En bref — Il a raté l’audition de la maîtrise de sa cathédrale, écrit un tube sous un faux nom pour vérifier que son vrai nom ne servait à rien, produit clandestinement le seul succès d’un groupe comique anglais, gravé un album vendu uniquement en Union soviétique, été nommé aux Grammy dans la catégorie « musique alternative » face à Radiohead, chanté en direct pour deux hommes en orbite, et attaqué Sony devant un tribunal fédéral américain pour récupérer « Love Me Do ». Voici vingt faits documentés — dates, sources, citations — qui ne figurent pas dans les biographies grand public.
Sommaire
Pourquoi vingt faits, et pourquoi ceux-là
Paul McCartney est probablement le musicien vivant sur lequel on a écrit le plus de pages en langue anglaise. Cette abondance a un effet pervers : elle a fabriqué un récit standard — Liverpool, la mort de la mère, la rencontre de Woolton, la Höfner, Yesterday, la séparation, Wings, le retour triomphal — que l’on retrouve à l’identique d’un livre à l’autre. Tout ce qui n’entre pas dans ce moule tombe hors-champ.
Or ce hors-champ est immense. Il contient un homme d’affaires redoutable, un peintre exposé en Allemagne avant de l’être en Angleterre, un producteur qui refuse de signer ses productions, un compositeur de musique de film récompensé avant même la fin des Beatles, un plaideur qui a utilisé un article obscur du code américain de la propriété intellectuelle pour reprendre ce qu’on lui avait pris, et un artiste d’avant-garde suffisamment sérieux pour être mis en concurrence avec Kid A.
Les vingt entrées qui suivent ont été choisies selon trois critères. Premièrement, elles reposent sur des sources vérifiables — actes de justice, communiqués officiels, entretiens datés, fiches de séance — et non sur des anecdotes de seconde main. Deuxièmement, elles apprennent quelque chose même à un lecteur qui connaît déjà bien la discographie : on a écarté « Yesterday s’appelait d’abord Scrambled Eggs » et autres classiques de la conversation de bar. Troisièmement, chacune ouvre sur autre chose qu’elle-même : un mécanisme économique, une pratique de studio, une bataille juridique, une question de méthode.
Une remarque de méthode sur les sources
Plusieurs de ces faits circulent sur le web dans des versions abîmées : une date fausse recopiée d’une fiche à l’autre, un nom mal orthographié, un chiffre gonflé. Nous les signalons au fil du texte et les récapitulons dans un tableau de correctifs en fin d’article. Sur ce site, cette pratique est constante ; on la retrouve par exemple dans notre enquête sur les dix grandes légendes urbaines des Beatles et dans notre dossier sur « Carnival of Light », le plus célèbre inédit du groupe.
1. Il a raté l’audition de la maîtrise de la cathédrale de Liverpool — et il y est revenu quarante ans plus tard avec un oratorio
À onze ans, le jeune James Paul McCartney se présente à la cathédrale anglicane de Liverpool pour passer l’audition de choriste. Il échoue. Ce n’est pas une anecdote reconstruite après coup : il l’a racontée lui-même, publiquement, depuis la nef de cette même cathédrale, le soir où l’on enregistrait son Liverpool Oratorio en juin 1991. Il se souvenait, dit-il, d’être venu là à onze ans pour l’audition de la maîtrise, et de l’avoir ratée.
Ce que révèle le motif de la candidature
Dans The Lyrics: 1956 to the Present, McCartney donne un détail que les résumés omettent systématiquement, et qui est pourtant le plus éclairant : l’intérêt de la maîtrise n’était pas musical mais matériel. Devenir choriste donnait droit à des livres gratuits en récompense, et ses parents tenaient à ce qu’il ait des livres gratuits. On est en 1953, dans une famille ouvrière de Liverpool où le budget culturel se compte en shillings. Le futur homme le plus riche du rock britannique passe une audition pour obtenir des livres qu’on ne peut pas acheter.
Une blessure qui dure quarante ans
Il note dans le même livre qu’il ressentait encore la piqûre de ce refus près de quarante ans plus tard, et il ajoute que chacun garde en soi une déception d’enfance qui ne disparaît jamais tout à fait. La remarque est d’autant plus frappante qu’elle vient d’un homme dont la carrière est une accumulation ininterrompue de succès. On mesure mal, aujourd’hui, à quel point l’échec précoce structure les tempéraments : on retrouve le même ressort chez le McCartney maniaque du détail que nous avons décrit dans notre article sur son perfectionnisme.
Le retour de 1991
Liverpool Oratorio, coécrit avec le chef d’orchestre Carl Davis, a été commandé pour les cent cinquante ans du Royal Liverpool Philharmonic. L’œuvre a été enregistrée en public à la cathédrale de Liverpool les 18 et 29 juin 1991, avec Kiri Te Kanawa en soprano, Willard White en basse, le Royal Liverpool Philharmonic Choir et — détail savoureux — les choristes de la cathédrale, c’est-à-dire les successeurs exacts de ceux qui l’avaient refusé. McCartney qualifie lui-même l’occasion de douce-amère.
Ce que cela dit de son rapport à la musique savante
McCartney reconnaît volontiers qu’il ne lit pas la musique et qu’il ne l’écrit pas davantage. Il l’a redit au moment d’Ocean’s Kingdom, son ballet pour le New York City Ballet créé en 2011 : l’orchestre le regardait, dit-il, comme s’il était fou, et à la moindre question technique il n’avait aucune idée de la réponse. Il a néanmoins signé, en trente ans, un oratorio, Standing Stone (1997), Ecce Cor Meum (2006) et un ballet. Sur son travail avec l’homme qui lui a servi d’interface avec l’écriture orchestrale pendant les années Beatles, voir notre portrait de George Martin en dehors des Beatles.
2. La première publication solo d’un Beatle est une musique de film — et elle est parue chez Decca
On répète que Wonderwall Music de George Harrison, sorti en novembre 1968, est le premier disque solo d’un Beatle. C’est faux d’environ vingt-deux mois. Le 6 janvier 1967, Decca publie The Family Way (Original Soundtrack Album), référence SKL 4847 : une musique de film composée par Paul McCartney, arrangée, produite et dirigée par George Martin, créditée au « George Martin Orchestra ».
Le film et la commande
The Family Way est une comédie dramatique britannique réalisée par Roy Boulting et produite par son frère jumeau John, d’après la pièce All In Good Time de Bill Naughton (1963), avec John Mills et sa fille Hayley. Ce sont les frères Boulting qui sont venus chercher McCartney. Il a raconté avoir été flatté qu’on lui propose d’écrire pour le cinéma et avoir trouvé le film excellent — puissant, émouvant, un peu sentimental mais juste pour son époque.
Un choix esthétique très personnel
McCartney voulait de la musique de fanfare de cuivres. Il explique que les Beatles avaient exploré beaucoup de genres, mais que le brass band restait peut-être trop « nordiste », trop associé à une certaine imagerie populaire anglaise. Il l’aimait pourtant : son père avait joué de la trompette, son grand-père avait été membre d’une fanfare. Il a donc composé deux thèmes, que George Martin a développés et orchestrés en une partition de vingt-cinq minutes environ.
Le calendrier, et l’aveu de George Martin
Le travail a été bouclé dans l’urgence, en décembre 1966, aux studios CTS de Londres, au moment même où les Beatles enregistraient « Strawberry Fields Forever ». Le film sortait le 18 décembre. Martin a lâché la formule qui a fait le tour de la profession : si la musique donne l’impression d’avoir été terminée à la hâte, c’est parce qu’elle l’a été. On notera que la violoncelliste Joy Hall figure parmi les musiciens de la séance — la même que celle de « Strawberry Fields Forever », dont nous avons montré ailleurs qu’elle est la véritable première femme entendue sur un disque des Beatles.
Un prix, et un lyricist manqué
Le thème principal, « Love in the Open Air », a reçu l’Ivor Novello Award du meilleur thème instrumental. McCartney a raconté que Johnny Mercer avait failli en écrire les paroles, et qu’à l’époque il ignorait qui était Johnny Mercer ; il a compris plus tard qu’il avait laissé passer le plus grand parolier de la chanson américaine. L’album n’a été classé ni au Royaume-Uni ni aux États-Unis. Dernière ironie : c’est Decca, la maison qui avait refusé les Beatles en 1962, qui publie ce disque primé.
Correctif factuel — La date de l’Ivor Novello est donnée tantôt comme 1967, tantôt comme mai 1968 selon les sources. La cérémonie récompense l’année précédente, ce qui explique le flottement ; la mention « premier Ivor Novello solo de Paul » renvoie à une remise en mai 1968. Par ailleurs, la primauté de The Family Way sur Wonderwall Music est parfois contestée au motif qu’il s’agit d’une bande originale créditée à un orchestre — mais Wonderwall Music est également une bande originale, l’argument ne tient donc pas.
3. « Bernard Webb » : l’expérience en aveugle qu’il a menée sur son propre nom
En 1965, McCartney écrit une chanson intitulée « Woman » et la destine à Peter and Gordon — le duo dont Peter Asher est le frère de Jane Asher, sa compagne d’alors. Il avait déjà donné trois titres au duo sous la signature Lennon-McCartney : « A World Without Love » (numéro un des deux côtés de l’Atlantique), « Nobody I Know » et « I Don’t Want to See You Again ». Cette fois, il décide de retirer son nom.
Le motif exact, dans ses mots
Il s’en est expliqué en 1992 dans Club Sandwich, le bulletin de son fan-club. Il était agacé que tout ce qui portait la mention Lennon-McCartney devienne automatiquement un succès, particulièrement chez Peter and Gordon ; il parle d’une crise de conscience, dit qu’il trouvait excessif que la seule signature suffise, et qu’il voulait vérifier s’il était possible de contourner cet effet. Il a donc demandé l’autorisation à Dick James, l’éditeur des Beatles. James a tiqué — cela se vend mieux avec votre nom dessus — avant de céder devant l’argument massue : vous avez déjà « Yesterday », laissez-moi essayer.
Le dispositif
Le pseudonyme choisi est Bernard Webb, présenté comme un étudiant vivant à Paris et rigoureusement indisponible pour les interviews. Le single sort le 10 janvier 1966 chez Columbia (EMI) au Royaume-Uni et chez Capitol aux États-Unis, avec « Wrong from the Start » en face B. Détail pour collectionneurs : certains pressages Capitol portent non pas Bernard Webb mais « A. Smith ».
Le résultat, et la fuite
« Woman » atteint la quatorzième place aux États-Unis et la vingt-huitième au Royaume-Uni. Honorable, mais très en deçà des trois précédents. Surtout, l’identité de l’auteur a fuité au bout d’une quinzaine de jours, ce qui ruine la validité de l’expérience. McCartney a raconté la scène qui lui a fait comprendre que la couverture était grillée : lors d’un concert, il a vu une banderole proclamant « Longue vie à Bernard Webb ». Il a conclu, avec un fatalisme amusé, qu’il faudrait un protocole expérimental réellement contrôlé pour mesurer ce que valent les noms — et qu’il n’en avait pas le courage.
Ce que l’épisode démontre vraiment
Il démontre surtout que McCartney avait, dès vingt-trois ans, une conscience aiguë de la différence entre valeur d’usage et valeur de marque. C’est le même homme qui, dix ans plus tard, achètera des catalogues d’édition musicale — voir le point 8. Sur la fabrique du crédit Lennon-McCartney et ses ambiguïtés, on se reportera à notre dossier sur la rivalité entre Lennon et McCartney et à notre enquête sur les auteurs-compositeurs qui ont fabriqué Lennon-McCartney.
4. « Apollo C. Vermouth » : il a produit anonymement le seul tube du Bonzo Dog Band
« I’m the Urban Spaceman », écrit par Neil Innes et enregistré par le Bonzo Dog Doo-Dah Band, est le seul succès commercial de ce groupe de rock comique londonien. Il est produit par Paul McCartney, crédité « Apollo C. Vermouth ». Le pseudonyme n’est d’ailleurs pas de lui : il a été inventé par Vivian Stanshall, le chanteur du groupe.
Pourquoi les Bonzos
Les Beatles connaissaient bien la formation : ce sont les Bonzos qui accompagnent la séquence de strip-tease dans Magical Mystery Tour. Leur humour anarchique aurait logiquement dû attirer Lennon ; c’est pourtant McCartney qui s’est déplacé en studio. Le titre paraît en single en 1968 et figure ensuite sur l’album Tadpoles (1969).
Une pratique, pas un accident
McCartney a réutilisé le même pseudonyme pour une production destinée à Jackie Lomax, artiste du label Apple, sur laquelle Ringo Starr tient la batterie. On est donc face à une habitude de travail : produire pour d’autres sans mettre son nom, exactement comme il avait composé pour Peter and Gordon sans mettre son nom. Sur son activité de découvreur chez Apple, notre article consacré à Brian Epstein replace le contexte de l’après-1967, quand les Beatles gèrent eux-mêmes leurs affaires.
Correctif factuel — De nombreuses fiches attribuent à « Clint Harrigan » les notes de pochette de Live and Let Die. C’est inexact : Clint Harrigan est le pseudonyme sous lequel McCartney a rédigé les notes de pochette de Wild Life, le premier album des Wings (1971).
5. « Paul Ramon » : le faux nom d’un adolescent écossais est devenu le nom des Ramones
Mai 1960. Les Silver Beetles décrochent une tournée en Écosse comme groupe d’accompagnement du chanteur Johnny Gentle. Puisqu’ils sont désormais professionnels, ils décident de se donner des noms de scène. McCartney devient Paul Ramon, qu’il juge « convenablement exotique » ; il croit, à tort, que c’est français, et raconte que les jeunes Écossaises lui demandaient si c’était son vrai nom. Stuart Sutcliffe devient Stuart de Staël, d’après le peintre Nicolas de Staël. George Harrison devient Carl Harrison, d’après Carl Perkins. Quant à Lennon, McCartney insiste : contrairement à la légende du Beatle trop fier pour changer de nom, il s’appelait Long John.
La transmission new-yorkaise
McCartney a conservé l’habitude de descendre à l’hôtel sous le nom de Paul Ramon pour échapper aux fans. Au début des années 1970, Douglas Colvin, bassiste d’un groupe naissant du Queens, lit quelque part que McCartney utilise cet alias. Il se rebaptise Dee Dee Ramone — en ajoutant un « e » final — et propose que tous les membres du groupe adoptent le même patronyme pour marquer leur unité. Johnny Ramone puis Marky Ramone ont confirmé la filiation en interview.
Un pseudonyme réactivé en 1969, puis en 2002
McCartney a ressorti « Paul Ramon » sur un disque de 1969 — voir le point suivant — et l’a repris comme clin d’œil scénique lors d’un concert diffusé sur son site en 2002, où il s’est présenté sous ce nom pendant les présentations du groupe. Le titre « Ram On » sur l’album Ram (1971) et le titre même de l’album jouent sur la même syllabe.
6. Le 9 mai 1969, seul et furieux à Olympic, il enregistre un morceau pour Steve Miller
C’est l’un des documents les plus révélateurs de la fin des Beatles, et presque personne ne l’écoute. Ce soir-là, aux studios Olympic de Londres, les quatre Beatles et Allen Klein se réunissent pour signer le contrat de management. McCartney refuse. La dispute est violente ; les trois autres partent avec Klein. McCartney reste seul dans le studio.
Le récit de McCartney
Il l’a raconté à Barry Miles pour Many Years from Now. Steve Miller passait par là, en train d’enregistrer tard dans la nuit, et a demandé si le studio était libre. McCartney a répondu qu’il l’était visiblement, et a demandé à jouer de la batterie, expliquant en une dizaine de minutes qu’il venait d’avoir une engueulade monumentale avec les autres. Il fallait, dit-il, qu’il tape sur quelque chose pour l’évacuer.
Le morceau
Le titre s’appelle « My Dark Hour ». Il clôt Brave New World, troisième album du Steve Miller Band, sorti en juin 1969 et produit par Glyn Johns — le même Glyn Johns qui travaillait alors sur les bandes Get Back. McCartney y joue la basse, la batterie et chante les chœurs, sous le nom de Paul Ramon. Il a lui-même décrit le résultat : une surabondance de breaks de batterie agressifs, c’est tout ce qu’il y a à en dire. Il ajoute que c’était une période très étrange de sa vie et qu’il jure avoir vu apparaître ses premiers cheveux blancs ce mois-là.
Le prolongement inattendu
Le riff de guitare de « My Dark Hour » a été recyclé sept ans plus tard par Steve Miller pour « Fly Like an Eagle », l’un des plus gros succès américains des années 1970. Le motif qui accompagne la colère de McCartney contre Allen Klein est donc devenu, par un détour, un standard des radios FM. Sur les conséquences de cette soirée, voir notre dossier sur les trois démissions qui ont précédé la séparation et sur la fabrication de Let It Be.
Correctif factuel — Le crédit sur le disque est « Paul Ramon », sans « e » final ; beaucoup de sources écrivent « Paul Ramone », par contamination avec le groupe américain. Par ailleurs, la liste des instruments varie : les fiches de référence retiennent basse, batterie et chœurs ; certaines sources y ajoutent la guitare, sans document à l’appui. Enfin, l’affirmation selon laquelle McCartney aurait « coécrit » le morceau n’est étayée par aucun dépôt : la chanson est créditée à Steve Miller.
7. Il a joué du washboard sur la seule chanson que son père ait jamais écrite
Jim McCartney, représentant en coton puis surveillant d’usine, avait dirigé dans les années 1920 une formation de danse baptisée Jim Mac’s Jazz Band. Il avait composé — ou plutôt, selon ses propres termes, « inventé » — un instrumental de style Dixieland intitulé « Walking in the Park with Eloise ». Son fils, tout petit, l’écoutait le jouer assis au pied du piano familial de Forthlin Road.
Nashville, juillet 1974
Les Wings passent l’été 1974 à Nashville. Un soir, à table avec Chet Atkins, McCartney joue le morceau de son père. Atkins insiste pour qu’on l’enregistre — ce serait un beau cadeau pour Jim. La séance a lieu le 16 juillet 1974 aux Soundshop Recording Studios. Le personnel est spectaculaire : Chet Atkins à la guitare électrique, Floyd Cramer au piano, Bobby Thompson au banjo, Bill Puitt à la clarinette, Denis Good au trombone, Don Sheffield à la trompette, Denny Laine à la guitare acoustique, Geoff Britton à la batterie. Paul McCartney, lui, tient la basse et le washboard.
Le nom du groupe
Le single paraît le 18 octobre 1974 au Royaume-Uni (EMI 2220) et le 2 décembre aux États-Unis, crédité « The Country Hams ». McCartney a confirmé l’origine du nom : le Loveless Café de Nashville, dont l’enseigne annonçait des « country hams », et dont le parking est l’endroit où il avait rencontré Chet Atkins et Jerry Reed. La face B, « Bridge on the River Suite », est un instrumental signé Paul et Linda McCartney.
La réaction de Jim McCartney
Le disque n’est pas entré au classement. Peu importe : McCartney a raconté que son père avait adoré, tout en étant trop pudique pour l’avouer et franchement gêné par la publicité. Il se souvient de son émotion à la première écoute et de sa protestation — tu n’aurais pas dû te donner cette peine. En 1982, invité de Desert Island Discs sur la BBC, McCartney a choisi ce morceau parmi ses huit disques ; le single a été réédité pour l’occasion. Le titre a rejoint le catalogue officiel avec la réédition Archive Collection de Venus and Mars en 2014. Sur cette période, voir notre article sur les Wings et notre portrait du guitariste Henry McCullough.
Correctif factuel — Le crédit d’auteur porte le seul nom de James McCartney, mais les paroles originales, jamais enregistrées, avaient été écrites par son frère Joseph. Le morceau est donc l’œuvre de deux McCartney de la génération précédente, et non d’un seul.
8. Il possède Buddy Holly et une bonne part de Broadway — mais pas les chansons des Beatles
C’est le paradoxe économique le mieux connu du rock et le plus mal expliqué. MPL Communications, la société de McCartney, contrôle plus de vingt-cinq mille chansons. En 1976, elle a racheté les droits nord-américains du catalogue Edwin H. Morris & Co. — ce qui lui donne des pans entiers du répertoire de Broadway — et l’essentiel des compositions de Buddy Holly. En 2003, elle a ajouté l’œuvre de Carl Perkins. Le catalogue comprend aussi Fats Waller, Bessie Smith, Bert Berns et, via un accord conclu avec CBS en 1979, le catalogue de Frank Loesser, donc « Baby, It’s Cold Outside ».
Le prix, et le rendement
John Eastman, beau-frère et avocat de McCartney, a donné le chiffre à Philip Norman pour Paul McCartney: The Life : la société d’édition de Buddy Holly, avec « Not Fade Away » et « That’ll Be the Day », a été acquise pour cent cinquante mille dollars — une somme que le catalogue rapporte plusieurs fois chaque année. En 1979, Lee Eastman déclarait au Washington Post que MPL était devenu un empire et le premier éditeur indépendant du Royaume-Uni. En 1984, dans un entretien à Playboy donné avec Linda, McCartney estimait gagner à peu près autant par l’édition que par Apple.
La Buddy Holly Week
L’acquisition Holly s’est accompagnée d’un rituel : le 7 septembre 1976, jour du quarantième anniversaire de la naissance de Holly, McCartney lance la première Buddy Holly Week, du 7 au 14 septembre. Elle s’est répétée chaque année jusqu’en 1999. Le déjeuner inaugural se tenait à l’Orangery de Holland Park, avec pour invité d’honneur Norman Petty, le producteur et coauteur de Holly, et une assistance qui comptait Denny Laine, Elton John, Eric Clapton, Roger Daltrey, des membres de Queen et de 10cc.
La conséquence discographique
C’est John Eastman qui a suggéré à Denny Laine d’enregistrer un album puisé dans le catalogue nouvellement acquis. Il en est sorti Holly Days (mai 1977), onze reprises de Holly, produites par McCartney, enregistrées en août 1976 au Rude Studio de Campbeltown, en Écosse, sur un quatre-pistes. McCartney y pose les pistes de base, Laine chante, les McCartney harmonisent : c’est un album des Wings qui ne dit pas son nom.
Correctif factuel — La date d’acquisition du catalogue Holly est incertaine : certaines chronologies la placent en février 1973, d’autres en 1976, année du lancement de la Buddy Holly Week. La fiche Wikipédia de MPL retient 1976 pour Morris et Holly ; des bases de données spécialisées mentionnent 1973 pour Holly seul. En l’absence d’un acte public, on retiendra que l’opération est antérieure ou contemporaine à septembre 1976.
9. En 2017, il a attaqué Sony devant un tribunal fédéral pour reprendre « Love Me Do »
Le 18 janvier 2017, une plainte est déposée devant le tribunal fédéral du district sud de New York : McCartney v. Sony/ATV Music Publishing LLC et al. Le demandeur y est désigné sous son nom d’état civil, Sir James Paul McCartney. L’objet : obtenir un jugement déclaratoire confirmant qu’il pourra reprendre sa part de droits sur plus de deux cent soixante compositions, dont « I Want to Hold Your Hand », « Yesterday » et « Hey Jude ».
Le mécanisme juridique
L’arme s’appelle la section 304(c) du Copyright Act de 1976. Elle crée, au bénéfice des auteurs, un droit de reprise auquel il est impossible de renoncer par contrat, portant sur toute cession antérieure au 1er janvier 1978. L’auteur — ou ses ayants droit — peut mettre fin à la cession en notifiant le titulaire des droits pendant une fenêtre de cinq ans qui s’ouvre cinquante-six ans après l’enregistrement du copyright. McCartney avait commencé à envoyer ses notifications au Copyright Office dès 2008, et les a échelonnées jusqu’en 2015. La première chanson concernée était « Love Me Do », dont la date d’effet tombait le 5 octobre 2018.
Pourquoi attaquer alors que Sony n’avait rien contesté
C’est le point que les résumés manquent. Sony/ATV n’avait pas répondu négativement aux notifications ; l’entreprise refusait simplement de confirmer par écrit qu’elle ne contesterait pas. La raison est une décision anglaise rendue en décembre 2016 dans l’affaire opposant Sony/ATV à Duran Duran : la High Court avait jugé que le contrat, soumis au droit anglais, cédait l’intégralité des droits pour toute leur durée et interdisait implicitement aux membres du groupe d’exercer un droit américain qui aurait pour effet d’y mettre fin avant terme. Autrement dit, exercer son droit américain pouvait constituer une rupture de contrat au Royaume-Uni.
La citation qui figure dans la plainte
La plainte rapporte que, peu avant la décision Gloucester Place Music, le vice-président exécutif de Sony/ATV chargé des affaires commerciales, Peter Brodsky, avait indiqué à l’avocat de McCartney, Lee Eastman, que son client serait sans doute davantage disposé à discuter de ses copyrights si Sony/ATV gagnait contre Duran Duran. La plainte y voit une réserve de droits déguisée.
Le dénouement
L’affaire s’est arrêtée avant tout jugement. Le 29 juin 2017, l’avocat de McCartney, Michael Jacobs, adresse au tribunal une lettre indiquant que les parties ont conclu un accord transactionnel confidentiel et demandent conjointement le classement de l’affaire. Le juge Edgardo Ramos ordonne le désistement sans préjudice, en se réservant la possibilité de rouvrir le dossier en cas de litige. Les termes n’ont jamais été publiés. Concrètement, les compositions ont commencé à revenir vers MPL à partir de la fin des années 2010 : « P.S. I Love You » figure parmi les titres réintégrés.
Le rappel du contexte
Michael Jackson avait acquis le catalogue ATV en 1985 pour 41,5 millions de dollars ; il en avait revendu la moitié à Sony en 1995 pour créer Sony/ATV ; en mars 2016, la succession Jackson a cédé les 50 % restants à Sony pour 750 millions de dollars. Sur la manière dont McCartney a lui-même expliqué à Jackson l’intérêt de l’édition musicale, voir notre dossier sur sa fortune. Sur son engagement plus récent en matière de droits d’auteur, voir notre article sur sa mobilisation face à l’intelligence artificielle.
10. Il a publié un album vendu uniquement en Union soviétique
Les 20 et 21 juillet 1987, à Hog Hill Mill, son studio du Sussex, McCartney enregistre en deux jours une vingtaine de reprises de rock ‘n’ roll des années 1950 avec trois musiciens de séance. L’exercice ressemble beaucoup à ce que Lennon avait fait sur Rock ‘n’ Roll en 1975. Ce qui suit, en revanche, n’a aucun équivalent.
L’idée de départ : une contrebande fictive
McCartney voulait publier le disque au Royaume-Uni hors des circuits de distribution normaux, de manière à faire croire qu’il avait été introduit clandestinement depuis l’Union soviétique. EMI a refusé — l’idée n’avait aucune logique industrielle. Le manager de McCartney a néanmoins fait presser une petite série de disques avec une pochette en russe, comme cadeau de Noël. C’est ce cadeau qui a donné à McCartney l’idée réelle : publier l’album en URSS, pour de bon, dans l’esprit de la glasnost.
L’accord Melodiya
Un accord est conclu avec Melodiya, la maison de disques d’État soviétique, pour une licence de quatre cent mille exemplaires destinés au seul marché soviétique, sans exportation. Selon un article de la Komsomolskaïa Pravda du 11 février 1990, l’idée serait venue à McCartney au printemps 1987, après une rencontre avec le critique Artemy Troitsky, auteur d’un livre intitulé Back in the USSR: The True Story of Rock in Russia. Le contrat aurait été signé en avril 1988.
Le disque
L’album sort le 31 octobre 1988. Son titre, écrit en cyrillique — Снова в СССР —, se translittère « Snova v SSSR » et signifie « Back in the U.S.S.R. ». Les collectionneurs occidentaux le connaissent sous la graphie latine trompeuse « CHOBA B CCCP ». Le premier tirage, cinquante mille exemplaires et onze titres, est épuisé presque immédiatement ; un second pressage de décembre 1988 porte le total à treize titres en ajoutant « I’m Gonna Be a Wheel Someday » et « Summertime ». La pochette a été conçue par Michael Ross à partir d’une photographie de Linda McCartney, prise à l’époque de Ram et placée dans une étoile rouge.
Le renversement du privilège
L’intention est explicitement politique au sens le plus doux du terme. McCartney voulait offrir aux fans soviétiques, qui n’avaient accès à ses disques que par des copies pirates, un objet que le reste du monde ne pourrait pas se procurer. L’inversion a fonctionné : le disque est devenu, en Occident, l’un des imports les plus recherchés de la décennie. Il n’est paru mondialement qu’en 1991, après la dissolution de l’Union soviétique, avec un titre bonus, « I’m in Love Again ».
Correctif factuel — Deux points fluctuent selon les sources. Le rang de l’album dans la discographie solo est donné tantôt comme le septième, tantôt comme le huitième album studio, selon que l’on compte ou non les disques signés Wings et les projets parallèles. Le nombre de titres gravés pendant la séance varie de vingt à vingt-deux. Enfin, la pochette ne porte pas des lettres latines mais du cyrillique : « CHOBA B CCCP » est une lecture erronée, très répandue chez les collectionneurs non russophones.
11. Il a été nommé au Grammy du meilleur album de musique alternative, face à Kid A
En 2000, le peintre Peter Blake — auteur de la pochette de Sgt. Pepper — prépare une exposition consacrée au collage à la Tate Liverpool. Il demande à McCartney une pièce sonore qui aurait l’esprit de Liverpool. Le résultat, publié le 21 août 2000 sous le titre Liverpool Sound Collage, est un disque de cinquante-huit minutes de musique concrète.
De quoi il est fait
Cinq plages. McCartney a parcouru les rues de Liverpool avec un enregistreur, interrogeant des passants ahuris sur ce qu’ils pensent de leur ville et des Beatles : on y entend des étudiants de la LIPA, le bruit de la Mersey, et la marchande de frites chez qui il se fournit quand il revient au pays. Il y a mêlé des extraits de son Liverpool Oratorio de 1991 et, surtout, des chutes de bandes de studio des Beatles — bavardages, plaisanteries, essais — provenant de séances étalées entre 1965 et 1969.
Les collaborateurs et une anecdote de coffre-fort
Le disque est cocrédité aux Beatles, aux Super Furry Animals et à Youth, le partenaire de McCartney dans The Fireman. Gruff Rhys, des Super Furry Animals, a raconté avoir vu arriver à leur bureau une pile de boîtes de bandes poussiéreuses expédiées par Apple Corps, accompagnées d’une lettre pesante précisant que ces bandes contenaient du matériel inédit des Beatles et ne devaient être diffusées nulle part ailleurs. C’est Cian Ciarán qui a réalisé un mixage à partir du matériau collecté par McCartney, et Youth qui a donné la touche finale.
La nomination
Liverpool Sound Collage a été nommé au Grammy 2001 du meilleur album de musique alternative. Les autres nommés étaient Kid A de Radiohead, Bloodflowers de The Cure, Midnite Vultures de Beck et When the Pawn… de Fiona Apple. C’est Radiohead qui l’a emporté. Un homme de cinquante-huit ans, deux fois intronisé au Rock and Roll Hall of Fame, se retrouvait donc en compétition dans la catégorie censée récompenser la marge — et il n’y était pas ridicule.
Une révélation tardive
En 2017, on a établi que le refrain de la dernière plage, « Free Now », était construit à partir de la prise 9 du morceau-titre de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Sur le goût de McCartney pour l’expérimentation sonore, dont on oublie qu’il précède celui de Lennon, voir notre enquête sur « Carnival of Light ».
12. Le 12 novembre 2005, il a donné le premier concert diffusé en direct dans l’espace
Le fait est homologué par le Guinness World Records sous l’intitulé « premier concert de musique live diffusé dans l’espace ». Le décor : l’Arrowhead Pond d’Anaheim, en Californie, vingt-neuvième des trente-sept dates de la tournée américaine de Chaos and Creation in the Backyard.
L’origine de l’idée
Le 9 août 2005, le contrôle de mission de la NASA avait réveillé l’équipage de la navette Discovery avec « Good Day Sunshine », en annonçant que la météo autorisait enfin l’atterrissage. McCartney a déclaré avoir été extrêmement fier d’apprendre qu’une de ses chansons avait servi à réveiller cet équipage, et avoir voulu rendre la politesse.
Le déroulé
La liaison s’établit à 21 h 53 heure locale le 12 novembre, soit 0 h 53 le 13 novembre à Houston. À bord de la Station spatiale internationale, à environ trois cent cinquante kilomètres d’altitude, l’astronaute de la NASA Bill McArthur et le cosmonaute russe Valeri Tokarev entament leur quarante-quatrième jour de vol. McCartney joue « English Tea », tiré de son album de 2005, puis « Good Day Sunshine ». La NASA retransmet en direct sur sa chaîne ; le public voit les deux hommes sur les écrans de scène.
Les échanges
McCartney lance à Tokarev, qui buvait dans une poche de boisson, une plaisanterie sur ce qu’il pouvait bien avoir mis dans son thé. Le cosmonaute a répondu qu’il était un peu tôt. Après deux saltos en apesanteur, McArthur a remercié le musicien en lui disant qu’ils le considéraient comme un explorateur, exactement comme eux. McCartney, dix ans plus tard, se souvenait surtout du grésillement initial, puis de l’apparition de l’image et du salto — il a redemandé le salto, et la salle a adoré. Le concert d’Anaheim a été publié l’année suivante sous le titre The Space Within US ; voir notre panorama de la vidéographie de Paul McCartney.
Correctif factuel — Deux erreurs circulent, dont l’une sur le site officiel de McCartney. La première concerne l’assistance : le Guinness World Records retient 28 632 spectateurs, une page anniversaire de paulmccartney.com avance 15 000. La seconde est plus nette : cette même page évoque « l’équipage de douze personnes de l’Atlantis et de la Station spatiale internationale ». L’équipage était celui de l’Expédition 12 — le douze est un numéro de mission, pas un effectif — et il comptait deux hommes.
13. Il n’est pas venu à l’intronisation des Beatles au Rock and Roll Hall of Fame
Le 20 janvier 1988, au Waldorf-Astoria de New York, troisième cérémonie du Rock and Roll Hall of Fame. Mick Jagger prononce le discours d’intronisation des Beatles ; il évoque la rivalité et les frictions des débuts, rappelle que le groupe avait offert « I Wanna Be Your Man » aux Rolling Stones en 1963, et se dit fier de les faire entrer. Sur scène montent George Harrison et Ringo Starr avec leurs familles, ainsi que Yoko Ono, Julian et Sean Lennon. Paul McCartney est absent.
Le communiqué
Il a fait diffuser une déclaration par son attaché de presse, reprise notamment par le New York Times. Il y écrit qu’il aurait aimé venir chercher sa récompense, mais qu’après vingt ans les Beatles ont toujours des différends commerciaux qu’il espérait voir réglés depuis longtemps ; comme ils ne le sont pas, il se sentirait complètement hypocrite à sourire et saluer avec les autres au cours d’une fausse réunion.
Ce qu’il y avait derrière
Le litige n’était pas abstrait : depuis 1984, Yoko Ono, George Harrison et Ringo Starr avaient engagé une procédure sur des questions de redevances, dans laquelle McCartney était en position adverse. Le conflit portait aussi sur la gestion d’Apple. Ce n’était donc pas une bouderie mais une position juridique.
La suite
La rancune a été réciproque et brève. Ce soir-là, en intronisant les Beach Boys, Mike Love a prononcé l’un des discours les plus commentés de l’histoire de l’institution, en déplorant publiquement l’absence de certains. En 1994, les différends étant réglés, McCartney est venu introniser John Lennon comme artiste solo, et a lu son discours sous la forme d’une lettre adressée à son ancien partenaire. Il a été lui-même intronisé en solo en 1999, puis a introduit Ringo Starr en 2015. Sur la reprise des relations dans les années 1990, voir notre enquête sur le duel McCartney-Harrison au cœur de « Free as a Bird » et notre dossier sur les collaborations des ex-Beatles.
14. C’est lui qui a monté les étagères de la galerie où Lennon a rencontré Yoko Ono
Indica Books & Gallery ouvre en janvier 1966 au 6 Mason’s Yard, à Saint James’s. La société qui l’exploite s’appelle MAD — pour Miles, Asher et Dunbar : Barry Miles pour la librairie, John Dunbar pour la galerie, Peter Asher en associé silencieux. Le nom Indica ne vient pas, contrairement à ce qu’on a longtemps cru, de la première exposition qui s’y est tenue, mais du Cannabis indica.
Le rôle exact de McCartney
Il vivait alors chez les Asher, dans la maison familiale de Wimpole Street, et il a été enrôlé sans façon. Barry Miles est explicite dans sa notice biographique : McCartney a posé les étagères, peint les murs et dessiné le papier d’emballage de la boutique. Il a également dessiné les tracts annonçant l’ouverture et donné de l’argent au projet. Il a par ailleurs financé discrètement International Times, le premier journal underground britannique, lancé dans le sillage d’Indica.
Ce qui s’y est passé
En avril 1966, McCartney y emmène Lennon. Celui-ci y achète The Psychedelic Experience, le manuel de Timothy Leary, Ralph Metzner et Richard Alpert inspiré du Livre des morts tibétain. Il y trouve la phrase qui deviendra le premier vers de « Tomorrow Never Knows », enregistré le 6 avril 1966. En novembre 1966, John Dunbar suggère à Lennon de venir voir, avant son ouverture, la première exposition européenne d’une jeune artiste japonaise. C’est là que Lennon rencontre Yoko Ono.
La leçon d’antériorité
L’ordre chronologique dérange le récit habituel : c’est le Beatle réputé conventionnel qui fréquentait l’avant-garde londonienne, qui la finançait partiellement et qui y a introduit le Beatle réputé subversif. Nous avons développé ce renversement dans notre dossier sur l’œuvre discographique de Yoko Ono.
Correctif factuel — On lit parfois que McCartney a « financé Indica ». C’est excessif. Selon les récits de première main, l’essentiel de la mise de fonds — de l’ordre de 1 600 livres — provenait de Peter Asher. McCartney a apporté un soutien financier complémentaire et surtout du travail manuel et graphique. On lit également que Lennon a rencontré Yoko Ono « au vernissage » : il est venu avant l’ouverture, pendant l’accrochage.
15. Il peint depuis 1983, et sa première exposition a eu lieu en Allemagne
McCartney dessinait depuis l’enfance et caricaturait volontiers les gens autour du groupe pendant les années Beatles. Il n’a commencé à peindre qu’à quarante ans passés. Il l’a raconté lui-même lors de la conférence de presse du 30 avril 1999 : quelqu’un lui avait dit que la vie commence à quarante ans ; il a cherché ce qui pourrait bien commencer, rien ne commençait, et il s’est souvenu qu’il voulait peindre depuis longtemps.
Le déblocage par de Kooning
L’obstacle était social plus que technique. McCartney explique qu’il avait un blocage — l’idée que la peinture est réservée à ceux qui sont passés par une école d’art, et que « nous », les autres, ne peignons pas. C’est Willem de Kooning qui a levé le verrou. Le beau-père de McCartney, Lee Eastman, était l’avocat du peintre et l’avait beaucoup aidé ; McCartney allait donc naturellement traîner dans l’atelier de Long Island. En parlant avec lui, dit-il, il s’est senti autorisé à essayer. Il est allé acheter des toiles et de la peinture à l’huile, et n’a plus arrêté.
L’exposition de Siegen
Sa première exposition publique n’a eu lieu qu’en 1999, seize ans plus tard, et pas en Angleterre : au Kunstforum Lÿz de Siegen, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, du 1er mai au 25 juillet 1999, sur neuf cents mètres carrés. Environ soixante-dix toiles ont été montrées, choisies dans un ensemble qui en comptait alors près de six cents, peintes dans ses ateliers du sud de l’Angleterre, de l’Arizona et des environs de New York. On y trouvait des portraits de Lennon, d’Andy Warhol et de David Bowie, ainsi qu’une installation vidéo intitulée « feedback », dont McCartney avait dessiné les sculptures-moniteurs.
Pourquoi Siegen
Deux raisons se combinent. La première tient au commissaire, Wolfgang Suttner, dont McCartney a estimé qu’il s’intéressait sincèrement à sa peinture et non à sa célébrité. La seconde est un clin d’œil d’histoire de l’art : Siegen est la ville natale de Pierre Paul Rubens. Aucune toile n’était à vendre ; l’exposition visait à obtenir un retour critique. La première exposition britannique a suivi en septembre 2000, à l’Arnolfini de Bristol, avec un accrochage bien plus vaste, avant Liverpool en octobre.
Un cadeau de Noël très bien choisi
Un détail rapporté par Bill Harry mérite d’être conservé : pour Noël, Linda McCartney lui a offert le chevalet ayant appartenu à René Magritte. On sait par ailleurs que c’est un tableau de Magritte représentant une pomme verte qui a donné son logo à Apple. Notre page consacrée à Paul McCartney peintre détaille cet aspect de son travail.
16. Son frère cadet a changé de nom pour ne pas profiter du sien — et il a eu un numéro un
Peter Michael McCartney, né en janvier 1944, a fait une carrière parallèle sous le nom de Mike McGear. Le changement de patronyme est délibéré : il s’agissait de ne pas être vendu comme « le frère de ». Le pseudonyme vient de l’argot de Liverpool, où « gear » signifie à peu près « génial ».
The Scaffold
Il forme avec le poète Roger McGough et l’humoriste John Gorman le trio The Scaffold, à mi-chemin entre le music-hall, la poésie et le sketch — une formation très caractéristique de la scène de Liverpool des années 1960, celle-là même qui a produit les poètes du Mersey Sound. « Lily the Pink », publiée fin 1968, s’installe en tête des ventes britanniques et y reste plusieurs semaines au tournant de l’année. Le trio a également signé « Thank U Very Much » (1967).
L’album McGear
En 1974, les deux frères travaillent ensemble sur l’album McGear, produit par Paul, avec les Wings comme groupe d’accompagnement — Denny Laine, Jimmy McCulloch, Gerry Conway. C’est un disque étrange et attachant, souvent cité par les amateurs comme l’un des meilleurs travaux de production de McCartney, et resté longtemps introuvable. Sur la même période, voir notre article sur les vingt chansons pour découvrir les Wings.
Le photographe
Il ne faut pas oublier l’autre métier de Mike McGear : il est l’auteur d’une part considérable des photographies d’intérieur de la famille McCartney à Forthlin Road, y compris des images des Quarrymen répétant dans le salon. Ces clichés, publiés dans Remember: The Recollections and Photographs of the Beatles, constituent l’un des rares fonds documentaires de l’avant-célébrité. Voir notre promenade dans le Liverpool intime de Paul McCartney.
17. Il a racheté l’unique exemplaire du premier disque des Quarrymen
À l’été 1958, cinq adolescents — Lennon, McCartney, Harrison, John « Duff » Lowe au piano et Colin Hanton à la batterie — se rendent chez Percy Phillips, à Kensington, un quartier de Liverpool. Pour dix-sept shillings et six pence, ils gravent un unique disque en acétate : « That’ll Be the Day », de Buddy Holly, sur une face ; « In Spite of All the Danger », créditée McCartney-Harrison, sur l’autre.
Un objet unique
Il n’existe qu’un exemplaire. Les cinq garçons se le sont prêté à tour de rôle, une semaine chacun. Le disque a fini chez Duff Lowe, qui l’a conservé sans particulièrement y penser pendant plus de vingt ans. McCartney le lui a racheté au début des années 1980, puis en a fait tirer un petit nombre de fac-similés offerts à ses proches.
La postérité éditoriale
Les deux faces ont été publiées officiellement en 1995 sur Anthology 1, dans une version légèrement abrégée pour « In Spite of All the Danger ». C’est, à ce jour, le plus ancien enregistrement des Beatles disponible dans le commerce. On notera l’ironie du crédit : la première composition originale jamais gravée par les futurs Beatles n’est pas signée Lennon-McCartney mais McCartney-Harrison, et elle doit tout à Elvis Presley, dont elle imite ouvertement la manière. Sur l’importance du répertoire de reprises dans la formation du groupe, voir notre enquête sur la bibliothèque secrète des Beatles.
18. Il a cherché un batteur par petite annonce en 1960 — et la lettre a refait surface dans un vide-grenier
À l’été 1960, les Beatles ont un engagement à Hambourg et pas de batteur fiable. McCartney, qui fait office de secrétaire du groupe, répond à une annonce parue dans la presse locale. Sa lettre manuscrite propose des conditions précises : les frais payés et environ dix-huit livres par semaine pendant deux mois, en prévenant que le candidat devra être prêt à partir pour Hambourg assez brusquement. Elle se termine par une formule de politesse et sa signature.
La redécouverte
La lettre a été retrouvée pliée à l’intérieur d’un livre, lors d’un vide-grenier à Liverpool, et proposée aux enchères par Christie’s, avec une estimation de l’ordre de dix mille dollars. McCartney a commenté l’affaire avec amusement : il avait écrit ce qu’ils pouvaient payer, et n’avait jamais eu de réponse. Le candidat ne s’est jamais présenté ; son identité reste inconnue.
Le contrefactuel
La lettre est datée d’environ deux ans avant le remplacement de Pete Best par Ringo Starr. Elle documente donc un moment où le poste de batteur des Beatles était, littéralement, à prendre par petite annonce — et où un inconnu a laissé passer l’offre. Sur la manière dont ce poste a finalement été pourvu, voir notre histoire de Rory Storm and The Hurricanes, le groupe qui a fabriqué Ringo Starr.
Ce que la lettre dit du rôle de McCartney
Elle confirme quelque chose que les biographies mentionnent sans y insister : dès l’origine, c’est lui qui s’occupait de l’intendance. Négocier les cachets, écrire aux employeurs, gérer les remplacements. Cette fonction ne l’a jamais quitté et explique une bonne part de la crise de 1969 — quand il a voulu continuer à tenir ce rôle et que les trois autres ont préféré confier l’affaire à Allen Klein.
19. « Give Ireland Back to the Irish » : le premier single des Wings a été interdit d’antenne
Le 30 janvier 1972, à Derry, des soldats britanniques tuent treize manifestants — le Bloody Sunday. McCartney, dont les deux parents étaient d’ascendance irlandaise, écrit dans les jours qui suivent une chanson au titre sans ambiguïté : « Give Ireland Back to the Irish ». Elle est enregistrée début février et publiée le 25 février 1972 comme tout premier single des Wings.
Le blocage
La BBC refuse de la diffuser. Independent Television News et Radio Luxembourg suivent. La chanson est de fait retirée des ondes britanniques, et les émissions de classement qui doivent la mentionner se contentent d’annoncer son rang sans citer son titre. Le disque atteint néanmoins la seizième place au Royaume-Uni, la première en Irlande et en Espagne.
La logique de l’auteur
McCartney a expliqué qu’il n’avait jamais écrit de chanson politique jusque-là, qu’il avait toujours pensé que ce n’était pas son rôle, et que cette fois il n’avait pas pu se taire. La face B est une version instrumentale du même morceau, ce qui, dans le contexte d’une interdiction fondée sur le texte, ne manque pas de sel.
Une récidive immédiate
La BBC a de nouveau bloqué McCartney en décembre 1972 avec « Hi, Hi, Hi », cette fois pour des raisons de mœurs et non de politique. Deux singles interdits en une année : on est loin du portrait du Beatle consensuel. Sur cette période de reconstruction, voir nos pages sur ses métamorphoses de studio entre 1969 et 1975 et notre panorama de la décennie des ex-Beatles.
20. Il ne sait toujours pas lire la musique
On garde pour la fin le fait le plus simple et le plus difficile à croire. L’homme qui a écrit un oratorio, deux œuvres chorales, un ballet pour le New York City Ballet et une musique de film primée n’a jamais appris le solfège. Il le dit sans coquetterie, et il l’a redit récemment à propos d’Ocean’s Kingdom.
Comment il procède
Le procédé est constant depuis The Family Way : il compose au piano ou à la guitare, joue ou chante ce qu’il entend, et un tiers — George Martin, Carl Davis, David Matthews, Andrew Watt selon les époques — transcrit, orchestre et dirige. Ce n’est pas une faiblesse déguisée mais un mode de travail assumé, qui suppose un interlocuteur capable de traduire. C’est très exactement la fonction qu’occupait George Martin chez les Beatles, et c’est pourquoi son remplacement a toujours été un problème.
Ce que cela a coûté, et rapporté
Cela lui a coûté une forme de légitimité dans le monde de la musique savante : il raconte que l’orchestre le regardait comme s’il était fou et qu’il n’avait aucune réponse aux questions techniques. Cela lui a rapporté, en revanche, une liberté harmonique que la formation académique décourage — les modulations imprévues de « Penny Lane », la structure asymétrique de « Here, There and Everywhere », les basses contrapuntiques qui ont transformé la fonction de l’instrument dans le rock. Notre analyse de « Yesterday » et du quatuor à cordes montre concrètement comment se déroulait la traduction entre McCartney et George Martin.
Une phrase qui résume sa méthode
Interrogé à Siegen sur sa peinture, McCartney a formulé un principe qui vaut aussi pour sa musique : il a appris qu’à trop vouloir être précis, on obtient moins ; on devient raide, et on perd l’esprit de la chose. C’est peut-être la meilleure définition disponible de ce qui sépare son travail de celui d’un professionnel formé.
Tableau récapitulatif des correctifs factuels
| Affirmation répandue | Ce que disent les sources |
|---|---|
| Wonderwall Music est le premier disque solo d’un Beatle | The Family Way paraît le 6 janvier 1967, soit vingt-deux mois plus tôt. Les deux sont des bandes originales : l’argument du « ce n’est pas un vrai album » ne départage pas. |
| L’Ivor Novello de « Love in the Open Air » date de 1967 | Les sources divergent entre 1967 et mai 1968. La cérémonie récompensant l’année écoulée, la remise se situe vraisemblablement en 1968. |
| « Clint Harrigan » signe les notes de Live and Let Die | Ce pseudonyme couvre les notes de pochette de Wild Life (1971), premier album des Wings. |
| Sur « My Dark Hour », McCartney est crédité « Paul Ramone » | Le crédit est « Paul Ramon », sans e. C’est Dee Dee Ramone qui a ajouté le e en formant le nom du groupe. |
| McCartney a coécrit « My Dark Hour » | La composition est créditée au seul Steve Miller. McCartney y est instrumentiste et choriste. |
| « Walking in the Park with Eloise » est signée du seul Jim McCartney | Le crédit officiel est bien celui de Jim, mais les paroles, jamais enregistrées, sont de son frère Joseph. |
| MPL a acheté le catalogue Buddy Holly en 1976 | La date oscille entre février 1973 et 1976 selon les sources ; aucun acte public ne tranche. L’opération est en tout cas antérieure ou contemporaine à la première Buddy Holly Week de septembre 1976. |
| McCartney a gagné son procès contre Sony/ATV | Aucun jugement n’a été rendu. L’affaire s’est close le 29 juin 2017 par un accord confidentiel et un désistement sans préjudice devant le juge Edgardo Ramos. |
| « CHOBA B CCCP » est un titre en lettres latines | C’est du cyrillique : Снова в СССР, translittéré « Snova v SSSR », soit « Back in the U.S.S.R. ». |
| Le concert d’Anaheim de 2005 réunissait 15 000 personnes | Le Guinness World Records retient 28 632 spectateurs. Le chiffre de 15 000 provient d’une page anniversaire du site officiel. |
| L’équipage salué depuis Anaheim comptait douze personnes | Il s’agissait de l’Expédition 12 — un numéro de mission — soit deux hommes : Bill McArthur et Valeri Tokarev. |
| McCartney a financé la galerie Indica | L’essentiel de la mise de fonds venait de Peter Asher. McCartney a apporté un soutien complémentaire, du travail manuel et le graphisme du papier d’emballage. |
| Lennon a rencontré Yoko Ono au vernissage d’Indica | Il est venu avant l’ouverture, pendant l’accrochage de l’exposition, à l’invitation de John Dunbar. |
Ce qu’on ne sait toujours pas
Un article honnête doit aussi dire où s’arrête la documentation. Sept zones d’ombre subsistent dans les dossiers examinés ici.
Les termes de l’accord de 2017
L’accord conclu avec Sony/ATV est confidentiel. On ignore quelle proportion des droits est revenue à MPL, selon quel calendrier, et si une compensation financière a été versée dans un sens ou dans l’autre. Les réintégrations observables au catalogue MPL sont le seul indice public.
Le montant réel des acquisitions de MPL
Hors le chiffre de cent cinquante mille dollars donné par John Eastman pour Buddy Holly, aucun prix d’achat n’a été rendu public. Les évaluations globales du catalogue relèvent de l’estimation journalistique.
L’identité du batteur de 1960
La personne à qui McCartney a écrit n’a jamais été identifiée. On ne sait pas si elle a reçu la lettre, si elle a hésité, ou si elle l’a simplement rangée dans un livre.
La date exacte de l’acquisition Holly
Février 1973 ou 1976 : les deux dates circulent dans des sources sérieuses. Le registre des sociétés ne permet pas de trancher publiquement.
Le nombre de titres gravés en juillet 1987
Vingt ou vingt-deux selon les récits. Les prises non publiées n’ont jamais fait l’objet d’un inventaire officiel, et plusieurs — dont une version de « I Saw Her Standing There » — restent inédites.
Le contenu exact des bandes Beatles prêtées aux Super Furry Animals
Gruff Rhys a décrit des boîtes poussiéreuses venues d’Apple Corps. Ce qu’elles contenaient précisément, et ce qui a été effectivement utilisé sur Liverpool Sound Collage, n’a jamais été détaillé.
Le nombre de toiles peintes
Les chiffres varient de « près de six cents » à « environ six cents » selon les catalogues, et aucun inventaire n’a été publié depuis 1999.
Chronologie
- 1953 — Audition ratée à la maîtrise de la cathédrale anglicane de Liverpool.
- Été 1958 — Séance chez Percy Phillips : « That’ll Be the Day » / « In Spite of All the Danger », un seul acétate.
- Été 1960 — Lettre manuscrite à un batteur inconnu, dix-huit livres par semaine, départ pour Hambourg.
- Mai 1960 — Tournée écossaise avec Johnny Gentle ; McCartney devient Paul Ramon.
- Janvier 1966 — Ouverture d’Indica Books & Gallery, 6 Mason’s Yard.
- 10 janvier 1966 — « Woman » de Peter and Gordon, signée Bernard Webb.
- Avril 1966 — McCartney emmène Lennon chez Indica ; achat de The Psychedelic Experience.
- Novembre 1966 — Lennon rencontre Yoko Ono à Indica.
- Début décembre 1966 — Séances de The Family Way aux studios CTS.
- 6 janvier 1967 — Parution de The Family Way chez Decca (SKL 4847).
- 1968 — « I’m the Urban Spaceman » du Bonzo Dog Band, produit par « Apollo C. Vermouth ».
- 9 mai 1969 — Réunion Olympic sur le contrat Klein ; dans la nuit, « My Dark Hour » avec Steve Miller.
- 25 février 1972 — « Give Ireland Back to the Irish », premier single des Wings, interdit par la BBC.
- Décembre 1972 — « Hi, Hi, Hi » bloquée à son tour.
- 16 juillet 1974 — Séance Country Hams à Nashville avec Chet Atkins et Floyd Cramer.
- 18 octobre 1974 — Parution de « Walking in the Park with Eloise » (EMI 2220).
- 1974 — Album McGear, produit par Paul, avec les Wings.
- 1976 — MPL acquiert le catalogue Edwin H. Morris et l’essentiel des compositions de Buddy Holly.
- 7 septembre 1976 — Première Buddy Holly Week, Orangery de Holland Park.
- Mai 1977 — Holly Days de Denny Laine, produit par McCartney.
- 1982 — Desert Island Discs : « Walking in the Park with Eloise » figure parmi ses huit disques.
- 1983 — Début de la pratique de la peinture, après les conversations avec Willem de Kooning.
- 20 janvier 1988 — Intronisation des Beatles au Rock and Roll Hall of Fame ; McCartney absent.
- 20-21 juillet 1987 — Séances de reprises à Hog Hill Mill.
- 31 octobre 1988 — Parution de Снова в СССР chez Melodiya, URSS uniquement.
- 18 et 29 juin 1991 — Enregistrement public de Liverpool Oratorio à la cathédrale de Liverpool.
- 1991 — Réédition mondiale de l’album russe (parue en 1991 après la dissolution de l’URSS).
- 1994 — McCartney intronise Lennon en solo au Rock and Roll Hall of Fame.
- 1995 — « In Spite of All the Danger » publiée sur Anthology 1.
- 1er mai – 25 juillet 1999 — Exposition « Paul McCartney paintings », Kunstforum Lÿz, Siegen.
- 1999 — Intronisation en solo au Rock and Roll Hall of Fame.
- 21 août 2000 — Liverpool Sound Collage.
- Septembre 2000 — Première exposition britannique, Arnolfini, Bristol.
- Février 2001 — Nomination au Grammy du meilleur album de musique alternative.
- 12 novembre 2005 — Concert d’Anaheim diffusé en direct vers la Station spatiale internationale.
- 2008-2015 — Envoi échelonné des notifications de reprise de droits au Copyright Office.
- Décembre 2016 — Décision anglaise Gloucester Place Music contre Duran Duran.
- 18 janvier 2017 — Dépôt de la plainte contre Sony/ATV à New York.
- 29 juin 2017 — Accord confidentiel et classement de l’affaire.
- 5 octobre 2018 — Date d’effet de la reprise sur « Love Me Do ».
Guide d’écoute et de consultation
Sept objets à connaître si l’on veut vérifier soi-même le contenu de cet article.
- The Family Way, dans sa réédition remastérisée : écouter « Love in the Open Air » pour entendre le brass band que McCartney voulait, et mesurer ce que George Martin y ajoute.
- « Woman » par Peter and Gordon : la chanson est délibérément moins immédiate que « A World Without Love », ce qui complique la lecture de l’expérience Bernard Webb.
- « I’m the Urban Spaceman » : entendre la production McCartney sous l’anarchie des Bonzos — la clarté du mixage n’est pas un hasard.
- « My Dark Hour », plage de clôture de Brave New World : le meilleur document sonore sur l’état d’esprit de McCartney en mai 1969, et l’un de ses plus violents enregistrements de batterie.
- « Walking in the Park with Eloise », disponible via l’Archive Collection de Venus and Mars : écouter la planche à laver, tenue par McCartney lui-même, souvenir direct du skiffle.
- Снова в СССР : à écouter en connaissant sa destination d’origine, ce qui change entièrement la nature de l’objet.
- Liverpool Sound Collage : cinquante-huit minutes exigeantes, à réserver aux auditeurs prêts à considérer McCartney comme un compositeur de musique concrète.
Questions fréquentes
Quel est le vrai prénom de Paul McCartney ?
James Paul McCartney. Il porte le prénom de son père, Jim, et a toujours utilisé son deuxième prénom dans la vie courante. C’est sous « Sir James Paul McCartney » qu’il figure dans la plainte déposée contre Sony/ATV en 2017.
Paul McCartney possède-t-il les chansons des Beatles ?
En partie, et seulement depuis récemment. Sa société MPL Communications contrôle son répertoire post-Beatles et de nombreux catalogues acquis, mais les compositions Lennon-McCartney ont longtemps appartenu à ATV, puis à Michael Jackson à partir de 1985, puis à Sony/ATV. Le mécanisme de reprise prévu par la loi américaine de 1976, activé à partir de 2008 et sécurisé par l’accord de 2017, lui permet de récupérer progressivement sa part de droits d’auteur américains.
Combien de pseudonymes Paul McCartney a-t-il utilisés ?
Au moins six documentés : Paul Ramon (1960 et 1969), Bernard Webb (1966, avec la variante « A. Smith » sur certains pressages Capitol), Apollo C. Vermouth (1968), Clint Harrigan (1971), Percy « Thrills » Thrillington (1977) et The Fireman, avec Youth, à partir de 1993. On peut y ajouter les projets collectifs à nom d’emprunt comme The Country Hams.
Est-il vrai que Paul McCartney ne sait pas lire la musique ?
Oui, et il l’a répété publiquement encore récemment. Il compose d’oreille, à la guitare ou au piano, et travaille avec un orchestrateur pour ses œuvres écrites. Cela vaut aussi bien pour The Family Way en 1966 que pour son ballet Ocean’s Kingdom en 2011.
Pourquoi les Ramones s’appellent-ils ainsi ?
Parce que Douglas Colvin, futur Dee Dee Ramone, avait lu que McCartney descendait à l’hôtel sous le nom de Paul Ramon, alias adopté pendant la tournée écossaise de 1960. Il a ajouté un « e » et proposé que tous les membres du groupe portent ce patronyme pour marquer leur unité.
Quel est le premier disque solo d’un Beatle ?
The Family Way, bande originale composée par Paul McCartney, publiée le 6 janvier 1967 chez Decca. On attribue souvent ce statut à Wonderwall Music de George Harrison, paru en novembre 1968 ; c’est inexact.
Pourquoi Paul McCartney n’était-il pas présent à l’intronisation des Beatles en 1988 ?
En raison de litiges commerciaux non résolus avec les autres ayants droit. Il a fait savoir par communiqué qu’il se serait senti hypocrite à participer à ce qu’il qualifiait de fausse réunion. Les différends ont été réglés avant 1994, année où il est venu introniser Lennon.
L’album soviétique de McCartney est-il trouvable ?
Le pressage Melodiya original de 1988 circule sur le marché de la collection, avec de nombreuses contrefaçons. Le disque a été publié mondialement en 1991 avec un titre supplémentaire ; c’est cette version qui figure dans la discographie courante.
Combien d’œuvres classiques Paul McCartney a-t-il écrites ?
Quatre principales : Liverpool Oratorio (1991), Standing Stone (1997), Ecce Cor Meum (2006) et le ballet Ocean’s Kingdom (2011), auxquelles on peut ajouter A Garland for Linda (2000) et la partition de The Family Way.
Paul McCartney expose-t-il encore ses peintures ?
Les expositions publiques ont été rares depuis Siegen en 1999, Bristol et Liverpool en 2000. Le catalogue Paul McCartney: Paintings, publié à l’occasion de l’exposition allemande, reste la source principale sur ce versant de son travail, avec une longue conversation dans laquelle il commente lui-même trente-quatre toiles.
Que devient le disque unique de 1958 ?
Il appartient à Paul McCartney, qui l’a racheté à John « Duff » Lowe au début des années 1980. Il n’a jamais été remis en vente. Les deux faces sont accessibles sur Anthology 1.
« Give Ireland Back to the Irish » a-t-elle été rééditée ?
Oui. Longtemps difficile à trouver, elle figure dans les rééditions du catalogue Wings et dans les coffrets de singles. L’interdiction de la BBC portait sur la diffusion radiophonique, pas sur la vente du disque.
Glossaire
- Acétate — Disque de démonstration gravé directement, en un ou quelques exemplaires, destiné à l’écoute et non à la vente. Le disque des Quarrymen de 1958 en est un.
- Copyright Act de 1976, section 304(c) — Disposition du droit américain permettant à un auteur de reprendre des droits cédés avant 1978, cinquante-six ans après l’enregistrement du copyright, sans qu’un contrat puisse y faire obstacle.
- Édition musicale — Activité consistant à détenir et exploiter les droits d’auteur sur des compositions, distincte de la propriété des enregistrements. C’est le métier de MPL.
- Ivor Novello Award — Récompense britannique remise depuis 1955 aux auteurs, compositeurs et éditeurs par la profession elle-même.
- Jugement déclaratoire — Décision par laquelle un tribunal établit les droits des parties sans prononcer de condamnation ; c’est ce que demandait McCartney en 2017.
- Melodiya — Maison de disques d’État de l’Union soviétique, monopole de l’édition phonographique jusqu’à la fin des années 1980.
- MPL Communications — Société de McCartney, née d’Adagrose Limited acquise en février 1969, devenue McCartney Productions Ltd en août 1969 puis MPL Communications Ltd en mai 1976.
- Musique concrète — Courant né en France autour de Pierre Schaeffer, fondé sur la manipulation de sons enregistrés plutôt que sur l’écriture instrumentale.
- Quarrymen — Nom du groupe de skiffle formé par John Lennon en 1956, matrice des Beatles.
- Skiffle — Genre populaire britannique des années 1950 mêlant folk et jazz, joué sur des instruments improvisés — d’où la planche à laver, le washboard.
- Termination notice — Notification écrite adressée au titulaire des droits pour déclencher la reprise prévue par la loi américaine.
- Washboard — Planche à laver métallique jouée avec des dés à coudre, instrument emblématique du skiffle et de la musique Dixieland.
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net
L’homme et son territoire
Notre parcours dans le Liverpool intime de Paul McCartney, de Speke à Forthlin Road, et notre article sur la fabrique du musicien, du Blitz à la Cavern.
Le musicien
L’histoire complète de la Höfner 500/1, notre analyse de « Yesterday », notre classement des dix plus belles chansons d’amour de McCartney et notre sélection de vingt chansons pour découvrir sa carrière solo.
Les Wings et les années 1970
La naissance des Wings, vingt chansons pour les découvrir, ses métamorphoses de studio entre 1969 et 1975 et la décennie des ex-Beatles.
Les années difficiles
Notre autopsie de « Give My Regards to Broad Street » et notre relecture de « Press to Play », deux échecs qui en disent long.
Les rapports avec les autres Beatles
La rivalité Lennon-McCartney, la dernière rencontre entre les deux hommes, le retrait de Lennon en 1975 et ce que McCartney a raconté de travers sur les absences de Harrison.
Les mythes
Les dix grandes légendes urbaines des Beatles, l’enquête « Paul is dead » et notre archéologie du « I buried Paul ».
Les autres séries de faits méconnus
Abbey Road : dix faits méconnus, l’autopsie de Let It Be et notre dossier sur la butcher cover.
Sources et bibliographie
Ouvrages. Barry Miles, Paul McCartney: Many Years from Now ; Paul McCartney, The Lyrics: 1956 to the Present ; Philip Norman, Paul McCartney: The Life ; John Blaney, Lennon and McCartney: Together Alone ; The Beatles Anthology ; Paul McCartney: Paintings, catalogue de l’exposition de Siegen, textes de Brian Clarke, Barry Miles, Wolfgang Suttner et Christoph Tannert.
Sources primaires et juridiques. Plainte McCartney v. Sony/ATV Music Publishing LLC et al., U.S. District Court, Southern District of New York, 18 janvier 2017 ; lettre de désistement du 29 juin 2017 ; Copyright Act de 1976, section 304(c) ; décision Gloucester Place Music Ltd v. Le Bon and others, High Court of England and Wales, décembre 2016 ; Guinness World Records, fiche « First live music concert broadcast to space ».
Sites de référence. The Beatles Bible ; The Paul McCartney Project ; paulmccartney.com, notamment les rubriques « You Gave Me The Answer » et les pages de discographie ; jpgr.co.uk pour les références de pressage ; siwikultur.de, site officiel de l’exposition de Siegen (textes de présentation et transcription de la conférence de presse du 30 avril 1999) ; barrymiles.co.uk.
Presse. Club Sandwich n° 62, printemps 1992, pour l’entretien sur Bernard Webb ; Sounds, 5 octobre 1974, entretien de Linda McCartney sur les Country Hams ; Billboard, dossier sur MPL Communications ; The Hollywood Reporter, Fortune et TheWrap pour l’affaire Sony/ATV ; Komsomolskaïa Pravda, 11 février 1990, pour la genèse de l’album soviétique ; New York Times pour la déclaration de 1988 ; NASA et Space.com pour la liaison du 12 novembre 2005 ; Ultimate Classic Rock, Far Out Magazine et American Songwriter pour les recoupements.













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