Le 10 avril 1970, un communiqué de presse glissé dans les exemplaires promotionnels de l’album McCartney apprend au monde que Paul McCartney ne travaille plus avec les Beatles. La légende retient de cette date une porte qui claque, quatre hommes qui se tournent le dos et vingt-cinq ans de silence jusqu’à l’Anthology. C’est une belle histoire. Elle est fausse.
Dix semaines plus tôt, John Lennon et George Harrison enregistraient ensemble « Instant Karma! ». Neuf mois plus tard, Ringo Starr tenait la batterie sur les deux albums les plus importants de la période, celui de Lennon et celui de Harrison. En 1971, Harrison posait une guitare slide sur une chanson dans laquelle Lennon démolissait McCartney. En 1973, trois d’entre eux se retrouvaient dans le même studio de Los Angeles. En 1976, les quatre figuraient au générique du même disque. Et le 8 mai 2026, McCartney et Starr publiaient le premier duo chanté de leurs soixante-quatre années de fréquentation musicale.
Autrement dit : le réseau n’a jamais cessé de fonctionner. Ce qui a cessé, c’est le groupe — une entité juridique, commerciale et symbolique dont la dissolution a occupé les tribunaux jusqu’en janvier 1975. La collaboration, elle, a continué presque sans interruption, mais selon des règles nouvelles, souterraines, souvent invisibles au public, et parfois franchement bizarres : par bandes interposées, par chansons données, par avocats, par intermédiaires, et pour finir par séparation algorithmique de sources sonores.
Cet article propose l’inventaire complet de ce réseau : les séances documentées, les personnels exacts, les dates vérifiables, les collaborations avortées, les fausses réunions que la presse a inventées et les vraies que personne n’a remarquées. Il couvre aussi l’autre moitié du sujet, celle qu’on néglige toujours : les centaines de collaborations des quatre avec le reste du monde, de Bob Dylan à Rihanna, de Ravi Shankar à St. Vincent. Il se termine par douze correctifs factuels, une chronologie, un guide d’écoute et un tableau croisé de qui a joué sur les disques de qui.
En bref. Entre 1970 et 1980, les quatre ex-Beatles n’ont jamais été réunis dans une même pièce d’enregistrement. Une seule séance a réuni trois d’entre eux : le 13 mars 1973, à Sunset Sound (Los Angeles), pour « I’m the Greatest ». Une seule séance a réuni Lennon et McCartney : le 28 mars 1974, aux Burbank Studios, et elle est inutilisable. Deux albums seulement portent une contribution des quatre — Ringo (1973) et Ringo’s Rotogravure (1976) — et dans les deux cas les contributions ont été enregistrées séparément, sur trois continents et à des mois d’intervalle. La véritable réunion en studio, celle où trois hommes jouent ensemble en temps réel, a lieu vingt-quatre ans après la séparation : février 1994, Hog Hill Mill, Sussex, pour « Free as a Bird ».
Sommaire
Ce que l’on croit savoir, et ce que disent les bandes
Le mythe du silence radio
La mémoire collective a compressé les années 1970 en une image unique : quatre hommes brouillés, deux camps (Lennon-Harrison-Starr d’un côté, McCartney de l’autre), des procès, des chansons assassines, puis le 8 décembre 1980 qui referme définitivement le dossier. Cette image n’est pas inventée — elle correspond à une réalité juridique et à une réalité émotionnelle. Elle est simplement incomplète au point d’en devenir trompeuse.
Le litige était réel : McCartney a assigné les trois autres devant la Haute Cour de justice le 31 décembre 1970 pour obtenir la dissolution de la société de personnes, non pas parce qu’il voulait détruire les Beatles, mais parce que c’était le seul moyen de les soustraire à la gestion d’Allen Klein. Le jugement lui donne raison le 12 mars 1971, un séquestre est nommé, et la dissolution ne sera formellement signée qu’en décembre 1974. Pendant toute cette période, les quatre sont adversaires devant un tribunal.
Et pendant toute cette période, ils continuent d’enregistrer les uns pour les autres. C’est cette simultanéité qui rend le sujet fascinant : la brouille et la collaboration ne sont pas deux périodes successives, ce sont deux régimes parallèles. On peut attaquer quelqu’un en justice le matin et lui prêter une slide guitar l’après-midi. Les Beatles l’ont fait.
Trois définitions à poser avant de compter
Le débat sur les « réunions » des Beatles est saturé de confusions parce que personne ne définit ses termes. Nous en proposons trois, qui structureront tout ce qui suit.
Une séance commune est un enregistrement où au moins deux ex-Beatles jouent en même temps, dans le même local, en s’entendant mutuellement. C’est le critère le plus exigeant. Il n’est satisfait qu’une poignée de fois en cinquante-six ans.
Une contribution instrumentale est une prestation d’un ex-Beatle sur le disque d’un autre, quelle que soit la date à laquelle elle a été gravée. Ringo Starr posant une batterie sur un morceau de Harrison en novembre 1980, puis McCartney ajoutant des chœurs sur la même bande au printemps 1981, produisent ensemble un disque « à trois » sans s’être jamais croisés.
Une contribution de catalogue est un simple don de chanson, sans que l’auteur touche un instrument. C’est le cas de Harrison sur Ringo’s Rotogravure en 1976 — un détail que la quasi-totalité des articles français et anglophones écrase, et qui invalide la formule rituelle « l’album où les quatre Beatles se retrouvent ».
Correctif factuel n° 1. On lit partout que Ringo (1973) et Ringo’s Rotogravure (1976) sont des albums « avec les quatre Beatles ». Au sens strict, aucun des deux ne réunit quatre musiciens : sur Rotogravure, George Harrison n’a pas joué une note. Occupé à terminer Thirty Three & 1/3 dans les délais, il s’est contenté de céder une chanson ancienne, « I’ll Still Love You ». Le crédit « participation des quatre ex-Beatles » est donc exact au sens du générique, faux au sens de la bande.
La règle des quatre : ils n’ont plus jamais joué ensemble
La date à retenir est le 20 août 1969. Ce jour-là, les quatre Beatles se trouvent ensemble à Abbey Road pour finaliser le séquencement d’Abbey Road. Ce sera la dernière fois. Le 3 janvier 1970, McCartney, Harrison et Starr enregistrent « I Me Mine » sans Lennon, qui est au Danemark : le dernier morceau gravé sous le nom des Beatles l’a été par trois hommes, ce qui constitue déjà, symboliquement, la première séance « post-Beatles » de l’histoire — elle a simplement eu lieu avant la séparation. Nous avons consacré une enquête distincte aux trois démissions successives qui ont précédé la rupture officielle, et à ce qu’elles disent de la mécanique interne du groupe : Ringo, George et John sont chacun partis avant la fin.
À partir de là, l’arithmétique est implacable. Sur cinquante-six ans, on compte :
- zéro séance à quatre ;
- une séance à trois entre 1970 et 1980 (13 mars 1973) ;
- une séance Lennon-McCartney (28 mars 1974), musicalement sans valeur ;
- quatre périodes de séances à trois après 1980 (février-mars 1994, juin 1994, février et mars 1995, puis mai 1995) ;
- des dizaines de contributions instrumentales croisées, dont l’écrasante majorité concerne Ringo Starr.
Cette dernière ligne est la clé de tout le sujet. Le batteur, seul membre à n’avoir jamais été partie prenante d’un conflit personnel majeur avec les trois autres, est le nœud du réseau. Sa carrière solo fonctionne comme une place de marché où les trois autres viennent déposer des chansons, des instruments et des chœurs pendant un demi-siècle.
1970-1971 : la collaboration commence avant la séparation
« Instant Karma! », 27 janvier 1970 : le disque qui précède la rupture
Chronologiquement, la première collaboration « post-Beatles » est antérieure à la séparation de plus de deux mois. Le 27 janvier 1970, Lennon écrit « Instant Karma! » le matin, l’enregistre à Abbey Road dans l’après-midi et le fait mixer le soir par Phil Spector. À la guitare : George Harrison. À la basse : Klaus Voormann. À la batterie : Alan White. Le single sort le 6 février 1970 au Royaume-Uni.
Cette séance mérite d’être regardée de près, parce qu’elle contient déjà, en germe, toutes les caractéristiques du régime de collaboration qui va prévaloir pendant dix ans. Elle est rapide, informelle, non planifiée. Elle repose sur un noyau de musiciens extérieurs déjà rodés (Voormann, ami de Hambourg, auteur de la pochette de Revolver). Elle se passe d’intermédiaire contractuel. Et elle se fait à Abbey Road, c’est-à-dire chez eux, avec les mêmes ingénieurs, comme si rien n’avait changé — sauf que McCartney n’est pas là et ne sera plus jamais là.
C’est aussi la première apparition d’un motif récurrent : Harrison en sideman. Le troisième Beatle, qui vient de composer « Something » et s’apprête à publier le triple album le plus ambitieux des quatre, passe une bonne partie de 1970 et 1971 à jouer sur les disques des autres. Ce n’est pas de la modestie, c’est un choix esthétique : Harrison a toujours conçu la guitare comme un service rendu à la chanson. Nous avons documenté cette éthique dans notre portrait de Harrison après les Beatles.
All Things Must Pass : Ringo au service de George
Les séances d’All Things Must Pass commencent à Abbey Road le 26 mai 1970, six semaines après le communiqué de McCartney. Le personnel réuni par Harrison et Phil Spector est un annuaire du rock britannique : Eric Clapton, Bobby Whitlock, Carl Radle et Jim Gordon (soit Derek and the Dominos au complet), Billy Preston, Klaus Voormann, Gary Wright, Bobby Keys, Jim Price, Pete Drake à la pedal steel, les quatre membres de Badfinger aux guitares acoustiques rythmiques, John Barham aux arrangements — et Ringo Starr à la batterie.
Starr partage le poste avec Gordon, puis avec Alan White et Phil Collins (dont la participation à « Art of Dying » a longtemps été contestée avant d’être confirmée par les rushes de la réédition du cinquantenaire). Mais sa présence n’est pas anecdotique : c’est lui qui tient la batterie sur « Isn’t It a Pity », sur « What Is Life », sur « Wah-Wah ». Le premier album solo majeur d’un ex-Beatle est aussi, dès sa première semaine de travail, un disque à deux Beatles.
Détail que l’on oublie : les Apple Jam, le troisième disque du coffret, sont l’exact contraire d’un remplissage. Ce sont des documents sonores de la manière dont ce réseau fonctionnait — des bœufs de studio entre Harrison, Clapton, Starr, Preston et Voormann, publiés tels quels. « Thanks for the Pepperoni », « Plug Me In », « I Remember Jeep » : trois titres qui n’existeraient pas dans un monde où les ex-Beatles se seraient réellement tourné le dos.
Plastic Ono Band : le trio le plus dépouillé de la discographie
À l’automne 1970, Lennon enregistre John Lennon/Plastic Ono Band à Abbey Road avec un dispositif réduit à l’os : lui-même à la guitare et au piano, Klaus Voormann à la basse, Ringo Starr à la batterie. Billy Preston passe pour un piano sur « God », Phil Spector produit sans imposer son mur du son.
Ce disque est capital pour notre sujet à double titre. D’abord parce qu’il montre que le premier réflexe de Lennon, au moment où il fait le procès le plus violent de sa vie aux Beatles — « I don’t believe in Beatles », chante-t-il sur « God » —, est d’appeler un Beatle. Ensuite parce que le jeu de Starr y est d’une nudité qui a redéfini ce qu’on attendait d’une batterie de rock : pas de fioritures, des toms qui sonnent comme des cœurs, un placement légèrement en arrière du temps. Le batteur que la critique des années 1980 traitera de figurant fait ici l’un des trois ou quatre plus grands disques de batterie de la décennie.
Imagine, ou la collaboration comme arme
Le cas le plus étrange de toute l’histoire du groupe se produit à l’été 1971. Lennon enregistre Imagine à Tittenhurst Park puis au Record Plant de New York. Harrison joue sur quatre titres : « Gimme Some Truth », « Crippled Inside », « I Don’t Wanna Be a Soldier Mama I Don’t Wanna Die » — et « How Do You Sleep? ».
Ce dernier morceau est une exécution publique de Paul McCartney. Lennon y raille son ex-partenaire, sa musique, son entourage et jusqu’aux rumeurs de sa mort. Et c’est George Harrison qui pose la slide guitar la plus mordante de sa carrière sur ce réquisitoire. Harrison a plus tard minimisé l’affaire en expliquant qu’il jouait sur une chanson, pas contre un homme. C’est une défense recevable mais insuffisante : le disque existe, il est écrasant, et il documente l’unique moment de l’histoire où deux Beatles collaborent explicitement contre un troisième.
McCartney a répondu à sa manière, c’est-à-dire obliquement, dans Ram puis dans le premier album des Wings. On mesure mal aujourd’hui la violence de cette séquence : entre 1971 et 1973, les journalistes musicaux tenaient la comptabilité des piques comme on suit un championnat.
Correctif factuel n° 2. On présente souvent « How Do You Sleep? » comme une chanson à laquelle Harrison aurait participé à contrecœur. Les sources ne permettent pas de l’affirmer : Harrison est présent à la séance, il propose des idées d’arrangement, et le montage du film Gimme Some Truth (2000) le montre engagé dans le travail. Le récit du « Harrison réticent » est une reconstruction rétrospective, favorisée par la réconciliation ultérieure des trois hommes.
Le Concert for Bangladesh, 1er août 1971 : deux présents, deux absents
Le 1er août 1971, Harrison monte deux concerts au Madison Square Garden à la demande de Ravi Shankar pour venir en aide aux réfugiés du Bangladesh. C’est l’invention du concert caritatif de masse — le modèle direct du Live Aid de 1985. Le plateau réunit Bob Dylan (sa première grande apparition publique depuis son accident de moto), Eric Clapton, Leon Russell, Billy Preston, Klaus Voormann, Jim Keltner, Badfinger — et Ringo Starr.
Les deux absents comptent autant que les présents. Lennon a d’abord accepté puis s’est retiré : selon les récits concordants de l’entourage, l’invitation de Harrison ne concernait que lui, et pas Yoko Ono, ce qui a provoqué une dispute puis un départ de New York. McCartney a refusé pour une raison plus prosaïque et plus révélatrice : remonter sur une scène aux côtés des trois autres, alors qu’il venait d’engager une procédure de dissolution contre eux, aurait été juridiquement absurde et commercialement exploité contre lui.
Le Concert for Bangladesh est donc, à sa manière, la première grande collaboration manquée. Il a aussi produit un album triple et un film dont les recettes ont été bloquées pendant des années par des litiges fiscaux — sujet que nous abordons dans notre article sur la traversée du désert de George Harrison, où l’on voit comment le montage financier bâclé de 1971 a empoisonné la décennie suivante du guitariste.
Le duo Harrison-Starr, moteur silencieux du début des années 1970
Pendant que la presse guette la réunion, deux hommes travaillent ensemble en permanence. « It Don’t Come Easy », premier grand succès solo de Starr (n° 4 au Royaume-Uni, n° 4 aux États-Unis), est enregistré en mars 1970 avec Harrison à la production et à la guitare. Harrison a réécrit une partie de la chanson au point que Starr a lui-même déclaré à plusieurs reprises que le crédit aurait pu être partagé ; Harrison a toujours refusé de le revendiquer.
« Back Off Boogaloo » (mars 1972) est produit par Harrison, qui y joue la slide. Le single atteint la deuxième place au Royaume-Uni, le meilleur classement britannique de toute la carrière solo de Starr. Sur Living in the Material World (1973), Starr rend la pareille en tenant la batterie. Cette réciprocité durera jusqu’à la mort de Harrison en 2001 : trente ans d’échange de bons procédés qui constituent, en volume, la collaboration post-Beatles la plus dense de toutes.
Il faut y ajouter un troisième homme, presque toujours présent, et dont le nom devrait figurer dans toute discussion sérieuse du sujet : Klaus Voormann. Le bassiste allemand joue sur Plastic Ono Band, sur Imagine, sur All Things Must Pass, sur les albums de Starr, au Concert for Bangladesh. Quand la presse mondiale annoncera en mars 1973 que les Beatles se sont reformés, c’est parce qu’elle aura vu Voormann à la place de McCartney et conclu que la substitution était officielle. Nous avons traité ailleurs de cette catégorie floue des indispensables extérieurs, dans notre enquête sur les cinquièmes Beatles.
1972-1974 : l’âge d’or discret des réunions partielles
13 mars 1973, Sunset Sound : la seule séance à trois de la décennie
Au début de 1973, Ringo Starr prépare son troisième album solo avec le producteur Richard Perry. Sa méthode est simple et culottée : il écrit aux trois autres pour leur demander une chanson. Les trois répondent. C’est le premier — et pendant vingt ans le seul — projet à obtenir cette unanimité.
Lennon exhume « I’m the Greatest », composée en décembre 1970 dans la foulée de la séparation, inspirée à la fois par le slogan de Muhammad Ali et par la première diffusion télévisée britannique d’A Hard Day’s Night. La chanson est intransférable : Lennon a toujours dit qu’il ne pouvait pas la chanter lui-même sans passer pour arrogant, alors que dans la bouche de Starr elle devient drôle. Il réécrit plusieurs vers pour l’adapter à la biographie du batteur et se déplace à Los Angeles.
La séance a lieu le 13 mars 1973 aux Sunset Sound Recorders. Personnel de la piste de base : Starr à la batterie et au chant, Lennon au piano et au chant témoin, Klaus Voormann à la basse, Billy Preston à l’orgue. Dix prises. Et George Harrison à la guitare électrique.
La présence de Harrison est la partie la plus mal racontée de l’histoire. Il n’a pas été invité. Il se trouvait à Los Angeles pour discuter avec Lennon du séquencement des compilations rouge et bleue — les futures 1962-1966 et 1967-1970 —, il a appris par la bande que Lennon et Starr enregistraient ensemble, et il a téléphoné à Richard Perry pour demander s’il pouvait venir. Perry a transmis la demande à Lennon, dont la réponse rapportée est restée dans les annales : oui, immédiatement, et qu’il vienne l’aider à finir le pont.
Correctif factuel n° 3. Le récit dominant présente cette séance comme une invitation de Lennon ou de Starr à Harrison. C’est l’inverse : Harrison s’est invité lui-même, par téléphone, en apprenant fortuitement l’existence de la séance. Le détail change la lecture de l’épisode — la « réunion » la plus proche jamais atteinte entre 1970 et 1980 relève de la coïncidence géographique, pas d’un projet.
Deux conséquences immédiates. La première : la presse mondiale titre sur la reformation des Beatles, avec Voormann dans le rôle de McCartney. Les journalistes anglo-saxons avaient déjà baptisé ce quatuor officieux « the Ladders » depuis 1971, tant il revenait souvent. La seconde : Harrison revient aux séances suivantes pour empiler des couches de guitares, et signe avec Starr « Photograph », qui deviendra le plus grand succès américain du batteur.
16 avril 1973, Savile Row : la contribution de McCartney, à 8 700 kilomètres de là
McCartney a lui aussi répondu à la demande de Starr. Mais il l’a fait à Londres, un mois plus tard, dans les studios Apple du 3 Savile Row — le lieu même où les Beatles avaient joué sur le toit le 30 janvier 1969. Le 16 avril 1973, Paul et Linda McCartney enregistrent quinze prises de « Six O’Clock », chanson écrite pour l’occasion, McCartney assurant piano, synthétiseur et arrangement. Au cours de la même séance, il ajoute un solo vocal sur « You’re Sixteen » — cette ligne mélodique que des générations d’auditeurs prennent pour un kazoo et qui n’est rien d’autre que la voix de McCartney imitant un mirliton.
Le résultat est un album que tout le monde décrit comme une quasi-réunion et qui n’en est pas une. Sunset Sound est, avec les studios Capitol, le seul lieu de Hollywood où les quatre Beatles ont enregistré — mais jamais ensemble, et McCartney y est venu séparément, pour d’autres projets. Sur Ringo, les quatre contributions ont été gravées dans deux pays, à cinq semaines d’écart, sans que McCartney croise jamais les trois autres.
Ce que l’album Ringo prouve — et ce qu’il ne prouve pas
Il prouve que les hostilités étaient terminées sur le plan personnel dès le début de 1973, alors même que la procédure de dissolution n’était pas close. Il prouve que Starr occupait une position d’arbitre que personne ne lui contestait. Il prouve enfin que les trois autres tenaient à ce que son album marche : ils lui ont donné leurs meilleures chansons disponibles, pas leurs chutes.
Il ne prouve rien sur la possibilité d’une reformation. Aucune des parties n’a jamais évoqué de suite. Le disque atteint la deuxième place du Billboard 200 et la septième au Royaume-Uni — de très loin le meilleur résultat de la carrière solo du batteur, dont nous avons détaillé les chiffres exacts dans notre étude sur la traversée du désert de Ringo Starr.
28 mars 1974, Burbank : « A Toot and a Snore », la dernière fois
Le seul enregistrement connu où John Lennon et Paul McCartney jouent ensemble après la séparation est aussi le plus mauvais document sonore de toute l’histoire du groupe. Il date du 28 mars 1974.
Le contexte est celui du Lost Week-end, ces dix-huit mois pendant lesquels Lennon vit à Los Angeles avec May Pang, séparé de Yoko Ono. Lennon produit Pussy Cats, l’album de Harry Nilsson. La première nuit de séances, surnommée par les participants « le club des fans de Jim Keltner », se tient aux Burbank Studios. Paul et Linda McCartney débarquent sans prévenir.
Ce qui suit tient de la farce. Lennon accueille McCartney par une réplique tirée d’une pièce de Noël que les Beatles jouaient à la télévision britannique en 1963. Puis on branche tout le monde : Lennon au chant et à la guitare, McCartney à la batterie — celle de Ringo Starr, qui n’est pas là et qui se plaindra le lendemain qu’on lui abîme systématiquement son matériel —, Linda McCartney à l’orgue, Stevie Wonder au piano électrique, Nilsson au chant, Jesse Ed Davis à la guitare, Bobby Keys au saxophone, May Pang et Mal Evans aux tambourins, et un producteur de la salle voisine, Ed Freeman, réquisitionné à la basse parce qu’il n’y en avait pas.
Ce qu’on entend sur la bande, publiée en 1992 sous le titre de contrebande A Toot and a Snore in ’74, est un magma d’une trentaine de minutes : des bribes de « Lucille », de « Stand by Me », de « Cupid » de Sam Cooke, de « Chain Gang », de « Take This Hammer », et un dialogue d’ouverture où Lennon propose de la cocaïne à Stevie Wonder — d’où le titre. McCartney résumera l’affaire en 1997 d’une formule impeccable : la séance était floue, pour un certain nombre de raisons.
Correctif factuel n° 4. Le lieu de cette séance est contesté. La très grande majorité des sources — dont May Pang dans Loving John (1983) et les fiches de session des spécialistes de McCartney — situent le bœuf aux Burbank Studios. Quelques encyclopédies récentes le placent au Record Plant de Los Angeles, où Lennon a effectivement travaillé à d’autres moments de la même période. Le 28 mars 1974 à Burbank reste la datation la mieux étayée. Par ailleurs, cette bande n’est pas une « réunion » : c’est un enregistrement de fête, sans intention artistique, et personne n’a jamais envisagé de le publier officiellement.
Décembre 1974 : le Beatle qui n’est pas monté sur scène
À la fin de 1974, Harrison entreprend la première tournée nord-américaine d’un ex-Beatle. Elle est difficile : sa voix est détruite par une laryngite contractée avant même le départ, la critique est féroce, le public se braque contre les intermèdes de Ravi Shankar. Les 19 et 20 décembre, la tournée s’achève par deux soirs au Madison Square Garden.
Lennon devait y monter. L’accord était pris ; c’est un désaccord de dernière minute lié aux documents de dissolution du groupe qui a fait capoter l’apparition. Lennon signera finalement les papiers le 29 décembre 1974, en Floride, où il passait les fêtes — la dissolution juridique des Beatles a donc été paraphée à Disney World, ce qui reste l’une des ironies les plus complètes de leur histoire.
Trois semaines plus tôt, le 13 décembre, Harrison était devenu le premier Beatle reçu à la Maison-Blanche, par Gerald Ford. La séquence décembre 1974 concentre à elle seule tout le sujet : un ex-Beatle à la Maison-Blanche, un autre qui signe la fin du groupe dans un parc d’attractions, et une apparition commune annulée pour des motifs contractuels.
1975-1980 : la décrue, puis le silence
Ringo’s Rotogravure (1976) : le dernier disque des quatre — sauf que
Starr quitte EMI en janvier 1976 et signe chez Atlantic pour les États-Unis, Polydor pour le reste du monde. Son premier album pour ces labels, Ringo’s Rotogravure, paraît le 17 septembre 1976. Il applique de nouveau la méthode de 1973 : demander à chacun une chanson.
Lennon donne « Cookin’ (In the Kitchen of Love) » et se déplace, le 12 juin 1976, aux Cherokee Studios de Los Angeles, accompagné de Yoko Ono. Il y joue le piano d’introduction. McCartney, en pause de sa tournée Wings Over America, enregistre le 19 juin la piste d’accompagnement de « Pure Gold » avec Linda, sur laquelle Starr posera ensuite son chant. Harrison, lui, est débordé par l’achèvement de Thirty Three & 1/3 : il cède une chanson ancienne, « I’ll Still Love You », écrite vers 1970 sous le titre « When Every Song Is Sung » et jamais publiée par personne, mais ne participe à aucune séance.
Ce disque a une valeur documentaire considérable et une réputation médiocre. Il est le dernier projet à porter une contribution des quatre du vivant de Lennon. Il contient aussi une chanson d’Eric Clapton (« This Be Called a Song »), des interventions de Peter Frampton, Dr. John et Harry Nilsson, et une production d’Arif Mardin.
Le procès à l’intérieur de l’album
Voici le fait que presque aucune notice française ne mentionne. Harrison a détesté la version que Starr a faite de « I’ll Still Love You » — une chanson qu’il considérait comme l’une de ses meilleures, dans la lignée de « Something ». Il a engagé une action en justice contre son ancien camarade à propos de l’enregistrement et des droits d’édition. L’affaire s’est réglée à l’amiable dans le courant de la même année 1976.
Autrement dit : le dernier album de l’histoire à réunir les quatre ex-Beatles au générique contient également un contentieux judiciaire entre deux d’entre eux. C’est le résumé parfait du régime dans lequel ils ont vécu pendant dix ans — collaboration et procédure, en même temps, sur le même objet.
Correctif factuel n° 5. On lit fréquemment que la piste de piano de Lennon sur « Cookin’ » constitue sa seule séance de studio entre 1975 et 1980, pendant ses cinq années de retrait. La formule est séduisante mais fragile : selon les sources, Lennon aurait également joué sur « A Dose of Rock ‘n’ Roll », et l’inventaire complet de son activité de studio pendant cette période reste incertain. Ce qui est établi : la séance du 12 juin 1976 est la seule apparition documentée et publiée de Lennon sur un disque tiers pendant ces cinq ans.
24 avril 1976 : la nuit du chèque de 3 000 dollars
Le samedi 24 avril 1976, Paul et Linda McCartney rendent visite à John et Yoko au Dakota. Les quatre regardent la télévision. Sur NBC, la première saison de Saturday Night — qui deviendra Saturday Night Live — est à l’antenne. Le producteur Lorne Michaels s’adresse à la caméra, explique aux Beatles ce qu’ils représentent pour sa génération, et brandit un chèque de 3 000 dollars s’ils acceptent de se reformer sur son plateau.
Deux d’entre eux sont assis à deux kilomètres et demi du studio du Rockefeller Center. Ils envisagent sérieusement, quelques minutes, de prendre un taxi pour faire la blague. Puis ils y renoncent, fatigués.
La suite est presque plus belle. Le 20 novembre 1976, Harrison est l’invité musical de l’émission. Il ouvre le programme par un sketch dans lequel il vient réclamer le chèque, et s’entend répondre par Michaels que la somme de 3 000 dollars valait pour quatre personnes, ce qui lui ouvre droit à 750 dollars. Cette scène est la seule « réunion des Beatles » à laquelle le public de 1976 aura eu droit : un quart de groupe négociant un quart de chèque.
Correctif factuel n° 6. La date de la dernière rencontre entre Lennon et McCartney est disputée. La plupart des médias retiennent le 24 avril 1976, soir de l’émission. Les chronologies les plus rigoureuses retiennent le 25 avril : McCartney est repassé au Dakota le lendemain, sans prévenir, et Lennon lui a demandé de téléphoner avant de venir la prochaine fois. C’est cette visite-là, et non la soirée devant la télévision, qui fut la dernière fois qu’ils se virent.
Les collaborations qui n’ont pas eu lieu
Une histoire des collaborations des ex-Beatles serait incomplète sans son négatif. Quatre projets méritent d’être versés au dossier.
La Nouvelle-Orléans, début 1975. Avant de revenir auprès de Yoko Ono, Lennon envisageait de rejoindre McCartney en Louisiane, où les Wings enregistraient Venus and Mars. Le voyage n’a jamais eu lieu. C’est la collaboration post-Beatles la plus proche d’avoir abouti entre les deux auteurs, et il n’en reste rien.
Les offres de promoteurs. Entre 1974 et 1979, plusieurs propositions ont circulé, dont celle de l’entrepreneur Bill Sargent, qui a publiquement offert des sommes croissantes — 30 puis 50 millions de dollars — pour un concert unique. Aucune n’a jamais été prise au sérieux par les quatre simultanément.
Les concerts pour le Kampuchéa, décembre 1979. McCartney a organisé quatre soirées au Hammersmith Odeon, dont la dernière, le 29 décembre, s’achève par le « Rockestra », un orchestre de rock réunissant des membres de Led Zeppelin, des Who, de Pink Floyd et des Pretenders. Les trois autres Beatles ont été sollicités par le secrétaire général des Nations unies. Aucun n’est venu.
Le solo de « Wanderlust ». C’est le plus poignant, et nous y reviendrons en détail : au printemps 1981, McCartney s’est rendu chez Harrison à Friar Park pour lui demander un solo de guitare sur un morceau de Tug of War. Le solo n’a jamais été enregistré.
Cette liste dit quelque chose d’important. Les ex-Beatles n’ont pas refusé de se réunir par rancune, en tout cas pas seulement. Ils ont refusé parce qu’aucun d’eux, entre 1970 et 1980, n’avait le moindre intérêt artistique à redevenir un quart de quelque chose. Nous avons développé cette thèse à propos de la scène dans notre article sur les raisons profondes de l’arrêt des tournées, et elle vaut a fortiori pour le studio.
L’autre moitié de l’histoire : collaborer avec le reste du monde
Réduire « les collaborations des ex-Beatles » à leurs échanges internes revient à ne regarder qu’un quart du tableau. Libérés de l’obligation d’être quatre, les quatre ont passé cinquante ans à jouer avec tout le monde. Cette section propose un inventaire raisonné, membre par membre, en privilégiant les rencontres qui ont produit quelque chose plutôt que les figurations.
John Lennon : dix ans, deux régimes
La carrière collaborative de Lennon se divise nettement. De 1969 à 1975, il collabore compulsivement ; de 1975 à 1980, presque plus du tout.
Yoko Ono est la partenaire structurante et la plus mal comprise. Le Plastic Ono Band n’est pas un groupe mais un dispositif à géométrie variable, dont la première apparition publique a lieu au Toronto Rock and Roll Revival du 13 septembre 1969, avec Eric Clapton, Klaus Voormann et Alan White — répétition faite dans l’avion. Les deux Some Time in New York City de 1972, enregistrés avec le groupe new-yorkais Elephant’s Memory, sont le point le plus politique et le plus divisif de sa discographie.
Frank Zappa, le 6 juin 1971 au Fillmore East de New York : Lennon et Ono montent sur scène avec les Mothers of Invention. La captation paraîtra sur Some Time in New York City, puis dans une version radicalement différente montée par Zappa lui-même en 1992. Les deux versions ne racontent pas la même soirée, ce qui reste l’un des différends de montage les plus curieux du rock.
Mick Jagger, en 1973 : Lennon produit « Too Many Cooks (Spoil the Soup) », resté inédit jusqu’en 2007. David Bowie, en janvier 1975 : les deux hommes composent « Fame » en studio à New York, Lennon apportant la ligne vocale aiguë et le riff de base ; ils enregistrent dans la foulée une reprise d’« Across the Universe ». « Fame » deviendra le premier n° 1 américain de Bowie. C’est, à ce jour, l’une des seules occasions où un Beatle a coécrit un tube n° 1 pour un autre artiste après 1970.
Elton John, la même année : Lennon joue sur « Lucy in the Sky with Diamonds » et « One Day at a Time », Elton John joue et chante sur « Whatever Gets You Thru the Night » (Walls and Bridges). Le pianiste tient le pari que le titre atteindra la première place américaine ; il l’atteint le 16 novembre 1974, et Lennon honore son pari en montant sur la scène du Madison Square Garden le 28 novembre 1974 pour trois chansons. Ce sera sa dernière apparition sur une grande scène. Notre article sur l’album Walls and Bridges détaille le contexte de cette période, tout comme celui consacré à Mind Games et celui sur l’album de reprises Rock ‘n’ Roll, dont la genèse avec Phil Spector est un cas d’école de collaboration devenue ingérable.
Harry Nilsson : Pussy Cats (1974), produit par Lennon, est l’album qui a servi de décor à la séance du 28 mars. David Peel, Ronnie Spector, Chuck Berry — avec qui Lennon joue au Mike Douglas Show le 16 février 1972 — complètent le tableau. La chanteuse des Ronettes a bénéficié en 1971 d’un single produit par Spector avec Lennon, Harrison et Starr sur la bande : « Try Some, Buy Some », l’un des rares titres portant trois ex-Beatles hors des albums de Starr.
Paul McCartney : la collaboration comme méthode de travail
McCartney est celui dont la pratique collaborative est la plus continue et la plus stratégique. Elle commence par la construction d’un groupe : les Wings, avec Linda McCartney et surtout Denny Laine, ancien des Moody Blues, présent de 1971 à 1981 et coauteur de « Mull of Kintyre ». C’est la seule tentative sérieuse d’un ex-Beatle pour reconstituer un collectif durable.
Vient ensuite la période des duos de haute visibilité. Stevie Wonder pour « Ebony and Ivory » (1982), enregistré à Montserrat avec George Martin. Michael Jackson pour « The Girl Is Mine » (1982), « Say Say Say » et « The Man » (1983) — collaboration doublée d’un enseignement fatal, puisque McCartney a expliqué à Jackson l’intérêt d’acheter des catalogues d’édition, avant que celui-ci ne rachète en 1985 les droits Northern Songs sur le catalogue Lennon-McCartney. Notre article sur la fortune de Paul McCartney revient sur cet épisode, qui a coûté au bassiste plusieurs décennies de contrariété.
Elvis Costello, entre 1987 et 1989, est la collaboration d’écriture la plus fertile de la carrière post-Beatles de McCartney : une douzaine de chansons, réparties entre Flowers in the Dirt (« My Brave Face », « You Want Her Too ») et Spike de Costello (« Veronica », « Pads, Paws and Claws »). Le mécanisme est explicitement celui des Beatles — deux auteurs face à face, l’un poussant l’autre vers ce qu’il n’aurait pas écrit seul. C’est l’occasion pour McCartney de ressortir sa Höfner 500/1, sur les conseils de Costello. Notre article consacré à Elvis Costello détaille ce partenariat.
Il faut ensuite compter Eric Stewart de 10cc (Press to Play, 1986), Carl Perkins, Youth — avec qui McCartney forme depuis 1993 le duo électronique The Fireman —, Nigel Godrich (Chaos and Creation in the Backyard, 2005, recommandé à McCartney par George Martin lui-même), David Kahne, Ethan Johns, Mark Ronson, Paul Epworth, Greg Kurstin, Rick Rubin, Andrew Watt.
Et puis il y a les rencontres improbables, qui ont chaque fois provoqué un choc générationnel. Dave Grohl et les survivants de Nirvana pour « Cut Me Some Slack » (2013), enregistré pour le documentaire Sound City et récompensé d’un Grammy — un ex-Beatle chantant avec la section rythmique de Nirvana. Kanye West et Rihanna pour « FourFiveSeconds », « Only One » et « All Day » en 2014-2015, épisode resté célèbre pour la vague de tweets d’auditeurs américains félicitant West d’avoir « découvert » un chanteur inconnu de soixante-douze ans.
George Harrison : le collaborateur professionnel
Harrison est le plus collaboratif des quatre, et de loin. Sa discographie personnelle est modeste en volume ; son ubiquité sur les disques des autres est colossale.
La liste des artistes qu’il a produits ou soutenus chez Apple à partir de 1968 — Billy Preston, Jackie Lomax, Doris Troy, Badfinger, Ravi Shankar, Mary Hopkin — constitue déjà un catalogue. Il faut y ajouter la période Delaney & Bonnie de la fin 1969, décisive : c’est en tournée avec eux, en simple guitariste de complément et sans annonce sur l’affiche, que Harrison apprend la slide et rencontre la moitié des musiciens d’All Things Must Pass.
Eric Clapton est le partenaire d’une vie, malgré — ou à cause de — la situation conjugale décrite dans notre article sur le triangle Harrison-Clapton-Pattie Boyd. Clapton joue le solo de « While My Guitar Gently Weeps » en 1968, Harrison coécrit « Badge » pour Cream la même année sous le pseudonyme de L’Angelo Misterioso, les deux hommes tournent ensemble au Japon en 1991 — la seule tournée de Harrison après 1974, documentée sur Live in Japan.
Bob Dylan : la relation commence en 1968 à Woodstock, produit « I’d Have You Anytime » sur All Things Must Pass, se prolonge par le Concert for Bangladesh, et culmine vingt ans plus tard avec les Traveling Wilburys. Ce supergroupe formé en avril 1988 avec Dylan, Roy Orbison, Tom Petty et Jeff Lynne est l’aboutissement de toute la démarche collaborative de Harrison : un groupe sans hiérarchie, sans manager, sans photo de presse individuelle et sans tournée.
Ravi Shankar est l’autre pôle, le plus long : de 1966 à la mort de Harrison, avec pour aboutissement Chants of India (1997), que Harrison a produit et qui reste l’un des disques dont il était le plus fier. Nous avons retracé cette relation dans notre dossier sur les Beatles en Inde.
Enfin, Harrison collaborateur, c’est aussi Harrison producteur de cinéma : HandMade Films, fondée en 1978 pour sauver Life of Brian des Monty Python, a produit une trentaine de films. C’est la forme la plus inattendue de son goût pour le travail en équipe, que nous documentons dans notre article sur HandMade.
Ringo Starr : le musicien le plus demandé de la bande
Starr est le seul des quatre à avoir bâti l’essentiel de sa carrière sur la collaboration en tant que principe d’organisation. Ses albums des années 1970 sont des annuaires : Marc Bolan, dont il a réalisé le film Born to Boogie en 1972 ; The Band, dont plusieurs membres jouent sur « Sunshine Life for Me » ; Harry Nilsson, avec qui il tourne Son of Dracula ; Peter Frampton ; Dr. John ; Melissa Manchester.
Le tournant est le 23 juillet 1989, au Park Central Amphitheatre de Dallas : premier concert du Ringo Starr & His All-Starr Band, idée du promoteur David Fishof — et non de Starr lui-même. Le principe est une collaboration institutionnalisée : chaque musicien du groupe est un artiste à succès qui joue ses propres tubes pendant que Starr tient la batterie. La première formation réunit Dr. John, Joe Walsh, Billy Preston, Levon Helm, Rick Danko, Nils Lofgren, Clarence Clemons et Jim Keltner. Trente-sept ans plus tard, le format tourne toujours.
La période récente est la plus prolifique de toutes : Look Up (2025), premier album de Starr classé n° 1 au palmarès country officiel britannique, coécrit et produit par T Bone Burnett ; puis Long Long Road, paru le 24 avril 2026, dix titres écrits avec Burnett, avec Billy Strings, Sheryl Crow et St. Vincent. À quatre-vingt-six ans, l’ex-batteur des Beatles enregistre avec des musiciens nés quarante ans après la séparation du groupe.
Le tissu conjonctif : les hommes qui ont joué avec les quatre
Une poignée de musiciens constitue le liant du réseau. Ce sont eux, plus que les Beatles eux-mêmes, qui assurent la continuité sonore entre les quatre carrières.
Billy Preston est le seul musicien à avoir été crédité sur la pochette d’un single des Beatles (« Get Back » / « Don’t Let Me Down », mention « The Beatles with Billy Preston »). Après 1970, il joue avec les quatre : sur All Things Must Pass, sur Plastic Ono Band, sur « I’m the Greatest », au Concert for Bangladesh, dans le premier All-Starr Band, et sur des séances de McCartney. Aucune autre personne au monde ne peut en dire autant.
Klaus Voormann couvre Lennon, Harrison et Starr, jamais McCartney — pour la raison évidente que McCartney joue lui-même de la basse. Jim Keltner couvre Lennon, Harrison, Starr et, plus tard, McCartney. Jeff Lynne arrive tardivement mais devient central : producteur de Cloud Nine (1987), membre des Wilburys, producteur des deux singles de l’Anthology, coproducteur de Flaming Pie de McCartney (1997) et de plusieurs projets de Starr. Phil Spector, enfin, produit Let It Be, All Things Must Pass, Plastic Ono Band, Imagine et Rock ‘n’ Roll — quatre disques post-Beatles majeurs sur trois artistes différents.
Il faut y ajouter deux hommes de studio : George Martin, qui travaille avec McCartney sur Tug of War, Pipes of Peace et Flaming Pie, et écrit en 1998 les cordes de « Grow Old with Me » pour la compilation Working Class Hero — sujet de notre portrait de George Martin hors des Beatles ; et Geoff Emerick, présent aux séances de l’Anthology en 1994.
1981-1994 : après le 8 décembre
« All Those Years Ago » : trois hommes qui ne se sont jamais croisés
La chanson la plus célèbre du corpus « ex-Beatles ensemble » est un chef-d’œuvre de montage, et pas du tout une réunion.
Reprenons la chronologie exacte. Entre le 19 et le 25 novembre 1980, Harrison enregistre à Friar Park la piste d’accompagnement d’une chanson écrite pour Ringo Starr, avec Starr à la batterie et au chant témoin. Starr n’aime pas le morceau et le trouve trop haut pour sa tessiture. Le titre est écarté de son album Stop and Smell the Roses.
Le 8 décembre 1980, John Lennon est assassiné. Harrison réécrit intégralement les paroles pour en faire un hommage, efface le chant de Starr, conserve sa batterie, et chante lui-même. Au printemps 1981, Paul et Linda McCartney passent à Friar Park avec Denny Laine et George Martin ; Harrison leur demande d’ajouter des chœurs. Al Kooper est au piano électrique, Herbie Flowers à la basse, Ray Cooper aux percussions et à la coproduction.
Correctif factuel n° 7. « All Those Years Ago » n’est pas un enregistrement à trois Beatles. La batterie de Starr date de novembre 1980 et a été jouée pour une autre chanson, avec d’autres paroles et un autre chanteur. Les chœurs de McCartney ont été surimposés plusieurs mois plus tard. Les trois hommes ne se sont jamais trouvés ensemble dans la pièce. Le disque est le premier depuis « I Me Mine » (3 janvier 1970) à porter la trace des trois survivants, et le dernier avant « Free as a Bird » — mais il a été fabriqué par superposition.
Un mot sur les dates de parution, elles aussi variables selon les sources : on trouve le 7, le 11 et le 22 mai 1981 selon que l’on considère le pressage américain, le pressage britannique ou la date de mise en place commerciale. Le single atteint la deuxième place du Billboard Hot 100 pendant trois semaines, bloqué par « Bette Davis Eyes » de Kim Carnes, mais seulement la treizième au Royaume-Uni — un écart transatlantique caractéristique de toute la période, que nous quantifions dans notre enquête sur les années creuses de Harrison.
La séance qui n’a pas eu lieu : le solo de « Wanderlust »
Le détail le plus émouvant de cette histoire est celui qu’on ne raconte jamais.
McCartney n’est pas venu à Friar Park pour enregistrer des chœurs. Il y est venu pour demander à Harrison de poser un solo de guitare sur « Wanderlust », un morceau destiné à Tug of War. C’est en arrivant que Harrison lui a proposé d’inverser les rôles et de chanter d’abord sur son hommage à Lennon. Les McCartney et Laine ont accepté.
Le solo de « Wanderlust » n’a jamais été enregistré. La journée s’est achevée sans qu’on y revienne, et McCartney a terminé le morceau sans Harrison. La seule collaboration de 1981 entre les deux hommes a donc consisté, pour McCartney, à renoncer à celle qu’il était venu chercher.
Ce non-événement est capital : entre 1970 et 1994, il n’existe aucune contribution instrumentale de George Harrison sur un disque de Paul McCartney. Aucune. Le duo qui a écrit ensemble depuis l’adolescence, qui a partagé le même autobus, la même scène de Hambourg et le même studio pendant huit ans, n’a pas travaillé ensemble pendant vingt-quatre ans. C’est le trou noir de tout ce dossier — et il éclaire la tension que nous avons analysée dans notre article sur ce que McCartney a raconté de travers sur les absences de Harrison.
Les années 1980 : Starr en position de pivot, encore
Stop and Smell the Roses (1981) est le dernier album de Starr à recevoir des chansons de deux ex-Beatles : Harrison écrit et produit « Wrack My Brain » — la dernière entrée de Starr au Hot 100 avant très longtemps —, McCartney produit « Private Property » et « Attention ». L’album a six producteurs différents pour trente-deux minutes de musique, ce qui donne une idée du désordre de la période.
La suite est une longue série de renvois d’ascenseur. Starr joue sur « Take It Away » (Tug of War, 1982) et sur « So Bad » (Pipes of Peace, 1983). Il tient la batterie sur plusieurs titres de Cloud Nine de Harrison (1987), dont « When We Was Fab », chanson-hommage aux Beatles coécrite avec Jeff Lynne dont le clip constitue à lui seul une petite encyclopédie de l’autodérision. En 1997, il joue sur « Beautiful Night » et « Really Love You » de Flaming Pie — ce dernier titre étant crédité McCartney-Starkey, première et unique cosignature entre les deux hommes en trente-cinq ans.
1994-1996 : l’Anthology, ou collaborer avec un mort
Le protocole : une cassette, un producteur, une règle
Le 19 janvier 1994, au Waldorf-Astoria de New York, John Lennon est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame. Yoko Ono remet à Paul McCartney une cassette contenant quatre maquettes domestiques enregistrées par Lennon au Dakota, pour l’essentiel vers 1977 : « Free as a Bird », « Real Love », « Grow Old with Me » et un morceau intitulé « I Miss You », que les trois autres appelleront plus tard « Now and Then ».
McCartney, Harrison et Starr décident d’en faire quelque chose. Ils fixent une règle et un producteur. La règle, formulée par McCartney : traiter les maquettes comme si Lennon était parti en vacances en laissant des consignes, et faire le travail qu’ils auraient fait s’il était revenu. Le producteur : Jeff Lynne, imposé par Harrison, qui refusait de travailler avec quiconque n’aurait pas déjà fait ses preuves à ses côtés. George Martin, dont l’audition déclinait et qui travaillait à plein temps sur le montage des archives de l’Anthology, ne participe pas aux deux nouveaux titres.
Le choix de Lynne n’est pas neutre. C’est la conséquence directe des Traveling Wilburys : sans le supergroupe de 1988, Lynne n’aurait jamais été en position de produire un disque des Beatles. Le réseau collaboratif de Harrison a donc déterminé, six ans plus tard, la sonorité des deux derniers singles du groupe.
« Free as a Bird » : la première vraie séance à trois depuis 1970
Les séances commencent le 11 février 1994 au Hog Hill Mill, le studio de McCartney en bordure du Sussex, et se poursuivent jusqu’à la fin mars. Geoff Emerick et Jon Jacobs sont aux manettes.
C’est ici, et nulle part ailleurs, que se produit la seule vraie réunion en studio de l’histoire post-Beatles : trois hommes qui jouent en même temps, dans la même pièce, en s’entendant, sur une même chanson. La dernière occurrence remontait au 13 mars 1973 pour un trio différent, et pour le trio McCartney-Harrison-Starr au 3 janvier 1970. Vingt-quatre ans.
Le personnel de « Free as a Bird » mérite d’être détaillé, parce qu’il montre à quel point l’exercice était collectif : Lennon au piano et au chant sur la maquette ; McCartney à la basse, au piano, aux claviers, à la guitare acoustique et au chant ; Harrison aux guitares acoustique et électrique slide, au ukulélé et au chant ; Starr à la batterie et au chant ; Lynne à la guitare et aux harmonies. Le pont — cette section montante qui constitue la meilleure idée du morceau — est le fruit d’une compétition ouverte entre McCartney et Harrison, chacun proposant des paroles concurrentes. Nous avons consacré une enquête entière à ce duel, qui est la meilleure porte d’entrée dans la psychologie de la séance : « George et moi rivalisions pour la meilleure parole ».
Le single sort le 4 décembre 1995, deux semaines après Anthology 1. Le clip est réalisé par Joe Pytka, en un plan-séquence aérien truffé de références aux chansons du groupe.
« Real Love » et l’échec de « Now and Then »
La deuxième série de séances a lieu les 6 et 7 février 1995. Les trois hommes s’attaquent d’abord à « Now and Then », qui les avait déjà mis en échec le 22 juin 1994, puis y renoncent et se replient sur « Real Love », jugée plus complète sur le plan des paroles. Lynne se bat contre la bande source : un ronflement secteur de 60 Hz, un souffle considérable dû à un enregistrement à trop bas niveau, et une quantité de clics révélés une fois le ronflement retiré. « Real Love » est achevée en mai 1995 et publiée en single le 4 mars 1996.
« Now and Then » fait l’objet d’une dernière tentative les 20 et 21 mars 1995, puis est abandonnée. Les raisons rapportées varient : la qualité de la bande, un bourdonnement inextricable, et l’agacement de Harrison, qui aurait qualifié le morceau de bon à rien. Harrison a néanmoins enregistré des guitares acoustique et électrique le 2 février 1995 — et ce sont ces prises-là, conservées pendant vingt-huit ans, qui feront de lui un participant posthume au dernier single des Beatles.
Correctif factuel n° 8. On présente souvent « Free as a Bird » comme un simple habillage d’une maquette. C’est réducteur : les trois survivants ont enregistré ensemble, en direct, pendant plusieurs semaines, dans un studio privé, avec un producteur et deux ingénieurs. À l’inverse, « All Those Years Ago » (1981), constamment qualifiée de « réunion des trois Beatles », a été fabriquée par superposition de pistes gravées à des mois d’intervalle. La chanson qu’on prend pour un montage est une vraie séance ; celle qu’on prend pour une séance est un montage.
2001-2026 : le duo, l’archive et la machine
Le Concert for George, 29 novembre 2002
George Harrison meurt le 29 novembre 2001. Un an jour pour jour plus tard, le Royal Albert Hall accueille le Concert for George, organisé par Olivia Harrison, Dhani Harrison et Eric Clapton, qui en assure la direction musicale.
La soirée est structurée en trois parties : un ensemble indien dirigé par Anoushka Shankar, un intermède des Monty Python, puis le concert rock. Sur scène : Clapton, McCartney, Starr, Jeff Lynne, Tom Petty and the Heartbreakers, Billy Preston, Jim Keltner, Klaus Voormann, Ray Cooper, Gary Brooker, Joe Brown — qui clôt la soirée seul au ukulélé, instrument fétiche de Harrison. McCartney chante « For You Blue » et « Something », qu’il commence au ukulélé avant que l’orchestre ne le rejoigne. C’est la dernière grande réunion de tout le réseau décrit dans cet article, et une bonne partie des personnes citées dans nos portraits de cinquièmes Beatles y figure.
« Now and Then », 2 novembre 2023 : cinquante-sept ans de collaboration sur une seule bande
La reprise du projet abandonné en 1995 tient à un problème technique résolu ailleurs. En travaillant sur le documentaire The Beatles: Get Back, Peter Jackson et son équipe de Wingnut Films mettent au point un système d’apprentissage automatique baptisé MAL — d’après Mal Evans — capable d’isoler des sources sonores distinctes à l’intérieur d’un enregistrement monophonique. Le procédé permet enfin de séparer la voix de Lennon du piano du Dakota.
Le résultat est l’objet le plus étrange de toute la discographie du groupe. Les couches de « Now and Then » ont été enregistrées sur cinquante-sept ans :
- 6 juin 1966 : chœurs repris de la séance d’« Eleanor Rigby » ;
- 14 juin 1966 : chœurs repris de « Here, There and Everywhere » ;
- 4 août 1969 : chœurs repris de « Because » ;
- vers 1977 : chant principal de John Lennon, au Dakota ;
- 2 février 1995 : guitares acoustique et électrique de George Harrison ;
- 2 février 2021 : solo de guitare de Paul McCartney ;
- 9 juillet 2021 : lignes de basse de McCartney ;
- 12 juillet 2021 : chant de McCartney ;
- 9 avril 2022 : batterie de Ringo Starr.
Ajoutons l’arrangement de cordes écrit par Ben Foster avec McCartney et Giles Martin. Le solo de guitare slide de McCartney est un hommage explicite au style de Harrison — un Beatle jouant à la manière d’un autre Beatle mort, sur une chanson d’un troisième Beatle mort, par-dessus des chœurs enregistrés cinquante-sept ans plus tôt pour des chansons entièrement différentes.
Correctif factuel n° 9. « Now and Then » n’a pas été « créée par l’intelligence artificielle » et aucune voix n’a été synthétisée. Le système MAL effectue une séparation de sources : il distingue et isole des signaux qui existent déjà dans la bande de 1977. Aucune note, aucun mot, aucun timbre n’a été fabriqué. La distinction est essentielle et a été rappelée à plusieurs reprises par McCartney après une déclaration mal interprétée de sa part en juin 2023.
Le single paraît le 2 novembre 2023 et se classe premier au Royaume-Uni — dix-huitième numéro un des Beatles, cinquante-quatre ans après le précédent. Le film de Peter Jackson accompagnant sa sortie mêle images d’archives et prises de vues récentes, et fait apparaître les quatre membres jouant ensemble par le seul effet du montage.
2024-2026 : McCartney et Starr, dernier duo actif du rock
Les dernières années ont vu se multiplier les apparitions communes des deux survivants. Le 19 décembre 2024, à l’O2 Arena de Londres, Starr rejoint McCartney sur scène pour la dernière date de la tournée Got Back, sur « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise) » et « Helter Skelter », avec Ronnie Wood également invité. Les deux hommes ont par ailleurs prêté leur concours à la version de « Let It Be » enregistrée par Dolly Parton, dont la disparition en 2026 a donné lieu à un hommage appuyé de McCartney.
Mais l’événement de 2026 est ailleurs. Le 8 mai 2026, Capitol publie « Home to Us », deuxième extrait de The Boys of Dungeon Lane — album paru le 29 mai, produit avec Andrew Watt, dont le titre vient d’une maquette inédite de 1991, « In Liverpool ». Le morceau est crédité à Paul McCartney et Ringo Starr. C’est leur premier duo chanté.
Sa genèse est une comédie d’erreurs, racontée par McCartney lors d’une écoute privée organisée au Studio Two d’Abbey Road. Starr, qui habite près de chez Watt, est passé en 2024 enregistrer quelques mesures de batterie, en supposant que le producteur en tirerait quelque chose. McCartney a écouté la bande par curiosité, l’a trouvée bonne, et a décidé de construire une chanson autour — une chanson pensée pour Starr, sur les origines populaires des deux hommes, le Dingle de Ringo et Speke pour Paul. Une série de malentendus s’est ensuivie : la maquette n’a pas été envoyée à temps, Starr s’en est agacé, puis n’a d’abord enregistré que le refrain. Chrissie Hynde et Sharleen Spiteri assurent les chœurs.
Correctif factuel n° 10. « Home to Us » n’est pas la première collaboration McCartney-Starr : les deux hommes jouent ensemble depuis 1962 et ont enregistré ensemble des dizaines de fois entre 1973 et 2023. C’est en revanche leur premier duo vocal crédité — ce qui, après soixante-quatre ans de carrière commune, constitue une anomalie statistique remarquable.
La boucle est bouclée d’une manière que personne n’aurait imaginée en 1970 : le dernier disque en date porte, comme le premier de 1973, le principe fondateur de tout ce réseau — l’un fait la chanson, l’autre apporte le tempo, et personne ne se demande plus qui est le chef.
Le tableau croisé : qui a joué sur les disques de qui
Ce tableau recense les contributions instrumentales ou vocales avérées, à l’exclusion des simples dons de chanson. Il ne prétend pas à l’exhaustivité pour les périodes récentes, mais il donne la structure du réseau.
| Bénéficiaire | Lennon a joué | McCartney a joué | Harrison a joué | Starr a joué |
|---|---|---|---|---|
| Disques de Lennon | — | Jamais | Imagine (4 titres) | Plastic Ono Band (album complet) |
| Disques de McCartney | Jamais | — | Jamais (le solo de « Wanderlust » n’a pas été enregistré) | Tug of War, Pipes of Peace, Flaming Pie, Boys of Dungeon Lane |
| Disques de Harrison | Jamais après 1970 | Chœurs sur « All Those Years Ago » | — | All Things Must Pass, Living in the Material World, Somewhere in England, Cloud Nine |
| Disques de Starr | Ringo, Goodnight Vienna, Rotogravure | Ringo, Rotogravure, Stop and Smell the Roses, Vertical Man, albums récents | Ringo, singles de 1971-1972, Stop and Smell the Roses | — |
| Disques des Beatles (posthumes) | Maquettes de 1977 | 1994, 1995, 2021 | 1994, 1995 | 1994, 1995, 2022 |
La lecture de ce tableau donne le vrai visage du réseau. Ringo Starr est présent dans toutes les cases sauf la sienne. John Lennon et Paul McCartney n’ont jamais joué l’un sur le disque de l’autre. Et George Harrison, le plus collaboratif des quatre avec le monde extérieur, n’a jamais posé une note sur un disque de McCartney.
Anthologie de citations
Les propos ci-dessous sont des restitutions abrégées de déclarations publiées, et non des transcriptions littérales. Les sources sont indiquées en fin d’article.
Les Beatles sur leurs propres collaborations
John Lennon, à propos de « I’m the Greatest » : il expliquait qu’il ne pouvait pas chanter lui-même une chanson dans laquelle il se proclamait le plus grand, parce que le public l’aurait pris au premier degré, alors que dans la bouche de Ringo la phrase devenait une plaisanterie partagée.
Ringo Starr, sur la même chanson : seul Lennon pouvait l’écrire, et seul lui pouvait la chanter, parce que les deux savaient qu’ils s’amusaient. Il évoquait aussi une photographie de la séance où l’on voit Lennon hurler d’enthousiasme derrière lui.
Paul McCartney, en 1997, à propos de la séance du 28 mars 1974 : le souvenir en était flou, et il ajoutait que c’était pour un certain nombre de raisons. Il a précisé ailleurs que personne dans la pièce n’était en état, qu’il avait pris la batterie sans raison particulière, et qu’il avait peut-être tenté sans conviction de remettre un peu d’ordre.
George Harrison, sur son rôle de guitariste invité : il concevait la guitare comme un service rendu à la chanson plutôt qu’un espace d’expression personnelle, position qu’il a maintenue de « While My Guitar Gently Weeps » aux Wilburys.
Ringo Starr, sur la méthode des albums de 1973 et 1976 : il demandait simplement à chacun d’écrire une chanson pour lui ; Harrison, plutôt que d’en écrire une, lui a proposé un ancien titre qu’il aimait déjà, ce qui arrangeait tout le monde.
L’entourage et les témoins de studio
Richard Perry, producteur de Ringo, sur le 13 mars 1973 : quand il a transmis à Lennon la demande de Harrison de venir au studio, la réponse a été un oui immédiat, assorti de l’idée que le nouvel arrivant serait utile pour terminer le pont de la chanson.
May Pang, sur l’arrivée de McCartney à Burbank : la salle s’est figée, personne n’a parlé, et Lennon a rompu le silence par une réplique de la pièce de Noël télévisée que les Beatles jouaient dix ans plus tôt, à laquelle McCartney a répondu du tac au tac par la réplique complémentaire.
Ringo Starr, le lendemain de cette séance : il s’est plaint que McCartney abîmait systématiquement sa batterie.
Denny Laine, sur l’enregistrement des chœurs d’« All Those Years Ago » : le moment était très chargé émotionnellement, quelques mois seulement après l’assassinat de Lennon, et il lui paraissait important que les survivants rendent publiquement visible leur peine.
Jeff Lynne, sur la tentative de 1995 autour de « Now and Then » : une après-midi de travail, une piste d’accompagnement esquissée sans être terminée, une ballade bluesy en la mineur qu’il aurait aimé achever.
Paul McCartney, sur les problèmes techniques de « Real Love » : ils ont refilé à Lynne le bourdonnement présent sur toute la cassette, et une fois celui-ci retiré, il a fallu s’attaquer à tous les clics qu’il masquait.
Les regards extérieurs
Lorne Michaels, le 24 avril 1976, en direct sur NBC : il expliquait que les conflits juridiques et personnels des Beatles ne le regardaient pas, mais que si le seul obstacle restant était l’argent, il avait la solution — et brandissait un chèque de trois mille dollars.
Lorne Michaels, face à Harrison le 20 novembre 1976 : la somme valait pour quatre personnes, ce qui ramenait la part du guitariste à sept cent cinquante dollars.
Stevie Wonder, sur la soirée de Burbank : il a tenté de sauver la situation musicalement en lançant un standard de Sam Cooke, seul moment de la bande où quelque chose ressemble à de la musique organisée.
Les douze correctifs factuels
| Ce qu’on lit partout | Ce que disent les sources |
|---|---|
| Les ex-Beatles ont cessé de travailler ensemble en 1970 | La collaboration ne s’est jamais interrompue plus de trois ans d’affilée entre 1970 et 2026 |
| La première collaboration post-Beatles date de 1970 ou 1971 | « Instant Karma! » (Lennon, Harrison, Voormann, White) est enregistrée le 27 janvier 1970, avant l’annonce du 10 avril |
| Harrison a été invité à la séance du 13 mars 1973 | Il s’est invité lui-même, par téléphone, après avoir appris fortuitement que Lennon et Starr enregistraient |
| L’album Ringo est une quasi-réunion des Beatles | Les contributions ont été gravées dans deux pays à cinq semaines d’écart ; McCartney enregistre le 16 avril 1973 à Londres |
| Les quatre ex-Beatles participent à Ringo’s Rotogravure | Harrison n’a joué aucune note : il a seulement cédé une chanson ancienne, et a ensuite poursuivi Starr en justice à son sujet |
| Le piano de Lennon sur « Cookin’ » est sa seule séance de 1975-1980 | Formulation trop assurée : certaines sources lui attribuent aussi « A Dose of Rock ‘n’ Roll » ; disons la seule apparition documentée et publiée |
| « A Toot and a Snore » a été enregistré au Record Plant | La très grande majorité des sources situent la séance aux Burbank Studios, le 28 mars 1974 |
| Lennon et McCartney se sont vus pour la dernière fois le 24 avril 1976 | La soirée Saturday Night est bien le 24 ; la dernière rencontre est la visite du lendemain, le 25 avril |
| « All Those Years Ago » réunit trois Beatles en studio | Batterie de novembre 1980 pour une autre chanson, chœurs surimposés au printemps 1981 : les trois ne se sont jamais croisés |
| Harrison a joué sur les disques solo de McCartney | Jamais entre 1970 et 1994 ; le solo de « Wanderlust » prévu en 1981 n’a pas été enregistré |
| « Now and Then » a été fabriquée par intelligence artificielle | Le système MAL sépare des sources existantes ; aucune voix ni aucune note n’a été synthétisée |
| « Home to Us » est la première collaboration McCartney-Starr | C’est leur premier duo chanté, après soixante-quatre ans de jeu commun et des dizaines de séances partagées |
Ce qu’on ne sait toujours pas
Le nombre exact de séances de Lennon entre 1975 et 1980. Le retrait de cinq ans est documenté par des témoignages, pas par un registre. On ignore s’il a joué sur d’autres disques que ceux de Starr, et les rumeurs de séances new-yorkaises non publiées reviennent périodiquement sans preuve.
Le contenu intégral des bandes de Burbank. Le disque pirate circule dans une version d’une trentaine de minutes. Rien n’établit qu’elle corresponde à la totalité de ce qui a été enregistré cette nuit-là, et les propriétaires légaux des bandes multipistes ne se sont jamais manifestés.
L’ampleur réelle de la contribution de Harrison à « It Don’t Come Easy ». Starr a plusieurs fois laissé entendre que le crédit aurait pu être partagé. Harrison n’a jamais rien revendiqué. Aucun document contractuel connu ne tranche.
La nature exacte du différend Harrison-Starr de 1976. L’action en justice au sujet de « I’ll Still Love You » a été réglée à l’amiable, donc sans décision publiée. Ce qui a fâché Harrison — l’interprétation, l’arrangement, les droits d’édition, ou les trois — reste conjectural.
Ce qui s’est réellement dit le 20 décembre 1974. Le désaccord de dernière minute qui a empêché Lennon de monter sur scène au Madison Square Garden est raconté de trois ou quatre manières incompatibles selon les témoins.
Le sort des enregistrements de 1994-1995 laissés de côté. Les trois survivants ont travaillé sur davantage de matériel que les deux singles publiés, notamment de la musique d’illustration pour la série télévisée. L’exhaustivité de ce qui a été gravé au Hog Hill Mill n’est pas publique, malgré la publication d’Anthology 4.
Chronologie des collaborations post-Beatles
| Date | Événement |
|---|---|
| 3 janvier 1970 | « I Me Mine » : McCartney, Harrison et Starr enregistrent sans Lennon |
| 27 janvier 1970 | « Instant Karma! » : Lennon et Harrison, écrit, enregistré et mixé dans la journée |
| 10 avril 1970 | Annonce du départ de McCartney |
| 26 mai 1970 | Début des séances d’All Things Must Pass, avec Starr à la batterie |
| septembre-octobre 1970 | Plastic Ono Band : Lennon, Voormann, Starr |
| 31 décembre 1970 | McCartney assigne les trois autres pour obtenir la dissolution |
| 9 avril 1971 | « It Don’t Come Easy » : Starr produit par Harrison |
| été 1971 | Imagine : Harrison joue sur quatre titres, dont « How Do You Sleep? » |
| 1er août 1971 | Concert for Bangladesh : Harrison et Starr présents, Lennon et McCartney absents |
| 6 juin 1971 | Lennon et Ono avec Frank Zappa au Fillmore East |
| mars 1972 | « Back Off Boogaloo », produit par Harrison : n° 2 au Royaume-Uni |
| 13 mars 1973 | « I’m the Greatest », Sunset Sound : Lennon, Harrison, Starr, Voormann, Preston |
| 16 avril 1973 | McCartney enregistre « Six O’Clock » aux studios Apple de Savile Row |
| 2 novembre 1973 | Sortie de l’album Ringo : n° 2 aux États-Unis, n° 7 au Royaume-Uni |
| 28 mars 1974 | Burbank Studios : dernière séance connue Lennon-McCartney |
| 28 novembre 1974 | Lennon avec Elton John au Madison Square Garden : sa dernière grande scène |
| 13 décembre 1974 | Harrison reçu à la Maison-Blanche par Gerald Ford |
| 19-20 décembre 1974 | Fin de la tournée de Harrison : Lennon devait monter sur scène, ne vient pas |
| 29 décembre 1974 | Lennon signe les documents de dissolution en Floride |
| janvier 1975 | Lennon coécrit « Fame » avec David Bowie à New York |
| 24-25 avril 1976 | Offre de Lorne Michaels ; dernière rencontre Lennon-McCartney |
| 12 et 19 juin 1976 | Séances Lennon puis McCartney pour Ringo’s Rotogravure |
| 20 novembre 1976 | Harrison réclame le chèque de 3 000 dollars sur le plateau de Saturday Night Live |
| 29 décembre 1979 | Rockestra au Hammersmith Odeon : les trois autres Beatles ne viennent pas |
| 19-25 novembre 1980 | Starr enregistre la batterie de la future « All Those Years Ago » |
| 8 décembre 1980 | Assassinat de John Lennon |
| printemps 1981 | Chœurs des McCartney et de Denny Laine à Friar Park ; le solo de « Wanderlust » n’est pas enregistré |
| 1981 | Stop and Smell the Roses : dernières chansons de Harrison et McCartney pour Starr avant longtemps |
| 1987 | Cloud Nine : Starr à la batterie, Jeff Lynne à la production |
| avril-mai 1988 | Formation des Traveling Wilburys autour de Harrison |
| 23 juillet 1989 | Premier concert du All-Starr Band à Dallas |
| 19 janvier 1994 | Yoko Ono remet à McCartney la cassette des quatre maquettes |
| février-mars 1994 | « Free as a Bird » au Hog Hill Mill : première vraie séance à trois depuis 1970 |
| 6-7 février et mai 1995 | « Real Love » ; « Now and Then » abandonnée les 20-21 mars |
| 1997 | Flaming Pie : « Really Love You », unique cosignature McCartney-Starkey |
| 29 novembre 2002 | Concert for George au Royal Albert Hall |
| 2019 | « Grow Old with Me » sur What’s My Name de Starr, avec McCartney à la basse |
| 2021-2022 | Surimpressions de McCartney puis de Starr pour « Now and Then » |
| 2 novembre 2023 | Sortie de « Now and Then » : n° 1 au Royaume-Uni |
| 19 décembre 2024 | Starr rejoint McCartney sur scène à l’O2 Arena |
| 24 avril 2026 | Sortie de Long Long Road de Starr, coécrit avec T Bone Burnett |
| 8 mai 2026 | « Home to Us » : premier duo chanté McCartney-Starr |
Guide d’écoute en douze étapes
Douze titres pour entendre concrètement ce que cet article décrit, dans l’ordre chronologique.
1. « Instant Karma! » (1970). Écoutez la guitare rythmique dans le canal droit : c’est Harrison, dix semaines avant la séparation officielle.
2. « Isn’t It a Pity » (1970). La batterie de Starr, très en arrière du temps, sur les sept minutes du morceau : c’est le modèle de ce qu’il apportera à tous les disques des autres pendant cinquante ans.
3. « Mother » (1970). Le trio Lennon-Voormann-Starr dans sa plus grande nudité. Aucune fioriture, aucun montage.
4. « How Do You Sleep? » (1971). La slide de Harrison à partir de la deuxième minute. Aucune autre prise de guitare de sa carrière n’a cette agressivité.
5. « It Don’t Come Easy » (1971). Comparez la ligne de guitare avec celle de « Photograph » : c’est la même main.
6. « I’m the Greatest » (1973). À quinze secondes, la phrase de guitare de Harrison. Elle a l’air d’avoir été enregistrée pendant les séances d’Abbey Road.
7. « Six O’Clock » (1973). La contribution la plus généreuse de McCartney à un disque tiers : arrangement complet, piano, synthétiseur, chœurs, pour un morceau qui ne portera pas son nom.
8. « Cookin’ (In the Kitchen of Love) » (1976). Le piano d’introduction : dernière trace publiée de Lennon en studio avant Double Fantasy.
9. « All Those Years Ago » (1981). Concentrez-vous sur les chœurs du refrain, puis sur la batterie. Vous entendez deux séances distinctes séparées de plusieurs mois.
10. « When We Was Fab » (1987). Starr à la batterie, Lynne à la production, et une reconstitution ironique du son de 1967.
11. « Free as a Bird » (1995). Le pont, celui qui a fait l’objet du duel d’écriture entre McCartney et Harrison. C’est le seul passage de la discographie post-1970 composé en direct par deux Beatles dans la même pièce.
12. « Now and Then » (2023). Le solo de slide de McCartney, à la manière de Harrison, puis les chœurs de 1966 en arrière-plan de la coda.
Questions fréquentes
Les quatre Beatles ont-ils rejoué ensemble après 1970 ?
Non. Jamais, dans aucune configuration, en studio comme sur scène. La dernière fois que les quatre se sont trouvés ensemble dans un studio est le 20 août 1969, à Abbey Road, pour le séquencement final d’Abbey Road.
Quelle est la seule séance réunissant trois Beatles entre 1970 et 1980 ?
Le 13 mars 1973, à Sunset Sound (Los Angeles), pour « I’m the Greatest » de Ringo Starr : Starr, Lennon et Harrison, avec Klaus Voormann à la basse et Billy Preston à l’orgue, sous la direction de Richard Perry.
Lennon et McCartney ont-ils rejoué ensemble ?
Une seule fois, le 28 mars 1974 aux Burbank Studios de Los Angeles, lors d’un bœuf improvisé et fortement alcoolisé publié sous le titre pirate A Toot and a Snore in ’74. Ils ne s’étaient plus vus depuis trois ans et ne se reverront qu’à New York en 1975 et 1976.
Sur quels albums retrouve-t-on une contribution des quatre ?
Deux : Ringo (1973) et Ringo’s Rotogravure (1976). Dans les deux cas, les contributions ont été enregistrées séparément, et sur le second Harrison n’a joué aucune note — il a seulement cédé une chanson.
Pourquoi McCartney et Harrison n’ont-ils jamais travaillé ensemble entre 1970 et 1994 ?
Aucune explication unique. La combinaison la plus vraisemblable associe le contentieux Apple, l’agacement ancien de Harrison face à la manière dont McCartney dirigeait les séances des Beatles, et l’absence d’occasion. Le seul projet documenté — le solo de « Wanderlust » en 1981 — n’a pas abouti.
Qui est le musicien extérieur ayant le plus travaillé avec les ex-Beatles ?
Billy Preston, seul musicien crédité sur la pochette d’un single des Beatles, qui a ensuite joué avec les quatre en solo. Klaus Voormann et Jim Keltner viennent immédiatement après.
« Now and Then » a-t-elle été fabriquée par une intelligence artificielle ?
Non, pas au sens génératif du terme. Le logiciel MAL développé par l’équipe de Peter Jackson isole des sources sonores présentes dans un enregistrement existant. Rien n’a été synthétisé : la voix est celle de la maquette de 1977.
Quand McCartney et Starr ont-ils chanté ensemble pour la première fois en duo ?
Le 8 mai 2026, avec « Home to Us », deuxième extrait de The Boys of Dungeon Lane. C’est leur premier duo crédité, soixante-quatre ans après leurs premières séances communes.
Le Concert for Bangladesh était-il une réunion des Beatles ?
Non : seuls Harrison et Starr y ont participé. Lennon s’est retiré après un désaccord sur la présence de Yoko Ono, McCartney a refusé pour des raisons liées à la procédure de dissolution alors en cours.
Existe-t-il des chansons cosignées par deux ex-Beatles après 1970 ?
Très peu. « Photograph » (Harrison-Starkey, 1973) et « Really Love You » (McCartney-Starkey, 1997) sont les deux cas les mieux établis. Le crédit d’« It Don’t Come Easy » revient à Starr seul, malgré une contribution de Harrison que celui-ci n’a jamais revendiquée.
Pourquoi Ringo Starr est-il au centre de ce réseau ?
Parce qu’il est le seul à n’avoir jamais été partie à un conflit personnel durable avec les trois autres, et parce que sa méthode de travail — demander des chansons à ses amis — en fait un point de convergence naturel. Son entourage familial et professionnel a d’ailleurs prolongé cette fonction, son fils Zak Starkey étant devenu batteur des Who.
Que reste-t-il d’inédit dans ce corpus ?
La publication d’Anthology 4 en novembre 2025 a livré une partie des travaux de 1994-1995, mais l’inventaire complet des séances du Hog Hill Mill n’a jamais été rendu public. Côté pirate, les bandes de Burbank restent la principale zone d’ombre.
Glossaire
Apple Corps. Société fondée par les Beatles en 1968 pour gérer leurs activités, qui reste aujourd’hui propriétaire des enregistrements du groupe et arbitre des projets communs.
Contribution de catalogue. Don d’une chanson à un tiers, sans participation instrumentale de l’auteur. Le cas de Harrison sur Ringo’s Rotogravure.
Dissolution. Procédure engagée par McCartney le 31 décembre 1970 pour mettre fin à la société de personnes formée par les quatre. Jugement favorable le 12 mars 1971, signature finale en décembre 1974.
Hog Hill Mill. Studio privé de Paul McCartney, installé dans un ancien moulin du Sussex. Lieu des séances de l’Anthology en 1994 et 1995.
Ladders (the). Surnom donné par la presse anglo-saxonne, dès 1971, au quatuor Lennon-Harrison-Starr-Voormann, qui se reformait régulièrement en studio.
MAL. Système de séparation de sources sonores mis au point par Wingnut Films pour The Beatles: Get Back, nommé d’après Mal Evans, et utilisé pour extraire la voix de Lennon sur « Now and Then ».
Plastic Ono Band. Formation à géométrie variable créée par Lennon et Ono en 1969, sans membres fixes, dont la composition changeait à chaque projet.
Séance commune. Enregistrement où au moins deux ex-Beatles jouent simultanément dans le même local. Critère le plus exigeant pour parler de collaboration.
Sideman. Musicien accompagnateur, non crédité comme artiste principal. Statut adopté volontairement par Harrison et Starr sur des dizaines de disques.
Threetles. Surnom donné en 1994-1995 au trio McCartney-Harrison-Starr réuni pour les séances de l’Anthology.
Wilburys (Traveling). Supergroupe formé en 1988 par Harrison avec Dylan, Orbison, Petty et Lynne, sans hiérarchie déclarée ni tournée.
Pour aller plus loin
Sur les carrières solo. Nos quatre panoramas d’entrée : vingt chansons pour découvrir Paul McCartney en solo, quinze chansons pour découvrir George Harrison en solo, quinze chansons pour découvrir la carrière solo de Ringo Starr et vingt chansons pour découvrir les Wings.
Sur les années difficiles. Deux enquêtes chiffrées et parallèles : la traversée du désert de George Harrison (1974-1988) et celle de Ringo Starr (1975-1992), avec les relevés officiels des classements britanniques.
Sur la rupture elle-même. Les trois démissions qui ont précédé la séparation, l’autopsie de Let It Be et notre article sur l’arrêt définitif des tournées.
Sur l’entourage. Les cinquièmes Beatles, les portraits d’Allen Klein, de Harry Nilsson, de Jim Keltner, de Peter Asher et de Carl Perkins.
Sur les projets collectifs. L’histoire complète des Traveling Wilburys, le duel d’écriture de « Free as a Bird », et notre article sur HandMade Films.
Sur les instruments et le son. La Höfner 500/1 de McCartney et la Fender Bass VI de Harrison, deux instruments qui traversent tout ce dossier.
Sources et bibliographie
Ouvrages de référence. Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle ; Peter Doggett, You Never Give Me Your Money, l’étude la plus complète sur la dissolution et ses conséquences ; Bob Spitz, The Beatles ; Simon Leng, While My Guitar Gently Weeps, sur la musique de Harrison ; Chip Madinger et Mark Easter, Eight Arms to Hold You, catalogue de sessions solo indispensable ; May Pang, Loving John (1983) ; Tom Doyle, Man on the Run, sur McCartney dans les années 1970 ; Ian Inglis, The Words and Music of George Harrison.
Ressources en ligne. The Beatles Bible (fiches de séances et personnels) ; The Paul McCartney Project (chronologie de sessions la plus détaillée disponible) ; Official Charts Company (classements britanniques) ; les communiqués d’Apple Corps et d’Universal Music relatifs aux rééditions de Mind Games (2024) et de l’Anthology (2025) ; paulmccartney.com ; thebeatles.com.
Presse. Rolling Stone, Billboard, Mojo, Uncut, Guitar World, Variety, ainsi que les entretiens accordés en 2026 par Paul McCartney et Ringo Starr autour de « Home to Us ».
Note éditoriale : conformément à notre ligne, aucune parole de chanson n’est reproduite dans cet article. Les citations figurant dans l’anthologie sont des restitutions abrégées de propos publiés, et non des transcriptions littérales.
