Yellow-Sub.net · 2019 · UMe · Roccabella West
What’s My Name (2019) : dix chansons et tous les collaborateurs de Ringo Starr
De la rencontre Paul McCartney–John Lennon sur Grow Old With Me au duo avec Joe Walsh : dix fiches de sessions, auteurs, instrumentistes et contexte historique.
2019 : dix nouvelles plages et un studio ouvert aux amis
Publié par Universal Music Enterprises le 25 octobre 2019, What’s My Name est présenté officiellement comme le vingtième album studio de Ringo Starr. Il réunit dix chansons, dont plusieurs nouvelles écritures, des collaborations durables et deux reprises aux fonctions très différentes : le classique rhythm and blues « Money (That’s What I Want) » et l’émouvant « Grow Old With Me » de John Lennon. Cette diversité interdit de résumer le disque à une seule chanson historique.
Ringo en assure la production générale et conserve au premier plan sa voix et sa batterie. Bruce Sugar enregistre, mixe et effectue l’édition Pro Tools ; le communiqué cite Roccabella West et United Recording parmi les lieux de prise. L’organisation de l’album repose donc à la fois sur le studio domestique et des interventions complémentaires. Un crédit d’album ne prouve pas que tous les invités aient joué ensemble dans la même pièce.
La méthode de Ringo s’est affinée depuis Y Not : les chansons naissent parfois d’une expression entendue dans une conversation, d’un échange de titres avec un co-auteur ou de l’arrivée d’un morceau extérieur. Les dix enregistrements ci-dessous font apparaître le détail de ces mécanismes, qui ne sont pas interchangeables.
1. Gotta Get Up To Get Down — Joe Walsh et Edgar Winter
Enquête détaillée : Gotta Get Up To Get Down : Ringo, Joe Walsh, Edgar Winter et Klaus Voormann →
Le titre d’ouverture naît d’une expression prononcée par Ringo lors d’un dîner en présence de Klaus Voormann. Joe Walsh et lui en font une chanson commune, créditée Richard Starkey–Joe Walsh. Il est important de souligner que la présence de Voormann dans le récit de la conversation ne vaut pas crédit d’instrumentiste du master publié.
Sur le titre enregistré, Ringo tient batterie et chant ; Joe Walsh joue de la guitare et chante ; Edgar Winter se charge du clavinet, du synthétiseur et d’une partie vocale. Nathan East assure la basse, Bruce Sugar des synthétiseurs, tandis que Richard Page, Warren Ham, Windy Wagner et Kari Kimmel complètent les chœurs. Le jeu de Winter donne au morceau une identité propre dans le catalogue tardif de Starr.
Le rôle de Walsh est ici complet, puisque co-auteur, guitariste et chanteur. Celui de Nathan East reste instrumental et celui des choristes vocal : une vraie fiche de session doit préserver ces différences.
2. It’s Not Love That You Want — l’écriture de Dave Stewart
Le deuxième titre réunit à nouveau Richard Starkey et Dave Stewart au crédit de composition. Stewart joue de la guitare, Nathan East de la basse, Jim Cox du piano et Benmont Tench du clavinet. Bruce Sugar ajoute des cuivres synthétiques ; Windy Wagner et Amy Keys assurent les chœurs. Ringo joue batterie et percussions, tout en chantant.
Ce générique permet de situer le rôle de Tench au clavier sans extrapoler une participation aux autres chansons. Le communiqué cite également Ned Douglas pour l’ingénierie additionnelle. Ici, comme ailleurs, une intervention technique participe à la production effective mais ne transforme pas son auteur en producteur principal.
3. Grow Old With Me — John Lennon, Paul McCartney et Jack Douglas
Le cœur historique du disque est une chanson de John Lennon. « Grow Old With Me » était connue par les enregistrements domestiques de Lennon et par sa diffusion posthume ; la version de 2019 est une nouvelle interprétation menée par Ringo, non un master de Lennon sur lequel les musiciens auraient ajouté une batterie. La distinction est fondamentale pour éviter l’idée trompeuse d’une séance à laquelle les quatre Beatles auraient participé ensemble.
Le producteur Jack Douglas fait entendre à Ringo les démos de Lennon dites Bermuda Tapes. Le musicien raconte son émotion lorsque la voix de son ami l’évoque par son véritable nom. Il demande alors à Paul McCartney de participer à la nouvelle version. Paul accepte : il joue de la basse et ajoute des chœurs, tandis que Joe Walsh tient la guitare et Jim Cox le piano.
Les cordes sont arrangées par Jack Douglas et Daniel Coe. Le personnel communiqué comprend les violonistes Rhea Fowler et Bianca McClure, l’altiste Lauren Baba et le violoncelliste Isaiah Gage, auxquels s’ajoute Allison Lovejoy à l’accordéon. Ringo joue batterie et chante. La présence d’une référence mélodique à « Here Comes The Sun » dans les cordes est rapportée par Starr lui-même : elle constitue un hommage à George Harrison, non la présence de Harrison sur la bande.
Le morceau réunit donc des traces symboliques des quatre Beatles, mais en quatre statuts distincts : Lennon est l’auteur de la chanson, Ringo l’interprète principal de 2019, Paul un musicien et choriste sur cette version, George le destinataire indirect d’une allusion d’arrangement. Il n’existe aucune raison de présenter le master comme une réunion réelle et contemporaine du groupe.
4. Magic — Steve Lukather coauteur et multi-instrumentiste
Enquête détaillée : Magic (2019) : Ringo Starr, Steve Lukather, John Pierce et les chœurs →
« Magic » est écrit par Richard Starkey et Steve Lukather. Celui-ci assure guitare et piano, tandis que John Pierce joue de la basse et Bruce Sugar ajoute un synthétiseur. Les voix additionnelles sont confiées à Richard Page, Warren Ham, Windy Wagner et Kari Kimmel ; Ringo chante, tient batterie et percussions.
Lukather n’est pas ici un simple soliste invité. Il participe à la naissance de la chanson puis à son arrangement enregistré. Sa présence à plusieurs niveaux montre pourquoi il est nécessaire de réserver des champs séparés à la composition et à l’exécution, plutôt que de réunir toute contribution sous une mention générique de « collaboration ».
5. Money (That’s What I Want) — un standard de Motown
Enquête détaillée : Money (That’s What I Want) : Ringo Starr retrouve le répertoire Motown →
Ringo reprend le standard de Berry Gordy et Janie Bradford, déjà gravé par Barrett Strong puis par les Beatles dans les années 1960. Sur cette nouvelle lecture, il tient batterie, percussions et chant, Steve Lukather joue de la guitare, Nathan East de la basse, tandis que Bruce Sugar prend en charge piano, orgue et synthétiseurs. Maxine et Julia Waters sont créditées aux chœurs.
Ce retour au répertoire des Beatles n’est pas une composition de Lennon et McCartney, mais une reprise d’un titre antérieur du catalogue américain. La chaîne de transmission — Motown, version des Beatles, réinterprétation de Ringo — représente un sujet de discographie comparée et non une nouvelle collaboration d’écriture entre anciens membres du groupe.
6. Better Days — Sam Hollander et un processus d’enregistrement différent
Enquête détaillée : Better Days : Ringo Starr et Sam Hollander, une production partagée (2019) →
« Better Days » est signé Sam Hollander. Le producteur-compositeur l’écrit en s’inspirant de propos de Ringo recueillis dans une interview. Starr explique avoir demandé le retrait d’un couplet qu’il jugeait trop porté sur l’apitoiement, puis avoir ajouté son chant et sa batterie. Il confie l’avancement du morceau à Hollander, qui le prend en charge hors du circuit habituel des séances de Roccabella West.
La fiche officielle indique une coproduction Ringo Starr–Sam Hollander. Grant Michaels est au piano, Peter Levin à l’orgue, Kaveh Rastegar à la basse, Pete Min à la guitare, James King aux cuivres ; Zelma Davis et Garen Gueyikian participent aux chœurs. La distinction entre composition de Hollander et coproduction est particulièrement claire.
Cette chanson prouve que Ringo ne se limite pas à inviter des amis à écrire autour de lui. Il accepte aussi des œuvres déjà proposées par d’autres, et adapte son apport musical à leur projet.
7. Life Is Good — Gary Burr, un titre devenu chanson
Enquête détaillée : Life Is Good : Ringo Starr, Gary Burr et Benmont Tench (2019) →
Ringo compose « Life Is Good » avec Gary Burr. Il raconte avoir repris cette formule après un événement au Paley Center et la découverte de l’organisation du même nom. L’histoire relève de la genèse du titre : elle ne signifie pas que l’organisation ou ses fondateurs apparaissent comme musiciens de la prise.
Steve Lukather joue de la guitare, Nathan East de la basse, Benmont Tench de l’orgue et Bruce Sugar du synthétiseur. Richard Page, Warren Ham, Windy Wagner et Kari Kimmel sont aux chœurs. Les mêmes voix se retrouvent sur d’autres morceaux, mais avec des combinaisons instrumentales qui varient de chanson en chanson.
8. Thank God For Music — seconde rencontre avec Sam Hollander
Enquête détaillée : Thank God For Music : Ringo Starr, Sam Hollander et Jim Cox (2019) →
Le titre, coécrit par Starkey et Hollander, installe le thème même de la vocation musicale au centre du disque. Ringo joue de la batterie, des percussions et chante. Steve Lukather intervient à la guitare, Jim Cox aux claviers (basse synthétique, piano et orgue), Bruce Sugar sur un tapis vocal synthétique ; Maxine et Julia Waters assurent les chœurs.
Il faut distinguer cette coproduction d’écriture avec Hollander de « Better Days », qui est une composition signée Hollander seul. Les deux enregistrements rendent visibles deux modalités de travail sous un même nom de partenaire : apporter une chanson préexistante ou construire une œuvre ensemble.
9. Send Love Spread Peace — Gary Nicholson et le langage de Ringo
Enquête détaillée : Send Love Spread Peace : Ringo Starr, Gary Nicholson et Nathan East (2019) →
Coécrite avec Gary Nicholson, cette chanson prolonge les thèmes de paix et de fraternité que Starr met depuis longtemps au cœur de son discours public. L’effectif comprend Steve Dudas à la guitare, Nathan East à la basse, Benmont Tench à l’orgue et au piano, Windy Wagner et Amy Keys aux chœurs. Ringo joue la batterie, les percussions et chante.
Au plan historique, le refrain et le titre prolongent une continuité plutôt qu’une innovation de langage. Ce qui change, c’est le contexte d’enregistrement : une équipe resserrée à domicile, avec Bruce Sugar comme partenaire technique et des invités répartis par chanson.
10. What’s My Name — Colin Hay, l’All-Starr Band et le cri du public
Enquête détaillée : What’s My Name : Ringo Starr et Colin Hay, du All-Starr Band au studio (2019) →
Le titre de l’album a été écrit par Colin Hay, ancien leader de Men at Work et membre de plusieurs formations de l’All-Starr Band. Ringo rapporte que Hay avait conçu la chanson plusieurs années auparavant et peinait à retrouver sa partition. Une fois présentée au studio, elle lui permet de transformer son appel habituel au public — « What’s my name? » — en refrain de disque.
Colin Hay intervient à la guitare et aux chœurs, Steve Lukather à la guitare, Nathan East à la basse, Warren Ham à l’harmonica ; Maxine et Julia Waters complètent les voix. Ringo conserve batterie, percussions et chant principal. Le titre n’est pas une coécriture collective de l’All-Starr Band, même si sa genèse appartient à l’histoire de ce groupe de tournée.
La chanson possède ainsi deux vies : un motif de scène qui préexistait au master et une composition précisément créditée à Colin Hay. La fiche distingue l’expérience du public de la création juridique de l’œuvre.
Bilan des crédits et de la postérité
What’s My Name fait dialoguer des collaborations de longue date et des apports nouveaux. Joe Walsh, Dave Stewart, Steve Lukather, Colin Hay, Nathan East et Benmont Tench incarnent le réseau fidèle de Ringo. Sam Hollander introduit une autre méthode de composition et de production. « Grow Old With Me » impose, de son côté, une enquête sur l’histoire des démos de Lennon et sur le sens des hommages aux Beatles.
L’album conserve dix titres et aucun argument solide ne permet d’attribuer à Paul McCartney des prestations sur d’autres plages que « Grow Old With Me ». Il ne faut pas non plus faire de Joe Walsh un coauteur de la chanson de Lennon parce qu’il joue de la guitare sur cette prise. La précision des crédits est une responsabilité documentaire autant qu’un service rendu aux collectionneurs.
Pour une future sessionographie détaillée, les priorités sont l’identification des dates par studio, la vérification des éventuelles éditions territoriales et la confrontation des paroles et des métadonnées de composition. Ces éléments ne sont pas inventés à partir du seul communiqué de lancement.
Enquête complémentaire
Études transversales et guides des éditions
Au-delà des fiches consacrées à chacune des chansons, les notices suivantes confrontent les crédits des différents masters, les collaborations artistiques et les éditions physiques documentées.
Colin Hay, Joe Walsh et Edgar Winter : la naissance des chansons de 2019
Lire l’étude spécialisée, avec sources et précautions de catalogage →
Sam Hollander et Ringo Starr : Better Days, Thank God For Music et la production
Lire l’étude spécialisée, avec sources et précautions de catalogage →
What’s My Name (2019) : SHM-CD UICY-15842, vinyles noir et couleur
Lire l’étude spécialisée, avec sources et précautions de catalogage →
Sources et limites documentaires
Sources principales : annonce officielle du 13 septembre 2019 sur ringostarr.com, avec l’intégralité des dix tracklists et crédits ; republication institutionnelle sur thebeatles.com ; témoignage de Ringo sur Jack Douglas, les Bermuda Tapes et le rôle de McCartney. Les titres de chansons et attributions suivent les crédits publiés par l’artiste.
Les crédits ci-dessus se rapportent aux versions publiées en 2019. Une date exacte de séance ne saurait être déduite de la date de publication ; les numéros de prises et les détails du montage ne sont pas systématiquement documentés.












