Anniversaire d’une séance fondatrice : « That’ll Be The Day » et « In Spite Of All The Danger », premier disque et première composition McCartney-Harrison
Le 12 juillet 1958, cinq adolescents de Liverpool empruntent un bus avec leurs guitares, un tea-chest bass resté à la maison ce jour-là et une poignée de shillings économisés, direction le 38 Kensington Road. Ils s’appellent les Quarrymen. Ce jour-là, dans le salon transformé en studio de Percy Phillips, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison enregistrent, pour la toute première fois de leur vie, leur voix et leurs instruments sur un disque. Soixante-huit ans plus tard, cette séance modeste, payée de leur poche pour quelques shillings, reste l’acte de naissance discographique du groupe qui deviendra les Beatles — et le berceau de la toute première chanson signée « McCartney-Harrison ».
Il n’existe, dans toute l’histoire des Beatles, guère de moment aussi modeste en apparence et aussi capital en réalité que cette après-midi de juillet 1958. Rien, alors, ne distingue les Quarrymen des dizaines d’autres groupes de skiffle qui essaiment dans les faubourgs de Liverpool : une poignée de lycéens, des guitares empruntées ou payées à crédit, un répertoire de reprises et l’envie farouche de ressembler à leurs idoles américaines. Et pourtant, ce jour-là, quelque chose bascule : pour la première fois, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison se retrouvent ensemble devant un microphone, dans un studio, si rudimentaire soit-il.
Ce document sonore, gravé à la main sur un disque d’acétate qui n’était même pas destiné à survivre à sa première écoute, est aujourd’hui considéré comme l’un des artefacts les plus précieux de l’histoire du rock. Il ne doit sa préservation qu’à un concours de circonstances : l’entêtement d’un pianiste occasionnel à garder son disque, puis la décision de Paul McCartney, vingt-trois ans plus tard, de le racheter avant qu’il ne parte aux enchères. Cet article se propose de reconstituer, heure par heure et source par source, le déroulement de cette séance fondatrice, d’en analyser le contenu musical, d’en retracer l’incroyable odyssée à travers les décennies, et d’expliquer pourquoi « In Spite Of All The Danger » occupe une place à part dans la légende Lennon-McCartney.
Sommaire
Liverpool, été 1958 : les Quarrymen à la croisée des chemins
Formé par John Lennon en mars 1957 sous le nom des Quarrymen — en référence à la Quarry Bank High School qu’il fréquente —, le groupe est d’abord un ensemble de skiffle typique de cette mode britannique lancée par Lonnie Donegan : guitares acoustiques, tea-chest bass improvisée et planche à laver en guise de percussion. Paul McCartney rejoint l’aventure après avoir été présenté à Lennon lors de la fête paroissiale de St Peter’s Church, à Woolton, le 6 juillet 1957 — un an et six jours, presque jour pour jour, avant la séance chez Phillips. George Harrison, ami de McCartney depuis leurs trajets communs en bus vers le Liverpool Institute, est coopté au tout début de l’année 1958, après avoir dû faire ses preuves à plusieurs reprises devant un Lennon d’abord sceptique face à son jeune âge.
Au fil de l’année 1957-1958, la formation évolue : la mode du skiffle décline, tandis que le rock’n’roll américain — Elvis Presley, Little Richard, Chuck Berry et surtout Buddy Holly — s’impose comme la nouvelle religion de cette génération de Liverpudliens. Le répertoire des Quarrymen se transforme en conséquence, délaissant progressivement les scies de Lonnie Donegan pour des reprises électrisées de rock américain. C’est dans ce contexte de transition stylistique que le groupe, réduit à un noyau plus stable autour de Lennon, McCartney et Harrison, décide de franchir une étape qu’aucun d’entre eux n’avait encore tentée : s’enregistrer en studio.
Une formation à géométrie variable
Pour cette séance de juillet 1958, les Quarrymen se complètent de deux recrues extérieures au trio central. Le batteur Colin Hanton, présent dans le groupe depuis plus longtemps que McCartney et Harrison eux-mêmes, apporte l’ossature rythmique. Quant au pianiste, John « Duff » Lowe, camarade de McCartney au Liverpool Institute rencontré dès 1953 lors d’une audition de choristes à la cathédrale de Liverpool, il est recruté spécifiquement pour sa capacité à interpréter l’arpège d’introduction de « Mean Woman Blues » de Jerry Lee Lewis, un passage que McCartney juge indispensable à la couleur sonore recherchée.
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Cette période charnière de 1957-1958 est aussi celle où se forge, entre Lennon et McCartney, une méthode de composition qui deviendra bientôt légendaire : assis face à face, guitare contre guitare, les deux adolescents commencent à esquisser leurs premiers morceaux originaux dans le salon de la maison familiale de McCartney, au 20 Forthlin Road. C’est dans ce même cadre domestique, et non dans un studio professionnel, que naît l’essentiel du matériau qui sera présenté quelques mois plus tard chez Percy Phillips — preuve, s’il en fallait une, que l’essentiel de la créativité beatlesienne naissante se joue d’abord dans l’intimité de foyers ordinaires de la banlieue liverpuldienne, bien avant toute considération d’infrastructure ou de moyens techniques.
Percy Phillips et son studio du salon
Percy F. Phillips n’est pas un professionnel du disque au sens où on l’entendrait aujourd’hui. Commerçant en électroménager à Liverpool, il a soixante ans passés lorsqu’il investit, au milieu des années 1950, environ 400 livres sterling dans un magnétophone portable, une graveuse de disques, des microphones et une petite table de mixage à quatre voies. Le tout est installé dans la pièce centrale de sa maison victorienne mitoyenne du 38 Kensington Road, une artère commerçante à environ un mile et demi à l’est du centre-ville de Liverpool. Ce « Phillips’ Sound Recording Services » profite de l’engouement local pour la musique country et western, puis, très vite, pour le skiffle et le rock naissant.
Le fonctionnement du studio est d’une simplicité totale : les clients patientent dans une petite salle d’attente, puis sont appelés à leur tour dans le salon-studio pour interpréter leur morceau, en direct, devant un unique microphone suspendu au plafond. Aucune reprise n’est possible sans frais supplémentaires : faute de moyens, l’enregistrement est gravé directement sur un disque d’acétate d’aluminium recouvert de laque, sans passage par une bande magnétique de secours — Phillips ayant coutume, pour limiter les coûts, d’effacer la bande après la gravure du disque. Il grave ainsi, durant les quinze années d’activité de son studio, plusieurs milliers de disques pour des particuliers de Liverpool : chœurs paroissiaux, mariages, messages destinés à des proches, perroquets et chiens de compagnie, matchs de football, cérémonies de Rose Queen, groupes de skiffle et chanteurs de country locaux.
Le studio accueillera par la suite d’autres figures qui croiseront la route des Beatles ou de la scène musicale britannique, parmi lesquelles Ken Dodd, Billy Fury, Marty Wilde, Brian Epstein lui-même, ou encore les Swinging Blue Jeans. Le livre de comptes tenu scrupuleusement par Phillips, dans lequel chaque séance est consignée avec précision, constitue aujourd’hui l’une des rares sources documentaires directes permettant de dater la séance des Quarrymen — un document conservé, avec de nombreux disques d’époque, dans les archives de la famille Phillips, et qui a fait l’objet d’un coffret de quatre CD publié en 2018 par le petit-fils de Percy, Peter Phillips.
Le déroulement de la séance : quinze minutes pour entrer dans l’histoire
Le récit de la séance elle-même, tel que le rapportent plusieurs témoins directs, tient de la simplicité la plus totale. Les cinq musiciens se rendent au studio en autobus, guitares et amplis à la main, tandis que la batterie de Colin Hanton voyage séparément. Une fois sur place, ils patientent dans la salle d’attente pendant qu’un autre client termine son propre enregistrement, avant que Phillips ne les invite à entrer. L’échange avec l’ingénieur-propriétaire, resté isolé dans une cabine de contrôle attenante, se limite à l’essentiel : quel morceau souhaitent-ils graver en premier, quel sera le titre de la face A, quel sera celui de la face B ?
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Les Quarrymen interprètent leurs deux morceaux en une seule prise chacun, en direct dans le micro unique, sans possibilité de repentir : toute nouvelle tentative aurait supposé de tout recommencer depuis le début, faute de bande. L’ensemble de la prestation — installation, répétition rapide et gravure des deux faces — ne dépasse pas un quart d’heure, selon le souvenir de McCartney lui-même. Le residu physique de cette prestation est un disque en aluminium de dix pouces de diamètre, recouvert d’une fine couche de laque, destiné à être joué à 78 tours par minute avec une cellule de lecture légère — une mention imprimée sur l’étiquette du disque, qui ne porte en revanche aucune référence au nom du groupe : ni « Quarrymen », ni a fortiori « Beatles », un nom que le groupe n’adoptera que deux ans plus tard.
Une facture disputée entre les témoins
Le montant exact payé par les Quarrymen ce jour-là varie selon les sources et les mémoires des participants : le livre de comptes de Phillips indique la somme de 11 shillings et 3 pence, tandis que Duff Lowe se souvenait, dans ses propres témoignages, d’un montant de 17 shillings et 6 pence — une divergence que les historiens attribuent à la nature approximative des souvenirs recueillis plusieurs décennies après les faits. Ce qui demeure certain, c’est que la somme, modeste à l’échelle d’un studio professionnel, représentait un effort financier réel pour cinq adolescents de la fin des années 1950 : n’ayant réuni entre eux que 15 shillings le jour de la séance, ils doivent revenir compléter le paiement avant que Phillips ne consente à leur remettre le disque.
« That’ll Be The Day » : l’hommage à Buddy Holly
Le choix du morceau retenu pour la face A ne doit rien au hasard. « That’ll Be The Day », composée par Buddy Holly et Jerry Allison — le crédit d’écriture attribué au producteur Norman Petty relevant, comme souvent à l’époque, d’un arrangement contractuel plutôt que d’une contribution créative réelle — et enregistrée par Buddy Holly and The Crickets, est l’un des grands succès américains de l’année 1957. Le titre, certifié disque d’or par la suite pour plus d’un million de ventes aux États-Unis, sera même intronisé au Grammy Hall of Fame en 1998, preuve de son statut de classique immédiat du rock naissant.
Pour Lennon, Buddy Holly n’est pas une simple influence parmi d’autres : c’est une révélation esthétique et presque une identification personnelle. Le jeune homme à lunettes de Lubbock, au Texas, auteur-compositeur-interprète jouant lui-même de la guitare et écrivant ses propres textes, incarne un modèle radicalement différent des idoles purement vocales du rock’n’roll américain. Sur la version enregistrée chez Phillips, c’est Lennon qui assure le chant principal, avec Paul McCartney en harmonies aiguës — une répartition vocale qui deviendra, dans les années suivantes, l’une des signatures du duo Lennon-McCartney.
Une influence qui irriguera tout le parcours du groupe
Le choix de ce titre en dit long sur l’ambition déjà présente du groupe en 1958 : reproduire, avec les moyens du bord, la sonorité et l’énergie du rock américain le plus moderne. Cette fascination pour Buddy Holly ne se limitera pas à cette unique séance : elle irriguera durablement l’imaginaire du groupe, jusqu’au choix même du nom « Beatles », clin d’œil revendiqué à l’insecte des Crickets de Holly. La mort tragique de ce dernier dans un accident d’avion, le 3 février 1959 — quelques mois à peine après cette séance liverpuldienne —, ne fera que renforcer, a posteriori, la dimension quasi fondatrice de cet hommage capté par Percy Phillips.
« In Spite Of All The Danger » : la naissance d’un tandem d’auteurs
Si « That’ll Be The Day » demeure une reprise, la face B de ce disque improvisé constitue, à elle seule, l’événement le plus significatif de la séance : il s’agit du tout premier enregistrement d’une composition originale des futurs Beatles. Le morceau, intitulé « In Spite Of All The Danger », est crédité sur l’étiquette manuscrite du disque à « McCartney-Harrison » — une mention unique dans toute la discographie du groupe, puisqu’aucune autre chanson ne portera jamais, avant ou après, la signature conjointe de ces deux musiciens seuls.
Selon le récit qu’en donnera Paul McCartney des décennies plus tard, notamment dans l’anthologie officielle du groupe puis dans son recueil de mémoires « The Lyrics: 1956 to the Present » paru en 2021, la chanson est essentiellement son œuvre, largement inspirée par l’esthétique vocale d’Elvis Presley — au point que McCartney lui-même la qualifiera, non sans un brin de malice, de tentative directe d’imiter le King. La contribution de George Harrison se limiterait, toujours selon McCartney, au solo de guitare du morceau, les deux adolescents ayant alors une conception très fluide, presque naïve, de la notion de propriété intellectuelle.
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Ce même témoignage, repris dans plusieurs entretiens ultérieurs, insiste sur l’insouciance de deux adolescents qui n’avaient, à l’époque, aucune conscience des enjeux du droit d’auteur ni de l’édition musicale : McCartney raconte volontiers qu’ils croyaient alors, naïvement, que les chansons appartenaient à tout le monde, comme suspendues dans l’air, et qu’il paraissait presque incongru d’imaginer qu’on puisse en revendiquer la propriété exclusive. C’est pourtant sur cette base — un partage de crédit entre deux amis, sans considération commerciale — que naît, ce jour-là, le principe même de la co-signature qui deviendra la marque Lennon-McCartney quelques mois plus tard, avant de s’étendre bientôt à des dizaines puis des centaines de chansons.
Une interprétation chantée par Lennon
Signe supplémentaire de l’entremêlement précoce des rôles au sein du groupe, « In Spite Of All The Danger », bien que composée par McCartney et Harrison, est chantée par John Lennon, alors chef incontesté des Quarrymen. Cette répartition — un texte de McCartney porté par la voix de Lennon — préfigure, à distance, la manière dont fonctionnera plus tard le duo Lennon-McCartney, où l’un des deux pouvait écrire une chanson quand l’autre en assurait l’interprétation principale, la frontière entre auteur et interprète demeurant, chez les Beatles, perpétuellement poreuse.
Une date disputée : 12 ou 14 juillet 1958 ?
L’établissement précis de la date de cette séance a longtemps fait débat parmi les historiens du groupe, en raison de témoignages contradictoires. Une plaque bleue commémorative, installée en 2005 sur la façade du 38 Kensington Road, indique la date du lundi 14 juillet 1958. Or, le livre de comptes de Percy Phillips ne mentionne, à cette date précise, aucune trace d’enregistrement d’un groupe de skiffle. En revanche, l’entrée correspondant au samedi 12 juillet 1958 y est consignée de façon laconique mais explicite : « Skiffle. 10 inch double sided. Direct. 11/3 » — une mention qui correspond exactement, par sa nature, au type de séance décrite par les témoins survivants.
C’est cette date du 12 juillet qui est aujourd’hui privilégiée par la majorité des historiens spécialisés, notamment en s’appuyant sur le témoignage du batteur Colin Hanton, qui confirme explicitement cette date dans ses mémoires « Pre:Fab! » publiées en 2018. D’autres témoignages, en revanche, évoquent un temps plus froid, avec le port d’écharpes, ce qui suggérerait une séance plus tardive dans l’année — sans doute à l’automne. Cette dernière hypothèse, minoritaire, n’a cependant pas convaincu la majorité des chercheurs, le livre de comptes de Phillips demeurant la source documentaire la plus fiable disponible à ce jour.
| Correctif factuel : que sait-on vraiment de la date exacte ?
Contrairement à une idée reçue parfois répandue, la date du 12 juillet 1958 n’est pas établie avec une certitude absolue et continue de faire l’objet de débats scrupuleux chez les historiens du groupe. La plaque commémorative installée sur les lieux mentionne le 14 juillet, mais cette date est contredite par le livre de comptes de Percy Phillips lui-même, qui ne recense aucune activité de groupe skiffle ce jour-là. Le faisceau d’indices disponibles — l’entrée du 12 juillet dans le registre, la confirmation de Colin Hanton dans ses mémoires de 2018, et la cohérence du jour de la semaine (un samedi, jour plus probable pour une telle sortie que le lundi de la plaque) — converge très largement vers le 12 juillet, mais certains témoignages, dont ceux évoquant un temps froid nécessitant des écharpes, introduisent un doute résiduel qu’il convient de mentionner par honnêteté historique plutôt que de trancher abusivement. |
Le sort du disque : un tour de rôle, puis vingt-cinq ans d’oubli
N’ayant obtenu qu’un unique exemplaire du disque — toute copie supplémentaire aurait nécessité de rejouer intégralement le morceau depuis le début, faute de bande de sauvegarde —, les cinq membres du groupe conviennent d’un partage équitable : chacun conservera le disque pendant une semaine avant de le transmettre au suivant. John Lennon en profite le premier, puis le transmet à Paul McCartney, qui le fait à son tour parvenir à George Harrison ; suit Colin Hanton, qui finit par le remettre à John « Duff » Lowe, dernier maillon de cette chaîne informelle.
C’est précisément là que le hasard entre en scène : contrairement aux quatre autres membres du groupe, Lowe ne rendra jamais le disque à son propriétaire d’origine. Il le conservera, dans un tiroir ou un carton, pendant près de vingt-cinq années, alors même que les Quarrymen se sont depuis longtemps transformés en Beatles et sont devenus le groupe le plus célèbre de la planète. Cette conservation presque fortuite — Lowe lui-même racontera n’y avoir guère songé pendant des années — s’avérera in fine décisive pour la survie de ce document sonore unique, qui aurait très bien pu disparaître corps et biens dans l’anonymat d’un déménagement ou d’un simple oubli.
1981 : Paul McCartney rachète l’acétate
L’histoire bascule en 1981. John « Duff » Lowe, ayant quitté depuis longtemps le monde de la musique pour une carrière dans la banque, prend conscience de la valeur potentielle, tant historique que financière, du disque qu’il a conservé sans y prêter une attention particulière pendant deux décennies et demie. Il envisage alors de le vendre aux enchères. C’est à ce moment que Paul McCartney intervient directement, préférant racheter l’objet de la main à la main plutôt que de le voir disperser sur le marché des collectionneurs. Le montant exact de la transaction n’a jamais été officiellement communiqué, les estimations rapportées dans la presse spécialisée oscillant autour de 12 000 livres sterling, après que Lowe eut décliné une première offre évoquée à hauteur de 5 000 livres.
Une fois en possession du disque, McCartney le fait immédiatement transférer sur bande, puis soumettre à un travail de restauration sonore mené par des ingénieurs, avant de faire presser une cinquantaine de copies du single qu’il offre alors, en cadeau, à des proches et à des membres de sa famille. Ce geste, à la fois patrimonial et affectif, permet de sauver définitivement de l’oubli ce document sonore fragile — un disque en acétate, matériau connu pour se détériorer rapidement à chaque écoute, contrairement à un pressage vinyle classique.
Une pièce de collection parmi les plus chères au monde
La rareté et la portée historique de ce disque en ont fait, au fil des estimations successives, l’un des vinyles les plus valorisés jamais recensés. Le magazine spécialisé Record Collector l’a ainsi désigné, en 2004, comme le disque le plus précieux jamais mis en circulation, avec une estimation avoisinant les 100 000 livres sterling pour l’exemplaire original, tandis que les cinquante copies pressées par McCartney lui-même en 1981 se négocient, sur le marché secondaire, autour de 10 000 à 12 000 livres chacune. Une estimation plus récente, en 2012, évaluait même l’original à 233 000 dollars américains, le plaçant parmi les dix disques vinyles les plus onéreux au monde.
De l’ombre à la lumière : la parution sur « Anthology 1 » (1995)
Il faudra attendre encore quatorze années supplémentaires après le rachat de McCartney pour que le grand public découvre enfin ces deux enregistrements. C’est dans le cadre du vaste projet rétrospectif « Anthology », lancé au début des années 1990 par les trois Beatles survivants — Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr —, en collaboration avec Yoko Ono pour la succession de John Lennon, que le producteur historique George Martin, épaulé par l’historien Mark Lewisohn, entreprend de fouiller les archives d’EMI aux studios d’Abbey Road, les collections privées des musiciens et jusqu’aux bandes pirates envoyées par des fans, afin de reconstituer l’intégralité du parcours du groupe depuis ses tout débuts.
Sur les quelque 600 pièces sonores potentielles ainsi recensées pour l’ensemble du projet, les deux titres captés chez Percy Phillips occupent une place à part : ce sont, chronologiquement, les tout premiers documents sonores de la future légende. Confié à l’ingénieur Peter Mew aux studios d’Abbey Road, le travail de restauration recourt à des outils numériques encore émergents pour l’époque — dont le système Sonic Solutions —, permettant de traiter le souffle, les parasites et les dégradations propres à un support aussi fragile qu’un acétate de plus de trente-cinq ans, sans pour autant en dénaturer la texture sonore originelle, délibérément conservée pour son authenticité documentaire.
« That’ll Be The Day » et « In Spite Of All The Danger » figurent ainsi, en pistes 3 et 4, sur « Anthology 1 », publié le 20 novembre 1995 par Apple Records — un album qui s’impose d’emblée comme un événement commercial mondial, entrant directement à la première place du Billboard 200 américain avec plus de 855 000 exemplaires écoulés lors de sa première semaine d’exploitation, une performance alors inédite pour un disque des Beatles sur le marché américain.
Signification historique : l’acte de naissance d’un tandem légendaire
Au-delà de son intérêt purement documentaire, cette séance du 12 juillet 1958 revêt une portée symbolique considérable dans l’histoire du groupe. Elle marque, en effet, la toute première matérialisation sonore d’une collaboration créative entre deux adolescents qui deviendront, quelques années plus tard, l’un des duos d’auteurs-compositeurs les plus célébrés du vingtième siècle. Que cette première composition conjointe ait été créditée « McCartney-Harrison », et non « Lennon-McCartney », n’enlève rien à sa portée : elle démontre que l’instinct de composer ensemble, de partager la paternité d’une chanson entre plusieurs membres du groupe, précède de peu la formule qui allait s’imposer durablement.
Le contraste entre la modestie du dispositif technique — un salon transformé en studio, un unique microphone, un enregistrement en une seule prise sans possibilité de repentir — et l’ampleur de la postérité de ce document est saisissant. Rien, dans les conditions matérielles de cette après-midi de juillet 1958, ne laissait présager que ce disque deviendrait, plusieurs décennies plus tard, l’un des artefacts les plus recherchés de toute l’histoire du rock, ni que la formule de composition partagée qu’il documente allait devenir la signature créative la plus célèbre de la musique populaire moderne.
Un contexte personnel douloureux : trois jours avant la mort de Julia Lennon
Il est difficile d’évoquer cette séance sans mentionner le contexte tragique qui la suit de très près dans le calendrier personnel de John Lennon. Trois jours seulement après cet enregistrement, le 15 juillet 1958, sa mère, Julia Lennon, est mortellement renversée par une voiture conduite par un policier hors service, non loin du domicile de sa tante Mimi à Woolton. Ce drame, survenu dans les jours qui suivent immédiatement la séance chez Percy Phillips, confère rétrospectivement à ce document sonore une valeur émotionnelle supplémentaire : il s’agit là de l’une des toutes dernières traces documentées de la vie de John Lennon avant ce deuil qui marquera profondément son adolescence, sa personnalité et, par ricochet, l’ensemble de son œuvre à venir.
Cette proximité troublante entre un moment de créativité collective et l’un des drames les plus douloureux de la vie de Lennon illustre, une fois de plus, combien l’histoire des Beatles s’écrit sans cesse à la croisée de la joie créative la plus insouciante et des épreuves personnelles les plus dures. Paul McCartney, orphelin de mère depuis octobre 1956, avait lui-même vécu un deuil similaire moins de deux ans auparavant — une expérience partagée qui contribuera, selon plusieurs biographes, à renforcer le lien singulier unissant les deux jeunes musiciens dès cette période.
Repères chronologiques : de Woolton à Abbey Road
- 6 juillet 1957 : rencontre de John Lennon et Paul McCartney lors de la fête paroissiale de St Peter’s Church, à Woolton.
- Début 1958 : George Harrison, présenté par McCartney, rejoint les Quarrymen après plusieurs auditions informelles.
- Février 1958 : John « Duff » Lowe rejoint le groupe comme pianiste, à l’invitation de McCartney.
- Samedi 12 juillet 1958 : séance d’enregistrement chez Percy Phillips, 38 Kensington Road, Liverpool.
- 15 juillet 1958 : mort accidentelle de Julia Lennon, mère de John Lennon, trois jours après la séance.
- 3 février 1959 : mort de Buddy Holly dans un accident d’avion dans l’Iowa.
- 1960 : adoption du nom « Beatles », clin d’œil revendiqué aux Crickets de Buddy Holly.
- 1960 (date incertaine) : une seconde séance a lieu chez Percy Phillips, réunissant Lennon, McCartney et Harrison pour un enregistrement aujourd’hui perdu d’un titre alors inédit, « One After 909 ».
- 1981 : Paul McCartney rachète l’acétate original à John « Duff » Lowe.
- 1993-1995 : constitution du comité Anthology et travail de recherche et de restauration mené par George Martin et Mark Lewisohn.
- 20 novembre 1995 : parution d’« Anthology 1 », incluant « That’ll Be The Day » et « In Spite Of All The Danger » en pistes 3 et 4.
- 2004 : Record Collector désigne le disque original comme le vinyle le plus précieux au monde.
- 2005 : inauguration d’une plaque bleue commémorative au 38 Kensington Road (mentionnant, par erreur présumée, la date du 14 juillet).
- À partir de 2004-2005 : Paul McCartney interprète « In Spite Of All The Danger » sur scène lors de ses tournées.
Ce qu’en disent les biographes et les historiens du groupe
L’historien Mark Lewisohn, dont l’ouvrage de référence « The Complete Beatles Recording Sessions » constitue depuis 1988 la source documentaire la plus rigoureuse sur l’ensemble de la carrière studio du groupe, consacre à cette séance de 1958 une attention particulière, la présentant comme le point de départ chronologique absolu de toute discographie beatlesienne digne de ce nom. Son travail de recoupement des témoignages successifs de McCartney, Hanton et Lowe a largement contribué à établir la version aujourd’hui la plus communément admise du déroulement de cette après-midi.
Dans son ouvrage biographique consacré à la jeunesse du groupe, « Tune In », Lewisohn revient également sur une seconde séance, plus confidentielle encore, qui se serait tenue chez Percy Phillips en 1960 — cette fois avec seulement Lennon, McCartney et Harrison, accompagnés de leur ami Arthur Kelly, pour une captation aujourd’hui disparue d’un titre alors tout juste esquissé, « One After 909 », qui ne connaîtra sa version officielle que near dix ans plus tard, sur l’album « Let It Be ». Cette anecdote, moins connue du grand public que la séance de 1958, témoigne de la fidélité du jeune groupe envers ce studio artisanal, malgré l’existence d’options plus professionnelles à Liverpool.
Le témoignage de Paul McCartney lui-même, recueilli à de multiples reprises au fil des décennies — dans « The Beatles Anthology » publié en 2000, puis dans son recueil « The Lyrics: 1956 to the Present » paru en 2021 —, demeure la source la plus directe sur la genèse d’« In Spite Of All The Danger ». McCartney y revient à plusieurs occasions sur la paternité réelle du morceau, sur l’influence assumée d’Elvis Presley dans son écriture, et sur l’insouciance de ces années où la notion même de droit d’auteur demeurait, pour ces adolescents de Liverpool, largement abstraite.
D’autres biographes, tels que Philip Norman dans « Shout! » ou Bob Spitz dans sa biographie exhaustive du groupe parue en 2005, reprennent également cet épisode fondateur, tout en soulignant combien il tranche avec l’image ultérieure des Beatles évoluant dans les studios les plus sophistiqués de leur époque. Ce contraste, loin d’être anecdotique, est régulièrement mobilisé par les historiens pour illustrer la trajectoire fulgurante du groupe : du salon amateur de Percy Phillips en 1958 aux consoles quatre-pistes puis huit-pistes d’Abbey Road une poignée d’années plus tard, c’est toute l’histoire de la modernisation accélérée de l’industrie du disque britannique que ce parcours résume à lui seul.
Héritage et postérité : d’un salon de Liverpool à la scène mondiale
L’empreinte laissée par cette séance dépasse très largement le strict cadre documentaire. Paul McCartney lui-même a choisi, à partir du milieu des années 2000, de réintégrer « In Spite Of All The Danger » à son répertoire de scène, l’interprétant lors de sa tournée mondiale entamée en 2004, puis de nouveau lors de ses tournées ultérieures, offrant ainsi à son public la possibilité d’entendre, sous une forme retravaillée, ce tout premier fruit de sa collaboration avec George Harrison. Cette réappropriation scénique, plusieurs décennies après l’enregistrement original, illustre la valeur toute particulière que McCartney continue d’accorder à ce morceau fondateur.
Le studio de Percy Phillips lui-même a fait l’objet, ces dernières années, d’un travail de mémoire patrimoniale approfondi, notamment porté par les descendants de Phillips : Peter Phillips, petit-fils du fondateur, a ainsi supervisé la publication d’un important coffret d’archives sonores en 2018, présenté lors de l’International Beatleweek de Liverpool, qui rassemble une sélection représentative des milliers d’enregistrements réalisés dans ce studio artisanal au fil des décennies — bien au-delà de la seule séance des Quarrymen. Ce travail de valorisation contribue à réinscrire l’histoire de ce studio modeste dans le récit plus large de la scène musicale populaire de Liverpool, dont les Beatles ne constituent, en définitive, que l’expression la plus universellement connue.
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Analyse musicale : sonorité, interprétation et limites techniques
Écouté aujourd’hui, tel que restauré pour « Anthology 1 », le document sonore de 1958 frappe d’abord par son dépouillement. Trois guitares acoustiques, un piano dont le rôle se limite essentiellement à l’arpège introductif emprunté à Jerry Lee Lewis, et une batterie discrète composent l’intégralité de l’instrumentation, captée par un unique microphone placé au centre de la pièce. Cette configuration, dictée par la pauvreté du dispositif technique plutôt que par un choix esthétique délibéré, confère paradoxalement à l’enregistrement une authenticité brute que n’auraient pas produite des conditions studio plus sophistiquées : on y entend un groupe d’adolescents jouer, littéralement, comme ils le faisaient alors dans le salon de McCartney à Forthlin Road lors de leurs répétitions.
Sur « That’ll Be The Day », la voix de Lennon, encore marquée par les intonations empruntées à Buddy Holly, se distingue par un phrasé nasal caractéristique du style rockabilly de l’époque, tandis que les harmonies de McCartney, plus hautes, viennent enrichir le refrain d’une couleur vocale que l’on retrouvera, affinée, dans nombre de duos Lennon-McCartney des années suivantes. Sur « In Spite Of All The Danger », le tempo plus lent et la tonalité mineure évoquent directement l’influence des ballades d’Elvis Presley revendiquée par McCartney, tandis que le bref solo de guitare de George Harrison, hésitant mais reconnaissable, préfigure déjà le style mélodique et économique qui deviendra sa signature au sein des Beatles.
Sur le plan strictement technique, l’enregistrement souffre inévitablement des limites du matériel de Percy Phillips : léger effet de compression dû à la gravure directe, souffle de fond caractéristique des supports acétate, et une balance sonore que l’absence de véritable console de mixage rendait difficile à équilibrer avec précision. Le travail de restauration mené par Peter Mew pour Anthology 1 en 1995, à l’aide d’outils numériques de traitement du son, a permis d’atténuer sensiblement ces artefacts sans dénaturer la texture d’origine — un choix éditorial assumé par l’équipe de George Martin, qui privilégiait la valeur documentaire et historique du témoignage sonore sur une reconstruction artificiellement « nettoyée ».
Une captation en une seule prise : la contrainte comme signature
L’absence de toute possibilité de reprise constitue sans doute l’élément le plus révélateur de cette séance quant à la maturité musicale déjà atteinte par le groupe. Jouer un morceau intégralement en une seule prise, sans filet, devant un inconnu installé dans une cabine voisine, suppose une préparation rigoureuse en amont — précisément ce que confirme le témoignage de Duff Lowe sur les répétitions méticuleuses organisées par McCartney à Forthlin Road avant la séance. Cette discipline de travail, déjà perceptible chez des adolescents de quinze à dix-sept ans, annonce l’exigence perfectionniste que McCartney déploiera plus tard dans les studios d’Abbey Road.
Conclusion : le premier chapitre d’une légende
Soixante-huit ans après cette après-midi de juillet, la séance des Quarrymen chez Percy Phillips continue de fasciner précisément parce qu’elle réunit, dans un format d’une simplicité presque déconcertante, tous les ingrédients de ce que deviendra l’aventure des Beatles : l’admiration sincère pour les modèles américains, la générosité créative d’un partage de crédit entre amis, l’entrelacement permanent entre vie personnelle et vie artistique, et cette capacité, déjà perceptible chez ces adolescents de dix-sept et quinze ans, à transformer un moment mineur en un instant que l’Histoire retiendra.
Que « In Spite Of All The Danger » demeure, encore aujourd’hui, la seule chanson jamais créditée à la fois à McCartney et à Harrison confère à cette séance une dimension proprement unique dans l’ensemble du corpus beatlesien. Elle rappelle que, avant même que le monde n’entende parler de Lennon-McCartney, existait déjà, entre ces jeunes musiciens de Liverpool, cette alchimie collective qui allait redéfinir, pour des générations entières, ce que signifie composer et interpréter une chanson à plusieurs voix.
Correctif factuel
| Correctif factuel : prix, paternité et date, trois points souvent simplifiés
Plusieurs récits populaires consacrés à cette séance ont tendance à trancher, par souci de simplicité narrative, des points que les sources primaires elles-mêmes laissent en suspens. Le prix exact de la séance (11 shillings 3 pence selon le livre de comptes de Phillips, contre 17 shillings 6 pence selon le souvenir de Duff Lowe) n’a jamais été formellement réconcilié. La paternité d’« In Spite Of All The Danger », si elle est revendiquée principalement par Paul McCartney dans ses témoignages les plus récents, demeure officiellement partagée à parts égales avec George Harrison sur l’étiquette d’origine, et aucune source contemporaine de 1958 ne permet de trancher cette question avec certitude absolue. Enfin, la date elle-même (12 ou 14 juillet) repose sur un faisceau d’indices convergents plutôt que sur une preuve irréfutable unique. Yellow-sub.net choisit de retenir, comme la quasi-totalité de la recherche beatlesienne sérieuse, le 12 juillet 1958 et la version de McCartney sur la paternité principale du morceau, tout en signalant explicitement ces zones de débat plutôt que de les gommer. |
Foire aux questions
Pourquoi la date du 12 juillet 1958 est-elle parfois contestée ?
Une plaque commémorative installée en 2005 sur les lieux mentionne le 14 juillet 1958, un lundi. Or le livre de comptes de Percy Phillips ne recense aucune activité de groupe skiffle à cette date précise, alors que l’entrée du samedi 12 juillet correspond exactement, par sa nature, au type de séance décrite par les témoins. La majorité des historiens, s’appuyant notamment sur les mémoires de Colin Hanton publiées en 2018, retiennent donc le 12 juillet comme date la plus probable, tout en signalant la persistance d’un doute résiduel.
Combien la séance a-t-elle coûté aux Quarrymen ?
Le montant exact varie selon les sources : le livre de comptes de Percy Phillips indique 11 shillings et 3 pence, tandis que le pianiste Duff Lowe se souvenait d’une somme de 17 shillings et 6 pence. Quel que soit le montant exact, les cinq musiciens ne disposaient que de 15 shillings le jour même et durent revenir compléter le paiement avant que Phillips ne leur remette le disque.
Qui a réellement écrit « In Spite Of All The Danger » ?
Le morceau est crédité sur l’étiquette du disque à « McCartney-Harrison ». Selon le témoignage ultérieur de Paul McCartney, la chanson serait essentiellement son œuvre, inspirée du style vocal d’Elvis Presley, la contribution de George Harrison se limitant au solo de guitare. Les deux adolescents, alors indifférents aux questions de droit d’auteur, ont néanmoins choisi de partager le crédit d’écriture.
Pourquoi cette chanson est-elle unique dans la discographie des Beatles ?
« In Spite Of All The Danger » demeure, à ce jour, la seule composition jamais créditée conjointement à Paul McCartney et à George Harrison seuls, sans la mention de John Lennon. Aucune autre chanson du répertoire des Beatles ou de leurs formations antérieures ne porte cette signature à deux exclusivement.
Qu’est devenu le disque original après la séance ?
L’unique exemplaire gravé a circulé une semaine chez chacun des cinq musiciens, avant d’échouer durablement chez le pianiste John « Duff » Lowe, qui l’a conservé près de vingt-cinq ans. En 1981, alors qu’il envisageait de le vendre aux enchères, Paul McCartney est intervenu pour le racheter directement.
Pourquoi le public n’a-t-il découvert ces enregistrements qu’en 1995 ?
Après son rachat par McCartney en 1981, le disque a d’abord été restauré à usage privé, avant que les deux titres ne soient officiellement intégrés, quatorze ans plus tard, à la compilation « Anthology 1 » parue en novembre 1995, dans le cadre du vaste projet de rétrospective mené par George Martin et Mark Lewisohn.
Existe-t-il d’autres enregistrements réalisés chez Percy Phillips par les futurs Beatles ?
Selon l’historien Mark Lewisohn, une seconde séance, plus confidentielle, aurait eu lieu vers 1960 dans le même studio, réunissant Lennon, McCartney et Harrison pour une captation aujourd’hui perdue du titre « One After 909 », qui ne paraîtra officiellement qu’en 1970 sur l’album « Let It Be ».
Combien vaut aujourd’hui le disque original ?
Les estimations varient selon les sources et les années : le magazine Record Collector l’évaluait à environ 100 000 livres sterling en 2004, tandis qu’une estimation de 2012 le situait autour de 233 000 dollars américains, le classant parmi les dix disques vinyles les plus chers jamais recensés.
Que sont devenus Colin Hanton et Duff Lowe après cette séance ?
Les deux musiciens quittent les Quarrymen peu après cet enregistrement, laissant le noyau Lennon-McCartney-Harrison poursuivre seul l’aventure vers ce qui deviendra les Beatles. Colin Hanton publiera en 2018 ses mémoires, « Pre:Fab! », tandis que John « Duff » Lowe, devenu cadre bancaire, ne renouera avec la musique et son ancien groupe que ponctuellement, avant de rejoindre une reformation des Quarrymen en 1994 aux côtés de Rod Davis. Il est décédé le 22 février 2024, à l’âge de 81 ans.
Pourquoi le nom « Beatles » n’apparaît-il pas sur ce disque ?
En juillet 1958, le groupe se produit encore sous le nom des Quarrymen ; l’adoption du nom « Beatles », clin d’œil revendiqué aux Crickets de Buddy Holly, n’interviendra qu’en 1960, après plusieurs changements de dénomination intermédiaires (Johnny and the Moondogs, puis Silver Beetles). L’étiquette du disque de 1958 ne porte d’ailleurs aucune mention du nom du groupe, uniquement des instructions techniques de lecture.
Glossaire des entités et notions clés
| Quarrymen | Groupe de skiffle fondé par John Lennon en mars 1957 à Liverpool, ancêtre direct des Beatles, dont le nom fait référence à la Quarry Bank High School fréquentée par Lennon. |
| Skiffle | Style musical populaire au Royaume-Uni durant les années 1950, mêlant folk, blues et jazz, exécuté avec des instruments souvent improvisés (tea-chest bass, planche à laver). |
| Percy F. Phillips | Commerçant en électroménager de Liverpool devenu, à titre amateur, propriétaire et exploitant d’un studio d’enregistrement installé dans le salon de sa maison du 38 Kensington Road. |
| Acétate (disque) | Disque support d’enregistrement composé d’un disque d’aluminium recouvert d’une fine couche de laque (nitrocellulose), utilisé pour la gravure directe et rapide de sons, mais s’usant vite à l’écoute répétée. |
| John « Duff » Lowe | Pianiste ponctuel des Quarrymen en 1958, camarade de McCartney au Liverpool Institute, conservateur du disque original pendant près de vingt-cinq ans avant sa revente à McCartney en 1981. |
| Colin Hanton | Batteur des Quarrymen présent lors de la séance du 12 juillet 1958, auteur de mémoires publiées en 2018 sous le titre « Pre:Fab! ». |
| Anthology 1 | Premier volume d’une trilogie de compilations rétrospectives des Beatles, parue le 20 novembre 1995, incluant pour la première fois au public les enregistrements de 1958 chez Percy Phillips. |
| Mark Lewisohn | Historien britannique spécialiste des Beatles, auteur notamment de « The Complete Beatles Recording Sessions » (1988) et de la biographie « Tune In » (2013), sources documentaires majeures sur cette séance. |
| Buddy Holly | Auteur-compositeur-interprète américain (1936-1959), influence revendiquée majeure de John Lennon, dont le nom du groupe The Crickets inspirera indirectement celui des Beatles. |
| 38 Kensington Road | Adresse liverpuldienne du studio de Percy Phillips, aujourd’hui signalée par une plaque bleue commémorative installée en 2005. |
Sources et bibliographie
- Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, Hamlyn / EMI, 1988.
- Mark Lewisohn, Tune In: The Beatles — All These Years, Volume One, Crown Archetype, 2013.
- Paul McCartney, The Lyrics: 1956 to the Present, Liveright / Allen Lane, 2021.
- The Beatles, The Beatles Anthology, Chronicle Books, 2000.
- Hunter Davies, The Quarrymen, Omnibus Press, 2001 (édition augmentée).
- Colin Hanton, Pre:Fab! (mémoires), 2018.
- The Beatles Bible, pages consacrées à la séance du 12 juillet 1958 et à « In Spite Of All The Danger » (beatlesbible.com).
- The Paul McCartney Project, fiches de séance « The first recording session by the Quarry Men » (the-paulmccartney-project.com).
- Phillips Sound Recording Services — archive officielle de la famille Phillips (phillipsacetates.com).
- Beatles Wiki (Fandom), page consacrée à « In Spite of All the Danger ».
- com, fiche officielle « In Spite Of All The Danger ».
- Rare Record Guide / Record Collector, estimations de valeur du 78 tours original (2004, 2022).














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