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Yellow-Sub.net · Sessionographie · Keith Moon 1974–1975
Ringo Starr et Keith Moon : « Together », « Solid Gold » et les sessions de Two Sides of the Moon
Un disque, deux batteurs, des interventions parlées, un autre rôle créatif sur la pochette : une enquête piste par piste, du LP de 1975 aux archives rééditées.
Deux batteurs célèbres, mais un disque avant tout chanté par Keith Moon
Lorsque Keith Moon publie son unique album solo, Two Sides of the Moon, en 1975, le musicien des Who choisit une formule inattendue : plutôt que de construire une démonstration instrumentale de son talent de batteur, il chante, invite ses amis et abandonne fréquemment la batterie à d’autres interprètes. Cette inversion des rôles explique la présence de Ringo Starr, dont la contribution n’a rien d’un simple passage promotionnel. Le nom de Ringo revient à plusieurs titres : annonciateur parlé sur une chanson, batteur et participant vocal sur une autre, contributeur au concept graphique de la pochette.
Il faut néanmoins distinguer le LP original des enregistrements publiés beaucoup plus tard. Les rééditions de 1997 et de 2006 ont fait entrer dans la discographie des prises de travail, des remixes, des dialogues et des chansons provenant de séances ultérieures. Un titre présent sur ces CD ne figure pas nécessairement sur le disque de 1975. Pour reconstituer l’activité de Ringo, c’est une distinction essentielle.
1974–1975 : le studio californien et un réseau transatlantique
Le projet est principalement associé aux séances du Record Plant de Los Angeles. Keith Moon partage alors son temps entre les Who et un cercle très étendu de musiciens : Harry Nilsson, Joe Walsh, Klaus Voormann, Jesse Ed Davis, Jim Keltner, Bobby Keys, Danny Kortchmar ou encore John Sebastian. L’album traverse plusieurs esthétiques, du rock au pastiche, avec des arrangements orchestraux et choraux. Les premiers travaux de production font intervenir Mal Evans ; Skip Taylor et John Stronach sont crédités à la production et à la direction de l’édition définitive.
Le disque réunit des interprètes très différents selon les chansons : Cam Davis, Curly Smith, Miguel Ferrer, Jim Keltner, Ron Grinel et Keith Moon apparaissent tour à tour à la batterie. Le fait qu’ils soient tous cités dans un livret ne signifie pas qu’ils jouent ensemble. Un relevé fiable attribue les instruments à chaque plage. Cette logique est particulièrement importante lorsqu’il s’agit de deux batteurs aussi célèbres que Moon et Ringo : une collaboration artistique peut être vocale sur une prise, rythmique sur une autre.
« Solid Gold » : Ringo annonce, Cam Davis joue de la batterie
« Solid Gold », deuxième chanson du programme original, est une composition de Nickey Barclay. Keith Moon en assure le chant principal. Ringo Starr y est identifié comme announcer, c’est-à-dire une voix d’annonce, non comme batteur. Cam Davis est crédité aux fûts ; les relevés de personnel font également apparaître Joe Walsh à la guitare et au synthétiseur, Patti Quatro à la guitare, Nickey Barclay au piano ainsi qu’une importante distribution de voix d’accompagnement.
Cette distinction n’est pas anecdotique. Une liste de collaborations qui décrirait « Solid Gold » comme un morceau enregistré à deux batteries célèbres déformerait la contribution du Beatle. La vérité discographique est plus intéressante : Ringo apparaît sur le master sous la forme d’un personnage sonore, chargé d’introduire ou de ponctuer la chanson. Le projet de Moon se prête précisément à ce mélange de théâtre, de plaisanterie et de musique.
« Together » : les deux batteries de Ringo Starr et Jim Keltner
Le dixième et dernier titre du LP, « Together », constitue la véritable séance instrumentale majeure du dossier. La chanson est écrite par Harry Nilsson et interprétée par Keith Moon. Ringo Starr et Jim Keltner sont crédités tous deux à la batterie ; Klaus Voormann tient la basse, tandis que Jesse Ed Davis, Danny Kortchmar et Paul Lenart participent aux guitares. Robert Greenidge apporte des steel drums. Les sources de personnel signalent en outre une intervention parlée ou rap de Ringo, au sens de dialogue rythmé et non d’un morceau de rap contemporain.
Cette distribution rappelle les sessions de Nilsson et les projets de John Lennon : une section rythmique partagée, des amis de longue date et des parties vocales ajoutées autour d’une chanson. Il serait pourtant inexact de déduire des crédits que Ringo et Keltner jouent constamment à l’unisson. Les livrets confirment leur présence, mais la répartition acoustique précise de leurs instruments demanderait la consultation des pistes séparées ou d’un document de studio plus détaillé.
« Together » permet aussi de distinguer le crédit de composition de la contribution au dialogue. Les notices du LP attribuent la chanson à Harry Nilsson. Certaines notices de pièces annexes créditent Ringo sur des passages de dialogue ou des versions de travail. Il ne faut pas transformer ces mentions en coauteur assuré de la chanson de Nilsson sans vérifier l’édition de référence.
Le reste du disque : pourquoi Ringo n’est pas le batteur de toutes les reprises
Une lecture minutieuse des crédits remet chaque musicien à sa place. « Crazy Like a Fox » mentionne Keith Moon et Curly Smith à la batterie. « Don’t Worry Baby » associe les percussions de Moon à la batterie de Miguel Ferrer. Sur « One Night Stand », Mickey McGee tient la batterie. « The Kids Are Alright » réunit Moon et Curly Smith ; « Move Over Ms. L » associe Moon et Ron Grinel. Jim Keltner est indiqué sur « Teenage Idol ». « Back Door Sally » revient à Curly Smith. Quant à « In My Life », son arrangement met particulièrement en valeur les voix et le piano.
Ce parcours montre que l’album original ne constitue pas un répertoire homogène où Ringo jouerait simplement en remplacement de son ami Moon. Les apparitions confirmées de Ringo sur les dix titres de 1975 sont d’une autre nature : l’annonce de « Solid Gold » et la batterie assortie de dialogue de « Together ». Les listes plus longues doivent être rapprochées des rééditions et de leurs bonus.
La pochette et le titre : la contribution créative de Ringo
Une autre participation de Ringo apparaît en marge des bandes sonores : la conception du titre Two Sides of the Moon lui est attribuée par les crédits discographiques. Cette contribution résume le caractère de l’entreprise. Le jeu de mots associe le patronyme de Keith Moon à l’idée d’un disque montrant plusieurs facettes du musicien, sans exiger que celles-ci soient toutes des performances de percussionniste.
Les crédits d’édition citent notamment George Osaki à la direction artistique et plusieurs intervenants à la conception de la pochette, dont Keith Moon, Skip Taylor, John Stronach et Gary Stromberg. L’identité du titre ne doit donc pas être confondue avec l’illustration ou la réalisation graphique complète. Pour une discographie des collaborations, il s’agit d’une catégorie distincte : contribution au concept ou au titre de l’album, non intervention musicale enregistrée.
Les rééditions de 1997 et 2006 : de nouveaux objets discographiques
Une première édition augmentée apparaît en 1997, notamment chez Repertoire Records. Elle intègre plusieurs plages absentes du vinyle original. En 2006, une édition Deluxe sur deux CD publiée sous les marques Castle et Sanctuary reprend l’album original et une abondante sélection de bonus : variantes de mixage, prises de travail, morceaux issus de nouvelles séances, dialogues et documents promotionnels. Les inventaires diffèrent parfois sur la façon de compter les bonus et les fragments : plutôt que de fixer un nombre sans préciser l’édition, il faut citer le label, la référence et le programme exact du support.
Plusieurs pièces supplémentaires sont associées à Ringo, notamment « Do Me Good », « Real Emotion », « Naked Man » et les éléments appelés « Together Rap » dans les relevés de collectionneurs. Ces attributions ne doivent pas être agrégées comme s’il s’agissait de quatre chansons du LP de 1975. Les dates de travail de ces bandes, parfois postérieures à la publication initiale, et leur personnel doivent être vérifiés sur les livrets de 1997 et 2006.
« Together Rap » mérite une notice autonome dans une future étude des prises. Les documents de collectionneurs mentionnent des fragments datés du 26 novembre 1974, des dialogues enregistrés avec Nilsson et Ringo, et des éditions ultérieures de longueur variable. Ce sont des identités de bande, de montage et de publication qui nécessitent une traçabilité plus fine qu’une simple liste de titres.
1975 : publication, marchés et variations de date
Les chronologies ne coïncident pas entièrement sur la sortie : la discographie officielle Keith Moon, LLC indique mars 1975 ; l’inventaire de Progrography recense une publication le 25 avril 1975, avec les références américaines MCA/Track MCA-2136 et britannique Polydor 2442 134. Ces informations ne doivent pas être fondues en une date précise unique sans examiner les annonces commerciales contemporaines et les territoires concernés.
Le LP original contient dix chansons. Le disque est ensuite publié en cassette, en cartouche huit pistes, puis en plusieurs éditions compact disc. Pour l’historien et le collectionneur, la numérotation d’une plage n’est pas nécessairement stable d’une édition à l’autre, notamment lorsque les CD ajoutent plusieurs dizaines d’enregistrements. Les titres originaux doivent rester identifiés par leur face et leur position sur le LP de 1975.
Quelles preuves conserver pour la sessionographie Ringo ?
Édition originale : Keith Moon, Two Sides of the Moon, 1975. « Solid Gold » : Ringo Starr, annonce parlée ; Cam Davis, batterie. « Together » : Ringo Starr, batterie et dialogue ; Jim Keltner, batterie ; Klaus Voormann, basse ; Keith Moon, chant principal ; Harry Nilsson, auteur. Autre contribution : titre de l’album attribué à Ringo. Bonus de rééditions : interventions supplémentaires mentionnées dans les livrets et inventaires, à vérifier par prise et par édition.
Deux erreurs sont à exclure de la fiche de référence : présenter « Solid Gold » comme une batterie de Ringo, et considérer le personnel général du LP comme la formation de chacun des morceaux. Dans l’encyclopédie Yellow-Sub, ces deux absences de preuve doivent rester visibles, au même titre que les crédits attestés.
Une histoire d’amitié, mais surtout de travail collectif
Le contraste entre les personnages publics de Keith Moon et de Ringo Starr a souvent nourri les récits humoristiques. Ces anecdotes trouvent leur place dans une biographie, mais le travail de session permet de raconter autre chose : l’ex-Beatle contribue à une œuvre personnelle d’un autre grand batteur, en choisissant tantôt la parole, tantôt la batterie. L’affiche prestigieuse du disque ne doit pas masquer la variété réelle des formations.
Le plus révélateur est peut-être la place de Jim Keltner, autre partenaire récurrent de Ringo : sa présence sur « Together » souligne la façon dont les musiciens construisent ces chansons en réseau plutôt qu’à travers des duos exclusifs. À l’écoute, l’intérêt du disque réside moins dans l’idée spectaculaire d’un concours de batteurs que dans sa mosaïque d’arrangements, de voix et de personnalités.
Sources, pressages et références critiques
Keith Moon, LLC, discographie officielle, Two Sides of the Moon ; Sessiondays, personnel piste par piste du LP original ; Progrography, relevé des musiciens, pressages 1975 et rééditions 1997/2006 ; AllMusic, crédits généraux de l’album. Les relevés de collectionneurs pour « Together Rap », « Do Me Good » et les autres bonus sont utilisés comme pistes de contrôle, non comme substituts à un livret officiel.
Keith Moon, LLC — discographie · Sessiondays — personnel par titre · Progrography — éditions · AllMusic — crédits généraux.
La voix de Ringo chez d’autres artistes · Sessionographie générale.












