Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← George Harrison : les collaborations avec Ringo

Yellow-Sub.net · 1970–1976 · George Harrison · Ringo’s Rotogravure

I’ll Still Love You : George Harrison compose pour Ringo Starr, sans jouer sur le disque (1976)

De « Whenever » à « When Every Song Is Sung », les tentatives de Ronnie Spector et Cilla Black, la séance du 24 mai 1976, les crédits réels et les pièges de la discographie des collaborations.

Une contribution de George Harrison qui ne s’entend pas à la guitare

« I’ll Still Love You », publié sur Ringo’s Rotogravure à l’automne 1976, est l’un des cas les plus révélateurs de l’ambiguïté du mot collaboration dans la discographie de Ringo Starr. Sur ce disque, George Harrison offre à son ancien partenaire une chanson longtemps restée sans publication définitive. L’auteur est présent dans l’histoire de l’œuvre, mais il ne joue pas sur l’enregistrement commercialisé par Ringo. Ce n’est pas un détail : les notices qui présentent l’album comme une nouvelle réunion instrumentale des quatre Beatles additionnent abusivement les contributions des auteurs et les prestations des musiciens en studio.

La chanson possède une histoire antérieure de six années, marquée par les titres « Whenever » puis « When Every Song Is Sung », par plusieurs essais d’enregistrement et par des projets envisagés pour Ronnie Spector, Cilla Black et d’autres interprètes. Ringo n’est pas le premier à entendre cette composition : il est celui qui la mène jusqu’à une publication commerciale reconnue, avec Arif Mardin à la production. Cette fiche sépare donc la chronologie de l’œuvre, les tentatives non publiées et la prise de 1976. Un même titre peut avoir une succession d’interprètes sans devenir pour autant une seule et même séance.

1970 : « Whenever », « When Every Song Is Sung » et les premiers essais

George Harrison explique dans son ouvrage I Me Mine que l’idée initiale porte le titre « Whenever ». Une phrase qui deviendra « When Every Song Is Sung » s’impose ensuite et donne à la composition un autre nom. L’auteur se souvient avoir essayé plusieurs fois de l’enregistrer sans parvenir à obtenir une version qu’il souhaitait publier. La chanson appartient à cette période fertile où Harrison, libéré de la sélection serrée des albums des Beatles, compose abondamment pour son propre répertoire autant que pour d’autres voix.

Les chronologies discographiques situent les premiers essais en 1970, dans le voisinage des séances d’All Things Must Pass. Des sources mentionnent aussi le titre de travail « I Love You » pour un de ces états de la chanson. Il est néanmoins essentiel de conserver des étiquettes de travail séparées : un intitulé aperçu sur une bande d’essai n’est pas nécessairement le titre juridique définitif, et la composition de Harrison n’est pas devenue une chanson publiée sur All Things Must Pass. Pour la sessionographie, on retiendra une genèse au début des années 1970 et plusieurs tentatives, sans fabriquer une discographie complète des prises tant que les numéros de bandes ne sont pas accessibles.

Une chanson envisagée pour d’autres grandes voix

Dans I Me Mine, Harrison évoque Ronnie Spector, Cilla Black et Leon Russell avec Mary Russell parmi les personnes qui se sont essayées à l’œuvre. L’histoire de cette composition est également liée au succès obtenu par Shirley Bassey avec « Something » : Harrison imagine qu’une nouvelle chanson de sa plume pourrait lui convenir. L’hypothèse demeure une intention d’auteur, à distinguer d’une sortie publiée sous le nom de Bassey. Une telle intention est intéressante pour comprendre l’écriture mélodique, mais ne doit pas être transformée en un disque fantôme.

Les tentatives de Ronnie Spector, en 1971, puis de Cilla Black, en 1972, occupent une place spéciale dans cette généalogie. Elles montrent que Harrison explore plusieurs caractères d’interprétation pour la même chanson, tout en demeurant insatisfait de son aboutissement. Certaines discographies évoquent aussi Mary Hopkin ou le couple Leon et Mary Russell. Pour le collectionneur, il convient de distinguer soigneusement l’essai de studio, l’enregistrement conservé dans des archives, la version diffusée de manière tardive et la parution d’un titre sur un disque original de l’époque. La seule mention d’une séance n’autorise ni à attribuer un numéro de catalogue, ni à affirmer qu’un single a effectivement été mis en vente.

Le lien avec Ringo : une chanson ancienne que le batteur aime depuis longtemps

L’origine de la version de Ringo est racontée par l’intéressé dans un entretien publié par le New Musical Express le 16 octobre 1976. Il explique qu’il avait demandé une chanson à George, mais qu’il existait déjà un titre inédit dont il gardait un souvenir favorable, pour avoir assisté à une tentative d’enregistrement. Il lui demanda finalement de pouvoir reprendre cette composition au lieu d’attendre une œuvre nouvelle. Harrison accepta.

Ce témoignage déplace l’intérêt de la scène mythologique « un Beatle compose pour un autre ». Le morceau est choisi à partir d’une mémoire commune de studio, non de la simple stratégie promotionnelle du label. Ringo reconnaît dans une chanson encore inaboutie un potentiel que ses auteurs et interprètes précédents n’ont pas réussi à fixer à son goût. On peut y lire une forme de fidélité artistique, mais cette lecture reste une interprétation : ce que la citation établit directement, c’est l’existence d’une ancienne chanson aimée de Ringo et le consentement de Harrison à son utilisation.

24 mai 1976 : la séance de Cherokee Studios

The Beatles Bible date l’enregistrement de la version de Ringo du 24 mai 1976 à Cherokee Studios, à Los Angeles. La production est créditée à Arif Mardin, figure majeure de l’industrie du disque américaine, dont l’approche correspond au son plus orchestré de Ringo’s Rotogravure. Les séances de l’album s’étendent sur plusieurs mois en 1976, mais il serait erroné de présenter chaque musicien intervenant sur le disque comme présent sur la chanson de Harrison.

Harrison est absent de l’enregistrement publié. Le compte rendu de The Beatles Bible invoque un épisode d’hépatite pour expliquer son indisponibilité ; d’autres synthèses mettent en avant le calendrier de son propre album Thirty Three & 1/3. La prudence oblige à ne pas faire de ces explications partielles une certitude médicale ou un agenda de séances détaillé. La conclusion discographique importante, elle, ne fait pas débat : le crédit de composition ne doit pas être converti en un crédit instrumental.

Les véritables musiciens de « I’ll Still Love You »

La distribution attribuée à la plage du microsillon original est la suivante : Ringo Starr au chant et à la batterie ; Jim Keltner également à la batterie ; Lon Van Eaton à la guitare électrique ; Jane Getz au piano ; Klaus Voormann à la basse ; Arif Mardin au synthétiseur de cordes ARP ; David Lasley aux chœurs ; Gene Orloff à l’arrangement et à la direction des cordes. Ce relevé est rapporté comme une transcription des crédits du disque par les sources discographiques consultées. L’identification précise de chaque pupitre orchestral nécessiterait le livret ou les feuilles de séance originales.

Le noyau rythmique mérite particulièrement l’attention. Comme souvent dans sa carrière solo, Ringo joue dans un environnement où figure Jim Keltner. La coexistence de leurs noms ne signifie pas automatiquement qu’ils frappent chaque temps à l’unisson : sans piste isolée, feuilles multipistes ou annotation détaillée, l’attribution des parties particulières demeure ouverte. Il est néanmoins légitime de parler ici d’une présence de deux batteurs crédités. Cette configuration contraste nettement avec « You and Me (Babe) » en 1973, où Ringo est identifié comme batteur du morceau aux côtés des guitares de Harrison.

Une production d’Arif Mardin, pas de George Harrison

La distinction est fondamentale : George Harrison signe la composition ; Arif Mardin assure la production de la version de Ringo Starr. Il ne faut pas rétrospectivement inscrire cette piste dans les sessions produites par George à Friar Park, ni l’associer aux instrumentistes de « Photograph » ou de « Wrack My Brain ». Chaque période possède une équipe, un studio et une logique de production propres.

Dans cette version, le synthétiseur de cordes, le piano et l’orchestration accompagnent une ballade qui conserve la courbe mélodique romantique voulue par Harrison. Le résultat est plus proche de la grande chanson pop orchestrée que du rock dépouillé. La souplesse de la batterie et les interventions de guitare de Lon Van Eaton jouent un rôle d’équilibre : elles évitent que le dispositif orchestral ne gomme complètement l’identité sonore de Ringo. Il s’agit d’une lecture esthétique de l’enregistrement, distincte des informations prouvées par les crédits.

La portée du texte : de la chanson d’amour à la fidélité musicale

La chanson associe l’idée d’un amour persistant au passage du temps, en particulier au moment où les chansons et les interprétations successives finissent par s’achever. La trajectoire de l’œuvre rend ce thème presque autobiographique : Harrison essaie sa composition avec plusieurs artistes, la conserve pendant des années, puis la laisse vivre dans la voix d’un ami. Il serait pourtant abusif d’affirmer que le texte est explicitement dédié à Ringo ou qu’il cache un message personnel déterminé. Rien dans les crédits publiés n’établit une telle intention.

La force du dossier est précisément de conserver plusieurs niveaux de lecture. Musicalement, Ringo tente une ballade aux exigences vocales plus importantes que celles de certains de ses succès légers. Historiquement, George lui transmet une œuvre demeurée disponible. Discographiquement, le morceau démontre la continuité de leurs échanges alors même que l’auteur n’apparaît pas à l’instrument sur la bande finale.

Ringo’s Rotogravure : l’illusion d’une nouvelle réunion des Beatles

En 1976, l’album Ringo’s Rotogravure perpétue une formule remarquée sur Ringo trois ans plus tôt : John Lennon, Paul McCartney et George Harrison participent chacun, d’une manière ou d’une autre, au programme. Mais il ne s’agit pas de trois contributions de même nature. Lennon apporte « Cookin’ (In the Kitchen of Love) » et intervient au piano sur l’enregistrement ; McCartney propose « Pure Gold » et participe avec Linda à sa réalisation ; Harrison confie « I’ll Still Love You » sans prendre part à la séance retenue.

Pour un historien du rock, le véritable sujet n’est pas de prouver coûte que coûte une reformation, mais de cartographier les contacts entre les quatre artistes après leur séparation. La présence d’un auteur absent du studio est un élément aussi révélateur de leurs liens que l’exécution d’un solo de guitare. Il faut simplement le ranger dans la bonne catégorie de collaboration.

La publication en septembre 1976 et les éditions à vérifier

La première publication de « I’ll Still Love You » intervient sur Ringo’s Rotogravure, album sorti au Royaume-Uni le 17 septembre 1976 et aux États-Unis un peu plus tard ce même mois, selon les discographies consultées. La chanson occupe la deuxième position de la seconde face du microsillon original. Elle n’est pas à confondre avec une version ancienne de Harrison publiée en 1970, ni avec une prise inédite de Ronnie Spector qui aurait été commercialisée dans le même programme.

Les collectionneurs devront distinguer les pressages Polydor des territoires européens et Atlantic des États-Unis, sans leur attribuer d’office un mixage spécifique. Le support, la matrice, les mentions de l’étiquette, la pochette, les dates d’édition et les éventuelles rééditions tardives constituent autant de champs séparés. Une photographie de couverture ne suffit pas à identifier une variante de matrice. L’enjeu est d’éviter qu’une même version sonore soit comptée comme autant de prises différentes qu’il existe de pressages.

Les versions de Ronnie Spector, Cilla Black et les archives : méthode du collectionneur

La filiation d’« I’ll Still Love You » est plus longue qu’une simple rubrique « reprises ». Les essais de Ronnie Spector et de Cilla Black précèdent le master de Ringo ; certaines versions restées inédites pendant plusieurs décennies connaissent des circulations postérieures sur des éditions d’archives, notamment dans la discographie de Cilla Black. Il faut mentionner pour chaque document son année d’enregistrement, son éventuelle première année de publication, son interprète, son producteur et sa source de crédit.

Une gravure officiellement éditée après 2000 d’une séance de 1972 n’est pas un nouvel enregistrement de 2000 ; de même, une mention du titre sous le nom « When Every Song Is Sung » ne prouve pas une composition différente. Pour travailler correctement sur les bandes, on distinguera une œuvre, plusieurs enregistrements, puis leurs supports de publication. C’est particulièrement utile ici, car la vie du morceau épouse une histoire complexe de tentatives et d’abandons.

Fiche de sessionographie : « I’ll Still Love You »

Œuvre : « I’ll Still Love You », également documentée sous les titres de travail « Whenever » et « When Every Song Is Sung ». Auteur : George Harrison. Interprète de la version publiée en 1976 : Ringo Starr. Album : Ringo’s Rotogravure (1976). Studio et date de la séance documentée : Cherokee Studios, Los Angeles, 24 mai 1976. Producteur : Arif Mardin. Contribution de Ringo : chant, batterie. Autres participants crédités : Jim Keltner, Lon Van Eaton, Jane Getz, Klaus Voormann, Arif Mardin, David Lasley et Gene Orloff. George Harrison sur le master de Ringo : composition seulement ; aucune guitare ni production à lui attribuer.

Statut des versions antérieures : projets et tentatives de studio à indexer comme enregistrements distincts, avec vérification du support et de la date de première parution. Statut commercial de 1976 : piste d’album, non séance de réunion des Beatles. Points ouverts : documents primaires des séances précédentes, numéros de prises et détails des pistes de batterie, références exactes des pressages régionaux et éventuels mixages alternatifs attestés.

La controverse après l’enregistrement : un différend rapporté par les biographes

La trajectoire de la chanson connaît un épilogue moins consensuel que l’autorisation initialement donnée par Harrison. Selon les recherches attribuées au chroniqueur Keith Badman, George aurait été mécontent de la version publiée par Ringo et aurait engagé une démarche judiciaire, finalement réglée hors tribunal. Cet épisode est repris dans plusieurs synthèses biographiques, mais les pièces de procédure et les conditions exactes de l’accord ne sont pas accessibles dans les sources consultées ici. Il convient donc de le présenter comme un contentieux rapporté par une source secondaire, sans inventer une condamnation, un montant ni une date de jugement.

La nuance éclaire une contradiction apparente : une autorisation préalable de reprendre une chanson n’implique pas que son auteur approuve la version terminée. À l’inverse, l’existence d’un désaccord allégué ne permet pas de conclure à une rupture définitive de la relation entre les deux musiciens. Pour l’historien, l’affaire soulève deux questions distinctes, celle de l’accord accordé à Ringo pour enregistrer la composition et celle du conflit après le rendu artistique final. L’article d’ensemble de Yellow-Sub.net consacré aux collaborations des ex-Beatles mentionne également ce différend ; la source première des éléments judiciaires reste à rechercher.

Les overdubs de cordes : la part new-yorkaise du master

Une autre précision évite de réduire tout le travail à Cherokee Studios. Les synthétiseurs de cordes et les arrangements orchestraux supervisés par Arif Mardin font également l’objet de compléments à Atlantic Studios, New York, selon les historiques discographiques. Gene Orloff dirige les cordes, tandis que Mardin ajoute les textures de synthétiseur ARP ; cette phase n’implique pas automatiquement la présence de Ringo ou de Harrison. Dans une sessionographie rigoureuse, le 24 mai 1976 à Los Angeles désigne la séance signalée pour le morceau, pas nécessairement le jour où chaque élément audible du master achevé a été fixé.

Sources bibliographiques et discographiques

George Harrison, I Me Mine, témoignage de l’auteur sur les différents états du morceau et les interprètes envisagés. New Musical Express, entretien avec Ringo Starr du 16 octobre 1976, rapporté dans la chronologie de The Beatles Bible. The Beatles Bible, « Recording: I’ll Still Love You by Ringo Starr », 24 mai 1976, localisation de la séance et témoignages. Ringo’s Rotogravure, crédits de l’édition originale pour la distribution instrumentale. Notices encyclopédiques de la chanson et de l’album utilisées comme sources secondaires, à contrôler sur les pochettes et les archives disponibles.

Références consultées : https://www.beatlesbible.com/1976/05/24/recording-ill-still-love-you-ringo-starr/ ; https://en.wikipedia.org/wiki/I%27ll_Still_Love_You ; https://en.wikipedia.org/wiki/Ringo%27s_Rotogravure . Le témoignage direct de 1976 est rapporté par une source secondaire ; les propos et dates de prises restent susceptibles d’une vérification supplémentaire par les archives primaires.

La chanson située immédiatement après « I’ll Still Love You » sur la deuxième face de Ringo’s Rotogravure est « This Be Called a Song », écrite par Eric Clapton, qui intervient aussi à la guitare sur le master de Ringo. Ce rapprochement permet de différencier la simple autorisation d’interpréter une composition d’une session commune avec son auteur.

Lire les chapitres associés

« You and Me (Babe) » : une véritable session commune avec George Harrison et Mal Evans (1973) ; « Photograph » : Ringo et George composent et enregistrent ensemble ; « Wrack My Brain » : la chanson originale et la production de 1981 ; Sources et méthode : comment attribuer une véritable collaboration.