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« So Sad » : Ringo Starr, Jim Keltner et la version de George Harrison de 1974
Enquête sur deux enregistrements à ne pas confondre : Alvin Lee et Mylon LeFevre avec Mick Fleetwood en 1973, puis la version de Harrison avec Ringo et Jim Keltner.
« So Sad » : le morceau où Ringo retrouve George Harrison au milieu d’une période troublée
La chanson « So Sad », troisième plage de l’album Dark Horse publié en décembre 1974, est l’une des rares interprétations du disque sur lesquelles Ringo Starr intervient comme batteur. Le personnel documenté de la version de George Harrison comprend Ringo et Jim Keltner aux batteries, Nicky Hopkins au piano, et une basse finalement attribuée à Willie Weeks. Harrison y assure le chant ainsi que plusieurs parties de guitares et de claviers. Cette distribution donne à la chanson une densité émotionnelle singulière : derrière une confession au sujet de la solitude et de l’échec amoureux, on entend une formation dans laquelle plusieurs partenaires musicaux de longue date de George se retrouvent.
Une difficulté oblige cependant à mener l’enquête au-delà des crédits du LP : « So Sad » existe déjà en 1973 sur un autre disque, On The Road To Freedom d’Alvin Lee et Mylon LeFevre, sous la dénomination plus longue « So Sad (No Love Of His Own) ». Harrison joue et chante sur cet enregistrement, mais le batteur est Mick Fleetwood, et non Ringo. Il s’agit donc de deux performances différentes d’une même composition. Une sessionographie qui mélangerait leurs musiciens sous prétexte de titre identique fabriquerait une collaboration qui n’a pas eu lieu.
Le point est d’autant plus intéressant que la première version publiée précède celle du compositeur. L’histoire éditoriale ne suit pas la même chronologie que l’histoire de l’écriture. La chanson naît dans une période de difficultés personnelles chez Harrison, passe d’abord par les musiciens réunis autour d’Alvin Lee et de Mylon LeFevre, puis rejoint le programme de Dark Horse sous un autre arrangement. La place de Ringo doit être reconstruite précisément dans ce second enregistrement.
Une chanson de 1972–1973 offerte à Alvin Lee et Mylon LeFevre
George Harrison commence à écrire « So Sad » avant la grande phase de production de Dark Horse. Les sources placent sa genèse autour de 1972, dans un contexte où ses relations conjugales se détériorent. La chanson décrit la solitude et l’impression de voir disparaître la possibilité d’une réconciliation. Elle n’est pas simplement un texte de circonstance destiné à une fête ou une improvisation musicale ; sa mélodie et son climat portent une mélancolie persistante.
Harrison choisit d’en proposer une première interprétation à Alvin Lee, l’ancien guitariste de Ten Years After, et au chanteur Mylon LeFevre. Le disque On The Road To Freedom, enregistré en 1973 et publié chez Chrysalis, rassemble une équipe impressionnante de musiciens de rock, de blues et de gospel. Le titre « So Sad (No Love Of His Own) » y figure en troisième position. Harrison participe à la prise sous le pseudonyme Hari Georgeson, utilisé pour certains de ses travaux à cette époque.
La fiche publiée par le site officiel d’Alvin Lee précise les rôles de plusieurs instrumentistes : Mylon LeFevre assure le chant principal, Harrison intervient aux guitares, notamment à la guitare slide, et aux voix d’accompagnement, Alvin Lee joue lui aussi des guitares et chante, Ronnie Wood ajoute une guitare douze cordes. Mick Fleetwood joue la batterie. Le document permet une exclusion particulièrement nette : il n’y a pas lieu de créditer Ringo sur cette bande de 1973.
Ce détail est essentiel à notre enquête parce que les noms d’Alvin Lee, de Ronnie Wood et de Harrison se recoupent avec les séances de Dark Horse. L’impression d’un même cercle musical ne doit pas conduire à croire qu’il s’agit des mêmes bandes ou d’un personnel identique. Deux sessions proches dans le temps peuvent faire intervenir des collègues communs tout en donnant le poste de batteur à des musiciens différents.
La version d’Alvin Lee : un autre climat, une autre section rythmique
Le morceau publié sur On The Road To Freedom possède une couleur country-rock et une sensibilité proche de certains répertoires américains. L’interprétation de Mylon LeFevre, le jeu d’Alvin Lee et les interventions de Harrison produisent un climat moins dramatique que la version que George chantera lui-même. La batterie de Mick Fleetwood soutient cet arrangement ; il ne faudrait pas lui substituer Ringo au simple motif que le compositeur appartient à la famille des Beatles.
Cette comparaison est utile pour comprendre la liberté offerte par une composition à ses différents interprètes. Le texte et la structure générale constituent un lien entre les deux versions, mais l’enregistrement est autre : personnel, voix principale, travail de production, durée et équilibre sonore changent. Il ne s’agit ni d’un remix de la bande de George ni d’une version alternative où l’on aurait seulement remplacé la voix de Harrison.
La discographie physique introduit encore une autre variante : le titre d’Alvin Lee et Mylon LeFevre est également diffusé en single, et certaines rééditions CD ajoutent une « Single Version » plus courte. Une réduction éditoriale de ce master ne transforme pas sa batterie en performance de Starr. La présence de Ringo est liée à l’enregistrement ultérieur de Harrison, pas à toutes les éditions d’une œuvre qu’il a composée.
Novembre 1973 : Friar Park, Phil McDonald, Hopkins, Starr et Keltner
Pour son propre album, Harrison entreprend une base instrumentale de « So Sad » à FPSHOT, le studio de Friar Park, où Phil McDonald travaille comme ingénieur du son. Le personnel de cette première phase comprend Nicky Hopkins au piano et Ringo Starr et Jim Keltner aux batteries. La datation est importante mais doit être présentée avec prudence. Selon les témoignages contemporains de Starr et de Harrison, l’enregistrement a lieu en novembre 1973. Certains discographes ont toutefois suggéré que la base pourrait être plus ancienne, éventuellement liée à la période de Living in the Material World (1972–1973).
Nous retenons donc novembre 1973 comme datation principale attestée par des déclarations proches de l’événement, sans supprimer l’existence de l’hypothèse alternative. Ce que nous ne possédons pas encore, dans les sources publiques consultées, c’est une feuille de bande fournissant un jour exact et un numéro de prise indiscutable. Il serait contraire au sérieux recherché de transformer « novembre 1973 » en une date précise inventée pour donner à la notice l’apparence d’une exactitude supérieure aux sources.
Ringo n’intervient pas ici comme chanteur ni comme auteur. Il participe à la section rythmique d’une chanson écrite et chantée par Harrison, avec un autre batteur. Le choix de deux batteries rappelle les collaborations antérieures du trio Starr–Keltner–Harrison, notamment Living in the Material World. Mais l’enregistrement de « So Sad » est un nouveau projet, avec sa propre histoire de prises et de mixages.
La déclaration de George Harrison du 23 octobre 1974
Lors d’une conférence de presse à Los Angeles le 23 octobre 1974, Harrison explique qu’il a enregistré certaines bases de son album en novembre de l’année précédente avec Jim Keltner, Ringo Starr, Gary Wright et Klaus Voormann. Ces paroles constituent une source contemporaine de premier ordre pour reconstruire le calendrier général de Dark Horse. Elles distinguent les sessions londoniennes ou de Friar Park des travaux plus tardifs entrepris avec les musiciens de sa tournée américaine.
Le témoignage ne détaille pas la liste complète des instruments de chaque piste. Il apporte cependant une confirmation forte de la présence de Starr dans ce premier cercle de séances. Le nom de Ringo n’est donc pas une attribution apparue par erreur dans une base de données récente : il appartient à l’histoire revendiquée par le compositeur lui-même, peu après l’enregistrement.
La même prudence doit s’appliquer à Gary Wright et Klaus Voormann. Leur présence lors des séances générales ne prouve pas qu’ils apparaissent sur chaque chanson de l’album. Pour « So Sad », le piano est attribué à Nicky Hopkins, tandis que le traitement de la basse présente une histoire plus complexe. Le détail par morceau reste la seule méthode capable de dépasser une liste collective de musiciens.
Klaus Voormann ou Willie Weeks : la basse a changé entre la prise et le disque
La question de la basse mérite un développement particulier. Harrison situe Klaus Voormann parmi les participants de la séance initiale de « So Sad » dans certaines déclarations, mais les crédits de la version définitive donnent Willie Weeks à la basse. Les travaux discographiques expliquent que la partie initiale a été remplacée par un overdub ultérieur de Weeks, musicien que Harrison rencontre à l’été 1974 alors qu’ils travaillent autour de l’album solo de Ronnie Wood.
Ce changement nous rappelle qu’un titre n’a pas nécessairement un personnel entièrement identique entre sa première prise et le master commercial. La batterie de Ringo et de Keltner appartient à la base enregistrée à Friar Park, mais la basse finalement entendue dans l’édition originale de 1974 peut provenir d’une autre session. Il faut donc conserver deux niveaux d’information : les participants de l’enregistrement initial, et ceux dont les parties subsistent dans la version publiée.
Une simple fiche « So Sad — novembre 1973 — Ringo, Keltner, Voormann » oublierait le rôle de Weeks ; une fiche « So Sad — 1974 — Ringo, Keltner, Weeks » effacerait l’étape de travail avec Voormann. Pour une encyclopédie, les deux états doivent être reliés plutôt que mis en concurrence.
Nicky Hopkins : un piano intimiste sous les guitares de George
Le piano de Nicky Hopkins donne à « So Sad » une autre identité que les guitares plus lourdes et les cuivres de « Ding Dong, Ding Dong ». Hopkins est déjà intervenu sur de nombreux enregistrements d’anciens Beatles et d’artistes majeurs du rock britannique. Son jeu sait soutenir un chant vulnérable sans attirer systématiquement l’attention. Dans « So Sad », la combinaison du piano et des parties de guitare de Harrison crée un fond harmonique sur lequel les deux batteries doivent conserver de l’espace.
George multiplie les interventions instrumentales : guitares acoustiques douze cordes, parties de guitare électrique et de slide, clavier électrique et chœurs. Les listes anciennes emploient parfois une formule générique pour résumer ses nombreux instruments. Le résultat est donc bien plus complexe que l’idée d’une ballade enregistrée simplement à quatre musiciens lors d’un après-midi pluvieux.
La présence de Ringo ne doit pas être présentée comme une partie de batterie isolée au milieu d’un accompagnement minimal. Elle appartient à un arrangement complexe, ensuite enrichi et mixé pour former le climat sombre du titre. L’intérêt de son jeu se situe notamment dans la manière dont la section rythmique soutient un chant chargé de mélancolie, sans transformer la composition en rock frontal.
Deux batteries, mais aucune preuve pour attribuer chaque coup
Sur « So Sad », les crédits nomment Ringo Starr et Jim Keltner. Les sources disponibles ne donnent cependant pas, comme c’est le cas pour « Don’t Let Me Wait Too Long » en 1972, une cartographie complète des pistes du magnétophone. Nous ne savons donc pas, sur la seule base des notices commerciales, quels éléments de leurs kits ont été enregistrés ensemble ou séparément, ni quelle partie occupe précisément le canal gauche du mixage stéréo.
Le discours critique doit respecter cette limite. Il est possible de décrire une sensation de densité, une pulsation soutenue ou le contraste avec la voix douloureuse de Harrison. Il serait abusif d’affirmer que tel coup de grosse caisse appartient à Starr et telle cymbale à Keltner sans preuve technique. La célébrité des deux musiciens ne remplace pas une identification des parties.
Le jeu collectif des deux batteurs est néanmoins un trait esthétique réel. Harrison avait apprécié cette formule à l’époque des concerts de soutien au Bangladesh et des séances de Living in the Material World. Dans « So Sad », elle offre une continuité instrumentale à une œuvre plus personnelle. Il ne s’agit pas d’un concours de virtuosité entre deux percussionnistes, mais d’une collaboration au service d’une chanson précise.
1974 : pourquoi la chanson est encore travaillée à Los Angeles
Après les bases de Friar Park, Harrison mène une année d’activités particulièrement dense. Il développe son label Dark Horse Records, produit des projets pour Ravi Shankar et Splinter, prépare son concert et sa tournée américains et travaille sur de nouvelles chansons. Le disque doit être achevé avant les concerts de novembre et décembre 1974. Plusieurs titres, dont « So Sad », reçoivent donc des compléments tardifs lors du séjour de George à Los Angeles.
Ce calendrier contribue aux difficultés vocales de Harrison, qui souffre d’une laryngite au moment d’enregistrer et de partir sur scène. Le caractère rugueux de certaines prises vocales est aujourd’hui inséparable de la réception du disque. Il faut cependant éviter de dater la batterie de Starr de l’automne 1974 simplement parce que les dernières interventions sur le morceau ont été faites durant cette période. Les contributions instrumentales de Friar Park restent antérieures.
L’interprétation de « So Sad » gagne en fragilité par rapport à celle d’Alvin Lee et Mylon LeFevre. Chez Harrison, les guitares, le chant et l’arrangement forment un tableau plus sombre. Cette comparaison est une lecture musicale ; elle ne prouve pas que Starr aurait adapté chaque coup de batterie à un événement personnel précis connu des biographies de George.
Le contexte privé : le risque d’expliquer la musique par les seules biographies
Les relations personnelles de Harrison, Pattie Boyd et Eric Clapton occupent souvent une place centrale dans les commentaires consacrés à « So Sad ». Certains récits évoquent aussi les tensions entourant Maureen Starkey et Ringo. Ces éléments appartiennent à la biographie du cercle des Beatles, mais ils ne doivent pas être utilisés comme substituts aux crédits de session. Le fait qu’un batteur joue sur une chanson douloureuse ne nous dit pas ce qu’il a pensé de ses paroles ni dans quelle mesure il connaissait les intentions de l’auteur ce jour-là.
Une approche encyclopédique gagne à distinguer trois domaines. La genèse des paroles et les événements personnels expliquent le sujet du morceau. Les feuilles de studio et les témoignages contemporains établissent la chronologie des enregistrements. Enfin, l’écoute critique éclaire les fonctions musicales de la batterie. La convergence de ces domaines produit une meilleure histoire que l’invention d’un dialogue dramatique entre anciens Beatles qui n’aurait jamais été documenté.
Cette réserve est particulièrement importante pour Ringo : une même relation entre deux musiciens peut traverser des périodes difficiles sans que chaque collaboration se réduise à une scène de vie privée. La présence de Starr à la batterie de « So Sad » est un fait discographique qui mérite d’être analysé en lui-même.
Comparer les deux versions : Alvin Lee/Mylon LeFevre et George Harrison
Pour étudier cette composition, il faut écouter les deux enregistrements sans les ranger sous un même personnel. La version publiée en 1973 par Alvin Lee et Mylon LeFevre se présente sous le titre So Sad (No Love Of His Own). Elle bénéficie de la présence de Harrison aux guitares et de Ronnie Wood à la douze cordes ; Mick Fleetwood assure la batterie. Le résultat comporte une couleur country-rock dans laquelle le chant de LeFevre et les interventions de slide sont dominants.
La version de Harrison de 1974 porte simplement le titre So Sad. Elle se trouve sur la troisième plage de l’album Dark Horse. Starr et Keltner y forment la paire de batteurs crédités. Nicky Hopkins joue du piano, Willie Weeks figure à la basse sur le master, et George chante lui-même. La distribution et l’identité sonore divergent donc fortement de celles du disque de 1973.
Le morceau n’a pas uniquement changé de voix : les deux enregistrements appartiennent à des processus de production séparés. Les dater tous deux de 1973 parce que la composition existait déjà à cette époque serait aussi trompeur que de les dater tous deux de décembre 1974 parce que l’album de Harrison paraît alors.
Les supports : album, single de 1973 et éditions remasterisées
Sur le plan commercial, la version d’Alvin Lee et Mylon LeFevre apparaît sur On The Road To Freedom, album Chrysalis publié en 1973. Une version plus courte circule également en single et apparaît comme bonus sur certaines rééditions CD. Ces références appartiennent à la discographie de l’œuvre, mais non à la liste des performances de Ringo, puisque le batteur crédité sur ce master est Mick Fleetwood.
La version de George Harrison appartient au LP Apple Dark Horse de décembre 1974. Elle est ensuite accessible sur diverses rééditions CD et vinyle, notamment les éditions restaurées de 2014 et 2017. Ces publications partagent l’enregistrement historique de Starr et Keltner, sauf mention explicite d’une prise alternative. La présence d’un nouveau mastering ne constitue pas une nouvelle séance de batterie.
Les notices officielles de George Harrison indiquent pour la réédition 2014 des bonus concernant « I Don’t Care Anymore » et une première version de « Dark Horse », mais ne présentent pas comme inédit un « So Sad » réenregistré avec Starr. Notre entrée de session doit donc rester attachée à la bande originale de Friar Park et à son histoire de compléments de 1974.
Pourquoi l’album Dark Horse ne compte que deux titres confirmés avec Ringo
Parmi les neuf chansons de l’album original, les crédits de Ringo se concentrent sur « So Sad » et « Ding Dong, Ding Dong », respectivement les pistes 3 et 6. Dans les deux cas, Starr partage la batterie avec Jim Keltner. Les autres chansons font principalement intervenir Andy Newmark, John Guerin ou les instruments de Harrison lui-même, selon les titres. La chanson-titre enregistrée pour le LP n’est pas un master avec Ringo, même si le cercle de novembre 1973 en avait essayé une ébauche.
Cette répartition permet d’éviter un biais courant : la présence d’un grand nom parmi les musiciens de la pochette ne signifie pas sa participation à l’intégralité du programme. Pour l’encyclopédie Yellow-Sub.net, nous gardons donc une fiche pour chacun des deux titres confirmés, ainsi qu’un chapitre général récapitulant les exclusions. Les hypothèses portant sur les prises préparatoires demeurent des notices de recherche, et non des performances établies.
La prudence concerne aussi le musicien qui joue sur une autre version du même morceau. Pour « So Sad », l’existence d’une bande avec Mick Fleetwood oblige à distinguer particulièrement soigneusement l’interprétation d’Alvin Lee et la version propre à Harrison. C’est un cas d’école pour une base de collaborations ambitieuse.
Une analyse du jeu de Ringo sous le chant de Harrison
Le travail de Starr dans « So Sad » s’inscrit dans un paysage instrumental traversé par plusieurs niveaux de guitare et de clavier. La batterie ne cherche pas à imposer un effet de surprise spectaculaire : elle soutient la progression d’une composition dominée par la tristesse, le souvenir et l’impossibilité de renouer avec un bonheur ancien. En compagnie de Keltner, elle forme un socle relativement robuste sous une voix dont l’instabilité constitue une partie de l’expression du morceau.
La présence d’un autre batteur impose de ne pas confondre effet de la section rythmique et identité individuelle d’une frappe. L’analyste peut discuter du rôle de l’ensemble, de sa densité et de son rapport à l’harmonie. Il ne peut assigner à Ringo chaque mouvement particulier sans un découpage plus fin des bandes. Cette nuance ne réduit pas la valeur de sa collaboration ; elle garantit la solidité des faits avancés.
Par rapport à « Ding Dong, Ding Dong », l’effet recherché est presque inverse. La chanson de Nouvel An fonctionne sur une répétition festive et une construction massive de cuivres et de chœurs. « So Sad » plonge les mêmes batteurs dans une atmosphère de fragilité. Cette diversité montre combien une formation de collaborateurs habituels peut modifier son langage selon la composition et l’intention globale du disque.
Le degré de certitude des attributions
Confirmé : Ringo Starr et Jim Keltner sont crédités à la batterie de la version de George Harrison publiée sur Dark Horse. Nicky Hopkins apparaît au piano, Willie Weeks à la basse du master. Les déclarations de l’époque situent des séances avec Starr, Keltner et Voormann en novembre 1973.
À présenter avec réserve : le jour exact de la prise de base et son numéro de bande ; l’hypothèse d’une première version durant les séances de Living in the Material World ; la répartition des frappes entre Starr et Keltner ; l’identité précise des prises intermédiaires avant les ajouts de Willie Weeks. Ces renseignements nécessiteraient les carnets du studio FPSHOT et les bandes conservées.
Exclusion confirmée : la version d’Alvin Lee et Mylon LeFevre, So Sad (No Love Of His Own), enregistrée pour On The Road To Freedom (1973), crédite Mick Fleetwood à la batterie, et non Ringo. La reprise commerciale ne peut donc pas être comptabilisée parmi ses performances, même si Harrison en est le compositeur et l’un des instrumentistes.
Fiche sessionographique proposée
Œuvre : « So Sad », George Harrison. Version A : « So Sad (No Love Of His Own) », Alvin Lee et Mylon LeFevre, On The Road To Freedom, Chrysalis, 1973 ; voix principale Mylon LeFevre, guitares Alvin Lee et Harrison, guitare douze cordes Ronnie Wood, batterie Mick Fleetwood. Ringo absent des crédits de cette version.
Version B : « So Sad », George Harrison, Dark Horse, Apple Records, décembre 1974, troisième plage. Base de studio à Friar Park, datation principale novembre 1973 selon les témoignages contemporains ; Ringo Starr et Jim Keltner à la batterie, Nicky Hopkins au piano, première participation de Klaus Voormann à la basse selon le récit des séances, remplacée par Willie Weeks sur le master, Harrison aux voix, guitares et claviers. Compléments et achèvement du morceau en 1974.
Statut des bandes : première version commerciale de 1973 et nouveau master de Harrison de 1974, sans relation de simple remixage entre eux. Rééditions CD et vinyle à classer comme supports de publications, sans créer de séances instrumentales nouvelles.
Bibliographie et vérification des sources
George Harrison Official Website, Dark Horse : programme original, date de décembre 1974, contexte de production, bonus de 2014. The Beatles Bible, album Dark Horse et conférence du 23 octobre 1974 : distribution générale, fenêtre des enregistrements de novembre 1973 et déclaration contemporaine de Harrison.
Alvin Lee Official Website, catalogue de l’album On The Road To Freedom et présentation détaillée des musiciens sur « So Sad (No Love Of His Own) » ; crédits de Mick Fleetwood, de George Harrison et de Ronnie Wood. Castleman et Podrazik, All Together Now, et Simon Leng, While My Guitar Gently Weeps, références utilisées pour la reconstitution discographique des sessions de Harrison ; comparaison avec les notes originales du LP.
Documents : https://www.georgeharrison.com/releases/dark-horse/ ; https://www.beatlesbible.com/people/george-harrison/albums/dark-horse/ ; https://www.beatlesbible.com/1974/10/23/press-conference-george-harrison-los-angeles/ ; https://alvinlee.com/1973-the-beginning-of-alvin-lees-solo-career/ ; https://alvinlee.de/1973_2.htm ; https://alvinlee.com/the-music/ .
Autres collaborations avec George Harrison
Guide complet de l’album Dark Horse (1974) : deux chansons avec Ringo sur neuf titres.
« Ding Dong, Ding Dong » : Ringo et Jim Keltner à la batterie de George en 1973 · Trois chansons de Living in the Material World avec Ringo · Le dossier Harrison–Starr · La sessionographie générale.












