En janvier 1969, George Harrison invite Billy Preston à rejoindre les Beatles en pleine crise. Son jeu au clavier et sa bonne humeur apaisent les tensions durant les sessions de Let It Be, redonnant au groupe cohésion et plaisir de jouer. Crédité officiellement sur « Get Back », il devient le seul musicien extérieur mentionné aux côtés des Beatles sur un single. Sa contribution sonore et humaine marque profondément l’album et inspire la pratique moderne des featurings. Aujourd’hui, son rôle est reconnu comme déterminant dans la dernière phase créative du groupe.
Le 25 juin 1967, les Beatles interprètent « All You Need Is Love » lors de l’émission historique « Our World », réunissant 25 pays grâce à la technologie satellitaire. La chanson, écrite par John Lennon dans l’urgence, se distingue par sa simplicité et ses harmonies complexes. Son orchestration, dirigée par George Martin, inclut des références musicales internationales. Le 7 juillet 1967, le single devient un succès mondial, symbolisant l’esprit du Summer of Love avec son message universel de paix et d’amour.
En 1969, Allen Klein devient le manager de Lennon, Harrison et Starr, provoquant une scission irréparable avec McCartney. Séducteur redouté, négociateur impitoyable, il restructure Apple mais précipite la chute des Beatles. Sa gestion brutale marque le début de la fin du groupe légendaire.
Il y a des anecdotes promotionnelles qui s’évaporent aussitôt racontées, et d’autres qui disent quelque chose de plus profond sur notre rapport aux Beatles. Andrew Watt demandant à Paul McCartney de le gifler pour vérifier qu’il ne rêve pas appartient clairement à la seconde catégorie. On peut sourire de la scène : le producteur star, déjà passé par Ozzy Osbourne, Elton John, Iggy Pop, les Rolling Stones ou Pearl Jam, soudain ramené à l’état de fan sidéré parce qu’un Beatle va entrer dans sa cuisine. Mais derrière la drôlerie, tout est là : produire Paul McCartney, ce n’est pas simplement enregistrer une légende, c’est trouver le courage de ne pas s’agenouiller devant elle. Avec The Boys of Dungeon Lane, Watt devait aimer Paul assez pour comprendre le poids de l’histoire, mais aussi assez pour le pousser encore, lui dire non, relancer une prise, chercher la chanson derrière le mythe. Cette gifle symbolique raconte donc bien plus qu’un moment de studio : elle marque le passage du fan au producteur, de la révérence au travail, et rappelle que McCartney, à 83 ans, n’est pas une relique à admirer sous verre, mais un musicien vivant que l’on peut encore bousculer.
Le 8 mai 1970, quand Let It Be arrive enfin dans les bacs britanniques, les Beatles ne sont déjà plus vraiment les Beatles. Paul McCartney a publiquement acté la séparation, John Lennon a quitté le navire en silence depuis des mois, George Harrison rêve d’un espace où ses chansons ne seraient plus traitées comme des notes de bas de page, et Ringo Starr, fidèle à lui-même, semble encore essayer de maintenir un peu de chaleur au milieu des décombres. Pourtant, ce disque que l’on a longtemps décrit comme un album mineur, mal ficelé, mal produit, mal aimé, n’a rien d’un simple appendice posthume. C’est au contraire l’un des objets les plus fascinants de toute la discographie beatlesienne : un album commencé comme un retour aux sources, filmé comme une séance de psychanalyse collective, abandonné à Glyn Johns, repris par Phil Spector, contesté par McCartney, réécrit en 2003, restauré par Peter Jackson et remixé en 2021. Un disque qui existe en plusieurs versions, aucune tout à fait définitive, chacune révélant une autre vérité. Let It Be n’est peut-être pas le grand testament artistique des Beatles — Abbey Road garde ce privilège —, mais il demeure leur testament humain : celui d’un groupe épuisé, fissuré, parfois cruel, mais encore capable, entre deux silences embarrassés, d’arracher au chaos quelques chansons immortelles.
Il y a des annonces qui tiennent du simple casting prestigieux, et d’autres qui ouvrent immédiatement une brèche dans la grande mythologie du rock. La présence de Paul McCartney sur Foreign Tongues, nouvel album des Rolling Stones annoncé pour l’été 2026, appartient évidemment à la seconde catégorie. Car un ancien Beatle chez les Stones, ce n’est jamais seulement une ligne de communiqué destinée à affoler les amateurs de légendes britanniques. C’est tout un vieux roman qui se remet à parler : I Wanna Be Your Man offert en 1963, We Love You en 1967, les piques entre McCartney et Jagger, la fausse guerre montée par la presse, puis cette fraternité de musiciens qui, une fois les amplis branchés, a toujours été plus forte que les slogans. Après avoir joué de la basse sur Bite My Head Off, extrait de Hackney Diamonds, McCartney revient donc croiser la route de Mick Jagger, Keith Richards et Ronnie Wood. Et ce retour dit beaucoup plus qu’une nostalgie bien emballée : il raconte deux familles royales du rock anglais qui n’ont jamais cessé de s’observer, de se stimuler et, parfois, de se retrouver dans une même pièce pour faire ce qu’elles savent encore faire de mieux : du bruit, de l’histoire, et quelques miracles électriques.
Il y a des figures que l’histoire du rock a longtemps condamnées à n’exister qu’en bordure du cadre, comme si leur présence ne pouvait se lire qu’à travers le destin d’un homme plus célèbre. Linda McCartney fut de celles-là. Vingt-huit ans après sa disparition, le 17 avril 1998, il est temps de la regarder autrement : non plus comme la femme de Paul, non plus comme l’éternelle cible des sarcasmes adressés à Wings, mais comme une photographe pionnière, une musicienne imparfaite et obstinée, une militante végétarienne en avance sur son époque, une mère, une entrepreneuse, une femme qui a tenu ensemble ce que le rock préférait souvent voir brûler. Avant les Beatles, elle avait déjà saisi les Rolling Stones, Hendrix, Janis Joplin ou Aretha Franklin dans cet instant fragile où les idoles n’étaient pas encore devenues des statues. Après les Beatles, elle offrit à Paul McCartney un refuge, une famille, une manière de survivre à sa propre légende. Linda n’a pas seulement accompagné une histoire : elle en a déplacé le centre de gravité.
On raconte souvent les Beatles comme une forteresse imprenable : quatre garçons, quatre visages, quatre génies et, autour d’eux, rien qui compte vraiment. C’est une belle histoire, sans doute, mais une histoire trop simple. Car si Lennon, McCartney, Harrison et Starr ont bien bâti l’œuvre la plus sidérante de la pop moderne, ils ne l’ont jamais fait dans le vide. Autour d’eux gravitaient des présences qui, sans contester leur suprématie, ont parfois déplacé le cours des choses d’un simple geste, d’une idée, d’un climat retrouvé au bon moment. Billy Preston redonne de l’air à un groupe qui s’étouffe pendant les sessions de Get Back. Donovan glisse entre les mains de Lennon et McCartney une nouvelle manière de faire chanter la guitare acoustique. Mal Evans, colosse fidèle de l’ombre, appartient à cette catégorie rare d’hommes dont la proximité finit par entrer jusque dans la texture des chansons. Brian Jones, enfin, rappelle que la rivalité pop des sixties fut aussi une affaire d’échanges, de curiosités croisées et de frontières bien moins étanches qu’on ne l’a raconté. En s’intéressant à ces figures, on ne diminue pas les Beatles : on comprend au contraire plus finement comment leur grandeur a pris forme.
En mai 1968, à New York, Paul McCartney lâche une phrase qui ressemble à un manifeste : Apple sera ce « communisme occidental » où, pour une fois, les patrons ne courent pas après l’argent. Derrière le slogan, il y a un vertige : quelques mois après la mort de Brian Epstein, les Beatles se retrouvent seuls aux commandes et décident de transformer leur gloire en rampe de lancement pour les autres. Au 3 Savile Row, la pomme verte devient un passeport : Mary Hopkin passe de l’anonymat au triomphe mondial, Badfinger hérite d’un tube signé McCartney, George Harrison ouvre les portes à Billy Preston, Ravi Shankar ou au Radha Krishna Temple, tandis que Lennon pousse l’expérience jusqu’aux frontières de l’avant-garde avec Zapple. Mais l’utopie a son revers : dépenses folles, employés opportunistes, rêves trop grands pour une comptabilité. L’arrivée d’Allen Klein, la séparation du groupe, puis l’extinction progressive du label achèvent le tableau. Entre coups de génie, destins brisés et mythologie pop, Apple Records raconte la dernière grande aventure collective des Fab Four. Plongez dans cette histoire où une simple étiquette sur un vinyle suffit encore à faire briller les yeux.
On croit connaître les Beatles par cœur : un toit, du vent, des policiers, un dernier sourire de Lennon. Mais derrière ces images qui ont avalé l’histoire, il y a un réalisateur longtemps resté dans l’angle mort : Michael Lindsay-Hogg. Né à New York dans l’orbite de l’actrice Geraldine Fitzgerald, auréolé d’une rumeur tenace le liant à Orson Welles, il arrive à Londres au bon moment et apprend, à la télévision, à diriger l’instant. Avec « Paperback Writer », « Rain », « Hey Jude » ou « Revolution », il façonne la grammaire du promo film — l’ancêtre du clip — puis amplifie la dangerosité des Rolling Stones et orchestre le grand barnum du Rock and Roll Circus. Surtout, en janvier 1969, ses caméras accompagnent les sessions Get Back jusqu’au concert sur le toit de Savile Row, avant de cristalliser la rupture dans Let It Be. Trahi ou témoin ? Film triste ou document nécessaire ? À l’heure où Get Back a changé notre regard et où Let It Be est revenu restauré, retour sur l’homme qui a donné un visage au rock… et qui, sans le vouloir, a fixé la fin d’un mythe.












