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Les musiciens de scène de Paul McCartney après les Beatles : cinquante-cinq ans de compagnons de tournée

De Denny Seiwell à Abe Laboriel Jr., une vingtaine de musiciens ont accompagné Paul McCartney sur scène depuis les Beatles. Cinq batteurs de Wings, la reconstruction de 1989 avec Hamish Stuart et Robbie McIntosh, les trente-sept ans de Paul « Wix » Wickens, le groupe le plus durable de sa vie depuis 2002 et les Hot City Horns depuis 2018. Enquête complète, correctifs factuels, chronologie et guide d’écoute — et la question que pose la rumeur d’un départ d’Abe Laboriel Jr. vers Pearl Jam : McCartney reconstruira-t-il un groupe une fois de plus, à quatre-vingt-quatre ans ?

Depuis le 9 février 1972, date à laquelle Paul McCartney a rebranché une guitare devant un public d’étudiants de l’université de Nottingham, une trentaine de musiciens se sont succédé derrière lui. Certains sont restés dix-huit mois, d’autres vingt-cinq ans. Aucun n’était un Beatle, et c’était précisément le sujet. Cette histoire — celle des batteurs, guitaristes, claviéristes et souffleurs qui ont porté sur scène le plus lourd répertoire du XXᵉ siècle — n’a jamais été racontée d’un seul tenant en français. Elle prend aujourd’hui un relief particulier : la rumeur d’un départ d’Abe Laboriel Jr., batteur de Paul McCartney depuis 2001, pose une question que personne n’avait encore osé formuler à voix haute.

En bref — Entre 1971 et 2026, Paul McCartney a bâti trois groupes de scène successifs et une poignée de formations éphémères. Les Wings (1971-1981) ont connu huit line-ups différents et cinq batteurs. Le groupe de la reconstruction (1989-1993) a réuni Hamish Stuart, Robbie McIntosh, Paul « Wix » Wickens, Chris Whitten puis Blair Cunningham, autour de Linda McCartney. Depuis 2002, la formation Rusty Anderson / Brian Ray / Wix Wickens / Abe Laboriel Jr., élargie en 2018 aux trois cuivres des Hot City Horns, est devenue la plus durable de toute sa vie de musicien — plus longue que les Beatles et les Wings réunis. En septembre 2026, l’hypothèse d’un départ d’Abe Laboriel Jr. vers Pearl Jam remet en cause un équilibre construit sur près d’un quart de siècle.

Sommaire

Le problème que Paul McCartney devait résoudre en 1971

Pour comprendre ce que représentent les musiciens de scène de Paul McCartney, il faut d’abord mesurer l’ampleur du problème qu’ils ont été appelés à résoudre. En 1971, McCartney n’est pas un artiste solo qui cherche un groupe d’accompagnement. Il est un homme de vingt-neuf ans qui n’a jamais joué de sa vie autrement qu’au sein d’un collectif dont il connaissait chaque membre depuis l’adolescence, et qui vient de perdre ce collectif dans les pires conditions imaginables.

Un bassiste sans groupe, et un répertoire impossible

Les Beatles ont cessé de tourner le 29 août 1966 au Candlestick Park de San Francisco. L’arrêt des tournées était devenu inéluctable pour des raisons techniques autant que psychologiques : la sonorisation ne suivait plus, le public hurlait plus fort que les amplis, et le répertoire de Revolver était devenu injouable sur scène avec quatre instruments. McCartney, qui fut le plus réticent des quatre à renoncer aux concerts, se retrouve donc en 1971 avec cinq années de désaccoutumance derrière lui.

Le problème n’est pas seulement celui de la routine perdue. Il est structurel. McCartney possède un catalogue que le public veut entendre, mais ce catalogue a été conçu en studio par quatre personnes dont trois ne sont plus disponibles, avec des arrangements empilés sur quatre pistes puis huit, des harmonies vocales à trois voix, des orchestrations de George Martin. Reproduire cela suppose des musiciens capables non seulement de jouer, mais de chanter. C’est un critère qui ne quittera plus jamais le cahier des charges : de Denny Laine à Abe Laboriel Jr., tous les recrutés de McCartney sont d’abord des chanteurs.

Il y a enfin un obstacle plus intime. McCartney sait qu’il sera comparé. Chaque batteur sera mesuré à Ringo Starr, chaque guitariste à George Harrison, chaque partenaire d’écriture à John Lennon. La solution qu’il choisit en 1971 est radicale : ne pas engager de vedettes, ne pas monter de super-groupe, mais fabriquer un ensemble neuf, obscur, qui apprendrait son métier en public. C’est le pari des Wings, annoncé à l’été 1971 avant même que le groupe ait un nom.

Le refus de la formule « Paul McCartney et son orchestre »

Il aurait été tellement plus simple d’engager les meilleurs requins de studio de Londres, de leur payer une répétition de trois semaines et de partir en tournée sous son propre nom. C’est ce que feront la plupart des ex-membres de grands groupes dans les décennies suivantes. McCartney refuse cette solution pendant dix ans. Les Wings ne sont pas un backing band : c’est un groupe, avec un nom collectif, des pochettes où tout le monde figure, des crédits d’écriture partagés, des chansons chantées par d’autres que lui, et — c’est le point le plus coûteux — une vie de groupe, avec ses jalousies, ses négociations salariales et ses démissions.

Ce choix a un prix considérable, que l’histoire des Wings jusqu’à la rupture permet de mesurer : cinq batteurs en dix ans, trois guitaristes solistes, deux démissions collectives à la veille de sessions décisives, un mort à vingt-six ans. Mais il produit aussi ce qu’aucun orchestre d’accompagnement n’aurait donné : la sensation, chez le spectateur de 1976, d’assister au concert d’un groupe et non au récital d’une gloire des années soixante.

Quand McCartney reviendra à la scène en 1989, il aura changé d’avis sur ce point précis. Ses musiciens ne formeront plus un groupe portant un nom : ils seront ses musiciens, dans une formule assumée. Et pourtant, paradoxalement, c’est cette seconde formule — puis la troisième, celle de 2002 — qui produira la stabilité que les Wings n’ont jamais connue.

L’audition en sous-sol : une méthode maison

Il existe un détail récurrent, presque un rituel, dans la manière dont McCartney recrute ses musiciens dans les années soixante-dix. Le candidat reçoit une adresse, sans nom d’employeur. Il se rend dans un sous-sol vétuste. Il découvre, en poussant la porte, que l’homme qui l’attend derrière la console est un Beatle.

Denny Seiwell a vécu cette scène à New York en 1970. Joe English l’a vécue à La Nouvelle-Orléans en 1975. La récurrence n’est pas anecdotique : elle dit exactement ce que McCartney cherchait. Il voulait voir jouer un musicien qui ne savait pas pour qui il jouait, donc un musicien qui ne jouait pas pour impressionner. Il voulait aussi, sans doute, mesurer la réaction du candidat au moment de la reconnaissance. Ceux qui ont duré chez McCartney sont ceux qui, à cet instant, ont continué à jouer.

Denny Seiwell, le premier appelé (1971-1973)

Le premier musicien non-Beatle engagé par Paul McCartney pour une carrière au long cours s’appelle Denny Seiwell. Né le 10 juillet 1943 à Lehighton, en Pennsylvanie, il est batteur de studio à New York au tournant des années soixante-dix, formé par la Navy Band et rompu à tous les styles — jazz, publicité, variété, sessions de jingles à la chaîne.

Un sous-sol de la 45ᵉ Rue

À l’automne 1970, Seiwell reçoit un appel pour une audition dont on ne lui dit rien. L’adresse le conduit dans un local insalubre du quartier des théâtres. Il y trouve Paul et Linda McCartney, qui préparent l’album Ram. Le récit qu’il en a donné à de multiples reprises est resté le même pendant cinquante ans : McCartney lui demande de jouer sans lui indiquer de tempo ni de style, écoute, puis l’engage.

Seiwell devient le batteur de Ram (1971), puis membre fondateur des Wings, présent sur Wild Life (1971) et Red Rose Speedway (1973). Il joue également sur la bande originale de Live and Let Die. Sur scène, il est le batteur du tout premier concert des Wings, le 9 février 1972 à l’université de Nottingham, puis de la tournée universitaire britannique, de la tournée européenne de l’été 1972 et de la tournée britannique de 1973.

Ce que la batterie de Seiwell apporte aux premiers Wings

On sous-estime généralement la contribution de Seiwell parce que les albums auxquels il a participé sont les plus mal-aimés du catalogue. C’est une erreur de perspective. Seiwell est un batteur de jazz par formation, ce qui signifie une frappe légère, un placement en retrait, une charleston très mobile. Cette esthétique convient exactement au projet initial des Wings : un groupe qui joue petit, dans des salles universitaires, avec une sonorisation minimale. Le « My Love » de Red Rose Speedway doit une part considérable de son élégance à cette retenue.

Elle devient un handicap dès l’instant où McCartney vise les stades. C’est l’un des fils conducteurs de cette histoire : chaque changement de batteur chez McCartney correspond à un changement d’échelle de la salle. Seiwell est le batteur des amphithéâtres, Joe English celui des stades, Abe Laboriel Jr. celui des arènes de cinquante mille places.

Août 1973 : la démission de la veille

Le 30 août 1973, à quelques heures du départ pour Lagos où doivent commencer les sessions de Band on the Run, Denny Seiwell téléphone à McCartney pour lui annoncer qu’il ne monte pas dans l’avion. Henry McCullough a démissionné quelques jours plus tôt. Les motifs sont d’abord financiers — les deux Américains estiment être payés comme des employés dans un groupe qu’on leur a vendu comme collectif — mais ils sont aussi artistiques.

Cette double défection produira, par accident, le meilleur album de la décennie McCartney. Elle laisse aussi une leçon durable : à partir de là, McCartney ne présentera plus jamais ses musiciens comme des associés. Le mot « groupe » restera, la structure juridique ne suivra pas. C’est l’économie invisible qui minera aussi la relation avec Denny Laine sept ans plus tard.

Seiwell s’installe à Los Angeles en 1975, poursuit une carrière de studio, conseille le documentaire Wingspan (2001) et produit en 2021 un album hommage à Ram. Il est, en 2026, l’un des rares survivants de la première formation.

Denny Laine, la colonne vertébrale (1971-1981)

Aucun musicien n’a passé plus de temps sur scène aux côtés de Paul McCartney après les Beatles que Brian Frederick Hines, dit Denny Laine. Dix années pleines, de la fondation des Wings en 1971 à son départ le 27 avril 1981. Aucun n’a été plus systématiquement sous-estimé.

Le seul recruté qui avait déjà été numéro un

Quand McCartney l’appelle à l’été 1971, Laine n’est pas un inconnu : il a chanté « Go Now », le premier grand succès des Moody Blues, en 1964, et dirigé le Denny Laine’s Electric String Band en 1967, une formation qui accolait déjà un quatuor à cordes au rock électrique. Il est, de tous les musiciens que McCartney recrutera de sa vie, le seul à avoir connu la première place des classements avant de le rejoindre.

Le cliché veut qu’il ait été « le guitariste des Wings ». C’est faux à peu près sur tous les plans. Laine joue de la guitare, de la basse — notamment lorsque McCartney passe au piano —, des claviers, de l’harmonica (le solo de « Band on the Run », c’est lui), chante en solo plusieurs titres par concert, tient les harmonies hautes, et cosigne « Mull of Kintyre », « No Words » et « Time to Hide ».

Le rôle réel : tenir la scène quand McCartney change d’instrument

Sa fonction scénique est plus subtile encore. Dans un concert des Wings, McCartney passe de la basse au piano, du piano à la guitare acoustique, de l’acoustique à l’électrique. Chacun de ces changements crée un trou de trente secondes à deux minutes. Laine est l’homme qui remplit ces trous : il chante « Go Now » ou « Richard Cory », il occupe la scène, il permet à McCartney de disparaître un instant. C’est une compétence de music-hall autant que de rock, et elle sera reprise à l’identique par Brian Ray trente ans plus tard.

Le départ de Laine, en avril 1981, met un point final aux Wings sans qu’aucune dissolution ne soit jamais officiellement annoncée. Il est mort le 5 décembre 2023 à Naples, en Floride, à soixante-dix-neuf ans. Sa trajectoire d’après-Wings, et notamment l’album Japanese Tears né du désastre de Tokyo, éclaire mieux que tout autre document ce que signifiait être salarié d’un groupe appartenant à une seule personne.

Henry McCullough, le seul qui ait dit non (1972-1973)

Il existe, dans toute l’histoire des musiciens de Paul McCartney, une seule anecdote documentée de refus frontal. Elle est due à un guitariste nord-irlandais né le 21 juillet 1943 à Portstewart, mort le 14 juin 2016 : Henry McCullough.

Le cinquième homme de janvier 1972

McCullough rejoint les Wings en janvier 1972, quelques semaines avant le premier concert. Il arrive avec un pedigree que les autres n’ont pas : il a joué à Woodstock avec Joe Cocker et le Grease Band, il vient du blues, il a une main droite reconnaissable entre mille. Le solo de « My Love », improvisé en prise directe contre l’avis de McCartney qui avait écrit une ligne, est resté comme l’un des plus beaux moments de guitare de toute la décennie.

« Je ne peux pas jouer ça »

C’est précisément cette liberté qui produit la rupture. Selon le récit qu’il a livré à plusieurs reprises, McCullough finit par répondre à McCartney, lors d’une répétition de l’été 1973, qu’il ne peut pas jouer la partie qu’on lui demande. La formulation exacte varie selon les sources, l’esprit non : un guitariste de blues refuse d’exécuter une ligne dictée note à note. Il quitte le groupe quelques jours avant Seiwell.

Correctif factuel — On lit fréquemment que McCullough et Seiwell auraient été « renvoyés » avant Lagos, ou qu’ils auraient « refusé d’aller au Nigeria par peur ». Les deux affirmations sont inexactes. McCullough a démissionné le premier, pour des raisons artistiques et financières ; Seiwell a annoncé son retrait la veille du départ. Le Nigeria n’est pas la cause de leur départ, mais la circonstance qui l’a rendu spectaculaire.

Les Wings de la démesure : Geoff Britton et Jimmy McCulloch (1974-1975)

Le succès de Band on the Run impose une reconstruction. McCartney procède cette fois par audition ouverte, en passant une annonce dans la presse musicale britannique. C’est la première et dernière fois qu’il recrutera de cette manière.

Geoff Britton, le karatéka

Geoff Britton, né le 1ᵉʳ août 1943 à Lewisham, est retenu au terme d’un processus d’audition qui a vu défiler plusieurs dizaines de batteurs. Ceinture noire de karaté, végétarien, abstinent, il détonne dans un groupe dont les habitudes sont exactement inverses. Il est membre des Wings de mai 1974 à janvier 1975, participe aux sessions de Nashville et au film promotionnel One Hand Clapping, puis est écarté au début des sessions de Venus and Mars à La Nouvelle-Orléans. Il n’a jamais joué un seul concert avec les Wings.

C’est l’une des données les plus étonnantes de cette histoire : un homme a été membre officiel du groupe de Paul McCartney pendant huit mois sans jamais monter sur scène avec lui. Sa carrière ultérieure — Manfred Mann’s Earth Band, Rough Diamond — a été honorable et sans commune mesure.

Jimmy McCulloch, l’enfant prodige et la tragédie

Le guitariste écossais Jimmy McCulloch, né le 4 juin 1953 à Dumbarton, est d’un autre calibre. À seize ans, il jouait déjà sur « Something in the Air » de Thunderclap Newman, numéro un britannique en 1969. Il a ensuite remplacé Les Harvey chez Stone the Crows, dans les circonstances les plus sombres qui soient — Harvey est mort électrocuté sur scène en mai 1972.

McCulloch rencontre McCartney en août 1973 et rejoint les Wings en mai 1974. Son premier titre avec le groupe est « Junior’s Farm ». Il apporte ce que les Wings n’avaient pas encore : un vrai soliste de rock, capable de tenir un stade. Il signe et chante « Medicine Jar » et « Wino Junior », deux chansons sur les dangers de l’alcool et de la drogue, ce que la suite rendra tragiquement ironique.

Il quitte le groupe en septembre 1977 après une série d’incidents en Écosse, rejoint les Small Faces reformés, et meurt le 27 septembre 1979 dans son appartement londonien, à vingt-six ans. L’autopsie a relevé la présence d’alcool, de morphine et de cannabis ; le rapport du coroner a conclu à une intoxication à la morphine. Il est le seul musicien de scène de Paul McCartney à être mort en activité, ou presque : McCartney apprendra la nouvelle quelques semaines avant le début de la tournée britannique des Wings de 1979.

Joe English, l’Américain qui a rendu les stades possibles (1975-1977)

Le remplaçant de Geoff Britton s’appelle Joe English. Né le 2 juillet 1949 à Rochester, dans l’État de New York, il répond en janvier 1975 à une petite annonce cherchant un batteur, se rend à l’adresse indiquée à La Nouvelle-Orléans, descend dans le sous-sol d’un vieil immeuble — et se retrouve nez à nez avec Paul McCartney. La scène est le calque exact de celle qu’avait vécue Denny Seiwell quatre ans plus tôt.

Une frappe américaine pour un public américain

English apporte quelque chose que ni Seiwell ni Britton n’avaient : un jeu large, appuyé, une caisse claire lourde, une culture rythmique de rhythm and blues du Sud. C’est très exactement ce dont McCartney a besoin pour affronter les Etats-Unis. La tournée Wings Over the World, de septembre 1975 à octobre 1976, comprend soixante-six concerts sur six étapes — Grande-Bretagne, Australie, Europe, Amérique du Nord, retour européen, concerts londoniens de clôture — pour environ un million de spectateurs. L’étape nord-américaine à elle seule compte trente et une dates entre le 3 mai et le 23 juin 1976, devant plus de six cent mille personnes.

C’est le premier retour de McCartney sur une scène américaine depuis la dernière tournée des Beatles en 1966. C’est aussi la première fois qu’il rejoue des chansons des Beatles en public — « Yesterday », « The Long and Winding Road », « Lady Madonna », « I’ve Just Seen a Face » — dans des arrangements neufs qui les intègrent au répertoire des Wings au lieu de les exhiber comme des reliques.

Le triple album Wings over America, publié en décembre 1976, et le film Rockshow, sorti en salles en 1980, sont les deux documents qui fixent cette formation pour l’éternité. Ils figurent parmi les pièces maîtresses de la vidéographie de Paul McCartney après les Beatles.

Le mal du pays

English quitte les Wings en novembre 1977, pendant l’enregistrement de London Town, officiellement par mal du pays. Il rentre à Macon, en Géorgie, joue avec Sea Level, le groupe de Chuck Leavell, puis se convertit et consacre l’essentiel de sa carrière suivante à la musique chrétienne. Sa trajectoire est la plus discrète et la plus paisible de toutes celles racontées ici.

Les cuivres de Wings Over the World : quatre hommes rarement nommés

On oublie systématiquement, en énumérant les membres des Wings, qu’ils étaient neuf sur scène en 1976 et non cinq. Une section de cuivres complète accompagnait le groupe sur toute la tournée mondiale, puis sur la tournée britannique de 1979 : Tony Dorsey au trombone et aux arrangements, Howie Casey au saxophone ténor, Steve Howard à la trompette et au bugle, Thaddeus Richard aux saxophones, à la clarinette et à la flûte.

Howie Casey, le lien avec Hambourg

Le cas de Howie Casey mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il constitue l’un des plus beaux effets de boucle de toute cette histoire. Saxophoniste de Liverpool, Casey dirigeait Derry and the Seniors, le premier groupe de Liverpool à jouer à Hambourg, en 1960 — avant les Beatles, qu’il a connus quand ils étaient encore des débutants intimidés. Seize ans plus tard, il est sur scène au Kingdome de Seattle derrière un McCartney en pleine gloire. Personne, dans les cinquante mille personnes présentes ce soir-là, n’avait la moindre idée de ce que représentait cette présence.

Ce que les cuivres changent au répertoire

Musicalement, la section de cuivres résout un problème précis. Les albums des Wings du milieu des années soixante-dix — Venus and Mars, Wings at the Speed of Sound — sont truffés d’arrangements de vents. « Listen to What the Man Said », « Let ‘Em In », « Silly Love Songs » sont inconcevables sans eux. Sans section de cuivres, ces titres passent au clavier et perdent tout leur relief. L’histoire se répétera exactement en 2018, lorsque McCartney rappellera des souffleurs pour pouvoir jouer « Letting Go » et « Let ‘Em In » à l’identique quarante ans plus tard.

Laurence Juber et Steve Holley, les derniers Wings (1978-1981)

La dernière formation des Wings est aussi la moins connue, parce qu’elle n’a tourné qu’une fois — vingt dates britanniques à l’automne 1979 — et que la tournée japonaise qui devait la lancer à l’international a été annulée dans les circonstances que l’on sait.

Laurence Juber, le requin de studio devenu Wing

Laurence Ivor Juber, né le 12 novembre 1952 à Stepney, dans l’East End londonien, a commencé la guitare la semaine où les Beatles publiaient « I Want to Hold Your Hand ». Diplômé de Goldsmiths, il est à vingt-cinq ans l’un des guitaristes de séance les plus demandés de Londres, ayant travaillé notamment avec George Martin et Charles Aznavour.

C’est au cours du tournage d’une émission de la BBC consacrée à David Essex, fin 1977, qu’il rencontre Denny Laine dans l’orchestre. Le siège de Jimmy McCulloch est vacant. Juber rejoint les Wings en 1978, joue sur Back to the Egg et remporte en 1980 un Grammy Award pour « Rockestra Theme » dans la catégorie du meilleur instrumental rock. Sa réponse, lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait accepté, est restée : on ne refuse pas ce genre de proposition.

Installé en Californie après 1981, il est devenu l’un des maîtres mondiaux de la guitare fingerstyle, avec une discographie solo considérable et une notoriété propre qui doit aujourd’hui peu de chose aux Wings.

Steve Holley, le batteur recruté dans un pub

Steve Holley, né le 24 août 1953 à Londres, fils d’un chef d’orchestre de swing et d’une chanteuse, était batteur de séance depuis 1970 — Elton John, Kiki Dee, G.T. Moore. Son recrutement relève du pur hasard : une rencontre fortuite avec Denny Laine dans un pub de Staines, en 1978. Il est membre des Wings d’août 1978 à avril 1981.

C’est lui qui, avec Juber, quitte le Japon le 21 janvier 1980 pendant que McCartney est en cellule — épisode que l’affaire de Tokyo et ses conséquences sur McCartney II permettent de replacer dans son contexte réel. Sa carrière ultérieure est riche : Ian Hunter pendant des décennies, Mott the Hoople en tournée de réunion en 2018-2019, et, détail savoureux pour un site consacré aux Beatles, la batterie de Valotte, le premier album de Julian Lennon, en 1984.

Correctif factuel — Le dernier concert des Wings n’est pas un concert de tournée. Il s’agit de la soirée du 29 décembre 1979 au Hammersmith Odeon de Londres, dernier des Concerts for the People of Kampuchea, celle-là même où McCartney a réuni le Rockestra. La tournée britannique de 1979 s’était achevée quelques jours plus tôt, et les vingt dates japonaises prévues à partir du 21 janvier 1980 n’ont jamais eu lieu.

Les années sans scène (1980-1988) : le vide qui explique tout

Entre le 29 décembre 1979 et le 26 septembre 1989, Paul McCartney ne donne aucune tournée. Près de dix ans. C’est la plus longue interruption scénique de sa vie, plus longue encore que les années de silence des Beatles entre 1966 et 1970.

Pourquoi McCartney a cessé de tourner

Trois causes se superposent. La première est l’affaire de Tokyo, qui liquide les Wings et laisse McCartney avec la certitude que la scène est devenue dangereuse. La deuxième est l’assassinat de John Lennon, le 8 décembre 1980, qui rend l’idée même d’apparaître en public dans un stade physiquement insupportable pendant des années. La troisième est un basculement de carrière : les années quatre-vingt sont, pour McCartney, celles du studio, des duos avec Stevie Wonder et Michael Jackson, et de l’aventure cinématographique de Give My Regards to Broad Street.

Ce vide explique la nature de ce qui suivra. Quand McCartney décide de remonter sur scène, à la fin de 1988, il n’a plus de groupe, plus de musiciens, plus de réflexes. Il a quarante-six ans et doit tout reconstruire. Cette fois, il ne fera pas semblant de fonder un groupe.

1989 : la reconstruction, et l’entrée de Wix

La formation qui se met en place au printemps 1989 pour l’album Flowers in the Dirt puis pour la tournée mondiale est, de l’avis quasi unanime des observateurs, la meilleure que McCartney ait jamais eue sur le plan strictement musical. Elle compte cinq musiciens autour de lui.

Hamish Stuart, l’homme qui joue de la basse à la place de Paul

Écossais né à Glasgow en 1949, Hamish Stuart vient de l’Average White Band, l’un des rares groupes blancs à avoir été pris au sérieux par le public soul américain des années soixante-dix. Il est guitariste, bassiste et surtout chanteur — un ténor capable de monter très haut, ce qui règle d’un coup le problème des harmonies des Beatles.

Sa fonction dans le dispositif est capitale et souvent mal comprise : quand McCartney prend une guitare, c’est Stuart qui prend la basse. Cette permutation, invisible pour la plupart des spectateurs, permet à McCartney de sortir de son rôle de bassiste pendant un tiers du concert. Elle sera reprise trait pour trait par Brian Ray à partir de 2002.

Robbie McIntosh, le guitariste des Pretenders

Robbie McIntosh, né en 1957, était le guitariste des Pretenders depuis 1982, où il avait remplacé James Honeyman-Scott. Il apporte à McCartney une chose que ni Laine, ni McCulloch, ni Juber n’avaient exactement : une conception moderne du son de guitare, héritée du post-punk anglais, capable de faire sonner « Let It Be » sans nostalgie.

Il est aussi, avec Stuart, l’un des deux musiciens crédités comme coauteurs sur des chansons issues de cette période — un statut qui rappelle furtivement l’esprit des Wings.

Paul « Wix » Wickens, le fil qui n’a jamais cassé

Le personnage le plus important de toute cette histoire est aussi celui dont le grand public ignore à peu près tout. Paul Wickens, dit Wix, né le 27 mars 1956, ancien élève de la Brentwood School dans l’Essex où il fut le camarade de Douglas Adams, est un claviériste de séance londonien qui a travaillé avec Nik Kershaw, Bob Dylan, Joni Mitchell, Bon Jovi et Edie Brickell.

Il rejoint McCartney en 1989. Il n’en est jamais reparti. Trente-sept ans en 2026. C’est, très loin devant tous les autres, le plus long compagnonnage musical de la vie de Paul McCartney — plus long que les Beatles (1957-1970), plus long que les Wings (1971-1981), plus long même que le mariage avec Linda.

Son rôle est double. Il est claviériste, ce qui signifie concrètement qu’il tient à lui seul tout ce que les disques comportent d’orchestre, de cuivres, de cordes, de mellotron, d’effets. Il est surtout directeur musical : c’est lui qui écrit les arrangements de scène, qui répète le groupe, qui gère les enchaînements et qui, en pratique, fait tourner la machine. La préparation apparemment désinvolte des concerts de McCartney repose entièrement sur ce travail invisible.

Chris Whitten, le batteur du retour

Chris Whitten, né le 26 mars 1959, est en 1989 l’un des batteurs de séance les plus identifiables de Grande-Bretagne : c’est lui sur « The Whole of the Moon » des Waterboys, sur « World Shut Your Mouth » de Julian Cope, sur « What I Am » d’Edie Brickell. Il enregistre Flowers in the Dirt et accomplit toute la tournée mondiale de 1989-1990.

Il quitte le poste en 1991 pour rejoindre Dire Straits sur la tournée On Every Street. Ce départ, souvent présenté comme une trahison, est en réalité une décision de musicien professionnel : McCartney venait d’achever une tournée titanesque et ne prévoyait pas de repartir avant deux ans.

La tournée de 1989-1990 : cent trois concerts et un record du monde

La tournée du Paul McCartney World Tour commence le 26 septembre 1989 et s’achève le 29 juillet 1990. Cent trois concerts, neuf étapes, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Les seules dates américaines en stade rapportent plus de 36,2 millions de dollars pour près de 1,2 million de billets.

Le sommet est atteint les 20 et 21 avril 1990 au stade Maracanã de Rio de Janeiro, devant ce qui fut alors la plus grande foule jamais réunie pour un concert de rock en stade. Les décors, monumentaux, sont dus au peintre Brian Clarke.

Deux albums live et un film en sont issus : Tripping the Live Fantastic (1990) et le documentaire Get Back (1991). Ils constituent, avec Unplugged (The Official Bootleg) enregistré le 25 janvier 1991, le témoignage le plus complet de ce groupe.

Blair Cunningham et la dernière tournée avec Linda (1991-1993)

Blair Cunningham succède à Chris Whitten en 1991. Né le 11 octobre 1957 à Memphis, benjamin d’une fratrie de treize enfants tous batteurs, il a connu très jeune la tragédie : son frère Carl, batteur des Bar-Kays, est mort dans l’accident d’avion qui a coûté la vie à Otis Redding en décembre 1967. Blair avait dix ans.

De Haircut One Hundred aux Pretenders, puis à McCartney

Sa carrière britannique est celle d’un batteur de pop sophistiquée : Haircut One Hundred au début des années quatre-vingt, puis les Pretenders — où il croise Robbie McIntosh, ce qui explique probablement son arrivée chez McCartney. Il joue sur Unplugged, sur Off the Ground (1993) et sur toute la tournée qui suit.

The New World Tour : soixante-dix-sept concerts et un adieu

La New World Tour se déroule du 18 février au 16 décembre 1993, en sept étapes, pour soixante-dix-sept concerts en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Océanie. Le concert de Mexico attire à lui seul 101 910 spectateurs. Les décors peints de Brian Clarke, alors les plus grands du monde, couvrent plus de 1 500 mètres carrés.

Personne ne le sait à l’époque, mais c’est un adieu. Linda McCartney reçoit un diagnostic de cancer en 1995 ; elle meurt le 17 avril 1998. McCartney ne remontera pas sur scène pour une tournée avant neuf ans. Le groupe Stuart / McIntosh / Wickens / Cunningham se disperse sans annonce.

Linda McCartney, la musicienne la plus attaquée de l’histoire du rock

Il serait malhonnête d’écrire l’histoire des musiciens de scène de Paul McCartney sans consacrer une section entière à celle qui a tenu les claviers pendant vingt-deux ans, de 1971 à 1993, et qui reste, à ce jour, la personne la plus longuement moquée de toute l’histoire du rock pour ses compétences instrumentales.

Une non-musicienne en 1971, une musicienne en 1976

Les faits d’abord. En 1971, Linda Eastman McCartney n’est pas musicienne. Elle est photographe, et l’une des meilleures de sa génération : première femme à signer une couverture de Rolling Stone, portraitiste de Jimi Hendrix, des Doors, d’Aretha Franklin. Elle apprend les claviers sur le tas, en public, sous les huées.

En 1976, elle tient sa partie sur soixante-six dates de tournée mondiale, chante les harmonies aiguës sur l’essentiel du répertoire, et joue des parties de synthétiseur qui figurent sur les disques. En 1990, elle est une musicienne de scène solide. Le trajet, accompli à la vue de tous et sous une pression que personne n’a jamais eu à subir, mérite d’être appelé par son nom : un apprentissage héroïque.

Ce que sa présence signifiait réellement

La question n’est pas « Linda savait-elle jouer ? » mais « pourquoi McCartney tenait-il à ce qu’elle soit là ? ». La réponse est en partie sentimentale, elle est aussi structurelle. McCartney sortait d’un groupe où il avait perdu tout contrôle sur ses partenaires. Il voulait, sur scène, au moins une personne dont il fût absolument certain qu’elle ne démissionnerait pas la veille d’un vol pour Lagos.

Il faut ajouter un élément rarement relevé : Linda tenait les harmonies les plus aiguës. Sur « Let ‘Em In », sur « Band on the Run », sur les reprises des Beatles, c’est sa voix qui occupe le registre que tenait George Harrison. Depuis 1998, personne n’a jamais réoccupé exactement cette place. L’hommage rendu par les cinq timbres de l’USPS en 2026 l’a saluée comme photographe ; elle mériterait qu’on la salue aussi comme musicienne.

L’intermède de 1999 : le meilleur groupe que McCartney n’a jamais gardé

Entre la dispersion du groupe de 1993 et la formation de celui de 2002, il existe une parenthèse d’une soirée, restée légendaire. Le 14 décembre 1999, McCartney remonte sur la scène du Cavern Club de Liverpool, trente-six ans après le dernier concert des Beatles dans cette cave.

Gilmour, Green, Paice, Wingfield

Le groupe réuni pour l’occasion — celui de l’album de reprises Run Devil Run, paru en octobre 1999 — est un objet de rêve : David Gilmour, de Pink Floyd, à la guitare ; Mick Green, guitariste des Pirates de Johnny Kidd et l’une des idoles de jeunesse de McCartney, à la seconde guitare ; Ian Paice, de Deep Purple, à la batterie ; Pete Wingfield aux claviers.

Le concert dure treize titres, essentiellement du rock and roll des années cinquante — Chuck Berry, Gene Vincent, Big Joe Turner — deux compositions de McCartney et « I Saw Her Standing There ». Trois cents personnes seulement sont dans la salle, dont la moitié tirées au sort par HMV ; environ cinq mille suivent le concert sur écran géant à Chavasse Park ; trois millions le regardent sur Internet, chiffre record pour l’époque. La BBC le diffuse le soir même à la radio et le lendemain à la télévision.

Pourquoi ce groupe n’a pas duré

La question mérite d’être posée : pourquoi McCartney, qui disposait là d’une formation exceptionnelle, ne l’a-t-il pas gardée ? La réponse tient en une phrase. Ce groupe était parfait pour jouer une heure de rock and roll de 1957 ; il n’était pas construit pour porter trois heures de répertoire couvrant soixante ans, du music-hall au psychédélisme. Gilmour et Paice avaient par ailleurs leurs propres carrières.

Ce que cette soirée a démontré, en revanche, c’est que McCartney pouvait encore jouer devant un public restreint dans un lieu minuscule — leçon qu’il réappliquera régulièrement, du Bowery Ballroom de New York au Fonda Theatre de Los Angeles en mars 2026.

2001-2002 : la naissance du groupe le plus durable de sa vie

Le groupe actuel de Paul McCartney n’a pas été formé pour la scène. Il est né dans un studio de Los Angeles, presque par accident, à l’initiative d’un producteur.

David Kahne et le pari de l’inconnu

Au printemps 2001, McCartney veut enregistrer vite et sans routine. Le producteur David Kahne lui propose une méthode brutale : réunir des musiciens que McCartney n’a jamais rencontrés, ne rien répéter, et enregistrer. Kahne appelle deux Californiens qui ne se connaissent guère mieux : le guitariste Rusty Anderson et le batteur Abe Laboriel Jr.

Le résultat est Driving Rain, sorti en novembre 2001, album longtemps méprisé et aujourd’hui en cours de réhabilitation. Sa véritable postérité n’est pourtant pas discographique : c’est ce disque qui a fabriqué le groupe de scène de McCartney pour le quart de siècle suivant. Laboriel résume l’affaire d’une phrase souvent citée : cinq minutes après avoir serré la main de McCartney, ils jouaient ensemble.

Abe Laboriel Jr., l’enfant des studios

Abraham Laboriel Jr. est né le 23 mars 1971 à Boston. Il grandit dans une famille où la musique est la langue maternelle : son père, le bassiste mexicain Abraham Laboriel, est l’un des musiciens de studio les plus enregistrés de son époque ; sa mère, Lyn, est chanteuse de formation classique. Enfant, il voit travailler chez lui Steve Gadd, Jeff Porcaro, Vinnie Colaiuta, Jim Keltner.

Il reçoit sa première batterie à quatre ans, étudie à la Dick Grove School puis à Berklee, dont il sort diplômé en 1993 — non pas en batterie, mais en synthèse musicale, attiré par la production. Ses premiers engagements majeurs sont Steve Vai, Seal, k.d. lang, puis Sting, qui le remarque en concert.

Sa première apparition scénique avec McCartney n’est pas, contrairement à la légende, le Concert for New York City du 20 octobre 2001 : il avait joué quelques jours plus tôt lors d’un gala caritatif au Beverly Wilshire Hotel. Mais c’est bien le Madison Square Garden, devant des dizaines de millions de téléspectateurs, qui révèle publiquement l’association.

Rusty Anderson, le Californien

Rusty Anderson est né à La Habra, en Californie. Professionnel à quatorze ans avec son groupe Eulogy, qui partage l’affiche des clubs de Los Angeles avec The Police et Van Halen, il cofonde en 1993 Ednaswap avec Anne Preven et Scott Cutler — groupe dont une composition deviendra, sous une reprise, un numéro un mondial. Il enchaîne quatre disques en major et des tournées en première partie de No Doubt et Weezer.

Chez McCartney, il occupe le poste le plus exposé : celui du soliste. C’est lui qui joue le solo de « Let Me Roll It », les figures de « Something », le riff de « Jet ». Son premier album solo, Undressing Underwater (2003), compte McCartney à la basse et Stewart Copeland à la batterie sur certains titres.

Brian Ray, l’homme qui joue de la basse quand Paul n’en joue pas

Brian Ray, né le 4 janvier 1955 en Californie du Sud, est le dernier arrivé et celui dont l’histoire est la plus romanesque. Il a été pendant quatorze ans le directeur musical et le guitariste d’Etta James. Il a écrit pour Smokey Robinson. Il a longuement travaillé en France avec Johnny Hallyday — c’est d’ailleurs sur une scène française, aux côtés de Hallyday, qu’il avait croisé Abe Laboriel Jr. avant que leurs routes ne se rejoignent chez McCartney.

En janvier 2002, McCartney doit se produire au Super Bowl XXXVI et cherche un musicien capable de passer de la guitare à la basse. Laboriel recommande Ray. L’audition la plus publique de l’histoire du rock se déroule donc devant plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs américains, sans que personne ne s’en doute. Ray rejoint le Driving World Tour dans la foulée.

Sa fonction est exactement celle qu’occupait Hamish Stuart en 1989 et Denny Laine en 1976 : il est la basse de remplacement, celle qui permet à McCartney de prendre une guitare pour « Blackbird », « Jet » ou « Let Me Roll It ». Il est aussi l’un des rares musiciens du groupe à avoir un profil de « guitariste rythmique de rock » au sens américain du terme, ce qui donne au son du groupe son épaisseur caractéristique.

Un quart de siècle : ce que la stabilité a produit

La formation Anderson / Ray / Wickens / Laboriel entre en scène le 1ᵉʳ avril 2002 à Oakland, pour le Driving World Tour. Elle n’a plus changé depuis. En 2026, cela fait vingt-quatre ans, et McCartney lui-même a relevé le fait : ce groupe a duré plus longtemps que les Beatles et que les Wings.

La liste des tournées

Le décompte donne le vertige. Driving World Tour (2002), Back in the World (2003), la tournée européenne de 2004 qui inaugure Glastonbury et le Colisée de Rome, la tournée américaine de 2005 avec le Super Bowl XXXIX, la Secret Tour de 2007, Summer Live ’09, Good Evening Europe (2009), Up and Coming (2010-2011), On the Run (2011-2012), Out There (2013-2015), One on One (2016-2017), Freshen Up (2018-2019), et enfin Got Back, ouverte en 2022 et poursuivie jusqu’en 2025.

À quoi il faut ajouter les événements ponctuels qui composent une bonne part de la légende : la Place Rouge de Moscou en 2005, Live 8 la même année, la Maison-Blanche en 2010, le Jubilé de diamant d’Elizabeth II et la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres en 2012, Glastonbury de nouveau le 25 juin 2022 à quatre-vingts ans passés. Cinquante ans de concerts, de Wings à Got Back, tiennent pour moitié dans cette seule formation.

La longévité comme condition artistique

On peut voir dans cette stabilité un confort. C’est en réalité une condition de possibilité. Un concert de McCartney depuis 2002 dure entre deux heures trente et trois heures, comporte de trente-cinq à quarante titres et traverse soixante ans de répertoire : le skiffle de Liverpool, le rock de Hambourg, le psychédélisme de 1967, le music-hall, les ballades des Wings, l’électronique de McCartney II, les chansons de la semaine.

Aucun groupe monté en trois semaines ne peut faire cela. Ce que produisent vingt-quatre ans de vie commune, ce sont des automatismes : des regards qui remplacent des décomptes, des fins de morceaux qui ne sont jamais tout à fait les mêmes, une capacité à suivre McCartney lorsqu’il décide, au milieu d’un concert, d’ajouter une chanson non répétée. L’entrée de « Being for the Benefit of Mr. Kite! » au répertoire scénique, longtemps jugée impossible, doit tout à cette confiance accumulée.

Le cas particulier de la voix

Un aspect rarement analysé mérite d’être souligné. Depuis la mort de John Lennon et le retrait de George Harrison, les harmonies des Beatles n’existent plus sur scène qu’à condition d’être redistribuées. Ce travail est effectué par quatre voix : Anderson, Ray, Wickens et Laboriel. Sur « Paperback Writer », sur « Nowhere Man », sur « Because » — que McCartney a osé jouer a cappella à partir de 2004 —, c’est la qualité de ce chœur qui fait tenir l’édifice.

Abe Laboriel Jr. y tient une place singulière : il chante en jouant, ce que peu de batteurs savent faire au niveau requis, et il chante fort. C’est l’une des raisons pour lesquelles son remplacement éventuel poserait un problème beaucoup plus large que celui du seul tempo.

Les Hot City Horns (2018) : le retour des cuivres, quarante ans après

En août 2018, McCartney élargit son groupe pour la première fois depuis 2002. Trois souffleurs britanniques rejoignent la formation : Mike Davis à la trompette, Paul Burton au trombone, Kenji Fenton aux saxophones. Ils jouaient déjà ensemble sous le nom de Hot City Horns depuis plus de cinq ans.

La boucle du LIPA

Le détail qui donne son sens à ce recrutement : deux d’entre eux, Mike Davis et Paul Burton, sont diplômés du LIPA, le Liverpool Institute for Performing Arts, l’école cofondée par McCartney en 1996 dans les murs de son propre lycée. McCartney a lui-même souligné le caractère bouclé de la chose : inviter dans son groupe deux anciens élèves de son ancienne école.

Leur premier concert avec lui a lieu à Grand Central Station, à New York, à l’occasion de la sortie d’Egypt Station. Ils ont depuis accompli les tournées Freshen Up, Got Back et les dates nord-américaines de 2025.

Ce que les cuivres rendent possible

Leur arrivée n’est pas décorative. Elle rouvre au répertoire scénique des pans entiers de l’œuvre : « Letting Go », « Let ‘Em In », « Got to Get You into My Life », « Ob-La-Di, Ob-La-Da », « Lady Madonna ». Autrement dit, elle réintègre à la fois le McCartney de la période Wings à cuivres et le McCartney de Revolver. C’est très exactement le rôle qu’avaient tenu Tony Dorsey et Howie Casey en 1976 — quarante-deux ans plus tôt.

Le métier : ce que fait réellement un musicien de scène de Paul McCartney

Il est temps de décrire le poste. Parce qu’on parle beaucoup de ces musiciens comme d’accompagnateurs, alors que le cahier des charges est probablement l’un des plus exigeants qui existent dans la musique populaire.

Connaître trois cents chansons

Le répertoire potentiel d’un concert de McCartney dépasse largement la setlist. Il faut être capable de jouer sur demande des titres qui ne sont pas prévus, parce que McCartney lit une pancarte dans le public et décide de faire plaisir à quelqu’un. Les archives de tournée regorgent de ces improvisations : une chanson des Quarrymen, un titre de Ram, un morceau que le groupe n’a pas joué depuis six ans.

Respecter sans imiter

C’est la difficulté centrale, et elle concerne d’abord le batteur. Jouer « Ticket to Ride » devant l’homme qui l’a enregistrée pousse naturellement à reproduire à l’identique la partie de Ringo Starr. Laboriel a raconté au Boston Globe que McCartney ne lui avait jamais demandé de jouer « davantage comme Ringo », ni comme Denny Seiwell : il l’avait au contraire encouragé à explorer.

La règle qui s’est imposée dans le groupe est simple à énoncer, difficile à appliquer : conserver les accents structurants — ceux sans lesquels l’auditeur ne reconnaît plus la chanson — et laisser le reste vivre. « Helter Skelter », entré au répertoire le 25 mai 2004 à Gijón, en est le laboratoire : la partie doit être massive sans précipiter le tempo, ce qui est exactement le contraire de ce que fait spontanément un batteur de hard rock.

Endurance et arithmétique

Un chiffre pour finir : trois heures de concert, quarante titres, sans pause, plusieurs fois par semaine, à raison de tournées qui comptent parfois cinquante dates. Pour un batteur qui joue debout au sens propre — Laboriel frappe fort et bouge énormément —, il s’agit d’une performance athlétique. Cette dimension physique est l’un des éléments les moins pris en compte lorsqu’on évoque un éventuel remplacement.

Le salaire de l’ombre

Un dernier point, rarement abordé et pourtant décisif. Les musiciens de McCartney depuis 1989 sont des salariés de tournée, non des associés. Cette structure, qui avait provoqué la crise des Wings, est devenue la norme et, paradoxalement, la garantie de la paix. Chacun sait ce qu’il est. Personne n’attend un partage d’édition. Chacun conserve, entre les tournées, une carrière propre : Anderson avec Rusty Anderson Afternoon, Ray avec son label Whooray Records et ses deux albums solo, Wickens avec ses sessions, Laboriel avec Eric Clapton, Steve Winwood, Lady Gaga ou les Earthlings d’Eddie Vedder. L’économie des tournées de McCartney repose entièrement sur cette clarté.

Tableau récapitulatif : qui a joué avec Paul McCartney sur scène, et quand

Musicien Instrument Période Tournées principales
Linda McCartney Claviers, chœurs 1971-1993 Toutes, de 1972 à la New World Tour
Denny Laine Guitare, basse, claviers, harmonica, chant 1971-1981 Toutes les tournées Wings
Denny Seiwell Batterie 1971-1973 University Tour, Wings Over Europe, UK 1973
Henry McCullough Guitare solo 1972-1973 Wings Over Europe, UK 1973
Geoff Britton Batterie mai 1974 – janvier 1975 Aucune (studio uniquement)
Jimmy McCulloch Guitare solo, chant 1974-1977 Wings Over the World
Joe English Batterie 1975-1977 Wings Over the World
Tony Dorsey Trombone, arrangements 1975-1979 Wings Over the World, UK 1979
Howie Casey Saxophone 1975-1979 Wings Over the World, UK 1979
Steve Howard Trompette, bugle 1975-1979 Wings Over the World, UK 1979
Thaddeus Richard Saxophones, flûte, clarinette 1975-1979 Wings Over the World, UK 1979
Laurence Juber Guitare solo 1978-1981 Wings UK Tour 1979
Steve Holley Batterie 1978-1981 Wings UK Tour 1979
Hamish Stuart Guitare, basse, chant 1989-1993 World Tour 1989-90, New World Tour
Robbie McIntosh Guitare solo 1989-1993 World Tour 1989-90, New World Tour
Chris Whitten Batterie 1989-1991 World Tour 1989-90
Blair Cunningham Batterie 1991-1993 Unplugged, New World Tour
Paul « Wix » Wickens Claviers, direction musicale 1989-2026 Toutes depuis 1989
David Gilmour, Mick Green, Ian Paice, Pete Wingfield Guitares, batterie, claviers 1999 (une soirée) Cavern Club, 14 décembre 1999
Abe Laboriel Jr. Batterie, chant 2001-2026 Toutes depuis Driving World Tour
Rusty Anderson Guitare solo, chant 2001-2026 Toutes depuis Driving World Tour
Brian Ray Guitare, basse, chant 2002-2026 Toutes depuis Driving World Tour
Mike Davis, Paul Burton, Kenji Fenton (Hot City Horns) Trompette, trombone, saxophones 2018-2026 Freshen Up, Got Back

Dix correctifs factuels sur les musiciens de scène de Paul McCartney

Cette histoire est l’une des plus mal documentées de la littérature francophone consacrée aux Beatles. Voici les erreurs les plus solidement installées.

Ce qu’on lit souvent Ce que disent les sources
Denny Laine était « le guitariste des Wings » Il jouait guitare, basse, claviers et harmonica, chantait en solo et cosignait des chansons. Le réduire à la guitare est un contresens sur sa fonction.
McCullough et Seiwell ont été renvoyés avant Lagos Ils ont démissionné, McCullough le premier, en août 1973, pour des raisons artistiques et financières.
Geoff Britton a tourné avec les Wings Membre de mai 1974 à janvier 1975, il n’a donné aucun concert avec le groupe.
Les Wings étaient cinq sur scène en 1976 Ils étaient neuf : cinq membres plus quatre souffleurs (Dorsey, Casey, Howard, Richard).
Le dernier concert des Wings est une date de tournée C’est le concert du 29 décembre 1979 au Hammersmith Odeon, pour le Kampuchéa, avec le Rockestra.
La tournée mondiale 1989-90 s’est achevée début 1990 Elle a commencé le 26 septembre 1989 et s’est achevée le 29 juillet 1990, après 103 concerts et neuf étapes.
Chris Whitten a « quitté » McCartney par mésentente Il a accepté en 1991 la tournée On Every Street de Dire Straits alors qu’aucune tournée McCartney n’était programmée.
Abe Laboriel Jr. a débuté avec McCartney au Concert for New York City Il avait joué quelques jours plus tôt lors d’un gala caritatif au Beverly Wilshire Hotel. Le 20 octobre 2001 fut sa révélation publique, pas sa première.
Brian Ray est arrivé en même temps qu’Anderson et Laboriel Anderson et Laboriel arrivent par Driving Rain en 2001 ; Ray est recruté en janvier 2002 pour le Super Bowl XXXVI, sur recommandation de Laboriel.
Abe Laboriel Jr. joue sur « Mrs. Mills » d’Eddie Vedder Erreur fréquente : c’est Ringo Starr qui tient la batterie sur ce titre d’Earthling (2022). Laboriel joue sur « Picture », le duo avec Elton John.

Correctif factuel — On lit régulièrement que le groupe actuel de McCartney serait « le plus long compagnonnage de sa carrière ». C’est exact pour la formation prise comme ensemble (2002-2026), mais il faut distinguer les individus : Paul « Wix » Wickens est présent depuis 1989, soit trente-sept ans, ce qui en fait individuellement le musicien qui a le plus longtemps accompagné Paul McCartney — devant Denny Laine (dix ans), Linda McCartney (vingt-deux ans) et Abe Laboriel Jr. (vingt-cinq ans).

Ce qu’on ne sait toujours pas

Sept zones d’ombre subsistent, et il est plus honnête de les nommer que de les combler par de la reconstitution.

1. Le nombre exact de candidats aux auditions de 1974. Les récits évoquent « plusieurs dizaines » de batteurs vus avant le choix de Geoff Britton, sans que le chiffre ait jamais été établi.

2. Les raisons précises de l’éviction de Geoff Britton. Les versions divergent entre incompatibilité de mode de vie, tensions avec Jimmy McCulloch et insatisfaction musicale de McCartney.

3. Ce que McCartney a réellement dit à Henry McCullough. Les formulations rapportées varient d’un entretien à l’autre, sur trente ans, et aucune n’est contemporaine des faits.

4. Le contenu des contrats. Aucune convention de tournée signée par un musicien de McCartney n’a jamais été rendue publique. Les affirmations sur les salaires relèvent du témoignage, pas du document.

5. Pourquoi le groupe de Run Devil Run n’a pas été reconduit. Aucune déclaration de McCartney ne l’explique ; seules des hypothèses de calendrier et de format sont disponibles.

6. L’absence d’Abe Laboriel Jr. au Saturday Night Live du 16 mai 2026. Aucune explication officielle n’a été donnée, ni par McCartney, ni par le batteur, ni par la production.

7. L’identité du nouveau batteur de Pearl Jam. Elle n’a pas été communiquée à la date de publication de cet article.

Chronologie : cinquante-cinq ans de musiciens de scène

Été 1971 — McCartney annonce la formation d’un groupe encore sans nom. Denny Seiwell et Denny Laine sont les deux premiers recrutés.

Janvier 1972 — Henry McCullough rejoint les Wings.

9 février 1972 — Premier concert des Wings à l’université de Nottingham : le premier concert de Paul McCartney depuis le 29 août 1966.

Juillet-août 1972 — Wings Over Europe, vingt-cinq dates, du Sud de la France à Berlin-Ouest.

Mai-juillet 1973 — Tournée britannique, vingt et une dates.

Août 1973 — Démissions de McCullough puis de Seiwell à la veille du départ pour Lagos.

Mai 1974 — Jimmy McCulloch et Geoff Britton rejoignent les Wings.

Janvier 1975 — Britton est écarté à La Nouvelle-Orléans ; Joe English le remplace.

Septembre 1975 – octobre 1976 — Wings Over the World : soixante-six concerts, environ un million de spectateurs, quatre souffleurs sur scène. Premier retour de McCartney aux Etats-Unis depuis 1966.

Décembre 1976 — Publication de Wings over America.

Septembre 1977 — Départ de Jimmy McCulloch.

Novembre 1977 — Départ de Joe English.

1978 — Laurence Juber et Steve Holley rejoignent les Wings.

27 septembre 1979 — Mort de Jimmy McCulloch à vingt-six ans, deux mois avant la tournée britannique des Wings.

Novembre-décembre 1979 — Tournée britannique des Wings, vingt dates.

29 décembre 1979 — Dernier concert des Wings, Hammersmith Odeon, Concerts for the People of Kampuchea, avec le Rockestra.

16 janvier 1980 — Arrestation de McCartney à Tokyo ; la tournée japonaise est annulée le lendemain.

27 avril 1981 — Départ de Denny Laine. Les Wings cessent d’exister sans dissolution officielle.

1981-1988 — Aucune tournée. La plus longue interruption scénique de la carrière de McCartney.

Printemps 1989 — Formation du groupe Stuart / McIntosh / Wickens / Whitten pour Flowers in the Dirt.

26 septembre 1989 — Début du Paul McCartney World Tour.

20-21 avril 1990 — Maracanã de Rio : plus grande foule de stade de l’histoire du rock à cette date.

29 juillet 1990 — Fin de la tournée, après 103 concerts.

25 janvier 1991 — Enregistrement de l’Unplugged avec Blair Cunningham à la batterie.

18 février – 16 décembre 1993 — The New World Tour, soixante-dix-sept concerts. Dernière tournée de Linda McCartney.

17 avril 1998 — Mort de Linda McCartney.

14 décembre 1999 — Concert au Cavern Club avec David Gilmour, Mick Green, Ian Paice et Pete Wingfield.

Printemps 2001 — Sessions de Driving Rain : rencontre avec Rusty Anderson et Abe Laboriel Jr.

20 octobre 2001 — Concert for New York City, révélation publique de la nouvelle formation.

3 février 2002 — Super Bowl XXXVI : première apparition de Brian Ray.

1ᵉʳ avril 2002 — Début du Driving World Tour à Oakland. Le groupe actuel est constitué.

25 mai 2004 — Gijón : première interprétation publique de « Helter Skelter » par McCartney.

Août 2018 — Arrivée des Hot City Horns, premier concert à Grand Central Station.

25 juin 2022 — Glastonbury, à quatre-vingts ans passés.

2022-2025 — Tournée Got Back, sur quatre continents.

27-28 mars 2026 — Concerts au Fonda Theatre de Los Angeles avec la formation complète et les Hot City Horns.

16 mai 2026Saturday Night Live : Chad Smith remplace Abe Laboriel Jr. à la batterie.

29 mai 2026 — Publication de The Boys of Dungeon Lane.

21 août 2026 — Le nom d’Abe Laboriel Jr. apparaît dans la liste des successeurs possibles de Matt Cameron chez Pearl Jam.

27 septembre 2026 — Pearl Jam doit révéler l’identité de son nouveau batteur en clôture du Ohana Festival, à Dana Point.

Guide d’écoute : entendre les musiciens, et pas seulement McCartney

1. « My Love », Red Rose Speedway (1973). Écouter le solo de Henry McCullough, joué contre l’avis de McCartney et conservé. La différence entre une partie dictée et une partie trouvée s’entend en dix secondes.

2. « Band on the Run » (1973). L’harmonica de Denny Laine, et l’absence de Seiwell et McCullough : McCartney y joue lui-même la batterie. C’est le disque des musiciens absents.

3. « Beware My Love », Wings over America (1976). Joe English à pleine puissance. Comparer à la version studio de Wings at the Speed of Sound : la même chanson, changée d’échelle.

4. « Let ‘Em In », Wings over America. Les cuivres de Dorsey, Casey, Howard et Richard. La preuve par le son que les Wings de 1976 étaient neuf.

5. « Rockestra Theme », Back to the Egg (1979). Laurence Juber et Steve Holley au milieu d’un orchestre de rock. Grammy 1980.

6. « We Got Married », Flowers in the Dirt (1989). Le premier son du groupe de 1989. Chris Whitten y pose une batterie de studio londonienne au sens le plus noble.

7. « Together », Tripping the Live Fantastic (1990). Un titre cosigné par les six membres du groupe, capté en répétition. Le seul document où cette formation existe collectivement en tant qu’auteur.

8. « And I Love Her », Unplugged (1991). Blair Cunningham aux balais, Hamish Stuart à la seconde voix. La démonstration qu’un groupe de stade savait jouer à quinze centimètres du public.

9. « Brown Eyed Handsome Man », Live at the Cavern Club (1999). Gilmour et Mick Green dans la même pièce, Ian Paice derrière. Une heure de rock and roll sans filet.

10. « Helter Skelter », Back in the U.S. (2002) ou Good Evening New York City (2009). La signature d’Abe Laboriel Jr. : massif sans se précipiter.

11. « Letting Go », tournée Freshen Up (2018-2019). Les Hot City Horns rouvrent un pan entier du répertoire Wings.

12. « Being for the Benefit of Mr. Kite! », tournées récentes. Wix Wickens y reconstitue à lui seul l’orgue de foire assemblé par George Martin à partir de bandes découpées. C’est peut-être la plus grande performance technique de tout le spectacle.

Et si le départ d’Abe Laboriel Jr. signait la fin des concerts de Paul McCartney ?

Il faut maintenant poser la question qui a motivé cet article, et la poser correctement, ce qui suppose de séparer trois choses que l’actualité de l’été 2026 a mélangées.

Premier point : rien n’est confirmé

À la date de publication, aucun départ n’a été annoncé. Pearl Jam a confirmé avoir recruté un batteur pour succéder à Matt Cameron, parti en juillet 2025 après vingt-sept ans, et a choisi d’en garder l’identité secrète jusqu’au 27 septembre 2026, date de sa clôture du Ohana Festival. Le nom d’Abe Laboriel Jr. circule parmi d’autres — Josh Klinghoffer, Matt Chamberlain, Josh Freese, Joey Waronker — depuis un tour d’horizon publié le 21 août par un site spécialisé. Notre enquête sur cette rumeur détaille pourquoi les indices, réels, ne constituent pas une preuve.

Les indices sont pourtant sérieux. Laboriel a joué sur Earthling, le troisième album solo d’Eddie Vedder, en 2022. Il a remplacé Chad Smith au sein des Earthlings au Ohana Festival en 2023 puis en 2025, y interprétant plusieurs titres de Pearl Jam. Il connaît Andrew Watt, producteur de Pearl Jam comme de McCartney. Et il était absent, le 16 mai 2026, du plateau de Saturday Night LiveChad Smith occupait son siège — absence qui s’explique probablement par le gag récurrent liant Smith à Will Ferrell, présentateur de l’émission ce soir-là, mais qui a suffi à mettre le feu aux forums.

Deuxième point : un départ ne serait pas une rupture inédite

L’histoire racontée dans cet article devrait rassurer. Paul McCartney a perdu, en cinquante-cinq ans, cinq batteurs, quatre guitaristes solistes, une section de cuivres entière, et il a chaque fois reconstruit. Il a survécu à la démission simultanée de deux musiciens la veille d’un vol pour le Nigeria. Il a survécu au départ de Chris Whitten pour Dire Straits. Il a survécu, ce qui est d’un autre ordre, à la disparition de la claviériste qui était sa femme.

Il faut ajouter que rejoindre Pearl Jam n’obligerait pas mécaniquement Laboriel à quitter McCartney. Matt Cameron a partagé pendant des années son activité entre Pearl Jam et Soundgarden. Laboriel a lui-même alterné, en 2008 et 2009, entre les concerts de McCartney et les tournées d’Eric Clapton et Steve Winwood. Le statut exact du poste chez Pearl Jam — membre permanent, musicien de tournée, période d’essai — n’a d’ailleurs pas été précisé.

Troisième point : ce qui a changé, c’est l’âge

Et pourtant. La question ne se pose plus aujourd’hui comme elle se posait en 1975 ou en 1991, et il serait malhonnête de faire semblant du contraire.

En 1974, quand McCartney a dû remplacer Denny Seiwell, il avait trente-deux ans et l’essentiel de sa carrière devant lui. Reconstruire un groupe était un investissement rentable : deux mois de répétitions pour dix ans de tournées. En 1991, quand Chris Whitten est parti, McCartney avait quarante-neuf ans, un album en préparation et une tournée mondiale à venir. Là encore, l’arithmétique fonctionnait.

En 2026, Paul McCartney a quatre-vingt-quatre ans. Il n’a annoncé aucune tournée pour 2027. Son dernier grand cycle scénique, Got Back, s’est achevé fin 2025. Ses seules apparitions de l’année ont été deux soirées dans une salle de mille places à Los Angeles et une émission de télévision. Il a publié un album, The Boys of Dungeon Lane, qui a atteint la première place britannique et figuré dans la sélection du Mercury Prize : il est toujours en pleine activité créatrice. Mais l’activité créatrice n’est pas la tournée.

Dans ce contexte, le calcul change de nature. Recruter un batteur, ce n’est pas seulement trouver quelqu’un capable de jouer trente-cinq chansons. C’est reconstruire les signaux de scène, les fins de morceaux, les variations de tempo, les respirations comiques du spectacle et surtout les harmonies vocales, avec un chanteur de quatre-vingt-quatre ans dont la voix et l’endurance demandent des ajustements permanents que seul un partenaire de longue date sait anticiper. Il faut ensuite deux mois de répétitions. Et il faut, au bout, une tournée qui justifie l’investissement.

La véritable question n’est pas « qui remplacera Abe ? »

Elle est : Paul McCartney a-t-il encore envie de recommencer ?

Il faut se souvenir que, dans son histoire, les fins de cycle scéniques n’ont jamais été annoncées. Les Beatles n’ont pas annoncé leur dernier concert : ils ont joué à San Francisco le 29 août 1966 et ne sont jamais revenus. Les Wings n’ont jamais été dissous : Denny Laine est parti un jour d’avril 1981, et rien n’a été communiqué. La New World Tour de 1993 n’a pas été présentée comme la dernière tournée de Linda ; elle l’a été. Chez McCartney, les portes ne claquent pas. Elles se referment lentement, et l’on s’aperçoit plus tard qu’elles étaient closes.

C’est pourquoi l’affaire Laboriel mérite mieux qu’un traitement de rumeur de forum. Si le batteur qui apparaîtra le 27 septembre à Dana Point est bien celui de Paul McCartney, le fait le plus significatif ne sera pas qu’un musicien change d’employeur. Ce sera qu’un homme qui a construit sa vie professionnelle autour d’une disponibilité totale pour McCartney, vingt-cinq ans durant, aura estimé pouvoir prendre un engagement long avec un autre groupe. Cela ne dira rien des intentions de McCartney. Cela dira quelque chose de ce que son entourage anticipe.

Il existe évidemment une autre lecture, plus réjouissante, et elle a pour elle un demi-siècle de précédents. McCartney a soixante-cinq ans de carrière et une capacité intacte à surprendre : il a joué Glastonbury à quatre-vingts ans, il a fait entrer « Helter Skelter » à son répertoire à soixante-deux, il a monté un groupe entièrement neuf à cinquante-neuf. L’homme qui a réagi à la dissolution des Beatles en fondant un groupe avec une photographe qui ne savait pas jouer des claviers et un batteur de studio recruté dans un sous-sol n’est pas de ceux que la vacance d’un poste arrête.

Reste que, cette fois, il ne s’agit pas de remplacer un musicien : il s’agit de décider si l’on reconstruit. Et c’est la première fois depuis 1971 que cette décision-là dépend moins de la disponibilité des autres que de l’envie d’un seul homme.

Foire aux questions

Combien de musiciens ont joué sur scène avec Paul McCartney depuis les Beatles ?

En comptant les membres officiels des Wings, les souffleurs de tournée, les formations de 1989-1993, la soirée du Cavern en 1999, le groupe actuel et les Hot City Horns, on arrive à une vingtaine de musiciens réguliers, auxquels s’ajoutent des dizaines d’invités ponctuels.

Qui est le musicien resté le plus longtemps avec Paul McCartney ?

Paul « Wix » Wickens, claviériste et directeur musical, présent sans interruption depuis 1989, soit trente-sept ans en 2026. Il devance Abe Laboriel Jr. (vingt-cinq ans), Linda McCartney (vingt-deux ans) et Denny Laine (dix ans).

Combien de batteurs les Wings ont-ils eu ?

Quatre membres officiels : Denny Seiwell (1971-1973), Geoff Britton (1974-1975), Joe English (1975-1977), Steve Holley (1978-1981). McCartney lui-même a tenu la batterie sur plusieurs disques, notamment Band on the Run.

Quel a été le premier concert de Paul McCartney après les Beatles ?

Le 9 février 1972, à l’université de Nottingham, avec les Wings, devant un public d’étudiants prévenus le matin même. C’était son premier concert depuis le 29 août 1966.

Pourquoi Henry McCullough a-t-il quitté les Wings ?

Parce qu’il a refusé de jouer une partie de guitare écrite par McCartney, à l’été 1973, et plus largement parce qu’un guitariste de blues ne pouvait pas exécuter durablement des lignes dictées note à note. Des motifs financiers s’y ajoutaient.

Que sont devenus les anciens Wings ?

Denny Seiwell vit en Californie et a produit un album hommage à Ram. Laurence Juber est devenu l’un des maîtres mondiaux de la guitare fingerstyle. Steve Holley a longtemps accompagné Ian Hunter et a joué sur Valotte de Julian Lennon. Joe English s’est consacré à la musique chrétienne. Henry McCullough est mort en 2016, Jimmy McCulloch en 1979, Denny Laine en 2023.

Qui jouait avec Paul McCartney au Cavern Club en 1999 ?

David Gilmour et Mick Green aux guitares, Ian Paice à la batterie, Pete Wingfield aux claviers : le groupe de l’album Run Devil Run. Ils n’ont jamais rejoué ensemble.

Depuis quand Abe Laboriel Jr. joue-t-il avec Paul McCartney ?

Depuis 2001, année des sessions de Driving Rain, et de façon continue en tournée depuis le Driving World Tour du printemps 2002.

Qui sont les Hot City Horns ?

Mike Davis (trompette), Paul Burton (trombone) et Kenji Fenton (saxophones), trois souffleurs britanniques entrés dans le groupe en août 2018. Davis et Burton sont diplômés du LIPA, l’école cofondée par McCartney à Liverpool.

Linda McCartney savait-elle jouer des claviers ?

Pas en 1971 : elle était photographe. Elle a appris en public, sous les moqueries, et tenait à partir du milieu des années soixante-dix une partie de clavier et surtout les harmonies vocales les plus aiguës du groupe, celles qu’occupait George Harrison chez les Beatles.

Abe Laboriel Jr. va-t-il rejoindre Pearl Jam ?

Rien ne le confirme. Pearl Jam a bien recruté un batteur, dont l’identité doit être révélée le 27 septembre 2026 au Ohana Festival. Le nom d’Abe Laboriel Jr. circule parmi plusieurs candidats plausibles, sans qu’aucune source identifiée l’ait validé.

Paul McCartney va-t-il arrêter les tournées ?

Aucune annonce en ce sens n’a été faite. Aucune tournée n’est cependant programmée après la fin du cycle Got Back en 2025. À quatre-vingt-quatre ans, la question se pose objectivement, mais elle relève pour l’instant de l’hypothèse et non de l’information.

Pour aller plus loin sur yellow-sub.net

Sur les WingsL’annonce d’un groupe qui n’avait pas encore de nom (1971), Wings, l’autre grand roman de Paul McCartney jusqu’à la rupture, Wings : quand McCartney a redessiné la pop après les Beatles et 20 chansons pour découvrir les Wings. Les pages de référence du site donnent également les line-ups successifs, la liste des membres et la biographie complète du groupe.

Sur les musiciensDenny Seiwell, le batteur jazz qui a propulsé les Wings, Henry McCullough, le guitariste irlandais de Wings, Denny Laine et l’album né du désastre de Tokyo, Brian Ray et l’audition la plus publique de l’histoire du rock, et les fiches consacrées à Rusty Anderson et Brian Ray.

Sur la scèneDe Wings à Got Back : cinquante ans de concerts, pourquoi l’arrêt des tournées des Beatles était inéluctable, la mécanique cachée derrière la désinvolture apparente de McCartney, les dates du Got Back Tour et le retour de 2025.

Sur les disques concernésRed Rose Speedway, Flowers in the Dirt, Off the Ground, Driving Rain, Egypt Station, Good Evening New York City et McCartney II et l’affaire de Tokyo.

Autour du sujetL’enquête sur la rumeur Abe Laboriel Jr. / Pearl Jam, Chad Smith au Saturday Night Live, le portrait de Linda McCartney, ses timbres américains de 2026, la vidéographie complète depuis 1970, le perfectionnisme de McCartney, l’histoire de la Höfner 500/1 et la décennie 1970-1980 des ex-Beatles.

Glossaire

Backing band — Groupe d’accompagnement engagé par un artiste solo, par opposition au groupe constitué. McCartney a refusé cette formule pendant les dix années des Wings avant de l’adopter à partir de 1989.

Directeur musical — Musicien chargé des arrangements de scène, des répétitions et de la cohérence sonore d’un spectacle. Chez McCartney, cette fonction est tenue par Paul « Wix » Wickens depuis 1989.

Hot City Horns — Section de cuivres britannique intégrée au groupe de McCartney en août 2018.

LIPA — Liverpool Institute for Performing Arts, école cofondée par McCartney en 1996 dans les locaux de son ancien lycée.

Rockestra — Orchestre de rock réuni par McCartney en 1978 pour Back to the Egg puis sur scène le 29 décembre 1979, comprenant notamment des membres de Led Zeppelin, des Who et de Pink Floyd.

Setlist — Liste ordonnée des morceaux d’un concert. Celle de McCartney compte de trente-cinq à quarante titres depuis 2002.

Wings Over the World — Tournée mondiale des Wings, de septembre 1975 à octobre 1976, soixante-six concerts, à l’origine de l’album Wings over America et du film Rockshow.

Ohana Festival — Festival californien de Dana Point, cofondé par Eddie Vedder, où Pearl Jam doit présenter son nouveau batteur le 27 septembre 2026.

Earthlings — Groupe d’accompagnement d’Eddie Vedder en solo, où Abe Laboriel Jr. a remplacé Chad Smith en 2023 et 2025.

Concerts for the People of Kampuchea — Série de quatre concerts caritatifs au Hammersmith Odeon fin décembre 1979, dont le dernier fut l’ultime concert des Wings.

Fingerstyle — Technique de guitare acoustique jouée aux doigts, sans médiator, dans laquelle Laurence Juber s’est spécialisé après les Wings.

Session man — Musicien de studio professionnel, engagé à la séance. La majorité des musiciens de McCartney depuis 1989 viennent de ce milieu.

Sources

The Beatles Bible (concerts des Wings, Cavern Club du 14 décembre 1999, Maracanã du 21 avril 1990) ; The Paul McCartney Project (fiches d’artistes Abe Laboriel Jr., Brian Ray, Rusty Anderson, Chris Whitten, Blair Cunningham, The Hot City Horns ; fiches de tournées et de concerts) ; paulmccartney.com (pages Live et Timeline) ; Wikipédia en anglais (Wings, Paul McCartney’s band, The Paul McCartney World Tour, The New World Tour, Wings Over the World Tour, Denny Seiwell, Henry McCullough, Geoff Britton, Jimmy McCulloch, Joe English, Laurence Juber, Steve Holley, Chris Whitten, Blair Cunningham, Paul Wickens, Rusty Anderson, Brian Ray, Abe Laboriel Jr., Live at the Cavern Club, Run Devil Run) ; Modern Drummer et Boston Globe (entretiens d’Abe Laboriel Jr.) ; Berklee College of Music (portrait de la famille Laboriel) ; Consequence, Spin, Stereogum et Loudwire (départ de Matt Cameron, batteur mystère de Pearl Jam, Ohana Festival) ; PearlJamOnline (panorama des successeurs possibles, 21 août 2026) ; setlist.fm (statistiques de tournées) ; Discogs et AllMusic (crédits d’albums) ; ainsi que nos propres articles cités en liens.

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