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Yellow-Sub.net · Enquête transversale · 1969–1977
Ringo Starr : catalogue raisonné des crédits de batterie invités (1969–1977)
De Stephen Stills à l’Alpha Band, les vraies participations, les deux batteries, les pressages et les archives de studios.
Pourquoi ce catalogue croisé est indispensable
Les premières collaborations de Ringo Starr en dehors des Beatles sont parfois réduites à des listes de vedettes et d’albums. Une telle présentation masque les vraies difficultés : un disque peut utiliser cinq batteurs sur dix plages ; deux musiciens peuvent être crédités aux fûts sur la même chanson ; un invité peut intervenir par la voix parlée et ne pas jouer de batterie ; un master de 1970 peut réapparaître en remix en 2013. Ce guide relie treize études de cas et propose un classement par œuvre, enregistrement, instrument et édition. Il ne répertorie pas les mêmes disques une fois par artiste, une autre fois par réédition : chaque événement doit être identifié.
Le fil rouge des années 1970 est le développement des réseaux de session après la fin des Beatles. Stephen Stills, Peter Frampton, les frères Van Eaton, Keith Moon, le Manhattan Transfer et l’Alpha Band emploient Ringo dans des cadres très différents. Certains recherchent une section rythmique familière, d’autres un timbre vocal immédiatement reconnaissable. La question n’est pas de mesurer la célébrité des participants, mais d’établir précisément qui joue quoi, sur quel enregistrement, à quel moment et sur quel support.
1969–1970 : Leon Russell et Stephen Stills, deux réseaux de studio
Avant la séparation officielle des Beatles, Ringo prend part à plusieurs projets extérieurs. Chez Leon Russell, les titres « Shoot Out on the Plantation » et « Hurtsome Body » figurent sur le premier album de 1970, tandis que « (Can’t Seem to) Get a Line on You » est une bande longtemps écartée avant de paraître sur une réédition DCC. Son lien avec la future chanson des Rolling Stones « Shine a Light » ne signifie pas que Ringo joue sur Exile on Main St.. Les dates divergent selon les chronologies des sessions ; le guide conserve ces divergences, sans fixer arbitrairement une date de prise. Étude Leon Russell et les trois œuvres.
Sur Stephen Stills, l’ancien Beatle apparaît sous le prénom « Richie » ou « Ritchie », variante d’un même crédit d’interprète. Deux pistes le concernent : « To a Flame », face B, plage 2, et « We Are Not Helpless », face B, plage 5. L’album comporte des interventions de Jimi Hendrix et Eric Clapton, mais sur d’autres titres. Il n’existe aucune raison d’affirmer qu’ils ont joué avec Ringo sur ces deux chansons. L’ensemble relève du travail d’un auteur-compositeur entouré de formations changeantes, pas d’un groupe stable.
Le dossier nouveau de To a Flame : Island Studios et remix de 2012
Le coffret Carry On de Stephen Stills représente une source de première importance. Sa documentation localise « To a Flame » aux studios Island de Londres en mars 1970, avec Bill Halverson à la prise de son, Stills à plusieurs instruments et Ringo Starr à la batterie ; Arif Mardin signe et dirige les arrangements avec Stills. La chanson paraît d’abord sur le LP Atlantic de novembre 1970 et en face B de « Love the One You’re With ». La présence sur un single n’est pas une deuxième séance.
Un mixage de 2012 est ensuite inclus dans le coffret Carry On, publié par Rhino le 26 mars 2013. Les responsables de cette version sont Graham Nash et Stanley Tajima Johnston. C’est la même performance historique réorganisée au mixage, non une nouvelle batterie enregistrée quarante ans plus tard. Le guide du collectionneur doit donc réunir les éditions sous une relation « autre mix du master », et non « nouvel enregistrement Ringo 2013 ». Le cas illustre le rôle des archives dans l’étude des collaborations anciennes.
1972 : Peter Frampton et deux morceaux aux distributions différentes
Le premier album solo de Peter Frampton, Wind of Change, paraît chez A&M en 1972. Ringo est crédité sur « The Lodger », huitième plage, et sur « Alright », dixième et dernière piste. « The Lodger » comporte notamment des cuivres associés à Jim Price ; « Alright » réunit Ringo à la batterie, Klaus Voormann à la basse et Billy Preston au piano et à l’orgue. Deux chansons, donc, mais pas deux versions d’un même master. L’album utilise également Mike Kellie et Frampton dans d’autres configurations rythmiques.
Pour les collectionneurs, les pressages A&M SP 4348 au Canada et SAML 934576 en Australie conservent les titres aux mêmes positions. Les références de catalogue doivent être relevées sans supposer d’emblée une différence de mixage. Les longues listes générales des instrumentistes de Wind of Change ne donnent pas le personnel exact de chaque plage : c’est précisément ce que les fiches séparées viennent établir.
1972–1973 : Lon et Derrek Van Eaton, un single produit par Harrison
Les frères Van Eaton enregistrent pour Apple Records un premier album, Brother, qui paraît en septembre 1972 aux États-Unis puis en février 1973 en Grande-Bretagne. La chanson « Sweet Music » est produite par George Harrison et paraît d’abord sur le 45-tours américain Apple 1845, le 6 mars 1972. Ringo Starr et Jim Gordon y sont crédités aux batteries, Peter Frampton à la guitare acoustique et Mike Hugg à l’harmonium. Les deux frères sont les auteurs-interprètes du projet et assurent la majeure partie de l’instrumentation.
Le second enregistrement avec Ringo, « Another Thought », termine Brother. Klaus Voormann y joue de la basse et T. J. Tindall de la guitare électrique. Klaus Voormann produit la majeure partie de l’album, mais pas « Sweet Music » qui est l’exception Harrison. Reporter la production Harrison sur « Another Thought », ou la batterie Jim Gordon sur la dernière plage, produirait des crédits erronés. Le disque doit être catalogué titre par titre.
1975 : chez Keith Moon, la batterie n’est pas toujours celle de Ringo
L’unique album solo de Keith Moon, Two Sides of the Moon, met Ringo dans des rôles inattendus. Sur « Solid Gold », écrit par Nickey Barclay, il intervient comme annonceur ; la batterie est attribuée à Cam Davis. Le titre est chanté par Moon, avec plusieurs musiciens associés à la scène américaine, dont Joe Walsh. Classer Ringo comme batteur de cette chanson serait une erreur née de la reproduction du personnel global du LP.
Sur « Together », dernière plage du disque, la situation change : Ringo Starr et Jim Keltner sont crédités aux batteries, Moon au chant et Nilsson aux chœurs. Les éditions de 1997 et de 2006 font également entendre des archives de conversations liées à ce titre, notamment « Together Rap ». Une conversation de studio publiée après coup n’est pas une nouvelle séance de 1997 ou de 2006. Il faut séparer l’enregistrement original, la voix parlée, les prises alternatives et leurs éditions.
Cette dernière question se prolonge avec les séances Clover d’août 1975, réalisées avec Steve Cropper. « Naked Man », « Do Me Good » et « Real Emotion » constituent une campagne distincte de celle du Record Plant en 1974. Le récit de l’ingénieur Barry Rudolph sur les tentatives de double batterie y constitue une documentation exceptionnelle ; l’équipe a préféré compléter une base rythmique par des overdubs plutôt que de conserver toutes les prises simultanées. La même personne peut donc jouer de la batterie sur deux couches sans que la rubrique « deux batteurs » résume la réalité technique.
1976 : deux batteries identifiées chez The Manhattan Transfer
Le quatuor vocal publie Coming Out sur Atlantic, sous la production de Richard Perry. Le disque comporte onze plages et fait intervenir de nombreux batteurs. Ringo Starr et Jim Keltner sont toutefois crédités ensemble sur deux titres : « Zindy Lou », face A, plage 2, et « S.O.S. », face B, plage 2. Leurs formations sont différentes. « Zindy Lou » bénéficie du piano de Dr. John et des percussions de Doug Throngren ; « S.O.S. » comprend le piano de Clarence McDonald et un solo de saxophone ténor de Jackie Kelso.
La liste générale des batteurs du disque inclut aussi Roy Markowitz, Jim Gordon, Rick Shlosser, David Kemper et Jim Nelson. Ne pas distinguer les chansons conduirait à placer chacun de ces musiciens derrière les fûts de chaque titre. La production de Richard Perry fonctionne par ensembles adaptés au répertoire ; la précision du personnel par chanson fait donc partie de l’histoire de la conception de Coming Out. Le crédit de Ringo ne peut pas être étendu au succès « Chanson d’Amour », dont l’équipe instrumentale diffère.
1977 : deux interventions sur Spark in the Dark de The Alpha Band
L’Alpha Band, formé autour de T-Bone Burnett, Steven Soles et David Mansfield, publie Spark in the Dark sur Arista en 1977. Le programme de douze plages fait appel à plusieurs batteurs. Les relevés détaillés attribuent à Ringo deux enregistrements : « Born in Captivity », deuxième chanson de la face A, et « You Angel You », première plage de la face B. La seconde composition est écrite par Bob Dylan, ce qui ne prouve pas la participation de Dylan au master de l’Alpha Band.
Cette rencontre de 1977 est particulièrement instructive à l’heure des collaborations country beaucoup plus récentes de Ringo avec T-Bone Burnett. Elle établit un antécédent professionnel, pas une preuve de collaboration ininterrompue ni une séance commune de deux artistes que séparent plusieurs décennies. Les noms des batteurs Matt Betton, Bill Maxwell, Joe Correro et Geoffrey Hales doivent rester liés aux pistes sur lesquelles ils sont effectivement attestés, sans effacer les deux contributions de Ringo.
Une méthode de classement utilisable par les collectionneurs
Pour chaque chanson, l’encyclopédie doit créer un dossier d’œuvre (titre et auteurs), un dossier de performance (voix et instruments), un dossier de session (studio et date avec degré de certitude), un dossier de master (mix, edit, prise alternative) et une ou plusieurs notices matérielles (label, pays, référence, matrices et inserts). Le même disque peut comporter plusieurs masters ; le même master peut circuler sur des dizaines de supports. Les entretiens, documents de studio et livrets originaux doivent être privilégiés face aux agrégateurs de crédits, qui reproduisent parfois les musiciens d’un album sur chacune de ses chansons.
Ce catalogue raisonné marque également les cas ouverts. Il n’invente pas les jours de séance pour les chansons de Frampton, les doubles batteries exactes chez The Manhattan Transfer ou les numéros de prises de l’Alpha Band. Il documente cependant les attributions au niveau de l’œuvre et les positions de faces, ce qui permet à une future enquête de compléter les cases manquantes sans devoir réécrire toutes les pages. La prochaine étape matérielle consistera à comparer les pochettes et labels originaux avec les livrets d’archives.
Deux parcours complémentaires : le batteur invité et le partenaire de double batterie
Ce répertoire concerne les morceaux publiés au nom d’autres artistes sur lesquels Ringo intervient. Il ne doit pas être confondu avec l’étude des deux batteries sur les disques solo de Ringo, où Jim Keltner est un partenaire de séance et non nécessairement un artiste invité sur un album tiers. Le dossier consacré à Ringo et Jim Keltner de 1971 à 1976 reprend les crédits de Ringo, Goodnight Vienna et Ringo’s Rotogravure, éclairés par le témoignage direct de Ringo sur le Concert for Bangladesh. Les deux ensembles documentent des relations différentes et doivent rester distincts dans l’index.
Pour les frères Van Eaton, le catalogage bénéficie d’une troisième approche : la circulation réciproque entre le duo Lon & Derrek Van Eaton et Ringo. Elle met en regard les participations sur Brother (1972) et les interventions des frères sur les disques du batteur, tout en renvoyant aux fiches de « Sweet Music » et « Another Thought » pour l’établissement des crédits par master. Le but n’est pas de compter plusieurs fois la même prestation, mais d’offrir une entrée par type de question historique.
Bibliographie discographique et sources de contrôle
Atlantic Records, Stephen Stills (1970) ; Stephen Stills / Rhino, Carry On (2013), livret et notes du remix de 2012 ; A&M Records, Wind of Change (1972) et relevés On A&M Records ; Apple Records, Brother (1972/1973) et single Apple 1845 ; Keith Moon, Two Sides of the Moon (1975, éditions 1997 et 2006) ; Barry Rudolph, témoignage d’ingénieur sur Clover ; Atlantic Records, The Manhattan Transfer, Coming Out (1976), crédits par chanson ; Arista Records, The Alpha Band, Spark in the Dark (1977) ; DCC Compact Classics, réédition du premier album de Leon Russell. Les notes de pressage restent à confronter aux exemplaires originaux.












