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Yellow-Sub.net · Enquête biographique et discographique · 1970–2009
Ringo Starr et Klaus Voormann : basse, arrangements et retrouvailles de 1970 à 2009
De Sentimental Journey et des singles Apple aux sessions de A Sideman’s Journey : quarante ans de collaboration, les crédits vérifiables et leurs limites.
Il est tentant de résumer Klaus Voormann à deux images : l’artiste allemand qui dessina la pochette de Revolver, et le bassiste qui fréquenta les anciens Beatles après leur séparation. Ces deux images sont justes, mais incomplètes. Avec Ringo Starr, Voormann entretient une collaboration qui change de forme selon les époques : arrangeur en 1970, bassiste de singles et de plusieurs albums, partenaire de studio, puis initiateur d’une réunion musicale au tournant des années 2000. L’enquête porte sur les œuvres et les fonctions effectivement attestées plutôt que sur la seule proximité personnelle.
Cette distinction est essentielle. Le nom de Voormann sur la pochette d’un disque n’indique ni qu’il a joué sur chaque chanson ni qu’il a composé pour Ringo. À l’inverse, ses activités graphiques ne doivent pas être confondues avec ses parties de basse. Reconstituer la relation suppose d’identifier séparément l’œuvre, l’enregistrement précis, le personnel, la date de prise, le rôle et la publication. Les documents de Voormann lui-même, les crédits des éditions Apple et plusieurs relevés discographiques permettent de tracer cette histoire sans transformer une liste de crédits en journal de studio imaginaire.
1970 : sur Sentimental Journey, Voormann intervient comme arrangeur
Sentimental Journey, premier album solo de Ringo Starr paru au printemps 1970, précède le disque rock qui fera de sa carrière solo une histoire de musiciens invités. Le projet repose sur des standards populaires réorchestrés : au lieu de prendre la tête d’un groupe traditionnel, Ringo y est le chanteur principal d’arrangements confiés à différents professionnels. Dans cette distribution, Klaus Voormann est associé à « I’m a Fool to Care », chanson de Ted Daffan. Les relevés de séance situent l’enregistrement du titre aux 11 et 17 février 1970, avec une production de George Martin et un piano attribué à Billy Preston. Voormann n’y est donc pas à présenter automatiquement comme le bassiste de la séance : son crédit ici porte avant tout sur l’arrangement.
Cette contribution montre que les collaborations de Ringo n’ont pas commencé avec les retrouvailles filmées de trois anciens Beatles en 1973. Le musicien allemand appartient déjà au cercle d’artistes invités par Starr au moment où celui-ci cherche un langage solo. Le contraste entre une orchestration de chanson sentimentale et les futures prises de rock explique l’ampleur réelle de leur relation professionnelle. Pour cette notice, on s’en tient à l’attribution documentaire et on ne lui prête pas sans preuve des parties instrumentales ou une direction intégrale de l’album.
1970–1972 : un bassiste essentiel aux premiers singles Apple
« It Don’t Come Easy » : la section rythmique de 1970 avant la sortie de 1971
« It Don’t Come Easy » paraît en 1971, mais ses premières prises remontent à mars 1970. Cette différence entre année d’enregistrement et année de sortie est fondamentale. Des relevés détaillés mentionnent Ringo à la batterie, George Harrison à la guitare, Klaus Voormann à la basse et plusieurs autres intervenants. MusicBrainz rattache notamment le crédit de basse de Voormann aux séances de mars 1970 ; l’enregistrement comporte des opérations ultérieures, ce qui interdit de confondre tous les participants avec un unique groupe réuni à un instant donné.
La chanson est associée à Harrison, producteur, tandis que la composition est publiée sous le seul nom de Richard Starkey. L’attribution de la basse à Voormann constitue une donnée de session, pas une preuve supplémentaire de coécriture ou de production. Le jeu de basse agit ici au service d’une construction de rock concise, dans laquelle l’espace laissé à la batterie et au chant importe autant que l’habileté technique de chacun.
« Back Off Boogaloo » : un nouveau single et une équipe différente
La participation de Voormann au single « Back Off Boogaloo », paru en 1972, confirme la continuité du compagnonnage. Ringo en assure le chant et la batterie ; Harrison intervient à la guitare et à la production, Gary Wright aux claviers et Voormann à la basse. Les métadonnées d’éditions identifient l’enregistrement à Apple Studios en février 1972, tandis que certains récits de la genèse décrivent des étapes antérieures : cette coexistence de dates impose de toujours préciser si l’on parle de conception, de séance, de mixage ou de publication.
Musicalement, la basse ne remplit pas le même rôle qu’une figure de soliste : elle ancre un motif répétitif dominé par la batterie, la guitare slide et les interventions vocales. Il serait abusif d’identifier un trait exact du jeu de Voormann à partir de la seule fiche de personnel sans écouter et comparer la version concernée. Son nom est cependant attesté au sein du noyau instrumental du master.
1973 : dix chansons, un album collectif et la continuité Voormann
Avec Ringo, produit par Richard Perry, les collaborations prennent une dimension presque programmatique. John Lennon, Paul McCartney et George Harrison y apparaissent dans des rôles distincts ; des musiciens de studio américains croisent des artistes venus du rock britannique et de la soul. Voormann joue un rôle de continuité entre ces équipes : le relevé détaillé des crédits de l’album lui attribue la basse sur les dix titres du programme original. Ce constat est remarquable car les guitaristes, claviéristes, percussionnistes et chanteurs d’accompagnement changent fréquemment d’une chanson à l’autre.
Dans « I’m the Greatest », Lennon fournit la composition, le piano et une partie vocale, Harrison la guitare, Billy Preston l’orgue et Ringo la batterie ; la basse de Voormann relie ces contributions à l’enregistrement. « Have You Seen My Baby » introduit Marc Bolan à la guitare et James Booker au piano, avec un dispositif rythmique comprenant Ringo et Jim Keltner. « Photograph » associe la chanson de Harrison et Starr à des arrangements plus étoffés. « Sunshine Life for Me » introduit des musiciens proches de The Band. Dans ces configurations contrastées, le rôle stable du bassiste est l’un des fils conducteurs du disque.
La seconde moitié de l’album élargit encore le tableau : « You’re Sixteen » fait intervenir les voix de Harry Nilsson et un solo imité avec la bouche par Paul McCartney ; « Oh My My » met en valeur Billy Preston, Martha Reeves et Merry Clayton ; « Step Lightly » accueille Steve Cropper ; « Six O’Clock » associe Paul et Linda McCartney ; « Devil Woman » multiplie les couleurs instrumentales ; « You and Me (Babe) » ferme le disque sur une chanson signée George Harrison et Mal Evans. Cette énumération sert à situer Voormann, non à remplacer les analyses individuelles des dix masters déjà proposées dans l’atlas du site.
Il reste nécessaire de distinguer la basse du disque original de celle d’éventuelles répétitions, démos ou éditions ultérieures. Un crédit de disque peut résumer le résultat final sans documenter chaque piste intermédiaire. C’est particulièrement vrai pour Ringo, enregistré à différentes dates et dans plusieurs studios. La sessionographie détaillée et l’atlas des versions doivent donc demeurer les références pour établir les dates précises.
1974–1976 : Goodnight Vienna et Ringo’s Rotogravure
Le compagnonnage ne s’arrête pas au succès de Ringo. La documentation de Goodnight Vienna, album Apple paru en 1974 et de nouveau produit par Richard Perry, cite Voormann dans les équipes instrumentales et lui attribue des fonctions de basse ainsi que des contributions vocales selon les crédits de l’édition. Comme pour le disque de 1973, la bonne méthode consiste à attribuer un rôle à chaque piste plutôt qu’à projeter les crédits d’un album entier sur toutes ses chansons. C’est pourquoi cette étude renvoie vers l’atlas consacré aux onze titres de 1974.
Voormann apparaît également dans les crédits de Ringo’s Rotogravure, publié en 1976, un album issu d’une autre phase de la carrière de Starr avec Arif Mardin à la production. Le catalogue professionnel de Voormann mentionne toutefois « Rotgravure » dans une rubrique rangée sous 1977. Cette indication ne doit pas être reprise comme date de parution : l’album est publié en 1976. La discordance illustre la nécessité de ne pas transformer une chronologie autobiographique, utile mais synthétique, en preuve définitive de datation.
Les trois albums ne représentent pas trois sessions continues ni une formation permanente. Ils témoignent plutôt de relations entretenues entre plusieurs environnements de production. La notion de « groupe de Ringo Starr » est donc insuffisante pour décrire la situation : Voormann travaille au service de projets successifs, dont les chefs d’orchestre, les studios et les finalités changent.
2008–2009 : A Sideman’s Journey, une réunion pensée par Voormann
Plus de trente ans après les albums Apple, Klaus Voormann monte A Sideman’s Journey, projet qui revisite une partie de son parcours aux côtés d’autres artistes. L’album est publié en 2009, mais plusieurs enregistrements sont antérieurs. Dans le cas de « I’m in Love Again », la documentation discographique situe une séance le 19 juin 2008 à Hog Hill Mill, studio de Paul McCartney dans le Sussex. McCartney intervient au chant et à plusieurs instruments, Ringo à la batterie et Voormann à la basse. L’intérêt historique réside dans le fait que ce rapprochement n’est pas une nouvelle production des Beatles mais un album de Voormann accueillant d’anciens partenaires.
L’enregistrement de « You’re Sixteen » fournit un contrepoint particulièrement éclairant. Le site officiel de Voormann raconte des séances organisées à Los Angeles, au studio de Trevor Lawrence, avec Ringo et Jim Keltner réunis à la batterie. Le projet ne consiste pas à reproduire à l’identique le hit de 1973 : le chant est confié à Max Buskohl, tandis que des interventions supplémentaires sont réalisées à Munich, notamment avec Carl Carlton. La fiche officielle précise que Ringo ne souhaitait plus interpréter lui-même cette chanson en raison de son texte. Il ne faut donc ni lui attribuer le chant de cette nouvelle version ni confondre l’enregistrement californien avec les overdubs allemands.
Voormann rapporte également les difficultés pratiques de l’organisation des séances, entre calendriers, trajets et réunions de collaborateurs anciens. Ces souvenirs éclairent l’intention artistique sans constituer une feuille de présence instrumentale exhaustive. Pour documenter une prise précise, le récit doit rester articulé aux livrets des supports et aux relevés des masters. L’album constitue ainsi un exemple rare où le témoignage du participant éclaire directement les raisons d’un choix de chanteur et la répartition géographique du travail.
Une relation professionnelle à plusieurs métiers : bilan critique des crédits
Le parcours de Voormann auprès de Ringo mêle au moins trois réalités : arranger une chanson de répertoire en 1970, tenir la basse sur des enregistrements de rock dans les années 1970, puis inviter Ringo à participer à des reprises enregistrées plusieurs décennies plus tard. Ces fonctions ne sont pas interchangeables. L’attribution d’un arrangement n’entraîne pas automatiquement celle d’une basse ; un crédit de basse n’est ni un crédit de production ni un titre de copropriété de l’œuvre ; et une nouvelle version ne constitue pas une nouvelle composition.
Il faut également éviter deux glissements chronologiques. Le premier consiste à dater les séances des années de parution : It Don’t Come Easy, par exemple, est publié en 1971 alors que les prises initiales remontent à 1970. Le second consiste à convertir l’année affichée dans une chronologie personnelle en date de sortie sans comparaison avec la discographie matérielle, comme le démontre le cas de Ringo’s Rotogravure. Pour un inventaire encyclopédique, chaque notice doit conserver ses catégories documentaires et signaler les contradictions plutôt que les masquer.
Enfin, l’image du bassiste « cinquième Beatle » appartient au langage de l’admiration et non aux catégories de l’histoire des groupes. Voormann est un collaborateur majeur de plusieurs artistes issus des Beatles, mais les disques concernés portent leurs propres identités éditoriales et leurs propres crédits. Restituer cette nuance permet de mesurer la richesse du réseau Apple sans prolonger artificiellement la carrière du groupe au-delà de ses réalisations réelles.
Poursuivre l’enquête dans l’encyclopédie Yellow-Sub
Pour les séances de 2008 et les deux enregistrements repris en 2009, consulter l’étude spécialisée de A Sideman’s Journey, ainsi que les notices individuelles de « I’m in Love Again » et « You’re Sixteen ». Ces trois pages approfondissent les enregistrements ; la présente enquête retrace la relation professionnelle sur quatre décennies.
Ce que les crédits permettent de conclure
Les collaborations de Klaus Voormann et de Ringo Starr doivent être établies par projet et par master, sans attribuer automatiquement au bassiste toutes les chansons d’un album auquel il participe. Sur les disques des années 1970, la fonction musicale de Voormann se distingue de ses travaux graphiques et de direction artistique ; dans les productions ultérieures, la reprise d’un ancien enregistrement ou une apparition dans un documentaire ne constitue pas nécessairement une nouvelle séance commune. Cette séparation est importante pour comprendre la continuité de leur relation, qui associe compagnonnage personnel, prestations instrumentales et initiatives de production.
Les rééditions et les reconstructions de catalogues peuvent préciser les personnels ou faire apparaître des prises longtemps indisponibles, mais leurs crédits doivent être confrontés au contexte de chaque version. L’album A Sideman’s Journey relève, en particulier, d’une initiative de Voormann rassemblant plusieurs collaborateurs : il ne doit pas être confondu avec une session des Beatles reconstitués ni avec une publication solo de Ringo Starr. Cette précision donne sa véritable valeur historique à une collaboration suivie sur plusieurs décennies.












