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Yellow-Sub.net · Enquête de sessionographie · 1974–2006

Ringo Starr et Keith Moon : les séances inédites de Clover en 1975

Naked Man, Do Me Good, Real Emotion : un témoignage d’ingénieur, des doubles batteries séparées, David Bowie et les éditions de 1997–2006.

Guide des éditions de Two Sides of the Moon (1975–2006)

Two Sides of the Moon (1975–2006) : les pressages et les bonus de Ringo distingue les dix titres du LP original, les rééditions de 1997 et de 2006, les trois masters de Clover, les dialogues d’archives et les instruments réellement attribués à Ringo. Cette étude complète la chronologie sans créer de nouvelles séances fictives.

Les trois enquêtes piste par piste

Les trois performances de Keith Moon enregistrées avec Ringo à la batterie sont étudiées séparément, sans confondre prise de 1975 et première parution des bonus CD.

1975 : l’autre chapitre des collaborations entre Ringo Starr et Keith Moon

La discographie de Keith Moon est souvent résumée à Two Sides of the Moon, publié en 1975. Cette formule masque deux cycles de séances distincts : les enregistrements du Record Plant, à Los Angeles, en 1974, à l’origine des dix chansons de l’album, et des sessions nouvelles réalisées en août 1975 aux studios Clover sous la direction de Steve Cropper. Ringo Starr apparaît dans les deux histoires, mais pas nécessairement au même titre : sur l’album initial, sa voix d’annonceur dans « Solid Gold » est distincte de la batterie et de l’intervention parlée de « Together » ; aux studios Clover, son jeu devient un élément central des nouvelles bases rythmiques.

Ce chapitre est consacré aux trois titres documentés par un témoin direct, l’ingénieur du son Barry Rudolph : « Naked Man », « Do Me Good » et « Real Emotion ». La date de leur enregistrement, les fonctions de Moon, le mode de travail de Cropper et leur publication tardive invitent à traiter chacune des chansons comme un phonogramme distinct. La participation de David Bowie aux chœurs donne en outre à ces séances une dimension transversale entre les scènes des Beatles, des Who et du glam rock des années 1970.

Barry Rudolph, témoin direct : une source qui décrit réellement la séance

Le témoignage de Barry Rudolph est particulièrement précieux parce qu’il n’est pas une compilation de crédits recopiés. L’ingénieur situe les séances au studio Clover, sur Santa Monica Boulevard à Hollywood, et explique avoir travaillé avec Steve Cropper. Il évoque le responsable technique Toby Scott et l’équipement disponible sur place. Sa description des instruments de Ringo est concrète : une batterie à finition bois, à peaux naturelles et au son qu’il juge excellent, installée à distance du dispositif beaucoup plus imposant de Keith Moon.

Rudolph décrit d’abord un essai de jeu simultané avec les deux batteurs. Cette tentative aurait duré environ une demi-chanson avant que l’équipe ne décide de procéder différemment. Les remplissages de Keith Moon furent ajoutés en overdub à la piste construite autour du jeu régulier de Ringo. Le témoignage offre ainsi une explication technique et artistique de l’enregistrement : les musiciens ne suivent pas nécessairement la même prise en temps réel, même lorsque leur nom figure côte à côte au générique.

Pourquoi les deux batteries ne pouvaient pas simplement jouer ensemble

La question du style était déterminante. Keith Moon possédait une conception explosive et très mobile des parties rythmiques, multipliant roulements et interventions qui débordaient souvent la simple conservation du tempo. Ringo Starr, au contraire, apportait des fondations régulières et très lisibles. Les deux approches sont complémentaires sur le papier, mais peuvent entrer en compétition dans une prise de base. Rudolph rapporte que la solution a consisté à enregistrer d’abord la structure rythmique, puis à superposer certains gestes instrumentaux de Moon.

Le studio lui-même intervenait dans ce choix. Le vaste kit de Moon nécessitait, selon l’ingénieur, l’ensemble des vingt entrées disponibles sur l’ancienne console de Clover, laissant peu de capacité pour le reste du groupe. L’overdub n’était donc pas seulement une décision esthétique : il représentait également une adaptation aux contraintes matérielles de l’époque. L’historien doit en tirer une conclusion simple : un personnel crédité à deux batteries ne signifie pas que la totalité des parties ait été enregistrée simultanément.

Une formation de studio réunissant plusieurs générations du rock

Rudolph nomme Klaus Voormann à la basse, Joe Sample au piano, Steve Cropper et probablement Lee Ritenour aux guitares, Booker T. Jones à l’orgue Hammond B3 et Ronnie Wood pour des overdubs de guitare. Les formulations du témoin imposent des nuances : lorsque l’ingénieur précise qu’il pense à Lee Ritenour, il ne convient pas de convertir cette mémoire hésitante en attribution définitive. La présence de Cropper, Voormann et Booker T. Jones, en revanche, ressort de son inventaire des participants.

David Bowie apporte des voix additionnelles. Le même ingénieur rappelle qu’il a souhaité employer l’ADT, méthode de doublage artificiel des voix développée dans les studios londoniens et devenue familière aux Beatles. Les bandes ont été passées par une machine Revox afin d’obtenir un effet de doublement. Le récit fournit un rare indice de technique de production, mais ne précise pas quelles pistes de chœurs demeurent dans chacune des versions commerciales finales. Pour cette question, l’écoute de masters identifiés et les livrets des éditions de 1997 et de 2006 restent indispensables.

Les trois œuvres : Steve Cropper et Randy Newman

« Do Me Good » et « Real Emotion » sont attribuées à Steve Cropper, figure majeure du son Stax et guitariste des Booker T. & the M.G.’s. « Naked Man » est une composition de Randy Newman. Trois chansons, donc, avec deux provenances d’écriture : leur regroupement dans une même séance n’autorise pas à attribuer les textes de Newman à Cropper, ni à transformer l’ensemble en un album de compositions inédites de Moon. Il s’agit d’interprétations enregistrées pour un projet solo dont le programme n’a pas atteint la forme d’un deuxième LP publié du vivant du batteur.

Le témoignage de Rudolph donne expressément ces trois titres comme ayant été enregistrés au cours des séances qu’il a dirigées techniquement. « Real Emotion » bénéficie en outre d’un crédit de contribution vocale de Bowie dans les relevés du double CD de 2006. Le chant principal est associé à Moon, Ringo intervient à la batterie, et la distribution plus large doit être décrite avec son degré de certitude propre. Aucun document consulté ne permet de fixer la date ou l’heure exacte de chaque overdub de chacun des trois morceaux.

Une nouvelle production après le LP Two Sides of the Moon

Les programmes des éditions de 1997 et de 2006 apportent un point capital : les morceaux de Clover font partie des bonus et non des dix pistes de l’album originel. Le CD de 1997 les rend disponibles à une époque où le disque de 1975 connaît un regain d’attention. La Deluxe Edition de 2006 les recontextualise en réunissant les masters de Clover et des fragments de séances, comme la séquence parlée « OK Mr. Starkey ». L’ordre des titres dans un CD rétrospectif ne prouve pas l’ordre de leur enregistrement en 1975.

Le lecteur collectionneur devra donc posséder au minimum trois notices distinctes : le LP de 1975 et ses premières éditions MCA/Polydor ; la réédition augmentée de 1997, avec une partie des chansons non retenues ; et la Deluxe Edition de 2006, qui redistribue masters, prises, dialogues et bandes non publiées en leur temps. Le disque de 2006 contient notamment un second CD consacré aux séances du Record Plant et à des archives de 1974. Ces extraits de 1974 ne doivent pas être assimilés aux prises de Clover d’août 1975.

Ce que l’on peut identifier — et ce qui reste à examiner

Établi : trois titres enregistrés aux studios Clover, intervention de Ringo à la batterie, Steve Cropper responsable de production, Barry Rudolph ingénieur du son, David Bowie présent pour des chœurs et publications rétrospectives des chansons. À contrôler : répartition des couches exactes par plage, prises rejetées, effets de voix conservés, dates précises des overdubs, matrices des premières éditions CD et différence entre un master Clover et le montage proposé en 2006. Les attributions conjecturales du témoin sont conservées comme telles.

Cette méthode permet d’éviter une pratique fréquente : compter une apparition par ligne d’une compilation, y compris les dialogues et les remixes d’une même prise, puis en déduire un nombre exagéré de « collaborations ». Notre index réunira les trois chansons sous une campagne de sessions, tout en conservant chaque master et chaque édition comme objet séparé.

Sources et bibliographie de travail

Barry Rudolph, « Keith Moon », témoignage technique en ligne sur barryrudolph.com ; Keith Moon, Two Sides of the Moon, LP MCA/Polydor (1975), réédition Repertoire Records (1997), Sanctuary/Castle Deluxe Edition 2 CD (2006) ; MusicBrainz, notice de la Deluxe Edition et pistes « 1975 Clover Masters » ; site officiel KeithMoonLLC, discographie et historique des éditions ; The Beatles Bible, repères discographiques de Ringo Starr. Un témoignage direct prime ici sur les reconstitutions de mémoire non attribuées.