Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Les collaborations artistiques de Ringo Starr

Monographie historique · Arrangement · 1969–1970

Quincy Jones et Ringo Starr : l’orchestration de « Love Is a Many-Splendored Thing »

De Los Angeles à Abbey Road : deux accompagnements, plusieurs voix et une longue chaîne d’enregistrement pour Sentimental Journey.

Une collaboration que l’on ne peut réduire à un seul jour

Dans la réalisation du premier album solo de Ringo Starr, Quincy Jones intervient comme arrangeur de « Love Is a Many-Splendored Thing ». La chanson figure en deuxième position de la face B de Sentimental Journey, publié chez Apple en mars 1970 au Royaume-Uni. Le nom de Jones est souvent cité comme l’une des grandes signatures invitées sur l’album ; la chronologie réelle révèle pourtant une contribution beaucoup plus complexe qu’un simple arrangement déposé au studio. Un premier accompagnement est enregistré en Californie à la fin de 1969, puis un remake est entrepris à Londres en février 1970.

Ringo est l’interprète vocal, George Martin le producteur de l’album et Quincy Jones le responsable du nouvel arrangement et de la direction de certains ensembles. Ces fonctions ne sont pas des synonymes. Il faut notamment distinguer le travail de Jones sur cette chanson de la carrière de producteur international qu’il développe ailleurs : sa célébrité ne fait pas de lui le réalisateur principal de tous les titres de Ringo.

26 décembre 1969 : un orchestre chez A&M à Los Angeles

Le 26 décembre 1969, Quincy Jones dirige un ensemble d’environ vingt-sept musiciens aux studios A&M de Los Angeles pour « Love Is a Many-Splendored Thing ». La bande est destinée à la voix de Ringo, enregistrée ensuite à Londres. Cette circulation transatlantique montre que l’album n’est pas seulement un assemblage de séances menées à Abbey Road : les arrangeurs disposent de leurs équipes et de leurs méthodes, et certaines parties instrumentales sont préparées de l’autre côté de l’Atlantique.

Le 14 janvier 1970, Ringo enregistre une voix sur cette première base aux Olympic Sound Studios de Londres. La version n’est pas conservée dans l’état initial pour le programme commercial. Il serait incorrect de considérer automatiquement la bande du 26 décembre comme l’accompagnement définitif que l’on entend sur le disque : les archives établissent au contraire une reconstruction du titre quelques semaines plus tard.

3 février 1970 : le remake londonien

Le 3 février 1970, le travail recommence au Studio Two d’EMI, Abbey Road. Quincy Jones dirige cette fois un groupe de seize musiciens comprenant notamment basse, guitare électrique, batterie, piano et conga. Huit prises instrumentales sont enregistrées dans l’après-midi, avec George Martin à la production et Phil McDonald ainsi que Geoff Emerick aux postes d’ingénierie. Le remake révèle un changement de dispositif : une prestation conçue à Los Angeles est remplacée par un nouvel accompagnement enregistré à Londres.

La présence d’un chef d’orchestre et d’un producteur reconnus ne suffit pas à expliquer pourquoi la première version avait été jugée insatisfaisante. Des récits rapportent les réserves de Jones et de Martin, mais les détails de leur échange ne doivent pas être inventés. Le fait solide est la décision de recommencer les pistes et le nombre de prises consigné dans la chronologie.

Billy Preston et les voix de Ringo

Le même 3 février, Billy Preston ajoute une partie d’orgue à l’accompagnement retenu, après la séance instrumentale. Ringo enregistre également une voix et un premier mix stéréo est entrepris. Le 5 février, Starr reprend toutefois son chant. Cette succession de prises montre un disque construit patiemment, bien loin de l’image d’un simple chanteur posant une voix en une journée sur des standards déjà connus.

Preston est un collaborateur important de l’univers des Beatles et de leurs projets solo, mais son nom ne doit pas masquer la différence entre sa prestation instrumentale sur cette chanson et le travail d’arrangeur de Quincy Jones. L’un ajoute un orgue documenté ; l’autre définit et dirige l’accompagnement. Confondre les deux rendrait impossible une sessionographie exacte.

Les overdubs de février et la finition

Le travail se prolonge après le remake du 3 février : des ajouts orchestraux sont réalisés le 17 février, suivis de parties complémentaires le 19. La dernière voix enregistrée par Ringo et les différentes opérations de mixage doivent être replacées dans cette chronologie. Le morceau est l’un de ceux qui ont exigé le plus grand nombre d’étapes au cours de la réalisation de Sentimental Journey. Il ne serait pas exact d’enregistrer une seule date de séance en laissant croire que tous les instruments et toutes les voix furent fixés simultanément.

La page encyclopédique doit conserver les statuts successifs : première bande américaine, voix de janvier, remake de février, interventions de Billy Preston, overdubs et mixages. Une seule œuvre traverse ainsi plusieurs états de réalisation. Les versions non publiées peuvent être documentées comme archives sans être transformées en singles inexistants.

L’œuvre antérieure à 1970

« Love Is a Many-Splendored Thing » est une chanson de Sammy Fain et Paul Francis Webster, associée au film homonyme des années 1950. Ringo ne la compose pas, et Quincy Jones n’en reprend pas la paternité en signant son arrangement de 1970. Le projet consiste à réinterpréter un standard populaire pour un disque conçu comme hommage aux chansons des générations précédentes. Cette dimension explique l’appel à des arrangeurs maîtrisant l’orchestration et la musique de cinéma.

La présence de Quincy Jones est particulièrement pertinente en raison de sa maîtrise du jazz et de la direction d’ensembles. Mais le récit ne doit pas lui attribuer tout le programme de douze chansons : chaque titre possède sa propre contribution d’arrangeur, sous la conduite générale de George Martin.

La question du master publié

Le fait que la première version américaine ait été écartée pose un problème classique de discographie : quand peut-on considérer qu’il s’agit du même enregistrement et quand parle-t-on de deux prises alternatives ? La différence entre l’œuvre, le backing track et le master final doit être conservée. Les crédits de l’album publié identifient l’arrangement de Quincy Jones, mais cela ne signifie pas que toutes les bandes réalisées sous sa direction ont été éditées.

Pour un inventaire de collectionneur, le programme standard de Sentimental Journey ne compte qu’une chanson sous ce titre. Des reprises de mixes ou des bandes préparatoires peuvent relever d’archives, mais ne donnent lieu à une entrée de discographie distincte que si un support identifiable existe. Cette précaution protège le dossier des duplications artificielles.

Conclusion : une réalisation entre deux continents

La collaboration Quincy Jones–Ringo Starr est l’une des plus révélatrices de la méthode adoptée pour Sentimental Journey : un répertoire ancien, un arrangeur invité, une première bande outre-Atlantique, une reprise londonienne et des voix retravaillées jusqu’à obtenir une version retenue. Les dates de décembre 1969 et de février 1970 donnent à cette histoire une profondeur que la simple mention du nom de Jones sur la pochette ne permettait pas de percevoir.

Le lecteur peut retrouver l’album Sentimental Journey et son programme complet, les autres collaborations avec Billy Preston, l’histoire des réseaux de Ringo et la sessionographie générale. La présente fiche apporte le détail des fonctions et des étapes de production de ce titre.

Un arrangeur prestigieux ne transforme pas tout le disque en production Quincy Jones

La présence de Quincy Jones sur Sentimental Journey est parfois présentée comme une collaboration majeure entre deux célébrités. Son périmètre véritable est plus instructif : Jones est crédité pour l’arrangement de « Love Is a Many-Splendored Thing », chanson de Sammy Fain et Paul Francis Webster. Il ne dirige pas les douze arrangements de l’album et n’en est pas le producteur général. Ce rôle appartient à George Martin. La nuance est importante pour comprendre la formule particulière du premier album solo de Ringo : douze classiques, douze signatures d’arrangeurs et une voix commune, confiée à des univers orchestraux très divers.

Les étapes d’enregistrement du titre illustrent également la circulation des bandes entre les deux rives de l’Atlantique. Une partie du travail est effectuée à Los Angeles, une autre à Londres. La chronologie doit distinguer l’orchestration, les interventions vocales et les opérations de finition : une date associée à une prise instrumentale ne peut être automatiquement retenue comme date de l’enregistrement vocal définitif. Le caractère international de cette organisation fait de la chanson un exemple de production transatlantique avant que le numérique ne simplifie les échanges de fichiers.

Le statut des interprètes et des auteurs

Ringo interprète une composition préexistante. Quincy Jones n’en est pas l’auteur, pas plus que les musiciens de la séance. Cette distinction entre droits d’écriture, arrangement et production est identique à celle qu’il faut appliquer à Maurice Gibb pour « Bye Bye Blackbird » ou à Elmer Bernstein pour « Have I Told You Lately ».