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Ringo Starr sur Dark Horse : les neuf chansons, les quatre batteurs et les vrais crédits

Un guide discographique pour distinguer les deux chansons de George avec Ringo Starr, les prestations de John Guerin et Andy Newmark, les différentes séances et les singles de 1974.

Un album de neuf titres, mais seulement deux masters avec Ringo Starr

Sur Dark Horse, sorti en décembre 1974, Ringo Starr joue de la batterie sur « So Sad » et « Ding Dong, Ding Dong ». C’est l’information centrale de la discographie de ses collaborations avec George Harrison. Elle paraît simple, mais elle contredit une erreur répandue dans les inventaires automatiques : parce que la pochette énumère Ringo parmi les musiciens de l’album, certains classements le placent indifféremment sur ses neuf chansons. Or la distribution réelle comprend plusieurs batteurs — Ringo Starr, Jim Keltner, John Guerin et Andy Newmark — auxquels s’ajoutent des parties de percussion ou de boîte à rythmes selon les morceaux.

La seule méthode satisfaisante consiste à reconstruire le disque piste par piste. Il faut partir des crédits de la version publiée, recouper la chronologie des séances et distinguer les premières bandes de 1973, les enregistrements de 1974, les interventions des musiciens de tournée et les éditions commercialisées. Ce travail donne une vision beaucoup plus intéressante que celle d’un album conçu comme une unique séance autour de Ringo : Dark Horse est un assemblage de plusieurs périodes, de plusieurs groupes et de nombreux choix de production.

Le projet s’inscrit dans une année mouvementée pour Harrison. Il établit son label Dark Horse Records, produit des artistes comme Ravi Shankar et Splinter, prépare sa première tournée d’Amérique du Nord depuis la séparation des Beatles et tente d’achever le disque au milieu des répétitions. L’auteur décrit lui-même la densité de ses activités dans une conférence de presse tenue à Los Angeles le 23 octobre 1974. Les enregistrements s’étendent de novembre 1973 à octobre 1974, avec des séances à Friar Park et d’autres à Los Angeles.

Piste 1 — « Hari’s On Tour (Express) » : John Guerin, pas Ringo

L’instrumental d’ouverture provient d’une rencontre avec les musiciens de Tom Scott et de L.A. Express, alors présents au Royaume-Uni avec la tournée de Joni Mitchell. Harrison les accueille à Friar Park au cours de l’année 1974. L’équipe comprend notamment John Guerin à la batterie, Max Bennett à la basse, Roger Kellaway aux claviers et Robben Ford à la guitare. Tom Scott contribue aux instruments à vent et à l’orgue, tandis que George joue de la guitare.

La présence de cette formation explique la couleur très différente de l’ouverture du disque. Elle constitue aussi une exclusion documentaire nette. Si l’on recherche les performances de Ringo en 1974, « Hari’s On Tour (Express) » n’est pas l’une d’elles. Le morceau apparaît en face B du single américain de « Ding Dong, Ding Dong » ; cela ne transforme pas son batteur en Ringo. Deux faces d’un 45-tours peuvent avoir des personnels totalement distincts.

Piste 2 — « Simply Shady » : encore John Guerin

« Simply Shady » appartient au même environnement de sessions de L.A. Express et utilise également John Guerin à la batterie. Roger Kellaway, Max Bennett et Robben Ford figurent parmi les instrumentistes associés à ces morceaux. George y aborde sur un ton caustique plusieurs difficultés de son existence, offrant une image plus sombre que le caractère énergique de l’instrumental précédent.

Cette chanson illustre la souplesse du projet. En quelques minutes, l’album passe d’un instrumental dominé par les sonorités de jazz-rock à une confession chantée, mais une partie du personnel reste commune. Rien ne justifie l’apparition de Ringo sur le master de « Simply Shady » : son nom parmi les invités généraux du disque se rapporte à d’autres pistes.

Piste 3 — « So Sad » : Ringo Starr et Jim Keltner, avec une autre version sans Ringo

« So Sad » est le premier master du disque auquel on peut attribuer Ringo Starr à la batterie, aux côtés de Jim Keltner. La base est située à Friar Park, avec Nicky Hopkins au piano, et les témoignages contemporains font principalement remonter la séance à novembre 1973. Willie Weeks apparaît à la basse sur le master final, après un travail initial auquel Klaus Voormann aurait participé. Les sources ne publient pas de répartition détaillée des frappes entre les deux batteurs.

La difficulté supplémentaire tient à l’autre enregistrement de la composition. On The Road To Freedom, album d’Alvin Lee et Mylon LeFevre paru en 1973, contient « So Sad (No Love Of His Own) ». George Harrison y joue de la guitare et participe aux voix, mais c’est Mick Fleetwood qui tient la batterie. Cette première version commerciale doit être exclue des performances de Starr, malgré la composition commune. Une étude indépendante lui est consacrée dans notre dossier.

Enquête approfondie sur « So Sad », la session de Ringo et la version avec Mick Fleetwood →

Piste 4 — « Bye Bye, Love » : George détourne les Everly Brothers

Pour « Bye Bye, Love », Harrison s’empare d’un succès des Everly Brothers et en modifie les paroles. L’enregistrement est associé principalement à sa propre instrumentation, avec notamment une boîte à rythmes Rhythm Ace. Il ne s’agit donc pas d’une séance à double batterie Starr–Keltner. L’emploi d’un dispositif rythmique électronique est particulièrement important dans une discographie de Ringo : il ne doit pas être traduit automatiquement en crédit à un batteur invité.

Le morceau permet également de rappeler qu’une reprise peut modifier les paroles d’une chanson célèbre tout en conservant une œuvre musicale d’origine. Le contexte matrimonial de Harrison éclaire certains choix de texte, mais ne doit pas masquer la nature du personnel instrumental. Pour notre inventaire, le master reste sans crédit Ringo.

Piste 5 — « Māya Love » : Andy Newmark et la formation de 1974

« Māya Love » appartient à la phase suivante des séances, lorsque Harrison travaille avec des partenaires liés à sa tournée américaine. Andy Newmark tient la batterie, Willie Weeks joue de la basse, Billy Preston contribue aux claviers et Tom Scott aux arrangements de cuivres. Ce changement de formation est un bon exemple de la pluralité des équipes utilisées sur un disque pourtant cohérent dans son propos.

Le fait que Newmark occupe ici le poste de batteur suffit à écarter Ringo du master. Il ne faut pas non plus attribuer un titre à Ringo parce qu’une séance antérieure de l’album associait Harrison à Starr. Une sessionographie est un catalogue des prestations réellement fixées sur les bandes, pas un inventaire d’affinités.

Piste 6 — « Ding Dong, Ding Dong » : retour à la double batterie Starr–Keltner

La chanson du Nouvel An constitue la deuxième prestation confirmée de Ringo sur l’album. Sa base est enregistrée à FPSHOT en novembre 1973 avec George Harrison à la guitare, Klaus Voormann à la basse, Gary Wright au piano et Ringo Starr et Jim Keltner aux batteries. L’arrangement est ensuite enrichi par les guitares de Ronnie Wood, Alvin Lee et Mick Jones, par les cuivres de Tom Scott, ainsi que par des cloches et des chœurs.

La publication en single ajoute deux branches discographiques. Au Royaume-Uni, « Ding Dong, Ding Dong » sort le 6 décembre 1974 avec « I Don’t Care Anymore » en face B ; aux États-Unis, le 23 décembre, il est couplé à « Hari’s On Tour (Express) ». Les deux supports ne présentent donc pas un même disque de deux chansons jouées par Ringo. Le premier titre a deux batteurs, le second, aux États-Unis, a John Guerin.

Enquête détaillée sur « Ding Dong, Ding Dong », les séances de 1973 et les deux singles de 1974 →

Piste 7 — « Dark Horse » : Andy Newmark au master, Jim Keltner au charleston

La chanson-titre nécessite une précision supplémentaire. Harrison en avait essayé une première version plus lente en novembre 1973, au cours de la période où Ringo et Keltner participaient aux séances du nouvel album. Des récits secondaires ont évoqué l’un ou l’autre de ces batteurs sur les premières bandes, mais il faut se garder de transformer cette possibilité en crédit confirmé sur le disque.

La version commerciale enregistrée le 31 octobre 1974 attribue la batterie à Andy Newmark et le charleston à Jim Keltner. Willie Weeks joue la basse, Billy Preston le piano électrique, Robben Ford la guitare acoustique et plusieurs souffleurs de l’entourage de Tom Scott interviennent. Ringo Starr n’est pas crédité sur le master de « Dark Horse ». La distinction entre essai ancien et enregistrement publié est absolument nécessaire pour un inventaire de ses participations.

La réédition CD de 2014 ajoute une première prise acoustique de cette chanson. Le contenu exact de cette archive doit être examiné avant de lui attribuer Ringo. Le mot « early take » ne prouve pas en soi qu’elle provienne de la séance de novembre 1973 jouée avec le batteur.

Piste 8 — « Far East Man » : une autre collaboration avec Ronnie Wood

« Far East Man » est une composition cosignée par Ronnie Wood et George Harrison. Wood en a enregistré une version pour son album I’ve Got My Own Album To Do, tandis que Harrison la présente sous sa propre forme sur Dark Horse. Le master de George utilise notamment Andy Newmark à la batterie, Willie Weeks à la basse et Billy Preston aux claviers. La chanson constitue donc un autre exemple de composition pouvant circuler entre plusieurs artistes et plusieurs formations.

L’existence d’une version de Wood ne doit pas être assimilée à une session Harrison avec Ringo, sans relevé des musiciens correspondant à ce disque précis. Dans notre projet, les collaborations de Starr avec Ronnie Wood disposent d’autres notices et doivent être étudiées à partir de leurs propres bandes.

Piste 9 — « It Is ‘He’ (Jai Sri Krishna) » : Andy Newmark, percussions et spiritualité

Le dernier morceau de l’album met en avant l’expression spirituelle de Harrison et une production plus ornée. Andy Newmark y assure la batterie, tandis que Emil Richards ajoute des percussions ; George lui-même joue plusieurs instruments et Billy Preston participe aux claviers. Les arrangements comprennent aussi des flûtes et d’autres textures instrumentales.

La présence de multiples percussions ne doit pas pousser à créditer Ringo par hypothèse. On connaît les intervenants de la version commerciale et le nom de Starr n’y apparaît pas sur ce titre. Ce neuvième morceau achève donc un programme de neuf plages où seulement deux enregistrent la batterie de l’ancien Beatle.

Un bilan de personnel beaucoup plus utile qu’une liste d’invités

Le principe de l’inventaire est le suivant : les pistes 3 et 6 documentent la prestation de Ringo Starr sur le master ; les pistes 1 et 2 utilisent John Guerin ; les pistes 5, 7, 8 et 9 utilisent principalement Andy Newmark, avec le charleston de Jim Keltner sur la chanson-titre ; la piste 4 relève d’une instrumentation essentiellement réalisée par Harrison et d’une boîte à rythmes. Ce schéma repose sur les crédits individualisés et non sur une supposition tirée de la pochette.

L’intérêt historique est remarquable : au lieu d’un album de « retrouvailles des Beatles », on découvre un disque construit autour de plusieurs cercles musicaux. Les sessions de 1973 à Friar Park réunissent de vieux compagnons comme Ringo, Keltner et Voormann ; celles de 1974 avec L.A. Express apportent un langage jazz-rock ; le groupe de tournée de George introduit Andy Newmark, Willie Weeks et Billy Preston. L’album devient plus compréhensible lorsqu’on le reconstitue comme la réunion de plusieurs équipes successives.

Une telle sessionographie rend également justice aux instrumentistes moins connus du grand public. Si l’on attribue à Ringo toutes les batteries de l’album, on efface John Guerin et Andy Newmark, tout en réduisant la contribution spécifique de Starr. La précision des crédits n’est pas une obsession de collectionneur : elle constitue une manière de rendre justice au travail réel des musiciens.

Les voix, les chœurs et les films ne sont pas des preuves de batterie

« Ding Dong, Ding Dong » bénéficie d’un film promotionnel où Harrison utilise plusieurs costumes associés à son passé de Beatle. « Dark Horse » est promu dans le contexte d’une tournée américaine qui compte ses propres musiciens. Les crédits visuels, les tenues portées sur scène et les photos de groupe ne doivent pas être utilisés comme preuves du personnel d’un enregistrement de studio. Un musicien peut figurer dans un film sans avoir joué sur la bande sonore, ou être entendu sur un disque sans apparaître dans les images de promotion.

Pour Ringo, le piège est particulièrement tentant : sa notoriété rend immédiatement attrayante une photo d’anciens Beatles réunis. Pourtant, la véritable contribution s’identifie par la prise et le support musical. Le même raisonnement vaut pour les chœurs de groupes anonymes ou les instruments ajoutés en postproduction. Ils peuvent changer le résultat sonore sans transformer les premiers batteurs de la prise initiale.

Deux singles, plusieurs pressages et des éditions CD différentes

L’album original paraît chez Apple Records, malgré la création par George du label Dark Horse Records. Les éditions britanniques et américaines portent des références et des calendriers de sortie propres. Les singles ne sont pas nécessairement identiques, comme le montrent leurs faces B. Les rééditions de 2014 et 2017 modifient les supports, la restitution sonore et, pour le CD, certains bonus, mais elles n’ajoutent pas automatiquement de nouvelles contributions de Starr.

Notre discographie des collaborations devra donc enregistrer les titres et crédits du master, puis relier les supports : album Apple, singles par pays, compilations éventuelles, CD remasterisés et vinyles. La date de performance de Ringo reste principalement novembre 1973 pour « Ding Dong, Ding Dong » et, selon les témoignages contemporains, pour la base de « So Sad », avec les nuances chronologiques détaillées dans leurs fiches.

Fiche documentaire synthétique

Album : George Harrison, Dark Horse, Apple Records, décembre 1974. Fenêtres de production : novembre 1973, avril 1974, août-octobre 1974. Producteur : George Harrison.

Ringo Starr confirmé : piste 3 « So Sad », batterie avec Jim Keltner ; piste 6 « Ding Dong, Ding Dong », batterie avec Jim Keltner. Personnels alternatifs : John Guerin aux pistes 1 et 2 ; Andy Newmark à plusieurs pistes de la seconde phase de production ; boîte à rythmes sur « Bye Bye, Love ».

Archives à contrôler : premières bandes de « Dark Horse » en novembre 1973 et éventuels essais avant le master d’octobre 1974 ; répartition détaillée des deux batteries sur les multipistes de « So Sad » et « Ding Dong, Ding Dong ». Exclusion explicite : « So Sad (No Love Of His Own) » d’Alvin Lee/Mylon LeFevre (1973), Mick Fleetwood à la batterie.

Sources et recherches

George Harrison Official Website, Dark Horse, programme original des neuf titres et contexte de l’album ; éditions de 2014 et 2017. The Beatles Bible, dossier Dark Horse, personnels et historique des phases d’enregistrement ; notices spécifiques « Ding Dong, Ding Dong » et chanson « Dark Horse » ; conférence de presse de Harrison du 23 octobre 1974.

Sessiondays, distribution piste par piste de l’album, établie d’après les crédits de l’édition originale. Alvin Lee Official Website, personnel de « So Sad (No Love Of His Own) » sur On The Road To Freedom (1973).

Documentation : https://www.georgeharrison.com/releases/dark-horse/ ; https://www.beatlesbible.com/people/george-harrison/albums/dark-horse/ ; https://www.beatlesbible.com/people/george-harrison/songs/ding-dong-ding-dong/ ; https://www.beatlesbible.com/people/george-harrison/songs/dark-horse/ ; https://sessiondays.com/2018/07/08/1974-george-harrison-dark-horse/ ; https://alvinlee.com/1973-the-beginning-of-alvin-lees-solo-career/ .

Retrouver les deux enregistrements avec Ringo

Études autonomes : « So Sad » : les deux enregistrements et les crédits contradictoires des versions 1973–1974 ; « Ding Dong, Ding Dong » : Ringo et Keltner à Friar Park en 1973.

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