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Ringo Starr joue-t-il sur le single « Children of the Revolution » ? Trois versions de T. Rex à distinguer

Une répétition au Danemark, une performance filmée chez Apple avec Elton John et un 45-tours enregistré plusieurs mois plus tard. L’enquête sur les crédits de batterie évite un piège fréquent de la discographie de Ringo Starr.

Une célébrité photographiée n’est pas nécessairement un musicien présent sur le single

Parmi les participations les plus spectaculaires de Ringo Starr aux projets d’autres artistes figure sa rencontre avec Marc Bolan et Elton John en 1972. Dans Born to Boogie, le film réalisé par l’ancien Beatle, les trois hommes apparaissent ensemble, et Ringo joue de la batterie derrière le chanteur de T. Rex sur « Children of the Revolution ». Cette séquence est bien réelle. Mais une question différente surgit lorsqu’on examine le 45-tours britannique sorti en septembre : Ringo Starr est-il le batteur de ce disque commercial précis ?

La réponse appelle une reconstitution des versions, et non une simple liste de musiciens célèbres. Les sources discographiques consultées distinguent une répétition à Copenhague, une interprétation spécialement enregistrée pour le cinéma à Londres et le master d’un single achevé durant l’été. Une attribution exacte doit donc préciser de quel enregistrement elle parle. Une chanson n’est pas un fichier unique ; elle peut exister sous plusieurs formes qui partagent la composition de Marc Bolan mais non le même personnel.

Premier état : Copenhague, 31 mars 1972, une répétition destinée à Ringo ?

La documentation de « Children of the Revolution » mentionne une longue répétition de plus de douze minutes, située au 31 mars 1972 aux studios Rosenberg de Copenhague, dans l’environnement des travaux de T. Rex sur The Slider. Flo & Eddie sont cités parmi les choristes de cette version. Une mention portée sur la boîte de bande l’aurait destinée « à l’attention de Ringo ». Cette annotation est précieuse parce qu’elle inscrit le futur réalisateur dans la circulation des bandes et des intentions de production avant la séance filmée.

Mais cette indication ne prouve pas sa participation instrumentale à la répétition. Une bande adressée à un destinataire n’est pas une feuille de présence. Il serait abusif de convertir la formule apposée sur une boîte en crédit de batterie. La question qu’elle permet réellement de poser est plus subtile : Bolan préparait-il déjà une version destinée au film avec le concours de Starr, ou faisait-il simplement circuler un enregistrement de travail auprès de son réalisateur ? Sans la fiche originale et l’audition authentifiée de cette bande, la réponse doit rester ouverte.

Deuxième état : 6 avril 1972, la caméra de Born to Boogie entre chez Apple

La chronologie reprise dans plusieurs travaux spécialisés situe au 6 avril 1972 une séance aux studios Apple de Savile Row, à Londres. Marc Bolan et ses musiciens y travaillent avec Elton John au piano et Ringo Starr à la batterie. Deux performances trouvent place dans le film : la chanson de Bolan « Children of the Revolution » et une reprise de « Tutti Frutti », classique popularisé par Little Richard. Le film, à la différence du 45-tours publié ultérieurement, permet d’identifier directement le contexte exceptionnel de cette rencontre. Une étude dédiée à « Tutti Frutti » examine la reprise filmée, sa place dans le catalogue de Little Richard et les rééditions discographiques.

Cette participation est corroborée par la bande originale, dont les listes de plages attribuent explicitement les deux morceaux à T. Rex avec Elton John et Ringo Starr. Le dossier est renforcé par un témoignage du batteur habituel de T. Rex, Bill Legend, recueilli dans un entretien publié en 2020 par MisplacedStraws. À propos du film et de la collaboration avec l’ancien Beatle et Elton John, Legend rappelle qu’ils ont joué ensemble. Ce témoignage ne fournit cependant pas, à lui seul, une feuille de piste détaillant les parties de chaque batterie sur le mixage final.

Il faut donc éviter d’aller plus loin que les documents. Ringo est crédité et visible comme batteur de la séquence ; il serait nécessaire d’étudier les bandes originales et les plans conservés pour discuter précisément de la répartition des prises entre lui et Bill Legend. Une scène peut attester une présence musicale sans documenter tous les choix de montage sonore.

Troisième état : août et septembre 1972, un nouveau master pour le 45-tours

La différence décisive apparaît au moment où la maison de disques prépare la sortie commerciale. Les historiques de T. Rex situent l’enregistrement du master du single en août 1972, puis son mixage aux studios AIR avant sa publication le 8 septembre 1972. Cette séquence appartient à la phase de travail qui annonce Tanx. L’enregistrement destiné au single ne doit pas être présenté comme une simple copie du numéro filmé plusieurs mois plus tôt.

Les crédits habituellement reproduits pour le 45-tours mentionnent Bill Legend à la batterie, avec Marc Bolan au chant et à la guitare, Steve Currie à la basse, Mickey Finn aux percussions et Tony Visconti à la production et aux arrangements. Les listes de musiciens ne retiennent pas Ringo Starr comme batteur de ce master. Elles n’y attribuent pas non plus le piano d’Elton John comme dans la prestation filmée. La distinction essentielle peut donc être énoncée sans ambiguïté : Ringo joue sur la version de Born to Boogie ; sa présence sur le 45-tours original de septembre 1972 n’est pas établie et ne doit pas être affirmée.

Il reste toujours souhaitable de comparer physiquement les matrices, les livrets et les éditions de référence. Mais le fardeau de la preuve appartient à celui qui prétend que le single utilise la batterie de Ringo : la présence de l’artiste dans une autre version n’est pas un argument suffisant.

Le témoignage de Bill Legend : un élément de première main à bien interpréter

L’entretien accordé par Bill Legend à MisplacedStraws, publié le 30 octobre 2020, offre un témoignage intéressant sur les sessions de T. Rex. Le batteur évoque le travail réalisé pour Born to Boogie aux côtés de Starr et Elton John. Ce souvenir confirme l’existence de la rencontre et l’expérience vécue par l’un des musiciens présents, ce qu’un simple catalogue de disques ne peut pas raconter.

Mais son récit ne répond pas à toutes les questions d’attribution. Il ne constitue ni une liste de prises, ni un inventaire des pistes de la bande de 1972, ni une certification de l’instrumentiste entendu sur le pressage de septembre. L’utiliser comme un témoignage sur la rencontre est légitime ; en tirer la conclusion que Ringo apparaît sur tous les enregistrements intitulés « Children of the Revolution » serait une mauvaise méthode.

1991, 2005, 2016 et 2022 : pourquoi les rééditions compliquent la recherche

Le film est devenu un objet discographique autonome. En 1991, la bande originale est publiée sur Marc on Wax sous la référence MARC LP 514. Les programmes réédités ou augmentés, notamment ceux commentés à l’occasion du coffret T. Rex 1972 paru en 2022, incluent la version filmée avec Starr et Elton John, mais aussi des prestations de concert, des interventions parlées et d’autres versions ou reprises de morceaux. Le nom d’un invité peut ainsi figurer dans les métadonnées d’un album ou d’un service de streaming sans qu’il soit musicien sur la totalité des titres proposés.

Les catalogues AllMusic, la réédition inventoriée par The Second Disc et les fiches de distribution permettent d’identifier « Children of the Revolution » version Born to Boogie comme une plage distincte du single commercial. Ils associent également les mêmes invités à « Tutti Frutti ». Les brèves séquences « Look to the Left », « Some People Like to Rock » et « Some People Like to Roll » sont créditées à Bolan et Starr mais constituent des interventions parlées ou vocales ; elles ne doivent pas être comptabilisées comme des performances de batterie.

Le problème prend une dimension particulière avec les fichiers numériques. Certaines plateformes emploient des intitulés quasi identiques, certaines précisent « Born to Boogie Version », d’autres raccourcissent l’attribution. Un chercheur doit donc relever la durée, le numéro de plage, le support, la maison de disques et, quand il existe, l’identifiant de l’enregistrement. L’année indiquée par un service n’est pas nécessairement l’année de la prise ni celle de la première publication.

La tentation du « supergroupe » : Elton John, Ringo et T. Rex en photographie

Le prestige de la photographie et de l’image animée contribue à faire circuler une légende commode : Elton John et Ringo auraient enregistré le grand hit de T. Rex que le public acheta quelques mois plus tard. Cette formulation efface le travail propre du groupe de Marc Bolan et rend invisibles les musiciens de la version commerciale. Le partage correct des crédits n’amoindrit pas l’événement filmé. Il restitue au contraire sa vraie singularité : une rencontre entre artistes au sein d’un film construit par Starr.

La force de cette collaboration tient à la circulation des rôles. Ringo ne se contente pas de passer derrière une batterie : il est réalisateur et producteur d’une œuvre qui documente l’apogée du glam rock britannique. Pour autant, sa responsabilité cinématographique ne lui donne pas la qualité d’interprète sur les autres masters du répertoire de Bolan. Cinéaste, invité instrumental et protagoniste de dialogues : ces trois fonctions doivent rester distinctes.

Fiche comparative : trois versions, trois niveaux de preuve

31 mars 1972 — Rosenberg Studios, Copenhague. Répétition prolongée de « Children of the Revolution », conservée dans la documentation de The Slider. Mention « à l’attention de Ringo » sur une boîte de bande rapportée par la littérature spécialisée. Crédit de batterie de Ringo : non démontré.

6 avril 1972 — Apple Studios, Londres. Performance filmée de « Children of the Revolution », avec Elton John au piano et Ringo Starr à la batterie aux côtés de T. Rex. Participation de Ringo : établie pour la version du film, sous réserve de recherches techniques sur les prises et doublages sonores.

Août–septembre 1972 — master du single. Nouvel enregistrement attribué à la formation de T. Rex avec Bill Legend à la batterie, puis sortie du 45-tours le 8 septembre. Participation de Ringo au master du single : non attestée. L’affirmation contraire demanderait une documentation d’archives spécifique.

Sources, éditions et points restant à vérifier

Sources filmographiques : Born to Boogie, film de Ringo Starr (1972) ; Greg Prato, notice AllMusic consacrée au film ; crédits et livret des éditions vidéo du film.

Témoignage direct : MisplacedStraws, « An Exclusive Conversation with T. Rex Drummer Bill Legend », 30 octobre 2020. À utiliser pour la rencontre entre musiciens, et non comme feuille de session de chaque master.

Discographie : Born to Boogie – The Soundtrack Album, Marc on Wax, MARC LP 514 (1991) ; T. Rex 1972, coffret rétrospectif publié en 2022 ; The Second Disc, « Solid Gold Easy Action: New T. Rex Box Chronicles Marc Bolan’s Work in 1972 », 7 février 2022 ; AllMusic, liste des pistes de la bande originale.

Chronologie : JazzRockSoul, discographie commentée de T. Rex ; Cliff McLenahan, Marc Bolan: 1947–1977 — A Chronology ; documentation des sessions de The Slider et Tanx. Pour transformer les dates de travail en dates certaines de chaque prise, il reste à consulter les registres, boîtes de bandes et matrices conservées.

Prolonger l’enquête : Ringo Starr, Marc Bolan et Elton John : les deux prestations de Born to Boogie et leur discographie ; la sessionographie des collaborations de Ringo Starr.