En bref — Mary McCartney, née Mary Anna McCartney le 28 août 1969 à Londres, fête aujourd’hui ses 57 ans. Fille aînée de Paul et Linda McCartney, elle apparaît bébé sur la pochette de McCartney (1970) avant de devenir, cinquante ans plus tard, la photographe du portrait de pochette de McCartney III (2020), puis la réalisatrice qui interroge son père dans le documentaire Wingspan (2001) et dans If These Walls Could Sing (2022). Photographe exposée à la National Portrait Gallery et au Victoria & Albert Museum, autrice de cinq livres de cuisine, animatrice de l’émission Mary McCartney Serves It Up, cofondatrice de Meat Free Monday : sa carrière s’est construite en parallèle de celle de son père, jamais dans son ombre, mais régulièrement à ses côtés — devant l’objectif, derrière la caméra, ou aux fourneaux. Cet article retrace ce compagnonnage professionnel unique, avec repères chronologiques, citations et sources. (Pour un portrait plus général de son œuvre, voir également l’article que yellow-sub.net lui consacrait l’an dernier, pour ses 56 ans.)
Il existe une photographie que tout amateur des Beatles a croisée sans toujours savoir qui elle montrait. Sur la pochette arrière de McCartney, premier album solo de Paul paru en avril 1970, un nourrisson passe la tête hors d’une veste en peau retournée, les yeux plissés par le soleil écossais. L’enfant a huit mois. La photographe, c’est Linda McCartney. Le bébé, c’est Mary.
Cinquante-six ans plus tard, cette même Mary McCartney dirige des documentaires vus par des millions de spectateurs, expose ses tirages au Victoria & Albert Museum et anime une émission culinaire nommée aux Emmy Awards. Entre les deux images — le nourrisson dans la veste et la réalisatrice sur un plateau d’Abbey Road — se déploie une trajectoire singulière dans l’histoire des Beatles : celle d’une fille de musicien qui n’a jamais choisi entre l’intimité familiale et le métier, et qui a fini par transformer la première en matière du second.
Ce 28 août 2026, Mary McCartney fête ses 57 ans. L’occasion de revenir en détail sur une carrière qui s’est bâtie, plus que celle de n’importe lequel de ses frères et sœurs, en collaboration directe et répétée avec son père — devant son objectif, derrière sa caméra, à ses fourneaux, et depuis trois décennies, dans les archives de sa mère qu’elle contribue à faire vivre. Contrairement à une idée reçue selon laquelle les enfants de musiciens célèbres se construiraient nécessairement en réaction contre l’ombre paternelle, Mary McCartney a choisi une voie inverse : faire de cette proximité un matériau de travail assumé, sans jamais y sacrifier une reconnaissance professionnelle bâtie indépendamment, exposition après exposition, livre après livre.
Sommaire
Naissance d’une McCartney : le 28 août 1969 à Londres
Mary Anna McCartney naît le 28 août 1969 à 1h30 du matin, à l’Avenue Clinic de St John’s Wood, dans le nord de Londres, pour un poids de 6 livres et 8 onces (environ 2,95 kg). Elle est le premier enfant né du mariage de Paul McCartney et de la photographe américaine Linda Eastman, célébré le 12 mars 1969 dans un bureau d’état civil de Marylebone — un mariage qui donnera à Linda un accès sans équivalent à la vie des Beatles et, plus largement, à l’univers créatif de Paul.
Son prénom n’est pas choisi au hasard : Mary McCartney reprend celui de la mère de Paul, Mary Patricia McCartney, infirmière décédée d’un cancer du sein en 1956, alors que son fils n’avait que quatorze ans. Cette Mary-là avait inspiré, des années plus tard, les paroles de « Let It Be » — « Mother Mary comes to me » — dans un geste d’apaisement que beaucoup d’auditeurs ont mal identifié, l’attribuant à la Vierge Marie plutôt qu’à la mère du chanteur. En prénommant sa fille Mary, Paul referme en partie une boucle intime : quatorze ans après avoir perdu sa mère, il en retrouve le nom au berceau.
Une famille qui se construit en même temps qu’elle
Mary n’est pas la première enfant du foyer. Linda a déjà une fille, Heather, née le 31 décembre 1962 d’un premier mariage avec le géophysicien Melville See. Âgée de sept ans à la naissance de Mary, Heather sera officiellement adoptée par Paul McCartney en 1969, la même année. Deux ans plus tard, le 13 septembre 1971, naît Stella McCartney, future créatrice de mode ; puis, le 12 septembre 1977, James McCartney complète la fratrie. Une cinquième enfant, Beatrice, naîtra en 2003 d’une autre union de Paul, avec Heather Mills.
Mary grandit donc au sein d’une fratrie de quatre enfants directement issus du couple Paul-Linda (en comptant Heather adoptée), dans un foyer qui oscille en permanence entre deux pôles : la ferme isolée de High Park, dans la péninsule de Kintyre en Écosse, où la famille cultive un mode de vie délibérément simple, et les studios, tournées et coulisses d’un groupe — Wings — que ses parents fondent alors qu’elle n’a même pas deux ans.
Le bébé de la pochette : McCartney (1970)
Le premier « rôle » professionnel de Mary McCartney survient avant qu’elle sache marcher. En avril 1970, quand paraît McCartney, le premier album solo de Paul enregistré dans la clandestinité pendant les derniers mois des Beatles, la pochette arrière montre Mary, huit mois, nichée dans la veste en peau de mouton retournée de son père, dans le décor champêtre de la ferme écossaise. Le cliché est signé Linda McCartney, qui a photographié son mari et sa fille tout au long de cette période de retrait volontaire.
L’image est devenue, au fil des décennies, l’une des photographies domestiques les plus reproduites de la discographie de Paul McCartney : elle inaugure une iconographie familiale — le père, la mère photographe, les enfants dans le cadre — que l’on retrouvera constamment dans l’imagerie de Wings, puis, bien plus tard, dans le travail photographique de Mary elle-même. Sans le savoir, le nourrisson de la pochette de 1970 vient de faire sa première apparition dans une collaboration artistique avec son père — la première d’une longue série.
Grandir dans l’œil de Linda, dans l’ombre douce de Paul
L’enfance de Mary McCartney se déroule à la croisée de deux mondes rarement compatibles : celui, très protégé, de la ferme écossaise et de l’école publique locale que les enfants McCartney fréquentent comme n’importe quel autre enfant du Kintyre, et celui, radicalement exposé, des tournées de Wings, des studios d’enregistrement et des plateaux de télévision. Mary McCartney en a donné, des décennies plus tard, la formule la plus juste, reprise dans le portrait que yellow-sub.net consacre aux cinq enfants de Paul McCartney : une enfance faite de contrastes, où l’on passait sans transition d’un car de tournée à une salle de classe ordinaire.
Wings, la tournée européenne de 1972 et l’enfance sur la route
L’un des souvenirs les plus documentés de cette enfance itinérante remonte à l’été 1972. Après une première série de concerts surprises dans des universités britanniques en février, Wings — le groupe que Paul vient de fonder avec Linda, Denny Laine et Denny Seiwell — part pour sa première grande tournée européenne : vingt-cinq dates entre juillet et août, de la France à l’Allemagne en passant par la Suisse. Comme le rappelle notre article consacré aux vingt chansons essentielles pour découvrir les Wings, le groupe traverse l’Europe à bord d’un autobus à impériale, toit ouvert, avec les enfants embarqués — Heather, Mary et Stella, alors âgées respectivement de neuf ans, deux ans et à peine dix mois.
Cette tournée improvisée dans des universités, sans billetterie organisée à l’avance, deviendra dans la mythologie familiale un moment fondateur : celui où les enfants McCartney comprennent, sans qu’on ait besoin de le leur expliquer, que la scène et la maison ne sont pas deux univers séparés. Mary racontera plus tard n’avoir réalisé que tardivement le caractère extraordinaire de cette existence : « Je pensais que c’était normal », confiera-t-elle à propos de l’omniprésence des appareils photo dans son enfance. « Ce n’est que plus tard que j’ai compris que tout le monde ne prenait pas des photos en permanence. »
« Mary Had a Little Lamb » : une chanson-cadeau
En 1972, Paul McCartney offre à sa fille un geste rare dans la discographie rock : une chanson à son nom. « Mary Had a Little Lamb », enregistrée le 27 mars 1972 et publiée en single la même année, reprend la comptine anglaise traditionnelle pour en faire à la fois un clin d’œil à la petite Mary, âgée de deux ans et demi, et une réponse — controversée à l’époque — aux poursuites judiciaires que subissait alors Paul pour possession de cannabis. Le choix d’une comptine enfantine, immédiatement après l’arrestation, a été lu par une partie de la critique comme une manière d’affirmer publiquement son rôle de père de famille tranquille plutôt que de rock star sulfureuse.
Mary elle-même participe, avec ses sœurs, aux chœurs de plusieurs enregistrements de l’époque Wings : sa voix se retrouve sur « C Moon », face B du single « Hi, Hi, Hi » sorti en 1972, et vingt-trois ans plus tard, une séance du 28 janvier 1995 la retrouve au chant additionnel sur « Hiroshima Sky Is Always Blue ». Ces participations, mineures sur le plan musical, sont pourtant significatives : elles font de Mary McCartney l’une des rares enfants de Beatle à avoir, même modestement, laissé sa trace sur un enregistrement studio de son père — une antériorité à laquelle son frère James, guitariste confirmé, donnera une tout autre ampleur des années plus tard.
Le végétarisme familial et la genèse de Meat Free Monday
C’est également durant l’enfance écossaise de Mary que se noue l’un des grands récits fondateurs de la famille : celui de la conversion au végétarisme. Selon le récit que la famille a répété dans de nombreux entretiens, Paul et Linda, attablés à la ferme de High Park au milieu des années 1970, observent par la fenêtre des agneaux dans le pré au moment même où ils s’apprêtent à manger de l’agneau dans leurs assiettes. Le rapprochement est immédiat et, pour eux, insoutenable : la famille entière — Heather, Mary, Stella, bientôt James — est élevée végétarienne à partir de ce moment.
Mary McCartney a longuement raconté, dans un entretien accordé au magazine culinaire américain Cherry Bombe, comment cette décision familiale s’est transformée en pédagogie du plaisir plutôt qu’en privation : « Nous en parlions tout le temps. Nous parlions des saveurs. C’est devenu un problème amusant à résoudre. » Elle y décrit également la cuisine familiale comme le véritable centre de la maison : « La cuisine était vraiment le cœur du foyer. C’était toujours l’endroit d’où venaient les bonnes odeurs, et c’était un lieu de sociabilité. »
Ce terreau familial resurgira quarante ans plus tard, en 2009, quand Mary McCartney cofonde avec son père et sa sœur Stella la campagne Meat Free Monday, incitant le public britannique à renoncer à la viande un jour par semaine pour des raisons environnementales et sanitaires. La campagne, encore active en 2026, constitue la première collaboration militante — et non plus seulement familiale ou artistique — entre Mary et Paul McCartney.
Le rayonnement de cet engagement dépasse largement le seul Royaume-Uni : en 2019, Mary McCartney devient ambassadrice mondiale de Green Monday / Green Common, plateforme asiatique de promotion de l’alimentation flexitarienne et des alternatives végétales. Ce prolongement international de Meat Free Monday montre que l’engagement initié en famille, sur les hauteurs de High Park, a fini par irriguer une carrière militante autonome — menée par Mary en son nom propre, bien au-delà du seul cercle McCartney.
De l’objectif de la mère à celui de la fille : la naissance d’une photographe
Le déclic Linda : éditer, puis regarder
Mary McCartney ne se lance pas immédiatement dans la photographie professionnelle. Le déclic survient lorsque sa mère lui demande de l’aide pour trier et éditer des images en vue d’une exposition — une tâche d’assistante qui la met, pour la première fois, en position d’analyser plutôt que de simplement observer le travail maternel. « Quand on voit sa mère faire ça en grandissant, on n’y prête pas vraiment attention », expliquera Mary bien plus tard dans le magazine HERO. « Quand j’ai commencé moi-même à prendre des photos, j’avais un style proche du sien. »
Linda McCartney, ancienne photographe de rock devenue en 1968 la première femme à signer une couverture du magazine Rolling Stone, avait rencontré Paul en 1967 après avoir décroché, par un concours de circonstances resté célèbre, l’accès exclusif à une conférence de presse des Rolling Stones. Mary a grandi en observant cette pratique quotidienne de l’image — un appareil toujours à portée de main, une manière de mettre les sujets en confiance que la fille dira avoir directement héritée de la mère.
Une esthétique de l’instant volé
La photographie de Mary McCartney se construit autour d’une conviction simple, qu’elle formule ainsi : « J’aime les instants saisis. » Ses références déclarées — Garry Winogrand, Jacques Henri Lartigue, Richard Billingham, Diane Arbus — dessinent une même famille esthétique : celle du cliché non posé, pris sur le vif, dans lequel le sujet oublie la présence de l’appareil. Mary privilégie l’argentique pour ses projets personnels, valorisant le grain et la matérialité de la pellicule contre l’instantanéité du numérique.
Cette approche trouve naturellement son terrain le plus riche dans le cercle familial. La série Family Circle (1999) en offre l’exemple le plus cité : un cliché montre Paul McCartney endormi aux côtés de l’un de ses petits-enfants nouveau-né, dans un moment de vulnérabilité domestique que peu de photographes extérieurs auraient pu capter. Pendant longtemps, pourtant, Mary McCartney a hésité à exposer ce type d’images à titre professionnel, soucieuse de construire sa réputation indépendamment du nom qu’elle porte. Ce n’est qu’à l’occasion d’une exposition conjointe avec sa mère, à la galerie Gagosian de New York en 2015, qu’elle surmonte cette réticence — un tournant sur lequel nous reviendrons plus loin.
Wingspan (2001) : quand la fille interroge le père
Genèse d’un projet familial
En 2001 paraît Wingspan: An Intimate Portrait, documentaire télévisé consacré à la carrière de Paul McCartney après les Beatles, centré sur l’aventure Wings. Le projet est coproduit par Mary McCartney et par Alistair Donald — cinéaste écossais que Mary a épousé le 26 septembre 1998 — qui en assure la réalisation, sous la bannière de MPL Communications, la société de Paul. Diffusé aux États-Unis le 11 mai 2001 puis au Royaume-Uni le 20 mai, le film retrace l’histoire du groupe depuis la rencontre de Paul et Linda en 1967 jusqu’à la dissolution de Wings consécutive à l’arrestation de Paul pour possession de cannabis à Tokyo en janvier 1980.
Le point le plus significatif du projet, pour l’objet de cet article, tient à sa structure narrative : l’entretien central avec Paul McCartney, colonne vertébrale du documentaire, est mené par Mary elle-même. La fille interroge le père sur les années les plus douloureuses comme les plus heureuses de sa vie post-Beatles — la mort de Linda, survenue le 17 avril 1998, planait encore sur le projet, entrepris moins de trois ans après le décès. Comme le rappelle notre analyse de l’album « Driving Rain », cette période 1998-2001 voit Paul McCartney traverser le deuil par un déploiement d’activité créative inhabituel — peinture, poésie, disque studio, et donc ce documentaire assemblé avec sa fille aînée.
Ce que Paul raconte à sa fille qu’il n’a jamais raconté ailleurs
L’intimité du dispositif — une fille qui interroge son propre père devant la caméra — produit des aveux que d’autres journalistes n’auraient sans doute jamais obtenus. Paul y revient sur sa rencontre avec Linda dans les mêmes termes informels qu’en famille : « Je l’ai vue dans ce club. Et je me suis dit : « Qui est-ce ? » Et puis elle s’est levée pour partir, et je me suis levé aussi, et j’ai dit : « Salut, je suis Paul », et : « Où vas-tu maintenant ? » » — un récit que Mary elle-même redira des années plus tard dans l’entretien à Cherry Bombe, preuve que l’histoire familiale se transmet et se répète, affinée à chaque récit.
Wingspan s’accompagne d’une compilation double CD, Wingspan: Hits and History, et d’un livre publié en 2002, rédigé avec le concours de l’historien beatlesien Mark Lewisohn. La compilation figurera par la suite comme référence dans de multiples rééditions et hommages, aux côtés d’All the Best! (1987) et de Pure McCartney (2016).
Réception critique et postérité
Accueilli de manière contrastée par la critique américaine — le chroniqueur Robert Hilburn salue un document « intime et attachant », tandis que d’autres observateurs regrettent des arrangements musicaux jugés trop lisses —, Wingspan demeure aujourd’hui le premier jalon d’une collaboration filmée entre Mary et Paul McCartney qui se prolongera vingt et un ans plus tard avec If These Walls Could Sing. Le film reste également un document historique de premier plan pour quiconque s’intéresse à la période Wings, abondamment cité dans notre sélection des vingt chansons essentielles du groupe comme dans notre récit de la formation du groupe en 1971.
Deux décennies de portraits volés : Mary photographie Paul
McCartney III (2020) : la pochette signée par sa fille, en plein confinement
La collaboration la plus directe et la plus récente entre Mary et Paul McCartney en matière d’image reste, à ce jour, la pochette de McCartney III. Enregistré dans la solitude du premier confinement britannique, l’album — que Paul lui-même surnommera en plaisantant son disque « Made in Rockdown » — est publié en décembre 2020 avec un portrait de couverture signé Mary McCartney, photographié à Hogg Hill Mill, la propriété familiale du Sussex où Paul s’était retranché pour enregistrer seul, à soixante-dix-huit ans, la quasi-totalité des instruments.
Le livret intérieur du disque prolonge ce geste familial : plusieurs des photographies qui l’accompagnent ont été prises par Mary, et l’une d’elles porte la signature de Sonny, l’un des petits-enfants de Paul. Ce choix n’a rien d’anecdotique. Après avoir interrogé son père en 2001 pour Wingspan puis en 2022 pour If These Walls Could Sing, Mary McCartney devient, en 2020, l’autrice de l’image la plus visible et la plus durable associée à un disque de son père — sa signature figurant désormais au même titre que celle de Linda sur la pochette de McCartney, cinquante ans plus tôt. La boucle amorcée par le nourrisson de 1970 se referme ainsi, littéralement, sur l’objectif tenu cette fois par la fille devenue photographe professionnelle.
Rolling Stone, 2020 : Paul McCartney et Taylor Swift en conversation
La même année 2020, le magazine Rolling Stone confie à Mary McCartney une commande éditoriale rare : photographier son père en compagnie de la chanteuse Taylor Swift, à l’occasion d’un entretien croisé consacré à la création en temps de pandémie. Mary y compose une mise en scène d’atelier, lumineuse et dépouillée, où les deux artistes — séparés par près de soixante ans de carrière — dialoguent d’égal à égal. Cette commande illustre la manière dont Mary McCartney a su transformer sa proximité familiale en atout professionnel plutôt qu’en contrainte : c’est précisément parce qu’elle sait mettre son père à l’aise devant l’objectif qu’un magazine comme Rolling Stone la sollicite pour ce genre d’exercice délicat.
Family Circle et l’intimité domestique
Au-delà du strict exercice documentaire, Mary McCartney photographie régulièrement son père depuis le milieu des années 1990, dans un registre bien différent de celui des photographes de presse ou des portraitistes commandités par les maisons de disques. Ses images de Paul — endormi, en cuisine, en famille, sur la terrasse d’une maison de campagne — appartiennent au même corpus intime que ses photographies de sa mère ou de ses propres enfants : des instants domestiques que seule une proximité absolue permet de saisir sans qu’ils deviennent des poses.
Cette proximité pose, paradoxalement, une difficulté professionnelle que Mary a dû résoudre consciemment : comment exposer des images de son propre père sans que son travail soit perçu uniquement comme un sous-produit de la célébrité paternelle ? Sa réponse a longtemps consisté à cantonner ces clichés à la sphère privée, avant de les intégrer progressivement à des expositions collectives où ils dialoguent avec des portraits de célébrités extérieures à la famille — Rihanna, Mick Jagger, Brian Jones (photographié par sa mère) — plutôt que d’en constituer le cœur.
La reine, les studios et les couvertures : une carrière indépendante
Il serait toutefois erroné de réduire la carrière photographique de Mary McCartney à sa dimension familiale. En 2015, elle est commissionnée officiellement pour photographier la reine Élisabeth II à l’occasion de son record de longévité sur le trône britannique, devenant alors le monarque ayant régné le plus longtemps depuis plus de mille ans d’histoire — une commande qui n’a évidemment rien à voir avec son patronyme musical et qui témoigne de sa réputation propre dans le portrait officiel britannique.
Son travail est régulièrement publié dans British Vogue, GQ, Rolling Stone et National Geographic, et ses tirages intègrent les collections permanentes du Victoria & Albert Museum, de la National Portrait Gallery de Londres, de la Royal Academy et de la Fondation d’entreprise Hermès à Paris. Cette reconnaissance institutionnelle, construite exposition après exposition depuis le milieu des années 2000 — Off Pointe (2004 puis 2019), British Style Observed (2008), From Where I Stand (2010), Monochrome & Colour (2014), Twelfth Night 15.12.13 (2016), Undone (2017), The White Horse (2018), Paris Nude (2019) — constitue le socle d’une carrière indépendante qui n’a jamais eu besoin du nom McCartney pour exister, même si elle l’a occasionnellement croisé.
Le premier de ces jalons, Off Pointe: A Photographic Study of the Royal Ballet After Hours, mérite qu’on s’y arrête : pendant six mois, Mary McCartney suit le corps de ballet du Royal Ballet non pas sur scène, mais dans les escaliers de service, les loges et les couloirs — pieds meurtris plongés dans un bain, cigarettes volées entre deux actes, fatigue à peine dissimulée. La série, présentée à la Royal Opera House en 2004 puis reprise à Photo London en 2019, est saluée pour sa capacité à montrer l’envers d’un métier de rigueur habituellement filmé sous son seul angle spectaculaire ; plusieurs tirages entrent alors dans les collections du Victoria & Albert Museum, consacrant le tout premier grand succès critique de la photographe, obtenu sans le moindre lien avec l’univers musical de son père.
If These Walls Could Sing (2022) : le retour à Abbey Road, en famille
Un studio, une mémoire d’enfance
En 2022, Mary McCartney signe son premier long métrage documentaire, If These Walls Could Sing, consacré aux quatre-vingt-dix ans d’histoire des studios Abbey Road. Produit par John Battsek pour Mercury Studios et Ventureland, en association avec Disney Original Documentary, le film explore le rôle du studio londonien dans l’histoire de la pop, du rock, de la musique classique et de la bande originale de film, à travers les témoignages de dizaines de musiciens qui y ont enregistré.
Le choix du sujet n’est pas anodin. Mary McCartney a expliqué que ses tout premiers souvenirs d’enfance sont liés à ce lieu : « Certains de mes plus anciens souvenirs d’enfant remontent au temps passé à Abbey Road. […] Je voulais depuis longtemps raconter l’histoire de ce lieu historique. » Le studio où les Beatles ont enregistré la quasi-totalité de leur discographie, où son propre père continue de travailler régulièrement, devient ainsi le décor d’un film qui est autant une histoire de la musique enregistrée qu’un retour sur les propres racines de la réalisatrice.
« C’était très émouvant de m’asseoir avec papa »
Parmi la distribution impressionnante de témoins — Ringo Starr, Elton John, Jimmy Page, les frères Gallagher, les membres de Pink Floyd, Nile Rodgers, la compositrice John Williams, la chanteuse Celeste — figure évidemment Paul McCartney, dont l’entretien occupe une place centrale dans le récit. Mary a décrit ce moment de tournage en des termes qui rappellent directement l’expérience de Wingspan, deux décennies plus tôt : « C’était très émouvant de m’asseoir avec papa. J’ai pu voir à quel point il tient à cet endroit. »
Elle a également confié que le tournage avait ouvert un espace de discussion inédit avec son père, malgré leur proximité déjà ancienne : « Cela a ouvert un point de discussion. Nous sommes proches et nous passons déjà beaucoup de temps ensemble », précisait-elle au site Fox News, ajoutant se souvenir personnellement de la présence de John Lennon durant son enfance : « Je me souviens de John. J’étais enfant, mais je me souviens que nous allions tous le voir en famille. »
Distribution, festival, réception
If These Walls Could Sing connaît sa première mondiale le 3 septembre 2022 au 49e Festival du film de Telluride, avant une diffusion sur Disney+ aux États-Unis le 16 décembre 2022, sur Hulu le 23 décembre, puis sur Disney+ au Royaume-Uni le 6 janvier 2023. Le film recueille un accueil très favorable, avec 95 % d’avis positifs sur l’agrégateur Rotten Tomatoes (note moyenne de 6,70/10 sur dix-neuf critiques), et obtient une nomination aux Critics Choice Documentary Awards. Le critique du Guardian, Peter Bradshaw, lui attribue quatre étoiles sur cinq, saluant un documentaire « plaisant », porté par la qualité exceptionnelle de sa distribution de témoins.
Ce succès critique installe définitivement Mary McCartney comme documentariste à part entière, et non plus seulement comme la fille qui avait coproduit Wingspan vingt ans auparavant. Il confirme également une régularité frappante dans sa filmographie : à chaque fois que Mary McCartney réalise un film musical d’importance, son père y apparaît — non comme une caution, mais comme un témoin dont la parole, recueillie par sa propre fille, prend une tonalité que nul autre journaliste ou cinéaste n’obtient.
Cuisiner avec son père : Mary McCartney Serves It Up
Le végétarisme comme héritage à trois voix
En février 2021 débute, sur la plateforme Discovery+ puis sur Food Network, la première saison de Mary McCartney Serves It Up, émission culinaire consacrée à la cuisine végétale. Deux saisons supplémentaires suivront, en novembre 2021 puis en novembre 2022 ; le programme obtient en 2022 une nomination aux Daytime Emmy Awards dans la catégorie Meilleur Programme Culinaire. Mary y revendique une légitimité qui doit tout à l’histoire familiale plutôt qu’à une formation professionnelle : « Je n’ai pas de formation classique. Ma formation, c’est d’avoir grandi dans ma famille en regardant ma mère cuisiner. »
L’émission consacre plusieurs séquences à des retrouvailles familiales en cuisine, où Paul McCartney apparaît aux côtés de sa fille. Mary raconte que son mari, Simon Aboud, est à l’origine du projet, ayant présenté l’idée à un interlocuteur de la chaîne Discovery sans que Mary elle-même en ait d’abord mesuré l’ampleur : « J’étais sidérée. […] Je n’ai pas eu le temps de me demander « Est-ce que je devrais ? Suis-je trop nerveuse pour le faire ? » Je me suis juste dit : « Oui. On m’a élevée pour ça. » »
Quand Paul oublie qu’on tourne
L’un des moments les plus commentés de l’émission montre Paul McCartney préparant des margaritas pendant que sa fille cuisine à ses côtés — une scène si proche de leur quotidien réel que Paul, selon le récit de Mary, en oublie régulièrement la présence des caméras. Kerry Diamond, journaliste culinaire ayant interrogé Mary sur cet épisode pour Cherry Bombe, résume la dynamique père-fille observée sur le tournage d’une formule simple : « Il pense juste que tout ce que tu fais est génial. »
Mary revendique également, dans la conception esthétique de l’émission, un héritage direct de sa pratique photographique : « Sans doute l’esthétique, la manière dont je place mes objets personnels dans le décor, dans la cuisine… l’éclairage. J’aime plutôt la lumière naturelle. » L’émission culinaire devient ainsi, à sa manière, un nouveau terrain de collaboration entre le père et la fille — cette fois non plus devant un micro d’interview, mais devant les fourneaux.
Les livres où Paul McCartney signe aussi
Une bibliographie construite en famille
La carrière éditoriale de Mary McCartney suit une trajectoire parallèle à celle de ses documentaires et de son émission télévisée : plusieurs ouvrages associent directement son père. The Meat Free Monday Cookbook (2011, éditions Kyle) s’ouvre sur une préface signée conjointement par Paul, Stella et Mary McCartney, offrant une triple caution familiale à la campagne lancée deux ans plus tôt. En 2021 paraît Linda McCartney’s Family Kitchen: Over 90 Plant-Based Recipes to Save the Planet and Nourish the Soul, coécrit avec Paul et Stella — un hommage direct à la mère disparue, republiant et actualisant ses recettes les plus emblématiques, nommé la même année pour un prix décerné par l’International Vegetarian Union.
Entre ces deux jalons familiaux, Mary publie également des ouvrages plus personnels : Food: Vegetarian Home Cooking (2012, Chatto & Windus), At My Table: Vegetarian Feasts for Family and Friends (2015), et plus récemment Feeding Creativity: A Cookbook for Friends and Family (2023, Taschen), qui rassemble soixante recettes conçues pour et avec des personnalités du monde entier — prolongement culinaire direct de sa pratique du portrait photographique, où chaque recette devient, à sa manière, un portrait de convive.
Nigel Slater et la reconnaissance du métier
Le chef britannique Nigel Slater a résumé, selon Mary McCartney elle-même, ce que la profession culinaire pense du livre fondateur de Linda McCartney, point de départ de tout cet héritage éditorial : un ouvrage « totalement original, en avance sur son temps », dont « tous les autres chefs, tous ses pairs parlaient ». Linda McCartney, précise Mary, n’avait jamais cherché à en faire commerce : « Elle ne l’a pas fait pour construire une carrière ou gagner de l’argent. […] Quand elle cuisinait pour des invités, ils disaient : « Je mangerais comme ça si je savais cuisiner comme toi. » Et à force, elle a fini par dire : « Tiens, prends le livre. » »
Gardienne de la mémoire de Linda, aux côtés de son père
Mother, Daughter : l’exposition qui change tout (Gagosian, 2015)
L’année 2015 marque un tournant décisif dans la manière dont Mary McCartney assume publiquement son héritage familial. La galerie Gagosian de New York organise une exposition conjointe, Linda McCartney and Mary McCartney: Mother, Daughter, mêlant pour la première fois à grande échelle les photographies de la mère et de la fille — dont, du côté de Linda, le célèbre portrait de Jimi Hendrix bâillant (1968) ou celui de Paul tenant une rose à Marrakech (1972), et du côté de Mary, des scènes domestiques comme « Mum’s Side of the Bed » (1998). L’exposition est reprise en 2018 à la Fotografiska de Stockholm.
C’est cette exposition qui, selon les propres mots de Mary McCartney, l’aide à surmonter sa réticence à montrer son travail personnel aux côtés de celui de sa mère — la crainte, jusque-là, de voir sa légitimité artistique diluée dans la comparaison. Elle raconte avoir été particulièrement bouleversée par le portrait de Jimi Hendrix pris par Linda, notant à quel point le musicien y paraissait « si détendu en sa présence, si à l’aise » — la marque, selon elle, d’une méthode de portraitiste qu’elle s’efforce de perpétuer à sa manière.
Correctif factuel — On présente parfois Mary McCartney comme une photographe qui aurait mis sa propre pratique entre parenthèses pour se consacrer à la gestion de l’archive de sa mère. Le déroulé chronologique dément cette lecture : entre 2015 (Gagosian) et 2023 (Sotheby’s), en passant par le Château La Coste (2022) et la Fotografiska de Stockholm (2018), Mary McCartney a mené de front, année après année, ses propres expositions personnelles et son travail de curatrice sur l’œuvre de Linda. Les deux activités ne se sont jamais succédé : elles se sont toujours poursuivies en parallèle.
Kelvingrove, 2019 : la première grande rétrospective britannique de Linda
En 2019, le Kelvingrove Art Gallery and Museum de Glasgow accueille une vaste rétrospective consacrée à Linda McCartney, coorganisée par Paul, Mary et Stella McCartney. Après des étapes à Vienne, Montpellier et Séoul depuis 2013, il s’agit de la première présentation d’ampleur du travail de Linda sur le sol britannique, mêlant icônes des années 1960 — musiciens saisis en coulisses, portraits de studio — et scènes familiales inédites. L’exposition attire des dizaines de milliers de visiteurs et confirme, aux yeux de la critique britannique, la place de Linda McCartney parmi les grandes photographes de la scène musicale du XXe siècle.
Pour Mary, cette coorganisation avec son père et sa sœur illustre une dynamique familiale singulière : loin de se contenter d’« hériter » passivement d’un patrimoine, elle en assure la mise en récit active, exposition après exposition, aux côtés de Paul McCartney — une collaboration certes moins spectaculaire qu’un documentaire, mais tout aussi continue.
Les timbres USPS 2026 et la relance de l’archive Linda
Comme le racontait récemment yellow-sub.net, la reconnaissance institutionnelle de l’œuvre de Linda McCartney s’est encore renforcée en 2026, avec l’émission par le service postal américain (USPS) d’une série de cinq timbres consacrés à la photographe. Cette relance s’inscrit dans la continuité d’une rétrospective itinérante conçue dès 2013 avec la participation directe de Paul, Mary et Stella McCartney, qui a depuis circulé à Vienne, Montpellier, Séoul, Glasgow, Liverpool et Ballarat.
Cette gestion collective de l’héritage photographique de Linda — Paul et ses filles se partageant la charge de sélectionner, contextualiser et faire circuler les tirages — constitue peut-être la collaboration la plus continue et la moins spectaculaire entre Mary et son père : elle ne prend pas la forme d’un film ou d’une émission ponctuelle, mais d’un travail de fond mené depuis plus d’une décennie, dont Mary est l’une des principales artisanes au sein de MPL Communications, la société familiale qui gère l’ensemble du patrimoine créatif des McCartney.
Une œuvre indépendante malgré tout
Trois décennies en rétrospective : Château La Coste et Sotheby’s
Il serait injuste de réduire l’ensemble de la carrière de Mary McCartney à ses collaborations familiales, aussi centrales soient-elles. En 2022, la fondation d’art Château La Coste, en Provence, lui consacre une rétrospective de trente ans intitulée Moment of Affection, qui explore les notions d’intimité, de perte et de désir bien au-delà du seul cercle familial. Le titre de l’exposition, précise Mary, lui est venu pendant les confinements liés à la pandémie, période durant laquelle le contact physique avait pris une charge émotionnelle inédite.
L’année suivante, en 2023, Sotheby’s organise à Londres Can We Have a Moment? Three Decades of Photographs in Britain, présentée comme la première rétrospective d’envergure consacrée à Mary McCartney au Royaume-Uni : plus de trente tirages, portraits, natures mortes et paysages, agencés de manière volontairement non linéaire dans la galerie de St George Street. Le titre reprend une expression que la photographe utilise comme une devise personnelle, invitant à suspendre le temps pour apprécier la beauté ordinaire.
Ce triptyque d’expositions se referme en 2023-2024 avec Embrace, présentée à la galerie new-yorkaise A Hug From The Art World : première grande incursion de Mary McCartney sur le sol américain à titre personnel, l’exposition prolonge les thèmes de la connexion et du contact physique déjà explorés à Château La Coste. Elle achève de démontrer que l’artiste, loin de se cantonner au marché britannique où son nom est le plus immédiatement reconnaissable, construit une carrière véritablement internationale.
Sur le plan éditorial, il faut également mentionner Monochrome | Colour (GOST Books, 2014-2015), volumineuse monographie d’environ trois cents images qui réunit vingt années de travail — portraits de Kate Moss, de Morrissey ou de Beyoncé côtoyant des scènes domestiques, des paysages et des fragments d’animaux —, ainsi que le premier livre de la photographe, From Where I Stand (Thames & Hudson, 2010), qui accompagnait déjà les expositions à la Michael Hoppen Gallery et à la National Portrait Gallery. Cette bibliographie purement photographique, distincte des ouvrages de cuisine évoqués plus loin, témoigne d’une carrière construite sur la durée, livre après livre, indépendamment du calendrier des projets menés avec son père.
Une signature reconnue au-delà du nom McCartney
Ces expositions, comme les commandes officielles ou éditoriales évoquées plus haut, dessinent le portrait d’une artiste dont la réputation, en 2026, ne dépend plus de sa filiation. C’est précisément cette indépendance construite qui rend d’autant plus significatives les occasions où Mary choisit, volontairement, de faire de son père le sujet de son travail : chaque documentaire, chaque photographie volée, chaque recette partagée devient alors un geste choisi plutôt qu’une évidence héritée.
Mary, James, Stella : trois manières de collaborer avec un père
James, le guitariste des sessions studio
Il est utile, pour mesurer la singularité du compagnonnage entre Mary et Paul McCartney, de le comparer à celui de ses frère et sœur. James McCartney, benjamin de la fratrie né en 1977, entretient avec son père une collaboration strictement musicale : il joue déjà de la guitare électrique sur « Heaven on a Sunday », extrait de l’album Flaming Pie en 1997, puis, quatre ans plus tard, cosigne avec Paul deux titres de l’album Driving Rain — « Spinning on an Axis », où il joue également des percussions, et « Back in the Sunshine Again », sur lequel il tient la guitare. Comme le détaille notre article consacré à cet album largement sous-estimé, ces contributions surviennent dans les mois qui suivent immédiatement la mort de Linda, en 1998 — la même période, exactement, où Mary coproduit Wingspan avec son futur mari. Paul McCartney retrouvera James, quelques années plus tard, comme coproducteur de ses propres projets solo, l’EP Available Light (2010) puis The Complete EP Collection (2011), avec le concours du producteur David Kahne.
Stella, la marque et le militantisme partagé
Stella McCartney, de son côté, ne collabore pas directement à la musique de son père : sa relation professionnelle avec lui passe par la mode et par l’engagement associatif. Elle est la cofondatrice, aux côtés de Paul et Mary, de la campagne Meat Free Monday en 2009, et continue en 2026 de décliner cet engagement commun à travers des initiatives ponctuelles — la maison Stella McCartney a ainsi commercialisé un t-shirt en édition limitée en lien avec l’album de Paul The Boys of Dungeon Lane. Sa collaboration avec son père relève donc moins de la coproduction artistique directe que du partage d’une cause et d’une image de marque commune.
Mary, la biographe intime
Face à ces deux modèles — la collaboration musicale ponctuelle de James, le partenariat militant et commercial de Stella —, la relation professionnelle de Mary avec son père se distingue par sa continuité et par son objet : depuis Wingspan en 2001 jusqu’à la pochette de McCartney III en 2020, en passant par If These Walls Could Sing en 2022, Mary McCartney est la seule de la fratrie à avoir, de manière répétée et sur plus de vingt ans, fait de son père un sujet direct de son travail créatif — que ce soit à l’image, à l’écran ou derrière une caméra de tournage. Elle est également la seule à assumer, avec lui, la responsabilité de la mémoire de leur mère commune. Cette position singulière — ni simple musicienne de studio, ni simple partenaire de marque, mais véritable portraitiste et biographe visuelle de son propre père — explique sans doute pourquoi son nom revient si régulièrement dès qu’il s’agit de raconter, en images ou en son, l’histoire intime de Paul McCartney.
Vie personnelle : les ancrages discrets
Mary McCartney épouse le cinéaste écossais Alistair Donald le 26 septembre 1998, quelques mois seulement après la mort de Linda ; le couple a deux fils, Arthur, né en 1999, et Elliot, né en 2002, avant de se séparer en 2007. En 2010, elle se remarie avec le producteur et écrivain Simon Aboud, avec qui elle a deux autres fils, Sam et Sid, portant à quatre le nombre total de ses enfants. Cette vie de famille, volontairement tenue à l’écart des projecteurs, n’est pas sans écho avec la manière dont Mary photographie et filme : la même discrétion protectrice qui entoure ses propres enfants se retrouve dans le soin qu’elle met à ne jamais transformer les siens — ni son père, ni sa mère, ni ses fils — en simples motifs spectaculaires.
57 ans aujourd’hui : où en est Mary McCartney en 2026
En cette année 2026, marquée par une actualité McCartney particulièrement dense — les collaborations entre anciens Beatles n’ont jamais vraiment cessé, comme le montre notre récent panorama du réseau qui continue de relier les quatre musiciens et leurs proches un demi-siècle après la séparation du groupe —, Paul McCartney a vu paraître en salle, le 19 février 2026, un nouveau documentaire d’envergure, Man on the Run, réalisé cette fois non par Mary mais par le cinéaste américain Morgan Neville, avec Paul lui-même en producteur exécutif. Ce projet, sorti en accompagnement d’un coffret consacré à Wings, marque une différence notable avec Wingspan : pour la première fois depuis vingt ans, le grand documentaire consacré à cette période de la carrière de Paul McCartney ne porte pas la signature de sa fille.
Cette actualité récente n’efface en rien la place occupée par Mary McCartney dans la manière dont l’histoire de Wings et de la carrière solo de son père a été racontée au public depuis un quart de siècle : c’est elle qui, la première, a assis son père devant une caméra pour lui faire raconter, dans ses propres mots, le deuil de Linda et la naissance de Wings ; c’est elle qui, vingt ans plus tard, l’a ramené à Abbey Road pour un ultime tour de mémoire filmé ; c’est elle, enfin, dont la signature figure sur la pochette du dernier album studio en date de son père. En 2026, Mary continue de son côté à exposer son travail personnel, à publier des livres de cuisine et à gérer, avec son père et sa sœur, l’archive photographique de sa mère — trois activités menées de front, à 57 ans, sans qu’aucune ne prenne le pas définitivement sur les autres.
Ce qui frappe, avec le recul de cinquante-sept ans, c’est la régularité de ce compagnonnage plutôt que ses éclats ponctuels. D’autres enfants de musiciens ont connu des collaborations plus spectaculaires, plus médiatisées, ou plus lucratives ; peu ont maintenu, sur près de trois décennies et sous des formes aussi variées — documentaire, photographie de pochette, émission culinaire, curation d’exposition —, une collaboration aussi continue avec un parent aussi scruté. C’est sans doute la meilleure manière de résumer ce que Mary McCartney doit, et ce qu’elle a rendu, à son père : non pas une carrière construite sur son nom, mais un dialogue de travail, entretenu année après année, dont le résultat le plus tangible reste, encore aujourd’hui, la meilleure porte d’entrée disponible pour comprendre l’homme derrière le mythe.
Repères chronologiques : Mary et Paul McCartney, 1969-2026
- 12 mars 1969 — Mariage de Paul McCartney et Linda Eastman à Marylebone, Londres.
- 28 août 1969 — Naissance de Mary Anna McCartney à l’Avenue Clinic, St John’s Wood, Londres.
- 1969 — Adoption officielle de Heather, fille aînée de Linda, par Paul McCartney.
- Avril 1970 — Sortie de l’album McCartney ; Mary, huit mois, figure sur la pochette arrière, photographiée par Linda.
- 13 septembre 1971 — Naissance de Stella McCartney.
- Juillet-août 1972 — Première tournée européenne de Wings ; Heather, Mary et Stella voyagent à bord du bus de tournée.
- 27 mars 1972 — Enregistrement de « Mary Had a Little Lamb », single dédié à Mary McCartney.
- 1972 — Mary participe aux chœurs de « C Moon », face B de « Hi, Hi, Hi ».
- 12 septembre 1977 — Naissance de James McCartney.
- 28 janvier 1995 — Séance d’enregistrement de « Hiroshima Sky Is Always Blue » avec la participation vocale de Mary.
- 26 septembre 1998 — Mariage de Mary McCartney et du cinéaste Alistair Donald.
- 17 avril 1998 — Mort de Linda McCartney.
- 1999 — Série photographique Family Circle.
- 11-20 mai 2001 — Diffusion du documentaire Wingspan: An Intimate Portrait, coproduit par Mary McCartney et réalisé par Alistair Donald.
- 2002 — Publication du livre compagnon de Wingspan, coécrit avec Mark Lewisohn.
- 2004 — Exposition Off Pointe: A Photographic Study of the Royal Ballet After Hours, Royal Opera House.
- 2009 — Lancement de la campagne Meat Free Monday par Paul, Mary et Stella McCartney.
- 2010 — Mary McCartney épouse le producteur Simon Aboud.
- 2011 — Publication de The Meat Free Monday Cookbook, préfacé par Paul, Stella et Mary.
- 2012 — Publication de Food: Vegetarian Home Cooking.
- 2013 — Lancement de la rétrospective itinérante consacrée à Linda McCartney, conçue avec Paul, Mary et Stella.
- 2015 — Exposition Linda McCartney and Mary McCartney: Mother, Daughter, Gagosian, New York ; commande officielle du portrait de la reine Élisabeth II.
- 2015 — Publication de At My Table: Vegetarian Feasts for Family and Friends.
- 2018 — Reprise de Mother, Daughter à la Fotografiska de Stockholm.
- 2019 — Rétrospective Linda McCartney au Kelvingrove Art Gallery and Museum de Glasgow, coorganisée avec Paul et Stella McCartney ; Mary devient ambassadrice mondiale de Green Monday / Green Common.
- Décembre 2020 — Sortie de l’album McCartney III, avec portrait de pochette signé Mary McCartney ; la même année, elle photographie Paul McCartney et Taylor Swift pour Rolling Stone.
- Février 2021 — Lancement de la première saison de Mary McCartney Serves It Up sur Discovery+.
- 2021 — Publication de Linda McCartney’s Family Kitchen, coécrit avec Paul et Stella McCartney.
- 2022 — Nomination aux Daytime Emmy Awards pour Mary McCartney Serves It Up ; exposition rétrospective Moment of Affection, Château La Coste.
- 3 septembre 2022 — Première mondiale du documentaire If These Walls Could Sing au Festival de Telluride.
- 16 décembre 2022 – 6 janvier 2023 — Diffusion internationale d’If These Walls Could Sing sur Disney+ et Hulu.
- Mars-juin 2023 — Exposition Can We Have a Moment? Three Decades of Photographs in Britain, Sotheby’s, Londres.
- 2023 — Publication du livre de recettes Feeding Creativity, Taschen.
- 2023-2024 — Exposition Embrace, galerie A Hug From The Art World, New York.
- 2026 — Série de cinq timbres USPS consacrés à Linda McCartney.
- 19 février 2026 — Sortie du documentaire Man on the Run, réalisé par Morgan Neville, sur la carrière post-Beatles de Paul McCartney.
- 28 août 2026 — Mary McCartney fête ses 57 ans.
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net
Sur la famille McCartney. Les enfants de Paul McCartney : tout savoir sur ses cinq enfants · Mary McCartney, 56 ans de création (notre article de l’an dernier) · Linda McCartney honorée par l’USPS · Londres, 15 mai 1967 : la rencontre de Paul et Linda · Beatles Day de Mons 2026
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Sur les réseaux et collaborations post-Beatles. Les collaborations des ex-Beatles après la séparation (1970-2026) · Les dix plus belles chansons d’amour de Paul McCartney
Sources et bibliographie
- Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle et Tune In, pour les repères biographiques et chronologiques de la famille McCartney.
- Barry Miles, Many Years From Now, Secker & Warburg, 1997, pour le contexte de la rencontre de Paul et Linda et des débuts de Wings.
- Wingspan: An Intimate Portrait, documentaire coproduit par Mary McCartney, réalisé par Alistair Donald, MPL Communications, 2001.
- Wingspan: Paul McCartney’s Band on the Run, livre compagnon rédigé avec la collaboration de Mark Lewisohn, 2002.
- If These Walls Could Sing, documentaire réalisé par Mary McCartney, Mercury Studios / Ventureland / Disney Original Documentary, 2022.
- Entretien de Mary McCartney avec Kerry Diamond, Cherry Bombe, transcription publiée en ligne, sur la cuisine familiale, Linda McCartney et Mary McCartney Serves It Up.
- Entretien de Mary McCartney, Fox News Entertainment, sur If These Walls Could Sing et les souvenirs de John Lennon.
- Profil de Mary McCartney, HERO Magazine, « I love caught moments », sur sa pratique photographique et l’exposition Moment of Affection.
- Time Magazine, « See Intimate Family Photos of the McCartney Family », sur l’exposition Mother, Daughter, Gagosian, 2015.
- Site officiel Sotheby’s, catalogue numérique de l’exposition Can We Have a Moment? Three Decades of Photographs in Britain, 2023.
- Site officiel marymccartney.com, biographie et filmographie.
- Boutique officielle paulmccartney.com, notice de l’album McCartney III, crédits photographiques du portrait de pochette et du livret.
- Rolling Stone, entretien croisé Paul McCartney – Taylor Swift, portraits signés Mary McCartney, 2020.
- Wikipédia (EN), notice James McCartney, pour les crédits de « Heaven on a Sunday », « Spinning on an Axis » et « Back in the Sunshine Again ».
- yellow-sub.net, « Mary McCartney : 56 ans de création entre image, cuisine et héritage Beatles », 28 août 2025.
- The Beatles Bible, notice du 28 août 1969 sur la naissance de Mary McCartney.
- The Paul McCartney Project, notice consacrée à Mary McCartney, discographie et filmographie croisées.
- Wikipédia (FR/EN), notices Mary McCartney, Linda McCartney, Wingspan (film), If These Walls Could Sing, Man on the Run (2025 film).














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