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Jim et Mary McCartney
Deux vies à Liverpool : Mary Mohin, infirmière et mère de Paul, et Jim McCartney, vendeur de coton et musicien amateur.
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Avant les Beatles, avant le Cavern, avant même la guitare Zenith échangée contre une trompette, il y a deux personnes que l’histoire du rock a longtemps reléguées au rang de silhouettes : James “Jim” McCartney, représentant en coton et ancien chef d’orchestre de jazz amateur, et Mary Patricia McCartney, née Mohin, infirmière, sage-femme et visiteuse de santé. Lui est né en 1902 dans une rue ouvrière d’Everton, elle en 1909 dans une petite maison de Fazakerley. Ils se sont rencontrés pendant une alerte aérienne de l’été 1940, se sont mariés au printemps 1941, ont eu deux fils, Paul en 1942 et Michael en 1944, et ont déménagé sept fois en quinze ans à la recherche d’un quartier meilleur pour leurs enfants.
Mary est morte le 31 octobre 1956, à quarante-sept ans, sans avoir rien vu de ce qui allait suivre. Jim, lui, a tout vu : les répétitions des Quarrymen dans sa salle à manger, l’inquiétant départ pour Hambourg, la Beatlemania qui assiégeait sa maison, la fortune de son fils, Linda, les petits-enfants, Wings. Il est mort le 18 mars 1976, à soixante-treize ans, dans le Wirral, en murmurant selon sa seconde épouse qu’il allait bientôt retrouver Mary.
Cette biographie croisée tente de rendre à ces deux vies leur épaisseur propre. Il ne s’agit pas seulement de chercher dans Jim et Mary l’explication du génie de Paul, exercice que la littérature Beatles a souvent poussé jusqu’à la caricature. Il s’agit de raconter deux trajectoires de Liverpudliens nés au début du XXe siècle, façonnés par l’immigration irlandaise, la Première Guerre mondiale, la crise du coton, le Blitz, la reconstruction et l’État-providence naissant. Deux trajectoires qui, par un enchaînement que personne n’aurait pu prévoir, ont produit l’un des compositeurs les plus importants du siècle. Les dates, les adresses et les citations qui suivent ont été recoupées entre les biographies de référence (Barry Miles, Bob Spitz, Mark Lewisohn, Hunter Davies), les souvenirs publiés de Paul et Mike McCartney, ceux d’Angie McCartney et les entretiens les plus récents de Paul, jusqu’à la promotion de The Boys of Dungeon Lane en 2026. Lorsque les sources divergent, nous le disons.
En bref
- Jim McCartney : né le 7 juillet 1902 au 8 Fishguard Street, Everton (Liverpool) ; mort le 18 mars 1976 dans le Wirral, à 73 ans, d’une bronchopneumonie. Représentant chez le courtier en coton A. Hannay & Co., pianiste et trompettiste autodidacte, chef du Jim Mac’s Jazz Band dans les années 1920.
- Mary McCartney, née Mohin : née le 29 septembre 1909 au 2 Third Avenue, Fazakerley ; morte le 31 octobre 1956, à 47 ans, d’une embolie consécutive à l’opération d’un cancer du sein. Infirmière diplômée d’État, sister de maternité à l’hôpital de Walton, puis sage-femme à domicile et visiteuse de santé.
- Mariage : 15 avril 1941, chapelle catholique St Swithin’s, Gillmoss (West Derby). Enfants : James Paul (18 juin 1942) et Peter Michael (7 janvier 1944).
- Remariage de Jim : 24 novembre 1964 avec Angela “Angie” Williams, à Carrog (pays de Galles) ; adoption de sa fille Ruth.
- Héritage dans l’œuvre de Paul : Let It Be, When I’m Sixty-Four, Put It There, Walking in the Park with Eloise (composition de Jim enregistrée en 1974), Kisses on the Bottom, et en 2026 Salesman Saint, sur l’album The Boys of Dungeon Lane.
Deux familles irlandaises de Liverpool
Pour comprendre Jim et Mary, il faut d’abord comprendre la ville qui les a vus naître. Le Liverpool de 1900 est l’un des plus grands ports du monde, le point de départ de millions d’émigrants vers l’Amérique et le point d’arrivée de centaines de milliers d’Irlandais chassés par la Grande Famine et ses suites. Une partie importante de la population ouvrière de la ville descend de ces arrivants, catholiques pour beaucoup, entassés dans les quartiers du nord, autour de Scotland Road, d’Everton et de Vauxhall. Les McCartney comme les Mohin appartiennent à cette histoire.
Les McCartney d’Everton : tabac, cuivres et Granny Mac
Le premier James McCartney connu de la lignée, le trisaïeul de Paul, était tapissier et était né en Irlande. Des recherches menées dans les archives écossaises à la fin des années 2000 suggèrent que cette branche a d’abord quitté l’Irlande pour le Galloway, dans le sud-ouest de l’Écosse, vers 1859, avant de descendre vers Liverpool. Le fils, James McCartney II, plombier et peintre, épouse en 1864 une certaine Elizabeth Williams ; les deux époux sont mineurs au moment du mariage et s’installent du côté de Scotland Road. C’est leur fils, Joseph “Joe” McCartney, né le 23 novembre 1866, qui sera le grand-père de Paul.
Joe est coupeur de tabac, un métier d’atelier qu’il exerce chez Cope’s, l’un des grands fabricants de cigarettes de la ville. Le 17 mai 1896, à Christ Church, dans le quartier de Kensington, il épouse Florence “Florrie” Clegg, née le 2 juin 1874. Le couple aura plusieurs enfants, dont sept atteindront l’âge adulte : John, qu’on appelle Jack, Edith, James, Ann, Millie, Jane, qu’on appelle Jin, et Joe, prénommé en souvenir d’un frère mort en bas âge. Les biographes décrivent Joe comme un homme austère et régulier : il ne boit pas, se couche à dix heures tous les soirs et ne s’autorise qu’un juron, une déformation irlandaise du nom de Jésus. Florrie, elle, est une figure du quartier, une sorte de conseillère officieuse que les familles voisines viennent consulter quand les choses tournent mal ; on l’appelle Granny Mac.
Le détail qui compte le plus pour l’histoire de la musique populaire est ailleurs. Joe McCartney est musicien amateur. Il joue du tuba en mi bémol dans la fanfare locale de la Territorial Army, qui se produit à Stanley Park, ainsi que dans l’orchestre de cuivres de l’usine Cope’s. Il joue aussi de la contrebasse à la maison, chante, et espère transmettre à ses enfants le goût de la musique. C’est un homme de fanfare et d’opéra, attaché au répertoire respectable de l’époque victorienne. Il ne se doute pas que son fils James va bientôt lui préférer la musique syncopée venue d’Amérique.
Les Mohin de Fazakerley : un charbonnier venu de Monaghan
Du côté maternel, l’origine irlandaise est plus récente et mieux documentée. Le père de Mary, Owen Mohin, est né en 1880 à Tullynamalrow, dans le comté de Monaghan, une région de petites fermes de l’Ulster méridional. Il s’appelait à l’origine Owen Mohan ; selon le récit familial transmis par les biographes, il aurait modifié l’orthographe de son nom à l’école pour ne pas être confondu avec les nombreux autres élèves qui portaient le même. Arrivé à Liverpool, il devient charbonnier, c’est-à-dire négociant et livreur de charbon, un métier physique et indispensable dans une ville entièrement chauffée au foyer. Le 24 avril 1905, à l’église catholique St Charles, il épouse Mary Theresa Danher, originaire de Toxteth Park, au sud de la ville.
Les Mohin sont catholiques pratiquants, comme l’immense majorité des familles d’origine irlandaise du Merseyside. Cette appartenance aura des conséquences très concrètes au moment du mariage de Mary avec un homme qui, lui, a été baptisé dans l’Église d’Angleterre.
Ce que l’ascendance irlandaise explique, et ce qu’elle n’explique pas
Paul McCartney a souvent rappelé ses racines irlandaises, et ses deux parents descendent effectivement d’immigrants venus d’Irlande. Il ne faut pas pour autant transformer cette ascendance en clé universelle de son œuvre. Elle éclaire certaines choses : la culture catholique de Mary, l’importance de la famille élargie, des tantes et des cousins, la place de la musique dans les réunions de famille, le goût d’un certain humour. Elle explique aussi, des décennies plus tard, la sensibilité de Paul à la question irlandaise, qui affleurera par exemple dans les références celtiques de son poème symphonique Standing Stone. Mais Jim et Mary sont avant tout des Liverpudliens de deuxième ou troisième génération, et leur univers mental est celui des quartiers ouvriers de la ville anglaise, pas celui de l’Irlande rurale.
Correctif factuel : Mohin ou Mohan ?
On lit fréquemment, y compris sur des sites de référence, que la mère de Paul s’appelait Mary Patricia Mohan. C’est en réalité le nom d’origine de son père, Owen, né Mohan dans le comté de Monaghan. La forme Mohin est celle que la famille utilisait à Liverpool et celle que retiennent les biographies de référence, notamment celle de Barry Miles écrite avec le concours de Paul. Les deux graphies désignent donc bien la même personne, mais Mohin est la forme d’usage. Le nom figure d’ailleurs souvent mal orthographié dans les articles de presse, sous des formes comme Mohen ou Mohen-McCartney, qui n’ont aucun fondement.
Jim McCartney avant Mary (1902-1940)
Fishguard Street, Solva Street et l’école de Steers Street
James McCartney naît le 7 juillet 1902 au 8 Fishguard Street, dans le quartier d’Everton. Il est le troisième enfant survivant de Joe et Florrie. Peu après sa naissance, la famille déménage au 3 Solva Street, toujours à Everton, une maison mitoyenne délabrée située à environ un kilomètre du centre-ville. Jim fréquente l’école primaire de Steers Street, près d’Everton Road. C’est un environnement modeste mais pas misérable : le père a un emploi stable dans l’industrie du tabac, la mère tient la maison, et les enfants vont à l’école jusqu’à l’âge légal de sortie.
Les rues d’Everton sont alors densément peuplées, bruyantes, traversées par les tramways et les charrettes. Les enfants jouent dehors, grimpent sur les murs, explorent les terrains vagues. C’est d’ailleurs ce qui va valoir à Jim la blessure qui pèsera sur toute sa vie.
Le tympan crevé de l’enfant de dix ans
Vers l’âge de dix ans, donc aux alentours de 1912, Jim tombe d’un mur et se rompt le tympan gauche. L’accident paraît anodin sur le moment ; il aura pourtant deux conséquences majeures. La première est médicale et militaire : Jim sera déclaré inapte au service. Trop jeune pour la Première Guerre mondiale, il échappera aussi à la mobilisation de la Seconde pour des raisons qui tiennent à la fois à son âge et à cette lésion. La seconde est plus paradoxale : l’homme qui allait transmettre à son fils l’oreille musicale la plus célèbre du XXe siècle entendait mal d’un côté. Jim n’en jouera pas moins de la trompette et du piano toute sa vie, entièrement à l’oreille.
Sample boy chez A. Hannay & Co.
Jim quitte l’école à quatorze ans, en 1916, en pleine guerre. Il trouve une place de sample boy, de garçon chargé des échantillons, chez A. Hannay & Co., un courtier en coton installé dans Chapel Street, au cœur du quartier des affaires. Il gagne six shillings par semaine. Son travail consiste à courir de bureau en bureau, le long d’Old Hall Street et des rues voisines, avec de lourdes liasses d’échantillons de coton brut que les courtiers et les négociants examinent dans leurs salles de vente pour juger de la qualité d’un lot avant de l’acheter.
Il faut mesurer ce que représente alors le coton pour Liverpool. La ville est la plaque tournante du coton brut importé d’Amérique, d’Égypte et d’Inde vers les filatures du Lancashire. La Liverpool Cotton Exchange, installée dans un imposant bâtiment d’Old Hall Street inauguré en 1906, est l’un des marchés les plus importants du monde. Travailler dans le coton, même au plus bas de l’échelle, c’est entrer dans un milieu de cols blancs, avec ses usages, sa politesse, sa hiérarchie. Les journées sont longues, dix heures, cinq jours par semaine, mais les biographes rapportent un détail révélateur des mœurs du négoce : la prime de Noël pouvait représenter presque le double du salaire annuel. Jim gravit progressivement les échelons et devient représentant, puis vendeur de coton. Il restera dans ce métier presque toute sa vie active, interrompue seulement par la guerre.
Cette appartenance au monde du négoce explique beaucoup du personnage. Jim n’est pas un ouvrier d’usine ; il porte une veste et une cravate, il parle avec des clients, il manie les chiffres. Mais son salaire reste modeste, et sa position fragile : tout dépend de la santé d’un commerce qui va connaître, au XXe siècle, un déclin spectaculaire. Paul racontera que son père avait la fierté de son métier sans en avoir jamais tiré l’aisance.
Ragtime contre musique de boîte de conserve : les Masked Melody Makers
Pendant que Jim apprend le négoce, une autre éducation se fait à la maison. Il apprend seul, à l’oreille, la trompette et le piano. Vers dix-sept ans, autour de 1919, il se met à jouer du ragtime, la musique syncopée américaine qui envahit alors les salles de danse britanniques dans le sillage de la guerre et des soldats américains. Son père, l’homme des fanfares et de l’opéra, n’apprécie guère : selon le récit familial, Joe considérait le ragtime comme une musique de boîte de conserve, bruyante et vulgaire. L’opposition est savoureuse quand on sait qu’une génération plus tard, Jim ressentira à peu près la même chose face au rock ‘n’ roll de son fils, avant de s’y rallier.
La première apparition publique de Jim a lieu au St Catherine’s Hall, dans Vine Street, avec un petit ensemble qui a trouvé un truc pour se faire remarquer : les musiciens jouent masqués, avec des loups noirs sur le visage. Ils se font appeler les Masked Melody Makers. L’idée est d’un amateurisme réjouissant, mais elle témoigne déjà d’un sens du spectacle que l’on retrouvera, quarante-cinq ans plus tard, dans les costumes et les alter ego de Sgt. Pepper.
Jim Mac’s Jazz Band et la naissance d’Eloise
Dans les années 1920, Jim prend la tête de son propre orchestre, le Jim Mac’s Jazz Band. Son frère aîné Jack y joue du trombone ; d’autres membres de la famille et des amis du quartier complètent la formation. Jim y tient la trompette et le piano. L’orchestre anime des bals, des soirées dansantes, des fêtes paroissiales, des réunions associatives, dans le circuit des salles municipales et des clubs qui fait vivre des dizaines de petites formations semi-professionnelles à Liverpool. On joue les succès de Tin Pan Alley, des fox-trots, des one-steps, des valses, les airs que diffuse la jeune radio et que vendent les éditeurs de partitions.
Une photographie de l’orchestre, conservée dans la famille, montre les musiciens réunis autour d’une grosse caisse portant le nom de la formation. Angie McCartney, la seconde épouse de Jim, l’a décrite dans une lettre de 1984 accompagnant un tirage passé en vente : Jim s’y trouve à droite de la batterie, son frère Jack à gauche. Ce cliché a nourri une hypothèse que nous examinerons plus loin, celle d’une influence sur la pochette de Sgt. Pepper.
C’est aussi à cette époque que Jim compose son premier morceau, un air instrumental qu’il intitule Eloise. Il ne l’enregistrera jamais lui-même. Il faudra attendre un demi-siècle et un studio de Nashville pour que son fils lui donne une existence discographique, sous le titre Walking in the Park with Eloise. Le Jim Mac’s Jazz Band ne fait pas carrière au-delà du circuit local, et Jim n’a jamais envisagé sérieusement de quitter le coton pour la musique. Mais il a goûté au plaisir de la scène, aux applaudissements, au statut de musicien dans son quartier. Paul l’a résumé en 2026 dans un entretien avec Zane Lowe : son père avait lui-même cherché la célébrité dans les années 1920, et c’est pourquoi il a tant aimé voir son fils l’obtenir.
Un célibataire endurci de trente-huit ans
Les années 1930 sont moins documentées. Jim vit dans la maison familiale, travaille dans le coton, joue de moins en moins en public à mesure que l’orchestre se disperse. Son père Joe meurt en 1937. Jim entre dans la quarantaine sans s’être marié, ce qui, dans le Liverpool de l’époque, le range dans la catégorie des vieux garçons. Ses amis le considèrent comme un célibataire endurci, installé dans ses habitudes, charmant, drôle, bon pianiste de fin de soirée, mais apparemment peu pressé de fonder un foyer. La famille habite alors au 11 Scargreen Avenue, à West Derby, avec plusieurs des sœurs de Jim. C’est là, dans une maison où chacun héberge qui il peut en ces temps de guerre, que la rencontre va se produire.
Mary Mohin avant Jim (1909-1940)
Une enfance endeuillée à Fazakerley
Mary Patricia Mohin naît le 29 septembre 1909 au 2 Third Avenue, à Fazakerley, un quartier du nord de Liverpool encore à moitié rural, en lisière des nouveaux lotissements. Elle est la fille d’Owen et Mary Theresa, qui auront plusieurs enfants, dont un fils, Bill, dont l’épouse Dill jouera un rôle de confidente à la fin de la vie de Mary. Son enfance bascule tôt : sa mère meurt en couches alors que Mary n’a qu’une dizaine d’années, onze ans selon la chronologie la plus couramment retenue par les biographes. Le drame est d’une banalité terrible à l’époque, où la mortalité maternelle reste élevée dans les quartiers populaires. Il fait de Mary, du jour au lendemain, la mère de substitution des plus jeunes de la fratrie.
On ne peut s’empêcher de relever la symétrie : Mary perd sa mère vers onze ans ; son fils Paul perdra la sienne à quatorze. Deux enfances amputées de la même façon, à quarante ans d’intervalle.
Rose, la belle-mère, et le départ chez les tantes
Environ deux ans après la mort de sa femme, Owen Mohin se remarie. Il a rencontré sa seconde épouse, Rose, lors d’un voyage dans le comté de Monaghan. Rose arrive à Liverpool avec deux enfants d’un premier mariage. La cohabitation se passe mal. Mary, qui tenait jusque-là la maison, constate que sa belle-mère montre peu d’intérêt pour les tâches domestiques comme pour les enfants de son nouveau mari. Au bout d’environ un an, l’adolescente prend une décision remarquable pour son âge : elle quitte la maison paternelle et va vivre chez ses tantes.
Ce départ dit beaucoup du caractère de Mary. Elle a treize ou quatorze ans, elle n’a plus de mère, elle refuse une situation qu’elle juge injuste et elle s’organise. Cette autonomie précoce, cette capacité à prendre en charge sa propre vie et celle des autres, sont des traits que tous ceux qui l’ont connue lui attribueront plus tard.
Infirmière à quatorze ans
En 1923, à quatorze ans, Mary entre comme élève infirmière à l’hôpital de Smithdown Road. Elle suit ensuite une formation de trois ans à l’hôpital de Walton, dans Rice Lane, et obtient le titre d’infirmière diplômée d’État, State Registered Nurse. Le registre national des infirmières n’existe que depuis le Nurses Registration Act de 1919 : Mary appartient donc à l’une des premières générations d’infirmières formées selon des normes nationales, à une époque où la profession conquiert sa respectabilité.
Correctif factuel : Alder Hey ou Smithdown Road ?
Plusieurs articles affirment que Mary a commencé sa carrière à quatorze ans à l’hôpital pour enfants d’Alder Hey. Les biographies les plus détaillées, notamment celle de Bob Spitz, situent plutôt ses débuts d’élève infirmière à l’hôpital de Smithdown Road, puis sa formation diplômante à l’hôpital de Walton. La confusion vient probablement de ce que Mary a travaillé dans plusieurs établissements de Liverpool au cours de sa carrière. Le point établi est l’essentiel : elle entre dans la profession à quatorze ans et devient infirmière diplômée d’État après une formation hospitalière de trois ans.
Sister à Walton : une carrière avant le mariage
À vingt-quatre ans, vers 1933, Mary est nommée sister à l’hôpital de Walton. Le terme désigne dans le système hospitalier britannique l’infirmière responsable d’un service entier, de son organisation, de son personnel, de ses malades. C’est une position d’autorité considérable pour une femme de cet âge, issue d’un milieu modeste. Elle finira par diriger le service de maternité. On rapporte que ses patientes l’appelaient l’ange, un surnom qui revient dans plusieurs témoignages et qu’il faut prendre pour ce qu’il est, un souvenir affectueux plutôt qu’un fait vérifiable.
À trente ans, Mary est donc une professionnelle accomplie, indépendante, respectée, totalement absorbée par sa carrière. Les biographes la décrivent comme trop attachée à son métier pour songer au mariage. Dans le vocabulaire impitoyable de l’époque, une femme célibataire de trente et un ans passe pour une vieille fille. Il faut garder ce détail à l’esprit : quand Jim et Mary se rencontrent, ce ne sont pas deux jeunes gens qui découvrent l’amour, ce sont deux adultes installés, l’un de trente-huit ans, l’autre de trente, qui ont chacun renoncé, au moins en apparence, à fonder une famille.
Mary se lie d’amitié avec une femme de son âge, Jin, qui n’est autre que l’une des sœurs cadettes de Jim ; certains récits font de Jin une collègue de l’hôpital, d’autres une simple amie, et les sources ne permettent pas de trancher. Comme beaucoup de gens en ces temps de guerre où les logements manquent, Mary va loger un temps chez les McCartney, à Scargreen Avenue.
Une rencontre sous les bombes (1940-1941)
Juin 1940, Scargreen Avenue
La scène est restée dans la mémoire familiale avec une précision presque théâtrale. Nous sommes en juin 1940, quelques semaines après Dunkerque. L’Angleterre attend l’invasion, et Liverpool, premier port d’approvisionnement du pays depuis l’Atlantique, sait qu’elle sera une cible prioritaire de la Luftwaffe. Au 11 Scargreen Avenue, à West Derby, la maison des McCartney, Mary est assise tranquillement dans un fauteuil. À neuf heures et demie du soir, les sirènes retentissent. Selon l’usage, la maisonnée se réfugie dans l’abri Anderson du jardin pour attendre la fin de l’alerte. Mais le raid est intense, la fin d’alerte ne vient pas, et tout le monde finit par passer la nuit dans la cave jusqu’à l’aube.
C’est pendant ces heures interminables que Mary et Jim parlent vraiment pour la première fois. Elle découvre un homme d’une bonne humeur inépuisable ; les biographes rapportent qu’elle le trouva absolument charmant et dépourvu de toute complication. Lui découvre une femme sérieuse, cultivée, indépendante, qui n’a rien de la jeune fille qu’on présente aux célibataires. Il est difficile d’imaginer contexte plus improbable pour une histoire d’amour, et en même temps plus caractéristique de cette génération : des milliers de couples britanniques se sont formés ainsi, dans la promiscuité forcée des abris et l’urgence diffuse de la guerre.
15 avril 1941, St Swithin’s
Les choses vont ensuite assez vite pour deux personnes qu’on disait installées dans le célibat. Le 8 avril 1941, Jim et Mary prennent une licence de mariage à l’hôtel de ville de Liverpool. Une semaine plus tard, le 15 avril 1941, ils se marient à la chapelle catholique St Swithin’s, à Gillmoss, dans le district de West Derby. Jim a trente-huit ans, Mary trente et un. Le mariage est célébré selon le rite catholique, ce qui n’a rien d’une formalité.
Un mariage mixte dans le Liverpool des années 1940
Jim a été baptisé dans l’Église d’Angleterre ; avec le temps, il deviendra agnostique. Mary est catholique. Dans le Liverpool de 1941, la frontière entre les deux confessions est encore une ligne de fracture sociale, avec ses quartiers, ses écoles, ses processions et parfois ses bagarres. Un mariage mixte n’est pas un scandale, mais il exige des concessions. L’Église catholique impose à l’époque une promesse : les enfants nés de l’union seront baptisés dans la foi catholique. Jim l’accepte.
Les deux garçons seront donc baptisés catholiques. Mais le compromis familial s’arrête là. Ils ne seront pas inscrits dans des écoles catholiques, Jim estimant que ces établissements accordaient trop de place à la religion et pas assez à l’instruction. Paul et Mike grandiront ainsi dans une sorte d’entre-deux confessionnel, ni vraiment catholiques ni vraiment protestants, ce qui était alors assez rare à Liverpool. Paul a souvent dit qu’il n’avait pas reçu d’éducation religieuse au sens strict, tout en restant marqué par l’imaginaire catholique de sa mère. La formule de Let It Be, dans laquelle beaucoup d’auditeurs ont entendu une invocation à la Vierge alors qu’elle désignait sa mère, porte la trace de cette double appartenance.
Le Blitz de mai 1941
Le jeune couple s’installe d’abord au 10 Sunbury Road, à Anfield, au nord de la ville, non loin du stade de Liverpool FC. Deux semaines à peine après le mariage commence le pire épisode de l’histoire de Liverpool au XXe siècle : du 1er au 7 mai 1941, la Luftwaffe bombarde la ville et ses docks sept nuits de suite. C’est le May Blitz. Les docks brûlent, des quartiers entiers sont rasés, des centaines de personnes sont tuées en une semaine. Entre 1940 et 1942, Liverpool subit au total soixante-huit raids aériens, qui tuent ou blessent plus de quatre mille cinq cents habitants et détruisent plus de dix mille logements. Après Londres, la région de Liverpool est la plus durement touchée du pays.
Jim et Mary commencent donc leur vie conjugale dans une ville en feu. Lui va passer ses nuits à la surveiller, elle ses journées à soigner ses habitants.
La guerre, Napier’s et la naissance des garçons (1941-1945)
Inspecteur chez Napier’s, guetteur du feu la nuit
La guerre a interrompu le commerce du coton. Les marchés à terme de Liverpool ont cessé de fonctionner normalement, l’État a pris le contrôle des importations de matières premières, et le négoce privé tourne au ralenti. Jim perd son emploi chez Hannay. Il est alors embauché chez Napier’s, une usine d’ingénierie qui fabrique des douilles d’obus destinées à être remplies d’explosifs ailleurs. Selon les sources, il y est tourneur sur machine ou inspecteur de la production ; les deux fonctions ont pu se succéder. Son travail est classé comme travail de guerre, ce qui aura une conséquence importante pour le logement de la famille.
La nuit, Jim s’engage comme volontaire dans la lutte contre l’incendie. Posté sur les toits comme guetteur, il voit Liverpool brûler sous les bombes incendiaires. C’est l’une des images les plus fortes de la mythologie familiale : le futur père d’un Beatle, sur un toit, scrutant l’horizon rougeoyant de la ville.
Correctif factuel : Jim n’était pas simplement trop vieux pour l’armée
On lit souvent que Jim McCartney n’a pas combattu pendant la Seconde Guerre mondiale parce qu’il était trop âgé. L’explication est incomplète. Le National Service (Armed Forces) Act de septembre 1939 rendait mobilisables les hommes de 18 à 41 ans ; or Jim avait 37 ans au début du conflit. L’âge seul ne l’excluait donc pas. Ce qui l’a écarté, c’est d’abord la rupture du tympan gauche subie vers l’âge de dix ans, qui l’avait déjà fait déclarer inapte au service. Le fait qu’il dépasse ensuite la limite d’âge et que son emploi chez Napier’s relève de l’effort de guerre a achevé de le maintenir à l’arrière.
18 juin 1942 : James Paul
Le 18 juin 1942, Mary donne naissance à son premier fils à l’hôpital général de Walton, dans Rice Lane, l’établissement même où elle a dirigé le service de maternité. Ses anciennes collègues lui réservent un accueil particulier : elle est installée dans une chambre privée, un traitement exceptionnel pour une femme de condition modeste. L’histoire de cette naissance privilégiée est devenue une petite légende, que nous avons racontée en détail dans notre article sur le traitement VIP reçu par la mère de Paul McCartney.
Jim n’est pas là. Il est en train de combattre l’incendie d’un entrepôt et n’arrive à l’hôpital que deux heures après la naissance. L’enfant est déclaré à l’état civil sous le nom de James Paul McCartney, James en l’honneur de son père, selon une tradition familiale qui donne ce prénom à un garçon de chaque génération depuis le tapissier venu d’Irlande. Mais on l’appellera toujours Paul, pour éviter la confusion avec Jim. Il est baptisé dans la foi catholique, conformément à la promesse faite lors du mariage.
7 janvier 1944 : Peter Michael
Dix-huit mois plus tard, le 7 janvier 1944, naît un second fils, également à Walton : Peter Michael McCartney, qu’on appellera Mike, et qui deviendra plus tard Mike McGear, membre du trio comique et musical The Scaffold, puis photographe. C’est à lui que l’on doit une grande partie des images de la vie familiale des McCartney, et c’est lui qui, dans ses livres, a le mieux préservé la mémoire de ses parents. Sa biographie complète se trouve dans notre article consacré à Mike McCartney, le frère de Paul.
Wallasey, Knowsley : les logements de guerre
Les premières années de la famille sont une succession de logements provisoires. Après Sunbury Road, les McCartney vivent brièvement au 92 Broadway, à Wallasey, de l’autre côté de la Mersey, en novembre 1942. Comme le travail de Jim chez Napier’s est considéré comme un travail de guerre, la famille obtient ensuite un petit préfabriqué temporaire au 3 Roach Avenue, à Knowsley. Ces maisons préfabriquées, les célèbres prefabs, sont la réponse d’urgence du gouvernement à la crise du logement provoquée par les bombardements. Elles sont exiguës mais modernes, avec cuisine équipée et salle de bains, un luxe relatif pour une famille habituée aux maisons mitoyennes d’Everton.
La géographie d’une ascension : sept adresses en quinze ans
Si l’on veut comprendre le rôle de Mary dans l’histoire familiale, il suffit de regarder la carte. Entre 1941 et 1955, les McCartney déménagent sans cesse, et chaque déménagement est un pas vers un quartier jugé meilleur, plus aéré, plus sûr, mieux équipé. Les biographes s’accordent sur un point : ces déménagements successifs sont l’idée de Mary, qui veut élever ses fils dans le meilleur environnement possible. Et ils sont rendus possibles par son métier, qui donne droit à des logements de fonction.
Sir Thomas White Gardens
Après la guerre, Mary reprend le travail, non plus à l’hôpital mais comme sage-femme et visiteuse de santé à domicile. Son employeur lui fournit un logement gratuit : un appartement en rez-de-chaussée au 75 Sir Thomas White Gardens, une résidence ouvrière près de St Domingo Road, à Everton. Ironie de l’histoire, la famille revient ainsi dans le quartier où Jim est né. Mais le séjour est bref.
72 Western Avenue, Speke
En février 1946, les McCartney s’installent au 72 Western Avenue, à Speke, à l’extrême sud-est de Liverpool. Speke est alors un immense chantier : la municipalité y construit, depuis la fin des années 1930, un ensemble de logements sociaux destiné à loger les ouvriers des usines voisines et les familles relogées du centre détruit. Les routes ne sont pas encore toutes goudronnées, les équipements manquent, mais il y a de l’air, des jardins et, à quelques minutes, la campagne. Paul a résumé la situation avec humour : la famille a dû partir s’installer au fin fond de Liverpool à cause du métier de sa mère, la maison de la sage-femme étant fournie gratuitement.
Pendant ce temps, Jim a quitté Napier’s. Après la guerre, il travaille un temps comme inspecteur au service de la propreté de la municipalité de Liverpool, le Cleansing Department, avant de retrouver le coton en 1946. Mais le commerce n’est plus celui d’avant-guerre. Le négoce du coton brut reste encadré par l’État jusqu’au milieu des années 1950, la concurrence internationale s’intensifie, et l’industrie textile du Lancashire entame un long déclin. Jim reprend son ancien métier avec un salaire inférieur à celui qu’il touchait autrefois.
12 Ardwick Road
En 1948, nouveau déménagement, toujours à Speke, au 12 Ardwick Road, dans une partie plus récente du lotissement. C’est là que Paul et Mike passent l’essentiel de leur enfance. C’est aussi à la lisière de Speke que se trouve un chemin qui descend vers la Mersey, Dungeon Lane, dont Paul fera en 2026 le titre de son album The Boys of Dungeon Lane. Il a expliqué à cette occasion que Speke était un quartier très ouvrier, que la famille avait très peu, mais que cela ne comptait pas parce que les gens autour étaient formidables et qu’on ne remarquait pas ce qui manquait.
20 Forthlin Road
En 1955, enfin, la famille emménage au 20 Forthlin Road, à Allerton, une petite maison mitoyenne en brique de trois chambres, construite par la municipalité. Le loyer est d’une livre et six shillings par semaine, un tarif accessible grâce à l’ancienneté de Mary dans le service de santé. Allerton est un quartier nettement plus agréable que Speke, plus proche des espaces verts, et surtout, ce que personne ne sait encore, à environ un kilomètre et demi de Mendips, la maison où un adolescent nommé John Lennon vit chez sa tante Mimi, de l’autre côté du terrain de golf.
C’est la maison de la consécration de Mary, l’aboutissement de quinze ans d’efforts. C’est aussi celle où elle mourra, un an et demi plus tard. Et c’est celle où Lennon et McCartney écriront une partie de leurs premières chansons. Aujourd’hui propriété du National Trust, qui l’a restaurée dans son état des années 1950, elle se visite. Nous avons raconté son histoire dans notre article sur la clé de la maison d’enfance de Paul McCartney, finalement adjugée 6 100 livres.
| Période | Adresse | Quartier | Contexte |
|---|---|---|---|
| 1941-1942 | 10 Sunbury Road | Anfield | Premier logement du couple, au moment du May Blitz |
| Novembre 1942 | 92 Broadway | Wallasey (Wirral) | Séjour bref, Paul a quelques mois |
| Années de guerre | 3 Roach Avenue | Knowsley | Préfabriqué attribué au titre du travail de guerre de Jim |
| 1945-1946 | 75 Sir Thomas White Gardens | Everton | Logement gratuit lié au poste de Mary |
| Février 1946 | 72 Western Avenue | Speke | Maison de fonction de la sage-femme |
| 1948 | 12 Ardwick Road | Speke | Enfance de Paul et Mike, Dungeon Lane à proximité |
| 1955-1964 | 20 Forthlin Road | Allerton | Mort de Mary (1956), naissance des chansons Lennon-McCartney |
| 1964-années 1970 | Rembrandt, Baskervyle Road | Heswall (Wirral) | Maison offerte à Jim par Paul |
Mary McCartney, sage-femme et visiteuse de santé
La sage-femme à bicyclette
Le premier souvenir de Paul est une image de sa mère. Il est tout petit, il neige abondamment, et il la regarde partir à bicyclette dans la neige pour aller faire un accouchement. Ce souvenir inaugural résume à lui seul la vie professionnelle de Mary après la guerre. Elle est domiciliary midwife, sage-femme à domicile, et health visitor, visiteuse de santé, deux fonctions centrales du système de santé publique britannique de l’époque. À la fin des années 1940, la majorité des accouchements a encore lieu à la maison, et c’est la sage-femme du quartier qui les assure, de jour comme de nuit, par tous les temps. La visiteuse de santé, elle, suit les nourrissons, conseille les mères, surveille l’hygiène des foyers, dépiste les maladies.
Mary est d’astreinte en permanence. On frappe à sa porte à n’importe quelle heure ; elle enfourche sa bicyclette et part. À Speke, quartier jeune peuplé de jeunes couples, les naissances sont innombrables. La création du National Health Service en juillet 1948 donne un cadre nouveau à son travail : la santé devient gratuite, universelle, et les sages-femmes en sont les fantassins. Mary appartient à cette génération de soignantes qui ont fait vivre l’État-providence dans les quartiers ouvriers, maison par maison.
Le premier salaire du foyer
Un fait est rarement souligné, et il est pourtant fondamental : dans le foyer McCartney, c’est Mary qui gagne le plus. Jim ne touche guère plus de six livres par semaine dans le coton, moins que sa femme. Le logement de fonction, la priorité dans l’attribution des maisons municipales, le loyer modéré de Forthlin Road, tout cela vient d’elle. Dans l’Angleterre des années 1950, où le modèle dominant reste celui de l’homme pourvoyeur et de la femme au foyer, cette inversion n’est pas anodine. Elle explique en partie l’énergie de Mary, son autorité, sa fatigue aussi.
L’argent reste compté. La famille n’a pas les moyens d’acheter un poste de télévision avant 1953, quand le couronnement d’Élisabeth II pousse des millions de Britanniques à s’équiper. Les McCartney ne posséderont jamais de voiture : Paul et Mike seront les premiers de la lignée à en acheter une. On ne vit pas dans la misère, mais dans une économie domestique où chaque shilling compte.
Le Queen’s English
Mary a pour ses fils des ambitions précises. Elle veut qu’ils parlent bien, c’est-à-dire qu’ils emploient l’anglais standard, le Queen’s English, plutôt que l’accent scouse, le parler populaire de Liverpool. Dans un quartier comme Speke, la chose est inhabituelle et peut passer pour de la prétention. Paul a raconté s’être moqué un jour, adolescent, de la façon soignée dont sa mère prononçait certains mots, et en avoir éprouvé un remords qui ne l’a jamais quitté, d’autant plus vif qu’elle est morte peu après. Le souvenir revient régulièrement dans ses entretiens comme l’une de ces petites cruautés d’enfant que la mort rend irréparables.
Ce souci du langage n’est pas du snobisme. Pour une femme qui a gravi seule les échelons d’une profession, la maîtrise de la langue est un outil d’ascension sociale. Mary sait que l’accent ferme des portes. Elle veut que ses fils puissent les ouvrir toutes.
Médecin ou professeur : l’ambition pour les fils
Mary rêve pour Paul d’une carrière médicale ou, à défaut, de l’enseignement. Ce sont les métiers prestigieux accessibles à un enfant doué de la classe ouvrière par la voie de l’école. En 1953, Paul réussit l’examen de l’Eleven-plus, qui ouvre l’accès aux grammar schools sélectives, et entre au Liverpool Institute, l’un des meilleurs lycées de la ville. Mike y entrera deux ans plus tard. Pour Mary, c’est une victoire. L’Institute est une école exigeante, où l’on apprend le latin et la littérature, où un professeur d’anglais nommé Alan Durband fera découvrir Chaucer et Shakespeare à Paul. Mary ne verra pas son fils renoncer à l’université pour la guitare. Elle mourra en le croyant promis à une carrière respectable.
Jim, le père pédagogue
Si Mary incarne l’ambition, Jim incarne la curiosité. Le représentant en coton qui a quitté l’école à quatorze ans a gardé toute sa vie le goût d’apprendre, et il le transmet à ses fils avec une constance que Paul n’a cessé de saluer.
Les encyclopédies Newnes et les mots croisés
Les McCartney possèdent une collection complète des encyclopédies publiées par George Newnes, l’éditeur populaire qui a mis la culture générale à la portée des foyers modestes. Jim encourage ses fils à s’en servir sans cesse. La règle de la maison est simple : quand on ne comprend pas un mot, on le cherche. Jim lit avidement le Liverpool Echo ou le Daily Express, il adore les mots croisés et il aime lancer à table des discussions sur les sujets les plus variés. Paul a souvent attribué à cette atmosphère son goût des mots, son vocabulaire et l’aisance verbale qui frappera tant les journalistes de la Beatlemania.
Ses idées politiques, en revanche, sont loin d’être progressistes. Jim pense que la condition de la classe ouvrière est ce qu’elle est, que personne n’y peut rien et que rien ne changera. C’est la philosophie résignée d’un homme qui a vu passer deux guerres et la crise des années 1930, et qui s’est construit une éthique personnelle plutôt qu’une conviction collective : respect de soi, persévérance, équité, goût du travail bien fait.
Toleration, moderation : la philosophie de Jim
Paul a résumé à plusieurs reprises la sagesse paternelle en deux mots que Jim répétait volontiers : tolérance et modération. Ne pas juger trop vite, ne pas s’emporter, ne pas exagérer. À ces deux principes s’ajoute un sens aigu des convenances, dont Paul a donné des exemples savoureux : à l’arrêt de bus, Jim exigeait de ses fils qu’ils soulèvent leur casquette pour saluer les dames et qu’ils cèdent leur place. Le futur Beatle qui allait bousculer les codes vestimentaires de toute une génération a d’abord appris à se tenir correctement dans l’autobus.
Jim avait aussi un répertoire d’expressions toutes faites, de dictons et de formules à double sens, typiques de l’humour de Liverpool. L’une d’elles a donné son titre à une chanson : quand il serrait la main de quelqu’un, Jim disait volontiers une formule d’accueil qui invitait l’autre à mettre sa main dans la sienne, aussi lourde soit-elle. Paul en a fait Put It There, sur l’album Flowers in the Dirt en 1989. Nous en avons raconté l’histoire complète dans notre article sur Put It There, la chanson que Paul doit à la poignée de main de son père.
Le jardinier de Speke
Jim est un jardinier passionné. À Speke, il est secrétaire de la Speke Horticultural Society, la société d’horticulture du quartier, et il envoie ses fils faire du porte-à-porte pour recruter de nouveaux membres, ce que Paul a présenté plus tard comme son premier apprentissage du démarchage. À Forthlin Road, il plante des dahlias et des gueules-de-loup dans le jardinet de devant et taille régulièrement la haie de lavande. La corvée de Paul consiste à ramasser dans la rue, avec un seau, le crottin des chevaux de livraison, qui servira d’engrais pour les plates-bandes.
La lavande a un autre usage. Jim est un gros fumeur ; pour masquer l’odeur du tabac dans la maison, il fait sécher des brins de lavande, les écrase et les brûle dans les cendriers comme de l’encens. Le détail est de ceux qui font revivre une maison : une odeur de cigarette et de lavande mêlées, un piano, un poste de radio, des encyclopédies.
Hale et la campagne
Le dimanche, Jim et Mary emmènent souvent leurs fils en promenade jusqu’au village de Hale, à quelques kilomètres de Speke, un vieux village rural au bord de l’estuaire, célèbre pour la tombe du Childe of Hale, un géant légendaire du XVIIe siècle. Paul a expliqué que ces promenades hors de la ville, dans les champs et le long de la Mersey, étaient à l’origine de son amour de la nature, celui qui s’exprimera plus tard dans Mother Nature’s Son, dans la ferme écossaise de Kintyre et dans le végétarisme partagé avec Linda.
La maison qui chantait : l’éducation musicale
C’est ici que la biographie de Jim rejoint la grande histoire. Paul l’a répété toute sa vie : la musique, chez les McCartney, n’était pas un art réservé aux professionnels, c’était une activité domestique, aussi naturelle que les repas ou le jardinage.
Le piano de NEMS
Au centre du salon trône un piano droit. Jim l’a acheté chez NEMS, North End Music Stores, le magasin de meubles et d’instruments que la famille Epstein tient dans Walton Road. Le détail fait partie des coïncidences favorites des historiens des Beatles : quelques décennies plus tard, Brian Epstein, l’héritier de cette famille, deviendra le manager du groupe de Paul. Le piano a suivi la famille de déménagement en déménagement. C’est sur ce clavier que Jim joue ses morceaux de fête, et c’est sur ce clavier que Paul, adolescent, composera When I’m Sixty-Four.
Les 78 tours et les morceaux de fête
Jim possède une collection de vieux disques 78 tours qu’il écoute souvent. Dans les réunions de famille, il se met au piano et joue ses party pieces, les succès de sa jeunesse : standards de Tin Pan Alley, chansons de music-hall, airs de comédies musicales, fox-trots de l’époque du Jim Mac’s Jazz Band. Les tantes chantent, les oncles reprennent les refrains. Paul, enfant, aime s’allonger par terre dans le salon pour écouter son père jouer. Ce répertoire, celui de Gershwin, d’Irving Berlin, des chansons sentimentales des années 1920 et 1930, s’imprime dans sa mémoire bien avant qu’il découvre Elvis Presley et Little Richard. On en retrouvera la trace dans When I’m Sixty-Four, Honey Pie, Your Mother Should Know, You Gave Me the Answer, et jusque dans l’album de standards Kisses on the Bottom en 2012.
La leçon d’harmonie
Jim ne se contente pas de jouer. Il explique. Quand une chanson passe à la radio, il en détaille les instruments à ses fils : là, c’est le saxophone, ici la contrebasse. Il les emmène écouter les fanfares locales dans les kiosques des parcs, comme son propre père l’emmenait autrefois. Surtout, il leur enseigne les rudiments de l’harmonie, la façon dont une seconde voix peut accompagner la mélodie principale en restant à un intervalle constant. Paul a toujours dit que cet enseignement l’avait aidé quand il s’est mis à chanter en harmonie avec John Lennon. Les célèbres harmonies vocales des Beatles, que nous avons analysées dans notre article sur les harmonies vocales des Beatles, des Everly Brothers à Because, ont donc une généalogie domestique : un représentant en coton expliquant à ses fils, dans le salon de Speke, comment on chante une tierce au-dessus.
Jim pousse aussi Paul à prendre des leçons de piano. L’expérience tourne court : l’adolescent s’ennuie, n’écoute pas, préfère comprendre par lui-même. Il apprendra à l’oreille, exactement comme son père. Paul n’a jamais su lire la musique, et il en a fait au fil des années une sorte de fierté paradoxale. Il y a là une transmission plus profonde qu’un savoir technique : la conviction que la musique s’apprend en la jouant.
Les casques de bakélite et Radio Luxembourg
Quand ses fils commencent à s’intéresser sérieusement à la musique populaire, Jim bricole une installation qui en dit long sur son attention : il relie la radio du salon, par des rallonges, à deux paires d’écouteurs en bakélite installées dans la chambre des garçons. Le soir, couchés, Paul et Mike peuvent écouter Radio Luxembourg, la station commerciale qui diffuse depuis le Grand-Duché les disques américains que la BBC ignore. C’est par ce canal que passent, au milieu des années 1950, les premiers rocks venus d’Amérique. Le père qui trouvait sans doute cette musique bruyante a lui-même tiré le fil qui l’amenait jusqu’à l’oreiller de son fils.
La trompette et la guitare
Pour son quatorzième anniversaire, en juin 1956, Paul reçoit de son père une trompette nickelée, achetée chez Rushworth & Dreaper, le grand magasin de musique du centre-ville. Le choix n’est pas innocent : c’est l’instrument de Jim lui-même, celui du jazz de sa jeunesse. Mais l’époque a changé. Le skiffle de Lonnie Donegan déferle sur l’Angleterre, et Paul comprend vite qu’on ne peut pas chanter en jouant de la trompette. Il demande à son père la permission d’échanger l’instrument contre une guitare. Jim accepte. Paul obtient en échange une guitare acoustique Framus Zenith, modèle 17, d’une valeur d’environ quinze livres. Gaucher, il doit retourner l’instrument et inverser les cordes pour en jouer.
Paul joue aussi, dans les premiers temps, sur une guitare espagnole Framus appartenant à son père, notamment lorsqu’il commence à écrire avec Lennon. Avant la Zenith, il avait déjà tenu une guitare chez un camarade, comme nous l’avons raconté dans l’article consacré à la maison du 43 Elswick Street et Ian James. L’échange de la trompette contre la guitare a lieu dans la période qui entoure la mort de Mary. Il est difficile de ne pas y voir un symbole : le fils laisse l’instrument du père pour celui de sa propre génération, au moment même où la famille se défait.
1956 : la mort de Mary
Les douleurs de l’été
Au cours de l’année 1956, Mary commence à souffrir. Elle ressent des douleurs à la poitrine, qu’elle attribue d’abord à des causes bénignes. Infirmière, elle sait pourtant mieux que quiconque reconnaître les signes inquiétants, et plusieurs biographes ont souligné ce paradoxe cruel : la soignante a tardé à se soigner. Elle continue à faire ses tournées à bicyclette, mais il lui arrive de devoir s’arrêter, pliée en deux par la douleur, le souffle court. Les garçons voient leur mère fatiguée sans comprendre. Dans l’Angleterre des années 1950, on ne parle pas du cancer devant les enfants ; le mot lui-même est presque tabou.
Le diagnostic tombe : cancer du sein, à un stade déjà avancé. Une mastectomie est programmée pour tenter d’en arrêter la progression.
La maison rangée, les uniformes préparés
Le récit du jour de l’hospitalisation est l’un des plus poignants de toute l’histoire des Beatles. Avant de partir pour l’opération, Mary fait le ménage complet de la maison de Forthlin Road. Puis elle prépare les vêtements d’école de ses deux fils et les dispose pour le lendemain. À sa belle-sœur Dill Mohin, l’épouse de son frère Bill, elle confie que tout est prêt pour les garçons, au cas où elle ne reviendrait pas. La sage-femme qui a mis au monde des centaines d’enfants organise son absence avec la même méthode qu’elle organisait son service.
À l’hôpital, elle dit encore à Dill qu’elle aurait tant aimé voir ses fils grandir. C’est la dernière phrase que la mémoire familiale lui attribue.
31 octobre 1956
Mary McCartney meurt le 31 octobre 1956, à l’âge de quarante-sept ans. Paul a quatorze ans, Mike douze. La date, soir de Halloween, donne à l’événement une résonance sinistre que les biographes ne manquent pas de relever.
Correctif factuel : de quoi Mary McCartney est-elle morte ?
On lit le plus souvent que la mère de Paul est morte d’un cancer du sein. C’est exact sur le fond, mais imprécis sur la cause immédiate. Mary a été opérée pour tenter d’arrêter la propagation d’un cancer du sein, et c’est une embolie survenue après l’intervention qui l’a emportée, selon les biographies de référence. Certaines sources ne retiennent que l’embolie, d’autres que le cancer : les deux sont vraies, l’une étant la maladie, l’autre la complication fatale. Il faut aussi corriger une autre approximation fréquente : Mary n’est pas morte “jeune femme” au sens où on l’entend parfois, mais à quarante-sept ans, après une carrière complète, ce qui rend d’autant plus frappant le fait qu’elle n’ait jamais vu ses fils adultes.
La phrase de Paul
Paul a raconté lui-même, avec une franchise qui l’honore, la première chose qu’il a dite en apprenant la mort de sa mère. Spontanément, l’adolescent a demandé comment la famille allait s’en sortir sans son salaire. La phrase l’a hanté toute sa vie. Il l’a expliquée comme une réaction de défense, une manière de se raccrocher à une question concrète pour ne pas sombrer dans l’incompréhensible. Elle dit aussi une vérité économique crue : sans Mary, la famille perdait son principal revenu.
Les deux garçons réagissent différemment. Paul a raconté avoir prié pour que sa mère revienne, des prières naïves d’enfant, et avoir vu sa foi s’effondrer quand rien ne s’est produit. Mike, de son côté, a évoqué le choc de voir leur père, ce pilier, s’effondrer. Paul a raconté en 2023, dans un entretien radiophonique, que c’est après la mort de Mary qu’il a entendu son père pleurer pour la première fois, à travers une cloison ; il ne pense pas l’avoir entendu sangloter de nouveau par la suite. Nous avons développé ce souvenir et ses prolongements dans notre article sur la mort de Jim et le deuil silencieux de Paul en 1976.
Yew Tree Cemetery, 3 novembre 1956
Mary est inhumée le 3 novembre 1956 au cimetière catholique de Yew Tree, dans Finch Lane, à Liverpool. Pour laisser leur père vivre son deuil, Paul et Mike sont envoyés pendant environ deux mois chez leur oncle Joe, le frère cadet de Jim, et sa femme Joan. Quand ils reviennent à Forthlin Road, la maison est la même et tout a changé.
La mort de Mary est souvent présentée comme l’événement fondateur de la psychologie de Paul McCartney. Il faut se garder des raccourcis, mais quelques faits sont indiscutables. C’est quelques semaines ou quelques mois après ce deuil que Paul écrit la première chanson dont il se souvienne. C’est huit mois plus tard, en juillet 1957, qu’il rencontre John Lennon. Et c’est en juillet 1958 que Julia Lennon, la mère de John, meurt à son tour, renversée par une voiture. Les deux futurs partenaires partagent désormais une expérience que leurs camarades ignorent. Paul a souvent dit que ce deuil commun avait été l’un des liens les plus profonds entre eux, même s’ils en parlaient peu.
Jim, père seul (1956-1964)
À cinquante-quatre ans, Jim McCartney se retrouve veuf avec deux adolescents, un salaire de représentant en coton et une maison municipale dont le loyer avait été obtenu grâce au poste de sa femme. Il n’a jamais tenu un foyer seul. La période qui s’ouvre est sans doute la plus difficile de sa vie, et c’est pourtant celle où il va le plus compter dans l’histoire de son fils.
Les tantes Jin et Millie
Jim ne s’en sort pas seul. Il s’appuie lourdement sur ses sœurs, en particulier Jin, celle-là même qui avait hébergé Mary en 1940, et Millie. Elles viennent aider à la maison, font les courses, préparent des repas, veillent sur les garçons. Dans la tradition des familles irlandaises de Liverpool, la famille élargie forme un réseau de solidarité qui supplée l’absence de la mère. Paul a souvent parlé avec tendresse de ses tantes, et en particulier de Jin, qu’il décrivait comme le pilier de la famille, celle qu’on appelait quand quelque chose allait mal, exactement comme on consultait autrefois Granny Mac. Le clan McCartney, avec ses réunions du Nouvel An où tout le monde chante autour du piano, est l’un des décors fondateurs de l’enfance de Paul, et il le restera bien après la mort de Mary.
Le tablier et le torchon
Peu à peu, Jim apprend. Il fait la cuisine, le ménage, la lessive, avec l’aide de ses fils. Cynthia Lennon, qui fréquente Forthlin Road à la fin des années 1950 avec John, a laissé un portrait savoureux de ces visites : Jim ouvrait souvent la porte les manches retroussées, un torchon à la main et un tablier noué autour de la taille. L’image d’un homme de sa génération, élevé dans le partage strict des rôles, réinventé en homme au foyer par la force des choses, frappe ceux qui le connaissent. Elle dit aussi l’atmosphère de la maison : pas d’ordre impeccable, mais une hospitalité constante, une porte ouverte aux amis des garçons.
Mike McCartney a raconté que leur père s’efforçait de maintenir des règles, des horaires, des manières de table, mais qu’il laissait aussi aux garçons une liberté considérable, faute de pouvoir les surveiller en permanence. Cette liberté a eu son prix scolaire : Paul, qui avait brillamment réussi l’Eleven-plus, voit ses résultats fléchir au Liverpool Institute à mesure que la guitare prend toute la place.
I Lost My Little Girl
C’est dans les mois qui suivent la mort de sa mère que Paul compose la première chanson dont il se souvienne, I Lost My Little Girl, sur sa guitare Zenith. Elle parle en apparence d’une petite amie perdue, avec la naïveté d’un adolescent de quatorze ans qui imite les chansons sentimentales de la radio. Paul a lui-même reconnu plus tard, notamment dans The Lyrics, qu’il était difficile de ne pas y voir une allusion inconsciente à sa mère : le garçon qui venait de perdre la femme la plus importante de sa vie écrivait, sans le savoir, sur une perte. En 2026, dans le podcast The Rest Is History, il est encore revenu sur ce lien entre le deuil et le premier geste d’écriture. Le chemin qui mène de Forthlin Road à Yesterday commence là. Nous avons suivi ce fil du deuil dans toute l’œuvre de Paul dans notre article sur Here Today et les chansons du deuil de Paul McCartney.
Lennon, le garçon qui allait causer des ennuis
Le 6 juillet 1957, Paul rencontre John Lennon à la fête paroissiale de St Peter’s, à Woolton, et rejoint bientôt les Quarrymen. Jim voit d’un mauvais œil ce garçon plus âgé, insolent, mal élevé selon ses critères, qui fume, boit et se moque de tout. Il met son fils en garde : ce Lennon va lui attirer des ennuis. La phrase, rapportée par plusieurs biographes, a fait sourire des générations de fans. Elle est pourtant parfaitement raisonnable du point de vue d’un père veuf qui voit les notes de son fils baisser et ses soirées s’allonger.
Le jugement de Jim ne l’empêche pas d’agir avec une grande générosité. Il autorise les Quarrymen à répéter le soir dans la salle à manger de Forthlin Road. Lennon vient régulièrement à la maison ; Paul et John y écrivent ensemble, souvent l’après-midi, quand Jim est au travail, en séchant parfois les cours. C’est dans ce salon, avec ce piano acheté chez NEMS, que naissent plusieurs des premières chansons signées Lennon-McCartney. Le père qui se méfiait de John a fourni sans le savoir l’atelier du plus célèbre duo de compositeurs du siècle. Sur la rencontre de Woolton elle-même, on lira notre article sur la rencontre de Woolton en 1957.
George Harrison, plus jeune encore, entre à son tour dans le cercle. Lui aussi fréquente Forthlin Road. Jim, qui connaît bien la valeur du travail instrumental, est impressionné par le sérieux avec lequel l’adolescent s’exerce à la guitare.
Hambourg : l’argument des quinze livres
En août 1960, les Beatles reçoivent une proposition pour jouer à Hambourg. Paul a dix-huit ans. Jim est très réticent : son fils doit finir ses études, et l’idée de le voir partir dans le quartier chaud d’une ville allemande, quinze ans après la guerre, ne l’enchante guère. Paul trouve l’argument décisif : chaque membre du groupe gagnera environ quinze livres par semaine. C’est plus que ce que Jim gagne lui-même dans le coton. Le père cède, mais seulement après la visite d’Allan Williams, alors manager du groupe, venu le rassurer en personne.
L’épisode condense toute la relation entre Jim et la carrière de son fils. Il n’a jamais été hostile à la musique, au contraire ; il avait lui-même rêvé de vivre de la scène. Mais il a connu le chômage de la guerre, les salaires qui baissent, l’insécurité. Le jour où la musique rapporte plus que le coton, l’argument économique l’emporte sur l’inquiétude paternelle.
Le panier-repas au Cavern
Au début des années 1960, les Beatles jouent régulièrement au Cavern Club, souvent à l’heure du déjeuner. Le Cavern se trouve dans Mathew Street, à deux pas du quartier du coton où Jim travaille. Cynthia Lennon a raconté que Jim passait parfois au club déposer de quoi manger : la viande ou les provisions du repas du soir, que Paul devait ensuite rapporter et mettre au four à Forthlin Road. L’image du représentant en coton descendant dans la cave enfumée du Cavern avec ses provisions, au milieu des adolescents en transe, est l’une des plus touchantes de toute la saga. Elle dit le quotidien d’un père seul qui organise le dîner de ses fils entre deux rendez-vous d’affaires.
Le père d’un Beatle (1962-1964)
Le reproche à Pete Best
Jim suit de près la carrière du groupe. Il assiste à des concerts, et il ne se prive pas de donner son avis. Lors d’un concert à Manchester, les fans se précipitent sur le batteur Pete Best, très populaire auprès du public féminin, et délaissent les trois autres. Jim reproche ensuite à Best d’avoir attiré toute l’attention sur lui sans rappeler ses camarades. L’épisode, rapporté par Bob Spitz, est souvent cité dans le débat sur le renvoi de Pete Best en août 1962. Il ne faut pas lui donner plus d’importance qu’il n’en a, mais il révèle que Jim se considérait comme un membre de la famille élargie du groupe, autorisé à rappeler les règles de la solidarité.
Le courrier des fans
À partir de 1963, la Beatlemania submerge Forthlin Road. Les sacs de lettres de fans arrivent par dizaines à l’adresse familiale. Jim, aidé de Mike, entreprend d’y répondre. Les deux hommes rédigent des réponses personnalisées, censées venir de Paul, qui ne peut évidemment pas tout lire. Cette correspondance artisanale, typique de la première Beatlemania, montre un Jim à la fois dépassé et ravi, transformé en secrétaire bénévole de son fils.
Le revers de la médaille ne tarde pas. Les fans prennent l’habitude de stationner devant la maison, de regarder par les fenêtres, de sonner à toute heure. Jim, homme réservé dans sa vie privée malgré sa jovialité, en devient nerveux et mal à l’aise. La maison que Mary avait obtenue comme l’aboutissement de quinze ans d’efforts devient invivable.
She Loves You : yes, yes, yes
L’anecdote est célèbre et Paul l’a racontée lui-même à plusieurs reprises. Le 26 juin 1963, Lennon et McCartney commencent She Loves You dans un hôtel de Newcastle. Le lendemain, ils la terminent dans le salon de Forthlin Road. Jim, assis dans la pièce, les écoute chanter le refrain avec son fameux “yeah, yeah, yeah”. Il intervient : il y a déjà assez d’américanismes comme ça, pourquoi ne pas chanter plutôt “yes, yes, yes” ? Les deux garçons éclatent de rire. Le conseil n’est évidemment pas suivi, et le “yeah, yeah, yeah” deviendra le cri de ralliement de la Beatlemania dans le monde entier.
L’anecdote est drôle, mais elle est aussi révélatrice. Jim est là, dans la maison, au moment exact où s’écrit la chanson qui va faire basculer les Beatles du statut de vedettes britanniques à celui de phénomène mondial. Il est le premier auditeur, et le premier critique, de l’un des plus grands succès de l’histoire du disque britannique.
Le plus grand fan des Beatles
Bill Harry, le fondateur du journal Mersey Beat, estimait que Jim était probablement le plus grand fan des Beatles. Il ne cachait pas sa fierté, au point d’embarrasser parfois son fils. Shelagh Johnson, qui dirigera plus tard le musée Beatles de Liverpool, a rapporté cette gêne de Paul devant les démonstrations publiques de son père. En 2026, Paul a raconté à Zane Lowe une scène qui résume tout : au restaurant, Jim observait les autres clients, guettait le moment où ils reconnaissaient son fils, et lui glissait à voix basse qu’on l’avait repéré. Paul, mi-amusé mi-gêné, essayait de le faire taire. Mais il a ajouté qu’au fond, c’était une bonne chose : son père avait cherché la célébrité dans sa jeunesse, et il était heureux de voir son fils obtenir ce qu’il avait lui-même tenté d’atteindre.
C’est l’un des aspects les plus émouvants de la relation entre Jim et Paul. Le père n’a jamais été jaloux du fils, ni écrasé par sa réussite. Il l’a vécue comme un accomplissement partagé, comme si le Jim Mac’s Jazz Band avait enfin trouvé, quarante ans plus tard, le public qu’il méritait.
Rembrandt, Angie et Ruth : la seconde vie de Jim (1964-1976)
La retraite à soixante-deux ans
En 1964, Jim a soixante-deux ans et gagne environ dix livres par semaine. Son fils gagne en une soirée bien davantage. Paul lui propose de prendre sa retraite et de le laisser subvenir à ses besoins. Jim accepte. Après près de cinquante ans dans le coton, depuis ce jour de 1916 où il était entré comme garçon d’échantillons chez Hannay, il quitte le métier. Paul lui verse désormais une rente qui lui permet de vivre confortablement.
Rembrandt, Baskervyle Road
Paul achète aussi à son père une maison digne de ce nom. Il s’agit de Rembrandt, une grande maison individuelle de style néo-Tudor située dans Baskervyle Road, à Heswall, sur la péninsule du Wirral, de l’autre côté de la Mersey. Le prix est d’environ 8 750 livres, une somme considérable en 1964. Heswall est une banlieue aisée, résidentielle, tranquille, avec vue sur l’estuaire de la Dee et les collines du pays de Galles. C’est un autre monde que Speke ou Allerton. Jim quitte Forthlin Road, où les fans ne lui laissent plus de répit, et découvre pour la première fois de sa vie le confort d’une maison bourgeoise.
Rembrandt devient pour une décennie le point d’ancrage familial des McCartney dans la région de Liverpool. Paul y vient régulièrement, souvent pour Noël, d’abord avec Jane Asher, puis avec Linda. On y fait de la musique, on y joue au piano, on y reçoit la famille élargie. C’est là aussi que naîtra une chanson d’Abbey Road.
Drake’s Drum à Aintree
Paul offre encore à son père un cadeau qui comble un vieux rêve d’homme ordinaire de Liverpool : un cheval de course, baptisé Drake’s Drum. Le 26 mars 1966, sur l’hippodrome d’Aintree, le jour du Grand National, Drake’s Drum remporte la course disputée juste avant la grande épreuve. Paul est présent, aux côtés de son père. Les photographies de ce jour montrent un Jim radieux, en propriétaire de cheval gagnant au milieu de la foule du plus célèbre rendez-vous hippique britannique. Pour un homme qui avait passé sa vie à compter ses shillings, c’est une consécration presque irréelle.
Angie et Ruth
Huit ans après la mort de Mary, Jim se remarie. Sa seconde épouse, Angela “Angie” Williams, est née Stopforth en 1929 ; elle est veuve et mère d’une petite fille, Ruth, née en 1960. Elle a vingt-sept ans de moins que Jim. Ils se marient le 24 novembre 1964, dans une petite chapelle de Carrog, au nord du pays de Galles, où ils se sont rendus en taxi depuis Rembrandt. La cérémonie est célébrée dans la plus grande discrétion. Paul, retenu à Londres par ses engagements avec les Beatles, n’y assiste pas, mais il envoie un télégramme.
Angie a raconté dans ses mémoires, My Long and Winding Road (2013), une anecdote délicieuse liée à ces semaines-là. Peu avant le mariage, sa propre mère était venue à Rembrandt jouer les chaperons. Au moment où Paul repartait pour Londres, elle lui avait préparé des sandwichs pour la route. Quelques heures plus tard, Paul appelait d’une cabine des Midlands pour la remercier de ses sandwichs à la pâte d’amande : sans ses lunettes, elle avait confondu le massepain avec du fromage frais. Le télégramme de mariage envoyé par Paul souhaitait aux époux une longue vie, du bonheur et beaucoup de sandwichs au massepain.
Jim adopte légalement Ruth, qui porte désormais le nom de McCartney. Le magazine officiel des Beatles, le Beatles Monthly Book, annonce en février 1965 que Paul a désormais une demi-sœur de quatre ans qui le considère comme le meilleur grand frère du monde. Ruth a gardé de Jim le souvenir d’un père drôle, musicien, joueur avec elle, mais aussi strict sur les bonnes manières, les règles de la table et la façon de parler aux gens : exactement le père que Paul et Mike avaient connu à Speke. Ruth McCartney deviendra plus tard auteure-compositrice et productrice aux États-Unis, et Angie dirigera avec elle une petite entreprise de production multimédia.
Les relations entre Paul et la seconde famille de son père ont été l’objet de bien des commentaires, surtout après la mort de Jim. Des tensions ont existé, d’ordre affectif comme matériel, et certains témoignages tardifs les ont mises en avant. Il serait toutefois réducteur de résumer douze ans de vie familiale à quelques désaccords rapportés après coup. Pour Jim, ce remariage a été une seconde chance : une compagne, une enfant à élever, une maison pleine.
When I’m Sixty-Four
En juillet 1966, Jim fête ses soixante-quatre ans. En décembre de la même année, les Beatles commencent l’enregistrement de When I’m Sixty-Four, qui figurera sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band en juin 1967. La coïncidence a donné naissance à l’une des idées reçues les plus tenaces de l’histoire des Beatles.
Correctif factuel : When I’m Sixty-Four n’a pas été écrite pour les 64 ans de Jim
On lit très souvent que Paul a composé When I’m Sixty-Four pour l’anniversaire de son père. C’est inexact. Paul a écrit l’essentiel de la mélodie vers l’âge de seize ans, à la fin des années 1950, sur le piano familial de Forthlin Road, comme un pastiche des chansons de music-hall que son père aimait. Les Quarrymen et les premiers Beatles la jouaient parfois pour dépanner, notamment quand l’électricité tombait en panne au Cavern. Ce qui est vrai, c’est que Paul l’a ressortie et enregistrée en décembre 1966, l’année où Jim atteignait précisément soixante-quatre ans, et que le clin d’œil paternel était alors évident. Hunter Davies, présent à Rembrandt pour sa biographie autorisée, se souvient avoir vu Jim écouter un acétate du morceau. La chanson n’est donc pas un cadeau d’anniversaire, mais une chanson d’adolescence dont l’enregistrement est devenu un hommage.
Golden Slumbers sur le piano de Ruth
Rembrandt a offert à l’œuvre des Beatles une autre chanson, beaucoup plus directement liée à la maison elle-même. Un jour de 1969, Paul trouve sur le piano de son père une partition laissée par sa demi-sœur Ruth, qui apprend alors le piano : il s’agit d’une berceuse ancienne, Golden Slumbers, sur un texte du dramaturge élisabéthain Thomas Dekker, publié en 1603. Paul ne sait pas lire la musique ; il ne peut donc pas jouer la mélodie écrite. Il reprend les paroles et invente sa propre musique. Le résultat ouvre le grand medley de la face B d’Abbey Road. Une berceuse anglaise de l’époque de Shakespeare, une petite fille de neuf ans qui apprend le piano, le piano du grand-père dans une maison du Wirral : la genèse de Golden Slumbers est un concentré de l’histoire familiale.
Jim et Linda
Jim a connu Jane Asher, la fiancée de Paul de 1963 à 1968, et l’a beaucoup appréciée. Mais c’est avec Linda Eastman qu’il noue une relation particulière. Paul la lui présente fin 1968 ; le couple passe Noël 1968 à Liverpool, en famille. Paul et Linda se marient le 12 mars 1969 à Londres, et dans les jours qui suivent, ils rendent visite à la famille à Rembrandt. Linda, photographe, prend de nombreux clichés de Jim, de la maison, des repas de famille. Jim s’attache à cette Américaine franche, simple, qui aime les animaux et la vie de famille, et qui arrive avec une petite fille de six ans, Heather. Il voit naître ses petits-enfants : Mary, en août 1969, qui porte le prénom de sa grand-mère disparue, puis Stella en 1971. Il ne connaîtra pas James, né en 1977, qui portera son prénom à lui.
Walking in the Park with Eloise
En juillet 1974, Paul McCartney et Wings séjournent à Nashville, dans le Tennessee, pour répéter et enregistrer. Paul décide d’y graver une composition de son père : Eloise, l’air instrumental écrit par Jim dans les années 1920 au temps du Jim Mac’s Jazz Band. Pour l’occasion, il réunit des musiciens de légende de la scène de Nashville, dont le guitariste Chet Atkins et le pianiste Floyd Cramer. Le morceau, rebaptisé Walking in the Park with Eloise, sort en single en octobre 1974, couplé avec Bridge on the River Suite, sous un pseudonyme : The Country Hams. Le disque passe inaperçu commercialement. Mais il a une valeur affective immense : pour la première et unique fois, une composition de Jim McCartney existe sur disque, jouée par son fils et par certains des meilleurs musiciens du monde.
Paul a souvent raconté que son père, d’une modestie totale sur ses talents de compositeur, avait été profondément touché par ce geste. Le morceau a ensuite été réédité en bonus sur les rééditions CD de Wings. C’est un air de promenade léger, désuet, d’un charme absolu, qui permet d’entendre exactement ce qu’était la musique de Jim : des mélodies simples et élégantes, faites pour danser.
Les dernières années et la mort de Jim (1970-1976)
L’arthrite et le repli
Au début des années 1970, la santé de Jim décline. Une arthrite sévère lui rend les déplacements pénibles et finit par l’empêcher de jouer du piano, ce qui, pour un homme qui avait passé sa vie au clavier, est une privation cruelle. Les escaliers de Rembrandt deviennent difficiles. La famille s’installe dans un logement plus adapté, dans le secteur de Gayton, toujours dans le Wirral, non loin de Heswall. Jim sort de moins en moins. Le jardin, le feu de cheminée, la radio, les visites de la famille rythment ses journées. Les problèmes respiratoires s’ajoutent à l’arthrite ; le gros fumeur de Forthlin Road paie le prix de décennies de cigarettes.
Pendant ce temps, Paul vit sa seconde carrière. La séparation des Beatles en 1970, la procédure judiciaire contre ses anciens partenaires, les débuts difficiles de Wings, puis le triomphe de Band on the Run en 1973 : Jim suit tout cela de loin, fier et inquiet. Paul vient le voir quand il le peut, mais son emploi du temps est celui d’une vedette internationale.
18 mars 1976
Au cours de l’hiver 1975-1976, l’état de Jim s’aggrave. Il souffre d’une affection pulmonaire, une bronchopneumonie, qui finit par l’emporter. Il meurt le jeudi 18 mars 1976, à soixante-treize ans, chez lui, auprès d’Angie. Selon le témoignage de celle-ci, ses dernières paroles furent pour Mary : il allait bientôt la retrouver. Vingt ans après la mort de sa première femme, le veuf de Forthlin Road, remarié, père adoptif, grand-père, partait en pensant à elle.
Des désaccords familiaux sur les derniers soins ont été rapportés : Paul aurait souhaité une hospitalisation, Angie aurait défendu la volonté de son mari de rester à la maison. Ces récits relèvent de conversations privées et doivent être maniés avec prudence. Ils rappellent surtout une situation que connaissent beaucoup de familles face à la fin de vie d’un proche.
Landican, 22 mars 1976
Jim McCartney est incinéré le lundi 22 mars 1976 au crématorium du cimetière de Landican, près de Heswall. Paul n’assiste pas à la cérémonie. Deux jours après la mort de son père, le 20 mars, il était monté sur scène à Copenhague avec Wings pour ouvrir la partie européenne de la tournée Wings Over the World, avant d’enchaîner avec Berlin, Rotterdam et Paris. Il n’avait rien dit de la mort de son père à ses musiciens ; Denny Laine l’apprendra par hasard, lors d’un échange avec la presse à Paris. Cet épisode troublant, qui en dit long sur le rapport de Paul au deuil et à la pudeur, a fait l’objet d’un article complet sur notre site : pourquoi Paul McCartney a caché la mort de son père pendant la tournée de Wings en 1976. Nous n’y revenons pas ici, sinon pour rappeler qu’il ne faut pas confondre l’absence aux obsèques et l’absence d’amour.
Il existe d’ailleurs une coïncidence troublante dans la chronologie des Beatles : quelques semaines après Jim, le 1er avril 1976, meurt à Brighton Alfred “Freddie” Lennon, le père de John, dont la relation avec son fils avait été autrement plus chaotique.
Ce que Paul doit à Jim et Mary : l’héritage dans l’œuvre
On pourrait remplir un livre entier avec les traces de Jim et Mary dans les chansons de Paul McCartney. Certaines sont explicites, d’autres seulement probables, d’autres encore relèvent de la projection des commentateurs. Voici les principales, classées de la plus documentée à la plus débattue.
Let It Be et le rêve de 1968
C’est la plus célèbre. En 1968, au plus fort des tensions qui commencent à déchirer les Beatles, Paul fait un rêve dans lequel sa mère lui apparaît. Elle a le visage qu’il se rappelait, elle lui parle avec douceur, elle le rassure et lui conseille, en substance, de laisser les choses suivre leur cours. Paul se réveille apaisé. Il a raconté qu’il s’était senti béni d’avoir fait ce rêve, et que c’est ce sentiment qui l’avait conduit à écrire Let It Be. La formule de la chanson qui évoque une Mère Marie est donc d’abord, dans l’esprit de son auteur, une allusion à Mary McCartney, la sage-femme de Speke. Que des millions d’auditeurs, croyants ou non, y aient entendu une prière à la Vierge ne contredit pas Paul : il a lui-même reconnu que l’ambiguïté lui convenait, et qu’elle venait de la culture catholique de sa mère. L’histoire complète de la chanson se trouve sur notre page consacrée à Let It Be des Beatles.
Put It There
Sur l’album Flowers in the Dirt (1989), Put It There reprend une expression de Jim, une formule qu’il employait en tendant la main et qui invitait l’autre à y poser la sienne, quel que soit le poids de ce qu’il portait. Paul en a fait une chanson sur la relation entre un père et un fils, écrite au moment où lui-même élevait son propre fils James. C’est l’hommage le plus direct à Jim dans toute la discographie de Paul.
Goodnight Princess et le film de 1984
Dans le film Give My Regards to Broad Street (1984), Paul rend visite à un vieil homme nommé Jim, interprété par le grand acteur britannique Sir Ralph Richardson, dans une scène qui a toutes les apparences d’un hommage à son père. Le morceau qui accompagne la fin du film, Goodnight Princess, est un instrumental de style années 1920 enregistré aux studios AIR de Londres le 11 décembre 1983 avec une formation de jazz traditionnel. Paul y renoue avec le son des orchestres de danse de la jeunesse de Jim, celui du Jim Mac’s Jazz Band.
Les prénoms
Paul a donné à ses enfants les prénoms de ses parents. Sa fille aînée née de Linda, le 28 août 1969, s’appelle Mary, en hommage à sa grand-mère. Elle deviendra photographe et réalisatrice. En 1972, Paul et Wings publient d’ailleurs Mary Had a Little Lamb, une comptine écrite pour elle, dont nous avons raconté l’histoire vraie. Son fils, né le 12 septembre 1977, un an et demi après la mort de Jim, s’appelle James Louis : James pour Jim, Louis pour Lee, le père de Linda, Lee Eastman, de son vrai prénom Leopold. La tradition qui donnait le prénom James à un garçon de chaque génération depuis le tapissier venu d’Irlande se poursuit ainsi. Sur les enfants de Paul, voir notre article Les enfants de Paul McCartney.
Woman, l’album de Mike
Mike McCartney, de son côté, publie en 1972 sous le nom de Mike McGear un album intitulé Woman. La pochette reproduit une photographie de leur mère. C’est l’hommage le plus visible de Mike à Mary, et la preuve que la mémoire de la mère disparue est restée centrale pour les deux frères, chacun dans son registre.
Kisses on the Bottom
En 2012, Paul publie Kisses on the Bottom, un album presque entièrement composé de standards américains des années 1920 à 1940, arrangés avec la pianiste Diana Krall et produits par Tommy LiPuma. Paul a expliqué que ce répertoire était celui qu’il entendait enfant, quand son père jouait au piano lors des réunions de famille, notamment au Nouvel An. Le disque est en quelque sorte l’album que Jim aurait aimé enregistrer : celui des chansons qui ont inspiré les chansons, selon la formule promotionnelle de l’époque.
Salesman Saint (2026)
Le dernier hommage en date est aussi l’un des plus explicites. Le 29 mai 2026, Paul McCartney publie The Boys of Dungeon Lane, son dix-huitième album studio solo, entièrement consacré aux souvenirs de son enfance et de son adolescence à Liverpool. Le titre vient d’un chemin de Speke, et l’album évoque Forthlin Road, John Lennon, les années d’avant la gloire. Une chanson, Salesman Saint, est consacrée à ses parents. Son titre résume en deux mots le portrait de Jim et Mary : un père représentant de commerce et une mère qui tenait de la sainte, tous deux travaillant sans relâche dans la dure réalité économique du Liverpool d’après-guerre. Paul l’a présentée au printemps 2026 dans le podcast The Rest Is History, où il a longuement évoqué la mort de sa mère, sa première chanson et la résilience héritée de la génération de la guerre. À quatre-vingt-trois ans, Paul consacre donc encore une chanson à des parents morts depuis cinquante et soixante-dix ans. Nous avons évoqué le duo de l’album avec Ringo dans notre page sur Home to Us.
La photo du Jim Mac’s Jazz Band et Sgt. Pepper
Reste une hypothèse séduisante, souvent présentée comme un fait : la pochette de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band aurait été inspirée par la vieille photographie du Jim Mac’s Jazz Band réuni autour de sa grosse caisse.
Correctif factuel : la pochette de Sgt. Pepper et l’orchestre de Jim
L’idée que la photographie du Jim Mac’s Jazz Band ait inspiré la pochette de Sgt. Pepper circule depuis des décennies, et la maison Christie’s l’a reprise en présentant un tirage de ce cliché lors d’une vente aux enchères. Elle reste pourtant une hypothèse. Les témoignages de ceux qui ont conçu la pochette, Peter Blake, Jann Haworth et Robert Fraser, ainsi que le dessin préparatoire de Paul, renvoient à l’image d’une fanfare municipale posant devant une assemblée lors d’une cérémonie publique, sans mentionner la photo de l’orchestre de Jim. La parenté visuelle, une formation de musiciens réunie autour d’une grosse caisse portant son nom, est réelle et frappante, et il est tout à fait possible que le souvenir de ce cliché familial ait nourri l’imaginaire de Paul. Mais aucune déclaration de Paul ne l’établit formellement. Il faut donc parler d’une parenté plausible, non d’une source démontrée. L’histoire documentée de la pochette est racontée dans notre dossier sur Sgt. Pepper.
Le 20 Forthlin Road, maison-musée
Depuis 1995, le 20 Forthlin Road appartient au National Trust, qui l’a acquis et restauré pour le présenter dans l’état où il se trouvait à la fin des années 1950. C’est la première maison liée à la musique pop à entrer dans le patrimoine du National Trust. Les visiteurs y découvrent le salon où Jim jouait du piano, la cuisine, la petite chambre de Paul, les photographies de Mike. On y entend, au fil de la visite, l’histoire de Mary, dont la carrière de sage-femme avait permis à la famille d’obtenir cette maison. Dans une certaine mesure, c’est le seul monument jamais consacré à Jim et Mary McCartney.
Jim et Mary vus par leurs fils
Les deux frères ont livré, au fil des décennies, des portraits complémentaires de leurs parents. Paul insiste sur la transmission : la musique de Jim, l’éthique du travail de Mary, la politesse, la curiosité, les mots croisés, la tolérance et la modération. Dans Many Years From Now, la biographie écrite avec Barry Miles en 1997, il revient longuement sur son enfance et dresse de son père le portrait d’un homme drôle, sage, attentif, et de sa mère celui d’une femme énergique, aimante, épuisée par le travail. Dans The Lyrics (2021), il évoque à plusieurs reprises ses deux parents, au détour de chansons comme Let It Be, When I’m Sixty-Four, Put It There ou I Lost My Little Girl.
Mike, plus photographe que conteur, a surtout préservé des images. C’est à lui que l’on doit une grande partie des clichés de Jim à Forthlin Road, dans le jardin, au piano, avec les garçons. Paul a d’ailleurs régulièrement publié sur ses réseaux sociaux, à l’occasion de la fête des pères, des photographies de Jim prises par Mike. Les deux frères se retrouvent sur l’essentiel : leurs parents leur ont donné, malgré des moyens limités, une enfance heureuse, ouverte, musicale et ambitieuse.
Il faut enfin rappeler ce que Jim et Mary ne sont pas. Ils ne sont pas les parents malheureux ou absents qu’on trouve dans tant de biographies de rock stars. Ils ne sont pas non plus les figures idéalisées d’un roman familial. Ce sont deux Liverpudliens de leur temps, avec leurs limites, leurs préjugés parfois, leurs fatigues, qui ont fait de leur mieux pour élever deux garçons dans une ville bombardée puis reconstruite. Le génie de leur fils ne vient pas d’eux seuls. Mais il est impossible d’imaginer Paul McCartney sans le piano de Jim et sans la bicyclette de Mary.
Chronologie de Jim et Mary McCartney
| Date | Événement |
|---|---|
| 17 mai 1896 | Mariage de Joe McCartney et Florrie Clegg à Christ Church, Kensington (Liverpool) |
| 7 juillet 1902 | Naissance de James “Jim” McCartney, 8 Fishguard Street, Everton |
| 24 avril 1905 | Mariage d’Owen Mohin et Mary Theresa Danher, église St Charles |
| 29 septembre 1909 | Naissance de Mary Patricia Mohin, 2 Third Avenue, Fazakerley |
| Vers 1912 | Jim se rompt le tympan gauche en tombant d’un mur |
| 1916 | Jim quitte l’école et entre chez A. Hannay & Co. comme garçon d’échantillons |
| Vers 1919 | Débuts de Jim dans le ragtime ; première apparition avec les Masked Melody Makers |
| Vers 1920 | Mort en couches de la mère de Mary |
| Années 1920 | Jim Mac’s Jazz Band ; composition d’Eloise |
| 1923 | Mary entre comme élève infirmière à l’hôpital de Smithdown Road |
| Vers 1933 | Mary devient sister à l’hôpital de Walton |
| 1937 | Mort de Joe McCartney, père de Jim |
| Juin 1940 | Rencontre de Jim et Mary pendant une alerte aérienne, 11 Scargreen Avenue |
| 15 avril 1941 | Mariage à St Swithin’s, Gillmoss |
| 1er-7 mai 1941 | May Blitz sur Liverpool |
| 18 juin 1942 | Naissance de James Paul McCartney à l’hôpital de Walton |
| 7 janvier 1944 | Naissance de Peter Michael McCartney |
| Février 1946 | Installation au 72 Western Avenue, Speke ; Jim retourne au coton |
| 1948 | Déménagement au 12 Ardwick Road, Speke ; création du NHS |
| 1953 | Paul entre au Liverpool Institute ; achat du premier téléviseur |
| 1955 | Installation au 20 Forthlin Road, Allerton |
| 18 juin 1956 | Jim offre une trompette à Paul pour ses 14 ans |
| 31 octobre 1956 | Mort de Mary McCartney, à 47 ans |
| 3 novembre 1956 | Inhumation de Mary au cimetière de Yew Tree, Finch Lane |
| 6 juillet 1957 | Paul rencontre John Lennon à Woolton |
| Août 1960 | Jim autorise Paul à partir pour Hambourg |
| 27 juin 1963 | She Loves You achevée à Forthlin Road ; la suggestion “yes, yes, yes” |
| 1964 | Retraite de Jim ; achat de Rembrandt, Heswall ; cheval Drake’s Drum |
| 24 novembre 1964 | Remariage de Jim avec Angie Williams à Carrog ; adoption de Ruth |
| 26 mars 1966 | Victoire de Drake’s Drum à Aintree, le jour du Grand National |
| Décembre 1966 | Enregistrement de When I’m Sixty-Four, l’année des 64 ans de Jim |
| 1968 | Rêve de Paul inspirant Let It Be |
| 1969 | Golden Slumbers naît à Rembrandt ; naissance de Mary, petite-fille de Jim (28 août) |
| Juillet 1974 | Enregistrement de Walking in the Park with Eloise à Nashville (The Country Hams) |
| 18 mars 1976 | Mort de Jim McCartney, à 73 ans |
| 22 mars 1976 | Crémation à Landican ; Paul en tournée avec Wings |
| 12 septembre 1977 | Naissance de James Louis McCartney, prénommé en l’honneur de Jim |
| 1989 | Put It There, sur Flowers in the Dirt |
| 1995 | Le National Trust acquiert le 20 Forthlin Road |
| 2012 | Kisses on the Bottom, album de standards hérités du piano de Jim |
| 29 mai 2026 | The Boys of Dungeon Lane, avec Salesman Saint, consacrée à Jim et Mary |
Questions fréquentes sur Jim et Mary McCartney
Qui étaient les parents de Paul McCartney ?
Les parents de Paul McCartney étaient James “Jim” McCartney (1902-1976), représentant dans le commerce du coton à Liverpool et musicien amateur, chef du Jim Mac’s Jazz Band dans les années 1920, et Mary Patricia McCartney, née Mohin (1909-1956), infirmière, sage-femme et visiteuse de santé. Ils se sont mariés le 15 avril 1941 et ont eu deux fils, Paul (1942) et Michael, dit Mike (1944).
De quoi est morte la mère de Paul McCartney ?
Mary McCartney est morte le 31 octobre 1956, à 47 ans, des suites d’un cancer du sein. Elle a été opérée pour tenter d’en arrêter la propagation, et c’est une embolie survenue après l’intervention qui lui a été fatale. Paul avait quatorze ans et Mike douze.
Où est enterrée Mary McCartney ?
Mary McCartney a été inhumée le 3 novembre 1956 au cimetière catholique de Yew Tree, dans Finch Lane, à Liverpool.
Quand et comment est mort Jim McCartney ?
Jim McCartney est mort le 18 mars 1976, à 73 ans, d’une bronchopneumonie, dans le Wirral, près de Liverpool. Il souffrait depuis plusieurs années d’une arthrite sévère. Il a été incinéré le 22 mars 1976 au cimetière de Landican. Paul, alors en tournée européenne avec Wings, n’a pas assisté aux obsèques.
Quel métier exerçait Jim McCartney ?
Jim a travaillé presque toute sa vie dans le négoce du coton, d’abord comme garçon d’échantillons à quatorze ans chez le courtier A. Hannay & Co., puis comme représentant et vendeur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a travaillé chez Napier’s, une usine de douilles d’obus, et servi la nuit comme guetteur d’incendie. Il a pris sa retraite en 1964, à 62 ans, à l’invitation de Paul.
Jim McCartney était-il musicien ?
Oui. Autodidacte, il jouait du piano et de la trompette à l’oreille. Il a débuté vers 1919 avec les Masked Melody Makers, puis dirigé le Jim Mac’s Jazz Band dans les années 1920, avec son frère Jack au trombone. Il a composé un air instrumental, Eloise, que Paul a enregistré en 1974 à Nashville sous le titre Walking in the Park with Eloise, publié sous le nom de The Country Hams.
Quelle chanson Paul McCartney a-t-il écrite pour sa mère ?
La plus célèbre est Let It Be, née d’un rêve fait en 1968 dans lequel sa mère lui apparaissait pour le rassurer. Paul a aussi reconnu que sa toute première chanson, I Lost My Little Girl, écrite à quatorze ans peu après la mort de Mary, pouvait être lue comme une allusion inconsciente à cette perte. En 2026, Salesman Saint, sur l’album The Boys of Dungeon Lane, rend hommage à ses deux parents.
When I’m Sixty-Four a-t-elle été écrite pour Jim ?
Non, pas à proprement parler. Paul en a écrit l’essentiel vers seize ans, à la fin des années 1950, sur le piano familial. Il l’a enregistrée avec les Beatles en décembre 1966, l’année où son père avait 64 ans, ce qui en a fait un clin d’œil évident à Jim, mais la chanson préexistait à cet anniversaire.
Qui était Angie McCartney ?
Angela “Angie” McCartney, née Stopforth en 1929, veuve Williams, est la seconde épouse de Jim. Ils se sont mariés le 24 novembre 1964 à Carrog, au pays de Galles. Jim a adopté sa fille Ruth, née en 1960, qui est ainsi devenue la demi-sœur par adoption de Paul et Mike. Angie a publié ses mémoires, My Long and Winding Road, en 2013.
Où vivaient les parents de Paul McCartney ?
La famille a habité successivement Anfield, Wallasey, Knowsley, Everton, puis Speke (72 Western Avenue, puis 12 Ardwick Road) et enfin le 20 Forthlin Road à Allerton à partir de 1955. Plusieurs de ces logements étaient liés au métier de sage-femme de Mary. En 1964, Paul a offert à Jim une maison nommée Rembrandt, à Heswall, dans le Wirral.
Pourquoi le nom de jeune fille de la mère de Paul est-il parfois écrit Mohan ?
Parce que son père, Owen, né en 1880 dans le comté de Monaghan, s’appelait à l’origine Mohan et a modifié l’orthographe en Mohin. La forme d’usage de la famille à Liverpool, et celle des biographies de référence, est Mohin.
Les parents de Paul McCartney étaient-ils pauvres ?
Ils appartenaient à la classe ouvrière et à la petite classe moyenne de Liverpool, sans être dans la misère. Ils vivaient en logement municipal, n’ont jamais possédé de voiture et n’ont acheté un téléviseur qu’en 1953. Mary gagnait davantage que Jim. Paul a résumé la situation en 2026 : la famille avait peu, mais on ne le remarquait pas, parce que les gens autour d’eux étaient formidables.
Glossaire
Sample boy : garçon chargé, dans le négoce du coton, de porter les échantillons de coton brut entre les bureaux des courtiers et des négociants pour qu’ils en jugent la qualité. Premier emploi de Jim chez A. Hannay & Co. en 1916.
Liverpool Cotton Exchange : bourse du coton de Liverpool, installée dans Old Hall Street, l’un des principaux marchés mondiaux du coton brut au début du XXe siècle. Le métier de Jim gravitait autour d’elle.
Sister : dans les hôpitaux britanniques, infirmière responsable d’un service entier. Mary McCartney a occupé cette fonction à l’hôpital de Walton, où elle a dirigé la maternité.
Domiciliary midwife : sage-femme exerçant à domicile, assurant les accouchements dans les maisons de son secteur, de jour comme de nuit. Activité principale de Mary après la guerre.
Health visitor : visiteuse de santé, professionnelle de santé publique chargée de suivre les nourrissons et les familles, de conseiller les mères et de prévenir les maladies. Seconde fonction de Mary.
Prefab : maison préfabriquée temporaire construite en grand nombre en Grande-Bretagne pendant et après la Seconde Guerre mondiale pour pallier la crise du logement. Les McCartney en ont habité une à Knowsley.
May Blitz : série de bombardements allemands sur Liverpool et ses docks du 1er au 7 mai 1941, deux semaines après le mariage de Jim et Mary.
Eleven-plus : examen passé à onze ans qui déterminait l’accès aux grammar schools sélectives. Paul l’a réussi et est entré au Liverpool Institute en 1953.
NEMS : North End Music Stores, le magasin de meubles et d’instruments de la famille Epstein à Liverpool, où Jim a acheté son piano. Brian Epstein, héritier de la famille, deviendra le manager des Beatles.
Scouse : accent et parler populaire de Liverpool. Mary voulait que ses fils s’expriment en anglais standard plutôt qu’en scouse.
The Country Hams : pseudonyme sous lequel Paul McCartney et Wings ont publié en 1974 Walking in the Park with Eloise, composition de Jim McCartney.
Rembrandt : maison de style néo-Tudor de Baskervyle Road, à Heswall (Wirral), achetée par Paul pour son père en 1964. C’est là qu’est née Golden Slumbers.
Bibliographie et sources
Cette biographie s’appuie sur les ouvrages de référence suivants, que nous recommandons à tous ceux qui veulent approfondir l’histoire de la famille McCartney :
- Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now, 1997. La biographie écrite avec la collaboration de Paul, source principale sur l’enfance, les adresses successives, l’éducation musicale donnée par Jim et la mort de Mary.
- Paul McCartney, The Lyrics: 1956 to the Present, édité par Paul Muldoon, 2021. Commentaires de Paul sur ses chansons, dont Let It Be, When I’m Sixty-Four, Put It There et I Lost My Little Girl.
- Bob Spitz, The Beatles: The Biography, 2005. Détails sur les familles McCartney et Mohin, la jeunesse de Mary, la rencontre de 1940 et la vie à Forthlin Road.
- Mark Lewisohn, Tune In: The Beatles, All These Years, Volume 1, 2013. La référence absolue sur les origines familiales et l’enfance des quatre Beatles.
- Hunter Davies, The Beatles: The Authorised Biography, édition de 2009. Témoignage direct de l’auteur, qui a rencontré Jim à Rembrandt pendant la préparation de son livre.
- Cynthia Lennon, John, 2005. Souvenirs des visites à Forthlin Road et du quotidien de Jim, père seul.
- Bill Harry, The Beatles Encyclopedia, 2000. Notices sur Jim, Rembrandt, Drake’s Drum et la famille.
- Barry Miles, The Beatles Diary Volume 1: The Beatles Years. Chronologie au jour le jour, utile pour dater les événements familiaux.
- Angie McCartney, My Long and Winding Road, 2013. Mémoires de la seconde épouse de Jim.
Autres sources consultées : The Paul McCartney Project (fiches Jim McCartney et mariage du 24 novembre 1964), entretien de Paul McCartney avec Zane Lowe (mai 2026), podcast The Rest Is History (2026), dépêches Reuters sur The Boys of Dungeon Lane (mars-avril 2026), Beatles Monthly Book (février 1965), Liverpool Echo, catalogue Christie’s (photographie du Jim Mac’s Band), National Trust (20 Forthlin Road).
Pour prolonger la lecture sur yellow-sub.net : Paul McCartney : Liverpool, l’enfance et les débuts musicaux, Les parents de Paul McCartney, une influence discrète mais essentielle, la biographie de Mike McCartney, la mort de Jim en 1976, les chansons du deuil de Paul McCartney, la fiche de Mary McCartney, sa petite-fille et la biographie de Paul McCartney.
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