wickens formeront bientôt un noyau remarquablement stable, devenu avec le temps une véritable institution parallèle : le groupe de scène de Paul McCartney, celui qui porte depuis plus de deux décennies le plus célèbre catalogue de chansons du XXe siècle.

C’est là que Rusty Anderson entre vraiment dans le récit des Beatles. Non par filiation directe, mais par incorporation progressive à leur mémoire vivante.

2002 : la naissance d’un groupe qui va porter les Beatles au XXIe siècle

Le tournant décisif survient avec la tournée de 2002, immortalisée notamment sur Back In The U.S.. Ce moment est capital. D’abord parce qu’il marque pour Paul McCartney le retour à une grande tournée d’envergure, après des années où sa présence sur scène avait été moins régulière. Ensuite parce qu’il voit l’émergence de ce qui deviendra son groupe le plus durable. Le site officiel de McCartney le dit très clairement : cette tournée marque l’apparition de sa formation de scène la plus pérenne, avec Wix, Rusty Anderson, Brian Ray et Abe Laboriel Jr.

Le simple fait que cette équipe se stabilise si vite est en soi révélateur. Jouer avec McCartney n’est pas seulement un travail prestigieux ; c’est une charge écrasante. Il faut traverser un répertoire où chaque titre est attendu comme un sacrement populaire. Il faut passer d’un tube des Beatles à un classique de Wings, d’une ballade intime à un morceau de stade, d’un hommage à John Lennon à une reprise du répertoire solo, avec un même niveau d’exigence et de précision. Beaucoup de musiciens excellents pourraient techniquement le faire. Beaucoup moins seraient capables de tenir dans la durée. La stabilité de ce groupe dit donc quelque chose de sa qualité humaine et musicale.

Pour Rusty Anderson, cette période est fondatrice parce qu’elle fixe sa fonction. Il n’est pas là pour singer les parties originales au millimètre comme le ferait un musicien de tribute band. Il est là pour être le guitariste principal d’un groupe vivant qui doit faire entendre des chansons connues de tous, dans des configurations forcément différentes de leurs versions d’origine. Le problème est passionnant. Quand Paul McCartney joue “Back in the U.S.S.R.”, “Get Back”, “Hello, Goodbye”, “Drive My Car”, “Lady Madonna” ou “I Saw Her Standing There” sur scène au XXIe siècle, il ne rejoue pas les Beatles de 1964, 1966 ou 1969. Il les réinterprète avec un groupe contemporain, des moyens de scène immenses, des corps, des voix, des âges différents. Le rôle de Rusty Anderson consiste donc à inventer un équilibre entre fidélité et présent.

C’est là que son intelligence de guitariste apparaît le mieux. Il comprend qu’il ne sert à rien de “faire George” de façon littérale. D’abord parce que George Harrison était un styliste trop singulier pour être remplacé. Ensuite parce que le contexte n’est pas celui d’une reproduction. Il faut plutôt retrouver une attitude, une couleur, une élégance, une manière de laisser respirer le morceau. Anderson sait aussi, lorsque le répertoire l’exige, injecter plus de muscle rock, plus de grain, plus de largeur stéréophonique. Le groupe de McCartney n’est pas un ensemble rétro ; c’est une machine de scène moderne qui doit faire coexister le patrimoine et la puissance.

On a trop souvent parlé de la grandeur scénique de Paul en oubliant que cette grandeur reposait aussi sur le travail colossal de ses musiciens. Or Rusty Anderson est de ceux qui rendent possible cette fluidité. Il faut le voir comme un maillon invisible de l’illusion : grâce à lui et à ses camarades, la traversée de cinquante ans de chansons paraît naturelle, presque évidente. En réalité, elle ne l’est pas du tout. Elle suppose une préparation énorme, un sens aigu des arrangements, des changements d’instruments, des sons et des harmonies. Anderson l’a lui-même dit : avec McCartney, il faut emporter “la cuisine entière”, tant le spectre des morceaux susceptibles d’être joués est large. Cette phrase dit tout. Jouer avec Paul, c’est accepter d’être au service d’une encyclopédie vivante.

Jouer les Beatles sans les imiter : l’art difficile de la continuité

Il existe une manière vulgaire d’aborder l’héritage des Beatles : considérer qu’il suffirait de reproduire fidèlement chaque partie historique pour toucher au vrai. C’est une illusion d’archiviste. Le rock n’est pas un musée d’ethnographie sonore, et Paul McCartney n’a jamais été le conservateur maniaque d’une œuvre sous verre. Son rapport à ses chansons est plus joueur, plus mouvant, parfois plus imparfait aussi, mais toujours vivant. Dans ce dispositif, Rusty Anderson joue un rôle subtil : il est l’un des artisans de cette continuité vivante.

Ce rôle exige une qualité très rare chez les guitaristes rock : l’absence de vanité déplacée. Combien de joueurs auraient envie, face à un public de stade, de faire davantage, de rajouter du démonstratif, d’emplir les interstices, de prouver qu’ils sont là ? Anderson, lui, semble avoir compris depuis longtemps qu’on ne gagne rien à surjouer dans un répertoire pareil. Sur une chanson des Beatles, la vraie virtuosité consiste souvent à trouver le bon grain, la bonne place, le bon contrechant, le bon silence. Il faut savoir être précis sans devenir scolaire, intense sans devenir emphatique, personnel sans attirer la couverture à soi.

Prenons un morceau comme “Maybe I’m Amazed”, qui n’est pas un titre des Beatles mais l’un des sommets absolus du Paul post-Beatles. Anderson adore le jouer, et on le comprend. Il y a là tout ce qu’un grand morceau rock peut offrir : dynamique, mélodie, tension, respiration, solos, bascule émotionnelle. Or pour que cette chanson fonctionne sur scène, il ne suffit pas de reproduire les deux solos. Il faut en comprendre l’architecture affective. Il faut savoir accompagner Paul dans la montée, l’épauler, lui laisser l’espace d’être au centre tout en garantissant le déploiement harmonique du morceau. C’est un travail d’orfèvre.

Cette capacité est encore plus délicate lorsqu’il s’agit du répertoire Beatles proprement dit. Parce que ces chansons sont surchargées de mémoire. Chacun les connaît, chacun croit les connaître, chacun projette sur elles une version intime ou idéale. Dans un tel contexte, le musicien doit lutter contre deux pièges opposés : la reproduction servile et la modernisation forcée. Rusty Anderson évite l’un et l’autre. Son mérite tient précisément à sa faculté de se situer dans une zone d’équilibre. Il ne transforme pas les chansons en exercices de style, mais il ne les joue pas non plus comme si elles appartenaient à un formalisme figé.

D’une certaine manière, il prolonge l’esprit plus que la lettre. Or c’est peut-être la chose la plus fidèle qu’on puisse faire aux Beatles. On oublie trop souvent que ce groupe était d’abord une machine à mouvement, à transformation, à invention constante. Les figer dans leur propre légende serait une manière de les trahir. En gardant les morceaux vivants, souples, parfois légèrement reconfigurés par le présent de la scène, McCartney et ses musiciens leur rendent un hommage plus profond qu’une simple copie.

Un homme de goût : George Harrison, le son et la mélodie

Pour comprendre ce qui relie intimement Rusty Anderson aux Beatles, il faut revenir à la question du goût. Pas du goût comme signe social, mais du goût comme orientation profonde, comme manière d’aimer certaines choses dans la musique et d’en rejeter d’autres. Anderson est manifestement un guitariste de la mélodie et de la couleur avant d’être un amoureux du spectaculaire. Cela le rapproche spontanément de George Harrison, même si leurs personnalités et leurs parcours sont très différents.

Il a souvent cité Harrison parmi ses influences majeures. Rien d’étonnant. Chez George, la guitare n’est jamais un sport de combat. Elle est un élément de construction mélodique, une façon de compléter la chanson, de la traverser avec grâce, parfois avec ironie, parfois avec mystère. Harrison savait trouver une ligne qui semblait évidente une fois jouée, alors qu’elle ne l’était pas du tout avant. C’est l’une des formes suprêmes du talent pop. Rusty Anderson, sans chercher à l’imiter servilement, semble partager cette philosophie. Son jeu n’est pas bavard. Il préfère la ligne juste à la multiplication des plans.

Ce n’est pas un hasard non plus s’il parle avec autant de précision de Revolver, des doubles guitares de “And Your Bird Can Sing”, des trouvailles de Paul McCartney à la guitare sur “Taxman”, des textures de “I’m Only Sleeping” ou “Tomorrow Never Knows”. Ce sont les remarques d’un homme qui écoute les disques comme des constructions vivantes. Chez lui, l’admiration n’est pas aveugle. Elle passe par l’analyse du détail, par l’écoute des arrangements, par la conscience de la façon dont une chanson devient plus grande grâce à la manière dont ses éléments dialoguent.

Cette sensibilité explique aussi pourquoi Anderson n’a jamais eu besoin de se vendre comme un héros de la six-cordes. Sa culture est trop large pour cela. Il aime Mick Ronson, Jeff Beck, Jimi Hendrix, Wes Montgomery, et même des saxophonistes. Il sait que la guitare peut apprendre d’autres instruments, d’autres phrasés, d’autres respirations. Là encore, c’est une qualité précieuse dans l’univers de McCartney. Le grand génie de Paul a toujours été de penser les chansons de façon orchestrale, même dans leur plus simple expression. Être un guitariste capable d’entendre large, de ne pas s’enfermer dans les clichés de son instrument, est presque une nécessité pour travailler avec lui.

Il faut ajouter à cela son obsession du son. Rusty Anderson appartient à ces musiciens pour qui la texture d’une guitare n’est pas un simple vernis. Elle est une partie du sens. Le fait qu’il ait obtenu un modèle signature chez Gibson, sa fameuse ES-335, n’est pas une coquetterie de marque ; c’est la reconnaissance d’un rapport profond à un certain type de voix instrumentale. Ce goût pour les semi-hollow, pour une chaleur capable d’aller vers la pop, le rock, le funk ou le mordant plus dur, dit beaucoup sur sa personnalité musicale. Il n’est pas du côté de la brutalité uniforme. Il aime les nuances, les timbres qui racontent.

Dans un répertoire où il faut passer des guitares cristallines de la période Beatles aux masses plus épaisses de Wings, puis aux textures parfois plus contemporaines du solo de McCartney, cette culture du son devient un atout décisif. Anderson ne fait pas que jouer les notes. Il aide à dessiner la mémoire sonore du concert.

Plus qu’un accompagnateur : un musicien qui participe au son moderne de McCartney

Réduire Rusty Anderson à un simple guitariste de tournée serait une erreur. D’abord parce qu’il joue aussi sur les disques de Paul McCartney. Ensuite parce que son rapport à l’univers de Paul dépasse la scène. Depuis Driving Rain, il apparaît sur une part significative de la production studio de McCartney, et il est associé, de fait, à la couleur moderne de son œuvre tardive.

C’est un point essentiel, souvent sous-estimé. Quand on parle du “dernier McCartney”, on insiste volontiers sur la longévité, sur les albums, sur les tournées, parfois sur les fluctuations de qualité. On parle moins du fait qu’il s’est entouré, à partir du début des années 2000, d’un groupe de musiciens dont la présence contribue fortement à la cohérence de cette période. Le nom de Rusty Anderson apparaît ainsi dans l’écosystème de Driving Rain, dans certaines plages de Memory Almost Full, et plus largement dans cette relation de confiance que McCartney entretient avec ses musiciens de scène. Même lorsque Paul enregistre seul ou presque, comme il aime parfois le faire, la culture de groupe acquise avec eux rejaillit sur sa manière d’envisager les versions live et la vie des chansons après le studio.

Le cas de “Hurt Myself”, morceau de l’album solo de Rusty Anderson sur lequel Paul McCartney joue de la basse et participe aux chœurs, est très éclairant. La relation n’est pas à sens unique. McCartney ne se contente pas d’employer Anderson ; il entre aussi, ponctuellement, dans son univers. Cette circulation est précieuse. Elle dit qu’il existe entre eux autre chose qu’un rapport hiérarchique. Sans abolir l’évidente différence de stature, elle révèle une reconnaissance artistique réelle.

On mesure ici ce qui distingue Rusty Anderson d’un simple exécutant. C’est un musicien complet, avec sa propre discographie, ses propres chansons, ses propres projets. Cette dimension nourrit son travail avec McCartney. Un auteur-compositeur n’aborde pas la guitare comme un pur technicien de renfort. Il entend autrement. Il sait ce qu’est un pont, une tension narrative, une mélodie qui doit respirer, une chanson qui risque de se briser si on lui en donne trop. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles Anderson paraît si juste dans le rôle qu’il occupe depuis deux décennies.

Il faut même aller plus loin : si le groupe de McCartney tient aussi bien sur scène, c’est parce qu’il est composé de musiciens ayant tous une forte identité personnelle mais aucune volonté de parasiter le centre. Cette alchimie est rare. Dans bien des formations de stars, l’accompagnement est soit anonyme, soit trop démonstratif. Ici, l’équilibre est meilleur. Rusty Anderson y contribue puissamment.

Une fraternité de scène : le groupe de Paul comme organisme vivant

Ce qui frappe lorsqu’on lit ou écoute les témoignages de Rusty Anderson sur Paul McCartney, c’est la chaleur de la relation. Pas le sentimentalisme facile qu’on prête volontiers aux légendes, mais une vraie admiration, mêlée de camaraderie et de gratitude. Il parle de Paul comme d’un génie, évidemment, mais aussi comme d’un homme avec qui la musique crée un lien immédiat. Il évoque la sensation presque spirituelle qui naît quand le groupe “lock in”, quand tout le monde se cale dans la même pulsation, dans le même mouvement. C’est une expression de musicien, mais elle dit quelque chose de très fort : ce qui se joue dans ce groupe n’est pas seulement professionnel, c’est une expérience collective.

Il faut prendre cela au sérieux. Les grandes formations de scène se reconnaissent à ce mystère-là. À un moment donné, la somme des compétences cesse d’être seulement une somme. Elle devient un organisme. Le groupe de Paul McCartney a acquis cette qualité avec les années. Wix tient la charpente harmonique et le rôle de directeur musical officieux, Abe Laboriel Jr. apporte une énergie physique incroyable, Brian Ray assure une polyvalence remarquable entre basse, guitare et chant, et Rusty Anderson irrigue l’ensemble de son jeu de guitare, de ses harmonies vocales et de sa compréhension profonde du langage maccartneyen.

Ce qu’il y a de beau, c’est que cette fraternité de scène devient elle-même une partie de l’histoire prolongée des Beatles. Non pas parce qu’elle égale le groupe original, absurdité pure, mais parce qu’elle rend possible quelque chose de précieux : la circulation contemporaine de ces chansons devant des foules immenses. Quand Paul monte sur scène à 80 ans passés et qu’il emmène un stade entier dans “Hey Jude”, “Let It Be”, “Blackbird”, “Helter Skelter” ou “Get Back”, on voit l’icône. On oublie parfois le collectif qui permet à l’icône de rester vivante. Rusty Anderson fait partie de ce collectif-là.

Cette fidélité a quelque chose d’assez émouvant dans un monde musical où tout est de plus en plus précaire, fragmenté, jetable. Que le même groupe accompagne Paul depuis si longtemps raconte aussi une certaine idée de la musique : celle d’un travail dans la durée, d’une confiance qui se construit, d’un compagnonnage. En cela, McCartney demeure très différent de beaucoup de stars contemporaines. Il garde avec ses musiciens une relation presque “de groupe”, au sens ancien du terme. Et Rusty Anderson, qui a connu les bandes, les sessions, les scènes locales, paraît être l’homme idéal pour habiter cette logique.

Candlestick, Glastonbury, le monde entier : porter l’héritage Beatles sur toutes les scènes

La place de Rusty Anderson dans l’histoire moderne des Beatles ne se mesure pas seulement au nombre de chansons jouées ou d’albums auxquels il a participé. Elle se lit aussi dans les lieux, dans les événements, dans les charges symboliques. Avec le groupe de Paul McCartney, il a joué devant des foules immenses, dans des villes et des sites où l’histoire du rock pèse de tout son poids. Il a participé à ces tournées qui ressemblent parfois à des processions planétaires, où le concert n’est pas seulement un spectacle mais un phénomène culturel.

On pense à Candlestick Park, évidemment, dernier lieu du dernier concert des Beatles en 1966, où Paul reviendra des décennies plus tard avec son groupe moderne. Le symbole est puissant. Là encore, il ne s’agit pas de rejouer l’histoire à l’identique, mais de la refermer et de la rouvrir en même temps. En emmenant son groupe dans ce lieu chargé, McCartney transforme ses musiciens en compagnons de mémoire. Rusty Anderson est de ceux qui ont vécu cela de l’intérieur, sur scène, dans le souffle de la légende.

On pense aussi à Glastonbury, aux immenses tournées mondiales, aux shows dans des lieux emblématiques de Rome, de Moscou, de Mexico, de Londres, de Paris, de New York. Ce qui se joue dans ces concerts dépasse la simple performance. C’est une réaffirmation globale de l’endurance du répertoire Beatles dans le présent. Et là encore, ce répertoire n’existe pas dans l’abstrait. Il a besoin de musiciens pour le porter. Des musiciens capables de passer de la plus intime des ballades à l’embrasement collectif d’un final, en gardant une densité émotionnelle intacte.

Rusty Anderson a vécu tout cela. Il a été l’un des témoins privilégiés de la manière dont Paul McCartney s’adresse aux foules au XXIe siècle. Cela implique aussi de porter la mémoire de John Lennon et de George Harrison sur scène. Quand Paul joue “Here Today”, la chanson-hommage à John, ou lorsqu’il interprète “Something” comme un salut à George, le concert devient autre chose qu’un best-of. Il devient un rituel mémoriel. Le groupe entier, Rusty Anderson compris, se trouve alors chargé d’une responsabilité délicate : soutenir cette émotion sans la surligner, accompagner le deuil sans le théâtraliser.

Le cas du Concert for George est emblématique. Lorsque Paul y chante “Something” d’abord seul au ukulélé avant que le groupe complet ne rejoigne la chanson, on comprend mieux ce que signifie jouer dans l’ombre des Beatles : il ne s’agit plus seulement d’exécuter un classique, mais d’accompagner un moment de mémoire collective autour de George Harrison. Rusty Anderson, par son goût, par son rapport à Harrison, par son sens des nuances, est exactement le type de musicien qu’il faut dans une telle configuration.

Et l’histoire continue. Encore récemment, lors de la tournée Got Back, Rusty Anderson était là lorsque Paul s’est retrouvé sur scène avec Ringo Starr, et l’on peut imaginer ce que cela représente pour un enfant qui a découvert la musique grâce aux disques des Beatles. Jouer avec McCartney est déjà vertigineux. Se retrouver, l’espace d’un instant, au milieu d’un moment où les deux Beatles survivants partagent à nouveau la scène relève de quelque chose de presque irréel. Anderson a lui-même reconnu qu’il était “impossible d’envelopper cela avec la raison”. On le comprend sans peine.

Chanter les Beatles, pas seulement les jouer

On réduit souvent Rusty Anderson à sa guitare, ce qui est logique mais incomplet. Dans le groupe de Paul McCartney, il n’est pas seulement un homme de riffs, de timbres et de contrechants instrumentaux. Il chante aussi, et cette donnée est capitale dès lors qu’on parle des Beatles. Car l’une des difficultés majeures de ce répertoire ne réside pas uniquement dans les parties de guitare historiques, souvent moins démonstratives qu’on l’imagine. Elle réside dans les harmonies vocales. Les chansons des Beatles tiennent debout grâce à une science de la superposition vocale qui fait partie de leur génie absolu. Même quand on pense d’abord aux mélodies principales, ce sont souvent les voix secondaires, les réponses, les tierces, les cinquièmes, les unissons légèrement sales ou miraculeusement parfaits qui donnent aux morceaux leur poids affectif.

Or sur scène, ce patrimoine-là doit être recréé en temps réel. Il faut que “Drive My Car”, “Paperback Writer”, “I’ve Just Seen a Face”, “Lady Madonna”, “Let Me Roll It”, “Getting Better”, “Ob-La-Di, Ob-La-Da” ou “Hello, Goodbye” retrouvent quelque chose de leur mouvement choral. Rusty Anderson, avec Brian Ray et Wix, participe à cette reconstruction permanente. C’est un aspect moins spectaculaire de son travail, mais absolument central. Les Beatles ne sont pas seulement un groupe de grands compositeurs et d’immenses mélodistes ; ils sont aussi un groupe où la voix accompagne, contredit, double, élève, perturbe, colore. Le chant de soutien n’est pas de la décoration. C’est le moteur secret d’une part immense du plaisir.

Pour un musicien comme Anderson, cette responsabilité est redoutable. Le public entend surtout Paul McCartney, évidemment, mais il ressent l’assise harmonique du groupe entier. Si les chœurs manquent, si les voix n’enveloppent pas les refrains comme elles le doivent, l’édifice perd immédiatement de sa magie. Cela suppose donc une autre forme de discipline : garder la justesse, le souffle, l’énergie, la couleur, tout en manipulant plusieurs guitares, en changeant de sons, en bougeant dans l’espace scénique, en restant disponible pour les imprévus. Là encore, on mesure à quel point le terme de “sideman” peut être réducteur. Un tel travail relève presque de la haute voltige discrète.

Il y a même, dans cette dimension vocale, quelque chose qui relie Anderson de façon très intime à l’esthétique beatlesienne. Les Beatles ont réconcilié la rugosité du rock’n’roll avec une sensualité harmonique héritée du doo-wop, de la pop vocale et d’un sens presque classique de la résolution mélodique. Un guitariste qui comprend cela ne joue pas de la même manière. Il sait que la guitare doit parfois laisser la place aux voix, ou se placer en dessous d’elles, ou au contraire leur répondre. Il sait qu’une chanson n’est pas un empilement de performances individuelles, mais un organisme où chaque élément doit respirer avec les autres. Rusty Anderson semble penser précisément ainsi.

Ce n’est pas anodin pour Paul McCartney. On sait à quel point Paul aime les harmonies, à quel point son rapport à la mélodie passe aussi par cette architecture vocale héritée des Everly Brothers, du music-hall, du rhythm and blues et, bien sûr, de l’aventure fondatrice des Beatles. Avoir à ses côtés un musicien capable d’entendre les chansons de cette manière est un luxe considérable. D’une certaine façon, Anderson ne joue pas seulement avec Paul ; il chante aussi avec une certaine idée de la musique anglaise du XXe siècle.

Le problème George Harrison

Parler de Rusty Anderson et des Beatles, c’est inévitablement rencontrer une difficulté théorique : que signifie occuper, sur scène, un espace autrefois tenu par George Harrison ? La réponse évidente serait : rien, puisque personne ne remplace George. Mais dans la réalité concrète d’un concert, il faut bien que quelqu’un joue ces parties. Il faut bien que quelqu’un fasse sonner “Something”, “Taxman”, “Old Brown Shoe”, “I’ve Got a Feeling”, “And I Love Her” ou les dizaines d’autres titres où la guitare constitue une ligne de tension essentielle. Toute la noblesse de la position de Rusty Anderson réside dans la façon dont il affronte ce problème sans jamais prétendre le résoudre.

Car George Harrison n’était pas seulement un guitariste identifiable par quelques plans célèbres. Il était un musicien de la retenue, de la précision, de la phrase qui semble avoir toujours existé, du solo qui complète la mélodie au lieu de s’y opposer. Harrison était aussi un maître du climat. Il savait installer une humeur avec très peu de notes. C’est exactement le genre d’héritage impossible à reproduire mécaniquement. Un guitariste qui chercherait à “faire George” comme on imite une voix finirait presque toujours du côté de la caricature.

Rusty Anderson a l’intelligence d’éviter ce piège. Il ne joue pas Harrison comme un imitateur joue un personnage. Il joue les chansons en comprenant ce qu’elles exigent de tenue, d’élégance, de précision et de respiration. La nuance est importante. On ne retrouve pas seulement ainsi l’empreinte de George ; on respecte aussi l’esprit des morceaux. Cela demande énormément de culture et de mesure. Dans le rock, beaucoup savent attaquer une guitare. Bien moins savent lui demander de ne pas prendre trop de place.

C’est pourquoi Anderson paraît particulièrement pertinent dans les séquences où Paul McCartney rend hommage à George Harrison. Quand Paul joue “Something” au ukulélé avant que le groupe n’entre, tout repose sur la manière dont l’accompagnement arrive ensuite : ni trop lourd, ni trop sentimental, ni trop décoratif. Il faut soutenir le souvenir de George sans transformer la chanson en mausolée sonore. Il faut préserver la dignité du moment. Anderson, qui cite Harrison parmi ses phares, semble posséder ce tact-là.

D’ailleurs, même dans les morceaux qui ne sont pas signés George, son fantôme musical plane souvent sur la scène de McCartney. Parce que l’histoire des Beatles est ainsi faite : les rôles se mélangent, les guitares circulent, Paul a aussi joué des solos mémorables, John a apporté des rythmiques décisives, et l’identité sonore du groupe appartient à une conversation permanente. Un guitariste moderne chargé d’interpréter ce répertoire doit donc être capable d’habiter non pas un seul style, mais plusieurs fonctions historiques. Il doit parfois évoquer le mordant rythmique de Lennon, parfois la fluidité harmonique de Harrison, parfois la vélocité plus pop de McCartney lui-même. Le défi est immense.

Le plus fascinant, c’est que cette difficulté ne se voit pas toujours. Pour le spectateur, tout paraît aller de soi. C’est le propre des grands musiciens d’accompagnement : leur intelligence se manifeste précisément dans le fait qu’on ne remarque pas les coutures. Or celles-ci sont nombreuses. Les guitares des Beatles ont été enregistrées dans des contextes techniques très différents, avec des instruments, des amplis, des pièces, des méthodes de prise de son et des esthétiques propres à chaque période. Les rejouer sur une scène moderne implique d’inventer des équivalences, non des copies. Là aussi, Rusty Anderson se révèle davantage coloriste qu’archiviste.

Un compositeur en liberté, pour ne pas devenir un gardien de musée

L’un des meilleurs moyens de survivre artistiquement à un poste aussi écrasant que celui de guitariste de Paul McCartney consiste à préserver sa propre vie créative. Rusty Anderson l’a compris depuis longtemps. Ses albums personnels, ses projets parallèles, son groupe Rusty Anderson Afternoon, ses collaborations et ses singles récents ne sont pas des activités périphériques destinées à meubler les interstices entre deux tournées. Ils constituent au contraire une nécessité profonde. Ils l’empêchent de se fossiliser dans un rôle de conservateur de luxe.

C’est un enjeu plus sérieux qu’il n’y paraît. L’histoire du rock regorge de musiciens brillants que la proximité prolongée avec une très grande star a peu à peu desséchés. À force de porter le répertoire des autres, on peut finir par perdre l’accès au sien. Anderson, lui, semble avoir toujours veillé à conserver un territoire personnel. Ses disques montrent un musicien qui aime les mélodies obliques, les arrangements subtils, les atmosphères un peu troubles, les chansons qui ne choisissent pas entre la pop, le rock, les harmonies soignées et une certaine étrangeté. On y retrouve ce mélange d’élégance et de curiosité sonore qui caractérise aussi son travail scénique.

Le fait que Paul McCartney soit venu jouer sur “Hurt Myself” n’est pas seulement une anecdote sympathique. C’est le signe qu’Anderson possède un univers suffisamment consistant pour susciter la participation de son patron illustre. Et c’est une scène magnifique à imaginer : l’ancien Beatle, bassiste sur le morceau d’un musicien qui, quelques années plus tôt, se nourrissait enfant des disques des Beatles. Le rock connaît peu de boucles narratives aussi belles.

Son parcours solo rappelle également que son rapport à la musique ne se limite pas à la grande machine du patrimoine. Il continue d’écrire, de chercher, de sortir des chansons comme “Firefly”, de travailler avec des complices tels que Stewart Copeland, de faire vivre des projets où la pression symbolique n’a rien à voir avec celle d’un concert de McCartney. C’est essentiel. Pour bien jouer une musique aussi monumentale que celle des Beatles, il faut probablement garder un endroit où l’on peut encore se tromper, expérimenter, être simplement soi.

Cette autonomie créative empêche aussi le piège du fétichisme. Anderson n’est pas un gardien de flamme passéiste vivant dans la nostalgie pure. C’est un musicien contemporain, qui aime les grandes chansons du passé mais continue de produire du neuf. Il reste donc au contact d’une temporalité vivante. Ce point intéressera particulièrement les lecteurs de Yellow-Sub : comprendre les Beatles, ce n’est pas uniquement vénérer les archives ; c’est aussi observer comment leur héritage se dépose chez des artistes qui continuent eux-mêmes à créer. Rusty Anderson est de ceux-là.

Quand le patrimoine devient présent

Il faut insister sur ce point, car il résume sans doute le mieux la place de Rusty Anderson dans l’univers beatlesien. Le patrimoine, dans le rock, est une notion dangereuse. Elle peut signifier la consécration, mais aussi la momification. Elle peut désigner ce qui dure, ou ce qui cesse de vivre. Les chansons des Beatles sont désormais un patrimoine mondial, au sens le plus écrasant du terme. Elles appartiennent à l’histoire de la culture populaire, aux bandes-son intimes de plusieurs générations, à l’économie du souvenir collectif. Le risque serait immense de les voir glisser entièrement du côté du monument, c’est-à-dire de l’objet qu’on admire sans plus l’habiter.

Le concert de Paul McCartney empêche précisément cela. Non pas en niant la dimension patrimoniale, mais en la réinjectant dans le présent d’une performance. Chaque soir, des milliers de gens entendent ces chansons non comme des traces anciennes, mais comme des événements. Et cet événement suppose un groupe. Il suppose des interprètes capables de porter le passé jusque dans le présent. Rusty Anderson est l’un de ces vecteurs.

Il faut imaginer ce que cela représente, concrètement. Quand le groupe attaque “Can’t Buy Me Love”, “Love Me Do”, “Let It Be”, “Now and Then”, “Hey Jude” ou “Helter Skelter”, le public ne vit pas seulement un moment de mémoire. Il vit une forme d’actualité émotionnelle. Les chansons redeviennent des objets physiques, avec un volume, une attaque, des respirations, des accidents, des regards échangés sur scène. Le patrimoine se transforme en présent. Et c’est là, exactement là, que le travail d’un musicien comme Anderson devient irremplaçable.

Parce qu’il ne suffit pas qu’une chanson soit grande pour qu’elle revive. Il faut des corps pour la rejouer, des doigts pour la faire sonner, des oreilles pour l’équilibrer, des musiciens assez habiles pour la remettre en circulation sans la dénaturer. Voilà sans doute la définition la plus juste du rôle de Rusty Anderson auprès des Beatles via Paul McCartney : il est l’un des artisans de cette remise en circulation. Ni plus, ni moins. Et c’est déjà immense.

Le malentendu du “musicien de l’ombre”

Il existe un vieux réflexe paresseux dans le journalisme rock : on adore les figures maudites, les frontmen brisés, les virtuoses excessifs, les destins spectaculaires ; on regarde parfois de haut les musiciens dont l’excellence s’exerce dans le soutien, la durée, la rigueur. Rusty Anderson souffre un peu de ce biais. Parce qu’il n’a pas de récit tapageur, parce qu’il n’est pas l’objet d’un culte de masse, on pourrait être tenté de le ranger dans la catégorie peu flatteuse des “bons pros”. Ce serait très injuste.

D’abord parce qu’être un bon professionnel à ce niveau-là est déjà un accomplissement gigantesque. Ensuite parce qu’Anderson possède bien davantage qu’une compétence. Il a un vrai style, une vraie pensée musicale, un vrai rapport aux chansons. On le voit dans sa manière de parler de ses influences, dans son travail solo, dans son rapport au son, dans la fidélité qu’il inspire. On le voit aussi dans le fait que McCartney ne l’a pas simplement gardé deux ou trois tournées avant de passer à autre chose. Il est resté. Or, chez Paul, cette fidélité n’est jamais anodine.

Surtout, il faut rappeler une évidence qu’on oublie trop souvent : l’histoire du rock ne tient pas seulement sur des noms immenses. Elle tient aussi sur les hommes et les femmes capables de transmettre, de prolonger, de rendre audible ce qui, sans eux, resterait une archive. Quand on assiste aujourd’hui à un concert de Paul McCartney, on n’assiste pas à la résurrection des Beatles, mais on assiste à quelque chose de tout aussi précieux : la continuation incarnée d’un répertoire inouï. Pour que cette continuation soit crédible, il faut des musiciens à la hauteur. Rusty Anderson en est un.

Il a d’ailleurs un mérite supplémentaire, moins spectaculaire mais très important : il ne cherche jamais à parasiter le récit. À une époque où l’exposition permanente pousse tant d’artistes secondaires à vouloir forcer la lumière, Anderson donne l’impression inverse. Il travaille, il joue, il crée, il continue ses projets personnels, mais il ne confond pas service et effacement. Il sait exister sans s’imposer, ce qui est une forme rare de maturité artistique.

Rusty Anderson et les Beatles : une histoire de transmission plus que de filiation

Alors, quel est au fond le lien entre Rusty Anderson et les Beatles ? Il ne relève évidemment pas de la filiation directe. Il ne relève pas non plus d’une usurpation, ni même d’une substitution. Le mot juste serait sans doute : transmission.

Rusty Anderson est de ces musiciens qui ont reçu les Beatles comme un choc fondateur, puis qui ont consacré leur vie à la musique jusqu’à se retrouver, par un enchaînement de talent, de travail et de circonstances, à l’intérieur même de la machine qui prolonge cet héritage. Cela n’en fait pas une figure historique au même titre que les membres du groupe original, mais cela lui donne une place singulière, profondément respectable et passionnante. Il est à la fois fan originel, musicien accompli, collaborateur de Paul McCartney, interprète du répertoire Beatles, et témoin privilégié de sa survie scénique.

Cette position est rare. Elle demande de concilier plusieurs régimes contradictoires : l’admiration sans l’écrasement, la fidélité sans la fixité, la personnalité sans l’ego dévorant. Rusty Anderson réussit cela depuis plus de vingt ans. C’est pourquoi il mérite mieux qu’une simple note de bas de page dans l’histoire de McCartney. Il mérite d’être regardé pour ce qu’il est : un musicien essentiel à la dernière grande vie publique des chansons des Beatles.

On pourrait même dire que son parcours raconte quelque chose de très beau sur la musique populaire. Les chansons qui comptent vraiment ne meurent pas avec leurs premières incarnations. Elles passent dans d’autres mains, d’autres voix, d’autres époques. Elles continuent de résonner parce que des musiciens suffisamment intelligents et sensibles acceptent de les porter sans les posséder. Rusty Anderson est l’un de ceux-là. Il n’a pas écrit “A Day in the Life”, “Something” ou “Hey Jude”. Il n’a pas vécu Hambourg, la Beatlemania, les sessions d’Abbey Road ou les fractures de 1969. Mais il a fait autre chose, de beaucoup plus discret et presque aussi précieux à sa manière : il a contribué à ce que cette musique reste vivante, respirante, contemporaine, devant des millions de spectateurs.

En cela, sa place est claire. Il n’est pas un cinquième Beatle, formule paresseuse dont on affuble tout le monde et n’importe qui. Il est mieux que cela : un guitariste moderne qui a compris de l’intérieur ce que l’héritage des Beatles exige de tact, de culture, de précision et d’amour. Un musicien dont la carrière raconte comment un enfant bouleversé par les disques de Liverpool a fini par devenir l’un des hommes de confiance de Paul McCartney. Un homme de son, de goût et de chansons. Un passeur.

Et au fond, dans l’histoire longue du rock, les passeurs comptent énormément. Parce qu’ils ne se contentent pas de célébrer le feu : ils l’entretiennent.

LES ARTISTES AYANT ÉTÉ ACCOMPAGNÉS PAR RUSTY ANDERSON

Voici une liste, non-exhaustive, des prestation de Rusty Anderson, avec d’autres artistes.

Artiste : Aja Daashuur
Album : Before the Beginning
Instruments joués : guitare

Artiste : Athenaeum
Album : Athenaeum
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Barbie
Album : Beyond Pink
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Belinda Carlisle
Album : Live Your Life Be Free
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Billie Myers
Album : Vertigo Guita
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Carly Hennessy
Album : Ultimate High
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Carole King Love
Album : Makes the World
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Cher
Album : Living Proof
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Chynna Phillips
Album : Naked and Sacred
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Dakota Moon
Album : Place to Land
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Daniel O’Brien
Album : Brilliant New Disaster
Instrument(s) joué(s) : Producer, guitare

Artiste : Danielle Brisebois
Album : Arrive All Over You
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : David Mead
Album : Luxury of Time
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Deborah Holland
Album : Freudian Slip
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Dido
Album : No Angel
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : E Broken
Album : Toy Shop
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Econoline Crush
Album : Brand New History
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ednaswap
Album : Chicken
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ednaswap
Album : Wacko Magneto
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ednaswap
Album : Ednaswap
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ednaswap
Album : Wonderland Park
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Elton John
Album : Songs from the West Coast
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Enrique Iglesias
Album : Enrique
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Enrique Iglesias
Album : Escape
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Familiar 48
Album : Wonderful Nothing
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Fisher
Album : True North
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Geri Halliwell
Album : Scream If You Wanna Go Faster
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Hoku
Album : Hoku
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : I5
Album : I5
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Jessica Riddle
Album : Key of a Minor
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Julio Iglesias
Album : Noche de Cuatro Lunas
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : LFO
Album : Life Is Good
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Lisa Loeb
Album : Cake and Pie
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Mary Lou Lord
Album : Got No Shadow
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Matthew Sweet
Album : Inside
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Max Gronenthal
Album : Max
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Mikel Erentxun
Album : Te Dejas Ver guitare
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Nathalie Archangel
Album : Nathalie Archangel
Instrument(s) joué(s) :

Artiste : Neil Diamond
Album : Lovescape
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Nona Hendryx
Album : Skin
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : OPM
Album : Menace to Sobriety
Instrument(s) joué(s) : guitare
Artiste : Parthenon Huxley
Album : Sunny Nights
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Patsy Moore
Album : Flower Child’s Guide to Love & Fashion
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Patty Smyth
Album : Patty Smyth
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Paul McCartney
Album : Driving Rain
Instrument(s) joué(s) : guitare, chants

Artiste : Paul McCartney
Album : From a Lover to a Friend
Instrument(s) joué(s) : Vocals guitare

Artiste : Peter Case
Album : Peter Case
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Point of Grace
Album : Free to Fly
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ricky Martin
Album : Vuelve
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ricky Martin
Album : Livin’ la Vida Loca
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ricky Martin
Album : Ricky Martin
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ricky Martin
Album : Vuelve
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ricky Martin
Album : Sound Loaded
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ricky Martin
Album : Shake Your Bon-Bon
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Robi Rosa
Album : Vagabundo
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ronan Keating
Album : Life Is a Rollercoaster, Vol. 1
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Ronan Keating
Album : Ronan
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Sinéad O’Connor
Album : Faith and Courage
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Stevie Nicks
Album : Trouble in Shangri-La
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Susanna Hoffs
Album : When You’re a Boy
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : The Bangles
Album : Different Light Musician,
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : The Fixx Ink
Album : The Fixx Ink
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : The New Radicals
Album : Maybe You’ve Been Brainwashed
Instrument(s) joué(s) : Too guitare

Artiste : Thisway
Album : Thisway
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Tonio K.
Album : Olé
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Uma Fare
Album : Well
Instrument(s) joué(s) : Sitar

Album : Til Their Eyes Shine (The Lullaby Album)
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : 2001 Latin Grammy Nominees
Instrument(s) joué(s) :

Album : Bounce (Original Soundtrack)
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : 2000 Latin Grammy Nominees
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album :
Boys and Girls
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Center Stage
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Grammy Nominees 2000
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Anywhere But Here
Instrument(s) joué(s) : guitare, Basse

Album : Morning Becomes Eclectic : Selected On-Air Performances
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Yellow Pills, Vol. 2 : More of the Best of American Pop
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Walk to Remember
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Billboard Latin Series : Best of 1999
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Concert for New York City
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Highlander : the Final Dimension
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : guitare on the Edge, Vol. 1
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Buffy the Vampire Slayer (Original Soundtrack)
Instrument(s) joué(s) : guitare

Album : Folkways : A Vision Shared – A Tribute to Woody Guthrie & Leadbelly
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Wailing Souls
Album : All Over the World
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Wailing Souls
Album : Live On
Instrument(s) joué(s) : guitare

Artiste : Zallen
Album : Afactsafact
Instrument(s) joué(s) : Bass Vocals guitare

Artiste : k.d. lang
Album : Invincible Summer
Instrument(s) joué(s) : guitare

INTERVIEW DE RUSTY ANDERSON (EXCLUSIVITÉ YELLOW-SUB)

C’est en Février 2004, alors qu’il s’apprêtait à rentrer en studio à Londres avec Paul McCartney, et Brian Ray, que la rédaction de Yellow-sub.net a eu la chance, et le privilège de rencontrer le mystérieux Rusty Anderson pour une interview exclusive, donnée dans le cadre de sa promotion de son album « Undressing underwater ».

Une interview vérité, où le ténébreux guitariste nous livre quelques uns des secrets de conception de cet album incontournable.

Clive : Bonjour Rusty, et bienvenue sur Yellow-sub.net
Rusty Anderson : Bonjour et merci de m’accueillir sur Yellow-sub.net

Clive :Pourrais-tu nous parler de tes goûts musicaux ? Quels sont les CD qui figurent parmi ta collection ?
Rusty Anderson : Si je devais choisir quelles sont mes années préférées en matière de pop music, je dirais vraisemblablement 1966 à 1973. La façon dont les mélodies, la technologie, la culture, le talent et les drogues entraient en contact ont donné lieu à une véritable magie dans l’univers de la pop.

Clive :Pourrais-tu tout d’abord nous parler des raisons qui t’ont poussées à faire un album solo ?
Rusty Anderson : Ma maison est remplie de milliards de cassettes, de petits bouts de papiers et de journaux. Il se fait que tous ces morceaux ont pu être collés ensemble et devenir ce qui est le CD. J’ai rassemblé les morceaux de tout ce que j’ai pu écrire et composer et, avec l’aide de mes potes, le CD s’est ainsi réalisé.

Clive :Ton premier album comporte une chanson intitulée « Hurt Myself » qui a été choisie pour devenir le premier single. Pour ce titre, tu as réussi à rassembler le « Driving Rain Band », c’est-à-dire Brian Ray, Abe Laboriel Jr et Paul McCartney. Pourrais-tu nous parler de l’enregistrement de cette chanson ?
Rusty Anderson : L’enregistrement de « Hurt Myself » a constitué une expérience que je n’oublierai jamais. Tout s’est fait à la dernière minute et j’ai dû tout organiser très rapidement. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé aux studios Sunset Sound de Hollywood, où je chantais et tenais la guitare pendant que Paul et le groupe apprenaient la chanson. A un moment, Paul a lâché un juron parce qu’il a fait une erreur à la basse, comme cela arrive à tout musicien. Ce moment était très humain.

Clive :En lisant le livret de ton album, on peut constater qu’en plus de l’écriture de toutes les chansons qui le constituent, tu as assuré toute la production. Pourquoi as-tu assumé le rôle de producteur ? Redoutais-tu qu’un autre producteur ne soit pas en mesure de travailler sur tes chansons. Ne crains-tu pas, au contraire, que l’auto-production d’un album le rende trop intime ?
Rusty Anderson : Travailler avec d’autres producteurs a généralement constitué une expérience agréable parce que c’est toujours un plaisir que d’être surpris par quelqu’un d’autre. Parthenon Huxley et David Kahne ont été les autres producteurs et coproducteurs de certaines de mes chansons. Quiconque crée une oeuvre artistique finit toujours par se demander, en cours de projet, comment puis-je rendre mon travail plus novateur, plus clair, plus crade, plus doux, plus furieux, plus cohésif… ? Comme disent les Anglais, l’herbe est toujours plus verte [de l’autre côté, je suppose… note du traducteur !]. Une chanson semble décider d’elle-même du moment où elle est complète. Bon nombre de musiciens, de studios, de formats, d’ingénieurs du son et de producteurs ont été impliqués dans la réalisation de ce disque, donc je pense avoir beaucoup après de l’aspect technique du processus.

Clive :La presse annonce que le 5 février, tu as donné un concert à Los Angeles. Es-tu intimidé par le fait de te retrouver seul sur scène ? Une tournée des Etats-Unis et de l’Europe sont-elles envisagées ?
Rusty Anderson : Non. Je commence par quelques dates à LA et ensuite, en fonction notamment du programme de Paul, j’espère jouer un peu partout. On verra…

Clive :Peux-tu nous parler des chansons que tu vas jouer ?
Rusty Anderson : Toutes les chansons de « Undressing Underwater » et de « Spanish Castle Magic ».

Clive :Quels musiciens seront sur scène avec toi pour ce concert ?
Rusty Anderson : Matt McKenna à la guitare, Todd O’Keefe à la basse et Dusty Rocherolle à la batterie.

Clive :Alors que ton premier album vient à peine de paraître, envisages-tu de donner une suite à « Undressing Underwater » ? Quels sont tes prochains projets musicaux ?
Rusty Anderson : Nous travaillons sur le nouvel album de Paul de manière irrégulière… et cet enregistrement est encore en cours.

Clive : Nous te remercions d’avoir accepté cette interview. Nous espérons te voir prochainement sur scène en France. Reçois tous nos meilleurs vœux pour ce nouvel album. Voudrais-tu ajouter quelques mots à l’attention des visiteurs de notre site ?
Rusty Anderson : Merci pour toutes ces questions détaillées et merci d’écouter le disque. J’espère vous revoir prochainement.

« UNDRESSING UNDERWATER » : LE PREMIER ALBUM DE RUSTY ANDERSON

LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE OFFICIEL

Featuring guest appearances by Paul McCartney and Stewart Copeland, Undressing Underwater shines the spotlight on the guitarist/singer/songwriter career of a consummate musician, who continues to break ground while working with some of the best of his peers.

Undressing Underwater showcases Anderson’s musical background, which spins through Oscar-nominated and Grammy-winning work, from Paul McCartney, Perry Farrell and the Wallflowers, to Elton John, Courtney Love, The New Radicals and Sinead O’Connor. The ten songs on Undressing Underwater pair Anderson’s vocal range with showcase of his talents, from rock guitar to hammered dulcimer and pedal steel.

Hurt Myself is the lead track, which is also the culmination of a childhood Dream of playing with the Beatles, only in this case it’s Paul McCartney playing on Rusty’s own album, plus the rest of McCartney’s touring band and producer David Kahne.

Anderson’s background also includes a stint with Stewart Copeland and Stanley Clarke’s Animal Logic, and over the years he and Stewart have continued working together. The former Police drummer returns the favor on rocker Catbox Beach.

« My house is filled with billions of cassettes, little scraps of paper and journals. Somehow these bits bonded together and became the CD, » said Anderson. « Most of the recordings were done in between touring with Paul. In fact, the Hurt Myself session was booked in lightning speed, Because after Paul said he wanted to record Something, I realized we only had three days in LA before Flying to Mexico City to play shows. The songs are mostly about facing One’s demons and attempting to bottle them. »

Undressing Underwater was recorded at Oxide Studios in Southern California, plus Sunset Sound and Henson Studios, and was self-produced by Anderson, along with David Kahne, Mudrock and Parthenon Huxley.

Undressing Underwater will be available at www.cdbaby.com on December 17. Check www.rustyanderson.com for direct links to the purchase page, or sign up at CD Baby now to get an email the minute it arrives.

LA FICHE TECHNIQUE DE L’ALBUM :

  • Date de publication : 17 Décembre 2003
  • Editeur : Oxyde records
  • Masterisation : Louie Teran pour Marcussen Mastering
  • Enregistrement : Oxide Studio sauf « Hurt Myself » enregistré aux Oxide & Valhalla Studios, et Catbox Beach enregistré aux studios Henson & Oxide S
  • Couverture de l’album : Chad Robertson, avec la participation de Rusty Anderson, Ofer Moses
  • Photos : Ralf Strathmann, Laura Anne.
  • Design : Gregg Bernstein & Anna Kalinka.

L’ALBUM CHANSON PAR CHANSON

Hurt Myself

  • Auteur : Rusty Anderson
  • Producteur : David Kahne
  • Mixage : Greg Collins
  • Ingénieur du son : Clif Norell, David Kahne, Rusty Anderson.
  • Musiciens :
    • Paul McCartney (basse, choeurs, guitare électrique
    • Abe Laboriel Jr. : batterie
    • David Khane : clavier, boîte à rythme
    • Probin Gregory : instruments à vent
    • Brian Ray : guitare acoustique
    • Paul Wickens : claviers

Well i hope you understand that i could never be anyone’s victim
Make a face and lose my cool, it’s so natural, yeah
i might be shaking outside but inside i am fine
And i wouldn’t get too smug if i were you
Your trophy doesn’t look so good
Cause i can hurt myself more than you ever could

Carving hearts and crosses in my skin bringing out the scars within
i am the film Starring pictures of you quite distorted and filtered in blue
i might be breaking inside but i can get there on my own
Obsessions fatal and offerings of burning Hollywood
i can hurt myself more than you ever could

i might be shaking outside but inside i am fine
Cause i can hurt myself more than you ever could

i can hurt myself more than you
i can hurt myself more than you
i can hurt myself more than you ever could

Coming Down To Earth

  • Auteur : Rusty Anderson
  • Producteur : Rusty Anderson, Parthenon Huxley
  • Mixage : David Kahne
  • Ingénieur du son : Bob Wartenbee, Rusty Anderson, Evan Frankford
  • Musiciens :
    • Abe Laboriel Jr : batterie
    • Parthenon Huxley : choeurs, guitare
    • Wayne Rodrigues : boîte à rythme

What have we here ?
Loox like another change of things
Empty hole…there once was certainty, oh yeah
So its time to be leaving cause gravity has no feelings

i’m coming down to earth now
i’m coming back down
i’m coming down to earth now
i had to let go

Thousands of years
i spent upon some planet drifting low
Unaware or maybe just a moment
I Don’t know
but who cares what emotions say
i’m here Tomorrow yeah but not today

i’m coming down to earth now
i’m coming back down
i’m coming down to earth now
i had to let go

All i wanted was a place to stand
On solid ground instead of quick sand
Let it go

Well maybe, maybe this is heaven
Cause it’s not any place at all
it’s just traveling

i’m coming down to earth now
i’m coming back down
i’m coming down to earth now
i had to let go
i had to let go
so take me

Damaged Goods

  • Auteur : Rusty Anderson, Plagens
  • Producteur : Rusty Anderson
  • Mixage : Evan Frankford
  • Ingénieur du son : Rusty Anderson
  • Musiciens :
    • Abe Baruck : batterie
    • Jim Cushinery : choeurs
    • Luis Conte : percussions

She maxe me feel like all of the walls up have crumbled
Somehow i just must have stumbled
On Something I Don’t deserve
Lately it seems like all of my Dreams are unfolding
But i still feel like i’m holding
A card that says « do not pass go »
Sometimes i feel like i’m living someone else’s life
Cause This One ain’t mine
i used to have One that i left behind

Last thing i knew my ship ran aground and was sinking
Destined to drown in my thinking
How long can she keep it at bay
Sometimes i feel like i’m living someone else’s life
Cause This One ain’t mine
i used to have One that i left behind
Damaged goods on Borrowed Time
There’s Something wrong here cause This One ain’t mine

Sometimes i feel like i’m living someone else’s life
Cause this One ain’t mine
i used to have One that i left behind
Damaged goods on Borrowed Time
There’s Something wrong here cause This One ain’t mine

Electric Trains

  • Auteur : Rusty Anderson, Huxley
  • Producteurs : Rusty Anderson & Parthenon Huxley
  • Mixage : CJ Devilliar
  • Ingénieurs du son : Randy Wine, Bob Wartenbee, Rusty Anderson
  • Musiciens :
    • Parthenon Huxley : choeurs
    • John Krovoza : violoncelle
    • Wayne Rodrigues : boîte à rythme

i Remember You And Me
But that’s ancient history
Way back when life was green and ripe for Dreaming
i guess the life i have
would only make you laugh
i wonder what would make us laugh together
I Don’t need to take a trip down Cheri drive
Cause no matter where i go you’re still alive
And i’ll always Remember
i can always Remember always Remember
i’ll always Remember the smell of electric trains

Everything that i’ve become
is tied up in the sum
Of failed attempts and forgotten sweet successes
But i’d give it all away
To have just One more day
Of thinking you would be around forever
i know what it’s like for a world to end
When i find myself going down that track again
i can always Remember always Remember
i can always Remember always Remember
i’ll always Remember the smell of electric trains

i can always Remember always Remember
i can always Remember always Remember
i’ll always Remember the smell of electric trains

Sentimental Chaos

  • Auteur : Rusty Anderson, Huxley
  • Producteurs : Rusty Anderson & Parthenon Huxley
  • Mixage :Greg Collins
  • Ingénieur du son : Paul Dugre, Randy Wine, Rusty Anderson
  • Musiciens :
    • Parthenon Huxley : choeurs

My life is a Junkyard of emotions that I can’t discard
When I feel empty the wind is a lonely sound
Blowing through the scraps scattered on the ground
Never rusted from the Rain, they invincibly remain,
in my soul and in my brain
You don’t scare me anymore, anymore, anymore, anymore
You are my holy window
You are my holy pain
You don’t scare me anymore

Your Sentimental chaos is a waterfall that i can’t touch
Gotta let you go Because i love you
This could be a Dream come true
This could turn out nightmare blue
Either way i surrender

You don’t scare me anymore, anymore, anymore, anymore, anymore
You are my holy window
You are my holy pain
You don’t scare me anymore

You are my holy window
You are my holy pain
You don’t scare me anymore

Ol’ Sparky

  • Auteur : Rusty Anderson, Huxley
  • Producteurs : Rusty Anderson & Parthenon Huxley
  • Mixage : Randy Wine, Bob Wartenbee
  • Musiciens :
    • Gordon Townsend : batterie
    • Lenny Castro : percussions
    • Parthenon Huxley : choeurs

i’d rather be a cold cow out grazing in the snow
Than rock and roll in the hay with you
Right now, only right now
And i’d rather return like a suction cup
A prince back into the toad
Than to jump off another cliff
Right now, only right now
When i’m around you i feel dumb
Like mockingbirds Flying through my head
And I Don’t know how much longer
I Don’t know how much longer
‘Til they pick on someone else
Ya gotta keep the spark alive
Kiss your own ass if nobody else will
Ya gotta keep the spark alive
Kiss your own ass if nobody else will

Well i’d rather be a firefly giving heat and giving light
Than an object of desire
Right now, only right now
And i’d rather be a jackalope living homeless on the range
Than a poodle in your punk parade
Right now, only right now
Uh huh, you’re everybody’s friend
But you don’t know who to trust
And you don’t know how much longer
You don’t know how much longer
Chaos will be kind
Ya gotta keep the spark alive
Kiss your own ass if nobody else will
Ya gotta keep the spark alive
Kiss your own ass if nobody else will

Keep the spark alive
Kiss your own ass if nobody else will
Ya gotta keep the spark alive
Kiss your own ass if nobody else will

Ishmael

  • Auteur : Rusty Anderson, Plagens, Cushinery
  • Producteurs : Rusty Anderson & Mudrock
  • Mixage : Evan Franford
  • Ingénieurs du son : Mudrock, Rusty Anderson
  • Musiciens :
    • Scot Coogan : batterie
    • Paul Bushnell : basse
    • Parthenon Huxley : choeurs

Goodbye window, hello wall
Please show me the way out of this shopping mall
Panacea bliss, sweet as Satan’s kiss
Evolution knows your seed will not be missed
And you think you’re Flying but you’re really falling
And you think you’re Flying but you’re really falling

They came out of nowhere and took me away
To live in a circus everyday
Everything alive is wearing Darwin’s crown
So now you are the first to shut the kingdom down
And you think you’re Flying but you’re really falling
And you think you’re Flying but you’re really falling

Your gonna destroy everything that could evolve beyond us
How could you ? Why would you ?
Destroy everything that could evolve beyond us
How could you justify ?
Destroy everything…

And you think you’re Flying but you’re really falling
And you think you’re Flying but you’re really falling
And you think you’re Flying but you’re really falling
And you think you’re flying but you’re really falling

is this The End of the chain ?
is this The End of the chain ?

Devil’s Spaceship

  • Auteur : Rusty Anderson, Huxley, Plagens
  • Producteurs : Rusty Anderson
  • Mixage : CJ Devilliar
  • Ingénieurs du son : Bob Wartenbee, Rusty Anderson, CJ Devilliar.
  • Musiciens :
    • Paul Bushnell : basse
    • Karl Brown : piano
    • Parthenon Huxley : choeurs

Here i come
i’m your daddy long-leg boy
With a spider to enjoy
Knocking on your door
Knock, knock
Here we go
My turret’s is kicking in
is your patience wearing thin ?
Just another night gotta Get It right

i’m on the devil’s spaceship
i own the DMV
So let me see your pink slip
And i won’t tell nobody that you’re friends with me

i’m on the devil’s spaceship
i got some DNA
Seems like a shame to waste it

Going south
i see no future down my throat
Grab my balls and hit the note that’s never there
Arrgh !

i’m on the devil’s spaceship
i’m in the CIA
But you’ll never trace it

i’m on the devil’s spaceship
i’m in the Fbi
i’m on the devil’s spaceship
And i won’t tell your momma that you made me cry

Catbox Beach

  • Auteur : Anderson
  • Producteur : Rusty Anderson
  • Mixage : Greg Collins
  • Ingénieurs du son : Randy Wine, Rusty Anderson
  • Musiciens :
    • Stewart Copeland : batterie
    • Brian Ray : basse
    • Nicky P : guitare

Everybody Deserves An A In This Country

  • Auteur : Anderson
  • Producteur : Rusty Anderson
  • Mixage : CJ Devilliar
  • Ingénieurs du son : Rusty Anderson, Gene Nash.
  • Musiciens :
    • Dusty Rocherolle : batterie
    • Karl Brown : choeurs

Gonna treat you like
The princess that you are
There’s no accounting for taste
There’s no gas In My Car
Maybe i’ve lost my sense of fashion
But i’ve gained my sense of smell
Maybe the anger’s dissipating
i wish everybody Well
Even the people down in hell
Everybody deserves an A in this country

i need a place to stay
When i come back into town
Let’s have a slumber Party
i need a Girl friend now
Maybe your clothes are in my dryer
And your car parked on my street
Maybe your head is filled with reasons
Why your body must retreat
Yeah you never miss a beat
Everybody deserves an A in this country

rut

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