Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Les collaborations rock de Ringo dans les années 1970

Yellow-Sub.net · Juin–septembre 1976 · Eric Clapton · Cherokee Studios

This Be Called a Song : Eric Clapton écrit et joue pour Ringo Starr (1976)

Un examen des séances, des deux batteries, des guitares, des steel drums, des voix additionnelles et des pressages UK–USA de Ringo’s Rotogravure.

Quand Eric Clapton écrit pour Ringo Starr et joue sur son disque

Parue en septembre 1976 sur Ringo’s Rotogravure, « This Be Called a Song » réunit deux musiciens dont les carrières se croisent depuis les années des Beatles : Ringo Starr et Eric Clapton. Cette fois, l’association ne se limite ni à une apparition mondaine, ni à une chanson prêtée à distance. Clapton est l’auteur de la composition et joue de la guitare sur l’enregistrement publié, tandis que Ringo en assure la voix principale et figure au crédit de batterie. Les deux artistes sont entourés d’un groupe de musiciens chevronnés, parmi lesquels Jim Keltner, Klaus Voormann, Lon Van Eaton et Jane Getz. Plus inattendue, la présence de Robert Greenidge aux steel drums colore ce titre d’une manière différente des ballades orchestrées de l’album.

La chanson se trouve sur la deuxième face de l’édition vinyle originale, juste après « I’ll Still Love You », composition de George Harrison. Cette juxtaposition donne une clé de lecture utile : Harrison a composé une œuvre interprétée par Ringo sans prendre part à sa version de 1976, tandis que Clapton a composé le morceau suivant et joué sur son master. Deux modes de collaboration distincts réunis en quelques minutes de musique. Une véritable encyclopédie des participations musicales doit conserver la différence entre l’œuvre, la prise enregistrée, le producteur et les divers supports qui la transmettent.

1976 : un album construit autour de contributions invitées

Après Ringo (1973) et Goodnight Vienna (1974), Starr cherche à poursuivre la formule d’un album accessible, enrichi par des compositeurs et instrumentistes qu’il connaît personnellement. Son contrat américain avec Atlantic et sa distribution internationale chez Polydor situent Ringo’s Rotogravure dans une nouvelle phase commerciale. Le disque conserve l’esprit de réunion amicale, mais ne représente pas pour autant une reformation des Beatles. John Lennon donne « Cookin’ (In the Kitchen of Love) » et enregistre une partie de piano ; Paul McCartney apporte « Pure Gold » ; George Harrison confie « I’ll Still Love You ». Eric Clapton, dont le parcours touche aussi ceux de George Harrison et de John Lennon, intervient quant à lui comme auteur et guitariste de « This Be Called a Song ».

Ce voisinage de grands noms pourrait inciter à recopier sur chacune des pistes un personnel général couvrant tout le disque. Ce serait une erreur. Le piano de Lennon ne doit pas être attribué à « This Be Called a Song » ; les voix de Paul et Linda McCartney appartiennent à une autre chanson ; la présence de Harrison parmi les auteurs de l’album n’autorise aucun crédit de guitare à sa participation. Le seul moyen de cartographier les véritables réseaux artistiques de Ringo consiste à passer du tableau publicitaire de l’album à la distribution spécifique de chaque piste.

Eric Clapton, George Harrison et Ringo : un réseau antérieur à Rotogravure

Les liens entre Clapton et le cercle des Beatles précèdent largement 1976. Sa guitare a notamment marqué « While My Guitar Gently Weeps » en 1968, lorsqu’il a été invité par George Harrison à participer à une séance des Beatles. Plus tard, il travaille sur des projets solo de Harrison et apparaît dans les ensembles réunis autour de musiciens comme Klaus Voormann. Ringo a lui-même fréquenté ces séances et concerts, notamment au tournant des années 1970. La collaboration de 1976 ne surgit donc pas comme une rencontre improvisée entre deux célébrités étrangères l’une à l’autre.

Il serait pourtant tentant de transformer cette histoire collective en récit trop commode : « George a présenté Eric à Ringo pour enregistrer sa chanson ». Les sources consultées ne permettent pas d’établir précisément une telle médiation pour 1976. On peut documenter les connaissances et collaborations antérieures ; on ne peut pas inventer le déroulement d’une conversation de commande ou l’heure où Clapton aurait remis sa composition. La fiche doit rester au niveau des crédits publiés et de la chronologie attestée.

« This Be Called a Song » : une composition originale signée Clapton

Le titre apparaît sous le seul nom d’Eric Clapton dans les crédits d’auteur des éditions originales. Il ne s’agit pas d’un standard repris par Ringo, d’une création collective créditée à plusieurs musiciens ou d’une chanson écrite par George Harrison. La graphie particulière du titre, « This Be Called a Song », fait partie de son identité discographique : elle doit être conservée dans les index même si certaines bases automatisées modernisent ou normalisent les capitales.

La durée couramment indiquée oscille légèrement entre 3 min 13 s et 3 min 15 s selon les éditions et leurs métadonnées ; le relevé britannique consulté annonce 3 min 14 s. Cette divergence de quelques secondes ne prouve absolument pas l’existence de plusieurs mixages. Les durées de plage sont souvent arrondies, chronométrées à partir de points différents et parfois reprises d’anciennes étiquettes. Une discographie de collectionneur conserve la durée propre à chaque support sans multiplier artificiellement les enregistrements.

Juin 1976 : la fenêtre de travail à Cherokee Studios

Une chronologie spécialisée des séances d’Eric Clapton situe la contribution à « This Be Called a Song » en juin 1976, à Cherokee Studios, Los Angeles. La production générale de la chanson revient à Arif Mardin. Les travaux de l’album ont commencé plus tôt au printemps, dans différents studios, et ont donné lieu à des ajouts ultérieurs. Ce cadre n’autorise donc pas à affirmer, sans registre d’enregistrement, que le chant définitif de Ringo, les guitares de Clapton et les percussions de Robert Greenidge auraient tous été captés au cours de la même journée.

La littérature consacrée à l’album signale que l’équipe a déplacé une partie des séances à Cherokee au cours du mois de juin. Mais les documents publics ne donnent pas un numéro de prise vérifiable pour la guitare de Clapton ni une feuille horaire de l’intégralité des overdubs. C’est pourquoi l’inscription « juin 1976 » reste plus rigoureuse qu’une fausse précision au jour près. La chronologie détaillée sera amendable si un registre de bande, une feuille de réservation du studio ou les notes techniques de l’ingénieur deviennent accessibles.

Le personnel par piste : les deux guitares et les deux batteurs

La distribution publiée par les relevés du vinyle britannique est précise. Ringo Starr assure le chant principal et la batterie ; Eric Clapton joue de la guitare ; Lon Van Eaton joue également de la guitare ; Klaus Voormann tient la basse ; Jim Keltner figure comme second batteur ; Jane Getz joue du piano ; Robert Greenidge joue des steel drums, un instrument de percussion mélodique d’origine caribéenne. Les chœurs sont attribués à Melissa Manchester, Vini Poncia et Joe Bean dans ce relevé.

La dernière attribution mérite une note critique. D’autres transcriptions de crédits donnent Joe Esposito au lieu de Joe Bean pour les chœurs. Il ne faut pas fusionner ces deux personnes comme s’il s’agissait de variantes orthographiques. Le fac-similé ou la photographie du crédit imprimé sur la pochette intérieure de l’édition originale doit arbitrer entre les sources. Dans l’attente de cette comparaison de première main, l’encyclopédie conserve la lecture Joe Bean du relevé britannique et signale explicitement la variante Joe Esposito rencontrée ailleurs. La méthode importe autant que le résultat : un doute documentaire doit apparaître dans la fiche, non disparaître sous une apparence de certitude.

Jim Keltner et Ringo Starr : deux batteries, mais quelles interventions ?

Les doubles crédits de batterie constituent une constante des albums de Ringo de cette période. Jim Keltner est un professionnel recherché dans les studios américains et intervient très souvent auprès des artistes du cercle des Beatles. L’association des deux instrumentistes sur « This Be Called a Song » est ainsi plausible musicalement et confirmée par les notices de la piste. Pourtant, elle ne permet pas d’identifier à l’oreille de manière incontestable toutes les frappes de caisse claire, de tom ou de grosse caisse qui seraient respectivement les leurs.

Pour comprendre un enregistrement multipiste, il faut distinguer les interprètes crédités de l’attribution précise des frappes et des éventuels overdubs. Une double mention dans les crédits établit une participation instrumentale, pas une disposition particulière de deux kits ni une exécution simultanée d’un bout à l’autre de la chanson. Sauf apparition de feuilles de bande ou de pistes isolées, il convient de ne pas fixer artificiellement une configuration technique. Cette rigueur protège le travail sur le jeu de Ringo : elle évite de lui attribuer indistinctement toutes les parties d’un album où Keltner est omniprésent.

Les guitares de Clapton et Lon Van Eaton

Les deux crédits de guitare invitent à une lecture musicale prudente. Clapton apporte son vocabulaire de guitare électrique, formé dans le blues et le rock, et Lon Van Eaton vient compléter l’architecture instrumentale. Le fait que les deux soient crédités ne permet toutefois pas, à lui seul, d’établir quels accords ou quelles phrases mélodiques sont joués par l’un ou l’autre à chaque seconde. Sans enregistrement multipiste isolé, l’identification de chaque intervention doit être proposée comme analyse d’écoute, non présentée comme un fait de documentation.

Le rôle de Lon Van Eaton illustre également un autre aspect de l’histoire de Ringo : les vedettes ne travaillent pas seules. Les collaborateurs moins célébrés relient des disques parfois considérés isolément ; Van Eaton intervient sur plusieurs titres et projets de l’écosystème Apple puis du rock américain. À l’inverse, Clapton fait partie de ces musiciens dont la présence attire immédiatement l’attention médiatique. Une sessionographie bien construite doit traiter leurs instruments selon la même discipline, sans survaloriser automatiquement le nom le plus célèbre.

Robert Greenidge : pourquoi les steel drums sont un crédit capital

Le son des steel drums est une particularité de « This Be Called a Song ». Originaires de Trinidad et Tobago, ces instruments métalliques accordés offrent des notes distinctes et une résonance caractéristique, souvent utilisée pour apporter une couleur lumineuse ou insulaire aux arrangements populaires. Le spécialiste Robert Greenidge intervient au moment où ces textures s’ouvrent à des contextes qui dépassent les orchestres de calypso. Leur présence modifie le paysage sonore de la chanson sans transformer cette dernière en morceau traditionnel caribéen.

Il ne faut pas confondre les steel drums avec la batterie de Ringo ou celle de Keltner : ce sont des fonctions instrumentales distinctes. Dans une base d’archives, le mot anglais steel drums doit figurer comme instrument mélodique au nom de Robert Greenidge, et non comme troisième « drum kit ». L’exemple montre comment une indexation sommaire du mot drums peut fabriquer des erreurs de personnel dans les catalogues numériques.

Melissa Manchester, Vini Poncia et les voix de studio

Les chœurs enrichissent le morceau d’une présence pop très caractéristique de 1976. Melissa Manchester, chanteuse et autrice reconnue, apparaît aux côtés de Vini Poncia, auteur, musicien et futur partenaire régulier de Starr. Le troisième crédit fait l’objet de la variante éditoriale évoquée plus haut. Leur fonction n’est pas celle de voix principales alternatives à la prestation de Ringo : il s’agit d’appuis vocaux placés au service de l’arrangement.

La distinction importe lorsqu’une base de données affiche un nom comme « featured artist ». Une participation aux chœurs, même si elle est assurée par une personnalité reconnue, ne signifie pas qu’un single est officiellement publié sous forme de duo. La fiche identifiera donc les voix comme backing vocals, sauf si un support discographique particulier démontre une présentation commerciale différente.

Arif Mardin : la cohérence d’une production très cosmopolite

La signature d’Arif Mardin apporte à Ringo’s Rotogravure une connaissance des métiers de studio, des arrangements et du dialogue entre rock et musique populaire américaine. Sur cette piste, sa responsabilité est celle du producteur ; elle ne doit pas être confondue avec l’écriture, créditée exclusivement à Clapton. Le mélange d’une équipe rythmique rock, d’un piano et d’une percussion mélodique caribéenne fait de « This Be Called a Song » un terrain propice à une production qui ne se contente pas de juxtaposer les invités.

Ce travail collectif explique pourquoi l’analyse historique ne peut être réduite à un duo. La chanson est signée Clapton et chantée par Starr, mais elle doit aussi son caractère final à Keltner, Voormann, Getz, Van Eaton, Greenidge et aux vocalistes. La notion de collaboration prend tout son sens lorsque la fiche cesse d’énumérer des vedettes et restitue l’ensemble d’un atelier musical.

Publication : le vinyle britannique Polydor et le vinyle américain Atlantic

Le programme britannique publié en septembre 1976 sous le titre Ringo’s Rotogravure est distribué par Polydor, avec la référence 2302 040 signalée pour le 33-tours à pochette ouvrante. L’album paraît également aux États-Unis chez Atlantic, référence SD 18193. Sur le programme original, « This Be Called a Song » se trouve sur la seconde face, en troisième position, après « Cookin’ (In the Kitchen of Love) » et « I’ll Still Love You ».

Le microsillon britannique existe notamment avec une pochette intérieure imprimée où figurent textes, crédits et photographies. Les descriptions de certains exemplaires mentionnent même une loupe distribuée avec le pressage original. Cette particularité doit être notée comme composante d’une édition à vérifier exemplaire par exemplaire, et non comme objet systématiquement présent avec tous les disques aujourd’hui en circulation. L’état de conservation, la référence d’étiquette et le contenu de la pochette intérieure peuvent déterminer plusieurs variantes de collection sans impliquer des différences musicales.

Les éditions et le problème des durées

Les références disponibles permettent de distinguer au moins l’édition britannique Polydor originale, l’édition américaine Atlantic de 1976 et diverses rééditions sur vinyle et CD. Un relevé britannique indique une réédition économique du LP en 1982 sous la référence 2485 235. Le catalogue numérique et les éditions CD postérieures doivent être décrits selon le pays et l’année exacts, sans prendre l’année de l’enregistrement pour celle de toutes les publications.

Le titre est renseigné à environ trois minutes et quart. Des écarts de quelques secondes entre bases ne suffisent pas à déclarer une version longue, une prise alternative ou un nouveau mix. Pour valider l’hypothèse d’un master distinct, une comparaison audio, les indications de matrice ou une note de réédition sont nécessaires. C’est précisément ce type de vérification qui transforme une discographie narrative en instrument utile aux collectionneurs.

Pourquoi la comparaison avec « I’ll Still Love You » est décisive

« I’ll Still Love You » et « This Be Called a Song » se suivent sur l’album, mais leurs dossiers de collaboration sont presque opposés. George Harrison est auteur de la première chanson, sans être crédité comme instrumentiste de la prise commercialisée ; Eric Clapton est auteur de la seconde et intervient à la guitare. Arif Mardin produit les deux enregistrements. Ringo et Keltner apparaissent aux batteries, Klaus Voormann à la basse et Jane Getz au piano sur ces deux chansons, alors que l’orchestration et les autres interventions diffèrent.

Cette proximité instrumentale ne doit pas non plus masquer leurs trajectoires séparées : « I’ll Still Love You » a une préhistoire de plusieurs années, tandis que les sources de « This Be Called a Song » la documentent principalement à travers sa publication et la session de 1976. Un regroupement intempestif ferait perdre les particularités des archives de Harrison comme celles de la participation de Clapton.

Fiche de sessionographie pour les collectionneurs

Titre : « This Be Called a Song ». Auteur : Eric Clapton. Interprète principal : Ringo Starr, chant et batterie. Musicien invité principal : Eric Clapton, guitare. Autres musiciens : Lon Van Eaton (guitare), Klaus Voormann (basse), Jim Keltner (batterie), Jane Getz (piano), Robert Greenidge (steel drums), Melissa Manchester, Vini Poncia et le choriste dont l’identité varie selon les transcriptions (« Joe Bean » ou « Joe Esposito »). Production : Arif Mardin. Lieu et période de séance documentés : Cherokee Studios, Los Angeles, juin 1976, date exacte non établie avec certitude.

Première édition : Ringo’s Rotogravure, septembre 1976, piste B3 du microsillon original. Supports de référence : UK Polydor 2302 040 ; US Atlantic SD 18193. Durée : environ 3 min 14 s selon l’édition. Statut : enregistrement studio publié. Points à vérifier sur pièces primaires : libellé exact du troisième choriste sur la pochette intérieure, date du jour de la séance de Clapton, ventilation des deux batteries, inventaire comparé des matrices et éventuels mixages documentés.

Sources, documentation et limites de l’enquête

JPGR — The Beatles Complete UK Discography, notice du microsillon Rotogravure (Polydor 2302 040), liste des pistes, auteurs, instrumentistes, durée et particularités de pressage. Eric Clapton and Friends, chronologie des sessions de juin 1976 à Cherokee Studios, distribution des musiciens de « This Be Called a Song ». Musicbase, reproduction et descriptif du pressage Polydor avec pochette intérieure et crédits de courtoisie. Progrography, revue de Ringo’s Rotogravure, programme 33-tours et liste d’instrumentistes. Beatles Vinyl, inventaire du pressage Atlantic américain SD 18193.

Références accessibles : https://www.jpgr.co.uk/p2302040.html ; https://ericclaptonandfriends.com/articles/print/136-les-sessions-et-repetitions-en-juin/ ; https://musicbase.net/ringos-rotogravure ; https://progrography.com/ringo-starr/ringo-starr-ringos-rotogravure-1976/ ; https://beatlesvinyl.com.ua/us/ringo/lp/SD_18193.html . Les dates journalières et les divergences de noms sont explicitement présentées comme points ouverts ; les notices secondaires ne remplacent pas une inspection du vinyle et des bandes originales.

Explorer les dossiers associés

« I’ll Still Love You » : l’œuvre de George Harrison enregistrée sans lui en 1976 ; « You and Me (Babe) » : écriture et guitare de George Harrison en 1973 ; Sessionographie chronologique de Ringo Starr ; Les collaborations rock des années 1970.