Il existe un problème McCartney, et tous ceux qui ont essayé de faire découvrir sa carrière solo à quelqu’un le connaissent. L’œuvre est trop vaste — plus de cinquante-cinq ans, une trentaine d’albums selon la manière dont on compte, des dizaines de faces B, deux groupes, un pseudonyme classique, un alter ego électronique, des bandes originales et des expériences bruitistes. Elle est aussi trop inégale, et son auteur est le premier à le reconnaître : McCartney publie ce qu’il enregistre, sans filtre, ce qui produit à la fois des sommets absolus et des remplissages assumés. Enfin, elle est écrasée par une ombre : celle des Beatles, qui a servi de mètre étalon à toute la critique des années 1970 et qui a conduit à sous-évaluer pendant trois décennies des disques aujourd’hui considérés comme majeurs.
Cet article propose une porte d’entrée en vingt chansons, organisées chronologiquement en cinq actes. Ce n’est pas un classement des « meilleures » : c’est un parcours conçu pour qu’un auditeur qui ne connaît que « Hey Jude » comprenne, au bout de vingt titres, ce que McCartney a construit après 1970 — un catalogue qui tient debout tout seul, avec ses obsessions, ses ruptures, ses retours et son étonnante continuité mélodique. Chaque titre est accompagné de son contexte d’enregistrement, de ses chiffres, de ses citations et des correctifs nécessaires là où la légende s’est substituée aux faits.
En bref — Vingt chansons entre 1970 et 2020, réparties en cinq actes : la retraite écossaise et l’autoproduction sauvage (1970-1971), l’ascension de Wings (1973-1976), l’apogée commerciale et la sortie de route électronique (1976-1980), la maturité et le deuil (1982-1997), enfin le troisième âge créatif (2005-2020). Le parcours se referme sur l’actualité : The Boys of Dungeon Lane, paru le 29 mai 2026, numéro un britannique. Repères d’enregistrement, classements, correctifs factuels et parcours d’écoute alternatifs en fin d’article.
Sommaire
Acte I — 1970-1971 : la maison, la ferme et le refus du métier
La séquence d’ouverture de la carrière solo de McCartney est née d’un effondrement. À l’automne 1969, les Beatles ont cessé de fonctionner ; le groupe est enlisé dans les conflits de gestion autour d’Allen Klein, McCartney défendant seul la candidature de la famille Eastman. Il se retire à High Park, sa ferme du Kintyre, en Écosse, dans un état dépressif documenté par plusieurs témoins, dont Linda. La sortie de ce trou noir passe par un magnétophone quatre pistes et par le refus délibéré de tout ce qui ressemble à un métier de vedette : pas de studio, pas de producteur, pas d’ingénieur, pas de musiciens de séance.
Correctif factuel — l’album McCartney n’a pas été entièrement enregistré à la maison
La légende de l’album fait maison, gravé intégralement sur un quatre-pistes à Cavendish Avenue, est un raccourci. McCartney a bien commencé chez lui, sur un Studer quatre pistes emprunté à EMI, sans table de mixage — d’où le mixage direct, brut, de plusieurs titres. Mais l’album a été terminé aux studios Morgan puis à Abbey Road, où il réservait du temps sous un pseudonyme, « Billy Martin », pour ne pas ébruiter le projet. L’esthétique de l’enregistrement domestique est réelle ; l’exclusivité domestique ne l’est pas.
1. « Maybe I’m Amazed » (McCartney, 1970)
Le sommet, et le meilleur point de départ possible. Écrite fin 1969, dédiée à Linda, la chanson dit exactement ce que traversait son auteur : un homme qui se déclare stupéfait qu’une femme l’aime, stupéfait de la manière dont elle l’a sorti d’un état où il était seul. Le texte parle de solitude, d’aide, de perte de repères — c’est un aveu, pas une déclaration triomphale, et c’est ce qui le rend intemporel.
Musicalement, tout y est déjà : le piano attaqué en accords pleins, la voix qui bascule dans le cri sans prévenir, un solo de guitare volontairement approximatif et déchiré, la basse qui contre-chante au lieu d’accompagner. McCartney joue tous les instruments. Linda assure les harmonies. Le mixage, mono à l’origine sur le quatre-pistes, garde une saturation que jamais un producteur professionnel n’aurait laissée passer en 1970 — et qui fait aujourd’hui la moitié de la puissance du morceau.
Correctif factuel — « Maybe I’m Amazed » n’a pas été un single en 1970
On lit souvent que la chanson fut le grand succès du premier album solo. En réalité, aucun single n’a été extrait de McCartney à sa sortie. C’est la version live enregistrée par Wings et publiée en 1977, tirée de Wings Over America, qui est devenue un single et a atteint le Top 10 américain. La version studio de 1970 s’est imposée par la radio et par le bouche-à-oreille, pas par la promotion.
2. « Every Night » (McCartney, 1970)
Face pile de « Maybe I’m Amazed » : là où celle-ci hurle, celle-ci murmure. La chanson décrit une routine d’évitement — chaque soir la tentation de sortir, chaque matin l’envie de rester couché — et la résolution qui vient d’une présence à ses côtés. C’est, de tous les titres de l’album, celui qui expose le plus directement l’état dépressif de son auteur, sur une mélodie d’une douceur presque insupportable.
L’esquisse remonte aux séances de janvier 1969 pour le projet Get Back, où McCartney en joue un fragment au piano entre deux prises. Elle fait le lien entre les deux vies : ce qui n’était qu’une idée abandonnée dans le chaos d’Apple devient, quinze mois plus tard, une chanson achevée dans le silence d’une ferme écossaise. Le jeu de guitare acoustique en arpèges, doublé d’une électrique très en retrait, préfigure toute une famille de titres McCartney des décennies suivantes.
3. « Another Day » (single, février 1971)
Premier single solo, et déclaration d’intention. McCartney ne reprend pas le fil du psychédélisme ni du rock lourd : il livre une vignette sociale, le portrait d’une employée de bureau anonyme, sa routine, son appartement, l’homme qui vient puis qui repart. C’est la même veine narrative que « Eleanor Rigby » ou « She’s Leaving Home », transposée dans le New York de 1971.
Enregistré à New York pendant les séances de Ram, le titre s’appuie sur les guitaristes de studio Hugh McCracken et David Spinozza et sur le batteur Denny Seiwell, futur membre fondateur de Wings. Numéro 2 au Royaume-Uni, numéro 5 aux États-Unis : la démonstration est faite que McCartney n’a besoin de personne pour placer un tube. Le morceau vaut aussi pour ce qu’il révèle de sa méthode : une mélodie apparemment simple, un pont qui change complètement d’éclairage harmonique, et un refrain qui n’en est pas vraiment un.
4. « Too Many People » (Ram, 1971)
Le seul titre franchement belliqueux du corpus, et un document historique. Ouverture de Ram, la chanson vise John Lennon et Yoko Ono sans les nommer : trop de gens qui prêchent des pratiques, quelqu’un qui a commis sa première erreur, un couple qui aurait « brisé en deux » quelque chose. McCartney a admis des années plus tard qu’il visait effectivement Lennon, tout en jugeant l’attaque mesurée.
Lennon, lui, n’a pas trouvé cela mesuré du tout. Sa réponse sera « How Do You Sleep? » sur Imagine, quelques mois plus tard, avec Harrison à la guitare slide — l’une des plus brutales attaques personnelles de l’histoire du rock. Cette guerre par disques interposés a durablement faussé la réception de Ram, éreinté par une critique qui prenait parti pour Lennon. L’album est aujourd’hui l’un des plus réévalués du catalogue. Musicalement, « Too Many People » vaut pour son riff descendant, ses harmonies de guitare superposées et cette manière très McCartney de faire passer une insulte pour une comptine. Nous avons raconté ce que McCartney entend aujourd’hui dans le disque de son ancien partenaire dans « Ça n’arrivera pas » : ce que Paul McCartney entend vraiment quand il écoute Imagine.
5. « Uncle Albert / Admiral Halsey » (Ram, 1971)
Le titre à jouer à quiconque prétend que McCartney a cessé d’être aventureux après les Beatles. C’est une suite en trois mouvements collés bout à bout : une confession piano-voix adressée à un oncle, un déluge de bruitages — pluie, tonnerre, téléphone, mouettes —, puis une fanfare cuivrée triomphale sur un tout autre tempo. La logique est exactement celle du medley d’Abbey Road, mais poussée jusqu’à l’incohérence assumée.
Les deux personnages sont réels. Albert Kendall était un oncle par alliance de Paul, dont la famille se rappelait qu’il citait la Bible quand il avait bu. William Halsey était un amiral américain de la Seconde Guerre mondiale, dont le nom a probablement croisé l’imaginaire de McCartney sans autre raison que sa sonorité. Le morceau est devenu son premier numéro un américain en solo, en septembre 1971, et lui a valu un Grammy de l’arrangement. Il n’est jamais sorti en single au Royaume-Uni : les deux marchés ont eu, dès le départ, deux McCartney différents.
Acte II — 1973-1976 : Wings, ou la reconstruction par la scène
La suite ne va pas de soi. McCartney veut un groupe, pas une carrière de vedette solo. Il fonde Wings en 1971 avec Linda, Denny Laine et Denny Seiwell, publie deux albums mal reçus, et part en tournée dans les universités britanniques en camionnette, à cinquante pence l’entrée, en s’interdisant de jouer le moindre titre des Beatles. Le récit de cette période figure dans notre article sur l’annonce d’un groupe qui n’avait pas encore de nom. Cette humilité stratégique — repartir des petites salles à trente ans, après avoir rempli le Shea Stadium — est la clé de tout ce qui suit.
6. « My Love » (Red Rose Speedway, 1973)
La grande ballade de Wings, et une leçon sur la valeur de l’accident. Le morceau, dédié à Linda, a été enregistré en direct avec orchestre — voix, groupe et cordes captés ensemble, méthode devenue rarissime en 1973 et qui explique l’ampleur du résultat.
L’histoire du solo mérite d’être connue. Le guitariste Henry McCullough devait jouer une partie écrite, répétée, calibrée. Quelques instants avant la prise avec l’orchestre au complet, il demande à McCartney l’autorisation de tenter autre chose. Accord donné, en direct, sans filet, avec des dizaines de musiciens payés à l’heure. Ce qu’il improvise est devenu l’un des solos les plus mémorables du répertoire de Wings, et McCartney l’a plusieurs fois cité comme un exemple de ce qu’apporte un vrai groupe par rapport à une machine de studio. McCullough, disparu en 2016, mérite le détour : nous lui avons consacré un portrait complet. Le single a atteint la première place américaine.
7. « Live and Let Die » (single, 1973)
Le moment où le grand public réapprend que McCartney peut être spectaculaire. Sollicité pour la bande originale du huitième James Bond, il lit le roman de Ian Fleming en une journée et écrit la chanson dans la foulée. C’est George Martin qui produit, qui écrit l’arrangement orchestral et qui dirige la séance aux studios AIR de Londres — leur première grande retrouvaille depuis la séparation des Beatles, dont nous détaillons l’histoire dans « George Martin et Paul McCartney : l’autre vie d’un tandem ».
La construction est un manuel de dramaturgie pop en trois minutes : couplet piano-voix presque intimiste, explosion orchestrale en coups de cuivres syncopés, puis un pont reggae qui n’a aucune raison d’être là et que personne n’aurait osé proposer. McCartney fut le premier artiste rock à signer un thème de Bond. Numéro 2 aux États-Unis, Top 10 britannique, nomination à l’Oscar. Guns N’ Roses en fera un succès en 1991, et le morceau est depuis quarante ans le sommet pyrotechnique de tous ses concerts.
8. « Band on the Run » (Band on the Run, 1973)
La chanson-manifeste, née d’un désastre. À la veille du départ pour enregistrer au Nigeria, Denny Seiwell et Henry McCullough quittent le groupe. McCartney part quand même à Lagos avec Linda et Denny Laine, découvre un studio EMI mal équipé, joue lui-même la batterie et la basse, se fait agresser au couteau dans la rue et perd les cassettes de démos, puis fait un malaise en studio. L’album qui sort de là devient son plus grand succès critique et commercial, numéro un des deux côtés de l’Atlantique, Grammy à la clé.
Le morceau-titre est une suite en trois parties, sur le modèle d’« Uncle Albert » mais mieux soudée : une ouverture atmosphérique au synthétiseur, un passage acoustique tendu, puis l’envolée finale en la majeur avec la fameuse image de l’évasion. La lecture autobiographique est irrésistible — un groupe qui s’échappe de sa prison, celle des Beatles, celle du showbiz, celle de la respectabilité.
Correctif factuel — Band on the Run n’a pas été enregistré uniquement à Lagos
Le mythe de l’album africain est tenace, et il est exact pour l’essentiel des pistes de base. Mais le disque a été achevé à Londres, aux studios AIR de George Martin, où ont été ajoutées les parties d’orchestre arrangées par Tony Visconti, ainsi qu’une partie des finitions. Réduire l’album à Lagos, c’est effacer la moitié de ce qui fait sa qualité sonore.
9. « Jet » (Band on the Run, 1973)
Le rock pur du catalogue. Riff de synthétiseur en fanfare, batterie martelée par McCartney lui-même, refrain construit sur un seul mot crié — c’est le morceau qui prouve que Wings n’était pas un groupe de ballades. La structure est trompeusement simple : trois sections harmoniquement distinctes, une modulation qui ne se remarque pas, et un pont dont l’énergie ne retombe jamais. Numéro 7 dans les deux pays.
Correctif factuel — l’origine du mot « Jet » n’est pas établie
Trois versions circulent, toutes attribuées à McCartney lui-même à des époques différentes : un chiot labrador noir nommé Jet, un poney portant le même nom, et une simple sonorité choisie pour son claquement. Aucune n’est démontrable, et les interviews se contredisent. Méfiez-vous des articles qui affirment l’une des trois comme un fait acquis.
10. « Listen to What the Man Said » (Venus and Mars, 1975)
La preuve que McCartney sait faire du soleil en boîte. Enregistré à La Nouvelle-Orléans, le titre a longtemps résisté au groupe : les prises s’enchaînaient sans que la chanson décolle. Le déblocage vient d’un invité, le saxophoniste de jazz Tom Scott, appelé en renfort et qui livre son solo de soprano en une seule prise, celle-là même qui figure sur le disque. Dave Mason ajoute une guitare, et le morceau part au numéro un américain.
C’est aussi un excellent exemple du McCartney arrangeur : sous l’apparente légèreté, la basse joue une ligne mobile permanente, les chœurs entrent en canon décalé, et le pont bascule dans une tonalité qui aurait pu tout casser. Rien de tout cela ne s’entend au premier passage. C’est le but.
11. « Silly Love Songs » (Wings at the Speed of Sound, 1976)
La riposte, et le plus grand succès américain de l’année 1976. On lui reprochait depuis six ans d’écrire des chansons d’amour idiotes — Lennon en tête, mais aussi une bonne partie de la presse rock. McCartney répond par une chanson d’amour idiote de six minutes, assumée, revendiquée, et construite comme une machine de précision.
Le geste musical est le plus intéressant de sa décennie : la basse n’accompagne pas, elle est le thème principal. La ligne, en slap mélodique quasi funk, occupe l’espace normalement dévolu au chant, tandis que trois lignes vocales se superposent en contrepoint dans le dernier tiers. Écoutez ce final avec un casque : c’est une fugue déguisée en variété.
Correctif factuel — « Silly Love Songs » n’est pas seulement une réponse à Lennon
La réduction est commode mais inexacte. McCartney a expliqué à plusieurs reprises viser l’ensemble des critiques qui considéraient la chanson d’amour comme un genre mineur, dans un contexte où le rock se voulait politique et sérieux. Lennon est un destinataire parmi d’autres, et rien n’indique que la chanson lui ait été spécifiquement adressée.
Acte III — 1976-1980 : l’apogée, puis la sortie de route
12. « Let ‘Em In » (Wings at the Speed of Sound, 1976)
Un morceau bâti sur presque rien : une sonnette de porte, une caisse claire militaire, une ligne de basse minimale, et une énumération de prénoms. La chanson consiste littéralement à demander qu’on ouvre la porte et qu’on laisse entrer les visiteurs. C’est l’une des idées les plus étranges du catalogue, et elle fonctionne.
Les noms cités sont en partie familiaux : « Auntie Gin » désigne bien une tante de Paul, Gin Harris, sœur de son père. D’autres sont plus mystérieux ou choisis pour leur sonorité — un Martin Luther, des « Phil and Don » qui évoquent les Everly Brothers, un frère Michael qui pourrait être son cadet Mike. McCartney a toujours entretenu le flou. Numéro 2 britannique, numéro 3 américain, et l’un de ses morceaux les plus échantillonnés par le rap et la house.
13. « Mull of Kintyre » (single, novembre 1977)
Le succès le plus improbable de sa carrière et, longtemps, le plus grand de l’histoire du disque britannique. Coécrite avec Denny Laine, la chanson est un hommage direct à la péninsule écossaise où McCartney possède sa ferme depuis 1966 — celle-là même où il s’était réfugié en 1970. Une valse à trois temps, un texte de brume et de mer, et surtout l’intervention du Campbeltown Pipe Band : une vraie fanfare de cornemuses, enregistrée sur place, à une époque où rien n’était plus démodé.
Le résultat dépasse l’entendement commercial : neuf semaines au sommet des ventes britanniques, plus de deux millions d’exemplaires écoulés, un record que personne n’imaginait battable.
Correctif factuel — deux précisions sur le record de « Mull of Kintyre »
D’abord, le record n’a pas tenu éternellement : il a été dépassé en 1984 par « Do They Know It’s Christmas? » de Band Aid. La formule exacte est donc « single le plus vendu de l’histoire britannique jusqu’en 1984 », et il reste aujourd’hui l’un des tout premiers. Ensuite, le disque était un double face A, couplé avec un titre rock intitulé « Girls’ School ». Aux États-Unis, les radios ont préféré cette seconde face, et « Mull of Kintyre » y a été un échec complet — l’un des plus grands écarts de réception entre les deux marchés dans toute sa carrière.
14. « Coming Up » (McCartney II, 1980)
La sortie de route la plus féconde du catalogue. Wings se délite ; McCartney s’enferme seul dans sa ferme écossaise durant l’été 1979 avec un magnétophone et une poignée de machines, exactement comme dix ans plus tôt, mais avec des synthétiseurs. Il en tire un album de bricolage électronique, largement incompris à sa sortie, aujourd’hui adoré par les producteurs de musique électronique.
« Coming Up » en est le sommet : une rythmique répétitive quasi mécanique, une guitare filtrée en boucle, et surtout cette voix accélérée par variation de vitesse de bande qui donne au morceau son caractère extraterrestre. Le morceau a une postérité particulière : John Lennon, alors retiré de la musique depuis cinq ans, l’aurait entendu à la radio, aurait déclaré qu’il ne parvenait pas à se le sortir de la tête, et plusieurs témoignages en font l’un des déclencheurs de son retour en studio pour Double Fantasy.
Correctif factuel — le numéro un américain de « Coming Up » n’est pas la version que vous connaissez
Aux États-Unis, les radios ont massivement préféré la version live enregistrée par Wings à Glasgow en décembre 1979, publiée en face B du single. C’est cette version live — avec cuivres, batterie de groupe et voix normale — qui a atteint la première place du Billboard Hot 100, et non la version studio à la voix accélérée. Un cas rare de face B ayant supplanté sa face A.
Acte IV — 1982-1997 : la maturité, le deuil et le retour à l’artisanat
Les années 1980 sont la décennie la plus contestée de sa carrière : gros succès en duo, productions surchargées, un film qui échoue, et une réputation d’artiste assagi. Elles contiennent pourtant certaines de ses chansons les plus nues. La constante de cette période, c’est le deuil — celui de Lennon, assassiné le 8 décembre 1980, deux mois après la parution du dernier album de Wings.
15. « Here Today » (Tug of War, 1982)
La chanson la plus importante de sa carrière solo sur le plan biographique, et l’une des plus difficiles à écouter. Écrite après la mort de Lennon, produite par George Martin, portée par un quatuor à cordes discret, elle prend la forme d’une conversation imaginaire : McCartney s’adresse directement à John, anticipe ses moqueries, se souvient d’un soir où ils ont pleuré ensemble, et conclut par ce constat que l’autre n’est plus là pour entendre.
La construction est un modèle de retenue. Aucun crescendo, aucune montée orchestrale spectaculaire, une seule voix, un accompagnement acoustique. Le quatuor n’intervient qu’en soutien, presque en retrait — un choix de George Martin qui répond exactement à l’inverse de ce qu’il avait fait pour « Yesterday » ou « Eleanor Rigby ». McCartney la joue encore aujourd’hui en concert, seul avec sa guitare, et l’introduit souvent par une remarque devenue rituelle sur le fait qu’il faut dire aux gens qu’on les aime tant qu’ils sont là.
16. « My Brave Face » (Flowers in the Dirt, 1989)
Le grand retour, et il porte un nom : Elvis Costello. Au milieu des années 1980, McCartney cherche un partenaire d’écriture capable de lui résister, ce qu’aucun collaborateur ne faisait plus depuis Lennon. Costello, admirateur critique et caractère difficile, remplit parfaitement ce rôle. Une douzaine de chansons naissent de leur association ; quatre figurent sur l’album.
« My Brave Face » est la meilleure. Le texte décrit un homme abandonné qui découvre l’humiliation domestique — apprendre à faire la vaisselle, dormir seul dans un lit trop grand — tout en affichant un visage courageux en public. Costello a poussé McCartney à ressortir sa basse Höfner en forme de violon, remisée depuis les années 1960 précisément parce qu’elle était trop identifiée aux Beatles. Le son de l’instrument fait la moitié du morceau. Numéro 25 aux États-Unis, et surtout un accueil critique qui remet McCartney au centre du jeu après une décennie de condescendance.
17. « Hope of Deliverance » (Off the Ground, 1993)
Le titre le plus européen de son catalogue. Rythmique acoustique à la douze-cordes, percussions latines, chœur en boucle, texte quasi incantatoire sur l’espoir d’une délivrance venue de l’obscurité qui nous entoure : le morceau a été un succès considérable en Allemagne, en Italie, en Espagne et dans une grande partie de l’Europe continentale, très au-delà de ses résultats britanniques.
Ce décalage géographique en dit long sur la carrière tardive de McCartney : en France comme en Allemagne, plusieurs générations de fans sont entrées dans son œuvre solo par cette chanson-là plutôt que par « Band on the Run ». C’est aussi l’un de ses morceaux les plus faciles à jouer autour d’un feu de camp, ce qui n’est pas un défaut.
18. « Calico Skies » (Flaming Pie, 1997)
Retour à la nudité absolue : une voix, une guitare acoustique, rien d’autre. La chanson a été écrite en 1991 sur Long Island, pendant une coupure de courant provoquée par l’ouragan Bob. Privé d’électricité, McCartney prend une guitare et écrit une chanson d’amour qui bascule, dans son dernier couplet, en refus explicite de la guerre.
Flaming Pie, produit en partie avec Jeff Lynne dans la foulée du projet Anthology, est l’un des albums les mieux accueillis de sa seconde moitié de carrière. « Calico Skies » en est le cœur discret, et un rappel utile : le McCartney le plus efficace est souvent celui qui n’a aucun moyen technique à sa disposition. C’est vrai en 1970 à High Park, en 1979 en Écosse, en 1991 dans le noir, et ce le sera encore en 2020 pendant le confinement.
Acte V — 2005-2026 : le troisième âge créatif
La dernière séquence est la plus surprenante. Après la mort de Linda en 1998, après un divorce très public, après soixante ans, McCartney entre dans une période de créativité soutenue et d’exigence retrouvée — au point que plusieurs de ses meilleurs albums datent de ses soixante-dix et quatre-vingts ans.
19. « Fine Line » (Chaos and Creation in the Backyard, 2005)
La chanson qui ouvre l’album le plus rigoureux de sa carrière tardive, et l’histoire d’une confrontation salutaire. C’est George Martin qui recommande à McCartney le producteur Nigel Godrich, connu pour son travail avec Radiohead. Godrich accepte à une condition : écarter le groupe de tournée, refuser les prises de complaisance, et obliger McCartney à jouer lui-même la plupart des instruments — comme en 1970, mais sous surveillance.
Le résultat s’entend dès les premières mesures de « Fine Line » : un piano attaqué de face, une batterie sèche jouée par McCartney, aucune surproduction, et un texte qui pose une thèse en deux vers — il y a une ligne fine entre le courage et l’inconscience, entre le chaos et la création. L’album a été salué comme son meilleur depuis des décennies. Notre article sur les producteurs qui l’ont poussé plus loin, ou laissé être lui-même détaille ce rapport de forces récurrent.
20. « Find My Way » (McCartney III, 2020)
La boucle est bouclée, et elle l’est délibérément. Confiné dans son studio du Sussex pendant le printemps 2020, McCartney enregistre seul un troisième album homonyme, cinquante ans après le premier, en jouant absolument tout — ce qu’il a baptisé son « rockdown ». Le procédé est identique à celui de 1970 et de 1980 ; les moyens sont ceux de 2020.
« Find My Way » est le morceau le plus immédiat du disque : une rythmique claquante, un clavecin électrique, une basse mixée très en avant, et un texte qui s’adresse à quelqu’un de perdu en lui proposant de le guider. Chanté par un homme de soixante-dix-huit ans en pleine pandémie, le propos prend une résonance particulière. L’album a atteint la première place britannique, sa première depuis 1989 — un intervalle de trente et un ans entre deux numéros un, record de longévité difficile à égaler.
Épilogue 2026 : The Boys of Dungeon Lane
Le parcours ne s’arrête pas à 2020. Le 29 mai 2026 paraît chez Capitol The Boys of Dungeon Lane, quatorze titres pour environ quarante-sept minutes, coproduit avec Andrew Watt, issu de séances étalées entre 2021 et 2025, dans les intervalles de la tournée Got Back. Le titre vient d’une démo inédite de 1991 intitulée « In Liverpool » ; Dungeon Lane est une rue de Speke, le quartier de son enfance.
Deux singles l’ont précédé : « Days We Left Behind » le 26 mars, puis « Home to Us » le 8 mai — ce dernier né d’un bœuf entre Ringo Starr et Andrew Watt en 2024, et devenu un duo entre les deux derniers Beatles vivants. L’album a pris la première place britannique avant de connaître une chute de classement spectaculaire dès la deuxième semaine, phénomène que nous avons analysé dans « Numéro un, puis le vide ».
Correctif factuel — combien d’albums solo, exactement ?
Impossible de trancher, et méfiez-vous des chiffres présentés comme définitifs. Selon que l’on compte ou non les albums de Wings, les bandes originales, le disque classique Liverpool Oratorio, les albums signés The Fireman, l’album de reprises Run Devil Run, les disques live et le pastiche orchestral Thrillington, The Boys of Dungeon Lane est présenté comme son dix-huitième, dix-neuvième ou vingtième album studio solo selon les référentiels. Les trois sont défendables ; aucune n’est fausse.
Ce que ces vingt chansons disent de la méthode McCartney
Écoutées à la suite, ces vingt chansons ne forment pas seulement un panorama : elles dessinent un mode de fonctionnement remarquablement stable sur cinquante-cinq ans. Cinq traits reviennent, quelle que soit l’époque, et ils expliquent à la fois les réussites et les faiblesses du catalogue.
La basse comme voix secondaire
C’est la signature la plus reconnaissable et la plus sous-estimée. Chez la quasi-totalité des bassistes de sa génération, l’instrument soutient l’harmonie en jouant les fondamentales. Chez McCartney, il chante. « Silly Love Songs » en est la démonstration extrême — la ligne de basse y occupe le rôle mélodique principal —, mais le phénomène est partout : dans le contre-chant de « Maybe I’m Amazed », dans les glissandos de « Uncle Albert », dans la ligne mobile de « Listen to What the Man Said », dans le mixage frontal de « Find My Way ». Cette habitude vient directement de son travail avec les Beatles à partir de 1966, et elle ne l’a jamais quitté.
Conséquence pratique pour l’auditeur : ses disques gagnent énormément au casque. Une écoute en fond sonore ne restitue qu’une moitié de l’information musicale, et c’est précisément ce malentendu qui a longtemps fait passer McCartney pour un fabricant de mélodies faciles.
L’autosuffisance comme réflexe de crise
Trois fois dans sa carrière, McCartney s’est retrouvé à un moment de rupture, et trois fois il a réagi de la même manière : s’enfermer seul et tout jouer lui-même. En 1970, la séparation des Beatles produit McCartney. En 1979-1980, la fin de Wings produit McCartney II. En 2020, le confinement produit McCartney III. Les trois albums portent le même titre, obéissent au même protocole et ont tous été mal compris à leur sortie avant d’être réévalués.
Il faut y ajouter des épisodes mineurs mais révélateurs : la démo de « Come and Get It » enregistrée seul en une heure en 1969, ou l’album orchestral Thrillington publié sous pseudonyme en 1977. L’homme qui a passé sa vie à vouloir appartenir à un groupe est aussi celui qui, chaque fois que le groupe disparaît, se révèle capable de le remplacer à lui tout seul.
Le collage assumé
« Uncle Albert / Admiral Halsey », « Band on the Run », « Nineteen Hundred and Eighty-Five » : McCartney n’écrit pas seulement des chansons, il assemble des fragments. La technique vient du medley d’Abbey Road, dont il fut l’artisan principal en 1969, et elle repose sur une conviction simple — un morceau incomplet n’est pas un déchet mais une pièce détachée.
C’est aussi la source de ses défauts les plus critiqués. Ce qui donne « Band on the Run » peut donner, ailleurs, des morceaux qui semblent commencer trois fois sans jamais aboutir. Le collage est une méthode à haut rendement et à taux d’échec élevé, et McCartney publie les deux.
Le refus du filtre
Contrairement à Lennon, qui a peu publié et beaucoup abandonné, contrairement à Harrison, qui pouvait laisser mûrir une chanson pendant des années, McCartney publie ce qu’il enregistre. Il a lui-même expliqué à plusieurs reprises que le jugement critique après coup ne l’intéresse pas, et qu’un disque est un instantané de ce que l’on fait à un moment donné.
Cette éthique explique l’inégalité du catalogue. Elle explique aussi que ses meilleurs disques soient presque toujours ceux où quelqu’un lui a résisté : George Martin sur Tug of War, Elvis Costello sur Flowers in the Dirt, Nigel Godrich sur Chaos and Creation. Le McCartney le plus fort n’est pas le McCartney le plus libre : c’est le McCartney contredit. Nous avons développé ce point dans notre article sur son perfectionnisme, qui montre que la légende du travailleur relâché ne résiste pas à l’examen des bandes.
Le domestique comme sujet
Dernier trait, le plus constant. Lennon écrivait sur lui-même, Harrison sur la spiritualité, Dylan sur l’Amérique. McCartney, lui, écrit sur des cuisines, des portes d’entrée, des routines de bureau, des tantes, des chiens, des fermes et des pannes de courant. « Another Day » raconte une journée de travail. « Let ‘Em In » raconte une sonnette. « Every Night » raconte une soirée à la maison. « Calico Skies » naît d’un ouragan et d’une bougie.
C’est ce qui lui a valu le plus de mépris critique dans les années 1970, et c’est probablement ce qui fait vieillir son œuvre mieux que celle de beaucoup de ses contemporains. Les manifestes datent ; les cuisines, non.
Cinq collaborateurs qui ont façonné ce catalogue
Aucune de ces vingt chansons n’est le produit d’un homme seul, y compris celles qu’il a jouées seul. Cinq présences reviennent d’un bout à l’autre du parcours.
Linda McCartney. Sa contribution est celle que la critique des années 1970 a le plus injustement traitée, allant jusqu’à des attaques ouvertement sexistes sur sa légitimité musicale. Elle chante les harmonies de « Maybe I’m Amazed » alors qu’elle n’avait jamais enregistré ; elle est créditée coautrice de Ram ; elle tient les claviers de Wings pendant dix ans. Son apport n’est pas technique, il est structurel : c’est elle qui rend possible la décision de repartir de zéro en 1970, puis celle de monter un groupe amateur en 1971. La moitié des chansons de cette liste lui sont adressées, de « My Love » à « Calico Skies ».
Denny Laine. Seul musicien présent du premier au dernier jour de Wings, coauteur de « Mull of Kintyre », chanteur et guitariste, il a servi d’interlocuteur permanent pendant la décennie la plus productive de McCartney. Sa disparition en 2023 a fermé un chapitre.
George Martin. Le producteur des Beatles revient à trois reprises de manière déterminante : l’arrangement orchestral de « Live and Let Die » en 1973, la production de Tug of War en 1982 — dont « Here Today » —, puis, plus discrètement, la recommandation de Nigel Godrich en 2004. Il est le seul à avoir eu, sur cinquante ans, l’autorité nécessaire pour dire non à McCartney sans que la relation se rompe.
Elvis Costello. Partenaire d’écriture de la fin des années 1980, il a joué un rôle que personne n’occupait depuis 1969 : celui du collaborateur au tempérament acide, capable de refuser un vers trop lisse. Leur méthode de travail — face à face, deux guitares acoustiques, sans enregistreur — reproduisait volontairement celle de Forthlin Road en 1958.
Ringo Starr. Présence intermittente mais continue, de « Take It Away » en 1982 jusqu’à « Home to Us » en 2026. Les deux derniers Beatles vivants ont enregistré ensemble à intervalles réguliers pendant quarante-cinq ans, sans que cela relève jamais de la commémoration. Nous avons retracé la carrière solo du batteur dans notre sélection de quinze chansons.
Cinq malentendus tenaces sur sa carrière solo
Aborder McCartney après 1970 suppose de désamorcer quelques idées reçues qui circulent depuis un demi-siècle et que l’on retrouve encore dans la presse généraliste.
« Il a arrêté d’être créatif après les Beatles. » C’est l’affirmation la plus facilement réfutable. Trois albums entièrement autoproduits et joués seul, un projet électronique anonyme de trois disques, un pseudonyme orchestral, un oratorio classique, des bandes originales, un thème de James Bond, un album de reprises de rock’n’roll enregistré en trois jours : le catalogue solo est plus divers que celui des Beatles. Il est simplement plus inégal, ce qui n’est pas la même chose.
« Les critiques ont toujours reconnu Ram. » Faux, et de manière spectaculaire. Ram a été massacré en 1971 par la presse rock anglo-saxonne, dans un climat où prendre parti pour Lennon relevait du réflexe idéologique. Sa réhabilitation date des années 2000, portée par une génération de musiciens indépendants qui y ont entendu ce que la critique de 1971 avait refusé de voir : un disque domestique, bricolé, drôle et harmoniquement audacieux.
« Wings n’était qu’un prête-nom. » Réducteur. La formation a connu une instabilité chronique — départs successifs de Seiwell, McCullough, puis de Jimmy McCulloch et Joe English —, mais elle a produit des disques et surtout des concerts qui n’auraient pas existé sans elle. Le solo de « My Love » en est la preuve la plus directe : il n’est pas de McCartney, et il fait le morceau.
« Il n’écrit que des chansons d’amour. » Sur les vingt titres réunis ici, on trouve un règlement de comptes personnel, une chanson de guerre, une évasion carcérale métaphorique, un portrait social d’employée de bureau, un thème d’espionnage, une élégie funèbre et une pièce électronique à voix accélérée. La chanson d’amour est un genre qu’il pratique, pas un plafond.
« Ses derniers disques sont anecdotiques. » Trois des vingt titres de cette sélection datent de 2005 ou après, et l’un de ses albums numéro un date de 2020, un autre de 2026. Un artiste de quatre-vingt-trois ans qui place un disque en tête des ventes britanniques avec des chansons écrites pendant les intervalles d’une tournée mondiale n’est pas dans une carrière anecdotique.
Tableau récapitulatif des vingt titres
| # | Titre | Année | Origine | À retenir |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Maybe I’m Amazed | 1970 | McCartney | Tous les instruments joués par lui ; jamais single à l’époque |
| 2 | Every Night | 1970 | McCartney | Esquissée dès les séances Get Back de janvier 1969 |
| 3 | Another Day | 1971 | Single | Premier single solo ; n° 2 UK, n° 5 US |
| 4 | Too Many People | 1971 | Ram | Déclencheur de « How Do You Sleep? » |
| 5 | Uncle Albert / Admiral Halsey | 1971 | Ram | Premier n° 1 américain en solo ; Grammy d’arrangement |
| 6 | My Love | 1973 | Red Rose Speedway | Solo improvisé en direct par Henry McCullough |
| 7 | Live and Let Die | 1973 | Single / BO | Premier thème de James Bond signé par un artiste rock |
| 8 | Band on the Run | 1973 | Band on the Run | Lagos puis AIR Londres ; suite en trois parties |
| 9 | Jet | 1973 | Band on the Run | Origine du titre non établie ; n° 7 UK et US |
| 10 | Listen to What the Man Said | 1975 | Venus and Mars | Solo de Tom Scott en une prise ; n° 1 US |
| 11 | Silly Love Songs | 1976 | At the Speed of Sound | La basse comme thème principal ; plus gros succès US de 1976 |
| 12 | Let ‘Em In | 1976 | At the Speed of Sound | Sonnette, marche militaire, prénoms de famille |
| 13 | Mull of Kintyre | 1977 | Single | Record britannique jusqu’en 1984 ; échec aux États-Unis |
| 14 | Coming Up | 1980 | McCartney II | Voix accélérée ; c’est la version live qui fut n° 1 US |
| 15 | Here Today | 1982 | Tug of War | Conversation imaginaire avec Lennon ; quatuor à cordes |
| 16 | My Brave Face | 1989 | Flowers in the Dirt | Coécrit avec Elvis Costello ; retour de la Höfner |
| 17 | Hope of Deliverance | 1993 | Off the Ground | Succès continental très supérieur au résultat britannique |
| 18 | Calico Skies | 1997 | Flaming Pie | Écrite en 1991 pendant une panne de courant |
| 19 | Fine Line | 2005 | Chaos and Creation | Nigel Godrich recommandé par George Martin |
| 20 | Find My Way | 2020 | McCartney III | Album n° 1 UK, trente et un ans après le précédent |
Dix titres bonus pour aller plus loin
- « Junk » (McCartney, 1970) — écrite en Inde en 1968, refusée par les Beatles, devenue l’une de ses plus belles miniatures.
- « Heart of the Country » (Ram, 1971) — le manifeste rural, en scat et guitare acoustique.
- « Bluebird » (Band on the Run, 1973) — la douceur au milieu de l’épopée ; nous lui avons consacré un article entier.
- « Nineteen Hundred and Eighty-Five » (Band on the Run, 1973) — le finale piano-orchestre le plus fou de sa discographie, décrypté ici.
- « Venus and Mars / Rock Show » (1975) — la meilleure ouverture d’album de Wings.
- « Waterfalls » (McCartney II, 1980) — la ballade électronique dépouillée, longtemps sous-estimée.
- « Take It Away » (Tug of War, 1982) — avec Ringo Starr à la batterie et Steve Gadd en doublure.
- « Distractions » (Flowers in the Dirt, 1989) — arrangement de cordes somptueux, chanson injustement oubliée.
- « Jenny Wren » (Chaos and Creation, 2005) — la petite sœur de « Blackbird », avec un solo de duduk arménien.
- « Home to Us » (The Boys of Dungeon Lane, 2026) — le duo avec Ringo Starr, dernier chapitre en date.
Trois parcours d’écoute selon votre humeur
Le parcours « je découvre tout » (1 h)
Maybe I’m Amazed → Another Day → Uncle Albert / Admiral Halsey → Live and Let Die → Band on the Run → Jet → Silly Love Songs → Mull of Kintyre → Coming Up → Here Today → My Brave Face → Find My Way. C’est la colonne vertébrale : douze titres qui couvrent cinquante ans et n’exigent aucune indulgence préalable.
Le parcours « le mélodiste seul » (45 min)
Every Night → Junk → Heart of the Country → Bluebird → Calico Skies → Jenny Wren → Here Today → Warm and Beautiful. Une voix, une guitare ou un piano, presque rien d’autre. C’est le McCartney le plus proche de ce qu’il était à dix-huit ans dans la chambre de Forthlin Road, et le plus difficile à imiter.
Le parcours « le laborantin » (50 min)
Uncle Albert / Admiral Halsey → Nineteen Hundred and Eighty-Five → Coming Up → Waterfalls → Temporary Secretary → Fine Line → tout McCartney III. Pour ceux qui croient que l’expérimentation était le rayon de Lennon et Harrison : trois albums homonymes en cinquante ans, tous enregistrés seul, tous en avance sur leur temps.
Chronologie repère (1970-2026)
| Date | Événement |
|---|---|
| 17 avril 1970 | Parution de McCartney, premier album solo, largement enregistré à domicile. |
| février 1971 | « Another Day », premier single solo, n° 2 britannique. |
| mai 1971 | Ram, crédité Paul et Linda McCartney, éreinté par la critique. |
| août 1971 | Fondation de Wings avec Linda, Denny Laine et Denny Seiwell. |
| 1973 | « My Love », « Live and Let Die », puis Band on the Run enregistré à Lagos. |
| 1975-1976 | Venus and Mars, At the Speed of Sound, tournée mondiale et Wings Over America. |
| novembre 1977 | « Mull of Kintyre », record de ventes britanniques jusqu’en 1984. |
| mai 1980 | McCartney II, album électronique enregistré seul l’été précédent. |
| 8 décembre 1980 | Assassinat de John Lennon. |
| avril 1982 | Tug of War, produit par George Martin, contient « Here Today ». |
| juin 1989 | Flowers in the Dirt et la collaboration avec Elvis Costello. |
| mai 1997 | Flaming Pie, dans la foulée du projet Anthology. |
| 17 avril 1998 | Mort de Linda McCartney. |
| septembre 2005 | Chaos and Creation in the Backyard, produit par Nigel Godrich. |
| décembre 2020 | McCartney III, enregistré seul pendant le confinement ; n° 1 britannique. |
| 29 mai 2026 | The Boys of Dungeon Lane, coproduit avec Andrew Watt ; n° 1 britannique. |
Foire aux questions
Par quelle chanson commencer si je n’en écoute qu’une ?
« Maybe I’m Amazed », version studio de 1970. Elle contient tout : le pianiste, le hurleur, le mélodiste, le bassiste et l’homme-orchestre. Si elle ne vous parle pas, essayez « Band on the Run », qui aborde le même auteur par l’ambition plutôt que par l’intimité.
Faut-il séparer la carrière solo et Wings ?
Formellement oui, en pratique non. Wings était un vrai groupe, avec des membres qui écrivaient et chantaient, mais McCartney en était l’auteur principal, le producteur et le décideur. Les compilations et les tournées mélangent les deux répertoires depuis quarante ans, et cet article fait de même.
Quel est son plus grand succès en solo ?
Selon le critère. En ventes britanniques, « Mull of Kintyre ». En performance annuelle américaine, « Silly Love Songs », plus gros succès du Billboard pour l’année 1976. En notoriété mondiale durable, « Live and Let Die » et « Band on the Run ».
Combien d’albums McCartney a-t-il publiés en solo ?
Entre dix-huit et vingt albums studio strictement solo selon la méthode de comptage, auxquels s’ajoutent sept albums de Wings, des disques live, des bandes originales, des œuvres classiques, deux albums signés The Fireman et un album de reprises. Aucun chiffre unique ne fait consensus.
Que valent réellement les albums des années 1980 ?
Ils sont inégaux, et leur réputation médiocre est en partie méritée pour certains d’entre eux. Mais Tug of War (1982) est un très grand disque, et Flowers in the Dirt (1989) a relancé sa carrière. La décennie souffre surtout de productions datées, pas de mauvaises chansons.
Est-il vrai qu’il joue de tous les instruments ?
Sur trois albums, oui, presque intégralement : McCartney en 1970, McCartney II en 1980 et McCartney III en 2020. Il y tient la basse, la guitare, la batterie, les claviers et les percussions. Ailleurs, il s’entoure — mais il joue systématiquement sa basse et très souvent la batterie sur ses propres titres.
Pourquoi « Silly Love Songs » est-elle si importante ?
Parce qu’elle est le seul cas d’une réponse esthétique à une critique esthétique. Accusé d’écrire de la variété sentimentale, McCartney a fabriqué le morceau le plus sophistiqué de sa décennie en le déguisant en variété sentimentale. La partie de basse est étudiée dans les écoles de musique.
Quel album solo écouter en entier après cette playlist ?
Band on the Run pour le consensus, Ram pour l’audace, Chaos and Creation in the Backyard pour l’exigence tardive. Les trois se tiennent de bout en bout, ce qui n’est pas le cas de la majorité de sa discographie.
Joue-t-il encore ces chansons en concert ?
Une bonne partie, oui. « Maybe I’m Amazed », « Let ‘Em In », « Band on the Run », « Jet », « Live and Let Die », « Here Today » et « My Valentine » figurent régulièrement à ses programmes, aux côtés d’une quinzaine de titres des Beatles. Ses concerts durent près de trois heures, sans pause.
Qu’est-ce que The Boys of Dungeon Lane apporte de nouveau ?
Un retour à l’écriture autobiographique liverpuldienne, une production plus rock signée Andrew Watt, et un duo avec Ringo Starr. C’est aussi le premier album depuis longtemps à faire dialoguer explicitement le McCartney de 1960 et celui d’aujourd’hui, à partir d’une démo de 1991 restée dans les tiroirs.
Glossaire
- Wings — Groupe fondé par Paul et Linda McCartney avec Denny Laine en 1971, actif jusqu’en 1981, sept albums studio et l’une des tournées les plus rentables des années 1970.
- Höfner 500/1 — Basse allemande en forme de violon achetée par McCartney à Hambourg en 1961, remisée dans les années 1970 puis remise en service en 1989 sur « My Brave Face ».
- High Park — Ferme acquise par McCartney en 1966 sur la péninsule du Mull of Kintyre, en Écosse ; lieu de sa retraite de 1970 et des séances de McCartney II.
- Hog Hill Mill — Studio personnel de McCartney installé dans un ancien moulin du Sussex, où furent enregistrés notamment McCartney III et une partie de ses albums récents.
- Denny Laine — Ancien membre du Moody Blues, seul musicien présent dans Wings du premier au dernier jour, coauteur de « Mull of Kintyre ». Mort en 2023.
- Andrew Watt — Producteur américain, artisan du retour au rock de plusieurs vétérans des années 1960 et 1970, coproducteur de The Boys of Dungeon Lane (2026).
- Nigel Godrich — Producteur britannique associé à Radiohead, recommandé à McCartney par George Martin pour Chaos and Creation in the Backyard (2005).
- The Fireman — Projet parallèle électronique de McCartney avec le producteur Youth, trois albums entre 1993 et 2008, longtemps anonyme.
- Face A double — Format d’un single dont les deux faces sont promues à égalité ; « Mull of Kintyre » et « Girls’ School » en 1977 en sont l’exemple le plus célèbre chez McCartney.
- Got Back — Nom de la tournée mondiale entamée par McCartney en 2022 et poursuivie par étapes les années suivantes, dans les intervalles de laquelle a été enregistré son album de 2026.
Bibliographie et sources
- Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now — entretiens de première main sur la période 1969-1997.
- Paul Du Noyer, Conversations with McCartney — trente ans d’entretiens sur ses méthodes de travail.
- Peter Doggett, You Never Give Me Your Money — sur la séparation des Beatles et les conflits de 1969-1971.
- Tom Doyle, Man on the Run: Paul McCartney dans les années 1970 — référence sur la période Wings.
- Luca Perasi, Paul McCartney: Recording Sessions (1969-2013) — inventaire séance par séance, base des données d’enregistrement citées ici.
- Notes de pochette des rééditions Archive Collection (Band on the Run, Ram, McCartney, Flaming Pie, Flowers in the Dirt).
- Official Charts Company et Billboard — relevés de classement britanniques et américains.
- Archives du Paul McCartney Project pour la vérification des dates de séances et des crédits.
Pour prolonger la lecture
- C’est l’été : 20 chansons pour découvrir Paul McCartney — une sélection voisine, avec d’autres titres et d’autres angles
- 15 chansons pour découvrir George Harrison en solo
- 15 chansons pour découvrir la carrière solo de Ringo Starr
- Il y a 55 ans, Paul McCartney annonçait un groupe qui n’avait pas encore de nom
- D’Apple Studio à AIR Studios : les métamorphoses décisives de Paul McCartney (1969-1975)
- Paul McCartney en solo : ces producteurs qui l’ont poussé plus loin… ou laissé être lui-même
- George Martin et Paul McCartney : l’autre vie d’un tandem après les Beatles
- Henry McCullough, le guitariste irlandais de Wings
- Wings Over America : quand Paul McCartney a cessé de demander pardon aux Beatles
- The Fireman : le projet secret de Paul McCartney avec Youth
- Percy « Thrills » Thrillington, le fantôme mondain de Paul McCartney
- Paul McCartney, le perfectionnisme avant tout
- 1970-1980 : la décennie des ex-Beatles
- Numéro un, puis le vide : les classements 2026 de McCartney et des Rolling Stones














Des actualités à découvrir
Depuis 1997, Yellow-Sub.net compile sur son site plus de 38 000 dépêches d'actualité. Découvrez nos derniers articles pour tout savoir des Beatles.
20 chansons pour découvrir Paul McCartney en solo
Août
21 août 1966 : le jour où les Beatles ont joué dans deux villes — et décidé d’arrêter les tournées
Août
Abbey Road : 10 faits méconnus qui changent l’écoute du dernier album enregistré par les Beatles
Août
15 chansons pour découvrir George Harrison en solo
Août
15 chansons pour découvrir la carrière solo de Ringo Starr
Août
La première tournée américaine des Beatles : 1964, le récit complet
Août
« Refaisons tout » : le vœu insensé de John Lennon qui a sidéré George Martin
Août
L’influence des Beatles sur la Britpop des années 1990 : héritiers, imitateurs et dissidents
Août