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Yellow-Sub.net · Enquête d’archives · 1976

Les bandes inédites de Rotogravure : Party, All Right, Where Are You Going et les versions écartées

La frontière entre projet de chanson, bande enregistrée, master inédit et face B réellement publiée : un inventaire d’archives critique.

Quand un titre d’archive n’est pas encore un enregistrement identifiable

Les noms « Party », « All Right », « It’s Hard to Be Lovers » et « Where Are You Going » apparaissent dans les discussions relatives aux sessions de Ringo’s Rotogravure. Leur statut documentaire n’est pas uniforme. Un titre porté sur une liste de travail peut désigner une idée, une composition, une maquette ou une prise instrumentale avancée ; l’inscription seule n’établit ni l’existence d’un master terminé ni sa disponibilité pour une publication future. Les homonymes aggravent le problème : « All Right » peut correspondre à plusieurs œuvres, et il faut identifier auteurs et contexte avant de rattacher une bande au catalogue de Ringo.

« Just a Dream » constitue un cas différent : une chanson liée aux séances de 1976 finit par paraître sur une face B en 1977. Il existe donc une matérialisation commerciale à décrire, avec son support et sa date, plutôt qu’un simple titre cité dans une archive. De même, « Spooky Weirdness » appartient au programme publié, malgré son caractère atypique. Les versions de travail et les prises remplacées de « Cookin’ (In the Kitchen of Love) » relèvent d’un autre type de dossier encore, dans lequel il faut distinguer le musicien sur la première bande de celui entendu sur le master définitif.

Une hiérarchie de preuves

Le collectionneur peut classer les éléments selon leur degré de certitude : titre simplement signalé, séance décrite, bande identifiée, version conservée, puis publication commercialisée. Cette hiérarchie évite les bonus imaginaires et les attributions automatiques. Pour l’exemple publié, lire « Just a Dream » ; pour le contexte, consulter la chronologie des séances.

Quatre titres d’archives, pas quatre bonus disponibles

La documentation relative à « Ringo’s Rotogravure » évoque quatre chansons absentes du programme commercial : « Where Are You Going », « All Right », « It’s Hard to Be Lovers » et « Party ». Leur nombre et leurs titres reviennent dans plusieurs récits historiques, mais ceux-ci ne fournissent pas toujours de pièce matérielle pour chaque bande. La prudence est essentielle : un intitulé d’archive peut correspondre à une maquette, une séance de base, un enregistrement incomplet ou un master non retenu. Aucune de ces catégories ne se déduit de la seule absence sur le LP. La présente étude conserve la trace de ces quatre noms sans les présenter comme des titres bonus officiellement écoutables.

Where Are You Going : un titre qui demande une identité d’œuvre

« Where Are You Going » figure dans les inventaires des séances de printemps 1976, notamment ceux qui décrivent les premiers travaux à Sunset Sound. Les informations accessibles ne permettent pas de lui attribuer définitivement un auteur, une durée, un numéro de bande ou une formation d’instrumentistes. Une fiche de catalogue ne doit pas lui attribuer John Lennon, Paul McCartney, George Harrison ou Harry Nilsson par simple proximité avec les collaborations célèbres du disque. La première tâche archivistique consiste à retrouver un original de listing de bandes ou une feuille de session portant ce titre et permettant de déterminer si l’œuvre est achevée et si elle a circulé sous un autre nom.

All Right : un homonyme à isoler avant tout rapprochement

L’intitulé « All Right » est particulièrement générique. Plusieurs chansons pop et rock le portent ; il serait dangereux d’attribuer automatiquement le titre de la session de Ringo à un enregistrement d’un autre artiste ou de le confondre avec une prise connue des Beatles. Les chronologies le mentionnent parmi les travaux non retenus du printemps 1976, sans lui associer partout des crédits de composition. Le bon identifiant de recherche est d’abord « titre de session Rotogravure, 1976 ». Sa relation éventuelle à une œuvre enregistrée ailleurs ne peut être décidée sans date précise, auteurs et document de bande.

It’s Hard to Be Lovers : une chanson signalée, non une version commercialisée

La troisième chanson évoquée par les récits de l’album est « It’s Hard to Be Lovers ». L’existence de sa mention documentaire est distincte de la survie d’un mix stéréo ou d’une bande multipiste. Les études consultées ne permettent pas de fournir un personnel piste par piste qui serait historiquement vérifiable. On ne doit donc ni inventer un duo amoureux, ni supposer que Nancy Lee Andrews chante, ni attribuer à Vini Poncia une composition sans crédit. Les seules informations retenues à ce stade sont l’intitulé, son rattachement au projet 1976 et son absence du programme commercial de onze plages.

Party : la piste cosignée avec Harry Nilsson

« Party » constitue le cas le plus intéressant des quatre titres en raison d’une attribution d’écriture à Richard Starkey et Harry Nilsson dans plusieurs histoires discographiques. L’album de 1976 inclut par ailleurs la voix de Nilsson sur « Lady Gaye », mais cette participation publiée ne permet pas d’affirmer qu’il chante sur « Party ». Il faut distinguer un crédit d’auteur proposé pour une bande non éditée, la présence connue du chanteur sur un autre master et les hypothèses quant à une réunion de studio. Une enquête approfondie doit rechercher les dépôts d’œuvre ou les documents de production correspondant exactement à ce titre.

Just a Dream : la preuve qu’un master non retenu peut sortir ailleurs

L’exemple de « Just a Dream » illustre ce qui manque aux quatre titres précédents. Cette chanson Starkey–Poncia est datée du 14 juin 1976 à Cherokee Studios, avec Ringo aux voix, à la batterie et au cowbell, Klaus Voormann à la basse, Dr John au piano électrique et Jim Keltner aux batteries. Elle n’apparaît pas sur « Ringo’s Rotogravure » à sa sortie mais reçoit une publication effective en 1977 sur des faces B. Cette fois, des objets commerciaux existent ; les 45 tours fournissent références, couplages et traces matérielles vérifiables. La page canonique de la chanson se trouve dans le dossier « Ringo the 4th » sans qu’il soit nécessaire de créer une fausse onzième plage de ce LP.

Les brouillons Harrison ne sont pas des outtakes de Rotogravure

« I’ll Still Love You » est une œuvre que George Harrison avait explorée antérieurement sous les titres « Whenever » et « When Every Song Is Sung », lors des sessions associées à ses propres projets ou à ceux de Ronnie Spector et Cilla Black. Ces maquettes, même si Ringo participa à certaines périodes, ne deviennent pas des bandes perdues de l’album de 1976. Leur statut historique est celui de versions antérieures d’une chanson finalement confiée à Starr. Confondre la vie de l’œuvre et les séances du disque de 1976 gonflerait indûment le nombre d’inédits enregistrés par Ringo cette année-là.

La basse remplacée de Cookin’, autre type d’archive

Sur « Cookin’ (In the Kitchen of Love) », les sources signalent que Klaus Voormann joue la basse lors de la prise initiale, puis que son intervention est remplacée sur le master par une nouvelle basse de Will Lee. La piste effacée ou écartée constitue un état de production différent des quatre titres non publiés. Un « outtake » n’est pas nécessairement une chanson inédite : il peut s’agir d’une partie instrumentale remplacée, d’une prise de chant provisoire ou d’un mix rejeté. Pour cataloguer cette archive, il faudrait obtenir la bande multipiste ou une description d’ingénieur qui permette d’identifier l’état exact de la version conservée.

Spooky Weirdness : la prise atypique qui a été retenue

« Spooky Weirdness » montre l’autre possibilité : un fragment improvisé a été intégré au LP, mais ses crédits et sa durée demeurent moins stabilisés que ceux des chansons ordinaires. Il ne faut pas le déplacer parmi les quatre titres non publiés au seul motif que son caractère est improvisé. Le programme original lui réserve une place finale sur la seconde face. Si des mixes ou coupures différents sont repérés à l’avenir, ils devront être catalogués en tant que variantes d’une plage publiée et non comme découverte d’une chanson de session jusque-là totalement inconnue.

L’ordre d’authentification des bandes

Une bande de studio peut être identifiée par une boîte portant une date et un titre, une bande magnétique avec numéro de prise, un registre d’ingénieur, des crédits contractuels et une comparaison sonore. Les trois premiers documents fixent l’histoire matérielle ; le dernier permet d’établir ce qui est réellement audible. Une copie pirate assortie d’un titre approximatif ne possède pas le même niveau de preuve qu’un document officiel. Pour les quatre chansons citées, il faut conserver une grille d’investigation : intitulé, variante orthographique, année, studio proposé, auteur, type de bande, durée, personnel, source et statut de publication.

Pourquoi l’absence sur CD ne prouve pas la destruction

Le compact disc des années 1990 reprend généralement le programme initial sans publier ces quatre titres. Cela ne prouve pas que les bandes aient été détruites ou qu’elles aient été conservées intactes. Le choix d’une réédition peut obéir à des considérations de droits, de qualité sonore, de disponibilité de bandes et de programmation éditoriale. Il faut donc éviter deux affirmations aussi indémontrées l’une que l’autre : « ces titres existent prêts à sortir » et « ces titres ont définitivement disparu ». Une encyclopédie sérieuse inscrit ce que les sources attestent et formule clairement ce qui reste indéterminé.

Bibliographie critique et feuille de route

The Beatles Bible, notice générale « Ringo’s Rotogravure » ; JPGR, première édition britannique Polydor 2302 040 et mention de trois prises non retenues ; discographies historiques des collaborations de Ringo et Harry Nilsson, pour « Party » ; The Beatles Bible, fiche « Just a Dream » datée du 14 juin 1976 ; éditions Atlantic et Polydor des 45 tours de 1977. Priorités d’archives : registres Cherokee et Sunset Sound, dépôts d’œuvre, bandes de travail et documentation de conservation. Les quatre titres non publiés demeurent des entrées de recherche, non de nouveaux masters certifiés.