Huit semaines. Une clairière de dix-huit acres au-dessus du Gange. Quatre-vingt-quatre huttes de pierre en forme d’igloo, une soixantaine d’élèves venus de Suède, du Danemark, d’Allemagne, des États-Unis, et un régime végétarien strict. Entre le 16 février et le 12 avril 1968 — quatre mois avant le premier des trois départs qui précéderont la séparation du groupe —, les quatre musiciens les plus célèbres de la planète disparaissent dans les contreforts de l’Himalaya pour apprendre à méditer.
Il existe, dans l’histoire des Beatles, une poignée de dates qui fonctionnent comme des charnières. Le 6 juillet 1957 à Woolton. Le 6 juin 1962 au Studio Two d’Abbey Road. Le 9 février 1964 au Ed Sullivan Show.
Le 19 août 2026, Apple Corps et Universal Music Group ont annoncé un accord mondial et exclusif portant sur le merchandising physique et numérique, les licences et le commerce en ligne des Beatles. Sur le papier, c’est un communiqué d’entreprise de plus. Dans les faits, c’est la dernière pièce d’un dispositif industriel qui se met en place depuis quatre ans et qui va culminer entre 2027 et 2028 : l’ouverture du 3 Savile Row au public, puis la sortie simultanée des quatre films de Sam Mendes.
Cet article décortique ce qui a réellement été signé, ce que l’accord ne couvre pas — et c’est au moins aussi intéressant —, la longue histoire des droits dérivés des Beatles depuis 1963, la place d’Universal dans le dossier depuis le rachat d’EMI en 2012, le paradoxe d’un catalogue exploité par Universal mais porté à l’écran par Sony, et ce que tout cela signifie concrètement pour les fans et les collectionneurs francophones. Avec, comme toujours, les correctifs factuels que la reprise en boucle des dépêches a fait passer à la trappe.
Enquête : la « règle des deux titres » n’a jamais existé. Décompte album par album, la rupture du 10 janvier 1969 à Twickenham, la bande de septembre 1969 où Lennon propose 4 chansons chacun, et la vraie généalogie d’All Things Must Pass.
Le 14 juin 1965, en fin de soirée, dans le Studio Two d’Abbey Road, Paul McCartney s’assoit seul devant un micro avec une guitare acoustique désaccordée d’un ton. En deux prises, il enregistre une chanson que le groupe vient de déclarer injouable à quatre. Trois jours plus tard, quatre musiciens de séance londoniens entrent dans le même studio avec une partition écrite à deux mains, et reçoivent une consigne qui va contre tout ce qu’on leur a enseigné : ne pas vibrer. De cette contrainte naît l’un des sons les plus reconnaissables du XXe siècle.
Il y a des dates qui s’imposent d’elles-mêmes dans la grande mythologie des Beatles : les débuts chez EMI, la sortie de Love Me Do, l’Amérique conquise en une soirée, les cris de la Beatlemania, les studios d’Abbey Road devenus laboratoire du monde moderne. Et puis il y a des dates plus discrètes, moins spectaculaires en apparence, mais peut-être plus décisives encore. Le 18 août 1962 appartient à cette famille-là. Ce soir-là, au Hulme Hall de Port Sunlight, devant quelques centaines de spectateurs venus pour un bal horticole, les Beatles ne deviennent pas encore les rois du monde. Ils deviennent quelque chose de plus fondamental : eux-mêmes. Deux jours après l’éviction brutale de Pete Best, Ringo Starr prend officiellement place derrière la batterie de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison. Rien n’est encore joué, tout reste fragile, mais la formule est là. Le carré magique vient de trouver son quatrième point cardinal. Derrière cette soirée presque ordinaire se cache l’un des grands basculements de l’histoire pop : la naissance officielle des Fab Four.
Revolver a-t-il fait passer le pouvoir de Lennon à McCartney ? Décompte des titres, chronologie des séances et dix correctifs sur un récit trop simple.
55 600 spectateurs, 34 minutes, 304 000 dollars de recette : le 15 août 1965, les Beatles inventent le concert de stade. Mais presque personne n’a entendu ce concert — et la bande-son que le monde connaît a été refaite en studio, en secret, le 5 janvier 1966.
Q : Les Beatles ont-ils rencontré Elvis Presley ?
R : Une seule fois, le 27 août 1965, au domicile d’Elvis à Bel Air (Los Angeles). La rencontre s’est tenue sans presse, sans photographie et sans aucun enregistrement, à la demande du colonel Tom Parker et avec l’accord de Brian Epstein. George Harrison a revu Elvis seul à New York en juin 1972.
Q : Elvis Presley a-t-il critiqué les Beatles auprès de Richard Nixon ?
R : Oui. Le mémorandum rédigé le 21 décembre 1970 par Egil « Bud » Krogh consigne qu’Elvis considérait les Beatles comme une force au service d’un esprit antiaméricain. Le document, déclassifié en 1986, est conservé aux Archives nationales américaines. La démarche n’a eu aucune conséquence pour le groupe, dissous depuis huit mois.
Q : Elvis a-t-il chanté des chansons des Beatles ?
R : Cinq : « Hey Jude » (studio, janvier 1969, publié en 1972 sur Elvis Now), « Yesterday » (scène, Las Vegas, 1969), « Something » (notamment lors d’Aloha from Hawaii en 1973), « Lady Madonna » et « Get Back » (versions informelles). Quatre sont signées McCartney, une Harrison, aucune Lennon.
Q : Lennon a-t-il dit « Avant Elvis, il n’y avait rien » ?
R : Cette formule est classée comme disputée et n’a jamais été rattachée à une source primaire. La déclaration authentifiée, faite au lendemain de la rencontre de 1965 et publiée dès 1968, dit que rien ne l’avait touché avant Elvis et que sans Elvis il n’y aurait pas eu de Beatles.
Le Beatles Day 2026 se tient le samedi 12 septembre 2026, de 10 h à minuit, au Lotto Mons Expo (salle C), avenue Thomas Edison 2, à Mons, en Belgique. Il s’agit de la 37ᵉ édition du seul festival Beatles de Belgique, créé après un voyage fondateur à Liverpool en août 1987 et dont la première édition s’est tenue au Waux-Hall de Mons en septembre 1988. Le thème 2026 est « Intergeneration », illustré par l’image du Magic Bus. L’invité d’honneur est le chanteur britannique Billy J. Kramer, découvert par Brian Epstein et produit par George Martin. L’entrée coûte 30 €, 20 € en tarif réduit, et elle est gratuite pour les moins de 16 ans accompagnés.
Le Beatles Day de Mons a été fondé par Guy Noirfalise, Alain Cardon et Bernard Dutrieux après leur voyage à Liverpool en août 1987. La manifestation s’appelait initialement « Convention Beatles » et a pris le nom de « Beatles Day » en 1992, lorsque son objet a été élargi à la culture au sens large. Elle s’est tenue au Waux-Hall de 1988 à 2011, puis au Lotto Mons Expo à partir de 2012.
Billy J. Kramer, de son vrai nom William Howard Ashton, est né le 19 août 1943 à Bootle. Managé par Brian Epstein et produit par George Martin avec les Dakotas, il a interprété quatre chansons de Lennon-McCartney sur ses cinq premiers 45 tours, dont « Bad to Me » (n° 1 britannique en 1963). Son plus grand succès, « Little Children » (n° 1 en 1964), n’est en revanche pas une composition des Beatles mais un titre de Mort Shuman et J. Leslie McFarland.












