Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Toutes les collaborations musicales

Yellow-Sub.net · Enquête discographique · Sessions 1973 / Album 1974

Ringo Starr avec Ravi Shankar : les sessions de Shankar Family & Friends

La batterie de Ringo sur « I Am Missing You », George Harrison producteur et les archives d’un album essentiel de Dark Horse Records.

Ringo Starr, George Harrison et Ravi Shankar : une collaboration au-delà du rock

La présence de Ringo Starr sur Shankar Family & Friends, album de Ravi Shankar paru chez Dark Horse en 1974, est l’une des participations les plus singulières du batteur hors du répertoire des Beatles. Elle n’appartient ni au rock anglais des premières années 1970 ni à la série des disques enregistrés avec John Lennon ou Harry Nilsson. Ici, Ringo entre dans un ensemble conçu par Ravi Shankar, où les instruments de la tradition hindoustanie côtoient un orchestre occidental, des musiciens de studio de Los Angeles et des techniques de production associées à George Harrison.

La maison de disques Dark Horse a explicitement rappelé, lors de la réédition de 2023, la présence de Ringo Starr, Jim Keltner, Billy Preston, Klaus Voormann et Nicky Hopkins, aux côtés de grands musiciens indiens tels qu’Alla Rakha, Ashish Khan, Shivkumar Sharma et Hariprasad Chaurasia. Ce crédit officiel établit la participation de Ringo à l’album. Le travail du discographe commence ensuite : retrouver les morceaux où cette batterie intervient réellement, au lieu de lui attribuer l’ensemble des pièces simplement parce que son nom figure sur la pochette.

1973 : des séances de Los Angeles, pas un enregistrement effectué en 1974

Une première distinction chronologique s’impose. Shankar Family & Friends est publié en 1974, mais l’essentiel du matériau est enregistré dès le printemps 1973 aux studios A&M de Los Angeles. Certaines interventions et retouches sont ensuite réalisées au studio de George Harrison, FPSHOT, dans l’Oxfordshire. Inscrire seulement « 1974 : Ringo, batterie » serait donc juste comme année de parution et insuffisant comme date de séance.

La période californienne rapproche plusieurs projets : George Harrison collabore alors avec Ringo sur le futur album Ringo, et des musiciens du même réseau participent aux enregistrements préparés par Ravi Shankar. On retrouve notamment Billy Preston à l’orgue, Nicky Hopkins au piano, Klaus Voormann à la basse et Jim Keltner à la batterie. Cette continuité de personnel explique la circulation de ces artistes d’une séance à l’autre, sans autoriser à affirmer que les mêmes interprètes participent à toutes les plages.

Le rôle central de Ravi Shankar et la production de George Harrison

Le projet est d’abord celui de Ravi Shankar. L’artiste indien conçoit et dirige une formation volontairement ouverte, susceptible de faire dialoguer la musique classique indienne, les sonorités orchestrales occidentales, le jazz et le rock. George Harrison en assure la production. Sa participation instrumentale apparaît sous le nom Hari Georgeson sur certaines éditions : ce pseudonyme relève de l’histoire des crédits, non d’un musicien supplémentaire.

La production ne se borne pas à installer des invités célèbres derrière des pupitres. Les œuvres sont organisées en deux grandes parties. La première réunit des chansons et des pièces instrumentales relativement autonomes ; la seconde propose une suite écrite pour un projet de ballet, Dream, Nightmare & Dawn. Un même nom de batteur inscrit dans la liste générale de l’album ne saurait donc être reporté sur chaque tableau de cette suite. Dans une telle œuvre, la présence de percussions indiennes, de plusieurs batteries et d’instruments orchestraux impose une reconstruction précise des distributions.

« I Am Missing You » : la piste décisive pour l’étude de Ringo

« I Am Missing You », placé en ouverture du LP, constitue le meilleur point d’entrée pour identifier le travail de Ringo. La chanson est interprétée par Lakshmi Shankar, sur une composition de Ravi Shankar. George Harrison prépare pour cette version un arrangement faisant intervenir un ensemble occidental proche d’un groupe de rock, renforcé par plusieurs instruments et percussions. Les travaux musicologiques de Simon Leng et de Peter Lavezzoli, ainsi que les synthèses retraçant l’enregistrement, placent Ringo Starr à la batterie sur la prise de base, avec Jim Keltner parmi les musiciens associés.

La fonction de la batterie n’est pas de reproduire mécaniquement une pulsation pop : elle contribue à une texture construite par couches, dans laquelle chant, basse, orgue, piano et instruments indiens doivent trouver leur place. Ce point aide à comprendre le choix de Ringo, dont le jeu est souvent recherché pour la stabilité du tempo, les nuances et l’aptitude à dialoguer avec les arrangements. En revanche, faute d’avoir sous les yeux les pistes séparées, on évitera de lui attribuer tel roulement ou tel accent au seul motif qu’il ressemble à son style habituel.

Deux versions de la même chanson : ne pas confondre le master et la reprise

Le programme original contient aussi « I Am Missing You (Reprise) ». Il ne s’agit pas d’un simple rebaptême de l’enregistrement d’ouverture : les arrangements sont différents. La reprise est généralement décrite comme plus proche d’une ballade à instrumentation indienne, avec des timbres comme le bansuri et les percussions traditionnelles. Les documentations ouvertes identifient la contribution de Ringo à la première version rock, mais ne permettent pas de lui attribuer automatiquement la batterie de cette reprise.

La différence entre œuvre et enregistrement devient ici essentielle. Une œuvre est une composition ; plusieurs enregistrements peuvent en être tirés, chacun avec ses propres musiciens, dates, montages et arrangements. Une base de données qui copie le personnel de « I Am Missing You » sur « I Am Missing You (Reprise) » crée une fausse session. C’est précisément l’erreur que la sessionographie Yellow-Sub doit éviter.

Le programme de l’album : deux architectures musicales

Le début du disque comprend « I Am Missing You », « Kahan Gayelava Shyam Salone », « Supane Me Aye Preetam Sainya », « I Am Missing You (Reprise) » et « Jaya Jagadish Hare ». La seconde partie enchaîne « Overture », « Festivity & Joy », « Love – Dance Ecstasy », « Lust », « Dispute & Violence », « Disillusionment & Frustration », « Despair & Sorrow », « Awakening » et « Peace & Hope ». Les orthographes et découpages de cette suite diffèrent parfois entre pressages vinyle, éditions CD et plateformes numériques.

La présence de Ringo dans les crédits généraux de Shankar Family & Friends est certaine ; sa participation sur « I Am Missing You » est documentée de manière plus précise ; pour les autres morceaux, une attribution instrumentale individuelle suppose un livret détaillé ou des archives de studio. Cette hiérarchie documentaire est davantage utile au lecteur que l’affirmation indifférenciée selon laquelle il aurait « joué sur le disque ».

Le single « I Am Missing You » et les références de catalogue

L’œuvre d’ouverture devient aussi un single. Au Royaume-Uni, « I Am Missing You » paraît avec « Lust » en face B, sous la référence Dark Horse AMS 7133. Des inventaires spécialisés situent la sortie britannique au 13 septembre 1974, avant celle de l’album. Le disque constitue ainsi un objet commercial autonome, distinct du 33 tours, même lorsqu’il utilise le même master.

L’album original figure au catalogue Dark Horse sous la référence SP 22002 sur le marché nord-américain, avec des variations nationales de numérotation. Pour une discographie destinée aux collectionneurs, il faut conserver séparément la date de la session, la première édition commerciale, les références américaines et britanniques ainsi que les rééditions ultérieures. Une édition de 2023 remastérisée à Abbey Road par Paul Hicks n’est pas un nouvel enregistrement de Ringo : elle restitue un programme historique.

2010 et 2023 : l’importance des rééditions pour les historiens

Après une longue période durant laquelle l’album était relativement difficile à se procurer, il a été réédité en 2010 dans le coffret Collaborations consacré à Ravi Shankar et George Harrison. Dark Horse l’a ensuite proposé en 2023 sous forme de CD autonome et de vinyle de couleur. Cette remise en circulation est précieuse : elle permet de comparer le programme originel avec les notices rétrospectives et les informations techniques accompagnant les nouveaux supports.

Les annonces de Dark Horse et du site officiel de George Harrison expliquent qu’il s’agit d’une réalisation conçue pour rapprocher des instruments, des traditions et des interprètes que l’industrie du disque séparait habituellement. Elles ne prétendent cependant pas établir la répartition de chaque percussionniste sur toutes les chansons. Pour atteindre le niveau d’exigence d’une encyclopédie de sessions, il faudrait encore confronter leurs crédits aux boîtes de bande A&M et aux éventuelles feuilles de prise.

Pourquoi cette collaboration compte dans la carrière de Ringo

Ce disque rappelle combien le parcours du batteur s’éloigne des frontières que l’on associe habituellement aux ex-Beatles. Ringo rejoint ici le projet d’un compositeur et virtuose de la musique classique indienne, dans une session où les rythmes ne sont pas définis par les seuls codes du rock britannique. Cette disponibilité professionnelle apparaît également dans d’autres collaborations de la décennie, mais le contexte de Shankar Family & Friends lui donne un intérêt particulier : c’est une rencontre entre esthétiques musicales, sous la médiation de George Harrison.

Il faut par ailleurs éviter deux récits faciles. Le premier consisterait à présenter le disque comme un album de George Harrison auquel Ravi Shankar aurait prêté son nom ; c’est bien une œuvre pensée et dirigée par Shankar. Le second serait d’utiliser la présence de Ringo sur la pochette comme preuve de son intervention sur chaque titre. La réalité est plus intéressante : un musicien de rock participe ponctuellement à une construction orchestrale ambitieuse, et sa contribution doit être décrite avec exactitude.

Fiche de session et niveau de preuve

Artiste principal : Ravi Shankar / Shankar Family & Friends. Album : Shankar Family & Friends. Production : George Harrison. Enregistrement : sessions principales à A&M, Los Angeles, au printemps 1973 ; retouches ultérieures à FPSHOT. Publication : Dark Horse Records, 1974. Crédit de Ringo : batterie. Titre individuellement documenté : « I Am Missing You » (première version). Autres titres : distribution exacte encore à compléter. Ne pas confondre : l’enregistrement d’ouverture et « I Am Missing You (Reprise) ».

Sources discographiques et bibliographie critique

Les principales sources sont les communiqués et notes de réédition de Dark Horse Records et du site officiel de George Harrison (2023), qui confirment le personnel général et la production ; le catalogue discographique A&M / Dark Horse pour les références de pressage ; l’inventaire I Am Missing You de JPGR pour le single britannique. Pour la distinction entre les deux versions de la chanson et le personnel de session : Simon Leng, While My Guitar Gently Weeps: The Music of George Harrison, et Peter Lavezzoli, The Dawn of Indian Music in the West. La datation exacte de certaines overdubs appelle une vérification par documents originaux.

Dark Horse Records — réédition ; George Harrison — documentation officielle ; A&M — édition de 1974 ; JPGR — single AMS 7133.

La sessionographie chronologique · Les collaborations avec George Harrison