YELLOW-SUB.NET / PAUL MCCARTNEY / BIOGRAPHIE & FAMILLE
Mike McCartney (Mike McGear)
Du Liverpool des Beatles au Scaffold, aux albums solo et à la photographie : la carrière du frère de Paul McCartney.
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En bref
- Peter Michael McCartney, connu sur scène sous le nom de Mike McGear, est né le 7 janvier 1944 à l’hôpital de Walton, à Liverpool. Il est le cadet de Paul McCartney, de dix-huit mois son aîné, et son seul frère.
- Apprenti coiffeur au début des années 1960, il rejoint le milieu des poètes et des happenings de Hope Hall, d’où naît The Scaffold, trio de satire, de poésie et de chansons qu’il forme avec Roger McGough et John Gorman. Le nom du groupe vient du film de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud, dont la bande originale de Miles Davis était sortie au Royaume-Uni sous le titre Lift to the Scaffold.
- Il compose seul Thank U Very Much (n° 4 au Royaume-Uni en 1967), né d’un coup de téléphone pour remercier Paul de lui avoir offert un Nikon. L’année suivante, Lily the Pink, produit par Norrie Paramor et non par George Martin, devient le numéro un de Noël 1968 et se dispute la première place en janvier 1969 avec une chanson de son frère, Ob-La-Di, Ob-La-Da, reprise par Marmalade.
- Il enregistre trois albums hors du Scaffold : McGough & McGear (1968), avec Jimi Hendrix en invité, Woman (1972) et McGear (1974), produit par Paul et joué avec les Wings aux Strawberry Studios de Stockport.
- Brian Epstein le surnommait Flash Harry. Ses photographies de Forthlin Road et de la Cavern sont devenues des documents d’histoire, au point d’avoir guidé la restauration de la maison familiale par le National Trust.
- À 82 ans, il reste actif : coffret A Box of Scaffold en 2025, participation au documentaire de la BBC McCartney: The Hunt for the Lost Bass en avril 2026, spectacle en duo avec l’humoriste Adam Hills.
- Huit correctifs factuels rectifient au fil du texte les erreurs les plus répandues, des fiches automatiques qui lui attribuent une fortune imaginaire à la confusion sur le producteur de Lily the Pink.
Dans l’histoire des Beatles, tout le monde a un rôle. Il y a les quatre, il y a les épouses, les managers, les producteurs, les roadies, les photographes, les rivaux. Et puis il y a une catégorie à part, que les biographes traitent souvent en note de bas de page : la famille. Parmi ces proches, un homme occupe une place unique. Il a dormi dans la chambre voisine de celle de Paul McCartney pendant toute l’adolescence, il a entendu à travers la cloison les premières chansons de Lennon et McCartney, il a photographié les répétitions dans le salon, il a été le témoin de mariage de Paul. Et il a passé sa vie à refuser d’être réduit à cela.
Mike McCartney, qui s’est appelé Mike McGear pendant près de vingt ans, est un cas d’école. Il prouve qu’on peut grandir à l’ombre de l’homme le plus célèbre de la planète sans devenir ni son imitateur, ni son ennemi, ni son exploitant. Sa trajectoire traverse trois mondes que l’on croit séparés : la pop des classements, la poésie orale de Liverpool et la photographie documentaire. Elle mérite d’être racontée pour elle-même, et pas seulement comme un reflet de celle de Paul.
Cette biographie reprend l’ensemble du parcours, de la maternité de Walton jusqu’aux projets de 2026, avec un soin particulier pour la discographie, les dates, les numéros de catalogue et les sources. Elle complète les angles déjà abordés sur Yellow-Sub, notamment notre première biographie de Mike McCartney, notre portrait du photographe surnommé Flash Harry et l’article consacré à ses lettres de Hambourg, en y ajoutant les éléments parus depuis et les détails que les récits courants laissent de côté.
Mike McGear en un coup d’œil : la fiche d’identité
Avant d’entrer dans le récit, voici les repères essentiels. Chacun est développé et sourcé plus loin.
| Rubrique | Information |
|---|---|
| Nom de naissance | Peter Michael McCartney |
| Naissance | 7 janvier 1944, Walton Hospital, Liverpool |
| Parents | James “Jim” McCartney (1902-1976), représentant en coton et ancien chef d’orchestre amateur ; Mary Patricia McCartney, née Mohin (1909-1956), infirmière puis sage-femme |
| Fratrie | Paul McCartney (né le 18 juin 1942) ; Ruth McCartney, fille d’Angela Williams, adoptée par Jim en 1964 |
| Études | Liverpool Institute, deux classes derrière Paul |
| Pseudonymes | Mike McGear, Michael McGear ; un temps envisagés : Mike Blank, Mike Dangerfield, Mike McFab |
| Groupes | The Scaffold (1964-1977, puis réunions), GRIMMS (1971-1973) |
| Albums hors Scaffold | McGough & McGear (1968), Woman (1972), McGear (1974) |
| Plus grands succès | Lily the Pink (n° 1 UK, 1968), Thank U Very Much (n° 4, 1967), Liverpool Lou (n° 7, 1974), Leave It en solo (n° 36, 1974) |
| Autres métiers | Commis tailleur, apprenti coiffeur, photographe, auteur, conférencier |
| Distinctions | Honorary Fellow de la Liverpool John Moores University (2005) ; British Empire Medal (2019) |
| Vie familiale | Marié à Angela Fishwick (1968), trois filles ; puis à Rowena Horne (1982), trois fils |
| Résidence | Heswall, sur la péninsule de Wirral, dans la même maison depuis plus d’un demi-siècle |
Correctif factuel n° 1 — Ni 1943, ni “frère aîné” : les erreurs d’état civil qui circulent
La date de naissance de Mike McCartney est régulièrement faussée. On trouve en ligne le 7 janvier 1943, ce qui le ferait naître moins de sept mois après Paul : c’est biologiquement impossible, et toutes les biographies sérieuses donnent 1944. On lit aussi, y compris dans la presse européenne de 2026, que Paul serait né le 16 juin 1942 : il est né le 18 juin. Enfin, certaines fiches de vulgarisation présentent Mike comme “le plus jeune frère” de Paul, comme s’il y en avait d’autres. Paul et Mike sont les deux seuls fils de Jim et Mary McCartney ; Ruth, née en 1960, est une demi-sœur par adoption.
Walton, 1944 : le cadet d’une famille ouvrière de Liverpool
Une naissance dans l’hôpital de sa mère
Peter Michael McCartney naît le vendredi 7 janvier 1944 au Walton Hospital, dans le nord de Liverpool. Le choix de l’établissement n’a rien d’un hasard : sa mère, Mary, y a travaillé comme infirmière responsable du service de maternité. Paul y est né dix-huit mois plus tôt. L’Angleterre est en guerre, le port de Liverpool porte encore les cicatrices des bombardements du printemps 1941, les tickets de rationnement règlent le quotidien.
Le premier prénom, Peter, ne sera presque jamais utilisé. Dans la famille, on l’appelle Michael, puis Mike. Le prénom officiel ressurgira de loin en loin, sur des documents administratifs ou, comme en janvier 2024, sur un bracelet d’hôpital qu’il photographiera lui-même pour ses abonnés. Cette dualité de prénoms annonce, sans le savoir, une vie entière placée sous le signe des noms multiples.
Mary Mohin, l’infirmière qui faisait bouillir la marmite
Mary Patricia Mohin est née en 1909 à Liverpool dans une famille d’origine irlandaise. Elle est catholique, travailleuse, ambitieuse pour ses enfants. Son métier fait vivre la famille plus sûrement que celui de son mari, et il détermine même les logements : les sages-femmes de quartier se voient attribuer des maisons au cœur des cités où elles exercent. Les McCartney déménagent ainsi plusieurs fois au gré de ses affectations, d’Anfield à Wallasey, de Speke à Allerton.
Jim McCartney, protestant peu pratiquant, a son idée sur l’école. Il estime que les établissements catholiques font trop de place à la religion et pas assez à l’instruction. Les deux garçons, baptisés catholiques, fréquenteront donc l’école publique. Ce compromis, discret, en dit long sur l’atmosphère du foyer : on y négocie plus qu’on ne s’affronte.
Jim Mac, le père qui jouait à l’oreille
James McCartney, né en 1902, est représentant pour un négociant en coton. Dans les années 1920, il a dirigé un petit orchestre de danse, le Jim Mac’s Jazz Band. Il joue du piano à l’oreille, sans solfège, et la maison résonne de standards, de chansons de music-hall et d’airs de l’entre-deux-guerres. Les fêtes de famille, où oncles et tantes se pressent autour du piano, sont la première école des deux garçons. Mike le dira souvent : ils ont appris par imitation, l’oreille collée à l’instrument, exactement comme leur père. Notre article sur l’influence des parents de Paul McCartney détaille cette éducation musicale domestique, et la page de notre encyclopédie sur l’enfance de Paul à Liverpool en retrace le cadre.
Jim a aussi un sens de l’humour très particulier, fait de proverbes détournés, de jeux de mots et de pince-sans-rire. Il ne le sait pas encore, mais il est en train de former un futur membre d’un trio de satire.
Deux frères, deux tempéraments
Les témoignages familiaux décrivent très tôt une répartition des rôles. Paul est l’aîné appliqué, celui qui s’installe au piano et qui travaille. Mike est le clown, celui qui fait rire la tablée, imite les voisins, invente des personnages. Les deux garçons sont proches, complices, parfois rivaux, comme tous les frères rapprochés en âge. Mike entre au Liverpool Institute, le lycée de garçons de Mount Street, deux classes derrière Paul, dans l’établissement que fréquente aussi George Harrison.
Dans les interviews données à l’âge adulte, Mike insiste sur un point : leurs parents les traitaient exactement de la même façon. Pas d’enfant préféré, pas de prodige désigné. Il en a tiré une conclusion très liverpuldienne, qu’il formulait en 2022 dans le Sunday Express : si Paul n’avait pas croisé John Lennon, lui-même parlerait aujourd’hui à son interlocuteur en tant que médecin, professeur ou prêtre, et Mike n’aurait jamais fait partie du Scaffold. La boutade dit l’essentiel : dans cette famille, la musique était une passion partagée, pas un destin écrit.
31 octobre 1956 : l’année où tout bascule
La mort de Mary
Au cours de l’année 1956, Mary McCartney souffre de douleurs à la poitrine. Elle les met d’abord sur le compte de la fatigue et de l’âge. Le diagnostic arrive trop tard : un cancer du sein. Elle meurt le 31 octobre 1956, à l’âge de quarante-sept ans, des suites d’une embolie survenue après l’opération. Paul a quatorze ans. Mike en a douze.
Mike a gardé de cette période l’un des souvenirs les plus douloureux de la mythologie familiale : un soir, entrant dans la chambre, il trouve sa mère en larmes, un chapelet à la main. Il n’a pas compris, sur le moment, ce que cela signifiait. Nous avons évoqué cette scène dans notre article sur ce que Paul McCartney ferait avec une machine à remonter le temps.
Jim se retrouve seul avec deux adolescents et un salaire modeste. Les tantes, Jin et Millie en tête, viennent aider pour les repas et le linge. La maison de Forthlin Road, où la famille s’est installée en 1955, devient un foyer d’hommes, un peu désordonné, très soudé.
Un banjo pour l’un, une guitare pour l’autre
Peu après la mort de Mary, selon la notice biographique lue lors de sa nomination comme membre honoraire de la Liverpool John Moores University en 2005, Jim achète un banjo à Mike et une guitare à Paul. L’image est saisissante : deux instruments pour deux deuils. Paul s’enfermera dans la guitare jusqu’à l’obsession. Mike, lui, n’accroche pas vraiment au banjo. Il trouvera son propre refuge quelques années plus tard, dans un objet beaucoup moins bruyant : l’appareil photo.
On a souvent dit que la musique avait sauvé Paul du chagrin. On pourrait dire, avec autant de justesse, que l’image a sauvé Mike. Le premier a choisi de remplir le silence, le second de fixer ce qui restait. Quinze ans plus tard, Mike placera une photographie de sa mère sur la pochette de son premier album solo, Woman. Paul, de son côté, fera d’elle la “Mother Mary” de Let It Be. Chacun a trouvé sa manière de la faire revenir.
Forthlin Road, les Quarrymen et le bras cassé (1955-1960)
20 Forthlin Road, la maison-studio
La maison mitoyenne du 20 Forthlin Road, à Allerton, est une construction municipale récente, modeste, avec deux chambres à l’étage et un petit jardin à l’arrière. C’est là que les deux frères passent leur adolescence. C’est là, surtout, qu’à partir de 1957 John Lennon vient travailler avec Paul les après-midi où Jim est au bureau. Le salon devient une salle de répétition, la cuisine un lieu de composition, le jardin un décor de photographie. L’histoire de la maison, aujourd’hui propriété du National Trust, est racontée dans nos articles sur 20 Forthlin Road et sur la clé de la maison vendue aux enchères, adjugée finalement 6 100 livres.
Mike est aux premières loges. Il entend les accords hésitants, les fous rires, les disputes, les premières harmonies. Il voit aussi arriver un jour une batterie dont personne ne sait très bien d’où elle vient, “tombée de l’arrière d’un camion” selon l’expression consacrée. Le cadet s’y essaie pendant que l’aîné travaille ses accords.
Le camp scout et le bras cassé
L’été 1957 est celui de la rencontre de Woolton, le 6 juillet, entre Paul et John. Quelques semaines plus tard, les deux frères partent en camp scout à Hathersage, dans le Derbyshire, puis en vacances familiales au camp Butlin’s de Filey, dans le Yorkshire. Plusieurs récits rapportent qu’ils y montent ensemble sur la scène d’un concours de talents pour chanter un succès des Everly Brothers, Mike portant le bras en écharpe.
Car c’est lors d’un camp scout, à treize ans, que Mike se casse le bras. Il a décrit la blessure avec précision : le bras gauche abîmé, les tendons touchés, la main gauche paralysée pendant près de deux ans. Pour un garçon qui tapait sur une batterie, c’est la fin d’une vocation possible. Il ne reprendra jamais sérieusement l’instrument.
Mike a toujours raconté cet accident avec un humour désarmant. À l’en croire, s’il était devenu le batteur du groupe de son frère, les Beatles auraient fini comme Oasis, déchirés par une rivalité fraternelle à la Liam et Noel Gallagher. Essayer de suivre Paul, a-t-il ajouté, aurait été ridicule. Le bras cassé est devenu, dans son récit, une chance déguisée.
Correctif factuel n° 2 — Mike n’a jamais été “le premier batteur des Beatles”
La formule fait recette, jusque dans des titres de presse et dans d’anciens articles de ce site. Elle repose sur des souvenirs réels mais télescope les époques. En 1957, Mike a treize ans ; il tape sur une batterie familiale dans le salon de Forthlin Road, parfois en présence des Quarrymen, et un ancien membre du groupe lui a assuré des décennies plus tard qu’il “jouait de la batterie pour eux”. Mike reconnaît lui-même ne pas en avoir gardé le souvenir. Les Quarrymen ont alors un batteur attitré, Colin Hanton. Le nom de Beatles n’apparaît qu’en 1960, et Pete Best n’est recruté qu’en août 1960, trois ans plus tard, avant le départ pour Hambourg. Quand Mike dit en plaisantant que Pete Best a “pris sa place”, il fait de l’ironie, pas de l’histoire. Il n’a jamais été membre ni des Quarrymen ni des Beatles.
Allerton Library et le révélateur
Si la musique se ferme, l’image s’ouvre. Mike commence à photographier à la fin des années 1950 avec un appareil bon marché, acheté environ trois livres lors d’un échange scolaire en Allemagne. Il ne se contente pas d’appuyer sur le déclencheur : il veut comprendre. Il emprunte des livres de technique à la bibliothèque municipale d’Allerton, consacre son argent de poche aux produits de développement et de fixage, et découvre, selon ses propres mots rapportés en 2005, qu’il y a littéralement davantage dans la photographie que ce que l’on voit.
Le 8 mars 1958, au mariage de son cousin Ian, il réalise l’une des images les plus précieuses de la préhistoire des Beatles : John, Paul et George jouant ensemble en Quarrymen, en couleur. George n’a pas quinze ans. Aucun photographe de presse ne pouvait être là. Il fallait être de la famille. Tout ce qui fera la valeur de l’œuvre de Mike est déjà contenu dans ce cliché : l’accès, la proximité, le regard de l’intérieur.
Flash Harry : l’œil du cadet sur les Beatles d’avant la gloire (1960-1963)
Le Rollei rapporté de Hambourg
Au début des années 1960, Paul revient de Hambourg avec un cadeau pour son frère : un Rollei, un appareil reflex à deux objectifs, choisi sur les conseils d’Astrid Kirchherr, la photographe allemande qui a donné aux Beatles leur première image forte. Le détail compte. L’esthétique hambourgeoise, ce noir et blanc contrasté, ces visages sculptés par une lumière latérale, entre à Forthlin Road par le biais d’un cadeau fraternel. Mike reconnaîtra l’influence d’Astrid sur sa manière de placer ses sujets et d’utiliser la lumière. Plus tard viendront des Nikon, et le flash qui va lui valoir son surnom.
Un surnom signé Brian Epstein
Lorsque Brian Epstein prend les Beatles sous contrat, fin 1961, il croise sans cesse ce garçon qui mitraille les répétitions et les coulisses au flash. Il le baptise Flash Harry. L’expression, empruntée à un personnage de la série de films comiques St Trinian’s, désigne en anglais un type un peu voyant, et elle joue évidemment sur le flash. Le surnom n’a rien de méchant : il dit la présence familière, constante, presque transparente de Mike dans l’entourage du groupe entre 1961 et 1963. Notre portrait Mike McCartney, Flash Harry est entièrement consacré à cette période.
Des images devenues documents
Parmi les photographies de cette époque, plusieurs sont devenues des pièces d’archive. L’une montre John et Paul dans le salon de Forthlin Road, guitares en main, penchés sur un cahier d’écolier : ils écrivent la chanson qui ouvrira le premier album des Beatles, et l’on distingue sur la page un titre corrigé, la chanson ayant d’abord été pensée à la troisième personne. Une autre, prise en juillet 1962, montre Gene Vincent avec John et Paul à la Cavern ; le négatif, égaré, n’a été retrouvé qu’en 2016. Une troisième, prise la même année dans l’arrière-cour, montre Paul jouant de la guitare derrière le linge qui sèche. La famille l’appelait Paul Under Washing. En 2005, Paul la choisira pour la pochette de Chaos and Creation in the Backyard, comme nous le racontons dans notre dossier Chaos and Creation in the Backyard : le jour où Paul McCartney accepta d’être contredit.
Ce qui frappe, dans ces images, c’est l’absence de pose. Les Beatles n’y sont pas encore des icônes. Ils se coiffent devant un miroir de chambre à coucher, grimpent à une gouttière, fument dans une loge, rient d’une blague qu’on n’entendra jamais. Le producteur de cinéma David Puttnam a résumé l’effet de ces photographies en les comparant à une machine à remonter le temps. Mike, lui, a toujours expliqué qu’en photographiant les deux compositeurs au travail, il s’intéressait d’abord à la forme de la guitare dans le cadre. Le regard d’un photographe, pas celui d’un fan.
Sur la métamorphose du groupe au retour d’Allemagne, il a laissé un témoignage d’une grande force : selon lui, c’était comme si une fusée avait décollé, ou plutôt comme si une bombe avait explosé, tant la cohésion et les harmonies avaient changé. Il a aussi pris la défense de Ringo Starr face aux nostalgiques de Pete Best, avec une formule musicalement juste : Pete était un solide batteur de rock’n’roll, Richy inventait.
Les lettres de Hambourg
Pendant que les Beatles se forgent dans les clubs de la Reeperbahn, Mike reçoit du courrier. Il a conservé une lettre de Stuart Sutcliffe datée de février 1962, deux mois avant la mort du peintre, et une lettre de Paul de mai 1962, à laquelle John Lennon a ajouté quelques lignes moqueuses sur la recherche d’emploi du cadet dans la coiffure. Ces documents ont été exposés à l’hôtel de ville de Hambourg du 9 au 25 mai 2026 dans l’exposition From Me to You, consacrée aux liens entre les deux villes portuaires. Nous les avons présentés dans Mike McCartney, le frère qui avait choisi de ne pas être Paul.
Ranelagh Street : le tailleur, le coiffeur et les futures vedettes
Jackson the Tailors
À dix-sept ans, en 1961, Mike quitte l’école. Son premier emploi l’emmène chez Jackson the Tailors, un tailleur de Ranelagh Street, au cœur commerçant de Liverpool. Il y découvre le monde du travail, les clients, les rituels du commerce. L’expérience ne dure qu’un an.
Apprenti chez André Bernard
En 1962, il devient apprenti coiffeur pour dames chez André Bernard, un salon de la même rue. C’est là qu’il se trouve au moment où les Beatles commencent à percer. L’équipe du salon compte deux futurs visages célèbres de la télévision britannique : Lewis Collins, qui deviendra l’un des héros de la série The Professionals, et Jimmy Tarbuck, futur pilier de l’humour populaire et présentateur vedette. Le petit salon de Ranelagh Street aura donc formé, en même temps, un acteur de série d’action, un animateur de télévision et un membre d’un groupe numéro un des ventes.
Le métier de coiffeur n’est pas anodin dans l’histoire des Beatles. La coupe du groupe, cette frange qui deviendra un phénomène mondial, est alors en train de se répandre, et nous avons consacré une enquête à la naissance de la coupe des Beatles. Mike, lui, apprend le shampoing, la mise en plis et surtout l’art de la conversation. Le salon de coiffure est un théâtre : on y entend tout, on y observe les manies, les accents, les petites vanités. Les personnages qu’il croise nourriront plus tard les sketches du Scaffold.
Un collègue et une invitation
C’est au salon que tout bascule, par le hasard d’une conversation. Un collègue coiffeur, Mike Weinblatt, Londonien et peintre à ses heures, lui fait remarquer qu’il a l’air d’avoir une sensibilité artistique et qu’il aimerait sans doute ce qui se passe à Hope Hall. Mike, que ses collègues appellent alors Peter, accepte de venir voir. Il ne le sait pas encore, mais il vient de trouver sa voie, et elle ne passe ni par la guitare ni par la Cavern.
Hope Hall et la naissance du Scaffold (1962-1964)
Un autre Liverpool
On réduit souvent le Liverpool du début des années 1960 au Merseybeat, aux caves enfumées et aux groupes à guitares. La réalité est plus riche. Autour du quartier de Hope Street, entre la cathédrale anglicane et l’université, une génération de poètes, de peintres et d’acteurs invente une culture orale, urbaine, drôle, très influencée par la beat generation américaine et par les happenings new-yorkais. Hope Hall, une ancienne chapelle reconvertie en salle de spectacle, qui deviendra en 1964 l’Everyman Theatre, en est l’un des foyers. Mike l’a résumé ainsi : Liverpool, au début des années 1960, était en ébullition sur tous les fronts à la fois. Notre histoire du Merseybeat évoque ce versant poétique de la ville.
Les figures de ce mouvement s’appellent Adrian Henri, peintre et poète, Brian Patten, le plus jeune, et Roger McGough. Penguin les consacrera en 1967 avec l’anthologie The Mersey Sound, l’un des recueils de poésie les plus vendus de l’histoire britannique.
The Liverpool One Fat Lady All Electric Show
En 1962, un ingénieur des Postes passionné de spectacle, John Gorman, s’occupe de l’organisation du Merseyside Arts Festival. Il y rencontre Roger McGough, professeur d’anglais et poète. Les deux hommes croisent ensuite le jeune apprenti coiffeur. Avec Adrian Henri et deux jeunes femmes, ils forment une revue au nom improbable : The Liverpool One Fat Lady All Electric Show. Le titre est un clin d’œil local. Au loto britannique, “one fat lady” est l’annonce du chiffre 8, et la plupart des membres habitent Liverpool 8, le code postal du quartier de Toxteth.
Le spectacle mêle sketches, poèmes dits, improvisations et provocations. En décembre 1963, alors que la troupe joue des numéros comiques à Hope Hall, un dénicheur de talents de la chaîne ABC Television repère les trois garçons. Il leur propose de fournir des sketches pour Gazette, une émission de fin de soirée. C’est le premier contrat. Le succès de cette collaboration convainc le trio de passer professionnel en 1964.
Pourquoi “The Scaffold” : de Louis Malle au pub Eagle
Le nom de la revue est trop long, personne ne s’en souvient. Il faut trouver autre chose. La décision se prend dans un pub de Paradise Street, l’Eagle Hotel, tenu par un oncle et une tante de Mike, Bill et Dil. Gorman et McGough écoutent beaucoup, à l’époque, la bande originale composée par Miles Davis pour Ascenseur pour l’échafaud, le film de Louis Malle sorti en 1958, que le marché britannique connaît sous le titre Lift to the Scaffold. Le mot “scaffold” leur plaît : il évoque à la fois l’échafaudage, donc la construction, et l’échafaud, donc l’exécution. Construire et déconstruire, tout le programme d’un groupe satirique. Les lecteurs français apprécieront l’ironie : l’un des groupes les plus anglais qui soient doit son nom à un classique de la Nouvelle Vague et à un trompettiste de jazz enregistré à Paris.
Roger McGough a ajouté une autre dimension, dans les notes du coffret publié en 2025 : le trio se moquait des hommes politiques et montait sur scène habillé tout en noir, avec des gants, comme des bourreaux. Le nom collait donc aussi au costume.
De Peter McCartney à Mike McGear
C’est dans ce même pub que Mike change de nom. Il sait qu’un McCartney sur scène, au moment où les Beatles deviennent un phénomène, sera immédiatement soupçonné de profiter de la notoriété de son frère. Il veut être jugé sur son travail. Il a raconté avoir failli s’appeler Mike Blank, Mike Dangerfield ou Mike McFab. Il retient McGear. Dans l’argot des adolescents de Liverpool, une chose formidable est “fab” ou “dead gear”. Mike McFab aurait été trop transparent ; McGear, selon la notice de 2005, sonnait plus irlandais, ce qui ne déplaisait pas au fils de Mary Mohin.
Il a résumé sa philosophie d’une phrase : à Liverpool, on vous inculque qu’on ne profite pas de la célébrité de son frère, on fait quelque chose par soi-même. Plusieurs articles rappellent qu’il évitait même, dans les premières années, de confirmer publiquement sa parenté avec Paul, ce qui était sans doute le secret le moins bien gardé du show-business britannique. Le détail figure dans notre sélection des 20 faits méconnus sur Paul McCartney.
Anatomie d’un trio inclassable
Trois hommes, trois métiers
The Scaffold repose sur un équilibre rare entre trois tempéraments complémentaires.
Roger McGough, né le 9 novembre 1937 à Liverpool, est le poète. Professeur de formation, il manie un humour pince-sans-rire et un sens du rythme verbal qui feront de lui, des décennies plus tard, l’une des voix les plus familières de la radio britannique et l’un des poètes les plus lus du pays.
John Gorman, né le 4 janvier 1936 à Birkenhead, de l’autre côté de la Mersey, est l’homme de scène. Comédien physique, capable de tenir une salle par la seule gestuelle, il créera le personnage du policier ahuri P.C. Plod et deviendra à la fin des années 1970 l’un des piliers de Tiswas, l’émission culte de la télévision pour enfants du samedi matin.
Mike McGear, le benjamin, apporte l’oreille, la mélodie et une voix dont le timbre rappelle par instants, ce n’est pas un hasard, celle de son frère. Il est aussi le plus réticent, au départ, à faire entrer la musique dans le spectacle : il a vu ce qu’elle a fait de Paul et il se méfie.
Andy Roberts, le quatrième homme
Un nom revient dans toute la carrière du trio sans jamais figurer sur la pochette comme membre : Andy Roberts. Guitariste, il collabore avec le groupe dès 1962, assure la direction musicale et les arrangements sur scène et joue sur un grand nombre d’enregistrements. Il sera aussi l’un des fondateurs de GRIMMS. Sans lui, le Scaffold n’aurait jamais pu passer du cabaret au disque.
Un spectacle avant d’être un disque
Il faut insister sur ce point, que les classements font oublier : The Scaffold est d’abord une troupe de scène. Pendant des années, le trio tourne dans les universités et les théâtres avec un spectacle de satire où les chansons ne sont qu’un ingrédient parmi d’autres. Mike a raconté qu’on venait lui dire à la sortie qu’il était complètement fou, et qu’il répondait que c’était bon signe, puisque le public commençait à comprendre. Le premier album du groupe, enregistré en public, ne comporte d’ailleurs presque pas de musique.
Parlophone, 1966-1967 : les années d’essai
Deux premiers singles sans succès
Le trio signe chez Parlophone, le label des Beatles, en 1966. Le premier single, 2 Day’s Monday, couplé à 3 Blind Jellyfish, paraît en mai 1966 sous la référence R 5443. Il est produit par George Martin. La chanson n’entre pas dans les classements, mais sa mélodie servira plus tard d’indicatif à l’émission de télévision du groupe.
Le deuxième, Goodbat Nightman, couplé à Long Strong Black Pudding, sort en décembre 1966 (R 5548). C’est une parodie de Batman, en pleine vogue de la série télévisée américaine, avec jeux de mots sur les super-héros. Il est réalisé cette fois par Charles Blackwell. Nouvel échec commercial.
Brian Epstein, manager perplexe
Le trio passe un temps sous la coupe de NEMS, la société de Brian Epstein, qui gère la plupart des artistes de Liverpool sous contrat avec EMI. La collaboration ne donne pas grand-chose. Mike l’a expliqué avec une grande lucidité : le Scaffold n’étant pas un groupe pop, Epstein ne savait pas vraiment quoi en faire. Le trio ne rentrait dans aucune case du catalogue que nous avons retracé dans notre dossier Brian Epstein n’a pas managé que les Beatles. Dans un entretien accordé en 2025 au podcast The Strange Brew, Mike a raconté avoir été remercié par EMI, puis repris. La maison de disques hésitait, elle aussi.
La dernière chance
Fin 1967, le groupe aborde son troisième single comme une ultime tentative. S’il échoue, le Scaffold retournera à la scène et laissera tomber le disque. C’est dans ce contexte, et presque par accident, que naît la chanson qui va tout changer.
Thank U Very Much (1967) : un merci au téléphone devenu tube
Un Nikon et un coup de fil
Pour son anniversaire, Paul offre à Mike un appareil Nikon. Mike décroche son téléphone pour le remercier et, au lieu de le dire, il le chante : merci beaucoup pour mon Nikon, merci beaucoup, merci beaucoup, beaucoup, beaucoup. La ritournelle lui reste en tête. Il l’enregistre sur un magnétophone Grundig, la développe, la transforme en chanson. Il le racontera souvent : de toutes les chansons du Scaffold, c’est sa préférée, pour une raison simple, c’est lui qui l’a écrite. Lily, dit-il, on l’aimera toujours, mais Thank U Very Much est à lui.
La sortie et le classement
Le single paraît en novembre 1967 chez Parlophone, sous la référence R 5643, avec Ide B the First en face B. Il grimpe jusqu’à la quatrième place du classement britannique et y reste douze semaines. Aux États-Unis, où il sort sur le label Bell (Bell 701) en janvier 1968, il atteint la 69e place du Billboard Hot 100 : c’est l’unique entrée du groupe au classement américain. Il se hisse aussi à la première place en Nouvelle-Zélande et à la douzième au Canada, où il est publié par Capitol. Bell en profite pour sortir en septembre 1968 un album américain intitulé Thank U Very Much (Bell 6018).
La chanson s’attire des admirateurs prestigieux. Le Premier ministre Harold Wilson la tient pour l’un de ses disques favoris, et la reine mère Elizabeth l’apprécie, ce que Mike rappelle volontiers.
L’Aintree Iron, l’énigme d’un demi-siècle
Le premier vers remercie pour un mystérieux “Aintree Iron”. Depuis 1967, l’expression occupe les amateurs. Aintree est un faubourg du nord de Liverpool, célèbre pour son hippodrome et le Grand National ; “iron” peut désigner un fer, un objet métallique, un fer à cheval, ou, en argot rimé, tout autre chose. Les théories les plus fantaisistes ont circulé, dont certaines visaient Brian Epstein, que Mike a toujours démenties, notamment parce qu’Epstein ne vivait pas à Aintree. En 2022, John Gorman a avancé l’idée d’un des premiers taxis motorisés de la ville. Mike, lui, n’a jamais livré de réponse définitive. Il s’est contenté, un jour, de cette pirouette : la chanson parlerait de drogue, de femmes, de sexe et de dépravation. On aura compris qu’il s’amuse.
Correctif factuel n° 3 — L’Aintree Iron se trouve dans Thank U Very Much, pas dans Lily the Pink
L’une des sources les plus citées sur l’énigme, une question de la rubrique de lecteurs Notes & Queries du Guardian, demande ce que désigne l’Aintree Iron “mentionné dans la chanson Lily the Pink”. La question elle-même contient l’erreur, reprise depuis par des encyclopédies en ligne. L’Aintree Iron apparaît dans le premier vers de Thank U Very Much (1967), composée par Mike McGear seul. Lily the Pink (1968) est une adaptation collective d’une chanson traditionnelle américaine et ne mentionne pas l’objet.
Une deuxième vie en chocolat, une troisième à l’hôpital
La chanson connaît une carrière exceptionnelle hors des classements. À partir de 1982 et jusqu’en 1998, une adaptation sert de musique aux publicités des chocolats Cadbury Roses, dont le slogan reprend la formule du remerciement. Des générations de Britanniques qui n’ont jamais entendu parler du Scaffold la connaissent par cœur grâce aux boîtes de chocolats de Noël.
Le 9 avril 2020, en plein premier confinement, les trois membres originaux publient une nouvelle version au profit de NHS Charities Together, l’association caritative du service de santé britannique. Ils enregistrent leurs voix chacun chez soi, sur leur téléphone, et les posent sur la bande-orchestre originale enregistrée à Abbey Road en 1967, dont Mike a retrouvé le master dans son grenier. Le clip, réalisé par l’un de ses fils, mêle des images de Mary McCartney, l’infirmière de 1944, et de la fille de Mike, elle-même infirmière au NHS. Le merci d’un frère à un autre est devenu, cinquante-trois ans plus tard, un merci de trois générations aux soignants.
1968, l’année de tous les disques
Do You Remember? : Paul au piano
Pour confirmer le succès, le groupe publie en mars 1968 Do You Remember?, couplé à Carry On Krow (Parlophone R 5679 ; Bell 724 aux États-Unis). La chanson, signée McGear et McGough, est plus douce, plus nostalgique, plus typique des années 1960 aussi. Elle bénéficie d’un invité de marque : Paul McCartney y joue du piano et y chante des harmonies. Le titre provient en réalité des séances de l’album en duo dont il sera question plus loin. Il ne monte qu’à la 34e place, où il reste cinq semaines. Le public attendait un deuxième Thank U Very Much ; il reçoit une ballade douce-amère.
1-2-3, le single oublié
En juin 1968, un quatrième single, 1-2-3, couplé à Today (R 5703), passe presque inaperçu. Il n’entre pas au classement. On le cite rarement, mais il marque la transition entre les deux grands succès du groupe et rappelle que le Scaffold, entre deux tubes, continuait de chercher sa formule.
Le Queen Elizabeth Hall, 10 février 1968
Le premier album du Scaffold, simplement intitulé The Scaffold et devenu par la suite Live at the Queen Elizabeth Hall, sort en juillet 1968 (Parlophone PMC 7051 en mono, PCS 7051 en stéréo). Il a été enregistré en public le 10 février 1968 dans la salle de concert du South Bank, à Londres, que le trio remplit sans difficulté. C’est le document le plus fidèle sur ce que le Scaffold était vraiment : un spectacle de cabaret satirique, fait de poèmes, de saynètes et de dialogues, avec très peu de chansons. Ceux qui ne connaissent le groupe que par ses tubes seront surpris : sur ce disque, la musique est presque un intermède. Il a été réédité en CD en 2006 sous le titre Live at the Queen Elizabeth Hall 1968.
McGough & McGear (1968) : le disque de tous les amis
“Look, we’ve got these poems, I’ve got songs”
Le Scaffold existe toujours, mais deux de ses membres veulent essayer autre chose. Mike l’a raconté dans les notes de la réédition de 2016, rédigées par Mark Powell : il est allé voir Paul en lui disant qu’ils avaient des poèmes, que lui avait des chansons, et que ce serait intéressant de les essayer. Paul organise les premières séances au studio de l’éditeur Dick James, celui qui publie les chansons des Beatles. D’autres suivent aux studios De Lane Lea et peut-être à Abbey Road, selon les souvenirs des uns et des autres. Le chroniqueur Barry Miles signale dans son journal des Beatles une séance à Abbey Road le 26 janvier 1968, avec Paul. L’essentiel du travail se fait à partir de l’été 1967, dans la foulée de Sgt. Pepper.
La production est un joyeux désordre. Mike se souvient que Paul a dirigé certaines séances, que Paul Samwell-Smith, ancien bassiste des Yardbirds, en a pris d’autres en charge, et que tout le monde mettait la main à la pâte. D’où le crédit final, savoureux : produit par “All of Us”, c’est-à-dire par nous tous.
Une liste de passagers
La pochette originale reproduit une liste manuscrite intitulée People on a Train, les gens dans un train. On y lit des noms qui font rêver : Jimi Hendrix, Spencer Davis, Gary Leeds des Walker Brothers, Dave Mason de Traffic, John Mayall, Graham Nash des Hollies, Paul Samwell-Smith, Jane Asher et un certain Paul McCartney. Le train, en réalité, c’est le studio. D’autres sources ajoutent Mitch Mitchell et Noel Redding de l’Experience, Zoot Money aux claviers et Viv Prince, ancien batteur des Pretty Things. Aucun n’est crédité officiellement : tous sont sous contrat avec des maisons de disques différentes, et la séance reste, pour reprendre une formule du livret, une séance de rêve impossible à signer.
Hendrix produit par McCartney
Le disque ouvre sur So Much, une chanson de McGough et McGear où Jimi Hendrix tient la guitare, sous la production de Paul McCartney. C’est la seule collaboration enregistrée connue entre Paul et Hendrix, un fait que les collectionneurs connaissent bien mais que le grand public ignore. Hendrix revient en clôture sur Ex-Art Student, une pièce psychédélique de plus de six minutes où sa wah-wah dialogue avec le sitar de Dave Mason, tandis que Mike, Paul et Graham Nash chantent. Mike l’a raconté sans fioritures : Paul connaissait Hendrix, l’Experience était là, on lui a dit d’entrer et de jouer, et il a joué.
Entre les deux, la face A est occupée en grande partie par une suite de poèmes de McGough, Summer with Monika, qui raconte l’été d’un couple dans une maison réelle, avec ses images domestiques. Paul en a supervisé la mise en sons, ce que McGough a décrit comme le meilleur moment de toute l’aventure. Le titre donnera son nom à un recueil du poète la même année, puis à un album parlé en 1978. Sur Living Room, Jane Asher, alors fiancée de Paul, chante des chœurs, elle aussi sans être créditée.
Apple, puis Parlophone
Le disque a un temps été destiné au catalogue d’Apple Records, le label que les Beatles lancent au même moment. Il paraît finalement chez Parlophone le 17 mai 1968, sous les références PMC 7047 (mono) et PCS 7047 (stéréo), puisque les deux auteurs y sont déjà sous contrat au sein du Scaffold. Nous évoquons ce projet avorté dans notre histoire d’Apple Records, l’utopie musicale des Beatles. Les notes de pochette sont signées Hunter Davies, le futur biographe officiel des Beatles.
L’album ne se vend pas. Il devient avec le temps une pièce de collection chère et recherchée, au croisement de trois mondes : les Beatles, Hendrix et la poésie de Liverpool. Il est réédité en vinyle (PCS 7332) et en CD en avril 1989, publié pour la première fois aux États-Unis en 2012 par Real Gone Music, au Japon en 2014, puis remasterisé en 2016 par Esoteric Recordings dans une édition de deux CD réunissant les mixages mono et stéréo (WECLEC 22524), disponible sur Amazon. La fiche de la chanson Ex-Art Student détaille sur notre site la participation de Paul.
Lily the Pink (1968) : le numéro un de Noël
Une chanson de corps de garde
L’histoire de Lily the Pink commence au XIXe siècle, aux États-Unis. En 1876, une femme d’affaires du Massachusetts, Lydia E. Pinkham, commercialise un fortifiant à base de plantes, le Vegetable Compound, censé soulager les troubles féminins. Le produit, très alcoolisé, connaît un succès considérable et inspire une chanson populaire, The Ballad of Lydia Pinkham, qui devient au fil des décennies une chanson à boire, puis une chanson de rugby aux couplets franchement obscènes. Mike l’a admis sans détour : avant que le Scaffold ne s’en empare, c’était une chanson de rugby dégoûtante.
Le trio la transforme en comptine absurde. Lily invente un composé médicinal miracle, et chaque couplet décrit une guérison plus extravagante que la précédente, chez une galerie de personnages ridicules. Le texte réécrit glisse au passage un clin d’œil aux Hollies et à leur succès Jennifer Eccles, en hommage à Graham Nash, présent à la séance.
9 août 1968, studios EMI
L’enregistrement a lieu le 9 août 1968 aux studios EMI de Londres, dans une atmosphère de fête. Le producteur est Norrie Paramor, l’un des grands noms d’EMI, l’homme qui avait signé Cliff Richard et les Shadows en 1958, devenu producteur indépendant au début de 1968. Son assistant de l’époque n’est autre que Tim Rice, futur parolier de Jesus Christ Superstar et d’Evita, qui chante dans les chœurs. Les arrangements sont confiés à Mike Vickers, ancien membre de Manfred Mann, en collaboration avec le trio.
La distribution des musiciens tient du bottin londonien de 1968 : Jack Bruce, le bassiste de Cream, tient la basse ; Clem Cattini, l’un des batteurs de studio les plus sollicités du pays, est à la batterie ; Andy Roberts joue de la guitare. Dans les chœurs, outre Tim Rice et Graham Nash, sur le point de quitter les Hollies pour Crosby, Stills and Nash, on trouve un jeune pianiste de séance nommé Reg Dwight. Des années plus tard, devenu Elton John, il rappellera à Mike qu’il chantait derrière le Scaffold à l’époque où il utilisait encore son vrai nom. Mike raconte la scène dans son livre de 1981.
Correctif factuel n° 4 — Lily the Pink n’a pas été produit par George Martin
On lit très souvent que tous les disques du Scaffold chez Parlophone ont été produits par George Martin, ce qui renforce le récit d’un groupe “de la maison Beatles”. C’est inexact. George Martin a bien produit le premier single, 2 Day’s Monday, en 1966, mais Goodbat Nightman a été réalisé par Charles Blackwell et Lily the Pink par Norrie Paramor, avec des arrangements de Mike Vickers. Le plus grand succès du Scaffold ne doit donc rien au producteur des Beatles. Il doit beaucoup, en revanche, au producteur de Cliff Richard, ce qui ne manque pas d’ironie.
Le numéro un de Noël, et un duel avec une chanson de Paul
Lily the Pink sort le 10 octobre 1968 (Parlophone R 5734), avec Buttons of Your Mind en face B. La montée est lente, puis irrésistible. Le single atteint la première place du classement britannique en décembre et y reste pendant toute la période des fêtes. Il devient le numéro un de Noël 1968, et il est souvent présenté comme la première chanson comique à obtenir cette position très convoitée. Il passe au total vingt-quatre semaines dans le classement, dépasse le million d’exemplaires vendus et reçoit un disque d’or. Il est aussi numéro un en Irlande, en Australie et en Nouvelle-Zélande, et grimpe à la 5e place en Allemagne de l’Ouest comme en Autriche au début de 1969.
Le détail le plus savoureux se joue en janvier 1969. Le 1er janvier, Lily the Pink est délogé de la première place par Ob-La-Di, Ob-La-Da, chanson de Paul McCartney tirée de l’album blanc, dans la version du groupe écossais Marmalade. La semaine suivante, le 8 janvier, Lily reprend la tête. Le 15 janvier, Marmalade la récupère pour deux semaines. Pendant un mois, le cadet des McCartney et une chanson de son frère se sont arraché le sommet du classement britannique. La coïncidence est d’autant plus belle que les deux titres sortent de la même étoffe de music-hall. Nous avons consacré deux enquêtes à cette chanson de Paul : la granny music que les autres Beatles détestaient et l’étude scientifique de Leipzig.
Correctif factuel n° 5 — Quatre semaines au sommet, mais pas d’affilée
La plupart des notices indiquent que Lily the Pink a passé “quatre semaines consécutives” en tête du classement britannique. Le total de quatre semaines est exact, la continuité ne l’est pas. Le single occupe la première place trois semaines en décembre 1968, la cède à Marmalade le 1er janvier 1969, la reprend pour une semaine le 8 janvier, puis la perd définitivement le 15. Ce chassé-croisé est l’un des derniers retours au sommet d’un même disque sans réédition avant 1993. Par ailleurs, l’idée que le Scaffold aurait alors “battu les Beatles” doit être nuancée : les Beatles n’avaient aucun single en lice à Noël 1968, puisque Hey Jude était sorti en août. La concurrence ne venait pas du groupe, mais d’une de ses chansons, chantée par d’autres.
Postérité et reprises
La chanson a voyagé. Les Irish Rovers en ont donné une version nord-américaine quelques mois plus tard. En France, Richard Anthony l’a adaptée sous le titre Le Sirop Typhon, qui a connu un vrai succès, et une version québécoise s’est moquée de la grippe de Hong Kong de l’hiver 1968-1969. Au Royaume-Uni, Lily the Pink est devenue un classique des fêtes, des cours d’école et des matchs de football. Elle a même fourni en 2019 son nom à une candidate fantaisiste lors d’une élection partielle au pays de Galles. Pour Mike, le succès est un paradoxe : il aime Lily, mais il considère que ce tube a entraîné le groupe sur une tangente, celle des chansons pour enfants, au détriment de la satire qui faisait son identité. Il est, dit-il, sans doute le seul des trois à le penser.
Pendant quelques semaines, le frère cadet de Paul McCartney a été plus haut dans les classements que les Beatles eux-mêmes. Nous avons raconté l’épisode dans le moment surréaliste où le frère de Paul McCartney a surpassé les Beatles.
Le frère dans l’orbite des Beatles (1967-1969)
25 juin 1967 : assis par terre pour All You Need Is Love
Le 25 juin 1967, les Beatles interprètent All You Need Is Love en direct depuis le Studio One d’Abbey Road pour l’émission mondiale Our World, retransmise par satellite dans plusieurs dizaines de pays. Assis par terre au milieu des fleurs, des ballons et des pancartes, un chœur d’amis reprend le refrain : Mick Jagger, Keith Richards, Keith Moon, Eric Clapton, Marianne Faithfull, Graham Nash, Pattie Boyd, Jane Asher, des membres des Small Faces et du collectif The Fool. Et Mike McGear. Il est là comme membre de la famille et du cercle, pas comme vedette. Le détail figure dans notre décryptage des chansons citées dans All You Need Is Love.
Le conseil qui a mis les Bonzo Dog dans Magical Mystery Tour
À l’automne 1967, Paul prépare le film Magical Mystery Tour. Mike, qui fréquente la scène comique et satirique, connaît bien le Bonzo Dog Doo-Dah Band de Vivian Stanshall et Neil Innes. Selon ses souvenirs, rapportés en 2025, c’est lui qui a orienté son frère vers ce groupe. Les Bonzos apparaissent dans la séquence du club de strip-tease, où ils jouent Death Cab for Cutie. Le lien se refermera quatre ans plus tard : Mike, Stanshall et Innes formeront ensemble GRIMMS. Et Neil Innes deviendra, en 1978, l’auteur des pastiches des Rutles, film dans lequel Roger McGough fait d’ailleurs une apparition.
7 juin 1968 et 12 mars 1969 : deux mariages, deux témoins
Le 7 juin 1968, Mike épouse Angela Fishwick dans le nord du pays de Galles. Paul est son témoin. Neuf mois plus tard, le 12 mars 1969, les rôles s’inversent : Paul épouse Linda Eastman au bureau d’état civil de Marylebone, à Londres, et c’est Mike qui est le témoin. Ce matin-là, il manque de ne pas arriver. Il voyage de nuit depuis Birmingham, où il se produit avec le Scaffold, et son train tombe en panne. Il arrive avec une heure de retard ; la cérémonie l’attend. Aucun des trois autres Beatles n’est présent. Nous racontons la rencontre de Paul et Linda dans Londres, 15 mai 1967 : la naissance de la plus belle histoire d’amour du rock, et la vie de Linda dans la fiche que nous lui consacrons.
Cette réciprocité des témoins, en l’espace d’un an, dit la solidité du lien entre les deux frères au moment précis où les Beatles commencent à se déchirer. Le photographe de la famille sera aussi, dans les années suivantes, l’auteur de nombreux clichés de Paul et Linda, dont certains sont conservés à la National Portrait Gallery.
De L. the P. à Gin Gan Goolie (1969)
Un album en deux faces
Fort du succès de Lily the Pink, le Scaffold publie en mai 1969 son deuxième album, L. the P. (Parlophone PMC/PCS 7077). Le disque est construit en deux parties. Une face de chansons, pour l’essentiel écrites par McGough pour les paroles et McGear pour la musique, dont certaines ont un charme légèrement psychédélique : sur Jelly Covered Cloud, la basse est tenue par John Paul Jones, alors musicien de studio, quelques mois avant la naissance de Led Zeppelin. Une face de comédie et de poésie, souvent surréaliste, parfois grave, enregistrée en public. Le mélange déroute ceux qui attendaient un album de comptines.
Charity Bubbles et Gin Gan Goolie
En juin 1969, le single Charity Bubbles, couplé à Goose (R 5784), ne rencontre pas le succès. En octobre, Gin Gan Goolie (R 5812), adaptation d’une chanson de feu de camp chantée par des générations de scouts en charabia, entre dans le classement le 1er novembre 1969 et monte jusqu’à la 38e place, où il reste douze semaines. La face B, Liver Birds, n’est autre que l’indicatif d’une nouvelle comédie de la BBC dont il sera question plus loin. Ce sera la dernière entrée du groupe au classement avant cinq ans.
Scaffold at the Talk of the Town
En 1969, la BBC filme le trio en concert au Talk of the Town, le grand cabaret du West End londonien. L’émission spéciale, jugée assez provocatrice à l’époque, a longtemps été considérée comme perdue. Elle a été retrouvée et publiée en 2025 sur le DVD du coffret A Box of Scaffold, et projetée en ouverture des retrouvailles du groupe au festival Slapstick de Bristol en 2023. Elle montre un groupe au sommet de son art de scène, très loin de l’image sage que laisse Lily the Pink.
Télévision, monnaie décimale et films perdus (1969-1972)
The Liver Birds
À partir de 1969, le Scaffold compose et chante l’indicatif de The Liver Birds, une comédie de la BBC qui suit deux jeunes femmes de Liverpool en colocation. La série dure jusqu’en 1978 et devient l’un des grands succès populaires de la décennie. Des millions de téléspectateurs entendent chaque semaine la voix de Mike sans savoir qu’il est le frère d’un Beatle.
Score with the Scaffold
En 1970, le trio anime sa propre émission hebdomadaire pour la jeunesse sur la BBC, Score with the Scaffold. Le générique reprend une version raccourcie de leur premier single, 2 Day’s Monday. Le programme a du succès, mais il absorbe l’énergie du groupe et limite sa production musicale. Le Scaffold enregistre pourtant assez de titres pour un nouvel album, qui ne sortira jamais ; seuls quelques morceaux paraissent en single en 1970, All the Way Up (R 5847) en juin et Bus Dreams (R 5866) en octobre. Les inédits ne seront publiés qu’en 1998 sur la compilation The Scaffold at Abbey Road 1966-1971.
Decimal Five et Burke & Hare
Début 1971, le Royaume-Uni s’apprête à abandonner les shillings et les pence pour passer à la monnaie décimale. Pour expliquer la réforme au grand public, la BBC diffuse sur BBC1 une série de programmes de cinq minutes, Decimal Five. Le Scaffold en écrit les chansons pédagogiques, avec des refrains sur la monnaie à rendre et les vieilles pièces de cuivre. La même année, le trio enregistre la chanson-titre, d’un humour très noir, du film d’horreur britannique Burke & Hare, consacré aux célèbres assassins d’Édimbourg du XIXe siècle. On y entend la voix de Vivian Stanshall, signe que les rapprochements avec les Bonzo Dog sont en marche.
Do the Albert, le dernier Parlophone
En octobre 1971, Do the Albert, couplé à Commercial Break (R 5922), parodie des danses à la mode, clôt la période Parlophone. La séance réunit Keith Moon, le batteur des Who, le guitariste écossais Les Harvey, de Stone the Crows, Neil Innes et Vivian Stanshall. Puis EMI se sépare du groupe.
Plod, le film retrouvé
En 1972, le Scaffold tourne un moyen métrage musical d’une demi-heure, Plod, tiré d’un spectacle autour du personnage de policier de John Gorman. Le film est réalisé en décors naturels à Liverpool, avec la participation d’élèves du Liverpool Institute, le lycée qu’ont fréquenté les deux frères McCartney et George Harrison. Longtemps considéré comme perdu, il est réapparu en bonus d’une édition DVD de How I Won the War, le film de Richard Lester dans lequel joue John Lennon. Les deux anciens élèves du même lycée se retrouvent ainsi, par la grâce d’un éditeur vidéo, sur le même disque.
GRIMMS (1971-1973) : le supergroupe de l’absurde
Six initiales
En 1971, le Scaffold et son guitariste Andy Roberts fusionnent avec des anciens du Bonzo Dog Band et de The Liverpool Scene pour former un collectif baptisé GRIMMS. Le nom est l’acronyme des six fondateurs : Gorman, Roberts, Innes, McGear, McGough et Stanshall. Autour du noyau gravitent les poètes Adrian Henri et Brian Patten, le claviériste Zoot Money, déjà présent sur McGough & McGear, le batteur Michael Giles, ancien de King Crimson, et d’autres musiciens selon les tournées.
GRIMMS se présente comme un spectacle total, mélange de rock, de comédie, de poésie et de chanson. Le collectif tourne énormément dans les universités et les salles britanniques et publie chez Island un premier album, Grimms, en février 1973, puis Rockin’ Duck en octobre de la même année. Mike en parle comme d’une expérience magnifique, du moins au début.
La rupture de la fin 1973
La cohabitation de fortes personnalités, l’épuisement des tournées et les tensions entre poètes et musiciens finissent par user le collectif. À la fin de 1973, au cours d’une nouvelle tournée britannique particulièrement éprouvante, les nerfs lâchent et une altercation oppose Mike au poète Brian Patten. Mike quitte GRIMMS. Il ne figurera pas sur le troisième album, Sleepers, publié en 1976 par DJM. Ce départ a une conséquence directe : libre de tout engagement, il est disponible quand Paul lui propose d’enregistrer ensemble.
Woman (1972) : le premier album solo
Island Records et Strawberry Studios
Entre-temps, Mike a signé chez Island Records, le label de Chris Blackwell, et publié en avril 1972 son premier album solo, Woman (Island ILPS 9191), sous le prénom de Michael McGear. Le disque est enregistré entre mars 1971 et le début de 1972, en partie aux Strawberry Studios de Stockport, près de Manchester, studio qu’il retrouvera deux ans plus tard. Les notices divergent sur la production : certaines l’attribuent à Roger McGough, d’autres à Mike lui-même. Les musiciens viennent pour la plupart de l’entourage de GRIMMS : Andy Roberts aux guitares, Zoot Money aux claviers, Gerry Conway à la batterie, Dave Richards à la basse, John Megginson au piano, le saxophoniste Tony Coe et l’harmoniciste Norm Yardley.
Paul participe à une chanson, mais il n’est pas crédité sous son nom : la pochette mentionne pudiquement “a friend”, un ami, parmi les auteurs. Le clin d’œil ne trompe personne et n’en est pas moins révélateur : même quand il l’aide, Mike refuse d’afficher le nom de son frère.
Une pochette pour Mary
La pochette reproduit une photographie en noir et blanc de Mary McCartney. Le titre de l’album prend dès lors une résonance particulière : Woman est aussi un hommage à la mère disparue seize ans plus tôt. Le disque est un album de famille au sens propre. L’une des plages, en trois parties, porte le prénom de sa fille aînée, Benna.
Le ton est sec, pince-sans-rire, souvent satirique, loin de la manière de Paul. Ballades sombres, blues, rock teinté de glam, folk-rock et boogie se succèdent. Le single Woman, couplé à Kill (Island WIP 6131), paraît en avril 1972. Ni le single ni l’album n’entrent au classement, malgré des critiques bienveillantes.
Le scrupule de 2017
Woman est réédité en CD en février 1997 par Edsel (EDCD 507), amputé de quatre courtes plages, puis en 2017 par Esoteric Recordings, filiale de Cherry Red, avec un inédit, une prise alternative de Sister, et disponible sur Amazon. Mike décide alors d’écarter la face B Kill. Il s’en explique : les paroles, dit-il, sont si représentatives de notre époque qu’il ne veut pas qu’elles servent d’excuse à quiconque pour commettre des violences, alors qu’elles sont un appel à ce que les tueries cessent. À une époque où les rééditions rivalisent de bonus, le geste est rare : un artiste qui retire volontairement une de ses chansons par souci de ses conséquences.
Fresh Liver (1973)
Le Scaffold, de son côté, a suivi Mike chez Island. En mai 1973 paraît Fresh Liver (ILPS 9234), premier album de matériel entièrement nouveau depuis 1969. Il fait appel à la plupart des musiciens de GRIMMS et laisse plus de place à la musique et moins aux textes parlés. Aucun single n’en est tiré sous le nom du groupe ; seul W.P.C. Hodges paraît sous le nom de John Gorman, ou de son double P.C. Plod selon les pochettes. Le titre de l’album est un jeu de mots typique : le foie frais, “liver”, renvoie aussi aux habitants de Liverpool, les Liverpudlians, et aux Liver Birds, les oiseaux emblèmes de la ville.
McGear (1974) : l’album des deux frères
D’un single à un album
Le deuxième album solo de Mike est le plus connu, et pour cause : c’est le seul disque sur lequel les deux frères McCartney ont véritablement travaillé côte à côte, de la première à la dernière note. Mike a raconté la genèse avec simplicité. Paul lui a demandé s’ils essayaient de faire un peu de musique ensemble ; il a dit oui ; ils ont trouvé des chansons ; cela a si bien fonctionné qu’on leur a conseillé d’en faire un album. Le “on” désigne Lee et John Eastman, le beau-père et le beau-frère de Paul, qui gèrent ses affaires : en écoutant la bande de Leave It, ils suggèrent de transformer le projet de single en disque complet.
Mike l’a résumé d’une formule dans un entretien de 2019 avec le site The Second Disc : McGear est le produit d’un moment parfait. Le moment, c’est l’hiver 1974. Paul sort du triomphe de Band on the Run, enregistré à Lagos dans des conditions épiques, et il n’a plus de groupe stable. Henry McCullough et Denny Seiwell ont quitté les Wings en août 1973. Paul a envie de jouer, d’essayer de nouveaux musiciens, sans la pression d’un album à son nom. Le disque de son frère tombe à pic.
Strawberry Studios, janvier-février 1974
L’essentiel de l’album est enregistré en janvier et février 1974 aux Strawberry Studios de Stockport, en banlieue de Manchester. Le studio appartient en partie aux membres de 10cc, Eric Stewart, Graham Gouldman, Kevin Godley et Lol Creme, et son nom est un hommage à Strawberry Fields Forever. Mike le connaît déjà depuis Woman. L’ingénieur du son Peter Tattersall a gardé un souvenir précis des séances : quand Paul est venu, on travaillait de 16 heures à 5 heures du matin, il n’y avait pas une seule horloge dans le bâtiment et l’ambiance était très détendue. Il a aussi salué la manière dont Paul dirigeait les musiciens, en obtenant le meilleur d’eux tout en restant amical.
Paul produit l’album et joue de nombreux instruments. Mike chante toutes les parties principales. Autour d’eux, on trouve Linda McCartney aux claviers et aux chœurs, Denny Laine aux guitares, et un jeune guitariste écossais de vingt ans, Jimmy McCulloch, ancien de Thunderclap Newman et de Stone the Crows. Ces séances sont sa première collaboration suivie avec Paul : quelques mois plus tard, il rejoindra officiellement les Wings. Gerry Conway, que Mike connaît depuis Woman, tient l’essentiel des parties de batterie. Selon la présentation de la réédition de 2019, le joueur de cornemuse irlandaise Paddy Moloney, des Chieftains, fait partie des invités. Le groupe qui part ensuite pour Nashville et qui enregistrera One Hand Clapping à Abbey Road est en train de naître dans le studio du frère cadet, comme le rappelle aussi notre histoire de Sally G.
Mike a qualifié l’expérience de magique et de réellement collaborative. Les deux frères écrivent ensemble la plupart des chansons, Paul apportant souvent la structure musicale et Mike les idées, les textes, l’humour.
Correctif factuel n° 6 — Denny Seiwell sur McGear : impossible en 1974, possible en 1973
Plusieurs sources, y compris l’annonce de la réédition de 2019 reprise par la presse spécialisée, citent Denny Seiwell parmi les musiciens de McGear. Pour les séances de Stockport de janvier-février 1974, c’est impossible : le batteur américain a quitté les Wings en août 1973, à la veille du départ pour Lagos, et Geoff Britton ne sera recruté qu’au printemps 1974. Il faut toutefois nuancer la réfutation que l’on trouve parfois, y compris sur notre site : certaines chronologies situent une première séance de Leave It dès le 26 avril 1973 à Abbey Road, à une date où Seiwell faisait encore partie des Wings. Si cette séance a bien eu lieu et a été conservée, sa présence sur ce seul titre n’aurait rien d’absurde. En l’absence de feuille de séance publiée, la formule juste est donc la suivante : Seiwell n’a pas joué sur l’album enregistré à Stockport ; sa participation à une version de 1973 de Leave It reste non documentée. La confusion fréquente entre Henry McCullough, parti en 1973, et Jimmy McCulloch, arrivé en 1974, n’arrange rien.
Les dix chansons, une par une
L’album original compte dix titres. Neuf sont signés ou cosignés par Paul McCartney ; un seul est une reprise.
Sea Breezes (4 min 50) ouvre le disque, et c’est un choix audacieux. Il s’agit d’une reprise de Roxy Music, tirée du premier album du groupe de Bryan Ferry, paru en 1972. C’est la chanson la plus lente et la plus sombre du disque, et elle installe d’emblée un climat très éloigné de l’image comique du Scaffold. Mike y prouve qu’il peut chanter sérieusement.
What Do We Really Know? (3 min 28), écrite par Paul seul, condense en quelques minutes une philosophie de l’incertitude qui lui est chère. Nous l’avons placée en tête de nos 32 pépites cachées de Paul McCartney.
Norton (2 min 37), cosignée par les deux frères, est un portrait comique, rapide et nerveux, dans la tradition des personnages du Scaffold.
Leave It (3 min 45), écrite par Paul, est le titre le plus pop du disque, le seul à entrer dans les classements. Sa mélodie aurait pu figurer sur un album des Wings.
Have You Got Problems? (6 min 18), cosignée, est un long morceau en plusieurs parties, où l’humour noir se mêle à une construction ambitieuse.
The Casket (4 min 19) met en musique un poème de Roger McGough. C’est le trait d’union avec le Scaffold et l’un des sommets émotionnels de l’album.
Rainbow Lady (3 min 30) et Simply Love You (2 min 51), cosignées, sont deux chansons d’amour, l’une lumineuse, l’autre très directe, qui rappellent la douceur mélodique des Wings de l’époque.
Givin’ Grease a Ride (5 min 36), cosignée, est un rock graisseux et ironique où les guitares de Laine et McCulloch se répondent.
The Man Who Found God on the Moon (6 min 32), cosignée, referme l’album sur une longue pièce inspirée par les récits mystiques de certains astronautes du programme Apollo. C’est la plus ambitieuse du disque, et la preuve que les deux frères ne voulaient pas d’un simple album de chansons légères.
Plusieurs commentateurs ont rapproché ces séances d’autres titres inédits de Paul enregistrés à la même période, comme I’ll Give You a Ring, que certaines sources rattachent aux séances de Stockport ; nous avons examiné cette hypothèse dans notre article sur I’ll Give You a Ring.
La pochette à la Gulliver
La pochette représente Mike en Gulliver, allongé et entouré de figurines lilliputiennes, parmi lesquelles des musiciens et des photographies d’enfance des deux frères. L’intérieur déploie un collage. L’image résume l’esprit du disque : une affaire de famille, traitée avec humour et une pointe de merveilleux.
Sortie, singles et réception
McGear paraît chez Warner Bros. le 24 septembre 1974 au Royaume-Uni (K 56051) et en octobre aux États-Unis (BS 2825). Quatre singles en sont tirés ou en découlent : Leave It, couplé à Sweet Baby (K 16446), en septembre 1974, qui monte à la 36e place britannique, accompagné d’un film promotionnel ; Sea Breezes, couplé à Givin’ Grease a Ride (K 16520), en février 1975 ; Dance the Do, couplé à Norton (K 16573), en juillet 1975 ; Simply Love You, couplé à What Do We Really Know? (K 16658), en novembre 1975. Aux États-Unis, Leave It sort en octobre 1974 (WBS 8037). L’album lui-même ne se classe pas.
Le disque a longtemps été considéré par les fans comme un album fantôme des Wings, d’autant que Paul n’a publié aucun album sous son nom en 1974. La formule est commode mais trompeuse : McGear est crédité à Mike, publié par Warner Bros. et non par EMI ou Capitol, et les Wings n’y figurent qu’en tant que musiciens d’accompagnement. Notre chronique détaillée est à lire ici : McGear : Paul McCartney et son frère dans une aventure musicale unique.
Les rééditions, de Rykodisc à Esoteric
L’album est réédité en CD par Rykodisc aux États-Unis au début des années 1990, puis par See For Miles au Royaume-Uni en avril 1992 (SEECD 339), avec deux titres supplémentaires, Dance the Do et Sweet Baby. Il devient ensuite introuvable pendant plus de vingt ans.
La réédition de référence paraît le 28 juin 2019 chez Esoteric Recordings, en étroite collaboration avec Mike. Elle existe en coffret deux CD et un DVD et en vinyle remasterisé. Le premier CD reprend l’album original remasterisé, le second rassemble vingt et un titres supplémentaires, dont treize inédits, prises alternatives et faces B parues pour la première fois en CD. Le DVD contient une évocation de ses souvenirs filmée par Mike au Liverpool Institute for Performing Arts, l’école fondée par Paul dans les murs de leur ancien lycée, un entretien à l’Everyman Theatre et le film promotionnel de Leave It. L’éditeur a reproduit une affiche promotionnelle d’époque, avec un logo pastichant celui de Warner. Pour les premiers acheteurs de la boutique Cherry Red, Mike a signé deux cents cartes postales.
Liverpool Lou (1974) : le dernier grand succès du Scaffold
Une chanson commandée à la BBC
Pendant les séances de Stockport, Paul demande à son frère s’il a des idées pour un single du Scaffold. Mike a raconté la suite au podcast The Strange Brew en 2016. Il avait demandé à des amis de la télévision de lui trouver une chanson intitulée Liverpool Lou ; on lui en avait envoyé deux versions, dont une de Dominic Behan, frère cadet de l’écrivain irlandais Brendan Behan. Le Scaffold pensait l’arranger comme une chanson traditionnelle, mais Behan l’avait déposée avant eux : il en a touché tous les droits d’auteur.
Les Wings, un gizmo et un harmonica
Paul produit et arrange le titre ; les Wings jouent l’accompagnement. Au milieu de la chanson, on entend un solo de gizmo, un appareil inventé par Kevin Godley et Lol Creme de 10cc, copropriétaires du studio, qui permet de produire des sons tenus sur une guitare électrique. Selon la lettre du fan-club des Wings de 1974, il n’en existait alors que deux exemplaires au monde. L’harmonica est joué par Norm Yardley, déjà présent sur Woman. La face B, Ten Years After on Strawberry Jam, est un instrumental composé par Paul et Linda McCartney et joué par les Wings, où le gizmo résonne également.
Correctif factuel n° 7 — Liverpool Lou n’est ni une chanson du Scaffold ni un single de Mike, et sa date de sortie est disputée
On attribue souvent Liverpool Lou au trio, voire à Mike seul. La chanson est de Dominic Behan, qui l’avait déposée avant que le Scaffold ne tente de la présenter comme traditionnelle. Le disque est un single du Scaffold (Warner Bros. K 16400), et non un single solo de Mike : le seul single solo de Mike entré au classement reste Leave It, 36e. Quant à la date de sortie, les sources se contredisent : la lettre du fan-club des Wings de 1974 indique le 3 mai, d’autres chronologies le 24 mai 1974. Ce qui est certain, c’est son entrée au classement britannique le 1er juin 1974 et sa 7e place, pour neuf semaines de présence.
La reformation du Scaffold
Le succès de Liverpool Lou relance le trio. Mike réunit le Scaffold pour une nouvelle série de tournées et un dernier album, Sold Out, publié par Warner Bros. en février 1975 (K 56067). Dans la lignée de Fresh Liver, le disque fait plus de place à la musique qu’à la parole. Deux singles suivent : Mummy Won’t Be Home for Christmas (K 16488), en décembre 1974, et une reprise du chant de marins Leaving of Liverpool (K 16521), en mars 1975.
En 1976, McGough et Gorman participent au dernier album de GRIMMS, Sleepers, et Gorman publie un album solo, Go Man Gorman. Le Scaffold passe ensuite chez Bronze Records et publie deux derniers singles, Wouldn’t It Be Funny If You Didn’t Have a Nose (BRO 33) en octobre 1976 et How D’You Do (BRO 39) en avril 1977. Puis le trio se sépare, à l’amiable, en avril 1977. Leur aventure commune a duré treize ans, soit plus longtemps que celle des Beatles.
Les derniers disques de Mike McGear (1975-1981)
Trois singles confidentiels
Après McGear, Mike publie encore trois singles, de plus en plus confidentiels. En juin 1976, Do Nothing All Day, couplé à A to Z, paraît chez EMI (EMI 2485). En mai 1980, All the Whales in the Ocean, couplé à I Juz Want What You Got – Money!, sort chez Carrere (CAR 144) ; la chanson témoigne d’une sensibilité écologique alors encore rare dans la pop britannique. En juillet 1981, au moment du mariage du prince Charles et de Lady Diana Spencer, il publie chez Conn un single satirique, No Lar Di Dar (Is Lady Di), couplé à God Bless Our Gracious Queen (CONN 29781), crédité à Mike McGear and the Monarchists. Ce sera sa dernière sortie sous le nom de McGear.
Le retour au nom de famille
Au début des années 1980, Mike met fin à sa carrière discographique. Il abandonne le pseudonyme et revient au nom de McCartney. Il l’a expliqué très simplement : il avait fait ses preuves, il n’avait plus besoin de se cacher. Il ne s’agit pas d’une retraite, mais d’un changement d’outil. L’appareil photo et l’écriture prennent le relais. Dans les années 1970, il s’est d’ailleurs déjà essayé, entre deux tournées, à l’écriture pour la jeunesse. En décembre 1996, il réapparaît une dernière fois sur disque, sous son vrai nom, avec un titre inédit, Take It into Your Hearts, sur un CD caritatif au profit des jeunes sans-abri du Merseyside.
Heswall, Jim et la famille
Rembrandt, la maison du père
En 1964, avec ses premiers gros revenus, Paul achète à son père une maison à Heswall, sur la péninsule de Wirral, de l’autre côté de la Mersey : une demeure baptisée Rembrandt. Jim peut enfin quitter Forthlin Road et prendre sa retraite. Le 24 novembre de la même année, il se remarie avec Angela Williams, une veuve plus jeune que lui, et adopte sa fille Ruth, née en 1960, qui devient la demi-sœur par adoption de Paul et Mike. Mike s’installe lui aussi sur le Wirral. Il vit depuis plus d’un demi-siècle dans la même maison de Heswall.
18 mars 1976
Jim McCartney meurt le 18 mars 1976, à soixante-treize ans. Paul est alors en pleine préparation de la tournée mondiale des Wings et ne vient pas aux obsèques, ce qu’il a ensuite expliqué par son incapacité à affronter le deuil en public. Mike, lui, est sur place. Nous avons consacré un long article à ce chapitre : pourquoi Paul a caché la mort de son père pendant la tournée des Wings. L’héritage moral de Jim, son humour, sa sagesse populaire, sa poignée de main, est au cœur de la chanson Put It There que Paul lui consacrera en 1989.
“Brother Michael” dans Let ‘Em In
La même année 1976, Paul glisse son frère dans un de ses succès. Dans Let ‘Em In, il énumère une série de visiteurs qui frappent à la porte : parmi eux, “Brother Michael” et “Auntie Gin”, la tante Gin de la famille de Liverpool. Les noms sont réels, comme nous le rappelons dans nos sélections 20 chansons pour découvrir les Wings et 20 chansons pour découvrir Paul McCartney. Entre les deux frères, les échanges passent volontiers par les œuvres plutôt que par les déclarations.
Deux mariages, six enfants
De son premier mariage avec Angela Fishwick, Mike a trois filles : Benna, Theran et Abigail Faith. Le couple divorce. Le 29 mai 1982, il épouse Rowena Horne, avec qui il a trois fils : Joshua, Max et Sonny. L’une de ses filles est devenue infirmière au NHS, comme leur grand-mère Mary ; l’un de ses fils a réalisé le clip caritatif de 2020. Sonny apparaît aussi dans l’entourage de sa cousine Mary McCartney, photographe comme son oncle et son père, ainsi que nous le mentionnons dans notre portrait de Mary McCartney photographe et dans la fiche familiale qui lui est consacrée. En 2011, au mariage de Paul avec Nancy Shevell, Mike fait partie des proches présents ; il confie à la presse que les mariés ont eu une belle danse ensemble.
Mike McCartney, photographe et auteur
Une seconde carrière qui était la première
On présente souvent la photographie comme la reconversion de Mike après la musique. C’est l’inverse : la photographie a précédé la musique et ne l’a jamais quittée. Mike a photographié pendant toute sa carrière de chanteur, en tournée, en coulisses, en famille. Quand il range le micro, au début des années 1980, il ne change pas de métier, il change de priorité.
Les livres
Ses archives donnent naissance à une série de livres. Le tableau suivant recense les principaux, avec, lorsqu’ils sont encore disponibles d’occasion, un lien vers Amazon.
| Année | Titre | Contenu |
|---|---|---|
| 1981 | Thank U Very Much: Mike McCartney’s Family Album (aux États-Unis : The Macs) | Album de famille commenté, photographies des McCartney et des Beatles, souvenirs du Scaffold |
| 1986 | Mike Mac’s White and Blacks (Plus One Colour) | 71 photographies en noir et blanc avec légendes humoristiques ; préface de David Puttnam ; édition américaine chez Penguin Studio en 1987 |
| 1992 | Remember: The Recollections and Photographs of the Beatles | 144 pages de souvenirs et de photographies, son livre le plus diffusé |
| 2003-2005 | Mike McCartney’s Liverpool Life | Catalogue de l’exposition itinérante consacrée aux années 1960 à Liverpool |
| 2006 | Elvis & the Birth of Rock | Photographies inédites de Lew Allen (1956-1958), avec Elvis Presley, Buddy Holly et les Everly Brothers ; Mike rédacteur invité ; Genesis Publications, 1 750 exemplaires signés |
| 2008 | Mike McCartney’s LIVE8 Coolpix | Photographies prises spontanément dans les coulisses du concert Live 8 de 2005, édition limitée |
| 2009 | Mike McCartney’s North Highlands | Paysages du nord de l’Écosse ; textes du prince Charles, devenu Charles III, et de Billy Connolly |
| 2021 | Mike McCartney’s Early Liverpool | Genesis Publications, 2 000 exemplaires signés ; photographies et dessins inédits des années 1960 et 1970 |
White and Blacks, la machine à remonter le temps
Le livre de 1986 mérite une mention particulière. Il rassemble soixante et onze photographies, accompagnées de légendes pleines d’humour. On y voit les Beatles en coulisses, mais aussi Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Little Richard, Rory Storm, Jane Asher. Les images les plus fortes sont domestiques : Paul se coiffant dans sa chambre au papier peint fleuri, Paul jouant de la guitare sous le linge, Paul grimpant à une gouttière au-dessus d’un tas de détritus. Le producteur David Puttnam, auteur de la préface, y voit une machine à remonter le temps très spéciale. C’est exactement cela.
Lew Allen et la naissance du rock
Le livre de 2006 révèle une autre facette de Mike : celle de passeur. En 1956, un lycéen de Cleveland, dans l’Ohio, Lew Allen, dix-sept ans, est le seul photographe présent lors d’un concert d’Elvis Presley, parce qu’une grève paralyse les trois grands journaux de la ville. Il suit ensuite les tournées en autocar de 1957 et 1958, avec Buddy Holly, les Everly Brothers, Bobby Darin et Frankie Avalon. Ses planches contact dorment dans une cave pendant des décennies. Mike les découvre, comprend leur valeur et les apporte à Genesis Publications. Le livre, relié en suède bleu en hommage à Blue Suede Shoes, porte sa signature aux côtés de celle d’Allen. Mike a résumé son enthousiasme d’une phrase : Lew Allen a vécu parmi Elvis, les Everly Brothers et Buddy Holly, tous ceux qui les avaient influencés quand ils étaient gamins. Le cercle se referme : le cadet qui a photographié les Beatles d’avant la gloire révèle le photographe des idoles qui ont fait naître les Beatles.
Early Liverpool, le testament de 2021
En décembre 2020, Genesis Publications ouvre les précommandes de Mike McCartney’s Early Liverpool, qui paraît fin 2021. Le tirage est limité à deux mille exemplaires, tous signés : les trois cent cinquante premiers en édition de luxe reliée en toile, avec trois tirages signés dans un coffret, les autres en édition collector. Le livre rassemble photographies, dessins et commentaires sur le Liverpool des années 1960 et 1970. Mike l’a présenté comme son témoignage définitif sur une époque magique, nourri de photos et de dessins qu’il ne cessait de retrouver. Son prix, plusieurs centaines de livres, a été critiqué par une partie des amateurs, qui regrettaient de voir un document aussi important réservé aux collectionneurs fortunés. C’est la limite habituelle du modèle Genesis. En mars 2026, le magazine Amateur Photographer a consacré un article à ces images, que certains relais ont présenté à tort comme une nouveauté.
Liverpool Life, du musée de Liverpool au Smithsonian
L’exposition Mike McCartney’s Liverpool Life est présentée à partir de 2003 au Museum of Liverpool Life, puis voyage au Provincial Museum of Alberta, au Canada, et pendant douze mois à la Smithsonian Institution, à Washington. Les photographies de Mike sont aussi exposées en Écosse, en Irlande et au Japon. En janvier 2009, son exposition North Highlands est inaugurée au Parlement écossais, à Édimbourg. À Liverpool, l’espace d’exposition de St George’s Hall porte depuis le nom de McCartney Gallery. Lors d’une exposition au Museum of Liverpool, Mike a présenté ses photographies à la reine Elizabeth II, et il aime raconter qu’il l’a fait rire.
La National Portrait Gallery de Londres conserve onze portraits dont il est l’auteur, parmi lesquels des images du Scaffold, des Beatles avec le Maharishi Mahesh Yogi et du mariage de Paul et Linda. Ses photographies de Forthlin Road ont joué un rôle décisif dans l’acquisition et la restauration de la maison par le National Trust, en 1995 : elles ont servi de référence pour reconstituer l’intérieur des années 1950, des papiers peints aux meubles. Mike a résumé sa démarche d’une phrase : ses photographies lui sont très personnelles, on peut entrer dans la pièce et être là, avec ce qui se passe.
Le photographe derrière une pochette de Paul
En 2005, Paul choisit l’une de ses photographies de 1962 pour la pochette de Chaos and Creation in the Backyard, son album produit par Nigel Godrich. Quarante-trois ans après le déclic, l’œil du cadet habille l’un des disques les plus exigeants de l’aîné. On ne connaît pas d’autre exemple d’un ancien Beatle ayant illustré un album majeur avec une photographie prise par un membre de sa famille pendant l’adolescence.
Distinctions et engagements
Honorary Fellow en 2005
En 2005, la Liverpool John Moores University nomme Mike McCartney membre honoraire. La notice lue lors de la cérémonie par le professeur Frank Sanderson souligne qu’il est devenu un contact automatique pour les associations caritatives de la région. C’est un trait constant de sa vie : il prête son nom, ses photos et son temps aux causes locales, des jeunes sans-abri en 1996 aux soignants en 2020.
British Empire Medal en 2019
En juin 2019, il reçoit la British Empire Medal dans la liste d’honneurs de l’anniversaire de la reine, pour services rendus à la communauté du Merseyside. La médaille, plus modeste que le titre de chevalier de son frère, lui ressemble : elle récompense un engagement de proximité plutôt qu’une gloire planétaire. En 2024, à quatre-vingts ans, il assiste encore aux Wirral Life Awards, au Titanic Hotel de Liverpool.
Le retour à la scène (2008-2026)
Les réunions du Scaffold
Le Scaffold ne s’est jamais vraiment éteint ; il a simplement cessé d’être une carrière. En 2008, année où Liverpool est capitale européenne de la culture, le trio enregistre 3 Shirts on a Line, une relecture de l’hymne footballistique Three Lions, pour l’album Liverpool – The Number Ones Album. Mike et John Gorman représentent le groupe lors du concert des numéros un à l’Echo Arena, devant 10 500 spectateurs debout. En 2009, la formation originale se retrouve au Ronnie Scott’s Jazz Club de Londres pour une émission de la BBC. En octobre 2010, le trio joue à Shanghai lors du gala de clôture du pavillon de Liverpool à l’Exposition universelle, aux côtés du Royal Liverpool Philharmonic Orchestra et d’Orchestral Manoeuvres in the Dark.
En août 2013, Mike et Gorman se produisent à l’O2 Academy de Liverpool dans le cadre du Liverpool Music Festival ; en octobre 2013 et 2014, ils jouent au festival des arts de Heswall avec le musicien et poète Keith Wilson. En octobre 2018, le trio donne un concert au profit de l’Église nordique et du centre culturel scandinave de Liverpool.
Soixante ans en 2022
En 2022, le Scaffold célèbre ses soixante ans, en comptant à partir des premières soirées de 1962. Mike expose ses photographies à l’Atlas Gallery, dans Dorset Street à Londres, du 24 septembre au 1er octobre 2022, et le groupe donne deux représentations de An Audience with the Scaffold à l’Everyman de Liverpool le 29 octobre, sur les lieux mêmes de l’ancien Hope Hall. Mike fait alors remarquer, avec une fierté amusée, que les trois membres originaux sont toujours vivants et se parlent toujours. Peu avant le concert de Paul à Glastonbury, en juin 2022, les deux frères s’étaient longuement téléphoné.
En février 2023, le Scaffold se réunit au festival Slapstick de Bristol, consacré à la comédie visuelle et classique. Le concert au St George’s, le 17 février, est précédé de la projection du film retrouvé du Talk of the Town. Mike le dit alors : le Scaffold ne sait jamais ce qu’il va faire quand il le fait, et c’est toute sa joie.
Un spectacle en solo, puis un duo avec Adam Hills
Mike a aussi monté un spectacle seul en scène, né presque par hasard. Un jour où il devait parler dans une librairie, un ami, Tim Quinn, lui annonce qu’un professeur américain amène un groupe d’étudiants pour le rencontrer. Mike improvise pendant deux heures. Le lendemain, Quinn lui suggère d’en faire un spectacle. Il en sort Sex, Drugs & Rock ‘n’ Roll (I Wish!), que la presse locale présente comme sa première tournée depuis quarante-deux ans. Le titre est un clin d’œil : Mike a toujours affirmé être resté sobre quand tout le monde autour de lui expérimentait.
En 2024, au festival Slapstick de Bristol, il partage la scène avec l’humoriste australien Adam Hills, animateur de l’émission The Last Leg. Les deux hommes deviennent amis et créent un spectacle en duo, Ozpool, mélange de photos, d’anecdotes, d’accessoires et d’histoires de famille, présenté à guichets fermés à Bristol et au Park Theatre de Londres, puis annoncé pour de nouvelles dates à l’automne 2026. Le titre réunit l’Australie de Hills, dont l’arrière-grand-père avait quitté Liverpool pour l’Australie en 1910, et la ville natale de Mike.
Quatre-vingts ans à l’hôpital
Le 8 janvier 2024, au lendemain de ses quatre-vingts ans, Mike annonce sur les réseaux sociaux qu’on ne croira jamais comment il a passé son anniversaire. Six jours plus tard, il précise : les célébrations ont eu lieu à l’hôpital local, et il remercie chaleureusement le personnel du NHS, photo de son bracelet de patient à l’appui. Le bracelet porte son vrai prénom : Peter. Il en est sorti rétabli.
2025-2026 : le coffret, Hambourg et la basse perdue
Le 25 avril 2025, Esoteric Recordings publie A Box of Scaffold (ECLEC 62893), coffret de cinq CD et un DVD qui rassemble pour la première fois en CD tous les albums et singles du groupe de 1966 à 1977, soit cent cinq titres, dont treize inédits tirés de séances de la BBC et de studio. Le DVD contient le concert du Talk of the Town de 1969, le film promotionnel de Thank U Very Much et une interprétation de Lily the Pink à la télévision. Un livret illustré réunit des photos inédites et des entretiens avec Mike, Roger McGough et Andy Roberts. Le coffret, sans doute la meilleure porte d’entrée dans l’œuvre du trio, est disponible sur Amazon.
En avril 2026, Mike apparaît dans McCartney: The Hunt for the Lost Bass, documentaire d’Arthur Cary consacré à la quête de la basse Höfner de Paul, achetée à Hambourg en 1961, volée en 1972 et retrouvée en 2024 grâce au Lost Bass Project. Le film sort brièvement dans les salles britanniques les 2 et 4 avril, puis est diffusé sur BBC Two le 11 avril 2026. Aux côtés de Paul, de Klaus Voormann et d’Elvis Costello, le frère cadet y apporte le témoignage de la famille, celui d’un homme qui a connu cet instrument dès les années de Liverpool. En mai 2026, ses lettres et photographies sont exposées à l’hôtel de ville de Hambourg. Le 7 janvier 2026, il a fêté ses quatre-vingt-deux ans.
Correctif factuel n° 8 — Les fiches “fortune” de Mike McCartney sont des fabrications
Une recherche sur Mike McCartney fait remonter des pages prétendant révéler sa “fortune mise à jour en 2026”, estimée tantôt à 20, tantôt à 100 millions de dollars dans le même texte. On y lit qu’il aurait cofondé avec Paul la maison de disques WEA dans les années 1980, qu’il aurait deux enfants prénommés Stuart et Mary, que le Scaffold aurait été actif de 1963 à 1972, voire que Paul serait son père. Tout est faux. WEA, l’entité internationale de Warner, Elektra et Atlantic, existe depuis le début des années 1970 et n’a aucun lien avec les frères McCartney. Mike a six enfants, dont aucun ne s’appelle Stuart ; Mary est sa nièce. Le Scaffold a existé de 1964 à 1977, avec des réunions jusqu’à aujourd’hui. Ces pages, générées en série pour capter des recherches, ne citent aucune source et se contredisent d’un paragraphe à l’autre. Aucun chiffre sérieux n’a jamais été publié sur le patrimoine de Mike McCartney.
Mike et Paul : la grammaire d’une fraternité
“Our kid”
Dans toutes ses interviews, Mike appelle Paul “our kid”, l’expression de Liverpool qui désigne un frère ou une sœur, quel que soit son âge. Il en parle avec une fierté sans servilité : notre gamin, dit-il en substance, s’en est plutôt bien sorti. La formule résume un rapport d’égal à égal, sans révérence, que la célébrité n’a jamais réussi à déformer.
Une relation sans brouille publique
Dans la galaxie Beatles, où les procès, les règlements de comptes par chansons interposées et les mémoires vengeurs sont légion, la relation entre Paul et Mike fait figure d’exception. On ne leur connaît aucune brouille publique. Mike n’a jamais écrit de livre-révélation, jamais vendu de secret de famille, jamais pris parti dans les querelles qui ont suivi la séparation du groupe. Il n’a jamais non plus demandé à Paul de porter sa carrière : quand Paul l’aide, sur McGough & McGear, sur Woman ou sur McGear, c’est à la demande des deux, et parfois sous un nom d’emprunt.
Son choix initial, ne pas être Paul, l’a protégé. N’étant pas en concurrence, il n’a jamais eu à régler de compte. Il a construit à côté plutôt qu’en dessous.
Trois gestes pour exister
La trajectoire de Mike pose une question que peu de biographies des Beatles abordent : que devient-on quand son frère devient l’homme le plus célèbre du monde ? Sa réponse tient en trois gestes successifs.
Changer de nom, d’abord, pour ne rien devoir à la célébrité familiale. Changer de terrain, ensuite, en choisissant la satire, la poésie et la scène plutôt que la pop à guitares. Changer d’outil, enfin, en passant de la scène à la photographie, où son lien avec Paul cesse d’être un fardeau pour devenir une force : là où le chanteur McGear devait se défendre d’être un frère de, le photographe McCartney peut revendiquer l’accès que lui donne justement cette fraternité. Le même lien, selon le domaine, est un handicap ou un atout. Mike l’a compris avant tout le monde.
L’héritage de Mike McGear : ce que l’histoire lui doit
Le chaînon entre la pop et la poésie
L’histoire culturelle de Liverpool retient deux mouvements parallèles dans les années 1960 : le Merseybeat des caves et la poésie orale de Hope Street. Le Scaffold est l’un des rares points de jonction entre les deux. Grâce à Mike, des poèmes de Roger McGough se sont retrouvés dans les classements, sur Parlophone, avec des musiciens comme Jack Bruce ou Jimi Hendrix. Sans le Scaffold, l’anthologie The Mersey Sound aurait sans doute touché moins de lecteurs, et la poésie britannique serait restée plus loin de la culture populaire. C’est un apport discret mais réel.
Un ancêtre de la comédie musicale à la télévision
Par sa présence à la télévision, de Gazette en 1963 à Score with the Scaffold en 1970, par l’indicatif de The Liver Birds et par la carrière de John Gorman dans Tiswas, le trio a contribué à installer à la télévision britannique un humour mêlant chanson, absurde et satire, que l’on retrouvera chez les Monty Python, dont le Scaffold a croisé plusieurs membres. Mike cite parmi les personnalités rencontrées Spike Milligan et Michael Palin.
L’archive vivante d’une famille
Enfin, et c’est peut-être l’essentiel, Mike est devenu l’archiviste de la préhistoire des Beatles. Ses photographies de Forthlin Road, de la Cavern, des coulisses, ses lettres conservées dans un placard, ses bandes retrouvées au grenier, constituent un fonds documentaire que nul autre ne pouvait constituer. Les historiens des Beatles, de Mark Lewisohn aux équipes du National Trust, lui doivent des images, des dates, des intérieurs. Il a tenu, sans le savoir, le rôle d’un témoin professionnel.
Ce qu’il reste à écouter
Pour le lecteur qui découvre Mike McGear, un parcours d’écoute s’impose. Commencer par Thank U Very Much, pour la mélodie et l’énigme. Enchaîner avec Lily the Pink, pour comprendre le phénomène de Noël 1968. Écouter ensuite So Much et Ex-Art Student sur McGough & McGear, pour entendre Hendrix produit par Paul. Passer à Woman, pour la voix sérieuse du cadet. Finir par McGear, dans l’ordre, de Sea Breezes à The Man Who Found God on the Moon, pour entendre les Wings de 1974 au service d’un autre chanteur. Le tout est aujourd’hui réédité, et le coffret A Box of Scaffold permet d’embrasser d’un coup la carrière du trio.
Discographie commentée de Mike McGear
Le tableau suivant rassemble les principaux disques de Mike, en solo, en duo et avec le Scaffold, avec leurs références britanniques d’origine.
| Date | Titre | Crédit et référence | Remarque |
|---|---|---|---|
| Mai 1966 | 2 Day’s Monday / 3 Blind Jellyfish | The Scaffold, Parlophone R 5443 | Production George Martin |
| Déc. 1966 | Goodbat Nightman / Long Strong Black Pudding | The Scaffold, Parlophone R 5548 | Production Charles Blackwell |
| Nov. 1967 | Thank U Very Much / Ide B the First | The Scaffold, Parlophone R 5643 | N° 4 UK, n° 69 US ; écrite par Mike |
| Mars 1968 | Do You Remember? / Carry On Krow | The Scaffold, Parlophone R 5679 | N° 34 UK ; Paul au piano |
| 17 mai 1968 | McGough & McGear | McGough & McGear, Parlophone PMC/PCS 7047 | Jimi Hendrix, Paul McCartney, Graham Nash ; production “All of Us” |
| Juin 1968 | 1-2-3 / Today | The Scaffold, Parlophone R 5703 | Non classé |
| Juil. 1968 | The Scaffold (Live at the Queen Elizabeth Hall) | The Scaffold, Parlophone PMC/PCS 7051 | Enregistré en public le 10 février 1968 |
| 10 oct. 1968 | Lily the Pink / Buttons of Your Mind | The Scaffold, Parlophone R 5734 | N° 1 UK de Noël, 4 semaines non consécutives ; production Norrie Paramor |
| Mai 1969 | L. the P. | The Scaffold, Parlophone PMC/PCS 7077 | Une face studio, une face en public |
| Oct. 1969 | Gin Gan Goolie / Liver Birds | The Scaffold, Parlophone R 5812 | N° 38 UK |
| Oct. 1971 | Do the Albert / Commercial Break | The Scaffold, Parlophone R 5922 | Avec Keith Moon ; dernier Parlophone |
| Avril 1972 | Woman | Michael McGear, Island ILPS 9191 | Pochette : photo de Mary McCartney |
| Avril 1972 | Woman / Kill | Mike McGear, Island WIP 6131 | Face B écartée de la réédition de 2017 |
| 1973 | Grimms ; Rockin’ Duck | GRIMMS, Island | Février et octobre 1973 |
| Mai 1973 | Fresh Liver | Scaffold, Island ILPS 9234 | Musiciens de GRIMMS |
| Mai 1974 | Liverpool Lou / Ten Years After on Strawberry Jam | Scaffold, Warner Bros. K 16400 | N° 7 UK ; production Paul McCartney, avec les Wings |
| Sept. 1974 | Leave It / Sweet Baby | Mike McGear, Warner Bros. K 16446 | N° 36 UK, seul single solo classé |
| 24 sept. 1974 | McGear | Mike McGear, Warner Bros. K 56051 | Production Paul McCartney ; réédition Esoteric 2019 |
| Février 1975 | Sold Out | Scaffold, Warner Bros. K 56067 | Dernier album du trio |
| 1975 | Sea Breezes ; Dance the Do ; Simply Love You | Mike McGear, Warner Bros. K 16520, K 16573, K 16658 | Singles tirés de McGear |
| Juin 1976 | Do Nothing All Day / A to Z | Mike McGear, EMI 2485 | Non classé |
| Mai 1980 | All the Whales in the Ocean / I Juz Want What You Got – Money! | Mike McGear, Carrere CAR 144 | Chanson écologique |
| Juil. 1981 | No Lar Di Dar (Is Lady Di) / God Bless Our Gracious Queen | Mike McGear and the Monarchists, Conn CONN 29781 | Dernier disque sous le nom de McGear |
| Avril 2020 | Thank U Very Much (nouvelle version) | The Scaffold, numérique | Au profit de NHS Charities Together |
| 25 avril 2025 | A Box of Scaffold | Esoteric ECLEC 62893 | 5 CD + 1 DVD, 105 titres dont 13 inédits |
Chronologie de Mike McCartney
| Date | Événement |
|---|---|
| 7 janvier 1944 | Naissance de Peter Michael McCartney au Walton Hospital, Liverpool |
| 1955 | La famille s’installe au 20 Forthlin Road, Allerton |
| 31 octobre 1956 | Mort de sa mère, Mary McCartney |
| Été 1957 | Camp scout à Hathersage ; bras cassé lors d’un camp scout, fin de la batterie |
| 8 mars 1958 | Photographie en couleur de John, Paul et George au mariage du cousin Ian |
| 1961 | Premier emploi chez Jackson the Tailors, Ranelagh Street |
| 1962 | Apprenti coiffeur chez André Bernard ; lettres de Stuart Sutcliffe et de Paul ; Merseyside Arts Festival et The Liverpool One Fat Lady All Electric Show |
| Décembre 1963 | Repérés par ABC Television pour l’émission Gazette |
| 1964 | The Scaffold passe professionnel ; Mike devient Mike McGear ; Jim se remarie le 24 novembre |
| Mai 1966 | Premier single, 2 Day’s Monday |
| 25 juin 1967 | Dans le chœur d’All You Need Is Love pour Our World |
| Novembre 1967 | Thank U Very Much, n° 4 UK |
| 10 février 1968 | Concert enregistré au Queen Elizabeth Hall |
| 17 mai 1968 | Album McGough & McGear |
| 7 juin 1968 | Mariage avec Angela Fishwick, Paul témoin |
| 9 août 1968 | Enregistrement de Lily the Pink aux studios EMI |
| Décembre 1968 | Lily the Pink numéro un de Noël |
| Janvier 1969 | Chassé-croisé au sommet avec Ob-La-Di, Ob-La-Da de Marmalade |
| 12 mars 1969 | Témoin au mariage de Paul et Linda |
| 1970 | Score with the Scaffold sur la BBC |
| 1971 | Decimal Five ; naissance de GRIMMS |
| Avril 1972 | Premier album solo, Woman |
| Fin 1973 | Départ de GRIMMS |
| Janvier-février 1974 | Séances de McGear aux Strawberry Studios avec Paul et les Wings |
| Juin 1974 | Liverpool Lou, n° 7 UK |
| 24 septembre 1974 | Album McGear |
| 18 mars 1976 | Mort de son père, Jim McCartney |
| Avril 1977 | Séparation du Scaffold |
| Juillet 1981 | Dernier single sous le nom de McGear |
| 29 mai 1982 | Mariage avec Rowena Horne |
| 1986 | Livre Mike Mac’s White and Blacks |
| 1992 | Livre Remember |
| 1995 | Le National Trust acquiert le 20 Forthlin Road ; ses photos guident la restauration |
| 2003-2005 | Exposition Mike McCartney’s Liverpool Life |
| 2005 | Honorary Fellow de la Liverpool John Moores University ; sa photo en couverture de Chaos and Creation in the Backyard |
| 2006 | Elvis & the Birth of Rock (Genesis) |
| 2008 | Réunion du Scaffold pour Liverpool capitale européenne de la culture |
| Janvier 2009 | Exposition North Highlands au Parlement écossais |
| Octobre 2010 | Concert du Scaffold à l’Exposition universelle de Shanghai |
| Juin 2019 | British Empire Medal ; réédition de McGear (28 juin) |
| 9 avril 2020 | Thank U Very Much pour les soignants du NHS |
| Fin 2021 | Mike McCartney’s Early Liverpool (Genesis) |
| Septembre-octobre 2022 | Soixante ans du Scaffold : Atlas Gallery à Londres, Everyman à Liverpool |
| 17 février 2023 | Réunion du Scaffold au festival Slapstick de Bristol |
| Janvier 2024 | Quatre-vingts ans, fêtés à l’hôpital |
| 25 avril 2025 | Coffret A Box of Scaffold |
| Avril 2026 | Documentaire McCartney: The Hunt for the Lost Bass (BBC Two, 11 avril) |
| 9-25 mai 2026 | Lettres et photographies exposées à l’hôtel de ville de Hambourg |
Questions fréquentes sur Mike McGear
Qui est Mike McGear ?
Mike McGear est le nom de scène de Peter Michael McCartney, né le 7 janvier 1944 à Liverpool, frère cadet de Paul McCartney. Chanteur et auteur du trio The Scaffold, puis photographe et auteur, il a utilisé ce pseudonyme des années 1960 au début des années 1980.
Pourquoi Mike McCartney a-t-il pris le nom de McGear ?
Pour ne pas être accusé de profiter de la célébrité de son frère. “Gear” est un mot d’argot de Liverpool qui signifie génial, l’équivalent local de “fab”. Il a aussi envisagé Mike Blank, Mike Dangerfield et Mike McFab.
Mike McCartney a-t-il été membre des Beatles ?
Non. Il a tapé sur une batterie familiale à Forthlin Road, parfois en présence des Quarrymen, mais un bras cassé à treize ans a mis fin à cette pratique. Il n’a jamais fait partie ni des Quarrymen ni des Beatles.
Qui a écrit Thank U Very Much ?
Mike McGear, seul. La chanson est née d’un appel téléphonique pour remercier Paul de lui avoir offert un appareil Nikon. Elle a atteint la 4e place au Royaume-Uni en 1967.
Qu’est-ce que l’Aintree Iron ?
Personne ne le sait avec certitude. L’expression figure dans le premier vers de Thank U Very Much, et Mike a toujours refusé d’en livrer le sens. John Gorman a évoqué en 2022 l’un des premiers taxis motorisés de Liverpool.
Qui a produit Lily the Pink ?
Norrie Paramor, ancien producteur vedette d’EMI et découvreur de Cliff Richard, avec des arrangements de Mike Vickers. George Martin n’a produit que le premier single du groupe.
Qui chante dans les chœurs de Lily the Pink ?
Notamment Graham Nash, Tim Rice et un jeune Reg Dwight, futur Elton John. Jack Bruce de Cream joue de la basse et Clem Cattini de la batterie.
Paul McCartney a-t-il produit des disques pour son frère ?
Oui : une partie de l’album McGough & McGear (1968), l’album McGear (1974), enregistré avec les Wings, et le single du Scaffold Liverpool Lou (1974). Il a aussi participé, sous le crédit “a friend”, à une chanson de Woman (1972).
Jimi Hendrix a-t-il joué avec Mike McGear ?
Oui, sur l’album McGough & McGear de 1968, notamment sur So Much, produit par Paul, et sur Ex-Art Student. C’est la seule collaboration enregistrée connue entre Paul McCartney et Jimi Hendrix.
Quelle photo de Mike McCartney orne un album de Paul ?
La pochette de Chaos and Creation in the Backyard (2005) reprend une photographie de 1962 montrant Paul jouant de la guitare dans l’arrière-cour de Forthlin Road, derrière le linge qui sèche.
Combien d’enfants a Mike McCartney ?
Six : trois filles, Benna, Theran et Abigail, de son premier mariage avec Angela Fishwick, et trois fils, Joshua, Max et Sonny, de son mariage avec Rowena Horne.
Que fait Mike McCartney aujourd’hui ?
À 82 ans, il vit à Heswall, sur le Wirral. Il expose ses photographies, participe aux réunions du Scaffold, donne un spectacle en duo avec l’humoriste Adam Hills et a témoigné en 2026 dans le documentaire de la BBC sur la basse perdue de Paul.
Glossaire
Gear : mot d’argot de Liverpool des années 1960 signifiant formidable ; à l’origine du pseudonyme McGear.
Our kid : expression du nord de l’Angleterre pour désigner un frère ou une sœur ; Mike l’emploie toujours pour parler de Paul.
One Fat Lady : annonce du chiffre 8 au loto britannique, reprise dans le nom de la revue d’où est né le Scaffold, en référence au code postal Liverpool 8.
Liverpool poets : groupe de poètes liverpuldiens des années 1960, Roger McGough, Adrian Henri et Brian Patten, réunis dans l’anthologie The Mersey Sound (1967).
Happening : performance artistique improvisée mêlant arts plastiques, poésie et théâtre, venue de New York, très pratiquée à Hope Hall au début des années 1960.
Christmas number one : la chanson classée première des ventes au Royaume-Uni la semaine de Noël, titre très convoité ; Lily the Pink l’a obtenu en 1968.
Gizmo : dispositif inventé par Kevin Godley et Lol Creme de 10cc, monté sur une guitare pour produire des sons tenus ; on l’entend sur Liverpool Lou.
Genesis Publications : éditeur britannique de beaux livres signés et numérotés, fondé en 1974, qui a publié Elvis & the Birth of Rock et Mike McCartney’s Early Liverpool.
GRIMMS : collectif de rock, de poésie et de comédie formé en 1971, dont le nom réunit les initiales de Gorman, Roberts, Innes, McGear, McGough et Stanshall.
Flash Harry : surnom donné à Mike par Brian Epstein, à cause du flash qu’il utilisait sans cesse, et emprunté à un personnage des films St Trinian’s.
Sources et bibliographie
- Wikipédia (anglais) : fiches Mike McCartney, The Scaffold, Lily the Pink (song), Thank U Very Much (The Scaffold song), McCartney: The Hunt for the Lost Bass, List of UK top-ten singles in 1969.
- The Paul McCartney Project : fiches de McGough & McGear, de Liverpool Lou et de Mike McGear ; citations de la lettre du fan-club des Wings (1974) et du Liverpool Echo (1974).
- The Second Disc : rééditions de McGough & McGear (24 mars 2016), de McGear (18 avril 2019) et entretien avec Mike McCartney (23 septembre 2019) ; coffret A Box of Scaffold (13 mai 2025).
- Mojo, “Mike McCartney and Scaffold: Hello 1962, Goodbye April 1977”, 22 mars 2016.
- Sunday Express, entretien avec Mike McCartney, 18 septembre 2022.
- The Bristol Magazine, “Celebrating The Scaffold: in conversation with Mike McCartney”, février 2023.
- The Strange Brew, podcasts avec Mike McCartney (2016 et 2025).
- American Songwriter, sur les quatre-vingts ans de Mike McCartney, janvier 2024.
- Liverpool John Moores University, notice de la nomination de Mike McCartney comme Honorary Fellow, 2005.
- National Portrait Gallery, fiche de Mike McCartney.
- Genesis Publications, fiches d’Elvis & the Birth of Rock et de Mike McCartney’s Early Liverpool ; Record Collector, critique d’Elvis & the Birth of Rock.
- Publishers Weekly, critique de Mike Mac’s White and Blacks (1987).
- Rough Trade et Cherry Red, présentation d’A Box of Scaffold (2025) ; Tower Records, fiches des rééditions Esoteric de Woman et McGear.
- Annonces de la BBC et de Blueberry Creatives pour McCartney: The Hunt for the Lost Bass (2026).
- Mike McCartney, Thank U Very Much: Mike McCartney’s Family Album (1981) ; Mike Mac’s White and Blacks (1986) ; Remember (1992) ; Mike McCartney’s Early Liverpool (Genesis, 2021).
- Mark Lewisohn, The Beatles: All These Years, Volume One — Tune In (2013) ; Barry Miles, Many Years From Now (1997) et The Beatles Diary ; Howard Sounes, Fab: An Intimate Life of Paul McCartney (2010) ; Bob Spitz, The Beatles: The Biography (2005).
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