Le 20 avril 1966, les Beatles enregistrent une première version d’And Your Bird Can Sing qui sonne comme les Byrds : douze-cordes Rickenbacker, voix empilées, ré majeur. Six jours plus tard, ils effacent tout. Récit de deux ans et demi d’échanges entre les deux groupes, de la guitare de Harrison dans A Hard Day’s Night à If I Needed Someone et Eight Miles High.
Mai-octobre 1970 : la fabrication du disque, jour par jour et personne par personne. Les trente démos des 26 et 27 mai, l’effondrement de Phil Spector, l’interruption d’un deuil, le passage aux seize pistes de Trident, Badfinger en section acoustique, Phil Collins coupé du disque — et pourquoi personne n’a tenu le registre des musiciens.
Deux minutes et une seconde, une ligne de guitare harmonisée à deux voix que les professionnels mettent des semaines à relever, un texte que soixante ans d’exégèse n’ont pas réussi à attribuer — et un auteur qui parlait de « papier fantaisie autour d’une boîte vide ». Enquête complète : les séances des 20 et 26 avril 1966, la version abandonnée au fou rire, la vérité sur le prétendu solo de George Harrison, les cinq hypothèses sur le destinataire et l’exil américain du morceau sur « Yesterday and Today ».
Il y a quarante ans jour pour jour, le 25 août 1986, paraissait aux États-Unis un disque que la plupart des discographies de Paul McCartney franchissent en courant. Press to Play : dix titres sur vinyle, treize sur compact disc, une pochette en noir et blanc léchée comme un portrait de studio hollywoodien, et un producteur star chargé de faire entrer le plus célèbre mélodiste vivant dans la décennie du réverbe numérique et de la boîte à rythmes. L’affaire s’est mal passée. Press to Play est le plus mauvais vendeur de la carrière solo de McCartney à cette date : 250 000 exemplaires aux États-Unis, une trentième place au Billboard 200, un huitième rang britannique sans durée, un disque d’or de la BPI et rien d’autre.
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Dans les années 80, Paul McCartney avance souvent comme sur un tapis de velours : refrains impeccables, basses souriantes, angles arrondis par une production qui veut briller. Et puis, presque au bout de Press To Play (1986), il lâche un caillou dans la vitrine : « Angry ». Trois minutes pressées, nerveuses, qui claquent comme une porte, où Paul cesse de négocier avec l’époque et choisit l’énergie. Le plus beau, c’est que cette colère n’est pas un numéro de rockstar : elle naît d’une collision de talents et d’un contexte tendu, celui d’un ex-Beatle sommé de prouver qu’il peut encore sonner contemporain. À ses côtés, Eric Stewart co-signe, Hugh Padgham verrouille le son, Pete Townshend mord la guitare, Phil Collins propulse la machine — et l’ensemble se joue à la vitesse d’un sprint, comme si l’urgence faisait loi. Derrière la brillance eighties et ses petites bizarreries de synthés, « Angry » révèle un McCartney plus physique, plus groupe, plus tranchant que l’image d’aimable mélodiste qu’on lui colle. Pourquoi ce morceau n’a jamais été le single évident, comment il a été reconstruit, et ce qu’il dit de Press To Play : retour sur une rareté qui cogne encore.
On a longtemps raconté les Beatles comme un duel, laissant George Harrison au rang de silhouette : le Quiet Beatle, comme si le silence suffisait à résumer une vie. Sauf que Harrison écrivait, empilait, polissait, et encaissait les murs invisibles d’un groupe où le temps de parole se partageait mal. Quand la séparation arrive, au printemps 1970, il ne “fleurit” pas : il ouvre un hangar. All Things Must Pass n’est pas un déstockage, c’est un monde entier — ferveur, amertume, gratitude, éclairs de rock lourd et ciel spirituel, noyés dans le brouillard doré du mur du son de Phil Spector. Au cœur de cette fresque, Art of Dying frappe comme une discipline : la mort non pas comme drame, mais comme entraînement, nourri d’hindouisme, de réincarnation et d’une quête que le LSD n’a fait qu’accélérer, jamais inventer. Et, dans un coin de studio, une micro-légende éclaire la cruauté du montage : Phil Collins venu aux congas, les mains abîmées, puis effacé. Harrison, enfin aux commandes, choisit la chanson plutôt que le mythe — et rappelle une vérité simple : la postérité est toujours un montage.
En 1986, Paul McCartney tente un virage moderne avec Press To Play, un album marqué par l’usage intensif des synthétiseurs et la production de Hugh Padgham. Malgré des collaborations prestigieuses (Pete Townshend, Phil Collins), l’album peine à convaincre le public et la critique. Son esthétique trop technologique éloigne McCartney de ses racines mélodiques, le poussant à une remise en question qui aboutira à son retour en force avec Flowers In The Dirt en 1989.
Phil Collins, fan inconditionnel des Beatles, a vu son rêve d’être associé au groupe s’effondrer à deux reprises. Écarté du film A Hard Day’s Night en 1964 et ignoré sur l’album All Things Must Pass de George Harrison en 1970, il a dû faire face à de cruelles désillusions. Malgré tout, son admiration pour le groupe est restée intacte.
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