Yellow-Sub.net · Guide du collectionneur · 1975–2006
Two Sides of the Moon : pressages, inédits et crédits de Ringo Starr
Un catalogue raisonné des versions de 1975, 1997 et 2006, avec les masters du Record Plant, les séances Clover et les documents de studio.
1975–2006 : l’enregistrement, l’édition et l’exemplaire ne sont pas la même chose
Les collectionneurs qui étudient Two Sides of the Moon, unique album solo de Keith Moon, se trouvent devant trois générations de publications. Le microsillon de 1975 fixe le programme commercial initial. Les éditions de 1997 ajoutent des bandes délaissées ou préparées dans le cadre du projet. Le double CD de 2006 reconstitue beaucoup plus largement les séances des années 1974 et 1975 à travers prises alternatives, montages, dialogues, publicités et morceaux qui ne furent pas retenus. Ringo Starr figure dans plusieurs de ces ensembles, mais son nom ne suffit pas à déterminer le statut de chaque plage.
Pour éviter le double comptage, il faut séparer l’œuvre écrite, la prise de studio, le mixage final, le support commercial et les caractéristiques de l’exemplaire. Une même chanson peut exister sous plusieurs mixes ; une même prise peut paraître sur différents supports ; un extrait de studio peut être rendu public trente ans après sa fixation. La présente enquête privilégie ces distinctions plutôt que l’accumulation de références sans analyse.
Le disque d’origine : dix titres et une célébrité inattendue au micro
Two Sides of the Moon paraît au printemps 1975 sous les labels MCA et Polydor. Le LP britannique est notamment référencé Polydor 2442 134 et le pressage américain MCA 2136, avec un générique et des particularités matérielles qu’il faut relever sur chaque exemplaire. L’album comprend dix titres : « Crazy Like a Fox », « Solid Gold », « Don’t Worry Baby », « One Night Stand », « The Kids Are Alright », « Move Over Ms. L », « Teenage Idol », « Back Door Sally », « In My Life » et « Together ».
Keith Moon chante sur la plupart des plages au lieu de mettre systématiquement sa batterie en avant. Il participe pourtant aux fûts sur certains morceaux, notamment « The Kids Are Alright », et fait appel à plusieurs batteurs extérieurs. Ringo Starr est annonceur sur « Solid Gold », où Cam Davis est crédité à la batterie ; il est batteur et intervenant parlé sur « Together », où Jim Keltner apporte aussi des parties de batterie. La reprise de Lennon « Move Over Ms. L » est enregistrée avec Keith Moon et Ron Grinel derrière les fûts : attribuer à Ringo tous les morceaux de la face B serait donc une erreur.
Un objet à examiner : pochettes, découpes et inserts
Les éditions du LP ont été proposées avec une pochette à découpe et des inserts dont la nature dépend du territoire et du tirage. Pour déterminer si deux exemplaires sont des variantes de premier pressage, il faut comparer les numéros de catalogue, les mentions de copyright, les étiquettes, les matrices gravées près des sillons de sortie, l’épaisseur et la découpe du carton, les éléments imprimés et les insertions conservées. Une différence de prix entre deux annonces de vente ne constitue pas un indice historique.
La présence d’une bande ou d’un insert à un exemplaire ne suffit pas à faire de ce disque une nouvelle édition sonore. Inversement, un remplacement de la bande originale par un autre mixage pourrait être un fait musical même si les visuels de pochette sont presque identiques. Le catalogue pourra ainsi accueillir plusieurs objets matériels, mais chacun relié au master qu’il reproduit effectivement.
La réédition de 1997 : le premier élargissement documenté
Après une longue période durant laquelle le LP était surtout recherché sur le marché d’occasion, des éditions CD augmentées apparaissent en 1997, dont Repertoire Records 4635 et une édition américaine Pet Rock KBD 60038. Elles ajoutent au programme initial des chansons non retenues ainsi que des documents comme « I Don’t Suppose », « Naked Man », « Do Me Good », « Real Emotion » et « Together Rap » selon le programme retenu. Cette année correspond à la publication des archives, pas à leur enregistrement.
La chronologie est essentielle. « Naked Man », « Do Me Good » et « Real Emotion » proviennent d’une campagne distincte enregistrée à Hollywood en août 1975 avec Steve Cropper et Barry Rudolph. Le LP initial étant déjà paru, ces morceaux ne sauraient être considérés comme des pistes bonus cachées de son premier programme. Ils illustrent un travail supplémentaire en vue d’un album ou de publications qui n’ont pas été achevés du vivant de Moon.
2006 : la Deluxe Edition et l’apparition d’une véritable archive de sessions
L’édition augmentée de 2006, publiée par Sanctuary/Castle, est un double CD. Elle réunit les dix titres originaux, des chansons inédites, les mixages attribués à Mal Evans, des pistes provenant des sessions avec Steve Cropper, des éléments issus du Record Plant et plusieurs documents parlés. Une partie de ce matériel était déjà accessible en 1997 ; d’autres fragments apparaissent dans le programme étendu de 2006. Il faut donc distinguer « première parution de l’œuvre », « première publication de la prise » et « première inclusion dans la Deluxe Edition ».
La première galette s’organise autour du LP et des bonus, y compris des masters issus de Clover. La seconde approfondit les archives : dialogues de studio Keith & Ringo, essais de « Together », prise de voix, mentions de Harry Nilsson, fragment « OK Mr. Starkey », publicités radio et autres documents de travail. Un CD de ce type est une source documentaire majeure pour la sessionographie, mais il ne remplace pas les boîtes de bandes : le montage peut supprimer des silences, fusionner des extraits et modifier la succession des prises.
Les véritables participations de Ringo dans la matrice de 1974
Sur le LP de 1975, Ringo est identifié de façon sûre dans « Solid Gold » et « Together ». Le premier titre le présente comme voix d’annonceur ; la partie de batterie revient à Cam Davis. Le second le crédite à la batterie aux côtés de Jim Keltner, avec Klaus Voormann, Harry Nilsson et plusieurs guitaristes. Les paroles improvisées et les dialogues autour de « Together » se retrouvent dans des archives séparées, notamment sous le nom de « Together Rap ». Leur existence ne prouve pas autant de compositions inédites.
Une feuille de catalogue devrait ainsi lister l’événement Record Plant 1974, le master commercial de « Together », le dialogue « Together Rap », les autres fragments de studio et les éditions physiques qui en reproduisent tout ou partie. Aucune addition de pages d’un livret ne justifie un double compte des performances. Les mêmes distinctions valent pour les différentes versions du morceau de Lennon « Move Over Ms. L », où Ringo n’est pas crédité à la batterie.
Les participations postérieures de Clover : trois masters enregistrés en 1975
Les titres « Naked Man » (Randy Newman), « Do Me Good » (Steve Cropper) et « Real Emotion » (Steve Cropper) appartiennent à une nouvelle campagne, à Clover Recorders. L’ingénieur Barry Rudolph décrit directement la manière dont Ringo et Moon tentèrent de jouer simultanément avant que l’équipe ne privilégie une base rythmique et des overdubs complémentaires. Son témoignage évoque notamment Klaus Voormann, Joe Sample, Booker T. Jones, Ronnie Wood et David Bowie. L’identification de tous les instrumentistes sur chacun des trois mixes définitifs demande cependant une vérification distincte.
Il ne faut pas déplacer ces prises en 1974 parce qu’elles apparaissent à proximité d’archives du Record Plant sur le CD de 2006, ni les dater de 1997 parce que les acheteurs ont pu les entendre sur une réédition à cette époque. Leur fonction discographique correcte est celle de masters de 1975 publiés rétrospectivement. La séquence « OK Mr. Starkey » doit être classée comme dialogue de séance, non comme quatrième chanson de Steve Cropper.
Une table de référence des éditions et des sessions
1974 : sessions Record Plant de Los Angeles ; bandes destinées à l’album original, dont « Together » et ses séquences parlées. Printemps 1975 : publication du LP de dix titres, MCA/Polydor. Août 1975 : nouvelles séances Clover avec Ringo, Keith Moon, Steve Cropper et les musiciens invités. 1997 : éditions CD augmentées comprenant des bonus historiques. 2006 : double CD Deluxe donnant un panorama plus large des prises, dialogues, mixes et extraits. Chaque date décrit un événement différent et doit figurer dans un champ distinct.
La question des inédits : prise alternative, version longue et remix
Le mot « inédit » peut avoir plusieurs significations. Une prise entièrement distincte constitue un autre enregistrement. Un mix inédit peut utiliser une piste de base déjà publiée, mais une autre balance d’instruments ou une partie vocale différente. Un fragment de dialogue peut ne contenir aucune chanson complète. Un simple remaster peut modifier le niveau, la dynamique et le rendu sans changer l’interprétation. Toutes ces formes apparaissent dans les débats sur les bonus du disque de Moon. Le catalogue doit donc employer une terminologie précise, à défaut de quoi il multiplie artificiellement les collaborations de Ringo.
Ce qui manque encore au travail encyclopédique
Les étiquettes et matrices exactes des premiers pressages, le détail de chaque réédition par pays, les pistes isolées de Clover, les inventaires des boîtes de bande et les attributions de certaines voix constituent les principaux chantiers. Ils nécessitent une consultation matérielle ou de documents de session primaires. Les premières éditions CD doivent être comparées à la Deluxe Edition à partir d’exemplaires identifiés plutôt qu’à partir d’un simple titre de vente. Le rôle de Ringo est certain pour plusieurs masters, mais les nombreux autres titres de l’album ne doivent pas hériter automatiquement de son crédit global.
Sources bibliographiques et discographiques
Keith Moon, Two Sides of the Moon, MCA/Polydor (1975) ; Repertoire Records, édition CD de 1997 ; Sanctuary/Castle, Two Sides of the Moon: Deluxe Edition (2006) ; MusicBrainz, programmes des éditions 2006 et crédits par plage ; KeithMoonLLC, discographie officielle ; Barry Rudolph, témoignage technique sur les sessions Clover ; Progrography, revue de l’album et relevé des éditions. Les variantes non observées directement ne sont pas considérées comme authentifiées.












