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Yellow-Sub.net · 4 juin 1976 · Étiquettes et matrices · Plage non imprimée
Spooky Weirdness : la mystérieuse onzième piste de Ringo’s Rotogravure
Une improvisation, des crédits instrumentaux incomplets, des durées divergentes et des pressages où le morceau existe sans apparaître sur la pochette.
Une vraie piste que les pochettes ne montrent pas toujours
« Spooky Weirdness » est la onzième et dernière plage de Ringo’s Rotogravure, album publié en septembre 1976. Sa courte durée et son aspect improvisé pourraient conduire à la traiter comme un supplément sans intérêt. Pour l’historien de la discographie, c’est l’inverse : le morceau constitue un exemple précieux du décalage entre le programme sonore d’un disque et ce que son étiquette ou sa pochette mentionne. Certains pressages originaux ne font apparaître que cinq titres sur la face B, alors que le disque en comporte effectivement six, dont ce bref final.
L’observation est matériellement vérifiable. Un relevé des matrices du pressage britannique Polydor 2302 040 signale expressément que « Spooky Weirdness » ne figure ni sur la pochette ni sur l’étiquette. Un compte rendu illustré d’un exemplaire australien relève lui aussi seulement cinq titres imprimés au dos et sur la face B, tout en signalant la présence du nom dans la pochette intérieure. Il est donc faux d’en déduire que la plage serait absente du disque : absence d’impression et absence de signal audio sont deux faits différents.
4 juin 1976 : un fragment enregistré pendant les séances
La chronologie The Beatles Bible situe l’enregistrement au 4 juin 1976, sous la production d’Arif Mardin. Cette date tombe au cœur des séances de l’album à Los Angeles. Le fragment apparaît comme une improvisation enregistrée pendant la production, non comme une chanson composée par un auteur extérieur puis enregistrée sous une forme conventionnelle. En l’absence de feuilles de bande détaillées, il n’est pas possible de dire si le master commercial reproduit intégralement la prise du jour ou un montage préparé plus tard.
Une entrée de sessionographie ne doit donc pas fabriquer des détails absents des sources : numéro de prise, nom de l’ingénieur ayant déclenché l’enregistrement, nombre de micros, choix du montage ou répartition horaire. On sait que la pièce est publiée, que Ringo y assure une intervention vocale et que l’accompagnement instrumental est mentionné sans attribution nominative dans la notice dédiée. Le reste relève de l’enquête archivistique.
Un crédit de personnel volontairement limité
The Beatles Bible attribue la voix à Ringo Starr et indique piano, guitare électrique, basse et percussions pour les instruments dont les interprètes restent inconnus. Il ne faut pas convertir ces quatre mentions anonymes en participation certaine de John Lennon, George Harrison, Klaus Voormann ou Jim Keltner. La présence de ces musiciens ailleurs sur Ringo’s Rotogravure n’est pas suffisante pour leur attribuer une improvisation finale.
Cette abstention documentaire est peut-être frustrante pour les admirateurs de Ringo, mais elle garantit la solidité du dossier. Une notice provisoirement incomplète et clairement formulée est préférable à une belle liste de célébrités sans fondement. En l’absence de crédits individuels, on préservera les entrées instrumentales anonymes dans la base et on distinguera expressément les informations prouvées par la pochette, celles fournies par des chronologies secondaires et celles qui restent indéterminées.
« Spooky Weirdness » ou « Spooky Wierdness » : deux graphies à indexer
Les bases spécialisées emploient le plus souvent « Spooky Weirdness », mais un relevé ancien de l’édition britannique reprend « Spooky Wierdness » avec inversion des lettres de « weirdness ». Cette seconde graphie pourrait provenir d’un document de travail, d’un livret ou d’une retranscription fautive. Sans inspection directe de toutes les éditions, il est imprudent d’affirmer qu’il s’agit du titre imprimé sur chaque pochette.
L’encyclopédie doit conserver « Spooky Weirdness » comme nom de référence, et noter « Spooky Wierdness » comme variante d’indexation vérifiée dans une source discographique. L’enjeu dépasse une coquille : lors d’une recherche automatique sur des inventaires de collectionneurs, la variation suffit à masquer des exemplaires ou à créer des doublons fictifs. La correction éditoriale doit donc être traçable.
Une durée qui change selon les inventaires
La durée mentionnée pour le fragment varie sensiblement selon les sources. Certains relevés de l’album indiquent environ 1 min 15 s ; d’autres annoncent autour de 1 min 25 s ou 1 min 26 s. Ce décalage peut provenir de la manière de mesurer le début et la fin, de pauses, de silence terminal, de l’entraînement du disque ou d’une variante de montage. Aucun de ces scénarios ne peut être retenu sans confrontation des signaux audio.
C’est précisément pourquoi une base de collectionneurs doit posséder deux champs distincts : la durée imprimée sur un support et la durée mesurée de ce même exemplaire. Une ligne dans un catalogue public ne suffit pas à créer un « extended mix ». Pour chaque vinyle britannique, américain ou australien, un relevé numérique du signal et des matrices permettrait de savoir si les différences reposent sur le minutage ou sur le contenu de la gravure.
Le paradoxe de la « plage cachée »
Le terme « plage cachée » est tentant mais doit être utilisé avec précaution. Sur des pressages originaux, le titre est absent de certaines listes imprimées, mais la pièce est bel et bien gravée à la fin de la face B. Il ne s’agit pas d’un morceau qui commencerait après de longues minutes de silence ou d’une plage supplémentaire dissimulée dans une sous-piste de CD moderne. On peut parler d’une piste non signalée sur certaines étiquettes, plutôt que d’appliquer automatiquement un concept technique de l’ère numérique.
La comparaison du pressage britannique avec les photos australiennes montre que les notices peuvent différer jusque dans la pochette intérieure. Le collectionneur devra inventorier au minimum l’étiquette, le dos, l’intérieur ouvrant, l’enveloppe imprimée et la présence physique de la plage. Le titre ne doit pas être supprimé de la sessionographie au seul motif qu’il manque sur une liste de chansons imprimée.
Un contrepoint à l’album très arrangé d’Arif Mardin
Le reste de Ringo’s Rotogravure multiplie les auteurs connus, les orchestres, les cuivres et les rencontres de studio. « Spooky Weirdness » termine ce programme sur une intervention nettement plus informelle, comme si le disque laissait passer l’atmosphère d’un moment de travail plutôt que d’offrir une dernière chanson achevée. La caractérisation d’improvisation libre figure dans les sources musicales ; on ne peut toutefois pas en tirer une description technique précise de ses étapes de création.
La brève durée, le caractère collectif non documenté et l’humour du titre s’accordent avec un aspect constant de l’identité artistique de Ringo : le goût pour l’ambiance de groupe, les plaisanteries et les accidents heureux du studio. Cette interprétation esthétique peut enrichir un commentaire d’écoute, mais elle ne saurait remplacer une vérification des sources lorsque l’on tente de nommer les musiciens.
L’édition de 1976 : où chercher le fragment
Le 33-tours Polydor britannique porte la référence 2302 040, tandis que le disque américain paraît chez Atlantic sous SD 18193. Les dossiers des collectionneurs documentent plusieurs variantes de matrices britanniques avec des inscriptions effacées et remplacées. Le pressage australien de Polydor 2310 473 a fait l’objet d’un article illustré soulignant l’absence du titre sur la liste imprimée de la face B. Ce sont des indices concrets permettant de localiser le fragment sur différentes éditions.
Les compilations ou rééditions numériques affichent parfois une liste détaillée de onze plages, ce qui ne signifie pas qu’elles publient un enregistrement inédit. Pour décider qu’une édition est musicalement différente, il faudrait la comparer au pressage d’origine et relever les éventuels changements de niveau, durée, montage ou vitesse. Il est utile d’inclure « Spooky Weirdness » dans tous les inventaires de l’album, avec une note indiquant les variations d’affichage sur les supports.
Fiche de référence et questions d’archives
Titre de référence : « Spooky Weirdness ». Variante signalée : « Spooky Wierdness ». Artiste : Ringo Starr. Nature : bref fragment improvisé de fin d’album. Enregistrement : 4 juin 1976 selon The Beatles Bible. Production : Arif Mardin. Ringo Starr : intervention vocale. Accompagnement : piano, guitare électrique, basse et percussions, interprètes non identifiés avec certitude dans la notice individuelle. Première parution : Ringo’s Rotogravure, septembre 1976, face B, fin du programme. Durée publiée : environ 1 min 15 s à 1 min 26 s selon les notices. Statut d’édition : titre absent de l’étiquette ou de la pochette sur certains pressages, sans preuve d’absence sonore.
Sources : The Beatles Bible, « Spooky Weirdness », date et personnel limité ; JPGR, Ringo’s Rotogravure, nom alternatif et minutage ; Musicbase, Polydor 2302 040, données de matrices et absence du titre sur certaines étiquettes ; Beatlesblogger, « Ringo Starr – Vintage LP Finds » du 18 février 2018, photographies et comparaison du pressage australien. Références : https://www.beatlesbible.com/people/ringo-starr/songs/spooky-weirdness/ ; https://www.jpgr.co.uk/p2302040.html ; https://musicbase.net/ringos-rotogravure ; https://beatlesblogger.com/2018/02/18/ringo-starr-vintage-lp-finds/ .
Cette notice doit être reliée à la présentation des onze pistes de Ringo’s Rotogravure, mais aussi aux autres documents d’archives sur les titres écartés, les sessions alternatives et les différences de pressage. Elle demeure ouverte sur l’identité instrumentale précise et sur le minutage comparé des masters.












