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Monographie · Arrangements et studio · 1969–1970

Elmer Bernstein et Ringo Starr : « Have I Told You Lately That I Love You? »

Un compositeur de musique de film américain écrit un arrangement enregistré à Los Angeles avant les voix de Ringo à Londres.

Une collaboration de cinéma au service d’un standard

Elmer Bernstein appartient à l’histoire de la musique de film, mais sa rencontre artistique avec Ringo Starr prend la forme d’un arrangement pour disque. Sur Sentimental Journey, premier album solo du chanteur, il signe l’orchestration de « Have I Told You Lately That I Love You? », cinquième chanson de la face B. La composition d’origine est associée à Scott Wiseman et existait bien avant la séance de 1970. Bernstein n’en devient donc pas l’auteur en proposant une nouvelle réalisation instrumentale.

Le projet de Ringo consiste à réunir des standards interprétés au chant, chacun bénéficiant de l’approche d’un arrangeur invité. George Martin assure la production globale. L’intérêt de Bernstein réside dans ce croisement de métiers : un compositeur et chef habitué aux orchestres de cinéma travaille sur une chanson destinée à une sortie Apple Records. Cette rencontre se déroule principalement entre deux villes et plusieurs dates, sans former un album commun des deux artistes.

3 février 1970 : l’accompagnement préparé chez A&M

L’accompagnement de « Have I Told You Lately That I Love You? » est enregistré le 3 février 1970 aux studios A&M de Los Angeles. L’arrangement de Bernstein mobilise un ensemble comprenant guitare électrique, piano, orgue, cuivres, violon, basse, batterie et même un instrument désigné dans les documents comme sifflet imitant le chant d’oiseau. Ce dernier détail rappelle la liberté des arrangeurs de musique populaire de l’époque, capables d’ajouter des couleurs instrumentales inattendues.

Ringo n’est pas présent lors de cette séance californienne. La bande d’accompagnement doit être utilisée ensuite pour la voix enregistrée à Londres. Cette circulation n’a rien d’anormal dans Sentimental Journey, puisque plusieurs arrangeurs préparent leur partie dans des studios différents. Elle interdit toutefois de raconter une réunion physique entre Bernstein et Ringo sur le plateau de Los Angeles si les documents ne la confirment pas.

9 février 1970 : dix-huit tentatives vocales

Le 9 février, Ringo se trouve au Studio Two d’EMI, Abbey Road. Il enregistre sa voix sur la bande de Bernstein au cours d’une séance suivie par George Martin, Phil McDonald et Geoff Emerick. Les chronologies indiquent dix-huit tentatives pour obtenir la prestation vocale retenue à ce stade. La voix est captée au cours d’une opération de réduction de la bande, puis un mix stéréo est réalisé. Cet épisode est précieux parce qu’il montre une attention technique et interprétative particulière portée à une chanson qui pourrait, à première vue, sembler légère.

Le nombre de tentatives ne doit pas être interprété comme la preuve d’une difficulté vocale extraordinaire ou d’un conflit. Plusieurs prises peuvent résulter d’exigences de phrasé, de respiration, de tonalité ou simplement de choix artistiques. Sans souvenir détaillé des participants, la raison exacte de la répétition demeure ouverte.

18 février : une nouvelle voix, puis le mix de février

Les travaux du 9 février ne constituent pas l’état vocal définitif du master. Ringo reprend son chant le 18 février 1970, à la demande de George Martin selon les chronologies de séance. Un nouveau mix stéréo est préparé le 20 février afin d’intégrer cette version. La collaboration de Bernstein traverse donc au moins trois moments documentaires : l’arrangement et la bande de Los Angeles, la voix londonienne initiale, puis sa révision.

Le nom de Bernstein demeure attaché à l’arrangement, mais il serait abusif d’affirmer qu’il a personnellement supervisé chaque reprise vocale ou le mix final à Abbey Road. La chronologie aide à distribuer le travail entre les intervenants et à identifier les parties d’un même phonogramme sans fabriquer une présence de studio non établie.

Une orchestration qui mêle familles instrumentales

L’instrumentation créditée combine des éléments d’ensemble populaire et des couleurs typiques des orchestrations de cinéma : cuivres, cordes, base rythmique et clavier. La chanson peut ainsi être accompagnée sans perdre sa nature de standard sentimental. Le travail de Bernstein consiste à préparer cette nouvelle forme, destinée à encadrer la voix de Ringo plutôt qu’à créer une musique de film autonome. La partition de 1970 doit être distinguée de l’œuvre de Scott Wiseman.

La liste des instruments ne permet pas d’identifier chaque exécutant ni de déterminer le nombre de pupitres effectivement présents sur chaque prise. Une encyclopédie doit éviter de transformer une liste globale en distribution exhaustive d’un orchestre dont toutes les feuilles de personnel ne sont pas publiées. L’enjeu est de documenter la nature de l’arrangement sans multiplier les crédits hypothétiques.

L’importance de la production de George Martin

George Martin conduit les opérations de l’album et intervient notamment dans la décision de faire reprendre la voix de Ringo. Ce rôle renvoie à une responsabilité de producteur, distincte de l’arrangement de Bernstein. Phil McDonald et Geoff Emerick s’occupent des fonctions techniques de prise et de mixage au studio londonien. Ringo, lui, est chanteur d’une œuvre dont il n’est pas l’auteur. Cette division est une définition concrète du travail collaboratif.

La célébrité de Bernstein dans le cinéma ou celle de Martin auprès des Beatles ne doit pas écraser les étapes du processus. L’album n’aurait pas existé sous cette forme sans les arrangements invités, la direction du producteur, le travail des ingénieurs et les choix vocaux du chanteur. Chaque intervention a son périmètre documentaire.

Une édition publiée, plusieurs états intermédiaires

La version de « Have I Told You Lately That I Love You? » publiée sur l’album de mars 1970 ne saurait être confondue avec toutes les prises enregistrées en février. Les dix-huit tentatives vocales du 9 février ne constituent pas autant de versions commercialisées. De même, le remplacement de la voix le 18 ne suffit pas à établir la présence de ces enregistrements dans une publication officielle distincte. Il faut cataloguer l’œuvre, les bandes de travail identifiées et le master final sans multiplier les entrées de façon abusive.

Cette approche est importante pour la discographie internationale : les pressages britanniques, américains ou japonais d’un même master ne signifient pas de nouvelles sessions de Bernstein. Les publications doivent être rattachées aux enregistrements dont elles dérivent, avec des références d’édition lorsque celles-ci sont établies.

Bilan : un arrangeur parmi douze, un parcours singulier

Elmer Bernstein apporte à Ringo Starr une orchestration enregistrée à Los Angeles et intégrée à un processus de voix et de mixage réparti sur plusieurs journées à Abbey Road. Cette collaboration ne relève pas du cinéma, malgré la spécialité de l’arrangeur, et ne constitue pas une composition nouvelle. Elle illustre la liberté avec laquelle George Martin et Ringo ont réuni des musiciens de traditions très différentes pour un disque de standards.

Les autres chapitres du dossier permettent de poursuivre : l’album Sentimental Journey, la réalisation transatlantique de Quincy Jones, John Dankworth à Londres et la sessionographie du dossier. La présente page garde pour sujet Bernstein et les étapes documentées de son arrangement.

Trois sessions, un seul master : pourquoi les prises écartées comptent

La trajectoire de « Have I Told You Lately That I Love You? » montre comment un standard ancien peut passer par plusieurs villes avant de trouver sa version publiée. L’accompagnement arrangé par Elmer Bernstein est enregistré le 3 février 1970 aux studios A&M de Los Angeles. Ringo lui ajoute une voix à Abbey Road le 9 février ; les comptes rendus de séance signalent dix-huit tentatives vocales et une réduction de bandes. Pourtant, cet effort ne signifie pas que la prise du 9 février ait été celle finalement conservée. Une nouvelle interprétation vocale est enregistrée le 18 février. C’est en distinguant ces étapes que l’on peut raconter l’histoire de la production sans fabriquer deux disques distincts.

Le statut de Bernstein est celui d’arrangeur, connu par ailleurs pour ses musiques de cinéma. Sa partition mobilise plusieurs familles instrumentales ; le résultat accompagne une chanson de Scott Wiseman qui n’a pas été écrite pour Ringo. George Martin est le producteur général de Sentimental Journey, tandis que les ingénieurs assurent les opérations de prise, réduction et mixage. Les modifications apportées au chant montrent qu’un arrangement sophistiqué n’impose pas une performance vocale définitive du premier coup.

L’importance des versions intermédiaires

Pour le collectionneur, la distinction entre une prise de travail, une réduction technique, un mixage préparatoire et l’édition commercialisée est essentielle. Les étapes de février 1970 appartiennent à une seule histoire de master. Les fiches complémentaires consacrées à Ron Goodwin et Les Reed et à Quincy Jones montrent d’autres modes de circulation des orchestrations.