Mary McCartney photographe : l’œuvre, la méthode et la vie de la fille aînée de Paul et Linda McCartney
Photographe exposée au Victoria and Albert Museum et à la National Portrait Gallery, autrice du portrait officiel d’Elizabeth II pour son record de règne, réalisatrice du premier long métrage documentaire consacré aux studios d’Abbey Road, autrice culinaire et cofondatrice de Meat Free Monday : à 56 ans, Mary McCartney a bâti une œuvre qui tient debout sans son nom de famille. Voici le portrait complet de la fille aînée de Paul et Linda McCartney, de sa naissance au dernier été des Beatles jusqu’à sa trilogie d’expositions sur l’instant partagé.
En bref : Mary McCartney en 10 points
- Née le 28 août 1969 à l’Avenue Clinic de St John’s Wood, à Londres, à 1 h 30 du matin. Premier enfant biologique de Paul McCartney et de Linda McCartney, prénommée d’après sa grand-mère paternelle, Mary Patricia McCartney.
- Elle est le bébé caché dans la veste de son père sur la photo du dos de pochette de l’album McCartney (1970), prise par Linda en Écosse.
- Photographe professionnelle depuis le début des années 1990, spécialiste du moment non posé, elle travaille au Leica, en argentique comme en numérique, à la lumière disponible.
- Première grande série : Off Pointe (2004), le corps de ballet du Royal Ballet photographié en coulisses, aujourd’hui conservé en partie au V&A.
- Livres de photographie : From Where I Stand (2010), Monochrome & Colour (2014), Twelfth Night 15.12.13 (2016), The White Horse (2018), Paris Nude (2019).
- Elle signe en juillet 2015 le portrait officiel d’Elizabeth II publié pour le jour où la reine dépasse le record de règne de Victoria (9 septembre 2015).
- Elle réalise If These Walls Could Sing (2022), premier long métrage documentaire sur les studios d’Abbey Road, présenté à Telluride puis diffusé sur Disney+.
- Elle cofonde Meat Free Monday en 2009 avec Paul et Stella McCartney, publie plusieurs livres de cuisine végétarienne et présente l’émission Mary McCartney Serves It Up, nommée aux Daytime Emmy Awards en 2022.
- Elle photographie l’essentiel de l’album McCartney III (2020) et la couverture de Rolling Stone réunissant Paul McCartney et Taylor Swift.
- Sa devise, qui a donné son titre à une exposition chez Sotheby’s en 2023 : “Can we have a moment ?”, une invitation à s’arrêter sur la beauté du quotidien.
Le 28 août 1969, un mois avant la sortie d’Abbey Road, naissait à Londres Mary McCartney. Cinquante-six ans plus tard, elle est l’une des photographes britanniques les plus identifiables de sa génération, et l’une des rares enfants de musicien célèbre à avoir construit une carrière que l’on peut juger sur pièces, indépendamment de l’arbre généalogique. Son terrain, c’est l’image. Son sujet, c’est l’intervalle : la seconde avant la pose ou celle qui suit, le moment où la danseuse étoile retire ses pointes, où la reine ouvre sa boîte de dépêches, où un ancien Beatle se met à danser devant l’objectif alors que sa fille lui demande de rester immobile.
Cet article fait le point, dossier par dossier, sur ce que Mary McCartney a réellement produit : ses séries photographiques, ses livres, ses expositions, ses films, ses livres de cuisine, ses engagements, et la manière dont tout cela s’enracine dans une enfance passée entre l’Écosse, les tournées des Wings et la chambre noire de sa mère. Nous en profitons pour corriger plusieurs approximations qui circulent sur son compte, du lieu exact du portrait de la reine à l’identité de Sonny McCartney. Pour le versant consacré spécifiquement à ses collaborations avec son père, on pourra compléter avec notre dossier sur Mary McCartney et Paul, de la pochette de McCartney à celle de McCartney III.
Sommaire
Qui est Mary McCartney ?
Mary McCartney est une photographe, réalisatrice de documentaires, autrice culinaire et militante britannique, née le 28 août 1969 à Londres. Elle est la fille aînée de Paul McCartney, ancien bassiste et chanteur des Beatles, et de la photographe américaine Linda McCartney (1941-1998). Elle est connue pour ses portraits intimistes, pris sur le vif plutôt que mis en scène, pour le portrait officiel d’Elizabeth II réalisé en 2015, pour son documentaire If These Walls Could Sing (2022) sur les studios d’Abbey Road et pour son rôle d’ambassadrice mondiale de la campagne Meat Free Monday.
Dans la fratrie McCartney, elle occupe une place particulière : elle est la demi-sœur cadette, côté maternel, de Heather (née en 1962, fille du premier mariage de Linda, adoptée ensuite par Paul), la sœur aînée de Stella (née en 1971) et de James (né en 1977), et la demi-sœur aînée, côté paternel, de Beatrice (née en 2003). Pour une vue d’ensemble de la famille, voir notre article sur les enfants de Paul McCartney. Son oncle est Mike McCartney, lui-même photographe, et son grand-père maternel l’avocat new-yorkais Lee Eastman, qui fut le conseiller juridique de Paul au moment de la séparation des Beatles.
Fiche d’identité
| Nom complet | Mary Anna McCartney |
| Naissance | 28 août 1969, 1 h 30, Avenue Clinic, 12 Avenue Road, St John’s Wood, Londres |
| Parents | Paul McCartney et Linda McCartney (née Eastman) |
| Métiers | Photographe, réalisatrice, autrice culinaire, animatrice de télévision, militante pour une alimentation végétale |
| Débuts professionnels | Début des années 1990 (photographie) |
| Collections publiques | Victoria and Albert Museum, National Portrait Gallery, Royal Academy (Londres), Fondation d’entreprise Hermès (Paris), Château La Coste (Provence) |
| Œuvre la plus vue | Portrait officiel d’Elizabeth II, juillet 2015 |
| Film | If These Walls Could Sing (2022), 1 h 26 |
| Engagement | Cofondatrice et ambassadrice mondiale de Meat Free Monday (2009) |
| Famille | Mariée à Simon Aboud depuis 2010 ; quatre fils |
28 août 1969 : naître au dernier été des Beatles
On mesure rarement à quel point la naissance de Mary McCartney s’inscrit au cœur même de la fin des Beatles. Elle arrive au monde au moment exact où le groupe achève son dernier album enregistré, où les quatre musiciens posent ensemble pour la dernière fois devant un photographe, et où les querelles d’affaires autour d’Allen Klein atteignent un point de non-retour. Sa venue, de l’aveu même de son père, a servi d’amortisseur à cette période.
Avenue Clinic, 1 h 30 du matin
Mary naît le jeudi 28 août 1969 à 1 h 30 du matin à l’Avenue Clinic, au 12 Avenue Road, à quelques minutes à pied de la maison de Cavendish Avenue où vivent Paul et Linda, et donc à quelques rues des studios d’Abbey Road. Elle pèse 6 livres et 8 onces, soit un peu moins de 3 kilos. Paul assiste à l’accouchement, ce qui n’est pas encore la norme pour les pères de 1969 : il décrira à la presse une expérience nouvelle et merveilleuse. Le Daily Mirror du lendemain titre sur le Beatle qui a vu naître sa fille.
Une semaine plus tard, le même quotidien publie la première photographie officielle de la famille. Détail révélateur : aucun photographe de presse n’a été convoqué. Paul a pris lui-même le cliché, avec un retardateur, douze heures après la naissance. Le magazine officiel du groupe, The Beatles Book, précise dans son numéro d’octobre 1969 que Linda a prévenu les photographes du monde entier qu’elle prendrait elle-même les images de la famille. Dès le premier jour, l’image de Mary appartient donc à ses parents, et non aux agences. C’est le début d’un rapport à la photographie qui la suivra toute sa vie.
Son prénom est un hommage direct à la mère de Paul, Mary Patricia McCartney, née Mohin, infirmière et sage-femme, morte d’un cancer le 31 octobre 1956, quand Paul avait 14 ans. C’est la même Mary que Paul a vue en rêve en 1968 et qui lui a inspiré Let It Be, ce “Mother Mary” que tant d’auditeurs ont pris pour la Vierge. Sur la genèse de la chanson au piano, voir notre article sur pourquoi Let It Be est une chanson pour piano. Treize ans après la mort de sa mère, Paul redonne son prénom à la maison.
Six jours après la dernière séance photo des quatre Beatles
Le calendrier est saisissant. Le 20 août 1969, les quatre Beatles se retrouvent pour la dernière fois ensemble dans un studio, à Abbey Road, pour finaliser l’ordre des titres de l’album. Le 22 août, ils posent ensemble pour la dernière fois devant les objectifs, dans le parc de Tittenhurst Park, la propriété de John Lennon à Ascot (voir notre éphéméride du 22 août). Linda McCartney, enceinte de huit mois, fait partie des photographes présents ce jour-là. Six jours plus tard, Mary naît. L’album Abbey Road sort le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni : le bébé a un mois.
On peut donc dire, sans forcer le trait, que Mary McCartney est la seule enfant des Beatles à être née entre la dernière séance photo du groupe et la parution de son dernier album enregistré. Ses premiers jours coïncident aussi avec les manœuvres qui vont conduire ATV à prendre le contrôle de Northern Songs, l’éditeur des chansons Lennon-McCartney, à l’automne 1969.
Une grossesse traversée par Get Back et par le mariage de mars 1969
Mary a été conçue à la fin de 1968, pendant la période qui précède les séances de Get Back. Linda est donc enceinte pendant les répétitions de Twickenham et de Savile Row en janvier 1969, pendant le concert sur le toit d’Apple du 30 janvier, et lors du mariage de Paul et Linda, le 12 mars 1969 à la mairie de Marylebone (voir l’éphéméride du 12 mars). Paul l’a raconté sans détour à son biographe Barry Miles dans Many Years From Now : l’enfant n’était pas planifié, et c’est à peu près au moment où Mary s’est annoncée que le couple a décidé de se marier.
Les journaux de l’époque racontent une autre chronologie. Le 16 mai 1969, le Daily Mirror et le Daily Record annoncent que Linda attend un bébé pour décembre, ou pour Noël. Mary naît le 28 août. Le décalage de près de quatre mois n’a jamais été commenté par la famille ; il suffit de le constater pour comprendre que l’annonce publique a été arrangée de manière à ne pas faire coïncider la conception avec la période antérieure au mariage. C’est un détail, mais il rappelle à quel point l’image publique d’un Beatle était encore, en 1969, un objet contrôlé.
Le Picasso de la chambre d’hôpital
Paul passe pratiquement toute la semaine de l’accouchement à la clinique. Il racontera en 1999, devant Michael Parkinson, qu’il fixait pendant des heures une reproduction du Vieux Guitariste aveugle de Picasso accrochée au mur, et qu’il s’est demandé quel accord jouait le personnage, qui n’utilise que deux doigts. Il en a tiré un exercice d’écriture : une chanson qui ne se jouerait qu’avec deux doigts. Enregistrée en décembre 1969 pendant les séances à domicile de McCartney, sous le titre de travail Rupert, elle est restée inédite jusqu’en 2018, quand elle est sortie sous le nom de When the Wind Is Blowing dans la réédition Archive Collection de Wild Life. La naissance de Mary a donc laissé une trace musicale directe, presque cinquante ans avant d’être entendue.
Ce que Mary a changé chez Paul
La période qui suit est l’une des plus sombres de la vie de Paul McCartney : le conflit avec Allen Klein, l’annonce du départ de Lennon, l’isolement, l’alcool, ce qu’il décrira plus tard comme une sorte de dépression (sur ce point, voir notre article Paul McCartney raconte l’effondrement qui a suivi la fin des Beatles, ainsi que notre dossier sur Allen Klein). Paul a souvent placé Mary au centre de son récit de survie. Dans un entretien croisé avec sa fille publié par le Sunday Times en décembre 2021, il résume l’idée ainsi : le chaos de l’année 1969 a été repoussé sur le côté, et il ne s’est plus soucié que d’être père. Mary, dit-il en substance, est arrivée exactement au bon moment, et lui a permis de regarder ce qui se passait avec les Beatles en se demandant si cela comptait vraiment.
Dans ses conversations avec le journaliste Paul Du Noyer, il oppose la maison et l’extérieur : dehors, tout allait mal ; dedans, le nouveau-né transformait la vie en cocon. C’est le décor de l’album McCartney, et c’est l’image que Linda va fixer sur pellicule.
L’enfant de la pochette : McCartney (1970)
La première apparition publique de Mary McCartney est une photographie devenue iconique : un bébé dont on n’aperçoit que le visage, blotti dans l’ouverture de la veste en peau retournée de son père, sur fond de ciel écossais. Linda l’a prise à la fin de 1969 à High Park, la ferme que Paul possède depuis 1966 près de Campbeltown, dans la péninsule de Kintyre. Elle figure sur l’album McCartney, premier disque solo de Paul, publié le 17 avril 1970, une semaine après l’annonce publique de son départ des Beatles (voir notre éphéméride du 17 avril).
Correctif factuel : la photo de Mary est au dos de la pochette, pas en couverture
On lit très souvent que le portrait de Paul tenant Mary dans sa veste “orne la pochette” de McCartney. C’est inexact. La couverture du disque est une photographie, elle aussi signée Linda, de cerises renversées autour d’un bol posé sur un mur, avec une flaque de jus rouge. Le portrait de Paul et Mary figure au dos de la pochette, au-dessus du nom McCartney. La confusion est ancienne et compréhensible : comme le nom de l’artiste apparaît sur la face arrière, de nombreux acheteurs ont cru, et croient encore, que c’était la véritable couverture. Plusieurs disquaires présentent d’ailleurs le disque face portrait en vitrine.
Une image-manifeste
La photographie dit beaucoup de choses en peu d’éléments. Un homme mal rasé, cheveux longs, en pleine campagne, un nouveau-né, un vêtement de travail. Rien qui rappelle les costumes de 1963 ou les uniformes de Sgt. Pepper. C’est une déclaration d’intention : Paul McCartney n’est plus une moitié de Lennon-McCartney, il est un père de famille qui fait de la musique chez lui. Pour Linda, c’est aussi une preuve de méthode. Elle photographie ce qui se passe, sans studio, sans maquillage, et elle en fait une icône. Mary dira plus tard que sa mère prenait des photos sans qu’on s’en rende compte, qu’elle avait toujours un appareil au cou et qu’elle déclenchait au milieu d’une conversation avant de passer à autre chose. Cette image en est l’exemple parfait.
La trilogie familiale : McCartney, McCartney II, McCartney III
L’histoire a une suite élégante, qui n’a été bouclée qu’en 2020. Les deux premiers albums éponymes de Paul, McCartney (1970) et McCartney II (1980), portent les photographies de Linda. Le troisième, McCartney III, enregistré en confinement dans le Sussex et publié le 18 décembre 2020, porte celles de Mary. Le bébé de la pochette de 1970 est devenu la photographe principale de l’album qui referme la trilogie, cinquante ans plus tard. Nous y revenons plus bas, avec un correctif sur les crédits exacts du disque. Pour situer ces trois albums dans l’ensemble de l’œuvre solo, voir notre discographie solo de Paul McCartney album par album.
Une enfance chez les Wings
Les parents de Mary ont fait un choix rare pour un couple aussi célèbre : emmener les enfants partout, plutôt que de les confier à des gouvernantes. Linda devient claviériste et choriste des Wings en 1971 ; les enfants suivent. Mary grandit donc dans les loges, les bus de tournée, les studios, entre deux séjours en Écosse.
Wings Over Europe : l’école de la route
L’été 1972, Wings part pour sa première vraie tournée européenne, le Wings Over Europe Tour, à bord d’un autobus à impériale peint de couleurs vives, aménagé pour la famille. Les enfants voyagent avec le groupe. Mary a trois ans et ses souvenirs de cette époque sont ceux d’une enfance nomade, mais structurée par la présence constante de ses deux parents. Les archives photographiques de Linda montrent Heather, Mary et Stella sur les banquettes du bus, dans les coulisses, sur les épaules de leur père. Quatre ans plus tard, lors de la grande tournée américaine de 1976, la famille est toujours du voyage : voir notre récit de Wings Over America et du concert de Fort Worth.
Mary Had a Little Lamb : la chanson qui porte son prénom
Le deuxième single des Wings est une adaptation de la comptine américaine Mary Had a Little Lamb, écrite en 1830 par Sarah Josepha Hale. Paul et Linda l’enregistrent en mars 1972 parce que leur fille aimait entendre son prénom chanté ; les enfants McCartney participent aux chœurs. Le disque sort chez Apple (référence R 5949) avec Little Woman Love en face B. Après le scandale de Give Ireland Back to the Irish, interdit par la BBC, le choix d’une comptine déconcerte jusqu’aux membres du groupe, Denny Seiwell et Henry McCullough en tête. La critique se moque. Le public, lui, porte le single à la 9e place au Royaume-Uni et à la 28e du Billboard Hot 100.
Nous avons consacré à ce single une enquête complète : Mary Had a Little Lamb, l’histoire vraie du single le plus moqué de Paul McCartney, ainsi qu’une fiche avec la traduction et l’histoire de la chanson. Au début de juin 1972, le groupe tourne plusieurs films promotionnels dans les studios de la BBC ; l’un d’eux, remasterisé, est disponible sur la chaîne officielle de Paul McCartney.
Correctif factuel : la date de sortie du single n’est pas fixée
Trois dates circulent pour la sortie britannique de Mary Had a Little Lamb : le 5 mai 1972 (date prévue initialement, reprise par plusieurs chronologies et par la brochure professionnelle The New Singles), le 12 mai 1972 (retenue par le site officiel de Paul McCartney, par 45cat et par la discographie de référence jpgr.co.uk) et le 19 mai 1972 (donnée par certaines sources secondaires). Le plus probable est un report du 5 au 12 mai. Le disque entre au classement britannique le 27 mai 1972, culmine à la 9e place et reste onze semaines classé. Les présentations qui datent la chanson de mars 1972 confondent sortie et enregistrement.
Le Sussex, l’école publique et la normalité
À la fin des années 1970, la famille s’installe dans l’East Sussex, près de Rye, où Paul fera construire plus tard son studio de Hogg Hill Mill. Paul et Linda inscrivent leurs enfants dans l’école publique locale, une comprehensive, plutôt que dans un internat privé. Ce choix, souvent rappelé par Mary et Stella, participe d’une volonté farouche de normalité : on prend le bus scolaire, on a des amis du village, on n’est pas la fille d’un Beatle avant d’être une élève. C’est aussi dans le Sussex, entourée de chevaux, que Mary développe un attachement qui nourrira, quarante ans plus tard, son livre The White Horse.
Toute la famille est élevée dans le végétarisme à partir du milieu des années 1970 : Paul et Linda ont renoncé à la viande en 1975 selon la plupart des récits, après avoir vu des agneaux gambader dans les prés écossais au moment d’un déjeuner de gigot. Ce choix, alors marginal, deviendra l’un des fils rouges de la vie adulte de Mary.
Abbey Road comme terrain de jeu, et le poney Jet
La maison de Cavendish Avenue est à cinq minutes à pied d’Abbey Road. Mary a raconté que certains de ses plus anciens souvenirs d’enfance viennent des studios. En préparant son documentaire, elle a découvert que sa mère passait parfois au studio pour demander si quelqu’un pouvait garder les enfants le soir, ce qui en dit long sur la familiarité des McCartney avec le personnel du lieu. Le film s’ouvre d’ailleurs sur des photographies du bébé Mary posé sur le sol du studio.
Son image préférée de cette époque montre Paul et Linda faisant traverser le célèbre passage piéton à leur poney Shetland, Jet, en 1977. C’est cette photographie, qu’elle découvre adulte lors d’une visite professionnelle aux studios, qui lui a donné l’envie de raconter l’histoire du lieu. Nous avons consacré un article entier à cette scène : Paul McCartney, Linda, Jet et Abbey Road, quand un poney traverse le mythe des Beatles. Dans le documentaire, Paul assure, amusé, que l’animal s’est tenu correctement pendant la traversée ; Mary a, depuis, raconté une version moins flatteuse.
Correctif factuel : Jet, le poney et la chanson, qui a donné son nom à qui ?
Mary McCartney affirme que le poney familial a été baptisé d’après la chanson Jet (1973, album Band on the Run). Paul, de son côté, a donné plusieurs versions de l’origine du titre : tantôt un poney, tantôt un chiot labrador noir de la famille. Les trois récits sont contradictoires et aucun n’est documenté par une source contemporaine des faits. La photographie de 1977, quatre ans après la chanson, est compatible avec la version de Mary, mais ne prouve rien sur l’antériorité. Il est donc plus prudent d’écrire que le nom de Jet est commun au poney et à la chanson, sans trancher le sens de l’emprunt.
Le laboratoire de Soho : comment Mary McCartney est devenue photographe
Mary McCartney n’a pas décidé enfant qu’elle serait photographe. Elle le dit elle-même : elle a grandi dans une famille très visuelle, entourée d’expositions et de beaux livres d’art, mais n’a jamais formulé le projet. La vocation s’est installée par couches successives, et la première date d’un après-midi précis.
Le déclic de la chambre noire, vers cinq ou six ans
C’est le souvenir fondateur, qu’elle a raconté à la National Portrait Gallery, à Alain Elkann et à la Gagosian Gallery dans des termes presque identiques. Vers l’âge de cinq ou six ans, Linda l’emmène dans sa petite chambre noire de Soho. Il n’y a qu’elles deux. Linda glisse une feuille de papier vierge dans le bac de révélateur, l’agite doucement de gauche à droite, et Mary voit apparaître, comme par magie, une image en noir et blanc de 10 × 8 pouces. C’est à ce moment, dit-elle, qu’elle est tombée amoureuse de la photographie. L’expression revient dans tous ses entretiens : l’image qui se révèle sous ses yeux, le blanc qui devient photographie.
Ce souvenir explique une constante de son travail : chez Mary McCartney, la photographie n’est pas seulement la prise de vue. Elle a retenu de sa mère que déclencher n’est qu’une partie du processus, et que l’édition, le choix et le tirage comptent autant. Elle continue de travailler en argentique et de faire réaliser des tirages argentiques, à une époque où la plupart des photographes de sa génération sont passés au tout numérique.
Un premier emploi dans la recherche iconographique
À la sortie de l’école, Mary ne se lance pas derrière l’appareil. Son premier emploi consiste à faire de la recherche iconographique pour une maison d’édition spécialisée dans les livres sur la musique. Le métier l’amène à prendre rendez-vous avec des photographes, à fouiller leurs archives, à regarder des milliers d’images des autres. Elle explique qu’elle aimait la photographie mais qu’elle ne se croyait pas capable d’en faire. Ce passage par l’archive est une école en soi : il apprend à reconnaître une bonne image, à comprendre comment se construit une planche-contact, comment un photographe trie son propre travail.
Elle s’engage réellement dans la photographie au début des années 1990, une fois installée seule à Londres. Les biographies divergent sur l’année exacte (1992 dans certaines notices, plus tard dans d’autres), mais toutes situent ses débuts professionnels au début de la vingtaine. Elle contribue notamment à la promotion des débuts de sa sœur : en 1995, ce sont ses photographies qui documentent la soirée de lancement de la toute première collection de Stella McCartney, avec Kate Moss et Naomi Campbell parmi les invitées. Sur la trajectoire de Stella, voir notre portrait Stella McCartney, l’héritière qui a passé trente ans à changer les règles du luxe.
Le Leica de Linda
Lorsqu’elle annonce à sa mère qu’elle a décidé de photographier professionnellement, Linda lui donne l’un de ses propres appareils, un Leica 35 mm, souvent identifié comme un Leica R7. Mary l’a beaucoup utilisé au début et le possède toujours. Elle a raconté avoir dû se battre avec les vitesses d’obturation et la cellule avant que l’appareil ne devienne, selon son mot, son ami, qui la suivait partout. Elle travaille aujourd’hui avec des Leica argentiques et numériques ; elle a précisé que pour l’exposition Mother Daughter de 2015, elle utilisait un Leica numérique, et qu’elle recourt au numérique surtout en basse lumière.
Interrogée sur les conseils techniques de sa mère, Mary répond qu’il y en a eu peu. Elle se décrit comme une photographe peu technicienne, plus attachée à l’observation qu’à la production. Elle a appris en regardant Linda travailler, pas en recevant des leçons. Les deux femmes ont en revanche beaucoup parlé de photographie, et Mary insiste sur le fait qu’elles avaient le même œil et un style très proche.
Ses influences : Steichen, Arbus, Lartigue, Eve Arnold
Au-delà de Linda, Mary McCartney cite quatre références. Edward Steichen, pour ses tirages noir et blanc vus en exposition pendant son enfance et pour son rôle de commissaire (il fut l’organisateur de The Family of Man au MoMA en 1955). Jacques-Henri Lartigue, dont le livre sur la Riviera était l’un de ses favoris, pour la facilité et l’élégance avec lesquelles il saisissait une époque. Diane Arbus, pour sa manière d’explorer sa propre ville et de trouver les personnages que personne ne regardait. Et Eve Arnold, la photographe de Magnum, rencontrée par hasard dans les années 1990 alors que Mary supervisait une exposition des photographies de Linda dans un musée de Bradford. Elle cite aussi, dans un entretien plus récent, les peintres préraphaélites.
La combinaison est cohérente : la vérité documentaire d’Arbus et d’Arnold, la légèreté de Lartigue, l’exigence du tirage de Steichen. On la retrouve dans toutes ses séries.
1998 : la mort de Linda et la transmission
Linda McCartney meurt d’un cancer du sein le 17 avril 1998, à 56 ans, dans le ranch familial de Tucson, en Arizona, la ville où elle avait elle-même appris la photographie auprès de Hazel Larsen Archer au début des années 1960. Mary a 28 ans. Cinq mois plus tard, le 26 septembre 1998, elle épouse le réalisateur Alistair Donald. À partir de cette date, elle devient l’une des principales gardiennes de l’archive photographique de sa mère, avec Paul, qui en détient les droits. Pour une biographie complète de Linda photographe, voir notre portrait Linda McCartney, photographe du rock et notre article anniversaire Linda McCartney aurait eu 85 ans.
Il est frappant qu’en cet été 2025 Mary atteigne exactement l’âge qu’avait sa mère à sa mort, 56 ans. La symétrie ne s’arrête pas là : comme Linda, elle a mené de front une vie de photographe et une vie de mère de quatre enfants, et c’est précisément à ce modèle qu’elle se réfère quand on lui demande comment elle concilie les deux, rappelant que sa mère était mère de quatre enfants et photographe.
La méthode Mary McCartney : photographier l’instant non gardé
Qu’est-ce qui distingue une photographie de Mary McCartney ? La réponse tient en une formule, reprise par toutes les institutions qui l’exposent : elle cherche les rares moments d’intimité non surveillée, émotionnellement chargés, chez ses sujets. En anglais, on parle de unguarded moments, littéralement les instants où le sujet baisse la garde. C’est l’inverse du portrait de célébrité traditionnel, où tout est contrôlé.
Can we have a moment ? Une devise devenue programme
Mary McCartney a une devise, qu’elle applique à la vie autant qu’à l’image : “Can we have a moment ?”, que l’on pourrait traduire par “Prenons un instant”. C’est une invitation à s’arrêter pour apprécier un moment de beauté dans le quotidien. La formule a donné son titre à son exposition chez Sotheby’s en 2023, et elle résume parfaitement son approche : la photographie comme pause, comme ralentissement, comme attention portée à ce qui passe d’ordinaire inaperçu.
La conversation plutôt que la pose
Sa technique est d’abord relationnelle. Elle passe du temps avec ses sujets, parle, attend, laisse l’appareil devenir un objet familier. Elle a décrit son travail comme légèrement voyeur et légèrement personnel à la fois. Pour les entretiens de son documentaire sur Abbey Road, elle a appliqué la même règle : des conversations décontractées plutôt que des interviews formelles, avec une question en filigrane, faussement naïve, qu’elle posait en substance à chacun : est-ce que ce bâtiment compte vraiment pour vous, ou n’est-ce qu’un endroit où vous avez enregistré ?
Le reportage de Rolling Stone sur la séance de 2020 avec Paul McCartney et Taylor Swift donne une idée concrète de cette atmosphère : pas d’assistants, pas de styliste, pas de maquilleur pour Taylor Swift ; de la musique Motown dans les enceintes ; Paul qui danse et ne prend rien au sérieux, et Mary qui le gronde à plusieurs reprises pour qu’il reste immobile. Le journaliste y voit une fenêtre ouverte sur une dynamique familiale. C’est aussi la démonstration d’une méthode : créer les conditions pour que la garde tombe.
Argentique et numérique, lumière disponible
Mary McCartney travaille principalement à la lumière disponible, sans flash, et alterne noir et blanc et couleur. Elle aime l’argentique pour une raison qu’elle a formulée simplement : quand on se promène en prenant des photos avec un appareil à film, il n’y a que soi et l’appareil, sans écran à consulter entre deux prises. Elle ne fait pas pour autant du film un fétiche : le numérique lui sert dans les situations de faible lumière. Ce pragmatisme technique contraste avec la cohérence très forte de son regard.
La photographie de commande
Parallèlement à son œuvre personnelle, Mary McCartney a mené une carrière de photographe de commande pour la presse et pour les marques : Harper’s Bazaar, le Vogue britannique, Selfridges, De Beers, les Brit Awards, Adidas, le groupe hôtelier Mandarin Oriental, et la maison de sa sœur Stella. En 2021, elle participe à l’exposition Studio 7 by Cartier à la Saatchi Gallery de Londres, avec des portraits des nouveaux ambassadeurs de la maison, dont l’actrice Vanessa Kirby et la boxeuse Ramla Ali, et la supervision d’un studio où de jeunes photographes réalisent des portraits du public. Elle a raconté à cette occasion avoir hérité de sa mère des boucles d’oreilles Cartier parmi les objets les plus sentimentaux qu’elle possède.
L’œuvre photographique de Mary McCartney, série par série
Si l’on veut comprendre Mary McCartney photographe, il faut regarder ses séries dans l’ordre. Chacune explore un milieu fermé, une communauté ou un moment, avec la même règle : entrer dans les coulisses plutôt que photographier la scène.
Off Pointe (2004) : le Royal Ballet après le rideau
Off Pointe : A Photographic Study of the Royal Ballet After Hours est sa première exposition personnelle, présentée en 2004 à la Royal Opera House de Covent Garden. Mary y photographie les danseurs du corps de ballet du Royal Ballet pendant une série de représentations, mais en s’interdisant délibérément la scène et les répétitions. Elle les suit dans les loges, les couloirs, les escaliers, les vestiaires : les pieds abîmés, la fatigue, l’attente, la camaraderie, les gestes de récupération. Le titre joue sur l’expression technique sur pointes : ici, les pointes sont retirées.
Le Victoria and Albert Museum a fait entrer dans ses collections une sélection de quatorze tirages argentiques issus de cette série. La notice du musée insiste sur ce choix d’éviter la scène, qui fait toute l’originalité du projet. En 2019, la Royal Photographic Society a présenté de nouveau la série lors de la foire Photo London, quinze ans après sa création, et CNN y a consacré un article : signe que Off Pointe est devenu un classique de son œuvre.
British Style Observed (2008)
En 2008, Mary McCartney expose au Natural History Museum de Londres British Style Observed, une exposition de portraits que la presse magazine décrit alors comme constellée de célébrités, autour de l’idée d’un style britannique. L’exposition confirme sa place dans le portrait de célébrités tout en restant fidèle à son principe : saisir les personnes plutôt que leur image publique.
From Where I Stand (2010) : le premier livre
Son premier livre, Mary McCartney : From Where I Stand, paraît chez Thames & Hudson en 2010. Il rassemble une sélection de photographies réalisées depuis ses débuts : proches, coulisses, portraits d’artistes, scènes de rue. Le livre est accompagné d’une exposition à la National Portrait Gallery et à la Michael Hoppen Gallery de Londres. Le titre est une profession de foi : voici ce que je vois, depuis l’endroit où je me tiens. Pas de grand récit, un point de vue. La National Portrait Gallery conserve aujourd’hui plusieurs de ses œuvres et lui a consacré une page de sa série Photographer in Focus.
Twelfth Night 15.12.13 : Mark Rylance en coulisses à Broadway
Moins connu du grand public mais très apprécié des amateurs de théâtre, Twelfth Night 15.12.13 paraît chez HENI Publishing en 2016, avec une préface de l’acteur Mark Rylance. En décembre 2013, Mary passe une soirée dans les coulisses du Belasco Theatre, à Broadway, où la troupe du Shakespeare’s Globe joue La Nuit des rois dans une distribution entièrement masculine, selon l’usage du théâtre élisabéthain. Mark Rylance y interprète Olivia. Mary photographie l’habillage, le maquillage, la transformation des comédiens en personnages, principalement en noir et blanc argentique, à la lumière disponible. On retrouve la logique d’Off Pointe : le spectacle vu depuis l’endroit où le public ne va jamais. Le titre reprend une date ; certains comptes rendus situent la séance le 13 décembre, le livre retient le 15.
Monochrome & Colour (2014) : vingt ans de travail
Mary McCartney : Monochrome & Colour, publié par GOST Books en 2014, est son ouvrage le plus ambitieux : un volume épais qui rassemble deux décennies de photographies, de son premier jour de travail jusqu’à la date de parution, en alternant noir et blanc et couleur. On y croise Kate Moss, Morrissey, sa sœur Stella, son père, mais aussi des inconnus, des paysages, des animaux, des natures mortes. Time lui consacre un portfolio sous le titre de la vie vue à travers son objectif, et le New York Times un portrait en novembre 2014. Le livre donne lieu à des expositions, notamment chez De Pury à Londres et au Musée de Wola à Varsovie. C’est en voyant ce livre que le galeriste Larry Gagosian aura l’idée de l’exposition suivante.
Mother Daughter (2015) : l’exposition en dialogue avec Linda
Du 20 novembre 2015 au 30 janvier 2016, la Gagosian Gallery de Madison Avenue, à New York, présente Linda McCartney and Mary McCartney : Mother Daughter. L’idée vient de Larry Gagosian, qui avait vu à la fois Monochrome & Colour et Life in Photographs, la grande monographie de Linda chez Taschen. Mary est chargée d’en être la commissaire et travaille avec son père, qui détient l’archive de Linda. Le principe : accrocher côte à côte des photographies de la mère et de la fille, pour montrer à quel point leurs regards se répondent. On y trouve des photos de famille jamais montrées, des autoportraits, beaucoup de Paul.
Mary a confié au magazine de Gagosian qu’elle avait toujours imaginé faire un jour cette exposition, mais beaucoup plus tard dans sa carrière, parce qu’elle s’efforce de séparer son travail et sa famille. Le projet lui a paru d’abord intimidant, puis passionnant. L’exposition a voyagé ensuite à Fotografiska, à Stockholm, en 2018. Pour l’histoire de cette exposition vue depuis la relation entre Mary et son père, voir notre article sur ses collaborations avec Paul.
Undone (2017) : Toronto
En 2017, l’Izzy Gallery de Toronto présente Undone. Dans un entretien à la radio canadienne CBC, Mary décrit à cette occasion sa photographie comme légèrement voyeuse et légèrement personnelle. Le titre résume la série : ce qui est défait, détaché, relâché, au propre comme au figuré.
The White Horse (2018) : un an avec Alejandro
Mary McCartney : The White Horse, paru chez Rizzoli en 2018, est son livre le plus singulier. Il est consacré à un seul sujet : un cheval blanc, photographié pendant un an dans la campagne anglaise de son enfance. Le projet prolonge l’attachement aux chevaux né dans le Sussex et dialogue, sans le dire, avec la passion de Linda pour les chevaux, qu’elle montait et photographiait volontiers. Le livre est accompagné d’une exposition à la Berggruen Gallery de San Francisco. Le Wall Street Journal profite de la sortie pour publier, le 28 août 2018, jour de ses 49 ans, un portrait intitulé en substance : comment Mary McCartney est devenue artiste avec un petit coup de main de Linda et de Paul.
Paris Nude (2019)
Publié par HENI en 2019, Paris Nude est, comme son titre l’indique, un travail sur le nu réalisé à Paris, que le magazine AnOther classe parmi les sept livres de photographie à acheter ce mois-là. Le sujet, inhabituel dans son œuvre, conserve son approche : lumière naturelle, intimité, refus de la mise en scène spectaculaire.
La trilogie de l’instant : Moment of Affection, Can We Have a Moment ?, Embrace (2022-2024)
Entre 2022 et 2024, Mary McCartney conçoit une trilogie d’expositions qui puisent dans son archive de trente ans, en la réorganisant autour de l’idée de lien et d’affection.
- Moment of Affection ouvre en juin 2022 à la Bastide Gallery du Château La Coste, domaine viticole et centre d’art du Puy-Sainte-Réparade, près d’Aix-en-Provence, en pleine saison des Rencontres de la photographie d’Arles, qui l’ont signalée dans leur sillage. L’exposition est co-commissariée par son amie de longue date Georgina Cohen. Le Château La Coste fait d’ailleurs partie des collections qui conservent ses œuvres. Le lien avec la Provence ne s’arrête pas là : c’est aussi à Aix-en-Provence que les photographies de son père ont été exposées pour la première fois en France, comme nous l’avions raconté dans Paul McCartney photographe s’expose à Aix-en-Provence.
- Can We Have a Moment ? Three Decades of Photographs in Britain ouvre le 9 mars 2023 dans la galerie de St George Street de Sotheby’s à Londres, dans le cadre de la campagne de la maison de ventes consacrée aux artistes femmes pendant le mois international des droits des femmes. Plus de trente œuvres, présentées comme la première grande exposition de son travail au Royaume-Uni, accrochées de manière non linéaire, en tailles variées. Parmi les images : Being Frida (2000), Blush (2001), Unzipping (2007), Hello (2016). L’accrochage physique dure jusqu’au début d’avril, la version en ligne jusqu’au 9 juin 2023.
- Embrace, troisième volet, est présentée du 16 novembre 2023 au 13 janvier 2024 à la galerie A Hug From The Art World, au 515 West 19th Street à New York. C’est sa première exposition personnelle à New York et la première grande présentation de son travail aux États-Unis, avec une vingtaine d’œuvres. Georgina Cohen est de nouveau associée au projet. Mary dit ressentir un lien fort avec New York, ville de sa famille maternelle, et parle d’un retour à la maison.
Correctif factuel : Embrace n’a pas été présentée chez Sotheby’s à New York
On lit parfois que Mary McCartney a exposé en 2023 “chez Sotheby’s à Londres et à New York”. C’est une confusion entre les deux derniers volets de la trilogie. Sotheby’s a accueilli Can We Have a Moment ? à Londres, au printemps 2023. Embrace, à New York, a été présentée par la galerie A Hug From The Art World, dans le quartier de Chelsea, de novembre 2023 à janvier 2024. De même, Moment of Affection n’est pas une exposition parisienne mais provençale (Château La Coste, juin 2022).
Tableau récapitulatif de l’œuvre photographique
| Année | Titre | Format | Lieu ou éditeur |
|---|---|---|---|
| 2004 | Off Pointe | Exposition | Royal Opera House, Londres (reprise à Photo London en 2019) |
| 2008 | British Style Observed | Exposition | Natural History Museum, Londres |
| 2010 | From Where I Stand | Livre et exposition | Thames & Hudson ; National Portrait Gallery et Michael Hoppen Gallery |
| 2014 | Monochrome & Colour | Livre et expositions | GOST Books ; De Pury (Londres), Musée de Wola (Varsovie) |
| 2015 | Mother Daughter | Exposition à deux voix | Gagosian, New York ; Fotografiska, Stockholm (2018) |
| 2015 | Portrait d’Elizabeth II | Commande officielle | Buckingham Palace |
| 2016 | Twelfth Night 15.12.13 | Livre | HENI Publishing, préface de Mark Rylance |
| 2017 | Undone | Exposition | Izzy Gallery, Toronto |
| 2018 | The White Horse | Livre et exposition | Rizzoli ; Berggruen Gallery, San Francisco |
| 2019 | Paris Nude | Livre | HENI Publishing |
| 2022 | Moment of Affection | Exposition | Château La Coste, Provence |
| 2023 | Can We Have a Moment ? | Exposition-vente | Sotheby’s, Londres |
| 2023-2024 | Embrace | Exposition | A Hug From The Art World, New York |
Le portrait officiel d’Elizabeth II (2015)
De toutes les photographies de Mary McCartney, c’est celle qui a fait le plus de fois le tour du monde. Elle est aussi la plus mal décrite.
Une idée proposée par la photographe
Contrairement à ce qu’écrivent la plupart des résumés, ce n’est pas Buckingham Palace qui est venu chercher Mary McCartney. D’après le Daily Telegraph du 9 septembre 2015, c’est elle qui a approché le Palais avec l’idée de réaliser un portrait marquant le record de longévité de la souveraine. Le Palais a accepté. La séance a lieu en juillet 2015, dans la salle d’audience privée (Private Audience Room) des appartements de la reine, à Buckingham Palace.
La reine et sa boîte rouge
Le portrait montre Elizabeth II, alors âgée de 89 ans, assise à son bureau, vêtue d’une robe à motif floral rose et blanc de la maison Karl Ludwig, en train de consulter les documents d’une de ses boîtes rouges officielles. Ces boîtes de dépêches, frappées du chiffre royal et de la mention The Queen, sont celles qui ont été fabriquées pour elle à son couronnement en 1953 et régulièrement restaurées depuis. Elle y reçoit chaque jour la correspondance des ministres du Royaume-Uni, des royaumes du Commonwealth et de ses représentants à l’étranger, qu’elle lit, approuve et signe le cas échéant. La presse britannique rappelle à l’époque qu’elle a traité ces boîtes tous les jours de son règne sauf le jour de Noël, soit plus de 23 000 fois.
Le choix est très pensé. Au lieu d’un portrait d’apparat, avec diadème et salle du trône, Mary McCartney montre la reine au travail, dans la routine qui a rendu ce record possible. C’est sa méthode appliquée à un sujet qui est l’incarnation même de la représentation : saisir le geste quotidien plutôt que la pose. L’image est diffusée par le Palais le 8 septembre 2015 au soir, pour accompagner la journée du 9 septembre, où Elizabeth II dépasse les 63 ans et 216 jours de règne de son arrière-arrière-grand-mère Victoria. Mary McCartney déclare alors que, ayant grandi sous le règne d’Elizabeth II, c’était un frisson de la rencontrer et un très grand privilège de la photographier en cette occasion historique.
Correctif factuel : ni White Drawing Room, ni commande spontanée du Palais
Plusieurs présentations situent ce portrait dans la White Drawing Room de Buckingham Palace et affirment que le Palais a “choisi” Mary McCartney comme photographe officielle. Les légendes diffusées par le Palais lui-même et reprises par les agences AP, AFP et Getty sont sans ambiguïté : la photographie a été prise en juillet 2015, dans la salle d’audience privée de la reine, celle où elle recevait ses Premiers ministres chaque semaine. Et selon le Daily Telegraph, l’initiative est venue de Mary McCartney, qui a proposé l’idée au Palais. On ne trouve par ailleurs aucune source établissant que l’image soit entrée dans la Royal Collection, contrairement à ce qu’affirment certains textes. Enfin, l’idée d’une “photographe officielle” est trompeuse : il s’agit d’un portrait officiel ponctuel, pas d’une fonction.
Un nom choisi pour sa résonance
La presse américaine, USA Today en tête, a souligné la portée symbolique du choix : pour marquer un règne historique, le Royaume-Uni a retenu un nom qui l’est tout autant. Paul McCartney avait reçu son MBE des mains de la reine avec les trois autres Beatles en 1965, puis avait été anobli en 1997. En 2015, la famille McCartney entre une nouvelle fois dans l’iconographie royale, mais cette fois de l’autre côté de l’objectif. L’ironie n’a pas échappé aux connaisseurs : en 1969, Paul glissait la minuscule Her Majesty à la fin d’Abbey Road, l’album enregistré quelques semaines avant la naissance de Mary.
Mary McCartney photographie Paul : trois dates clés
Mary a souvent dit qu’elle s’efforçait de séparer son travail et sa famille. Elle n’y parvient pas tout à fait, et c’est tant mieux pour les amateurs des Beatles. Sans reprendre ici l’ensemble de ses collaborations avec son père, que nous détaillons dans un dossier dédié, trois moments méritent d’être rappelés pour comprendre son parcours.
2001 : Wingspan, la fille interroge le père
Avant de passer derrière la caméra comme réalisatrice, Mary McCartney a été productrice. Wingspan : An Intimate Portrait, documentaire de deux heures diffusé le 11 mai 2001 sur ABC aux États-Unis et le 20 mai 2001 sur Channel 4 au Royaume-Uni, est réalisé par son mari d’alors, Alistair Donald, et coproduit par Mary et Paul. Le film repose sur un long entretien entre Paul et sa fille, qui retrace l’histoire des Wings depuis la séparation des Beatles jusqu’à la dissolution du groupe en 1980, à partir des archives familiales. Le critique du Los Angeles Times Robert Hilburn le juge aussi intime et accueillant que les chansons les plus mélodiques de McCartney. Pour la place de ce film dans l’ensemble des films consacrés à Paul, voir notre vidéographie de Paul McCartney après les Beatles.
L’intérêt de Wingspan pour comprendre Mary est double. D’une part, c’est sa première expérience du documentaire et de l’entretien filmé, vingt ans avant If These Walls Could Sing. D’autre part, c’est la première fois qu’elle se place publiquement en position d’interroger l’histoire de sa propre famille, trois ans après la mort de Linda, omniprésente à l’écran.
2020 : McCartney III, la boucle de la trilogie
Au printemps 2020, le premier confinement britannique réunit une partie de la famille dans le Sussex. Paul passe le confinement avec Mary, son mari et leurs quatre enfants. Il se rend chaque jour à son studio voisin de Hogg Hill Mill et y construit, presque sans l’avoir prévu, l’album McCartney III, enregistré d’avril à juin 2020 et sorti le 18 décembre 2020, “Made in Rockdown” selon son jeu de mots. Mary réalise la photographie principale du disque.
Correctif factuel : qui a fait quoi sur la pochette de McCartney III ?
Deux erreurs circulent. La première attribue à Mary la couverture de l’album. En réalité, la couverture et la typographie sont l’œuvre de l’artiste américain Ed Ruscha, qui a conçu le motif du dé décliné en plusieurs couleurs selon les éditions ; Paul l’avait rencontré par l’intermédiaire de Stella. Mary est créditée pour le portrait de couverture (cover portrait), c’est-à-dire le portrait de Paul inclus dans l’édition, et pour l’essentiel des photographies, notamment celles du volet intérieur, dont plusieurs montages différents existent selon les pressages vinyle. La seconde erreur fait de Sonny McCartney, l’autre photographe crédité, le petit-fils de Paul. Sonny est en réalité son neveu, le fils de son frère Mike McCartney. Quelques photos prises par Paul avec son téléphone complètent l’ensemble, d’où la formule officielle : une affaire de famille.
La présence de Sonny n’a rien d’anodin : son père, Mike McCartney, alias Mike McGear du groupe Scaffold, est lui-même un photographe reconnu, auteur des images les plus intimes de la jeunesse des Beatles à Liverpool. Sur ce parcours, voir notre biographie complète de Mike McCartney. Avec McCartney III, deux générations de photographes de la famille McCartney se croisent sur un même disque.
2020 : Paul McCartney et Taylor Swift pour Rolling Stone
Le 6 octobre 2020, Taylor Swift traverse l’Atlantique en pleine pandémie et rejoint Paul McCartney dans ses bureaux de MPL, à Londres, pour le numéro Musicians on Musicians de Rolling Stone. Elle arrive sans équipe, se coiffe et se maquille elle-même, et porte des vêtements de Stella McCartney. Mary réalise les photographies, dont la couverture du numéro 1346, daté de décembre 2020 et mis en ligne le 13 novembre. Les deux artistes viennent de publier chacun un album fait à la maison, folklore pour elle, McCartney III pour lui. Sur les liens entre les deux musiciens, voir notre article sur Paul McCartney et Taylor Swift.
Pour qui s’intéresse à la photographie, la séance est un cas d’école de la méthode Mary McCartney : un lieu familier, aucun styliste, beaucoup de musique, et une longue journée où l’on attend que les sujets oublient l’objectif.
If These Walls Could Sing (2022) : Mary McCartney cinéaste
En janvier 2021, Mercury Studios annonce que Mary McCartney va réaliser le premier long métrage documentaire consacré aux studios d’Abbey Road. Le projet lui a été proposé par le producteur John Battsek, oscarisé pour Un jour en septembre et producteur de Searching for Sugar Man, pour accompagner les 90 ans des studios, ouverts par EMI en novembre 1931.
Un film de mémoire et de découverte
Mary avait passé son enfance dans le bâtiment sans savoir qu’il avait 90 ans. Elle a reconnu sa surprise en découvrant l’ampleur d’une histoire qu’elle croyait connaître : l’enregistrement d’Edward Elgar dirigeant ses propres œuvres dès 1931, les violoncellistes Jacqueline du Pré et, aujourd’hui, Sheku Kanneh-Mason, les grandes musiques de film de John Williams pour Star Wars, les années Pink Floyd, Kate Bush, Oasis, et la place centrale des ingénieurs du son et du personnel dans la magie du lieu. C’est d’ailleurs ce point que son père tenait le plus à souligner : il lui donnait de petits conseils et des anecdotes, et voulait surtout qu’elle mette en valeur les gens de l’ombre qui avaient aidé les Beatles.
Le film est conçu comme une visite de l’intérieur. Mary a expliqué que beaucoup de gens viennent jusqu’au passage piéton sans jamais entrer, parce que le bâtiment est un studio en activité, et qu’elle voulait faire entrer le spectateur. L’objectif central, a-t-elle dit à NME, était de comprendre pourquoi Abbey Road continue de compter autant pour les artistes. Pour l’histoire du lieu lui-même, voir notre article Abbey Road Studios et les Beatles, comment ils se sont façonnés mutuellement.
Distribution : qui témoigne dans le film ?
Le documentaire réunit une distribution exceptionnelle : Paul McCartney et Ringo Starr, Elton John, Noel et Liam Gallagher, Giles Martin, John Williams, George Lucas, Nile Rodgers, Cliff Richard, Roger Waters et David Gilmour, Jimmy Page, la chanteuse Celeste, le violoncelliste Sheku Kanneh-Mason, Lekan Animashaun, compagnon de route de Fela Kuti, ainsi que Tony Hicks et Bobby Elliott des Hollies. Des images d’archives font apparaître John Lennon, George Harrison, Linda McCartney, George Martin, Brian Epstein, Cilla Black et Kate Bush. Le film dure 1 h 26.
Une scène a particulièrement frappé les spectateurs : Paul, assis dans le studio, évoque un appareil utilisé par les Beatles, s’interrompt, se retourne et s’exclame qu’il est là, juste derrière lui. Mary a confié combien il avait été émouvant de s’asseoir avec son père dans ce décor.
Telluride, Disney+, et le calendrier exact
Le film est présenté pour la première fois le 3 septembre 2022 au Sheridan Opera House, lors du Festival de Telluride, dans le Colorado. Une avant-première new-yorkaise suit, puis l’avant-première britannique a lieu le 12 décembre 2022 aux studios d’Abbey Road mêmes, en présence de Paul, Mary et Stella. Le film sort en salles dans quelques cinémas et sur Disney+ aux États-Unis le 16 décembre 2022 (voir l’éphéméride du 16 décembre), puis sur Disney+ au Royaume-Uni et dans le reste du monde le 6 janvier 2023. Produit par John Battsek, Sarah Thompson et Miles Coleman pour Ventureland, avec Mercury Studios à la production exécutive, il a été nommé aux Critics Choice Documentary Awards.
Voici la bande-annonce officielle publiée par Disney+ :
Réception critique
La critique a salué un film chaleureux et généreux en archives. Le Financial Times parle d’une histoire charmante d’Abbey Road ; le Guardian y voit une visite guidée mystérieuse et plaisante du studio, tout en relevant que le film ne cherche pas la révélation fracassante. C’est un reproche que Mary assume : son film n’est pas une enquête, c’est un portrait de lieu par quelqu’un qui le connaît depuis l’enfance. On y retrouve sa signature de photographe : l’affection plutôt que la démonstration.
Correctif factuel : le concert sur le toit n’a pas eu lieu à Abbey Road
Lors de la sortie du film, une dépêche reprise dans plusieurs pays rapprochait le documentaire de Mary McCartney de Get Back de Peter Jackson en évoquant la célèbre prestation des Beatles “sur le toit d’Abbey Road”. C’est une confusion tenace. Le concert du 30 janvier 1969 a été donné sur le toit de l’immeuble d’Apple Corps, au 3 Savile Row, dans le quartier de Mayfair, à plusieurs kilomètres d’Abbey Road, qui se trouve à St John’s Wood. Voir notre récit de One After 909, la chanson réussie sur un toit en 1969. La même dépêche affirmait que les Beatles avaient enregistré 190 de leurs 210 chansons à Abbey Road : l’ordre de grandeur est juste, l’immense majorité du catalogue ayant été gravée aux studios EMI, mais le chiffre précis dépend de ce que l’on compte (titres officiels, faces B, enregistrements de Trident, d’Olympic, d’Apple ou de l’étranger) et ne doit pas être présenté comme exact.
Cuisine, Meat Free Monday et télévision : la photographie par d’autres moyens
On présente souvent le versant culinaire de Mary McCartney comme une seconde carrière, sans lien avec la première. C’est mal la lire. Ses livres de cuisine sont des livres de photographe, ses émissions sont des conversations autour d’une table, et la table familiale est l’un des grands sujets de ses images.
Meat Free Monday (2009)
En 2009, Mary cofonde avec Paul et Stella la campagne Meat Free Monday, qui invite chacun à se passer de viande au moins un jour par semaine, le lundi, pour des raisons de climat, de santé et de bien-être animal. Le principe se veut simple et non culpabilisant : pas de conversion, un jour. Paul a même consacré une chanson à la campagne, dont nous proposons la traduction et l’histoire. Mary en est aujourd’hui l’ambassadrice mondiale. En 2011, les trois McCartney signent la préface de The Meat Free Monday Cookbook (Kyle Books), qui propose un menu complet pour chaque lundi de l’année. Sur l’ensemble des engagements familiaux, voir notre dossier Paul McCartney, cinquante ans d’engagement.
En avril 2019, le South China Morning Post la rencontre à Hong Kong, où elle défend la réduction de la consommation de viande auprès du public asiatique, dans le prolongement de la marque Linda McCartney Foods fondée par sa mère en 1991.
Les livres de cuisine
- Food : Vegetarian Home Cooking (Chatto & Windus, 2012) : son premier livre de recettes, une cuisine végétarienne de tous les jours, illustrée par ses propres photographies.
- At My Table : Vegetarian Feasts for Family and Friends (Chatto & Windus, 2014) : des menus pour recevoir, du brunch au dîner de fête.
- Linda McCartney’s Family Kitchen (2021) : avec Paul et Stella, plus de 90 recettes de Linda adaptées en version entièrement végétale, nommé à un prix de l’International Vegan Film Festival.
- Feeding Creativity : A Cookbook for Friends and Family (Taschen, 2023) : 60 recettes végétales créées pour des amis et des personnalités, chacune associée à un portrait. Le livre réunit des noms comme Gigi et Bella Hadid ou le groupe Haim, au point que l’Evening Standard se demande s’il s’agit du livre de cuisine le plus étoilé jamais publié.
Correctif factuel : At My Table date de 2014, pas de 2015
At My Table est souvent daté de 2015, année où la presse britannique en a beaucoup parlé à l’occasion de sa promotion. L’édition originale de Chatto & Windus est parue en 2014. Ce décalage explique que les deux dates coexistent dans les bibliographies.
Feeding Creativity est la synthèse parfaite de ses deux métiers : chaque recette est pensée pour une personne, et chaque personne est photographiée. Le livre de cuisine devient une galerie de portraits, et la cuisine un prétexte à la rencontre, exactement comme la séance photo.
Mary McCartney Serves It Up (2021-2022)
En février 2021, Mary lance sur la plateforme Discovery+, en partenariat avec Food Network, l’émission Mary McCartney Serves It Up. Chaque épisode d’une demi-heure la montre dans sa cuisine londonienne, préparant des plats végétariens accessibles avec des amis célèbres. Une deuxième saison de quatre épisodes de fêtes arrive le 23 novembre 2021, avec Paul, Stella, Oprah Winfrey et Reese Witherspoon ; une troisième saison suit en novembre 2022. L’émission est nommée en 2022 au Daytime Emmy Award du meilleur programme culinaire.
Les moments les plus commentés concernent son père. Paul y prépare un rôti végétarien et ses garnitures de fête, approuve un Yorkshire pudding végan, et dévoile la recette de son cocktail personnel, le Maccarita, sa variante de la margarita. Oprah Winfrey, elle, confie à Mary qu’elle croyait, petite fille, qu’elle épouserait son père. Pendant la promotion de la deuxième saison, Mary a présenté l’émission dans Morning Joe sur MSNBC :
Pour l’actualité végétarienne de Paul McCartney, voir aussi notre article sur son appel pour la Semaine nationale végétarienne.
Une famille de photographes : Mary McCartney dans la lignée
Pour un lecteur de yellow-sub.net, l’une des façons les plus éclairantes de situer Mary McCartney est de la replacer dans une lignée. Autour des Beatles, la photographie n’a jamais été un simple outil de promotion : elle a été une pratique familiale, presque un second langage.
Linda, la mère : le regard de l’intérieur
Linda Eastman est déjà une photographe reconnue quand elle rencontre Paul en 1967 : elle a photographié les Rolling Stones, Jimi Hendrix, les Doors, et elle est la première femme à signer une couverture de Rolling Stone, en 1968, avec un portrait d’Eric Clapton. Elle devient ensuite la photographe de l’intérieur des Beatles finissants, puis des Wings, puis de la vie de famille. Son principe, que Mary a fait sien, est de photographier comme on respire, sans interrompre la vie. Pour une biographie détaillée, voir notre portrait Linda McCartney, photographe du rock.
Mike McCartney, l’oncle : la jeunesse des Beatles
Le frère cadet de Paul a photographié les Beatles à Liverpool avant leur célébrité, dans la cuisine du 20 Forthlin Road, au Cavern, en coulisses. Ses images, publiées notamment dans Remember et Mike Mac’s White and Blacks Plus One Colour, sont parmi les plus précieuses de la période pré-Beatlemania. Son fils Sonny est l’un des photographes crédités de McCartney III. Voir notre article Mike McCartney, le frère qui avait choisi de ne pas être Paul.
Paul, le père : Eyes of the Storm
Paul McCartney lui-même a été photographe. Pendant les mois de la Beatlemania, de la fin de 1963 au début de 1964, il a réalisé avec un appareil Pentax plusieurs centaines de clichés, longtemps oubliés, publiés en 2023 sous le titre 1964 : Eyes of the Storm et exposés à la National Portrait Gallery. Mary a participé au guide audio de l’exposition. Lorsque ces photographies ont été montrées pour la première fois en France, au musée Granet d’Aix-en-Provence, nous l’avions raconté dans Paul McCartney photographe s’expose à Aix-en-Provence. Le parallèle avec Mary est éloquent : le père a photographié une tempête de l’intérieur, la fille photographie le calme.
George Harrison : The Third Eye
La lignée dépasse la famille McCartney. George Harrison était lui aussi un photographe assidu, et ses images, conservées par Olivia Harrison, font l’objet d’un grand livre, The Third Eye, sur lequel nous avons publié un dossier : The Third Eye, révéler George Harrison photographe. Quand on aligne Linda, Mike, Paul, George et Mary, on comprend que la photographie est l’un des fils secrets de l’histoire des Beatles, et que Mary en est l’héritière la plus professionnelle.
Vie personnelle : une discrétion choisie
Mary McCartney a épousé le réalisateur Alistair Donald le 26 septembre 1998, cinq mois après la mort de sa mère. Le couple a eu deux fils, Arthur (né en 1999) et Elliot (né en 2002), et s’est séparé en 2007. Alistair Donald est le réalisateur de Wingspan. En 2010, Mary épouse dans la plus grande discrétion le réalisateur et scénariste Simon Aboud, avec qui elle a eu deux autres fils, Sam et Sid. Elle vit à Londres, où elle a installé son studio dans un ancien immeuble de bureaux de l’ouest de la ville, autour d’une grande table ronde en bois qui appartenait à Linda.
Comme ses parents, elle a protégé ses enfants de la presse, avec plus ou moins de succès : les tabloïds se sont intéressés à son fils aîné Arthur, diplômé de Yale en 2021, à cause de sa ressemblance avec son grand-père. Mary, elle, ne commente pas. Les photographies de cuisine, de table et de promenade qui peuplent son œuvre disent assez ce que représente pour elle la famille : non pas un décor, mais un lieu.
Pourquoi Mary McCartney compte, au-delà du nom
La tentation est toujours la même quand on parle des enfants des Beatles : chercher ce qu’ils doivent à leur père. Pour Mary McCartney, la question se pose autrement, pour quatre raisons.
1. Une reconnaissance institutionnelle vérifiable
Le V&A, la National Portrait Gallery, la Royal Academy, la Fondation d’entreprise Hermès et le Château La Coste conservent ses œuvres. Le V&A n’achète pas quatorze tirages d’Off Pointe parce que l’autrice s’appelle McCartney ; une institution comme la National Portrait Gallery ne consacre pas une page de sa série Photographer in Focus à une simple héritière.
2. Une cohérence de regard sur trente ans
D’Off Pointe à Embrace, du portrait de la reine à If These Walls Could Sing, Mary McCartney applique la même règle : entrer dans les coulisses, attendre le moment où la garde tombe, préférer l’affection à la démonstration. Peu de photographes peuvent revendiquer une ligne aussi lisible.
3. Un contrechamp à la mythologie des Beatles
L’histoire des Beatles a été écrite par des hommes, et photographiée en grande partie par des hommes : Dezo Hoffmann, Robert Freeman, Iain Macmillan, Don McCullin. Avec Linda puis Mary, une autre histoire s’est écrite, celle des cuisines, des bus de tournée, des enfants sur les épaules, des studios vus comme des maisons. Ce contrechamp domestique et féminin fait partie intégrante du récit. Le film de Mary sur Abbey Road en est l’aboutissement : il raconte le temple des Beatles depuis le regard d’une enfant qui y jouait.
4. Une passeuse de mémoire
Mary est l’une des gardiennes de l’archive de Linda : commissaire de Mother Daughter en 2015, partie prenante de la grande rétrospective consacrée à sa mère au Kelvingrove Art Gallery and Museum de Glasgow en 2019, où elle a pris la parole. Elle transmet un patrimoine visuel qu’elle connaît mieux que personne, et elle le fait sans l’exploiter : ses propres expositions ne montrent qu’avec parcimonie les images de sa famille.
Chronologie de Mary McCartney (1969-2025)
| Date | Événement |
|---|---|
| 12 mars 1969 | Mariage de Paul McCartney et Linda Eastman à Marylebone ; Linda est enceinte de Mary |
| 16 mai 1969 | La presse britannique annonce la grossesse, pour une naissance attendue en décembre |
| 22 août 1969 | Dernière séance photo des quatre Beatles à Tittenhurst Park ; Linda est parmi les photographes |
| 28 août 1969 | Naissance de Mary Anna McCartney à 1 h 30, Avenue Clinic, St John’s Wood |
| 26 septembre 1969 | Sortie d’Abbey Road au Royaume-Uni |
| Fin 1969 | Linda photographie Paul et Mary dans sa veste à High Park, en Écosse |
| 17 avril 1970 | Sortie de McCartney ; Mary au dos de la pochette |
| Mai 1972 | Single Mary Had a Little Lamb (Apple R 5949), n°9 UK, n°28 US |
| Été 1972 | Tournée Wings Over Europe, les enfants voyagent dans le bus du groupe |
| 1977 | Paul et Linda font traverser le passage d’Abbey Road au poney Jet |
| Début des années 1990 | Débuts professionnels de Mary en photographie, avec un Leica offert par Linda |
| 1995 | Elle photographie le lancement de la première collection de Stella |
| 17 avril 1998 | Mort de Linda McCartney à Tucson |
| 26 septembre 1998 | Mariage avec Alistair Donald |
| Mai 2001 | Wingspan (ABC le 11, Channel 4 le 20), coproduit par Mary |
| 2004 | Exposition Off Pointe à la Royal Opera House |
| 2007 | Divorce d’avec Alistair Donald |
| 2008 | British Style Observed, Natural History Museum |
| 2009 | Lancement de Meat Free Monday avec Paul et Stella |
| 2010 | Livre et exposition From Where I Stand ; mariage avec Simon Aboud |
| 2012 | Livre Food : Vegetarian Home Cooking |
| Décembre 2013 | Coulisses de Twelfth Night au Belasco Theatre, Broadway |
| 2014 | Livres Monochrome & Colour et At My Table |
| Juillet 2015 | Portrait d’Elizabeth II dans la salle d’audience privée de Buckingham Palace |
| 9 septembre 2015 | Elizabeth II dépasse le record de Victoria ; le portrait fait le tour du monde |
| 20 novembre 2015 | Ouverture de Mother Daughter chez Gagosian, New York |
| 2016 | Livre Twelfth Night 15.12.13 |
| 2017 | Exposition Undone, Toronto |
| 2018 | Livre The White Horse ; Mother Daughter à Fotografiska, Stockholm |
| 2019 | Livre Paris Nude ; Off Pointe à Photo London ; rétrospective Linda McCartney à Glasgow |
| 6 octobre 2020 | Séance Paul McCartney et Taylor Swift pour Rolling Stone |
| 18 décembre 2020 | Sortie de McCartney III, photographies de Mary |
| Janvier 2021 | Annonce de son documentaire sur Abbey Road |
| Février 2021 | Lancement de Mary McCartney Serves It Up sur Discovery+ |
| 2021 | Linda McCartney’s Family Kitchen ; Studio 7 by Cartier à la Saatchi Gallery |
| 2022 | Nomination aux Daytime Emmy Awards ; Moment of Affection au Château La Coste (juin) |
| 3 septembre 2022 | Première d’If These Walls Could Sing au Festival de Telluride |
| 16 décembre 2022 | Sortie du film sur Disney+ aux États-Unis |
| 6 janvier 2023 | Sortie du film sur Disney+ au Royaume-Uni |
| 9 mars 2023 | Ouverture de Can We Have a Moment ? chez Sotheby’s, Londres |
| 2023 | Livre Feeding Creativity (Taschen) |
| 16 novembre 2023 | Ouverture d’Embrace à New York, jusqu’au 13 janvier 2024 |
| 28 août 2025 | Mary McCartney fête ses 56 ans |
Les livres et disques de Mary McCartney à se procurer
Pour découvrir l’œuvre de Mary McCartney, ou compléter une collection consacrée à la famille McCartney, voici une sélection commentée.
Livres de photographie
- Mary McCartney : From Where I Stand (Thames & Hudson, 2010) : la meilleure porte d’entrée, compacte et représentative de ses débuts.
- Mary McCartney : Monochrome & Colour (GOST Books, 2014) : l’ouvrage de référence sur vingt ans de travail, pour les amateurs de beaux livres.
- Mary McCartney : The White Horse (Rizzoli, 2018) : le plus contemplatif, idéal pour qui aime la photographie animalière et le noir et blanc.
Livres de cuisine
- Feeding Creativity (Taschen, 2023) : recettes et portraits, la synthèse de ses deux métiers.
- Linda McCartney’s Family Kitchen (2021) : les recettes de Linda revues par Paul, Mary et Stella.
- Food : Vegetarian Home Cooking (2012) et At My Table (2014) : la cuisine végétarienne du quotidien et des jours de fête.
- The Meat Free Monday Cookbook (2011) : préface de Paul, Stella et Mary.
Disques liés à Mary McCartney
- McCartney (1970) : le premier album solo de Paul, avec la photographie de Mary bébé au dos de la pochette.
- McCartney III (2020) : l’album dont Mary signe les photographies.
- Abbey Road, édition du 50e anniversaire (2019) : le dernier album enregistré par les Beatles, achevé une semaine avant la naissance de Mary, et le studio au cœur de son documentaire.
FAQ : les questions les plus posées sur Mary McCartney
Qui est Mary McCartney ?
Mary McCartney est une photographe, réalisatrice et autrice culinaire britannique née le 28 août 1969 à Londres. Elle est la fille aînée de Paul et Linda McCartney. Elle est connue pour ses portraits pris sur le vif, pour le portrait officiel d’Elizabeth II en 2015 et pour son documentaire If These Walls Could Sing sur les studios d’Abbey Road.
Quel âge a Mary McCartney ?
Mary McCartney a 56 ans le 28 août 2025. Elle est née le 28 août 1969, à 1 h 30 du matin, à l’Avenue Clinic de St John’s Wood.
Pourquoi s’appelle-t-elle Mary ?
Elle porte le prénom de sa grand-mère paternelle, Mary Patricia McCartney, la mère de Paul, morte en 1956 quand il avait 14 ans. C’est cette même Mary que Paul évoque dans la chanson Let It Be.
Est-ce Mary McCartney sur la pochette de l’album McCartney ?
Oui, mais au dos. Le bébé blotti dans la veste de Paul sur la photographie prise par Linda en Écosse est Mary. Cette image figure au dos de la pochette de McCartney (1970) ; la couverture montre des cerises.
La chanson Mary Had a Little Lamb a-t-elle été écrite pour elle ?
Oui. Paul et Linda ont adapté cette comptine en 1972 parce que leur fille aimait entendre son prénom chanté, et les enfants participent aux chœurs. Le single des Wings a atteint la 9e place au Royaume-Uni et la 28e aux États-Unis.
Quel appareil photo utilise Mary McCartney ?
Elle a débuté avec un Leica 35 mm que lui a donné sa mère, souvent identifié comme un Leica R7, qu’elle possède toujours. Elle travaille aujourd’hui avec des Leica argentiques et numériques, principalement à la lumière disponible.
Mary McCartney a-t-elle photographié la reine Elizabeth II ?
Oui. En juillet 2015, elle a photographié la reine à son bureau, avec une boîte rouge de dépêches, dans sa salle d’audience privée de Buckingham Palace. L’image a été publiée pour le 9 septembre 2015, jour où Elizabeth II est devenue la souveraine au plus long règne de l’histoire britannique.
Qu’est-ce que le documentaire If These Walls Could Sing ?
C’est le premier long métrage documentaire sur les studios d’Abbey Road, réalisé par Mary McCartney pour les 90 ans du lieu. Présenté à Telluride le 3 septembre 2022, il est sorti sur Disney+ le 16 décembre 2022 aux États-Unis et le 6 janvier 2023 au Royaume-Uni. On y entend Paul McCartney, Ringo Starr, Elton John, John Williams, Noel et Liam Gallagher, Roger Waters, David Gilmour et Jimmy Page, entre autres.
Où peut-on voir If These Walls Could Sing ?
Le film est disponible en streaming sur Disney+. Il dure 1 h 26.
Mary McCartney est-elle végétarienne ?
Oui. Elle a été élevée dans le végétarisme par ses parents et a cofondé en 2009, avec Paul et Stella, la campagne Meat Free Monday, dont elle est l’ambassadrice mondiale. Elle a publié plusieurs livres de cuisine végétarienne et végétale.
Qu’est-ce que l’émission Mary McCartney Serves It Up ?
C’est une émission de cuisine végétarienne diffusée sur Discovery+ depuis février 2021, en trois saisons, où Mary cuisine avec des invités comme Paul McCartney, Stella McCartney, Oprah Winfrey ou Reese Witherspoon. Elle a été nommée aux Daytime Emmy Awards en 2022.
Qui a photographié la pochette de McCartney III ?
Mary McCartney a réalisé le portrait de couverture et l’essentiel des photographies de l’album, avec des contributions de Sonny McCartney, neveu de Paul, et de Paul lui-même. Le motif du dé et la typographie de la couverture sont de l’artiste Ed Ruscha.
Avec qui Mary McCartney est-elle mariée ?
Elle est mariée depuis 2010 au réalisateur et scénariste Simon Aboud. Elle avait auparavant été mariée au réalisateur Alistair Donald, de 1998 à 2007. Elle a quatre fils.
Quelle est la différence entre Mary et Stella McCartney ?
Ce sont deux sœurs : Mary, née en 1969, est photographe, réalisatrice et autrice culinaire ; Stella, née en 1971, est créatrice de mode et a fondé sa propre maison en 2001. Elles partagent l’engagement végétarien familial et ont cofondé ensemble, avec leur père, Meat Free Monday.
Où peut-on voir les photographies de Mary McCartney ?
Ses œuvres sont conservées notamment au Victoria and Albert Museum, à la National Portrait Gallery et à la Royal Academy à Londres, à la Fondation d’entreprise Hermès à Paris et au Château La Coste en Provence. Ses livres From Where I Stand, Monochrome & Colour et The White Horse en offrent un large panorama.
Glossaire
- Chambre noire : pièce sans lumière où l’on développe les films et réalise les tirages argentiques. C’est dans celle de Linda, à Soho, que Mary a découvert la photographie.
- Tirage argentique (gelatin silver print) : épreuve photographique obtenue sur un papier couché d’une émulsion à base de sels d’argent. Les tirages d’Off Pointe conservés au V&A sont de ce type.
- Lumière disponible : lumière déjà présente dans la scène, sans ajout de flash ni d’éclairage de studio.
- Moment non gardé (unguarded moment) : instant où le sujet oublie l’objectif et baisse la garde ; c’est la notion centrale de la photographie de Mary McCartney.
- Corps de ballet : ensemble des danseurs d’une compagnie qui ne sont ni solistes ni étoiles, sujet de la série Off Pointe.
- Boîte rouge (red box) : mallette officielle dans laquelle le souverain britannique reçoit chaque jour les documents gouvernementaux ; elle figure sur le portrait d’Elizabeth II.
- Volet ouvrant (gatefold) : pochette de disque qui s’ouvre comme un livre, offrant un espace intérieur pour les photographies, comme sur McCartney III.
- Meat Free Monday : campagne lancée en 2009 par Paul, Mary et Stella McCartney pour inciter à se passer de viande au moins un jour par semaine.
- Exposition-vente : exposition dont les œuvres sont proposées à l’achat, formule retenue par Sotheby’s pour Can We Have a Moment ?.
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net
- Mary McCartney et Paul : une vie de collaborations, de McCartney à McCartney III
- Les enfants de Paul McCartney
- Linda McCartney, photographe, musicienne, militante
- Stella McCartney, trente ans à changer les règles du luxe
- Mary Had a Little Lamb, l’histoire du single écrit pour Mary
- Le poney Jet sur le passage d’Abbey Road
- Abbey Road Studios et les Beatles
- Les producteurs de Paul McCartney et les métamorphoses de sa carrière solo
- Un 28 août dans la vie des Beatles
- Les Beatles en 1969 et les Beatles en 2022
Sources et bibliographie
Sources primaires et institutionnelles : site officiel de Mary McCartney (biographie, exposition Embrace) ; National Portrait Gallery, série Photographer in Focus ; notice du Victoria and Albert Museum sur les tirages d’Off Pointe ; Sotheby’s, catalogue numérique de Can We Have a Moment ? Three Decades of Photographs in Britain (2023) ; A Hug From The Art World, Embrace (2023-2024) ; Gagosian, Linda McCartney and Mary McCartney : Mother Daughter (2015) et entretien du Gagosian Quarterly ; Abbey Road Studios, annonce d’If These Walls Could Sing ; légendes officielles du portrait d’Elizabeth II diffusées par Buckingham Palace (AP, AFP, Getty, septembre 2015) ; site officiel de Paul McCartney (McCartney III, Mary Had a Little Lamb) ; Meat Free Monday.
Presse : Daily Mirror (16 mai, 29 août et 6 septembre 1969), Daily Record (16 mai 1969), Record Mirror (13 septembre 1969), The Beatles Book n°75 (octobre 1969) ; Daily Telegraph (9 septembre 2015) ; USA Today, WWD, NBC News (septembre 2015) ; The New York Times (22 novembre 2014) ; Time ; The Wall Street Journal (28 août 2018) ; Rolling Stone (13 novembre 2020 et entretien sur Abbey Road, 2022) ; Variety ; NME ; People ; The Guardian et Financial Times (critiques d’If These Walls Could Sing, janvier 2023) ; The Sunday Times (22 décembre 2021) ; South China Morning Post (16 avril 2019) ; Evening Standard ; AnOther ; Harper’s Bazaar UK (août 2021) ; W Magazine ; 1854 Photography ; The Wick Culture ; Alain Elkann Interviews (janvier 2020) ; CBC (novembre 2017) ; CNN (mai 2019).
Ouvrages : Barry Miles, Paul McCartney : Many Years From Now (1997) ; Paul Du Noyer, Conversations with McCartney (2016) ; Allan Kozinn et Adrian Sinclair, The McCartney Legacy, Volume 1 : 1969-73 (2022) ; Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle ; The Paul McCartney Project (fiches chronologiques sur la naissance de Mary, Wingspan, Serves It Up) ; jpgr.co.uk et 45cat (discographie du single Apple R 5949).
Il y a une photographie que Mary McCartney n’a pas prise mais qui résume son histoire : un bébé dans la veste de son père, en Écosse, à la fin de l’année où les Beatles se sont défaits. Linda a appuyé sur le déclencheur au bon moment, sans mise en scène, et l’instant est devenu une icône. Cinquante-six ans plus tard, la petite fille de l’image a fait de ce geste un métier, une méthode et une œuvre. Elle a photographié une reine, des danseurs, un cheval blanc, son père en confinement ; elle a filmé le studio où les Beatles ont tout inventé ; elle a mis la table pour des centaines d’invités. Toujours avec la même question, celle de sa devise : est-ce qu’on peut s’accorder un instant ? Joyeux anniversaire, Mary.












