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32 pépites cachées de Paul McCartney : voyage dans ses laboratoires sonores

Explorez 32 titres oubliés de Paul McCartney, de Love In The Open Air à Dominoes : faces B, raretés d'archive et collaborations surprenantes qui révèlent l'audace mélodique de l'ex-Beatle.

À travers 32 trésors méconnus, l’article éclaire la face B du catalogue de Paul McCartney, du home-studio lo-fi de 1970 aux pistes d’Egypt Station. Faces B cultes (Daytime Nighttime Suffering), instrumentaux bricolés (Momma Miss America), ballades (Love In Song, Somebody Who Cares), soul-gospel (Souvenir), embardées punk-new wave (Spin It On) et protest-song (Big Boys Bickering) composent un panorama mêlant raretés d’Archive Collection, inédits bootlegués (Return To Pepperland) et collaborations avec Costello, Godrich ou Youth. Chaque vignette révèle l’art mélodique et l’ingéniosité d’atelier d’un McCartney multi-instrumentiste, passant de la slide pastorale aux cuivres jazz et des îles Vierges à Abbey Road.


À force de citer toujours les mêmes standards de Paul McCartney, on oublie la face B – au sens propre comme au figuré – d’un catalogue tentaculaire, nourri de trouvailles harmoniques, de détours de production et d’essais stylistiques qui racontent autant l’artiste que ses grands succès. L’objectif de cette traversée n’est pas de dresser un « palmarès » définitif, mais d’ouvrir des portes d’entrée vers des chansons de haut niveau rarement jouées en concert, parfois dissimulées en faces B, éparpillées sur des albums moins canonisés, ou exhumées par les campagnes d’Archive Collection. Les pistes ci‑dessous suivent l’ordre fourni par notre trame, sans hiérarchie esthétique. Elles replacent chaque titre dans son contexte de création, éclairent les choix d’arrangement, et signalent lorsqu’il existe des rééditions, mixages alternatifs ou notations historiques utiles pour le fan qui souhaite aller plus loin.

N° 32 – Love In The Open Air (1967)

Écrite pour la bande originale de The Family Way et orchestrée par George Martin, Love In The Open Air dévoile très tôt l’attrait de McCartney pour la forme instrumentale. Cette vignette en 3/4 respire une mélancolie lumineuse où guitare nylon, vents et cordes dialoguent avec une sobriété qui tranche avec l’effervescence pop de 1967. Le thème s’est distingué au Royaume‑Uni en recevant un Ivor Novello Award en 1968, ce qui, rétrospectivement, fait de cette page une sorte de prologue aux entreprises symphoniques que McCartney mènera plus tard (de Liverpool Oratorio à Standing Stone). On y entend déjà sa manière d’écrire des mélodies évidentes mais finement modulées, que l’orchestration ne surcharge jamais.

N° 31 – Momma Miss America (1970)

Deux minutes, un cut, et soudain un autre morceau : Momma Miss America, enregistré à la maison sur l’album McCartney, est un montage accidentel de deux idées instrumentales qui se sont « rentrées dedans » en bande. Cette couture fortuite – passage de la mineur à la majeur puis glissement vers sol – donne un objet hybride, à la fois jam et étude d’atmosphère, où McCartney tient tous les instruments. L’énergie brute, l’absence d’ornements et l’aisance rythmique rappellent l’intérêt des home‑studios analogiques : pas d’ordinateur, mais un sens du groove et de la texture qui n’a pas vieilli. C’est un excellent terrain de jeu pour improviser une ligne vocale par‑dessus, preuve que même ses sketches instrumentaux contiennent une chanson potentielle.

N° 30 – I Am Your Singer (1971)

Dans Wings Wild Life, I Am Your Singer s’impose comme une déclaration intime presque chuchotée. Linda McCartney prend la voix sur certains passages, et son timbre naïf devient un élément de style plus qu’une performance virtuose. Le mixage volontairement sec rapproche les chanteurs de l’auditeur et laisse les tremolos de guitare respirer. L’écriture, simple, réhabilite une tradition de love song directe que McCartney n’abandonnera jamais, même quand il s’aventure vers des architectures plus sophistiquées.

N° 29 – When The Night (1973)

Sur Red Rose Speedway, When The Night convoque la ballade des années 50 passée au filtre McCartney : progression familière, voix invitante, climats de reverb mesurée. Ce n’est pas un sommet « structurel » de sa plume, mais la ligne mélodique épouse si bien le cadre harmonique que la chanson s’imprime après deux écoutes. Elle participe aussi à définir l’ADN de Wings période 1972‑73, entre romantisme assumé et recherche d’un son de groupe.

N° 28 – Little Woman Love (1972)

Née aux sessions de Ram, publiée en face B de Mary Had A Little Lamb, Little Woman Love avance au piano avec une pulsation rockabilly pleine de ressort. Détail qui réjouira les amateurs de crédits : la contrebasse est tenue par le légendaire jazzman Milt Hinton, dont le placement donne au morceau un bounce très « old school ». C’est l’illustration parfaite de la manière dont McCartney recycle un idiome des fifties sans nostalgie figée, par le biais d’un jeu de basse/piano très chantant.

N° 27 – Love In Song (1975)

Troisième piste de Venus And Mars et face B du n°1 Listen To What The Man Said, Love In Song est une ballade luxueuseharpe, cordes et contrebasse (McCartney joue un instrument associé à Bill Black, le bassiste d’Elvis) soutiennent une mélodie mineure d’une gravité inhabituelle chez lui. On y goûte sa science de la motivation thématique : le motif vocal retourne sur lui‑même, tantôt en mode éolien, tantôt éclairé par des emprunts qui suspendent la cadence. La prise de son, d’une grande clarté, valorise le grain des instruments acoustiques.

N° 26 – Spirits of Ancient Egypt (1975)

Toujours sur Venus And Mars, Denny Laine mène le chant tandis que McCartney place des contre‑chants au refrain. La rythmique chaloupée et les claviers synthétiques dessinent un exotisme « de studio » teinté de psychédélisme tardif. Le titre fonctionne aussi en scène : Wings Over America en a livré une version nerveuse où le drumming de Joe English densifie l’espace. C’est une pièce charnière pour saisir la polyphonie vocale Wings, moins souvent commentée que les grandes ballades de Paul, mais essentielle au spectre du groupe.

N° 25 – The Note You Never Wrote (1976)

Au cœur de Wings At The Speed Of Sound, The Note You Never Wrote brouille les attentes : composée par Paul McCartney, mais chantée par Denny Laine, elle déroule une mélodie arquée sur un décor de cordes (quartette Gabrieli) et de synthés aériens. Un écho de batterie, un solo de Jimmy McCulloch et des harmonies en clair‑obscur suffisent à suggérer un récit d’espionnage jamais explicité. Par sa couleur, c’est un « objet singulier » dans le corpus, qui montre l’intérêt de Paul pour des ambiances cinématiques.

N° 24 – San Ferry Anne (1976)

Toujours sur Speed Of Sound, San Ferry Anne prend une tournure quasi jazz : saxophone, flûte, trombone et flugelhorn enrichissent une écriture en mode mineur. La chanson n’a pas vocation à « percuter » comme un single ; elle étire au contraire une humeur de cabaret sophistiqué où comptent les timbres autant que la mélodie. Elle rappelle que Wings travaillait volontiers avec une section de cuivres (Howie Casey, Thaddeus Richard, Tony Dorsey, Steve Howard), ce qui signe l’identité sonore de 1975‑76.

N° 23 – Spin It On (1979)

Dans Back To The Egg, Spin It On propulse Wings à un tempo que l’on a souvent qualifié de l’un des plus rapides de la discographie de McCartney. Guitares serrées, batterie en piqué, harmonies très proches : la chanson assume un clin d’œil punk/new wave sans renoncer à l’obsession mélodique. C’est aussi un bon révélateur de l’appétit d’expérimentation d’un Paul que l’on réduit trop souvent au seul registre ballade.

N° 22 – Daytime Nighttime Suffering (1979)

Face B de Goodnight Tonight, Daytime Nighttime Suffering fut longtemps un secret de connaisseurs – au point que Paul McCartney l’a lui‑même citée parmi ses favoris. Écrite dans le flux des sessions de Back To The Egg, elle juxtapose des sections contrapuntiques et un refrain d’une évidence pop remarquable. Le texte, empathique, regarde le labeur quotidien des femmes sans condescendance. Cette face B a rejoint la compilation Wingspan et la 7″ Singles Box (2022), signe qu’elle a gagné, avec le temps, le statut de classique caché.

N° 21 – Oh Woman, Oh Why (1971)

Face B de Another Day, Oh Woman, Oh Why surprend par sa rudesse : riff massifs, cris contrôlés, et ces effets de coups de feu qui accentuent la dramaturgie. À l’opposé de la délicatesse de la piste précédente, McCartney s’y frotte à un blues‑rock sombre, presque menaçant. Sa performance vocale – l’articulation de la saturation et du placement – justifie à elle seule la curiosité.

N° 20 – Stop, You Don’t Know Where She Came From (1980/2015)

Longtemps inédite, cette chanson de type New Orleans est revenue au jour via l’Archive Collection de Tug Of War. On y décèle un récit édifiant et un swing moelleux qui trahit l’amour de Paul pour les idiomes américains. Si l’on ne peut jurer des circonstances précises de l’écriture (improvisation poussée en studio ou esquisse retravaillée), l’enregistrement garde ce charme « première prise » qui fait beaucoup pour son attrait.

N° 19 – She’s My Baby (1976 / 1999)

Petite bulle pop nichée sur Wings At The Speed Of Sound, She’s My Baby a connu une seconde vie lorsqu’elle a été réorchestrée pour cordes sur Working Classical. Ce transfert vers le quatuor et l’ensemble élargi illustre une constante chez McCartney : lorsqu’une mélodie est forte, elle résiste à l’arrangement et change de vêture sans perdre son identité. Le titre a été joué en contexte commémoratif pour Linda, preuve de son importance affective.

N° 18 – Riding To Vanity Fair (2005)

Extrait de Chaos And Creation In The Backyard, produit par Nigel Godrich, Riding To Vanity Fair appartient au versant sombre de McCartney. Tempo retenu, harmonies qui se dérobent, texte de désenchantement adressé à un interlocuteur qui s’éloigne : le titre tranche avec l’optimisme coutumier, sans posture. La prise de son minimaliste, les instruments à faible saturation et la voix au plus près du micro composent une atmosphère de distance émotionnelle rare chez lui.

N° 17 – Two Magpies (2008)

Au sein de The Fireman (le projet co‑signé avec Youth), Electric Arguments aligne des pièces où l’expérimentation n’exclut jamais la chanson. Two Magpies, folk en format miniature, mise sur une prise de son patinée, comme si l’enregistrement provenait d’un cylindre ancien. Voix tremblée, guitare acoustique, détails d’ambiance : en deux minutes douze, McCartney esquisse une vignette d’une grâce désarmante, qui rappelle sa facilité à peindre avec peu.

N° 16 – I’m Carrying (1978)

Écrite et enregistrée sur le yacht Fair Carol aux Îles Vierges pendant la gestation de London Town, I’m Carrying est une chanson sentimentale portée par une guitare et un voile de cordes. On a souvent noté l’inclination de McCartney pour des accords diminués ici ou là, qui colorent la progression d’une mélancolie douce. L’enregistrement ambulant – un studio 24 pistes installé à bord – contribue au grain feutré et à la respiration particulière de la piste.

N° 15 – You Want Her Too (1989)

Co‑écrite avec Elvis Costello pour Flowers In The Dirt, You Want Her Too est l’unique duo du disque et rejoue, avec malice, la dynamique de répliques acides chère à Costello face aux lignes plus caressantes de McCartney. La pulsation ternaire lui donne une dandination inhabituelle dans ce répertoire ; la production de Giles Martin sur d’autres titres de l’album a souvent été saluée, mais ici la direction vocale et l’écriture miroir suffisent à installer le théâtre. On y entend aussi, en creux, comment la collaboration McCartney/Costello a servi d’étincelle pour reformuler la plume de Paul à la fin des années 80.

N° 14 – That Was Me (2007)

Sur Memory Almost Full, That Was Me tient de l’autoportrait condensé : un texte en remontée temporelle, un scat calé à l’unisson d’un riff de guitare, une section rythmique compacte. Le clin d’œil à Heart Of The Country dans certaines figures de guitare montre l’art de McCartney pour tisser sa propre mythologie sans s’auto‑citer pesamment. Le titre a très bien fonctionné en concert à la fin des années 2000 – il gagne en muscle sans perdre sa narration.

N° 13 – Golden Earth Girl (1993)

Insérée dans Off The Ground, Golden Earth Girl épouse une forme piano‑voix enrichie de hautbois et de flûte, avec un texte surréaliste où l’on devine l’ombre de Linda. La chanson évoque ces miniatures américaines XIXe (on a cité Stephen Foster) que McCartney aime réinterpréter, non par pastiche mais par épuration : accords simples, mélodie claire, orchestration en aquarelle.

N° 12 – Vanilla Sky (2001)

Commandée par Cameron Crowe après une projection du film éponyme, Vanilla Sky naît en quelques jours pendant les sessions de Driving Rain. Voix proche, guitare en arpèges, synthés discrets et ce scat en « do‑do » qui rappelle la veine pastorale de Mother Nature’s Son : la chanson trouvera un écho immédiat et sera nommée aux Oscars (catégorie Best Original Song, cérémonie 2002). Elle a aussi valu à McCartney un Critics’ Choice Award et plusieurs autres nominations, preuve que son songwriting pour l’écran reste d’une efficacité redoutable.

N° 11 – Country Dreamer (1973)

Conçue en 1972 et publiée en face B de Helen Wheels l’année suivante, Country Dreamer prolonge la veine americana chère à McCartney depuis Heart Of The Country. Sa trajectoire discographique est singulière : absente des LP originaux, elle réapparaît comme bonus sur le CD de Band On The Run en 1993, puis dans la réédition 2018 de Red Rose Speedway. On y retrouve une section rythmique aérée, un slide élégant et des harmonies Linda/Denny qui font tout le charme de cette carte postale rurale.

N° 10 – The Mess (1972/1973)

Enregistrée en public aux Pays‑Bas lors de la tournée européenne de 1972, The Mess sert de face B au single My Love. La version publiée comprend des overdubs et un editing qui resserrent l’impact ; reste un rocker irrésistible, emporté par les guitares de Henry McCullough et Denny Laine, avec un break à mi‑temps qui annonce l’énergie de Junior’s Farm. C’est l’instant « groupe » par excellence, celui qui montre Wings en machine live cohérente dès ses premiers mois.

N° 9 – The Other Me (1983)

Parue sur Pipes Of Peace, The Other Me est une chanson pop/R&B chaleureuse et optimiste où l’on reconnaît au premier tour la voix intime de McCartney. La progression harmonique familière est relevée par des micro‑déviations mélodiques « à la Paul » qui accrochent l’oreille sans effet tapageur. Typiquement le genre de titre qui paraît déjà connu – ce qui est peut‑être la définition même d’un standard potentiel.

N° 8 – Looking At Her (2013)

Prodiguée par Giles Martin sur l’album New, Looking At Her est un modèle de pop moderne : guitares au hook clair, synthés et programmations intégrés sans raideur, refrain qui s’imprime dès la première écoute. La prise de son contemporaine sert un chant très proche du micro, presque ASMR par instants, qui contraste avec le pan plus orchestral du disque. Avec Alligator, c’est l’un des hauts faits de cet album de réinvention tardive.

N° 7 – Souvenir (1997)

Sur Flaming Pie, Souvenir puise dans une âme soul/gospel que McCartney revendique explicitement – il a évoqué Wilson Pickett comme figure idéale pour chanter cette mélodie. Mesure ternaire, voix assurée, guitare au phrasé presque Lennon‑esque : la chanson s’achève sur un traitement lo‑fi de la voix, comme passée par un méga‑téléphone qui imite le grésillement d’un 78 tours. Une manière élégante de tisser passé et présent sans tomber dans l’archéologie.

N° 6 – Tiny Bubbles (2001)

Issu de Driving Rain, Tiny Bubbles groove de manière oblique : basse bondissante, batterie élastique, et une mélodie qui, par endroits, évoque en contre‑jour les contours mordants de Piggies (Harrison). Les paroles relèvent du flux de conscience, mais s’articulent autour d’une idée fertile – le monde comme une bulle – qui sert de motif à variations. Comme souvent chez McCartney, la chanson grandit à la réécoute, lorsqu’on perçoit mieux ses petites surprises d’arrangement.

N° 5 – Somebody Who Cares (1982)

Sur Tug Of War, Somebody Who Cares offre une ballade guitare d’un classicisme souverain, mais enregistrée avec deux géants : Steve Gadd à la batterie et Stanley Clarke à la basse. Écrite la veille de la session, la chanson tire sa force d’une mélodie patiemment ciselée et d’une production signée George Martin qui laisse chaque instrument respirer. Le trio voix/guitare/cordes ponctuelles rappelle le goût de Paul pour une économie de moyens quand le matériau le permet.

N° 4 – Dominoes (2018)

Dans Egypt Station, Dominoes juxtapose des couplets en mineur à la teinte mélancolique (certains y ont vu un écho d’Isn’t It A Pity) et un refrain solaire porté par des harmonies superposées. Le texte joue sur la métaphore des dominos : une action en entraîne une autre, mais la vie continue et, au bout du compte, « tout s’arrange » – un credo maccartnien par excellence. La production contemporaine ne gomme pas l’écriture, elle la cadre.

N° 3 – Big Boys Bickering (1993)

Face B de Hope Of Deliverance, Big Boys Bickering appartient au très rare rayon protest songs chez McCartney. Le texte – où l’on entend le mot « fuckin’ » – brocarde la classe politique qui « se chamaille » pendant que les autres assument les conséquences. Jouée en 1993 lors du concert MTV Up Close, la chanson conserve une pulsation pop accrocheuse malgré son sujet frontal. À rebours de l’image d’un Paul exclusivement « positif », elle révèle un regard critique jamais délié de la recherche mélodique.

N° 2 – Return To Pepperland (1987)

Restée inédite officiellement, Return To Pepperland provient des sessions avec Phil Ramone au mitan des années 80. Hommage ludique aux 20 ans de Sgt. Pepper, la chanson arbore une production très 80’s (synthés, batteries traitées), des modulations à foison et des chœurs épais. Elle a circulé via des bootlegs et des compilations non officielles, et s’accompagne d’autres pièces de la même veine. On y perçoit le désir de jouer avec son propre mythe tout en glissant, au centre, un regard sur l’époque.

N° 1 – What Do We Really Know? (1974)

Écrite par McCartney pour l’album McGear de son frère Mike (alias Mike McGear), What Do We Really Know? condense l’énergie de Wings période 1974. Jimmy McCulloch signe un solo de guitare tranchant, McCartney place un court chorus de basse d’une gourmandise rare, et la coda décolle en mi‑temps pendant que Paul lance le refrain en falsetto crié. Les paroles, philosophiques, posent la question de ce que nous savons vraiment de la musique ; la réponse tient peut‑être dans cette évidence : dans les mains d’un musicien de ce calibre, elle façonne nos vies et nous porte longtemps après la dernière note.

Quelques jalons transverses pour écouter autrement

Ces trente‑deux titres dessinent en creux une cartographie du laboratoire McCartney. On y voit coexister le home‑studio lo‑fi et le grand orchestre, le rock nerveux et la pastorale, la protest song et la méditation. On y retrouve des compagnonnages déterminants – George Martin, Denny Laine, Jimmy McCulloch, Steve Gadd, Stanley Clarke, Giles Martin, Youth – et des lieux devenus personnages, des studios d’Abbey Road au yacht Fair Carol transformé en station mobile. On mesure aussi l’importance des faces B et des rééditions pour prendre la mesure d’une œuvre dont les angles morts se comblent au fil des décennies.

S’il fallait un fil rouge, ce serait le sens de la mélodie et de la voix. Même lorsqu’il s’amuse avec les styles, McCartney cherche obstinément la phrase qui chante et l’inflection juste. Ce qui explique sans doute qu’une partie de ces morceaux, discrets à leur sortie, continuent de gagner des adeptes. Pour l’auditeur curieux, ils forment un parcours parallèle, où chaque détour éclaire autrement les grands classiques. À vous de jouer : alignez ces sillons, et laissez tomber les dominos.

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